06/09/2014

Un conte "fantastique" de Silvina Ocampo / Un cuento "fantástico" de Silvina Ocampo

Un conte fantastique, jamais je n'en avais jamais traduit.
Plaisir, difficultés et sueurs pour essayer de rendre les images et juxtapositions opérées par Silvina Ocampo.
Il est long, étrange,  prenez votre temps...
 
La tête collée à la vitre
Cela faisait quinze ans que Mlle Dargére avait à sa charge une colonie d'enfants fluets qui avait été créée par une de ses grand-mères. La maison était située en bord de mer et elle avait vécu depuis sa jeunesse dans l'aile de l'asile, au dernier étage de la tour.
Les premiers temps elle vivait au premier étage, mais la nuit aux vitres de la fenêtre lui apparaissait la tête d'un homme en feu. Une tête affreusement rouge, collée à la vitre comme les peintures des vitraux. Elle déménagea au second: la même tête la poursuivait. Elle déménagea au troisième: la même tête la poursuivait; elle déménagea de toutes les pièces de la maison avec le même résultat.
Mlle Dargére était extrêmement jolie et les enfants l'aimaient, mais une préoccupation constante s’installa entre les sourcils, en forme de lignes verticales qui dérangeaient un peu sa beauté. Ses nuits s'emplissaient d'insomnies et dans ses veilles elle entendait monter les chœurs des rêves des enfants, d'une blancheur de chemise de nuit, depuis les chambres de vingt lits où elle déposait des baisers quotidiens.
Les matinées étaient diaphanes au bord de la mer; les enfants sortaient, tous vêtus de costumes de bain trop longs qui s'enroulaient dans les vagues. Ce n'était pas la faute des costumes, pensait Mlle Dargére appuyée à la balustrade de la terrasse; les enfants, pour ne pas être ridicules, ne pouvaient utiliser que des costumes faits sur mesure.
Ils avaient un maître-nageur noir qui les tourmentait quotidiennement par un plongeon douloureux, qui le protégeait à lui seul, soigneusement, des vagues. Mais elle ne pouvait entendre pleurer les enfants et elle se rappelait le supplice des bains avec des maîtres-nageurs de son enfance qui avaient rempli sa vie de rêves éternels de raz-de marée.
Elle se baignait le soir, l'eau à hauteur des genoux, quand la plage était déserte; elle emportait parfois un livre qu'elle ne lisait pas et se couchait sur le sable après le bain; c'était l'unique moment de la journée où elle se reposait. Elle était la mère de cent cinquante enfants pâles malgré le soleil, maigres malgré l'alimentation étudiée par les médecins, hystériques malgré la vie saine qu'ils menaient.
Mlle Dargére répandait sur eux son prestige de beauté. Sa proximité les tranquillisait un peu et les faisait grossir plus que les aliments étudiés par les meilleurs médecins, mais la tête de l'homme en flammes était toujours à la fenêtre, la nuit, au point de devenir une chose horrible mais nécessaire qu'on cherche derrière les rideaux.
Une nuit elle ne dormit pas une seule minute; la tête était absente, elle la chercha derrière les rideaux et l'inquiéta cette fois la possibilité de dormir tranquille: la tête semblait s'être perdue pour toujours.
Le matin suivant, dans les chambres, une étrange exaspération maintenait les enfants au bord des larmes. Des pleurs contenus s'accumulaient dans les bouches. Mlle. Dargére crut voir un asile de vieux en maillots de bain bleu marine allant en file vers la plage. Caroline, sa préférée, la seule qui avait un corps qui pouvait remplir un maillot de bain, s'échappa de ses bras.
La plage, ce matin-là, s'emplit de pleurs obscurs coincés dans les vagues.
Mlle Dargére, après avoir appuyé sa mélancolie à la balustrade, ce qui fut comme un adieu à la beauté, monta en courant vers le miroir de sa chambre. La tête de l'homme en flammes lui apparut de l'autre côté; vue de si près c'était une tête mouchetée de variole qui avait la même émotivité que les flans bien cuits. Mlle Dargére attribua l'emportement de sa figure aux brûlures du soleil qui se déversent en liquides brûlants sur les peaux fines. Elle s'appliqua des compresses d'huile calcaire, mais l'image de la tête en flammes s'était logée dans le miroir.
 (Trad: Colette)
LA CABEZA PEGADA AL VIDRIO
Desde hacía quince años Mlle. Dargére tenía a su cargo una colonia de niños débiles que había sido fundada por una de sus abuelas. La casa estaba situada a la orilla del mar y ella desde su juventud había vivido en la parte lateral del asilo, en el último piso de la torre.
En los primeros tiempos vivía en el primer piso, pero de noche en los vidrios de la ventana se le aparecía la cabeza de un hombre en llamas. Una cabeza espantosamente roja, pegada al vidrio como las pinturas de los vitraux. Se mudó al segundo piso: la misma cabeza la perseguía. Se mudó al tercer piso: la misma cabeza la perseguía; se mudó de todos los cuartos de la casa con el mismo resultado.
Mlle. Dargére era extremadamente bonita y los chicos la querían, pero una preocupación constante se le instaló en el entrecejo en forma de arrugas verticales que estropeaban un poco su belleza. Sus noches se llenaban de insomnios y en sus desvelos oía los coros de los sueños de los niños subir, con blancura de camisón, de los dormitorios de veinte camas en donde depositaba besos cotidianos.
Las mañanas eran diáfanas a la orilla del mar; los chicos salían todos vestidos con trajes de baño demasiado largos que se enredaban en las olas. No era la culpa de los trajes, pensaba Mlle. Dargére apoyada contra la balaustrada de la terraza; los chicos no podían usar sino trajes hechos a medida, para no quedar ridículos. Tenían un bañero negro que los mortificaba diariamente con una zambullida dolorosa, que lo resguardaba a él sólo, cuidadosamente, de las olas. Pero ella no podía oír llorar a los chicos y se acordaba del suplicio de los baños con bañeros en su infancia, que habían llenado su vida de sueños eternos de maremotos.
Se bañaba de tarde con el agua a la altura de las rodillas, cuando la playa estaba desierta; entonces llevaba a veces un libro que no leía y se acostaba sobre la arena después del baño; era el único momento del día en que descansaba. Era la madre de ciento cincuenta chicos pálidos a pesar del sol, flacos a pesar de la alimentación estudiada por los médicos, histéricos a pesar de la vida sana que llevaban.
Mlle. Dargére derramaba su prestigio de belleza sobre ellos. Su proximidad los serenaba un poco y los engordaba más que los alimentos estudiados por los mejores médicos, pero la cabeza del hombre en llamas seguía de noche en la ventana hasta que llegó a ser una horrible cosa necesaria que se busca detrás de las cortinas.
Una noche no durmió un solo minuto; la cabeza estaba ausente, la buscó detrás de las cortinas, y la desveló esta vez la posibilidad de poder dormir tranquila: la cabeza parecía haberse perdido para siempre.
A la mañana siguiente, en los dormitorios, una extraña exasperación retenía a los chicos al borde de las lágrimas. Llantos contenidos se amontonaban en las bocas. Mlle. Dargére creyó ver un asilo de ancianos en traje de baño azul marino desfilando hacia la playa. Carolina, su preferida, la única que tenía un cuerpo capaz de rellenar el traje de baño, se escapó de entre sus brazos.
La playa esa mañana se llenó de llantos obscuros y atorados dentro de las olas.
Mlle. Dargére, después de apoyar su melancolía sobre la balaustrada, que fue como una despedida a la belleza, subió corriendo hasta el espejo de su cuarto. La cabeza del hombre en llamas se le apareció del otro lado; vista de tan cerca era una cabeza picada de viruela y tenía la misma emotividad de los flanes bien hechos. Mlle. Dargére atribuyó el arrebato de su cara a las quemaduras del sol que se derraman en líquidos hirvientes sobre las pieles finas. Se puso compresas de óleo calcáreo, pero la imagen de la cabeza en llamas se había radicado en el espejo.

31/08/2014

Rêve et vision / S. Ocampo / Sueño y visión

C'est chez la soeur de Silvina Ocampo, Victoria, une femme hors du commun, qu' Adolfo Bioy Casares (vous connaissez peut-être L'invention de Morel ) rencontra Borges. Il devinrent rapidement amis, complices d'écriture, et, avec Silvina (qui épousa Adolfo), formèrent un trio d'écrivains “fantastiques”.
 
Gracias a la hermana de Silvina Ocampo,Victoria, Adolfo Bioy Casares (tal vez habéis leido La invención de Morel ) conoció a Borges. Se hicieron rápidamente amigos, cómplices de escritura y junto a Silvina (que se casó con Adolfo), formaron un trío de escritores “fantásticos”.


Sur Silvina ces quelques mots: 
Son œuvre est connue principalement pour son inépuisable imagination et son intérêt pour les nuances d'un langage cultivé qui sert de support à ses inventions biscornues. “Silvina déguise son écriture avec l'innocence d'un enfant pour nommer, avec surprise ou indifférence, la rupture dans le quotidien qu'installe la majorité de ses récits dans le territoire du fantastique.(trad Colo, wiki esp.)

La obra de Silvina Ocampo es reconocida principalmente por su inagotable imaginación y su aguda atención por las inflexiones del lenguaje. Dueña de un lenguaje cultivado que sirve de soporte a sus retorcidas invenciones, Silvina disfraza su escritura con la inocencia de un niño para nombrar, ya sea con sorpresa o con indiferencia, la ruptura en lo cotidiano que instala la mayoría de sus relatos en el territorio de lo fantástico.” (Wiki)

         Borges, à droite, à gauche Bioy Casares, puis Josefina Dorado, Silvina




Silvina Ocampo a écrit de nombreux contes que Borges appréciait énormément, j'en publierai, mais aujourd'hui j'ai traduit deux poèmes “fantastiques”.

Silvina Ocampo escribió numerosos cuentos que Borges apreciaba muchísimo, publicaré algunos, pero hoy estos poemas “fantásticos”.

 

 

La Vision

 


Nous marchions loin de la nuit,
citant des vers au hasard,
non loin de la mer.
Nous rencontrions parfois une voiture.

 

Il y avait un eucalyptus, un pin sombre
et les traces d'une charrette
là où le ciment devenait boue.
Nous rencontrions parfois un mur.

 

Nous n'allions nulle part, c'est vrai,
et nous étions perdus: aucune importance.
La rue nous portait
près d'un cheval noir quasi mort.

 

Il faisait nuit - ce sera faux-
Peut-être, mais c'est vrai dans mes vers -.
Une divinité secrète
presque toujours nocturne qui nous regardait

 

vit que nous nous arrêtions et le jour
suspendit ses honneurs fanatiques,
clôtura ses couleurs
car le cheval lui aussi nous voyait.

 

Ne dis pas que ce n'est pas vrai: il nous regardait.
Avec la pierre stupéfaite de ses yeux,
sous les astres rouges,
il nous vit comme les dieux qu'il attendait.

 

 (trad: Colette)

 

 

 

La visión

Caminábamos lejos de la noche,
citando versos al azar,
no muy lejos del mar.
Cruzábamos de vez en cuando un coche.

Había un eucalipto, un pino oscuro
y las huellas de un carro
donde el cemento se volvía barro.
Cruzábamos de vez en cuando un muro.

Íbamos a ninguna parte, es cierto,
y estábamos perdidos: no importaba.
La calle nos llevaba
junto a un caballo negro casi muerto.

Era de noche -esto será mentira.
Tal vez, pero en mis versos es verdad-.
Una arcana deidad
casi siempre nocturna que nos mira

vio que nos deteníamos y el día
suspendió sus fanáticos honores,
clausuró sus colores
pues también el caballo nos veía.

 

No digas que no es cierto: nos miraba.
Con la atónita piedra de sus ojos,
bajo los astros rojos,
nos vio como los dioses que esperaba.



              Le rêve récurrent



J'arrive comme j'arrivai, solitaire, effrayée,
à la porte de rue de bois ciré.


J'ouvre la porte et j'entre, silencieuse, parmi des tapis.
Les murs et les meubles m'effrayent de leurs ombres.


Je monte les marches de marbre jaune,
aux reflets rosés. J'entre dans un couloir.


Il n'y a personne, mais quelqu'un est caché dans les portes.
Les volets sombres sont tous ouverts.


Les hauts faux plafonds paraissent, de jour,
un ciel rempli d'étoiles éteintes grandissantes.


Le souvenir conserve une ancienne rhétorique,
s'élève comme un arbre ou une colonne dorique,


il dort habituellement dans nos rêves
et nous sommes en secret ses maîtres exclusifs.
(trad: Colette)


         El sueño recurrente

Llego como llegué, solitaria, asustada,
a la puerta de calle de madera encerada.

Abro la puerta y entro, silenciosa, entre alfombras.
Los muros y los muebles me asustan con sus sombras.

Subo los escalones de mármol amarillo,
con reflejos rosados. Penetro en un pasillo.

No hay nadie, pero hay alguien escondido en las puertas.
Las persianas oscuras están todas abiertas.

Los cielos rasos altos en el día parecen
un cielo con estrellas apagadas que crecen.

El recuerdo conserva una antigua retórica,
se eleva como un árbol o una columna dórica,

habitualmente duerme dentro de nuestros sueños
y somos en secreto sus exclusivos dueños.

23/08/2014

Chagrin d'amour, l'oubli / Mal de amor, el olvido

De Silvina Ocampo, Silvia Baron Supervielle, traductrice du présent recueil, (...) écrit en préface : « Elle possédait une intelligence céleste, dont elle faisait usage en silence pour observer la nature qu’elle vénérait, comprendre les animaux, les êtres qui lui étaient chers. »
Source et vie de Silvina ici

De Silvina Ocampo, Silvia Baron Supervielle, traductora de este libro (…) escribe en el prólogo: “Poseía una inteligencia celeste, que utilizaba en silencio para observar la naturaleza que veneraba, para entender a los animales y a sus seres queridos.”

(trad: Colette)

  

Un premier poème sur ce thème inépuisable qu'est l'oubli amoureux.

 Un primer poema sobre ese tema inagotable como es el olvido amoroso.

 


L'oubli

Silvina Ocampo 

 


Amour désespéré, tu cherches l'oubli
comme les papillons recherchent la lumière
dans la fulguration du feu mélancolique.
Je sens que ta souffrance en moi se pose
comme sur ces chétifs jardins
où chante la voix d'une tourterelle
perdue sur la corniche d'une maison
abîmée de la ville, entre jasmins.


Silvina Ocampo, Poèmes d’amour désespéré, édition bilingue, préface et traduction de Silvia Baron Supervielle, José Corti 1997.



 

                              "J'ai tant de mal à t'oublier..."

 

 

El olvido


Silvina Ocampo

Desesperado amor, buscas olvido
como buscan la luz las mariposas
en el fulgor del fuego entristecido.
Yo siento que al sufrir en mí te posas
como en esos escuálidos jardines
donde canta la voz de una torcaza
perdida en la cornisa de una casa
doliente, en la ciudad, entre jazmines.