15/09/2018

Paroles et silences II / Palabras y silencios II

Parmi les nombreux poèmes de Roberto Juarroz parlant du silence dans "Poésie Verticale", j’ai choisi celui-ci qui aborde les variétés de silences.
 
L’illustration est d’un photographe hollandais, Teun Hocks. Chacune de ses photos raconte, dénonce, illustre un propos. Intéressant, très. Découvrez-le ici
 
Teun Hocks (Cosmic surroundings)    
 
La hauteur de l'homme n'est pas la hauteur de la pluie,

mais son regard va plus loin que les nuages.” R. Juarroz

"La altura del hombre no es la altura de la lluvia,

 pero su mirada suele ir más allá de las nubes"

 
Le silence qui subsiste entre deux mots
Le silence qui subsiste entre deux mots
n'est pas identique au silence qui entoure une tête qui tombe,
ni à celui qui nimbe la présence de l'arbre
quand s'éteint l'incendie vespéral du vent.

De même que chaque voix a un timbre et une hauteur,
chaque silence a un registre et une profondeur.
Le silence d'un homme est différent de celui d'un autre
et ce n'est pas la même chose de taire un nom ou d’en taire un autre.
 
Il existe un alphabet du silence,
mais on ne nous a pas appris à l'épeler.
La lecture du silence est néanmoins la seule durable,
plus peut-être que le lecteur.

Dans « Poésie verticale » (traduction, légèrement modifiée par moi, trouvée sans nom du traducteur, hélas)


El silencio que queda entre dos palabras


El silencio que queda entre dos palabras
no es el mismo silencio que envuelve una cabeza cuando cae,
ni tampoco el que estampa la presencia del árbol
cuando se apaga el incendio vespertino del viento.

Así como cada voz tiene un timbre y una altura,
cada silencio tiene un registro y una profundidad.
El silencio de un hombre es distinto del silencio de otro
y no es lo mismo callar un nombre que callar otro nombre.

Existe un alfabeto del silencio,
pero no nos han enseñado a deletrearlo.
Sin embargo, la lectura del silencio es la única durable,
tal vez más que el lector.
 

08/09/2018

Paroles et silences 1 / Palabras y silencios 1

" Il ne s'agit pas de parler, il ne s’agit pas de se taire: il s'agit d'ouvrir quelque chose entre la parole et le silence."

"No se trata de hablar, no se trata de callar: se trata de abrir algo entre la palabra y el silencio."

Roberto Juarroz 

 

Dans son recueil Poesía vertical R. Juarroz explore encore et encore la relation entre notre Être, les silences et les paroles (ou mots).

Je vous propose quelques billets sur ces thèmes, des poèmes pas toujours aisés mais si profonds.

 
Pep Coll (Palma 1959) Arc III

 

 
Se taire peut être une musique,
une mélodie différente,
qui se brode en fils d'absence
sur l'envers d'un étrange tissu.
L'imagination est la véritable histoire du monde.
La lumière fait pression vers le bas.
La vie se répand soudain par un fil en suspens.


Se taire peut être une musique
ou le vide aussi,
puisque parler c’est le couvrir.
Ou se taire est peut-être
la musique du vide

(Trad: Colette)


Ce recueil, Poésie Verticale, est traduit en français, je ne le possède pas, mais si après quelques poèmes vous aimez...


Callar puede ser una música,
una melodía diferente,
que se borda con hilos de ausencia
sobre el revés de un extraño tejido.
La imaginación es la verdadera historia del mundo.
La luz presiona hacia abajo.
La vida se derrama de pronto por un hilo suelto.

Callar puede ser una música
o también el vacío
ya que hablar es taparlo.
O callar puede ser tal vez
la música del vacío.

 

14/07/2018

Seulement voir / Solamente ver

Roberto Juarroz, 1925-1995; poète Argentin, un des meilleurs selon l'avis général et le mien en particulier:-)
Son oeuvre est réunie sous un unique titre: Poésie Verticale.
"Dans l'un de ses derniers recueils, Treizième poésie verticale, publié en 1993, Roberto Juarroz forme le vœu de parvenir à « dessiner les pensées comme une branche se dessine sur le ciel ».(wiki)

 

 

Ventana, Ernest Descals




Il dessinait partout des fenêtres.
Sur les murs trop hauts,
sur les murs trop bas,
sur les parois obtuses, dans les coins,
dans l'air et jusque sur les plafonds.


Il dessinait des fenêtres comme s'il dessinait des oiseaux.
Sur le sol, sur les nuits,
sur les regards tangiblement sourds,
sur les environs de la mort,
sur les tombes, les arbres.

Il dessinait des fenêtres jusque sur les portes.
Mais jamais il ne dessina une porte.
Il ne voulait ni entrer ni sortir.
Il savait que cela ne se peut.
Il voulait seulement voir : voir.
Il dessinait des fenêtres.

 

 Partout.

 

(Douzième poésie verticale, traduction de Fernand Verhesen)
 
Roberto Juarroz 1925-1995, considerado como el mejor poeta argentino de su tiempo, así lo veo yo también, reunió toda su obra bajo un mismo título, Poesía Vertical.
En su Trigésima y última Poesía Vertical, 1993, emite el deseo de dibujar los pensamientos como una rama se dibuja sobre el cielo.
 
 
Beatriz Kohn, Caracas, 1939
 
 
Dibujaba ventanas en todas partes.
En los muros demasiado altos,
en los muros demasiado bajos,
en las paredes obtusas, en los rincones,
en el aire y hasta en los techos. 
 
Dibujaba ventanas como si dibujara pájaros.
En el piso, en las noches,
en las miradas palpablemente sordas,
en los alrededores de la muerte,
en las tumbas, los árboles. 
 
Dibujaba ventanas hasta en las puertas.
Pero nunca dibujó una puerta.
No quería entrar ni salir.
Sabía que no se puede.
Solamente quería ver: ver.
Dibujaba ventanas. 
 
En todas partes.
 

23/12/2017

Un lieu qui attend / Un lugar que espera

Une bibliothèque c'est des livres, et puis des humains sans lesquels elle n'aurait aucun sens.
Je me souviens, c'était bien avant Internet, de journées passées à consulter, à étudier dans celle de l’Université.
 
Aussi ai-je traduit, avec un immense plaisir et comme un cadeau pour votre Noël, ce poème qui, je pense, vous emportera ailleurs.
 
Una biblioteca son los libros, y los humanos sin los cuales ella no tendría sentido.
Me acuerdo, era mucho antes de Internet, haber pasado días consultando, estudiando, en la de la Universidad.
 
Así decidí traducir al francés y publicar, con mucho placer y como si fuera vuestro regalo de Navidad, este poema que, pienso, os llevará a otra parte.
 
 
 
 

 

La bibliothèque    Roberto Juarroz (Argentina 1925-1995)
(Extrait de "poesía vertical")
L’air y est différent.
Il est hérissé par un courant
Qui ne vient pas de ce texte-ci ou de celui-là,
Mais il les enlace tous
Comme un cercle magique.
Le silence y est différent.
Tout l’amour réuni, toute la peur réunie,
Toute la pensée réunie, presque toute la mort,
Presque toute la vie et de plus tout le rêve
Qui a pu se dégager de l’arbre de la nuit.
Et le son y est différent.
Il faut apprendre à l’entendre
Comme on entend une musique sans aucun instrument,
Quelque chose qui se glisse entre les feuilles,
Les images, l’écriture et le blanc.
Mais au-delà de la mémoire et des signes qui l’imitent,
Au-delà des fantasmes et des Anges qui copient la mémoire
 Et estompent les contours du temps,
qui pourtant manque de dessin.
 
La bibliothèque est le lieu qui attend.
Peut-être est-ce l’attente de tous les hommes,
car les hommes aussi y sont différents.
Ou peut-être est-ce l’attente de ce que tout l’écrit
Soit écrit à nouveau,
Mais d’une certaine façon, dans un autre monde,
Par quelqu’un semblable aux hommes,
Quand les hommes n’existeront plus.
Ou peut-être est-ce seulement l’attente
Que tous les livres s’ouvrent soudain,
Comme une consigne métaphysique,
Pour que se fasse d’un coup la somme de toute la lecture,
Cette rencontre majeure qui peut-être sauvera l’homme.
 
Mais, surtout, la bibliothèque est une attente
Qui va au-delà des lettres,
Au-delà de l’abîme.
L’espoir concentré d’en finir avec l’attente,
D’être plus que l’attente,
D’être plus que les livres,
D’être plus que la mort.
(Trad:Colette)
Carl Spitzweg
 
La biblioteca
 
El aire es allí diferente.
Está erizado todo por una corriente
Que no viene de este o aquel texto,
Sino que los enlaza a todos
Como un círculo mágico.
El silencio es allí diferente.
Todo el amor reunido, todo el miedo reunido,
Todo el pensar reunido, casi toda la muerte,
Casi toda la vida y además todo el sueño
Que pudo despejarse del árbol de la noche.
Y el sonido es allí diferente.
Hay que aprender a oírlo
Como se oye una música sin ningún instrumento,
Algo que se desliza entre las hojas,
Las imágenes, la escritura y el blanco.
Pero más allá de la memoria y los signos que la imitan,
Más allá de  los fantasmas y los Ángeles que copian la memoria
 
Y desdibujan los contornos del tiempo,
Que además carece de dibujo,
 
La biblioteca es el lugar que espera.
Tal vez sea la espera de todos los hombres,
porque también los hombres son allí diferentes.
O tal vez sea la espera de que todo lo escrito
Vuelva nuevamente a escribirse,
Pero de alguna otra forma, en algún otro mundo,
Por alguien parecido a los hombres,
Cuando los hombres ya no existan.
O tal vez sea tan solo la espera
De que todos los libros se abran de repente,
Como una metafísica consigna,
Para que se haga de golpe la suma de toda la lectura,
Ese encuentro mayor que quizá salve al hombre.
 
Pero, sobre todo, la biblioteca es una espera
Que va más allá de letra,
Más allá del abismo.
La espera concentrada de acabar con la espera,
De ser más que la espera,
De ser más que los libros,
De ser más que la muerte.
                                                         Juarroz,  Roberto.

 

06/12/2015

Dans la marge / En el margen



Roberto Juarroz (Argentina 1925-1995)
Décima poesía vertical
 


Il m'est arrivé de rêver des mots.
Les mots ne me laissent pas dormir.
Ils me cognent depuis l'envers du décor,
personnages subversifs
qui arrivent à déchirer le rideau
et pour toujours changer l’œuvre.

Les mots n'attendent pas.
Jusque quand dureront-ils?
Ils sont comme des gouttes de sang
qui tombent sur le texte
et parfois aussi dans la marge.

Mais ils ne se contentent pas des formes du jour,
de la veille éclairée entre la vie et la mort.
Le texte est infini
la marge l'est aussi.
Peut-être le texte devrait-il être dans la marge.

Le rêve est une région abandonnée
ou du moins disponible
à la nécessaire entrée du verbe.
 
(Trad: Colette)
 
 
He llegado a soñar con las palabras.
Las palabras no me dejan dormir.
Me golpean desde atrás del decorado,
personajes subversivos
que hasta llegan a rasgar el telón
para cambiar siempre la obra. 
 
Las palabras no esperan.
¿Hasta cuándo durarán?
Son como gotas de sangre
que van cayendo sobre el texto
y también a veces en el margen. 
 
Pero no les bastan las figuras del día,
la vigilia ilustrada entre la vida y la muerte.
El texto es infinito
y también lo es el margen. 
 
Quizá el texto debiera estar en el margen.
El sueño es una región abandonada
o por lo menos disponible
para la entrada necesaria del verbo.
 

24/10/2015

Chutes et ombres / Caídas y sombras

Nous poursuivons donc avec Roberto Juarroz. Né dans la Pampa Humide Argentine en 1925, il est mort à Buenos Aires en 1995. Très lié à la France où il étudia la Philosophie et les Lettres à la Sorbonne, sa “Poésie verticale”, œuvre de sa vie entière, est publiée d'abord en France.
 
J'ai choisi et traduit deux poèmes de lui aujourd'hui, avec une explication tirée de la dernière interview qu'il avait donnée en 1993.
 
Seguimos con Roberto Juarroz. Nacido en la Pampa húmeda Argentina en 1925, murió en Buenos Aires en 1995. Muy ligado a Francia donde estudió Filosofía y Letras en La Sorbona, su “Poesía Vertical”, es la obra de toda su vida, y fue publicada primero en Francia.

 

Elegí dos poemas, con una explicación sacada de la última entrevista que dió en 1993.

 

Ce billet est un peu long, prenez votre temps...

 Esta entrada es un poca larga, tomad vuestro tiempo...

 

 

 

 

"C'est toujours un instant, un instant de plénitude, qui nous signale ou nous situe avec les yeux ouverts dans la réalité la plus libre, la plus illimitée.

(...) la poésie est justement la voie pour exprimer l’ineffable. Dans le poème il se peut qu'il reste quelques morceaux, fragments qui parfois nous transmettent des messages inattendus. Ceci se rattache à ce que disait Rimbaud pour qui le poète n'est pas un prophète, dans le sens de quelqu’un qui anticipe les choses, mais celui qui cultive la vision verbale qui l'amène un peu plus loin, habituée à ce que le regard devienne "vision". C'est ici qu'entre en jeux le rôle fondamental de l’imagination qui découvre des ressorts insoupçonnables entre les choses.
J'ai la sensation qu'on s'est méfié de la présence de l'intelligence et de la raison dans le poème et je pense que c'est une erreur. Je pense que l'intellect joue intensément dans l'écriture. Le poème n'est pas un délire plus ou moins modelé par des recherches capricieuses.(..)"

"Siempre es un instante, un instante de plenitud, lo que nos señala o nos sitúa con los ojos abiertos en la realidad más suelta, más ilimitada.  (…) la poesía es justamente la vía para expresar lo inefable. En el poema pueden quedar algunos pedazos, fragmentos que nos transmiten a veces mensajes inesperados. Esto también se empalma con lo que decía Rimbaud, para quien el poeta no es profeta, en el sentido de alguien que anticipa las cosas, sino que cultiva la visión verbal y eso lo lleva un poco más allá, acostumbra a que la mirada se vuelva "visión". Aquí es donde entra a jugar un papel fundamental la imaginación, que descubre resortes insospechados en todas las cosas. 

Yo tengo la sensación de que se ha desconfiado de la presencia de la inteligencia y de la razón en el poema y pienso que es un error. Pienso que también lo intelectual juega con intensidad en la escritura. El poema no es un delirio más o menos configurado de búsquedas caprichosas,(...)"

 

Night shadows Edward Hopper

 


Quand s'éteint la dernière lampe
s'éteint plus que la lumière:
l'ombre s'allume elle aussi.
Il devrait pourtant y avoir des lampes
qui serviraient exclusivement
à allumer l'ombre.
N'y a-t-il pas peut-être des regards pour ne pas voir,
des vies rien que pour mourir
et des amours destinés à l'oubli?

Il y a du moins certains ténèbres préférés
qui méritent leur propre lampe de l'obscurité. 

(Trad: Colette)  



Cuando se apaga la última lámpara

no sólo se apaga algo mayor que la luz:

también se enciende la sombra.

Debería haber sin embargo lámparas

que sirvieran exclusivamente para encender la sombra.

¿No hay acaso miradas para no ver,

vidas nada más que para morir

y amores sólo para el olvido?



Hay por lo menos ciertas tinieblas predilectas

que merecen su propia lámpara de oscuridad.

 

 
 
 
"J'ai été attiré par une vision, celle que de tous les mouvements de l'homme il y en a un vers lequel nous allons inévitablement, qui se répète au long de la vie jusqu'à prendre une forme définitive: la chute. Tomber comprend depuis la chute de la feuille de l'arbre à tout ce qui existe dans l'univers. La chute est un peu le centre de nos vies et de nous-mêmes.
J'ai pourtant senti que, paradoxalement, le mouvement inverse se produisait également. Comme si dans le fond de la chute il y avait un rebond, où se trouve l’ascension. (...) Héraclite dit "le chemin qui descend est le même chemin qui monte". (...) une espèce de loi de la gravité à l'envers."
"Me atrajo una visión, y es que de todos los movimientos del hombre hay uno hacia el cual inevitablemente vamos, que se repite a lo largo de la vida hasta que se da en forma definitiva: la caída. El caer abarca desde la hoja del árbol hasta todo lo que existe en el universo. La caída es algo así como el centro de nuestras vidas y de nosotros mismos.
Sin embargo sentí que paradójicamente se producía también el movimiento inverso. Como si en el fondo de la caída hubiera un rebote, y es allí donde se encuentra el ascenso. (...) Dice Heráclito "el camino que baja es el mismo camino que sube". (...) una especie de ley de gravedad invertida."
 
Picasso La chute d'Icare  
 
Il faut tomber et on ne peut choisir où.
Mais il existe une certaine forme du vent dans les cheveux,
une certaine pause du coup,
un certain angle du bras
que nous pouvons obliquer dans la chute.
Ce n'est que l'extrémité d'un signe,
la pointe sans y penser d'une pensée.
Mais il suffit pour éviter le fond avare de mains
et la misère bleue d'un Dieu désert.

Il s'agit de plier plus qu'une virgule
dans un texte que nous ne pouvons corriger.
 
(Trad: Colette)
 
Hay que caer y no se puede elegir dónde.

 Pero hay cierta forma del viento en los cabellos,

cierta pausa del golpe,
 
cierta esquina del brazo

 que podemos torcer mientras caemos.

Es tan sólo el extremo de un signo,
 
la punta sin pensar de un pensamiento.
 
Pero basta para evitar el fondo avaro de unas manos

 y la miseria azul de un Dios desierto. 

 

Se trata de doblar algo más que una coma

 en un texto que no podemos corregir.

 

 

17/10/2015

Sans le savoir / Sin saberlo

Roberto Juarroz. 


 
Argentina (1925-1995)

"Una hoja en el árbol, justifica al árbol. Pero un árbol sin hojas lo justifica todo."
"Une feuille dans l'arbre justifie l'arbre. Mais un arbre sans feuilles justifie tout"
 
(les poèmes de Juarroz sont sans titre) (los poemas de Juarroz no tienen título)
 
 
 Le jour où sans le savoir
Nous faisons une chose pour la dernière fois,
regarder une étoile,
passer une porte,
aimer quelqu’un,
écouter une voix,
si quelque chose nous prévenait
que jamais nous n’allions la refaire,
la vie probablement s’arrêterait
comme une poupée sans enfant ni ressort.

Et pourtant, chaque jour
nous faisons quelque chose pour la dernière fois,
regarder un visage,
nous appeler par notre nom,
achever d’user une chaussure,
éprouver un frisson
comme si la première ou la millième fois
pouvait nous préserver de la dernière.

Il nous faudrait un tableau noir
marquant toutes les entrées et les sorties,
où serait clairement annoncé, jour après jour,
avec des craies de couleur et des voyelles
ce que chacun doit terminer
jusqu’à quand on doit faire chaque chose,
jusqu’à quand on vit
jusqu’à quand on meurt.
 
 
(Trad: Colette)
 

Ce poème a été traduit par Jacques Ancet, bien avant moi; vous trouverez sa version ici: http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/juarroz/jua...

Tommy Ingberg http://www.ingberg.com/



El día en que sin saberlo
hacemos por última vez una cosa
mirar una estrella,
atravesar una puerta,
amar a alguien,
escuchar cierta voz
si algo nos advirtiera
que nunca volveremos a hacer eso,
probablemente la vida se detendría
como un muñeco sin niño ni resorte.
.
Sin embargo, cada día
hacemos algo por última vez
mirar un rostro,
llamarse con su propio nombre,
terminar de gastar un zapato,
probar un temblor
como si la primera vez o la milésima
pudiera preservarnos de la última.
.
Nos haría falta un tablero
con todas las entradas y salidas marcadas,
donde se anuncie claramente, día por día,
con tiza de colores y con vocales
qué le toca terminar a cada uno,
hasta cuándo se hace cada cosa,
hasta cuándo se vive
hasta cuándo se muere.

Roberto Juarroz.
 
 
 
 
Le prochain billet sera consacré à ce poète Argentin (1925-1995), auteur d'une “poésie verticale”; les pieds sur terre, la tête imprégnée de spiritualité, de philosophie. Une poésie sans artifices, à la recherche d'une “troisième dimension”, entre la vie et la mort, le bonheur et la disgrâce...loin du manichéisme d'une certaine poésie traditionnelle.


La próxima entrada será dedicada a ese poeta Argentino (1925-1995), autor de una “Poesía Vertical”; los pies en la tierra, la cabeza impregnada de espiritualidad, de filosofía. Una poesía sin artefactos, que busca una “tercera dimensión” entre la vida y la muerte, la felicidad y la desgracia...lejos del maniqueísmo de cierta poesía tradicional.

14/08/2011

"Traverser...l'illusion tenace d'être quelque chose" / "Traspasar...el trompo ubicuo de ser algo"

«  C'est fou comme la voix seule peut dire d'une personne qu'on aime - de sa tristesse, de sa fatigue, de sa fragilité, de son intensité de vivre, de sa joie. Sans les gestes, c'est la pudeur qui disparaît, la transparence qui s'installe. »

 

Philippe Delerm

Extrait de La Première Gorgée de bière

 

“Sorprende todo lo que la voz sola puede decir de una persona que queremos – su tristeza, su cansancio, su fragilidad, su intensidad de vivir, su alegría. Sin los gestos, el pudor desaparece, la transparencia se instala.”

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Inaugurer la transparence

 

 

Inaugurer la transparence,

voir à travers un corps, une idée,

un amour, la folie,

distinguer sans obstacle l'autre côté,

traverser de part en part

l'illusion tenace d'être quelque chose.

non seulement pénétrer du regard dans la roche

mais ressortir aussi par son envers.

 

Et plus encore:

Inaugurer la transparence

c'est abolir un côté et l'autre

et trouver enfin le centre.

Et c'est pouvoir suspendre la quête

parce qu'elle n'est plus nécessaire,

parce qu'une chose cesse d'être interférence

parce que l'au-delà et l'en deçà se sont unis;

 

Inaugurer la transparence

c'est te découvrir à ta place

 

ROBERTO JUARROZ

Poésie Vertical

 

 

 

Inaugurar la tranparencia

 

 

 

Inaugurara la transparencia.

Ver a través de un cuerpo, de una idea,Lucien Levy-Dhurmer portrait de Mademoiselle Carlier.jpg

de un amor, de la locura,

divisar sin estorbos el otro lado,

traspasar de parte a parte

el trompo ubicuo de ser algo.

No sólo penetrar con el ojo la roca

sino también salir por su revés.

 

Y algo más todavía ;

inaugurar la transparencia

es abolir un lado y el otro

y encontrar por fin el centro.

Y es poder no seguir

porque ya no es preciso,

porque una cosa deja de ser interferencia

porque el más allá y el más aca se han unido.

 

Inaugurar la transparencia

es hallarte en tu sitio.

Armando 1.jpg

 

 

 

Vieillir, c'est découvrir la transparence, brûler les frontières, fondre les limites, abattre les paravents... Y a-t-il plus passionnant voyage que celui de la vie ?  

 

Maria Casarès

Extrait de Résidence privilégiée

Envejecer, es descubrir la transparencia, quemar las fronteras, diluir los límites, derribar las mamparas… ¿Existe algún viaje más apasionante que el de la vida?

 

 Photos:1) Toile et photo Ken Orton (Thanks a lot!)

            2) Toile de  Lucien Levy-Dhurmer / Portait de Mlle Carlier

          3) Photo Armando Ribeiro (¡Gracias!)