15/11/2015

Un fil de lumière doré / Un dorado hilo de luz

 
 
Aujourd'hui un poème du Majorquin Jaume Mesquida, né à Palma de Mallorca (1948) mais qui a toujours vécu à Manacor (patrie de Rafael Nadal aussi).  
 Il raconte bien l'immense amour des majorquins pour la nature, le vent, la mer, leur île.
Dans le recueil dont j'ai déjà parlé, “Majorque, l'île aux poètes”, il se trouve en Catalan, mais aussi traduit en Espagnol et en Français.
 
Je n'ai pas résisté à l'envie d'en faire une traduction très personnelle;-))
 

Obole de silence I
 
La nuit battit en retraite et laissa intacte la couleur
rouge des cerises.
L'ombre resta prisonnière dans la jarre de terre.
Le vent cacha le murmure odorant de la forêt dans la flûte
que soutenaient, alanguies, des mains blanches.

Mille petits éclats de lune étaient restés accrochés aux branches odorantes
du citronnier.
Dans les branches de l'oranger, devant le porche de bois,
se prirent les mille grains vermeils du soleil
qui approcha timidement les lèvres au bord ébréché
de la cruche, pour boire à satiété.
Les yeux des maisons s'étaient ouverts et regardaient surpris
l'azur si pur de ce jour ensoleillé.

De bon matin les vieilles se sont installées devant la mer
tissant un souvenir sur le métier rougi de leur sang,
tandis que le jour, d'un fil de lumière doré, cousait un tablier
d'écume à la brise des hautes falaises.
Là le vent du sel soufflait dans leurs cheveux gris,
longs et lisses
et les petites fleurs jaunes insulaires de camomille
réunies en bouquets sauvages et odorants
par les poings âpres des rochers.

Chacune trouvait très facilement son aiguille de douleur
dans le pailler de la tristesse.


(Trad Colette)


 
Traducción al español por el mismo Jaume Mesquida.
Clic sur les textes catalans et espagnols pour agrandir

11/11/2012

À Cuba II / En Cuba II

 

Alma música

Yo soy borracho. Me seduce el vino

luminoso y azul de la Quimera

que pone una explosión de Primavera

sobre mi corazón y mi destino.

Tengo el alma hecha ritmo y armonía;

todo en mi ser es música y es canto,

desde el réquiem tristísimo de llanto

hasta el trino triunfal de la alegría. (…)

 

Âme musique


Je suis un saoulard. Me séduit le vin

lumineux et bleu de la Chimère

 qui dépose une explosion de Printemps

 sur mon coeur et mon destin.

 J'ai l'âme faite de rythme et d'harmonie;

 tout en mon être est musique et chant,

 depuis le réquiem tristissime de pleurs

 au trille triomphal de la joie. (…)

(Trad: Colette)

 

 

 

 

Les poèmes d'aujourdui sont de Nicolas Guillén, un cubain très attachant

(1902-1989) connu surtout pour avoir introduit en poésie la coexistence de

noirs et blancs, africains et espagnols, et des mulâtres. “Quelle joie d'être

ainsi deux histoires dans un conte“. Pour cette raison on parle de poésie

noire à son propos. Il fut un ambassadeur culturel, révolutionnaire et

enthousiaste. Un article fort intéressant sur lui et sa poésie ici.

 

Los poemas de hoy son de Nicolás Guillen, un cubano muy entrañable (1902-1989)

conocido por haber introducido en la poesía la coexistencia de negros y blancos,

africanos y españoles, y de mulatos.”¡Qué alegría ser así dos historias en un

cuento!”. Por esa razón se habla de poesía negra cuando se le nombra. Fue un

embajador cultural, revolucionario y entusiasta.



Un son para niños antillanos /...pour enfants
 
antillais
 
 

 


Por el Mar de las Antillas
anda un barco de papel:
Anda y anda el barco barco,
sin timonel.

De La Habana a Portobelo,       
de Jamaica a Trinidad,
anda y anda el barco barco
sin capitán.

Una negra va en la popa,
va en la proa un español:
Anda y anda el barco barco,
con ellos dos.

Pasan islas, islas, islas,
muchas islas, siempre más;
anda y anda el barco barco,
sin descansar.

Un cañón de chocolate
contra el barco disparó,
y un cañón de azúcar, zúcar,
le contestó.

¡Ay, mi barco marinero,
con su casco de papel!
¡Ay, mi barco negro y blanco
sin timonel!

Allá va la negra negra,
junto junto al español;
anda y anda el barco barco
con ellos dos. 

 
 
 
Dans la mer des Antilles
vogue un bateau en papier:
Vogue et vogue le bateau bateau
sans timonier.
 
De La Havane à Portobello
de la Jamaïque à Trinidad,
vogue et vogue le bateau bateau
sans capitaine.
 
Une noire va en poupe
à la proue un espagnol:
vogue et vogue le bateau bateau
avec eux deux.
 
Passent les îles, îles,
beaucoup d'îles, toujours plus;
vogue et vogue le bateau bateau
sans repos.
 
Un canon en chocolat,
contre le bateau tira,
et un canon en sucre, sucre,
lui répondit.
 
Ah, mon bateau marinier,
avec sa coquille de papier!
Ah, mon bateau noir et blanc
sans timonier.!
 
Par là va la noire noire
avec avec l'espagnol;
vogue et vogue le bateau bateau
avec eux deux.

(Trad: Colette)
 
 

 

Le groupe Orishas est formé de cubains résidant à Paris. Musique hip hop, je ne recule devant rien; cette chanson "Mujer" mélange de force et de douceur et, ce qui ne gâche rien, ils ne sont pas mal du tout, isnt'it?
El grupo Orishas es compuesto de cubanos residentes en París. Música hip hop, no me privo de nada; esta canción "Mujer" una mezcla de fuerza y dulzura, y, ¿no están nada mal, verdad?

 

 

18/02/2012

Quand les mots s'ouvrent / Cuando las palabras se abren

 

Quel lien existait-il entre le poète mexicain Octavio Paz et le linguiste Roman Jakobson ? J'ignore s'ils se connaissaient personnellement, mais ce qui est sûr c'est qu'à la mort du russe, le poète écrivit ce poème-hommage.

Un poème sur la poésie qui « sème des yeux sur les pages ».

¿Qué lazo existía entre el poeta mejicano Octavio Paz y el linguista Roman Jakobson ? Ignoro si se conocían personalmente, pero lo seguro es que, a la muerte del ruso, el poeta escribió ese poema-homenaje.

Un poema sobre la poesía que « siembra ojos en las páginas ».

 

octaviopaz.jpg


Dire Faire Octavio Paz

 

Entre ce que je vois et dis,

Entre ce que je dis et tais,

Entre ce que je tais et rêve,

Entre ce que je rêve et oublie

La poésie.

Se glisse entre le oui et le non :

elle dit

ce que je tais,

elle rêve

ce que j'oublie.

Ce n'est pas un dire :

c'est un faire.

C'est un faire

qui est un dire.

La poésie se dit et s'entend :

elle est réelle.

Et à peine je dis

elle est réelle

qu'elle se dissipe.

Plus réelle ainsi ?

Idée palpable,

mot

impalpable :

la poésie

va et vient

entre ce qui est

et ce qui n'est pas.

Elle tisse des reflets

et les détisse.

La poésie

sème des yeux sur les pages.

Les yeux parlent

les mots regardent

les regards pensent.

Entendre

les pensées

voir ce que nous disons

toucher

le corps

de l'idée.

Les yeux

se ferment

Les mots s'ouvrent.

(Trad: Colette)

 

Decir, Hacer de Octavio Paz

A Roman Jakobson

 

Entre lo que veo y digo,
Entre lo que digo y callo,
Entre lo que callo y
sueño,
Entre lo que sueño y olvido
La poesía.
Se desliza entre el sí y el no:
dice
lo que callo,
calla
lo que digo,
sueña
lo que olvido.

No es un decir:
es un hacer.
Es un hacer
que es un decir.
La poesía
se dice y se oye:
es real.

Y apenas digo
es real,
se disipa.
¿Así es más real?
Idea palpable,
palabra
impalpable:
la poesía
va y viene
entre lo que es
y lo que no es.

Teje reflejos
y los desteje.
La poesía
siembra ojos en las páginas
siembra palabras en los ojos.
Los ojos hablan
las palabras miran,
las miradas piensan.

Oír
los pensamientos,
ver
lo que decimos
tocar
el cuerpo
de la idea.
Los ojos
se cierran
Las palabras se abren.

 

Pour en savoir plus sur Octavio Paz et ses publications en français : http://poezibao.typepad.com/poezibao/2005/02/almanach_pot...