05/01/2019

Premier poème de l'année / Primer poema del año

Une amie française m'a envoyé un joli recueil de poèmes de Jean-Pierre Siméon.
 
Déjà son titre, “La nuit respire”, inspire. En voici un poème agréable à lire.
 
 
 
Lettre aux gens très sages
 
À Sarah
 
Non il n’est pas fou
celui qui parle au vent
aux murs aux rues aux lampadaires
 
à l’ombre du chat sur la fenêtre
aux mains fragiles
qui l’aiment et le connaissent
 
Il n’est pas fou
celui qui voit la mer
dans son miroir
et des chiens bleus
dans les nuages
 
Non le poète n’est pas fou
il rêve il rêve
et nous attend
sous le manteau de son mystère
au coeur du monde imaginé
 
https://www.domestika.org/es/projects/257670-bioclimatic-...
 
Carta a gente muy buena
Para Sarah
 
No, no está loco
el que le habla al viento
a las paredes a las calles a las farolas
 
a la sombra del gato en la ventana
a las manos frágiles
que le quieren y le conocen
No está loco
el que ve el mar
en su espejo
y perros azules
en las nubes
 
No, el poeta no está loco
sueña sueña
y nos espera
bajo el abrigo de su misterio
en el corazón del mundo imaginado
(Trad: Colette)
 

15/12/2018

Dans les livres / En los libros

Un autre poème de Cristina Peri Rossi; dans son style concis qui permet de tout imaginer...Bon week-end.
 
Dédicace
 
La litrature nous a séparés:
tout ce que j’ai su de toi
je l’ai appris dans les livres
et à ce qui manquait,
j’ai mis des mots.
(Trad:Colette)

José María Casanova Martínez-Pardo, Mujer leyendo constitucion-2.jpg

 

 
 
Dedicatoria
La literatura nos separó:
todo lo que supe de ti
lo aprendí en los libros
y a lo que faltaba,
yo le puse palabras.
 
 
"Evohé" 1971
 

08/12/2018

Quatre boules de cuir

L’art et la boxe, l’amour et la boxe.
Sans doute parce que c’est un sport qui ne m’attire pas n’ai-je jamais trop réfléchi au lien entre ces termes. Pourtant des films, des chansons (Nougaro par exemple), des romans (Jack London dans “Cent dollars de plus” par exemple aussi), et des poèmes comme celui d’aujourd’hui existent!
 
L’amour et la boxe seraient-ils question de danses? De distances?
 
 
 
Cristina Peri Rossi Uruguay 1941
 
 
 
Juste distance
 
En amour, et dans la boxe
tout est question de distance.
Si tu t’approches trop je m’excite
m’effraie
m’obnubile        je dis des bêtises
me mets à trembler
mais si tu es loin
je souffre deviens triste
perds le sommeil
et j’écris des poèmes.
 
« Otra vez Eros 1994 »
(Trad. Colette)
Apollinaire Calligramme Terrible boxeur
 
Distancia justa

En el amor, y en el boxeo
todo es cuestión de distancia
Si te acercas demasiado me excito
me asusto
me obnubilo               digo tonterías
me echo a temblar
pero si estás lejos
sufro entristezco
me desvelo
y escribo poemas.


"Otra vez eros" 1994
 
 
 
Quelques références / Unas referencias
Apollinaire terrible boxeur image calligramme

20/10/2018

En blanc / En blanco

Que faire quand l’inspiration se fait rare? 
 
Mario Benedetti (Uruguay) m’a fait rire, voyez plutôt.




Page blanche   Mario Benedetti

 

 

Je suis descendu au marché
 
et j'ai rapporté
 
tomates journaux averses
 
endives et envies
 
gambas croupes et amen
 
farine monosyllabes jerez
 
instantanés éternuements riz
 
artichauts et cris
 
rarissimes silences
 
 

page blanche
 
voilà, je te laisse tout
 
fais-en ce que tu veux
 
débrouille-toi
 
ou du moins organise-toi
 
 

moi je ferai une sieste
 
pourvu que tu m’éveilles
 
avec une chose originale
 
et suggestive
 
afin que je la signe

 
 (Trad: Colette)
Sleeping on a bench, Merle Citron
 


Página en blanco   Mario Benedetti
 
 
Bajé al mercado
y traje
tomates diarios aguaceros
endivias y envidias
gambas grupas y amenes
harina monosílabos jerez
instantáneas estornudos arroz
alcachofas y gritos
rarísimos silencios
 
página en blanco
aquí te dejo todo
haz lo que quieras
espabílate
o por lo menos organízate
 
 
yo me echaré una siesta
ojalá me despiertes
con algo original
y sugestivo
para que yo lo firme

22/09/2018

Temps d'île / Tiempo de isla

Pas d'illustration accompagnant le poème d'aujourd'hui; à la lecture les images surgissent des mots, du moins dans ma tête.

 Un court recueil de Pedro Salinas “La mer lumière” reçu par la poste. Version bilingue, magnifique traduction.

 

Temps d’île
 
Pedro Salinas
 
1
Qui m’appelle de la voix
d’un oiseau qui crie?

Quel amour m’aime, quel amour
m’invente des caresses,

caché entre deux airs,
simulant la brise?

Le palmier, qui l’a mis
- celui qui me rafraîchit

avec des souffles d’ombres et de soleil -
là où moi je le souhaitais?

Le sable, qui l’a lissé,
si lisse, si lisse,

pour qu’en traits infiniment légers
la main m’écrive,

sur une amante que je n’ai jamais vue,
sur une amante cachée,

parmi la pudeur de l’écume,
messages d’ondines?

Pourquoi me donne-t-on tant de bleu
sans que je le demande,

le ciel qui l’invente,
la mer, qui l’imite?

Quel est le Dieu qui au huitième jour
m’a tracé cette île,

commerce de beautés,
bourse sans cupidité?

Ici, terre, ciel et mer,
vendant

écume. sable, soleil, nuage,
trafiquent allègrement;

sans fraude ils s’enrichissent,
- des gains très purs -,

pour des aurores ils donnent des astres,
ils échangent des merveilles.

Le temps des îles: on le compte
avec des chiffres magiques;

l’heure n’a plus de minutes:
soixante délices;

avril passe tel trente soleils,
et un jour est un jour.

Qui en emportant les angoisses,
a donné forme au bonheur?
 
 
 
Recueil: La mer lumière, Pedro Salinas. PUF Blaise Pascal.
Traduction Bernadette Hidalgo Bachs.
 
 
TIEMPO DE ISLA  Pedro Salinas
1
¿Quién me llama por la voz
de un ave que pía?

¿Qué amor me quiere, qué amor
me inventa caricias,
 
escondido entre dos aires,
fingiéndose brisa?
 
La palmera, ¿quién la ha puesto
la que me abanica
 
con soplos de sombra y sol—
donde yo quería?
 
La arena, ¿quién la ha alisado,
tan lisa, tan lisa,
 
para que en rasgos levísimos
la mano me escriba,
 
de amante que nunca he visto,
de amante escondida,
 
entre pudores de espuma,
mensajes de ondina?
 
¿Por qué me dan tanto azul,
sin que se lo pida,
 
el cielo que se lo inventa,
el mar, que lo imita?
 
¿Cuál fue el dios qué un día octavo
me trazó esta isla,
 
trocadero de hermosuras,
lonja sin codicia?
 
Aquí tierra, cielo y mar,
en mercaderías
 
de espuma, arena, sol, nube,
felices trafican;
 
sin engaño se enriquecen,
ganancias purísimas—,
 
luceros dan por auroras,
cambian maravillas.
 
Tiempo de isla: se cuenta
por mágicas cifras;
 
la hora no tiene minutos:
sesenta delicias;
 
pasa abril en treinta soles,
y un día es un día.
 
¿Quién, llevándose congojas,
dio forma a la dicha?

 

 

25/08/2018

Moudre les instants / Moler los instantes

Peut-être parce que l’été ici tout est immobile - l’air chaud, le ciel sans nuages, la nature figée – ai-je choisi un autre poème “qui tourne”. Cette fois c’est un moulin, non non pas celui de Don Quichotte!, nous sommes au Chili avec le poète surréaliste Vicente Huidobro.

 
 

 

http://www.urbansketchers.org/2014/11/by-marc-taro-holmes...
 

 

 
Moulin, Vicente Huidobro.
 
Plus qu’un âne, le vent est patient.
 
Tourne tourne tourne
Moulin qui moud les heures
Bientôt arrivera le printemps
Et tes ailes seront couvertes de fleurs
 
Tourne tourne tourne
Moulin qui moud les jours
Bientôt arrivera l’été
Et tu auras des fruits sur ta tour
 
Tourne, tourne tourne
Moulin qui moud les mois
Bientôt viendra l’automne
Et tu seras triste sur ta croix
 
Tourne tourne tourne
Moulin broyeur d’années
Bientôt viendra l’hiver
Et tes larmes gèleront
 
Voici le vrai moulin
N’oubliez jamais sa chanson
ll fait la pluie et le beau temps
Il fait les quatre saisons
 
Moulin de mort, moulin de vie
Mouds les instants comme une montre
Eux aussi sont des grains Moulin de la mélancolie
Farine du temps qui rendra nos cheveux blancs.
(Trad: Colette)
 
 
 
 
Molino V. Huidobro
 
El viento más que un asno es paciente.
 
Gira gira gira
Molino que mueles las horas
Pronto será la primavera
Y tendrás tus alas cubiertas de flores
 
Gira gira gira
Molino que mueles los días
Pronto será el estío
Y tendrás frutos en tu torre
 
Gira gira gira
Molino que mueles los meses
Pronto vendrá el otoño
Y estarás triste en tu cruz
 
Gira gira gira
Molino moledor de años
Pronto vendrá el invierno
Y se helarán tus lágrimas
 
He aquí el verdadero molino
No olvidéis jamás su canción
Él hace llover y hace el buen tiempo
Él hace las cuatro estaciones
 
Molino de la muerte Molino de la vida
Muele los instantes como un reloj
Éstos también son granos Molino de la melancolía
Harina del tiempo que pondrá nuestros cabellos blancos.
 
Vicente Huidobro (Chileno)
Paris,1922

18/08/2018

Tourne, mon coeur / Gira, corazón

Aujourd’hui un poème de Lorca; sous sa plume une superbe envolée d’images qui lui viennent en s’adressant à une girouette.

J’espère qu’en traduction-français vous arriverez à percevoir le rythme et la beauté qui en ressortent.

 

 
http://www.forging-ahead.co.uk/windvane.htm

Girouette

Federico Garcia Lorca



Vent du Sud,
brun, ardent,
ton souffle sur ma chair
apporte un semis de regards
brillants et le parfum
des orangers.
Tu fais rougir la lune
et sangloter
les peupliers captifs, mais tu arrives
trop tard!
J'ai déjà enroulé la nuit de mon histoire
sur l'étagère!
Même sans vent,
crois-moi!
Tourne, mon cœur,
tourne, mon cœur.
Vent du nord,
ours blanc du vent!
Tu souffles sur ma chair,
tout frissonnant d'aurores
boréales,
avec ta traîne de spectres
capitaines,
et riant de Dante
aux éclats.
Ô polisseur d'étoiles!
Mais tu arrives trop tard.
L'armoire est vermoulue
et j'ai perdu la clé.
 
Même sans vent,
crois-moi!
Tourne, mon cœur,
tourne, mon cœur.
Brises, gnomes et vents
venus de nulle part.
Moustiques de la rose
pétales en pyramides.
Vents alizés sevrés
parmi les rudes arbres,
flûtes dans la bourrasque,
laissez-moi!
De lourdes chaînes ancrent
mes souvenirs,
et captif est l’oiseau
qui dessine le soir
de ses trilles.
 
Les choses qui s'en vont jamais ne reviennent,
tout le monde le sait,
et dans la foule des vents
il est vain de se plaindre.
 
N'est-ce pas, peuplier, maître de la brise?
Il est vain de se plaindre!
 
Même sans vent,
crois-moi!
Tourne, mon cœur,
tourne, mon cœur.
Juillet 1920
 
Fuente Vaqueros, Grenade.
(Trad:Colette)
 

Veleta


Federico García Lorca
 
Viento del Sur,
moreno, ardiente,
llegas sobre mi carne,
trayéndome semilla
de brillantes
miradas, empapado
de azahares.
Pones roja la luna
y sollozantes
los álamos cautivos, pero vienes
¡demasiado tarde!
¡Ya he enrollado la noche de mi cuento
en el estante!
Sin ningún viento,
¡hazme caso!,
gira, corazón;
gira, corazón.
Aire del Norte,
¡oso blanco del viento!
Llegas sobre mi carne
tembloroso de auroras
boreales,
con tu capa de espectros
capitanes,
y riyéndote a gritos
del Dante.
¡Oh pulidor de estrellas!
Pero vienes
demasiado tarde.
Mi almario está musgoso
y he perdido la llave.
Sin ningún viento,
¡hazme caso!,
gira, corazón;
gira, corazón.
Brisas, gnomos y vientos
de ninguna parte.
Mosquitos de la rosa
de pétalos pirámides.
Alisios destetados
entre los rudos árboles,
flautas en la tormenta,
¡dejadme!
Tiene recias cadenas
mi recuerdo,
y está cautiva el ave
que dibuja con trinos
la tarde.
Las cosas que se van no vuelven nunca,
todo el mundo lo sabe,
y entre el claro gentío de los vientos
es inútil quejarse.
¿Verdad, chopo, maestro de la brisa?
¡Es inútil quejarse!
Sin ningún viento.
¡hazme caso!
gira, corazón;
gira, corazón.
 

04/08/2018

Un baîllement d'ironie / Un bostezo de ironía

 

Il y a, comme chaque été, des aubes magnifiques et relativement fraîches, seuls moments du jour où il fait bon se balader.
Que ce soit près de la mer ou à la campagne où je vis, à 6h du matin on y rencontre plus d’animaux que d’humains. Pourtant ces derniers sont souvent déjà au travail, certains ont des horaires flexibles qui leur permettent, c’est bien heureux, de commencer dès l’aube.
 
 

 

 

 

 
 
La lumière, vous le voyez, est superbe. Une amie qui n’est pas d’ici me le faisait remarquer, l’air semble humide: rien de plus vrai! Tout est mouillé le matin sur cette île. C’est excellent pour les plantes et les arbres, moins pour les humains…
 
 

 

Mais ne perdons pas nos bonnes habitudes et quittons-nous cette semaine avec un poème.
 
 
Avec le sourire de l’âme
 
JORGE REYES (Quito, Ecuador 1905-1977)
 
Lentement
il s'éveilla
avec un bâillement d'ironie
au tic tac d'une montre
qui s'endormait de vieillesse...
 
Moi je m'éveille...
et sa main
sur mon épaule
me chante la chanson
de ce fragile sourire
de l'âme.
 
(Trad: Colette)
NB: En espagnol "se fue despertando", impersonnel, m'a obligée à choisir "il" ou "elle". L'option de "il" est donc tout à fait arbitraire.
 
 
 
CON SONRISA DEL ALMA
 JORGE REYES (Quito, Ecuador 1905-1977)
 
Se fue
despertando
con bostezo de ironía
al tic tac de un reloj
que de viejo se dormía…
 
Despierto yo…
y su mano
en mi hombro
me canta la canción
de esa frágil sonrisa
del alma
 

24/06/2018

Si j'étais.../ Si fuera...

Latitude

Juan Ramón Jiménez



Si j'étais comme un lieu de la mer ou du ciel;
le même et un autre toujours, avec les vagues,
le même et un autre toujours, avec les nuages;
ferme et errant,
hésitant et sûr de lui,
attendant et solitaire,
rencontré et inconnu,
aimé et oublié, et libre et prisonnier,
- un autre et le même toujours, avec mes nuages,
avec mes vagues -!

 

 
 
Sud de l'île de Mallorca

Latitud J.R. Jimenéz
 
¡Si fuera yo como un lugar del mar o el cielo;
el mismo y otro siempre son las olas,
el mismo y otro siempre con las nubes;
firme y errante,
dudoso y cierto,
aguardador y solitario,
encontrado y desconocido,
amado y olvidado, y libre y preso,
-otro y el mismo siempre, con mis nubes,
 
con mis olas-!
 
 

05/05/2018

Poésie du temps de Al-Andalus

Pour commencer, quelques rappels historiques…

 

Tintero nazarí /Encrier Nazarí XIVºs  .http://elpoderdelaalhambra.com/piezas-destacadas/tintero-nazari/
 

Nous sommes un peu avant l’an 711 ; l’Espagne, à l’exception des Asturies, de la Cantabrie et du Pays basque, constituent le royaume des Wisigoths. Et l'Hispanie ne jouit pas d’une grande stabilité politique au moment où les musulmans partent à sa conquête

La naissance et la formation de Al-Andalus se sont faites progressivement, les conquêtes se réalisèrent entre 711 et 716. Toute l’Espagne (et l'actuel Portugal) fut envahie excepté le Pays Basque et quelques régions montagneuses de Cantabrie. Les musulmans tentèrent de s’étendre en France mais, vous le savez, ils furent vaincus à Poitiers (732) et se replièrent sur la péninsule ibérique.
Et ils décident d’établir leur capitale à Cordoue, apparemment fascinés par le Guadalquivir.



Al-Andalus (711-1492) est devenu dès le IXº siècle un foyer de haute culture et attira de nombreux savants, artistes….
Sur la Terre D’Islam qu’est Al Andalus, diverses populations aux cultures différentes se mêlaient : les musulmans (arabes, berbères, muladi) et européens musulmans, les slaves musulmans, puis les juifs et les chrétiens (mozarabes).

Alors mes amis, quand j’ai décidé de me plonger dans la poésie (en arabe mais largement traduite en espagnol ;-))  datant de cette longue époque musulmane, je me suis très vite vue submergée par un nombre incalculable de poètes, de poèmes écrits en arabe pendant les différents siècles.

On y parle d’amour, de fleurs et de parfums, de vin, de séparations, puis vers la fin, de la perte d’un paradis. Que choisir, quels poèmes traduire en français ?
En voici deux pour commencer.

Le poète Ibn Darray (958-1030) 
 
Si en les jardins où il habite
ne peux voir mon maître
dans les jardins du rêve
aurons notre rencontre

(Trad: Colo, MAH)

Le poète Ibn Baqi (m. 1145):

 

Quand le voile de la nuit
s’étend sur la terre,
du vin le plus odorant
            à ma belle je lève mon verre
.
Tel un baudrier tombe
sur moi sa chevelure,
et comme le guerrier prend
de sa main droite l’épée
j’enlace, moi, son cou,
qui au cygne ressemble.

       

Mais à voir que déjà s’incline,
fatiguée, la tête,
doucement je sépare
le bras dont elle m’enlace
et je pose sur ma poitrine
sa tempe, pour qu’elle y dorme.
Aïe! Mon coeur heureux
bat avec grande force.
Que cet oreiller est agité!
en lui ne pourra dormir.


(Trad: Colette, MAH)

Notes :
Si le sujet vous intéresse, voici le lien d’une superbe émission de Arte:

https://vimeo.com/101877438

Et aussi, à lire:
http://balises.bpi.fr/histoire/al-andalus------le-passe-a...

Jarrón de las gacelas, arte Nazarí. (Alhambra-Granada)
 

Para empezar, unos datos históricos...

Estamos en el año 711, España, a la excepción del País Vasco, de Cantábria y de Asturias constituyen el reino Visigodo. Hispania no goza de una gran estabilidad política en el momento en que los musulmanes deciden conquistarla.

 

El nacimiento y la formación de Al-Andalus se hizo de forma progresiva, las conquistas se escalonaron entre 711 y 716. España entera, excepto el País Vasco y algunas regiones montañosas de Catabria, fue invadida.

Los musulmanes intentaron extenderse en Francia pero, lo sabéis, fueron derrotados en Poitiers (732) y se replegaron en la península ibérica.

 

Decidieron establecer su capital en Córdoba, fascinados, por lo visto, por el Guadalquivir.

 

Desde el siglo IX Al-Andalus (711-1492) fue un foco de alta cultura y atrajo a muy numerosos eruditas, artistas…

En la tierra de Islam que era Al-Andalus, se mezclaban poblaciones de diversas culturas: los musulmanes (árabes, bereberes, muladi) y europeos musulmanes, los eslavos musulmanes, finalmente los judíos y los cristianos (mozárabes).

Entonces amigos, cuando decidí sumergirme en la poesía de esa época, me vi rápidamente desbordada por un número incalculable de poetas, de poemas escritos en árabe durante esos siglos.

 En ellos se habla de amor, de flores, de perfumes, de vino, de separaciones, y luego hacia el final, de la pérdida de un paraíso.

¿Cuáles elegir, cuáles traducir al francés?

Aquí, y para empezar, dos de ellos.

 

 
 
https://3.bp.blogspot.com/-lPAXkK0J8vw/Wulyuu7KrMI/AAAAAA...
 
El poeta  Ibn Darray (958-1030)
 
Si en los jardines que habita
me impiden ver a mi dueño,
en los jardines del sueño
nos daremos una cita.
 
http://enciclopedia.us.es/index.php/Archivo:Mihrab_mezqui...



EL poeta Ibn Baqi (m. 1145):
 
Cuando el manto de la noche
se extiende sobre la tierra,
del más oloroso vino
brindo una copa a mi bella.
Como talabarte cae
sobre mí su cabellera,
y como el guerrero toma
la limpia espada en la diestra,
enlazo yo su garganta,
que a la del cisne asemeja.
 
Pero al ver que ya reclina,
fatigada, la cabeza,
suavemente separo
el brazo con que me estrecha,
y pongo sobre mi pecho
su sien, para que allí duerma.
¡Ay! El corazón dichoso
me late con mucha fuerza.
¡Cuán intranquila almohada!
No podrá dormir en ella.

28/04/2018

Fougue / Fugosidad

Jeune Haïtien en Colère

Joven Haitiano en cólera
par Rene Depestre

C'est un temps où les hommes cherchent des fétiches et des mots magiques à accrocher aux malheurs quotidiens : les mots amour espoir et liberté meurent de froid et de chagrin sur toutes les lèvres.
Vient un jeune homme aventureux des îles il répudie le fauve qui traque les mots, en l'an 47 son sang devient fou à force de draguer la vie des mots.
Il congédie tous les mots usés
tous les mots qui ont le cou et les pieds
pris aux pièges à faucons et à vrais cons.
Il garde les mots qui débordent
en tous sens de son âme en danger :
les mots ensorceleurs des matins de voyage
les mots qui portent leur époque à bout de bras
les mots qui lèvent des baraques et des tentes
et des saltimbanques à la foire des mots.
 
Après avoir bouclé leur valise à magie
tout écume sous ma peau noire : tout
tremble, vibre, explose à merveille
dans mon jeu d'homme épris de soleil féminin.
La vie tourbillonne, ivre de la dynamique
solaire des mots,( tout en moi s'élève en flammes qui retombent toujours sur leurs roues.)
Je suis le moyeu de la roue des mots
je tourne autour du dieu païen des consonnes
mon esprit-alphabet brûle de tous ses feux avide de nommer des choses inconnues : arbres, animaux, êtres légendaires en orbite autour de la fée des voyelles !
 
je sens mes veines qui éclatent
dans la violette ébullition des mots !
leur sève tire le français de mes phantasmes :
les mots de
Bossuet emportés par les cent
chevaux à vapeur créoles de mes passions,
la prose à la joyeuse madame
Colette
- dans ses années potagères - tirée
par les bœufs sensuels de ma créolité !
ô fureur panthéiste des mots français porteurs de l'énergie qui met le feu à la géométrie des femmes !
Porteurs fous des roues qui ajoutent des courbes à la rotation du merveilleux féminin ! ô vertige des mots qui se lèvent tôt dans les draps de nos vingt ans !
 
Hapdaphaï
 
Es un tiempo donde los hombres buscan fetiches y palabras mágicas para colgar en las desgracias cotidianas: las palabras amor, esperanza y libertad se mueren de frío y de pena en todas las bocas.
Viene un joven aventurero de las islas, repudia la fiera que acosa a las palabras, en el año 47 su sangre enloquece a fuerza de cortejar la vida de las palabras.
 
Después de haber hecho su maleta de magia
todo bulle bajo mi piel negra: todo
tiembla, vibra, explota a las mil maravillas
en mi juego de hombre prendado del sol femenino.
La vida gira, ebria de la dinámica
solar des las palabras (todo en mi se eleva en llamaradas que siempre recaen sobre sus ruedas)
Soy el buje de la rueda de las palabras
giro alrededor del dios pagano de las consonantes
mi espíritu-alfabeto arde deslumbrante, ávido de nombrar las cosas
desconocidas: árboles, animales, seres legendarios en órbita alrededor del hada de las vocales!
(...)
Despide todas las palabras usadas
todas las palabras que tienen el cuello y los pies
atrapados en trampas para halcones y para bobos.
Guarda las palabras que desbordan,
indómitas, de su alma en peligro:
las palabras hechiceras de mañanas de viaje
las palabras que llevan su época a duras penas
las palabras que levantan barracas y tiendas
y saltimbanquis en la feria de las palabras.
 
Siento estallar mis venas
en la violeta ebullición de las palabras!
Su savia extrae el francés de mis fantasmas,
las palabras de
Bossuet llevadas por los cien
caballos de vapor criollos de mis pasiones,
la prosa alegre de madame
Colette
- en sus años hortelanos- arrastrada
por los bueyes sensuales de mi alma criolla!
Oh furor panteísta des las palabras francesas portadoras de la energía que enciende la geometría de las mujeres!
Porteadores locos de ruedas que añaden curvas a la rotación de la maravilla femenina! Oh vértigo de las palabras que madrugan en las sábanas de nuestros veinte años!
 
 
Traducción al español Colette y MAH
 
Biographie de René Depestre http://ile-en-ile.org/depestre/
 
Illustrations: Hapdaphaï
 

14/04/2018

Idylle / Idilio

 

 




Idylle
À Enrique Durán
Federico GARCÍA LORCA
 
Tu voulais que je te dise
le secret du printemps.
 
Mais je garde le secret
tout autant que le sapin.
 
Arbre dont les mille doigts
indiquent mille chemins.
 
Je ne te dirai jamais, mon amour,
pourquoi, lent, le fleuve coule.
 
Mais je mettrai dans ma voix coupée
le ciel cendré de ton regard.
 
Tourne autour de moi, ma brune!
Et prends soin de mes feuilles.
 
Tourne encore, tourne toujours
jouant à la noria de l’amour.
 
Même si je le voulais, je ne peux te dire,
hélas, le secret du printemps.
 
(Trad:Colette)
 
 
 
 
Idilio de Federico García Lorca

A Enrique Durán

Tú querías que yo te dijera

el secreto de la primavera.
 


Y yo soy para el secreto

lo mismo que es el abeto.
 


Árbol cuyos mil deditos

señalan mil caminitos.
 


Nunca te diré, amor mío,

por qué corre lento el río.
 


Pero pondré en mi voz estancada

el cielo ceniza de tu mirada.
 


¡Dame vueltas, morenita!

Ten cuidado con mis hojitas.
 


Dame más vueltas alrededor,

jugando a la noria del amor.
 


¡Ay! No puedo decirte, aunque quisiera,

el secreto de la primavera.

07/04/2018

Il y a cinq ans.../ Hace cinco años...

Il y a cinq ans donc, je publiais ce poème et j'y ai pensé en allant revoir la côte nord de l'île qui, à cette époque, avait brûlé. Calcinés les pins, les plantes, un spectacle désolant.
Et cinq ans plus tard... 
Hace cinco años pues, publicaba este poema y volví a pensar en él yendo a ver la costa norte de la isla que, en aquella época,se había quemado. Calcinados los pinos, la plantas, un espectáculo desolador.
Y cinco años más tarde...
 
 
2013   (clic pour agrandir)                                                    2018
                                                 
 

 

 

 
 
 

 

 

 

Des cistes en fleur, partout

 

 

 

 
 
 
 
 (poème déjà publié il y a 5 ans mais vous l'avez peut-être oublié:-)))
 
On dit que les plantes ne parlent pas

Rosalía de Castro 

 

 
On dit que ni les plantes, ni les sources, ni les oiseaux ne parlent,
Non plus la vague et ses grondements, ni les astres et leur brillance,
On le dit, mais c'est faux, car toujours quand je passe,
Ils murmurent et s'exclament:
- Voilà la folle rêvant
De l'éternel printemps de la vie et des champs,
Et déjà bien vite, bien vite, elle aura les cheveux blancs,
Et tremblante, gelée, elle voit que le givre couvre le champ.
 
 
- Il y a des cheveux blancs sur ma tête, et du givre dans les champs,
Mais je continue à rêver, pauvre, incurable somnambule,
À l'éternel printemps de la vie qui s'éteint
Et à la persistante fraîcheur des champs et des âmes,
Bien que les uns se fanent et les autres s'embrasent.
 
 
Astres et sources et fleurs, ne médisez pas de mes rêves,
Sans eux, comment vous admirer et comment vivre sans eux?
 
(Trad: Colette) 

Dicen que no hablan las plantas

Rosalía de Castro



Dicen que no hablan las plantas, ni las fuentes, ni los pájaros,
Ni el onda con sus rumores, ni con su brillo los astros,
Lo dicen, pero no es cierto, pues siempre cuando yo paso,
De mí murmuran y exclaman:
—Ahí va la loca soñando
Con la eterna primavera de la vida y de los campos,
Y ya bien pronto, bien pronto, tendrá los cabellos canos,
Y ve temblando, aterida, que cubre la escarcha el prado.

—Hay canas en mi cabeza, hay en los prados escarcha,
Mas yo prosigo soñando, pobre, incurable sonámbula,
Con la eterna primavera de la vida que se apaga
Y la perenne frescura de los campos y las almas,
Aunque los unos se agostan y aunque las otras se abrasan.

Astros y fuentes y flores, no murmuréis de mis sueños,
Sin ellos, ¿cómo admiraros ni cómo vivir sin ellos?

31/03/2018

Plumes au vent / Plumas al viento

Un poème léger ce week-end.

Un poema ligero este fin de semana.

 

 

Le vent dans un poème de / El viento en un poema de
 
 Carmen Boullosa (Mexico 1954)
 
 
 
 
 No eres la pluma...(Tu n'es pas la plume...)
 

Tu n’es pas la plume

qui au vent s’incline

ni le tiède cou de l’oie,

ni la peau de la timide pêche:

tu es la greffe de toute cette tendresse

dans la force de la forêt,

dans le saut d’un félin traqué.

(Trad: Colette)

Claude Monet.Le chêne, forêt de Fontainebleau- Claude MonetLe chêne, Fontainebleau


No eres la pluma 
que al aire se inclina,
ni el cuello tibio del ganso,
ni la piel del tímido durazno:
eres el injerto de toda esa ternura
en la fuerza del monte,
en el salto de un felino acorralado.
 

 

 

10/02/2018

Amère est l'eau des mers / Amarga es el agua de mar

La balade de l’eau de mer

 

F. Garcia Lorca

À Emilio Prados
(chasseur de nuages)

 

La mer

sourit au loin

Dents d’écume,

lèvres de ciel.

 
Que vends-tu, ô fille trouble
les seins à l’air?
 
Je vends, monsieur, l’eau
des mers.
 
Qu’as-tu, ô jeune noir
dans ton sang mêlé?
 
J’ai, monsieur, l’eau
des mers.
 
Ces larmes salées
d’où viennent-elles, mère?
 
Je pleure, monsieur, l’eau
des mers.
 
Cœur, et cette amertume
grave, où naît-elle?
 
Fort amère
est l’eau des mers!
 

La mer

sourit au loin

Dents d’écume,

lèvres de ciel.

 

 
(Trad:Colette)
 
 (Une traduction, un peu différente, aux éditions Gallimard 1954 ici: http://expositions.bnf.fr/lamer/cabinet/anthologie/bibliotheque/19.htm)
 
Dessin signé F. Garcia Lorca
 
La balada del agua del mar
 
F. Garcia Lorca
 
A Emilio Prados
(cazador de nubes)
 
El mar
sonríe a lo lejos.
Dientes de espuma,
labios de cielo.
 
¿Qué vendes, oh joven turbia
con los senos al aire?
 
Vendo, señor, el agua
de los mares.
 
¿Qué llevas, oh negro joven,
mezclado con tu sangre?
 
Llevo, señor, el agua
de los mares.
 
Esas lágrimas salobres
¿de dónde vienen, madre?
 
Lloro, señor, el agua
de los mares.
 
Corazón, y esta amargura
seria, ¿de dónde nace?
 
¡Amarga mucho el agua
de los mares!
 
El mar
sonríe a lo lejos.
Dientes de espuma,
labios de cielo.