poème

  • Reste l'important / Queda lo importante

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    La première passion de Rafael Alberti, grand poète espagnol né en Andalousie en 1902, fut la peinture. Dans le prochain billet je vous raconterai sa vie, son œuvre, mais aujourd’hui c’est un poème où il évoque l’œuvre picturale de Gogh qui m’a attirée, amusée et fait frémir aussi.
    Alors j’ai décidé de ne mettre aucune illustration, et si vous êtes comme moi, vous “verrez” les tableaux dont il parle.(à part les hirondelles qui ne me disent rien).
     
    La primera pasión de Rafël Alberti, nacido en 1902, fue la pintura. En la próxima entrada os contaré su vida, su obra, pero hoy es un poema donde evoca la obra pictórica de Van Gogh que me atrajo, me divirtió.
    Decidí pues no poner ninguna ilustración y, si sois como yo, “veréis” los cuadros de los cuales habla.


    Van Gogh

    Coup de pinceau
    brûlé.
    Source
    de courant
    apparent
    désordonné.
    Matinale
    hirondelle
    source.
     
    Tourbillonne,
    paysanne,
    ondule.
    Nuit en cercle roue,
    bleuit
    le bois.
     
    Crépite,
    petit chêne infini,
    tison,
    le paysage:
    braise mouvante,
    mer,
    houle.
     
    Nucléaire
    démence en jaune,
    pinceau couteau,
    tournesol,
    sanglant
    jaune soleil,
    violent
    anneau.
     
    Jaune des blés,
    verte hallucination,
    orange, vermillon,
    métal,
    crie,
    cauchemar
    mortel,
    humble chaise.
    Fleur,
    chandelle
    jaune.
     
    Se coupe,
    se recoupe
    ta couleur,
    s’exalte,
    vole,
    peintre.
     
    Mais reste ce qui importe:
    haute,
    la trace.
     
    (Trad: Colette)                                  Dans "À la peinture" 1948
     
     
     
     

     

    Rafael Alberti Van Gogh
     
    Pincelada
    quemada.
    Fuente
    de aparente
    corriente
    desordenada.
    Matutina,
    golondrina
    fuente.

    Se arremolina,
    campesina,
    ondula.
    Noche en círculo rueda,
    azula
    la arboleda.

    Crepita,
    carrasca infinita,
    tizo,
    el paisaje:
    rescoldo movedizo,
    mar,
    oleaje.

    Nuclear
    demencia en amarillo,
    pincel cuchillo,
    girasol,
    cruento
    amarillo sol,
    violento
    anillo.

    Gualda trigal,
    verde alucinación,
    naranja, bermellón,
    metal,,
    chilla,
    pesadilla
    mortal,
    humilde silla.
    Flor,
    candela
    amarilla.

    Se corta,
    se recorta
    tu color,
    se exalta,
    vuela,
    pintor.

    Mas permanece lo que importa:
    alta,
    la estela.
    en A la pintura, 1948
     
  • Une faim inutile / Un hambre inútil

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    Dans ce poème, Pablo Neruda dit la nature, la mer, alliées à l’absence d'amour ou plutôt d'un amour. Lu à voix haute il sonne bien, très bien même en espagnol; je crois qu'en traduction il n'est pas trop mal non plus...
     
    http://the-warriors-rpg.eklablog.com/pinede-a144892898
     


    Ici je t’aime.
    Dans les pins sombres se démêle le vent.
    La lune étincelante luit sur les eaux vagabondes.
    Et les jours, tous égaux, se poursuivent.
     
    La brume se défait en figures dansantes.
    Une mouette argentée se décroche du crépuscule.
    Une voile parfois. Hautes, hautes étoiles.
     
    Ou la croix noire d’un bateau.
    Seul.
    Je me lève parfois à l’aube, et même mon âme est humide.
    Sonne, résonne la mer lointaine.
    Voici un port.
    Ici je t’aime.
     
    Ici je t’aime, en vain te cache l’horizon.
    Je t’aime encore parmi ces froides choses.
    Parfois mes baisers vont sur ces graves bateaux
    qui courent sur la mer sans
    jamais arriver.
     
    Je me vois oublié comme ces vieilles ancres.
    Si tristes sont les quais lorsque le soir accoste.
    Ma vie est fatiguée de sa faim inutile.
    J’aime ce que je n’ai pas. Toi tu es si distante.
     
    Mon ennui se débat dans les lents crépuscules.
    Mais la nuit vient, chante
    déjà pour moi .
    La lune fait tourner ses rouages de songe.
     
    Avec tes yeux me voient les étoiles majeures.
    Du même amour que moi, les grands pins dans le vent
    veulent chanter ton nom de leurs feuilles de fer.
     
    Pablo NERUDA, Vingt poèmes d'amour et une chanson désespérée (1923-1924)
    Trad Colette inspirée de celle de Pierre Thiollière
     
     
     
    Aquí te amo.
    En los oscuros pinos se desenreda el viento.
    Fosforece la luna sobre las aguas errantes.
    Andan días iguales persiguiéndose.

    Se desciñe la niebla en danzantes figuras.
    Una gaviota de plata se descuelga del ocaso.
    A veces una vela. Altas, altas estrellas.

    O la cruz negra de un barco.
    Solo.
    A veces amanezco, y hasta mi alma está húmeda.
    Suena, resuena el mar lejano.
    Este es un puerto.
    Aquí te amo.

    Aquí te amo y en vano te oculta el horizonte.
    Te estoy amando aún entre estas frías cosas.
    A veces van mis besos en esos barcos graves,
    que corren por el mar hacia donde no llegan.

    Ya me veo olvidado como estas viejas anclas.
    Son más tristes los muelles cuando atraca la tarde.
    Se fatiga mi vida inútilmente hambrienta.
    Amo lo que no tengo. Estás tú tan distante.

    Mi hastío forcejea con los lentos crepúsculos.
    Pero la noche llega y comienza a cantarme.
    La luna hace girar su rodaje de sueño.

    Me miran con tus ojos las estrellas más grandes.
    Y como yo te amo, los pinos en el viento,
    quieren cantar tu nombre con sus hojas de alambre.
     
    Pablo Neruda

  • À la recherche de la maison / Buscando la casa

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    The house among the roses Claude Monet 1925  

     Alors...le poème d'aujourd'hui parle de ce tableau. L'auteure est la jeune
    Martha Asunción Alonso (Madrid 1986); j'imagine qu'elle l'a vu au Musée 
    Thyssen de Madrid et celui qu'elle a vu est celui-ci (je ne peux le copier, il est
     protégé) https://coleccioncarmenthyssen.es/en/work/la-casa-entre-las-rosas/

     

     Vous voyez? La maison n'y est pas décelable!

    El poema de hoy habla de este cuadro.  La autora del poema es Martha Asunción Alonso (Madrid 1986), me imagino que lo vio en el Museo Thyssen de Madrid, y el que vio es el siguiente (no lo puedo copiar, está protegido)
    https://coleccioncarmenthyssen.es/en/work/la-casa-entre-las-rosas/ 
    ¿Veis? ¡La casa no se distingue!

    En fait il existe 6 versions différentes du même tableau, peintes par Monet en
      automne 1925, avec différentes lumières.

     
    Existen 6 versiones distintas del mismo cuadro, pintadas por Monet en otoño
     
     1925, con luces distintas.

     

     
    The house among the roses (Monet, 1925)
    Martha Asunción Alonso
     
    Tous la signalaient du doigt, ils acquiesçaient,
    s’éloignaient pour mieux observer, fixement,
    comme des enfants suivant des yeux un cerf-volant sur la plage.
     
    Une femme utilisait même des jumelles,
    très sérieuse et discrète, la tête inclinée,
    comme elle le ferait pour scruter la fausse carte d’un trésor.
     
    Je me sentais imbécile. Je me souviens avoir pensé: peut-être
    la maison parmi les roses se trouve-t-elle en dehors du cadre,
    là où personne ne pense,
    là où la vue se voile.
    Peut-être avons-nous perdu le temps à chercher l’animal
    jamais son ombre;
    l’éclat du soleil sur la source, pas la soif.
     
    J’y pensai un bon moment, comme aveugle,
    tandis que les japonais souriaient.
     
    Car peut-être la maison n’est que les roses
    et ce ciel bleu turquoise,
    joie compacte et feu facile.
     
    Aujourd’hui je crois que la maison parmi les roses a toujours été
    nous. À sa recherche.
     
    Trad: Colette
     
     
     

    The house among the roses (Monet, 1925)

    Martha Asunción Alonso

    Todos la señalaban con el dedo, asentían,
    se alejaban para observar mejor, muy fijamente,
    como niños siguiendo una cometa por la playa.


    Una mujer incluso usaba unos prismáticos,
    muy seria y sigilosa, la cabeza inclinada,
    igual que si escrutase un mapa falso del tesoro.


    Yo me sentía imbécil. Recuerdo que pensé: quizá
    la casa entre las rosas esté fuera del cuadro,
    donde nadie la piensa,
    allí donde se nubla tu mirada.
    Quizá hayamos perdido el tiempo buscando el animal,
    nunca su sombra;
    el destello del sol sobre la fuente, no la sed.


    Seguí pensando un rato, como ciega,
    mientras los japoneses sonreían.


    Porque tal vez la casa sólo fuera las rosas
    y aquel cielo turquesa,
    alegría compacta y lumbre fácil.


    Hoy creo que la casa entre las rosas siempre fuimos
    nosotros. En su busca.

    (De Detener la primavera, Madrid, Hiperión 2011

     

  • Questions / Preguntas

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    En prose et sans ponctuation ce poème de Juan Gelman.
     
    Un peu de travail mental vous sera nécessaire..
     
     
     
    Poema en prosa y sin puntuación de Juan Gelman.
     
    Hay que pensar leyendo...
     


    Puisque tu navigues dans mon sang et connais mes limites et m’éveilles au milieu du jour pour me coucher dans ton souvenir et que tu es furie de ma patience pour moi dis-moi ce que diable je fais pourquoi j'ai besoin de toi qui es muette seule me parcourant raison de ma passion pourquoi je désire te remplir de moi seul et t'envelopper et t’épuiser me mêler à tes petits os et tu es l’unique patrie contre les bêtes l'oubli.”


    (Trad:Colette)

     

     
     
    Ya que navegas por mi sangre y conoces mis límites y me despiertas en la mitad del día para acostarme en tu recuerdo y eres furia de mí paciencia para mí dime qué diablos hago por qué te necesito quién eres muda sola re recorriéndome razón de mi pasión por qué quiero llenarte solamente de mí y abarcarte acabarte mezclarme a tus huesitos y eres única patria contra las bestias el olvido”.
  • Je visite la vie / Visito la vida

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    Il faut que l'imagination prenne trop pour que la pensée ait assez.”
    G. Bachelard.
    Roberto Juarroz est sans aucun doute un poète qui emploie l’imagination, les images, pour étudier, analyser le réel. Ce poème illustre bien, je trouve, le propos de G. Bachelard.

    Un nuage m’a visité.
    Et m’a laissé en s’en allant
    son contour dans le vent. 

     
    Une ombre m’a visité.
    Et m’a laissé en s’en allant
    le poids d’un autre corps. 

     
    Une bouffée d’images m’a visité.
    Et m’a laissé en s’en allant
    l’irréligion du rêve. 

     
    Une absence m’a visité.
    Et m’a laissé en s’en allant
    mon image dans le temps. 

     
    Et moi je visite la vie.
    Je lui laisserai en m’en allant
    la grâce de ces restes.

    Roberto Juarroz

    Poésie verticale, traduction Roger Munier

    Hace falta que la imaginación coja demasiado para que el pensamiento tenga suficiente”. G. Bachelard.
    Roberto Juarroz es, sin duda, un poeta que usa la imaginación, las imágenes, para estudiar, analizar la realidad. Este poema ilustra bien el propósito de G. Bachelard.
     
    Me visitó una nube.
    Y me dejó al marcharse
    su contorno de viento.
     
    Me visitó una sombra.
    Y me dejó al marcharse
    el peso de otro cuerpo.
     
    Me visitó una ráfaga de imágenes.
    Y me dejó al marcharse
    la irreligión del sueño.
     
    Me visitó una ausencia.
    Y me dejó al marcharse
    mi imagen en el tiempo.
     
    Yo visito la vida.
    Le dejaré al marcharme
    la gracia de estos restos.
     
    Roberto Juarroz

  • Pieds nus / Descalzo

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    Ce poème m’a émue, m'a fait penser à ma très vieille amie, Margarita, qui est analphabète.
    Este poema me conmovió, me hizo pensar en mi amiga, muy mayor, Margarita, que es analfabeta.

    Antònia Vicens nació en Santanyí (Mallorca) en 1941. Es novelista y poeta.
    Née à Santanyí (Mallorca) en 1941, elle est romancière et poète.
    Sorolla, el viejo pescador

     
     
    Il avait toujours mal aux pieds
     
    Les pieds le faisaient toujours souffrir
    mon père.
    C’est en boitant qu’il parcourait tous les magasins de chaussure
    à la recherche de souliers confortables qui l’aideraient
    à supporter le poids de toutes les blessures
    déchirements et coupures
    que la mer lui avait faits.
    Il n’en trouva jamais. Il a dû s’en aller
    pieds nus avec sa montre et son couteau
    à couper le pain, à couper les larmes, dans la poche de la veste et
    la figure blanche comme l’écume des vagues
    tant de fois surfées.
     
    Toujours il me le disait:
    Je n’ai pas eu d’enfance.
     
    Il ne se l’ôtait pas de la tête:
    J’ai appris à écrire mon nom à la guerre
     
    Sifflaient les balles glissaient les étoiles
    de sang quand j’ai appris à écrire mon nom.
    Je ne voulais pas être un aide-maçon quelconque
     
    Et ma mère disait :
    C’est un bel homme. Dommage
    qu’il ne sache pas écrire. Toi
    tu dois aller à l’école Antonia.Tu
    ne dois pas être une ignorante comme ton père, ma fille.
     
    Et le bleu de ses yeux se répandait sur ses joues quand,
    diluvienne,
    elle pleurait son absence.
    (Traduction Colette) 
     
    Alexander Ignatius Roche, the old fisherman
     
    LOS PIES SIEMPRE LE DOLÍAN

    Los pies siempre le dolían
    a mi padre.
    Cojeando recorría todas las zapaterías
    buscando unos zapatos bastante cómodos que lo ayudaran
    a sobrellevar el peso de  todos los daños
    los desgarros y los cortes
    que el mar le había hecho.
    Nunca los encontró. Tuvo que marcharse
    descalzo con el reloj de pulsera y el cuchillo
    de rebanar pan de rebanar lágrimas en el bolsillo de la chaqueta y
    una cara blanca como la espuma de las olas
    que tantas veces montó.
     
    Me lo decía siempre:
    No tuve infancia.
     
    No se lo sacaba de la cabeza:
    Aprendí a escribir mi nombre en el frente.
     
    Chillaban balas se deslizaban estrellas
    de sangre cuando yo aprendía a escribir mi nombre.
    No quería ser un peón cualquiera.
     
    Y decía mi madre:
    Es un hombre apuesto. Lástima
    que no sepa escribir. Tú
    tienes que ir a la escuela Antònia. No
    tienes que ser un ignorante como tu padre hija.
     
    Y el azulete de los ojos se le esparcía por las mejillas cuando
    diluviana
    lloraba su ausencia.
     
    *

    Traducción de Carlos Vitale*

    L'original en catalan:

    ELS PEUS SEMPRE LI FEIEN MAL /// Els peus sempre li feien mal / al pare. / Ranquejant recorria totes les sabateries / cercant unes sabates prou còmodes que l’ajudessin / a dur el pes de tots els traus / els treps i els talls / que la mar li havia fet. / No les va trobar mai. Va haver d’anar-se’n / descalç amb el rellotge de polsera i el ganivet / de llescar pa de llescar llàgrimes dins la butxaca del gec i / una cara blanca com l’escuma de les ones / que tantes vegades va muntar. / M’ho deia sempre: / No vaig tenir infància. / No s’ho treia del cap: / Vaig aprendre a escriure el meu nom al front. / Giscaven bales lliscaven estrelles / de sang quan jo aprenia a escriure el meu nom. / No volia ser un peó qualsevol. / I deia la mare: / És un home plantós. Llàstima / que no sàpiga escriure. Tu / has d’anar a l’escola Antònia. No / has de ser una ignorant com ton pare filla. / I el blavet dels ulls se li escampava per les galtes quan / diluviana / plorava la seva absència.
     
     

     

     
     
  • De solitude en noces / De soledad a bodas

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    Nous avons tous vu et regardé des gouttes d’eau couler le long d’une vitre. Souvent distraitement, un peu moroses peut-être.

    Aujourd'hui il pleut ici; ces gouttes ont pris une autre vie après la lecture du poème. Quand on y met des mots, du rythme, du talent...

     
     
    Ida Vitale
     
    Gouttes
     
    Se blessent et se fondent-elles?
    Déjà elles ne sont plus la pluie.
    Coquines à la récré,
    petits chats d'un royaume transparent,
    elles courent, libres, sur vitres et rampes,
    seuils de leur limbe,
    elles se suivent, se poursuivent,
    peut-être vont-elles, de solitude en noces,
    se fondre et s'aimer.
    Imaginant une autre mort.
    (Trad:Colette)
     
     

    Gotas

     

    ¿Se hieren y se funden?
    Acaban de dejar de ser la lluvia.
    Traviesas en recreo,
    gatitos de un reino transparente,
    corren libres por vidrios y barandas,
    umbrales de su limbo,
    se siguen, se persiguen,
    quizá van, de soledad a bodas,
    a fundirse y amarse.
    Trasueñan otra muerte.
  • Dire sa chance / Decir su fortuna

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    Ida Vitale

    Vitale, ce nom lui va si bien! À 95 ans elle vient de recevoir un prix de plus, le Cervantes 2018. Cette poétesse Uruguayenne, vive d’esprit, a plus de 50 ans de « métier » derrière elle et, si elle a traduit Pirandelllo et Molière, Boris Vian, Simone de Beauvoir et Gaston Bachelard en espagnol, elle est avant tout poète.
    Une dame qu’on aimerait rencontrer, qui a connu l’exil, s’y est bien adaptée, a vécu longtemps au Mexique, au Texas puis est retournée dans son pays.
    (article en français ici).
     
    Acaban de darle el premio Cervantes. Tradujo a Pirandello y D’Annunzio, a Molière y Boris Vian, a Simone de Beauvoir y Gaston Bachelard. Escribió ensayos, prologó libros, publicó prosas . Pero Ida Vitale es, ante todo, poeta
     
    Chance
     
    Pendant des années, profiter de l’erreur
    et de sa correction,
    avoir pu parler, marcher libre,
    ne pas exister mutilée,
    entrer ou pas dans des églises,
    lire, écouter la musique chérie,
    être, de nuit comme de jour, un être.
    Ne pas être négociée en mariage,
    ni mesurée en chèvres,
    ni souffrir le contrôle de la famille
    ou la lapidation légale.
    Ne plus jamais défiler
    et ne pas admettre des mots
    qui mettent dans le sang
    des limailles de fer.

    Découvrir par toi-même
    un autre être imprévu
    dans le pont du regard.

    Être humain et femme, ni plus ni moins.
     
    (Trad:Colette) 
    Petrona Viera El cuentito
     
    Nous avions déjà rencontré cette intéressante artiste Uruguayenne  dans ce billet au sujet du Planismo.
     
     
    Fortuna
     
    Por años, disfrutar del error
    y de su enmienda,
    haber podido hablar, caminar libre,
    no existir mutilada,
    no entrar o sí en iglesias,
    leer, oír la música querida,
    ser en la noche un ser como en el día.
    No ser casada en un negocio,
    medida en cabras,
    sufrir gobierno de parientes
    o legal lapidación.
    No desfilar ya nunca
    y no admitir palabras
    que pongan en la sangre
    limaduras de hierro.
    Descubrir por ti misma
    otro ser no previsto
    en el puente de la mirada.
    Ser humano y mujer, ni más ni menos.
     
  • Immenses espérances / Inmensas esperanzas

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    Parfois je suis lasse de toutes les injonctions à vivre le moment présent; j’ai donc fort apprécié ce poème où demain offre de l’espoir, où demain est coloré et sensuel.
     
     
    Demain Pedro Salinas
     
    "Demain" Le mot allait, délié, vacant,
    sans poids dans le vent,
    si dénué d'âme et de corps,
    de couleur, de baiser,
    que je l'ai laissé passer
    près de moi aujourd'hui.
     
    Mais soudain toi
    tu as dit : "Moi, demain..."
    Et tout se peuple
    de chair et de bannières.
    Sur moi se précipitaient
    les promesses
    aux six cents couleurs,
    avec des robes à la mode,
    nues, mais toutes
    chargées de caresses.
     
    En train ou en gazelles
    m'arrivaient -aigus,
    sons de violons-
    des espoirs ténus
    de bouches virginales.
    Ou rapides et grandes
    comme des navires, de loin, comme des baleines
    depuis des mers distantes,
    d'immenses espérances
    d'un amour sans final.
     
    Demain ! Quel mot
    vibrant, tendu
    d'âme et de chair rose,
    corde de l'arc
    où tu posas, si effilée,
    arme de vingt années,
    la flèche la plus sûre
    lorsque tu dis : "Moi...."
     
    Recueil “La voix qui t'est due”
    Traduction Bernard Sesé
    La tête à l'envers
     
     
    Mañana
     
    «Mañana». La palabra
    iba suelta, vacante,
    ingrávida, en el aire,
    tan sin alma y sin cuerpo,
    tan sin color ni beso,
    que la dejé pasar
    por mi lado, en mi hoy.

    Pero de pronto tú
    dijiste: «Yo, mañana...»
    Y todo se pobló
    de carne y de banderas.
    Se me precipitaban
    encima las promesas
    de seiscientos colores,
    con vestidos de moda,
    desnudas, pero todas
    cargadas de caricias. 

    En trenes o en gacelas
    me llegaban -agudas,
    sones de violines-
    esperanzas delgadas
    de bocas virginales.
    O veloces y grandes
    como buques, de lejos,
    como ballenas
    desde mares distantes,
    inmensas esperanzas
    de un amor sin final. 

    ¡Mañana! Qué palabra
    toda vibrante, tensa
    de alma y carne rosada,
    cuerda del arco donde
    tú pusiste, agudísima,
    arma de veinte años,
    la flecha más segura
    cuando dijiste: «Yo...»

  • Paroles et silences II / Palabras y silencios II

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    Parmi les nombreux poèmes de Roberto Juarroz parlant du silence dans "Poésie Verticale", j’ai choisi celui-ci qui aborde les variétés de silences.
     
    L’illustration est d’un photographe hollandais, Teun Hocks. Chacune de ses photos raconte, dénonce, illustre un propos. Intéressant, très. Découvrez-le ici
     
    Teun Hocks (Cosmic surroundings)    
     
    La hauteur de l'homme n'est pas la hauteur de la pluie,

    mais son regard va plus loin que les nuages.” R. Juarroz

    "La altura del hombre no es la altura de la lluvia,

     pero su mirada suele ir más allá de las nubes"

     
    Le silence qui subsiste entre deux mots
    Le silence qui subsiste entre deux mots
    n'est pas identique au silence qui entoure une tête qui tombe,
    ni à celui qui nimbe la présence de l'arbre
    quand s'éteint l'incendie vespéral du vent.

    De même que chaque voix a un timbre et une hauteur,
    chaque silence a un registre et une profondeur.
    Le silence d'un homme est différent de celui d'un autre
    et ce n'est pas la même chose de taire un nom ou d’en taire un autre.
     
    Il existe un alphabet du silence,
    mais on ne nous a pas appris à l'épeler.
    La lecture du silence est néanmoins la seule durable,
    plus peut-être que le lecteur.

    Dans « Poésie verticale » (traduction, légèrement modifiée par moi, trouvée sans nom du traducteur, hélas)


    El silencio que queda entre dos palabras


    El silencio que queda entre dos palabras
    no es el mismo silencio que envuelve una cabeza cuando cae,
    ni tampoco el que estampa la presencia del árbol
    cuando se apaga el incendio vespertino del viento.

    Así como cada voz tiene un timbre y una altura,
    cada silencio tiene un registro y una profundidad.
    El silencio de un hombre es distinto del silencio de otro
    y no es lo mismo callar un nombre que callar otro nombre.

    Existe un alfabeto del silencio,
    pero no nos han enseñado a deletrearlo.
    Sin embargo, la lectura del silencio es la única durable,
    tal vez más que el lector.
     
  • Une autre fenêtre / Otra ventana

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    Poursuivons sur le thème de la fenêtre, mais sous un angle bien différent...

     

    Une autre fenêtre
    Miguel Angel Zapata (Perú, 1955)
     
    On se lasse d’être seul à délirer
    avec sa fenêtre au milieu de la rue,
    parmi la neige qui traîne
    sa blancheur dans les ruelles oubliées.
    On se lasse de sortir pour chercher
    la même femme à la chevelure
    jusqu’aux pieds.
     
    Peut-être est-ce cela l'art de la solitude :
    écrire, écrire encore l’île avec son ciel lilas
    et la sveltesse du phare qui verse sa lumière sur
    nos cheveux en désordre.
    Peut-être est-ce seulement ça : une boussole sans mémoire
    pour les temps à venir.
     
    (Trad : Colette)
     

    fenêtre, ventana

    Otra ventana

    Miguel Angel Zapata (Perú, 1955)
     
    Uno se cansa de estar solo delirando
    con su ventana en medio de la calle,
    entre la nieve que arrastra
    su blancor por los callejones olvidados.
    Uno se cansa de salir a buscar la
    misma mujer con el cabello
    largo hasta los pies.

    Tal vez en eso consista el arte de la soledad:
    escribir repetidas veces la isla con su cielo lila
    y la esbeltez del faro que derrama su luz sobre
    nuestro cabello alborotado.
    Tal vez sea sólo eso: una brújula sin memoria
    para el tiempo que vendrá.
  • Quitter l'enfance / Dejar la infancia

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    Hier sur la place du village, ils étaient partout, couraient derrière un ballon ou juste pour le plaisir, le besoin de courir.
    Les enfants sont en vacances.
    S’il existe multitude de poèmes sur l’enfance, voici le premier que je lis sur sa fin.
     
    Ayer en la plaza del pueblo, estaban por todas partes, corrían tras una pelota o por el placer, la necesidad de correr.
    Los niños están de vacaciones.
    Si existen multitud de poemas sobre la infancia, he aquí el primero que leo sobre su fin.

    ÁNGEL RUIZ DEL ÁRBOL (La Habana, Cuba. 1956).
     
     

    Toboggans

     

    Je parcours les rues qui
    jadis étaient des rues.
    Je suis sur les places qui
    avant étaient l'enfance.
    Je descends, degré par degré,
    par des escaliers qui avant
    étaient des toboggans.

    Et à la chute, je me découvre
    seul au milieu de rien.
    Rien qui pour les autres est tout.
    Rien ne reste déjà de cela…
    Et cela, qui était tout,
    Maintenant c’est le rien.
    Et les doutes.
    (Trad: Colette)
     
     
    Escaleras La Habana-Cuba

     

     

     

    ÁNGEL RUIZ DEL ÁRBOL (La Habana, Cuba. 1956).


    Toboganes
    Transcurro en calles que
    Antes eran calles.
    Sucedo en plazas que
    Antes eran infancia.
    Desciendo, peldaño a peldaño,
    Por escaleras que antes
    Eran toboganes.
     
    Y al caer me descubro
    Solo en medio de la nada.
    Nada que para otros es todo.
    Nada queda ya de aquello…
    Y aquello, que era todo,
    Ahora es la nada.
    Y las dudas.

     

  • La poupée russe de M. Yourcenar / La muñeca rusa de M. Yourcenar

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    Dans une interview, je ne sais plus laquelle, Marguerite Yourcenar disait qu’on met plus de soi dans la poésie que dans les romans.

    Je veux penser qu’elle était d’humeur légère et ludique quand elle a écrit ce calligramme, s’inspirant d’ Apollinaire, vers 1932.
    Petrouchka est l’équivalent russe de notre Polichinelle.
    Si vous suivez ce blog depuis un temps, vous savez qui est Silvia Barón Supervielle, c’est elle qui a traduit, tâche extrêmement compliquée, (mais elle a également traduit Borgès!), ce poème en espagnol.
    Deux bijoux.
     
    En una entrevista, no me acuerdo cual, Marguerite Yourcenar decía que en la poesía uno pone más de si mismo que en las novelas.
    Quiero creer que estaba de humor ligero y lúdico cuando escribió este caligrama, inspirado de Apollinaire, en los años ‘30
    Petroushka es el equivalente ruso de nuestro Polichinelle (Polichinela).
    La traducción al español, tan complicada (pero ella tradujo a Borges!) es de Silvia Barón Supervielle.
    Dos joyas.

    Poème pour une poupée achetée dans un bazar russe M. Yourcenar




    Je suis
    Bleu de roi
    Et noir de suie.
     
    Je suis le grand Maure
    (Rival   de    Petrouchka).
    La nuit me sert  de   troïka;
    J’ai  le   soleil pour  ballon  d’or.
     
    Presque aussi vaste que les ténèbres,
    Mais    tout    aussi    fragile    qu’un    vivant,
    Le moindre souffle émeut mon corps sans vertèbres.
     
    Je    suis    très    résigné,    car   je   suis   très    savant :
    Ne   raillez   pas    mon   teint   noir,  ni  mes  lèvres béantes,
     
    Je  suis,  comme  vous,   un   pantin   entre  des   mains   géantes.
     
     
     
    Petrouchka, source Wiki
     
     
     
     
    Poema para una muñeca comprada en un bazar ruso.




    Soy
    El rey
    Azul voy
    Negra mi ley
     
    Yo soy el gran Moro
    (Rival de Petrouchka)
    La   noche  fue  mi troica
    Y  el  sol  mi  balón  de   oro.
     
    De   las   tinieblas,   el   rellano;
    Del    aire    respirante,   el    rocío;
    Un  soplo  oscila  en  mi cuerpo vacío.
     
    Soy muy resignado porque soy muy sabio.
    No desdeñen mi tez negra o mi abierto labio:
    Soy como ustedes un juguete en la enorme mano.
     
    Versión de Silvia Barón-Supervielle
  • Recherche logis et.../ Se solicita hogar y...

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    Avis Jaime Augusto Shelley (Ciudad de México, 1937) 
     
    Recherche patio
    avec pots rouges
    et vapeur de dalle fraîchement arrosée.
     
    Hauts arbres
    avec oiseaux sylvestres
    qui prennent leur bain habituel
    et leur petit déjeuner
    dans une fontaine simple
    qui peu à peu verdît son paisible trait.
     
    Un logis aux grilles ouvertes
    est demandé.
    (Trad:Colette)
     

    Aviso Jaime Augusto Shelley (Ciudad de México, 1937)

    Se solicita un patio
    con macetas rojas
    y vaho de ladrillo recién regado.
    Árboles de altura
    con pájaros silvestres
    que hagan su ritual de baño
    y desayuno
    en una fuente de labra sencilla
    que enmohezca a ritmo su apacible trazo.
    Un hogar se solicita.
    De cancel abierto.
  • Musique et bois sacré / Música y bosque sagrado

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    Nous parlions d’animisme à la fin du dernier billet.
    Hablaba de animismo al final de la entrada anterior.
    Lors d’une balade, toujours dans le sud du Sénégal, cette affiche :
    Durante un paseo, en el sur de Senegal, este cartel :
     
    Photo Colette 2017, près de Cap Skirring
     
     
    Un bois sacré...cela me rappelle un poème extrait du recueil de « poésie noire », Karanta, de Mbay Usmaan.
     
    Un bosque sagrado, esto me recuerda un poema extracto de un libro de “poesía negra”, Karanta, de Mbay Usmaan
     
    Descendant des ces collines arides
    Je voudrais m’asseoir un instant
    Et sentir dans le creux de mes cuisses
    Le galbe prodigieux de la « Kora »
    Dont le lourd sortilège des arpèges
    Envahit mon corps
    Et me transporte si loin
    Aux airs de « touroubang » et « soutoukoum »
    Dans une inaltérable célébration du gabou
    Sublimes instants de vies harmonieuses
    D’où surgissent des puissances
    qui convergent vers l’imposant bois sacré
    Ceint de panaches de fumée
    Et d’explosions entrecoupées
    De rythmes pulsatiles du « bombolong »
    (…)
    L’orgie de bruits et de sons
    Amplifie le tumulte
    Dans les poitrines juvéniles
    Mais ce soir elles retrouveront la quiétude
    Dans le sommeil avec l’esprit des ancêtres.
    (...)
     
    http://africanholocaust.net/music-in-african-religions/
     
     
     
    Bajando de esas colinas áridas
    Quisiera sentarme un instante
    Y sentir en el hueco de mis muslos
    El moldeado prodigioso de la “Kora”
    Cuyo fuerte sortilegio de los arpegio
    Invade mi cuerpo
    Y me trasporta tan lejos
    Con aires de “touroubang” y “soutoukoum”
    En un inalterable celebración del gabou
    Sublimes instantes de vidas harmoniosas
    De donde surgen potencias
    Que convergen hacia el imponente bosque sagrado
    Ceñido de bocanadas de humo
    Y de explosiones entrecortadas
    De ritmos pulsativos del “bombolong”
    (…)
    La orgía de ruidos y sonidos
    Amplifica el tumulto
    En los pechos juveniles
    Pero esta noche encontrarán la quietud
    En el sueño con el espíritu de los ancestros.
    (…)
    (Trad: Colette)
     
    Extrait de: Karanta (Poésie Noire) Mbay Usmaan, section: Sénégal