poème

  • Je visite la vie / Visito la vida

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    Il faut que l'imagination prenne trop pour que la pensée ait assez.”
    G. Bachelard.
    Roberto Juarroz est sans aucun doute un poète qui emploie l’imagination, les images, pour étudier, analyser le réel. Ce poème illustre bien, je trouve, le propos de G. Bachelard.

    Un nuage m’a visité.
    Et m’a laissé en s’en allant
    son contour dans le vent. 

     
    Une ombre m’a visité.
    Et m’a laissé en s’en allant
    le poids d’un autre corps. 

     
    Une bouffée d’images m’a visité.
    Et m’a laissé en s’en allant
    l’irréligion du rêve. 

     
    Une absence m’a visité.
    Et m’a laissé en s’en allant
    mon image dans le temps. 

     
    Et moi je visite la vie.
    Je lui laisserai en m’en allant
    la grâce de ces restes.

    Roberto Juarroz

    Poésie verticale, traduction Roger Munier

    Hace falta que la imaginación coja demasiado para que el pensamiento tenga suficiente”. G. Bachelard.
    Roberto Juarroz es, sin duda, un poeta que usa la imaginación, las imágenes, para estudiar, analizar la realidad. Este poema ilustra bien el propósito de G. Bachelard.
     
    Me visitó una nube.
    Y me dejó al marcharse
    su contorno de viento.
     
    Me visitó una sombra.
    Y me dejó al marcharse
    el peso de otro cuerpo.
     
    Me visitó una ráfaga de imágenes.
    Y me dejó al marcharse
    la irreligión del sueño.
     
    Me visitó una ausencia.
    Y me dejó al marcharse
    mi imagen en el tiempo.
     
    Yo visito la vida.
    Le dejaré al marcharme
    la gracia de estos restos.
     
    Roberto Juarroz

  • Pieds nus / Descalzo

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    Ce poème m’a émue, m'a fait penser à ma très vieille amie, Margarita, qui est analphabète.
    Este poema me conmovió, me hizo pensar en mi amiga, muy mayor, Margarita, que es analfabeta.

    Antònia Vicens nació en Santanyí (Mallorca) en 1941. Es novelista y poeta.
    Née à Santanyí (Mallorca) en 1941, elle est romancière et poète.
    Sorolla, el viejo pescador

     
     
    Il avait toujours mal aux pieds
     
    Les pieds le faisaient toujours souffrir
    mon père.
    C’est en boitant qu’il parcourait tous les magasins de chaussure
    à la recherche de souliers confortables qui l’aideraient
    à supporter le poids de toutes les blessures
    déchirements et coupures
    que la mer lui avait faits.
    Il n’en trouva jamais. Il a dû s’en aller
    pieds nus avec sa montre et son couteau
    à couper le pain, à couper les larmes, dans la poche de la veste et
    la figure blanche comme l’écume des vagues
    tant de fois surfées.
     
    Toujours il me le disait:
    Je n’ai pas eu d’enfance.
     
    Il ne se l’ôtait pas de la tête:
    J’ai appris à écrire mon nom à la guerre
     
    Sifflaient les balles glissaient les étoiles
    de sang quand j’ai appris à écrire mon nom.
    Je ne voulais pas être un aide-maçon quelconque
     
    Et ma mère disait :
    C’est un bel homme. Dommage
    qu’il ne sache pas écrire. Toi
    tu dois aller à l’école Antonia.Tu
    ne dois pas être une ignorante comme ton père, ma fille.
     
    Et le bleu de ses yeux se répandait sur ses joues quand,
    diluvienne,
    elle pleurait son absence.
    (Traduction Colette) 
     
    Alexander Ignatius Roche, the old fisherman
     
    LOS PIES SIEMPRE LE DOLÍAN

    Los pies siempre le dolían
    a mi padre.
    Cojeando recorría todas las zapaterías
    buscando unos zapatos bastante cómodos que lo ayudaran
    a sobrellevar el peso de  todos los daños
    los desgarros y los cortes
    que el mar le había hecho.
    Nunca los encontró. Tuvo que marcharse
    descalzo con el reloj de pulsera y el cuchillo
    de rebanar pan de rebanar lágrimas en el bolsillo de la chaqueta y
    una cara blanca como la espuma de las olas
    que tantas veces montó.
     
    Me lo decía siempre:
    No tuve infancia.
     
    No se lo sacaba de la cabeza:
    Aprendí a escribir mi nombre en el frente.
     
    Chillaban balas se deslizaban estrellas
    de sangre cuando yo aprendía a escribir mi nombre.
    No quería ser un peón cualquiera.
     
    Y decía mi madre:
    Es un hombre apuesto. Lástima
    que no sepa escribir. Tú
    tienes que ir a la escuela Antònia. No
    tienes que ser un ignorante como tu padre hija.
     
    Y el azulete de los ojos se le esparcía por las mejillas cuando
    diluviana
    lloraba su ausencia.
     
    *

    Traducción de Carlos Vitale*

    L'original en catalan:

    ELS PEUS SEMPRE LI FEIEN MAL /// Els peus sempre li feien mal / al pare. / Ranquejant recorria totes les sabateries / cercant unes sabates prou còmodes que l’ajudessin / a dur el pes de tots els traus / els treps i els talls / que la mar li havia fet. / No les va trobar mai. Va haver d’anar-se’n / descalç amb el rellotge de polsera i el ganivet / de llescar pa de llescar llàgrimes dins la butxaca del gec i / una cara blanca com l’escuma de les ones / que tantes vegades va muntar. / M’ho deia sempre: / No vaig tenir infància. / No s’ho treia del cap: / Vaig aprendre a escriure el meu nom al front. / Giscaven bales lliscaven estrelles / de sang quan jo aprenia a escriure el meu nom. / No volia ser un peó qualsevol. / I deia la mare: / És un home plantós. Llàstima / que no sàpiga escriure. Tu / has d’anar a l’escola Antònia. No / has de ser una ignorant com ton pare filla. / I el blavet dels ulls se li escampava per les galtes quan / diluviana / plorava la seva absència.
     
     

     

     
     
  • De solitude en noces / De soledad a bodas

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    Nous avons tous vu et regardé des gouttes d’eau couler le long d’une vitre. Souvent distraitement, un peu moroses peut-être.

    Aujourd'hui il pleut ici; ces gouttes ont pris une autre vie après la lecture du poème. Quand on y met des mots, du rythme, du talent...

     
     
    Ida Vitale
     
    Gouttes
     
    Se blessent et se fondent-elles?
    Déjà elles ne sont plus la pluie.
    Coquines à la récré,
    petits chats d'un royaume transparent,
    elles courent, libres, sur vitres et rampes,
    seuils de leur limbe,
    elles se suivent, se poursuivent,
    peut-être vont-elles, de solitude en noces,
    se fondre et s'aimer.
    Imaginant une autre mort.
    (Trad:Colette)
     
     

    Gotas

     

    ¿Se hieren y se funden?
    Acaban de dejar de ser la lluvia.
    Traviesas en recreo,
    gatitos de un reino transparente,
    corren libres por vidrios y barandas,
    umbrales de su limbo,
    se siguen, se persiguen,
    quizá van, de soledad a bodas,
    a fundirse y amarse.
    Trasueñan otra muerte.
  • Dire sa chance / Decir su fortuna

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    Ida Vitale

    Vitale, ce nom lui va si bien! À 95 ans elle vient de recevoir un prix de plus, le Cervantes 2018. Cette poétesse Uruguayenne, vive d’esprit, a plus de 50 ans de « métier » derrière elle et, si elle a traduit Pirandelllo et Molière, Boris Vian, Simone de Beauvoir et Gaston Bachelard en espagnol, elle est avant tout poète.
    Une dame qu’on aimerait rencontrer, qui a connu l’exil, s’y est bien adaptée, a vécu longtemps au Mexique, au Texas puis est retournée dans son pays.
    (article en français ici).
     
    Acaban de darle el premio Cervantes. Tradujo a Pirandello y D’Annunzio, a Molière y Boris Vian, a Simone de Beauvoir y Gaston Bachelard. Escribió ensayos, prologó libros, publicó prosas . Pero Ida Vitale es, ante todo, poeta
     
    Chance
     
    Pendant des années, profiter de l’erreur
    et de sa correction,
    avoir pu parler, marcher libre,
    ne pas exister mutilée,
    entrer ou pas dans des églises,
    lire, écouter la musique chérie,
    être, de nuit comme de jour, un être.
    Ne pas être négociée en mariage,
    ni mesurée en chèvres,
    ni souffrir le contrôle de la famille
    ou la lapidation légale.
    Ne plus jamais défiler
    et ne pas admettre des mots
    qui mettent dans le sang
    des limailles de fer.

    Découvrir par toi-même
    un autre être imprévu
    dans le pont du regard.

    Être humain et femme, ni plus ni moins.
     
    (Trad:Colette) 
    Petrona Viera El cuentito
     
    Nous avions déjà rencontré cette intéressante artiste Uruguayenne  dans ce billet au sujet du Planismo.
     
     
    Fortuna
     
    Por años, disfrutar del error
    y de su enmienda,
    haber podido hablar, caminar libre,
    no existir mutilada,
    no entrar o sí en iglesias,
    leer, oír la música querida,
    ser en la noche un ser como en el día.
    No ser casada en un negocio,
    medida en cabras,
    sufrir gobierno de parientes
    o legal lapidación.
    No desfilar ya nunca
    y no admitir palabras
    que pongan en la sangre
    limaduras de hierro.
    Descubrir por ti misma
    otro ser no previsto
    en el puente de la mirada.
    Ser humano y mujer, ni más ni menos.
     
  • Immenses espérances / Inmensas esperanzas

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    Parfois je suis lasse de toutes les injonctions à vivre le moment présent; j’ai donc fort apprécié ce poème où demain offre de l’espoir, où demain est coloré et sensuel.
     
     
    Demain Pedro Salinas
     
    "Demain" Le mot allait, délié, vacant,
    sans poids dans le vent,
    si dénué d'âme et de corps,
    de couleur, de baiser,
    que je l'ai laissé passer
    près de moi aujourd'hui.
     
    Mais soudain toi
    tu as dit : "Moi, demain..."
    Et tout se peuple
    de chair et de bannières.
    Sur moi se précipitaient
    les promesses
    aux six cents couleurs,
    avec des robes à la mode,
    nues, mais toutes
    chargées de caresses.
     
    En train ou en gazelles
    m'arrivaient -aigus,
    sons de violons-
    des espoirs ténus
    de bouches virginales.
    Ou rapides et grandes
    comme des navires, de loin, comme des baleines
    depuis des mers distantes,
    d'immenses espérances
    d'un amour sans final.
     
    Demain ! Quel mot
    vibrant, tendu
    d'âme et de chair rose,
    corde de l'arc
    où tu posas, si effilée,
    arme de vingt années,
    la flèche la plus sûre
    lorsque tu dis : "Moi...."
     
    Recueil “La voix qui t'est due”
    Traduction Bernard Sesé
    La tête à l'envers
     
     
    Mañana
     
    «Mañana». La palabra
    iba suelta, vacante,
    ingrávida, en el aire,
    tan sin alma y sin cuerpo,
    tan sin color ni beso,
    que la dejé pasar
    por mi lado, en mi hoy.

    Pero de pronto tú
    dijiste: «Yo, mañana...»
    Y todo se pobló
    de carne y de banderas.
    Se me precipitaban
    encima las promesas
    de seiscientos colores,
    con vestidos de moda,
    desnudas, pero todas
    cargadas de caricias. 

    En trenes o en gacelas
    me llegaban -agudas,
    sones de violines-
    esperanzas delgadas
    de bocas virginales.
    O veloces y grandes
    como buques, de lejos,
    como ballenas
    desde mares distantes,
    inmensas esperanzas
    de un amor sin final. 

    ¡Mañana! Qué palabra
    toda vibrante, tensa
    de alma y carne rosada,
    cuerda del arco donde
    tú pusiste, agudísima,
    arma de veinte años,
    la flecha más segura
    cuando dijiste: «Yo...»

  • Paroles et silences II / Palabras y silencios II

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    Parmi les nombreux poèmes de Roberto Juarroz parlant du silence dans "Poésie Verticale", j’ai choisi celui-ci qui aborde les variétés de silences.
     
    L’illustration est d’un photographe hollandais, Teun Hocks. Chacune de ses photos raconte, dénonce, illustre un propos. Intéressant, très. Découvrez-le ici
     
    Teun Hocks (Cosmic surroundings)    
     
    La hauteur de l'homme n'est pas la hauteur de la pluie,

    mais son regard va plus loin que les nuages.” R. Juarroz

    "La altura del hombre no es la altura de la lluvia,

     pero su mirada suele ir más allá de las nubes"

     
    Le silence qui subsiste entre deux mots
    Le silence qui subsiste entre deux mots
    n'est pas identique au silence qui entoure une tête qui tombe,
    ni à celui qui nimbe la présence de l'arbre
    quand s'éteint l'incendie vespéral du vent.

    De même que chaque voix a un timbre et une hauteur,
    chaque silence a un registre et une profondeur.
    Le silence d'un homme est différent de celui d'un autre
    et ce n'est pas la même chose de taire un nom ou d’en taire un autre.
     
    Il existe un alphabet du silence,
    mais on ne nous a pas appris à l'épeler.
    La lecture du silence est néanmoins la seule durable,
    plus peut-être que le lecteur.

    Dans « Poésie verticale » (traduction, légèrement modifiée par moi, trouvée sans nom du traducteur, hélas)


    El silencio que queda entre dos palabras


    El silencio que queda entre dos palabras
    no es el mismo silencio que envuelve una cabeza cuando cae,
    ni tampoco el que estampa la presencia del árbol
    cuando se apaga el incendio vespertino del viento.

    Así como cada voz tiene un timbre y una altura,
    cada silencio tiene un registro y una profundidad.
    El silencio de un hombre es distinto del silencio de otro
    y no es lo mismo callar un nombre que callar otro nombre.

    Existe un alfabeto del silencio,
    pero no nos han enseñado a deletrearlo.
    Sin embargo, la lectura del silencio es la única durable,
    tal vez más que el lector.
     
  • Une autre fenêtre / Otra ventana

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    Poursuivons sur le thème de la fenêtre, mais sous un angle bien différent...

     

    Une autre fenêtre
    Miguel Angel Zapata (Perú, 1955)
     
    On se lasse d’être seul à délirer
    avec sa fenêtre au milieu de la rue,
    parmi la neige qui traîne
    sa blancheur dans les ruelles oubliées.
    On se lasse de sortir pour chercher
    la même femme à la chevelure
    jusqu’aux pieds.
     
    Peut-être est-ce cela l'art de la solitude :
    écrire, écrire encore l’île avec son ciel lilas
    et la sveltesse du phare qui verse sa lumière sur
    nos cheveux en désordre.
    Peut-être est-ce seulement ça : une boussole sans mémoire
    pour les temps à venir.
     
    (Trad : Colette)
     

    fenêtre, ventana

    Otra ventana

    Miguel Angel Zapata (Perú, 1955)
     
    Uno se cansa de estar solo delirando
    con su ventana en medio de la calle,
    entre la nieve que arrastra
    su blancor por los callejones olvidados.
    Uno se cansa de salir a buscar la
    misma mujer con el cabello
    largo hasta los pies.

    Tal vez en eso consista el arte de la soledad:
    escribir repetidas veces la isla con su cielo lila
    y la esbeltez del faro que derrama su luz sobre
    nuestro cabello alborotado.
    Tal vez sea sólo eso: una brújula sin memoria
    para el tiempo que vendrá.
  • Quitter l'enfance / Dejar la infancia

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    Hier sur la place du village, ils étaient partout, couraient derrière un ballon ou juste pour le plaisir, le besoin de courir.
    Les enfants sont en vacances.
    S’il existe multitude de poèmes sur l’enfance, voici le premier que je lis sur sa fin.
     
    Ayer en la plaza del pueblo, estaban por todas partes, corrían tras una pelota o por el placer, la necesidad de correr.
    Los niños están de vacaciones.
    Si existen multitud de poemas sobre la infancia, he aquí el primero que leo sobre su fin.

    ÁNGEL RUIZ DEL ÁRBOL (La Habana, Cuba. 1956).
     
     

    Toboggans

     

    Je parcours les rues qui
    jadis étaient des rues.
    Je suis sur les places qui
    avant étaient l'enfance.
    Je descends, degré par degré,
    par des escaliers qui avant
    étaient des toboggans.

    Et à la chute, je me découvre
    seul au milieu de rien.
    Rien qui pour les autres est tout.
    Rien ne reste déjà de cela…
    Et cela, qui était tout,
    Maintenant c’est le rien.
    Et les doutes.
    (Trad: Colette)
     
     
    Escaleras La Habana-Cuba

     

     

     

    ÁNGEL RUIZ DEL ÁRBOL (La Habana, Cuba. 1956).


    Toboganes
    Transcurro en calles que
    Antes eran calles.
    Sucedo en plazas que
    Antes eran infancia.
    Desciendo, peldaño a peldaño,
    Por escaleras que antes
    Eran toboganes.
     
    Y al caer me descubro
    Solo en medio de la nada.
    Nada que para otros es todo.
    Nada queda ya de aquello…
    Y aquello, que era todo,
    Ahora es la nada.
    Y las dudas.

     

  • La poupée russe de M. Yourcenar / La muñeca rusa de M. Yourcenar

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    Dans une interview, je ne sais plus laquelle, Marguerite Yourcenar disait qu’on met plus de soi dans la poésie que dans les romans.

    Je veux penser qu’elle était d’humeur légère et ludique quand elle a écrit ce calligramme, s’inspirant d’ Apollinaire, vers 1932.
    Petrouchka est l’équivalent russe de notre Polichinelle.
    Si vous suivez ce blog depuis un temps, vous savez qui est Silvia Barón Supervielle, c’est elle qui a traduit, tâche extrêmement compliquée, (mais elle a également traduit Borgès!), ce poème en espagnol.
    Deux bijoux.
     
    En una entrevista, no me acuerdo cual, Marguerite Yourcenar decía que en la poesía uno pone más de si mismo que en las novelas.
    Quiero creer que estaba de humor ligero y lúdico cuando escribió este caligrama, inspirado de Apollinaire, en los años ‘30
    Petroushka es el equivalente ruso de nuestro Polichinelle (Polichinela).
    La traducción al español, tan complicada (pero ella tradujo a Borges!) es de Silvia Barón Supervielle.
    Dos joyas.

    Poème pour une poupée achetée dans un bazar russe M. Yourcenar




    Je suis
    Bleu de roi
    Et noir de suie.
     
    Je suis le grand Maure
    (Rival   de    Petrouchka).
    La nuit me sert  de   troïka;
    J’ai  le   soleil pour  ballon  d’or.
     
    Presque aussi vaste que les ténèbres,
    Mais    tout    aussi    fragile    qu’un    vivant,
    Le moindre souffle émeut mon corps sans vertèbres.
     
    Je    suis    très    résigné,    car   je   suis   très    savant :
    Ne   raillez   pas    mon   teint   noir,  ni  mes  lèvres béantes,
     
    Je  suis,  comme  vous,   un   pantin   entre  des   mains   géantes.
     
     
     
    Petrouchka, source Wiki
     
     
     
     
    Poema para una muñeca comprada en un bazar ruso.




    Soy
    El rey
    Azul voy
    Negra mi ley
     
    Yo soy el gran Moro
    (Rival de Petrouchka)
    La   noche  fue  mi troica
    Y  el  sol  mi  balón  de   oro.
     
    De   las   tinieblas,   el   rellano;
    Del    aire    respirante,   el    rocío;
    Un  soplo  oscila  en  mi cuerpo vacío.
     
    Soy muy resignado porque soy muy sabio.
    No desdeñen mi tez negra o mi abierto labio:
    Soy como ustedes un juguete en la enorme mano.
     
    Versión de Silvia Barón-Supervielle
  • Recherche logis et.../ Se solicita hogar y...

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    Avis Jaime Augusto Shelley (Ciudad de México, 1937) 
     
    Recherche patio
    avec pots rouges
    et vapeur de dalle fraîchement arrosée.
     
    Hauts arbres
    avec oiseaux sylvestres
    qui prennent leur bain habituel
    et leur petit déjeuner
    dans une fontaine simple
    qui peu à peu verdît son paisible trait.
     
    Un logis aux grilles ouvertes
    est demandé.
    (Trad:Colette)
     

    Aviso Jaime Augusto Shelley (Ciudad de México, 1937)

    Se solicita un patio
    con macetas rojas
    y vaho de ladrillo recién regado.
    Árboles de altura
    con pájaros silvestres
    que hagan su ritual de baño
    y desayuno
    en una fuente de labra sencilla
    que enmohezca a ritmo su apacible trazo.
    Un hogar se solicita.
    De cancel abierto.
  • Musique et bois sacré / Música y bosque sagrado

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    Nous parlions d’animisme à la fin du dernier billet.
    Hablaba de animismo al final de la entrada anterior.
    Lors d’une balade, toujours dans le sud du Sénégal, cette affiche :
    Durante un paseo, en el sur de Senegal, este cartel :
     
    Photo Colette 2017, près de Cap Skirring
     
     
    Un bois sacré...cela me rappelle un poème extrait du recueil de « poésie noire », Karanta, de Mbay Usmaan.
     
    Un bosque sagrado, esto me recuerda un poema extracto de un libro de “poesía negra”, Karanta, de Mbay Usmaan
     
    Descendant des ces collines arides
    Je voudrais m’asseoir un instant
    Et sentir dans le creux de mes cuisses
    Le galbe prodigieux de la « Kora »
    Dont le lourd sortilège des arpèges
    Envahit mon corps
    Et me transporte si loin
    Aux airs de « touroubang » et « soutoukoum »
    Dans une inaltérable célébration du gabou
    Sublimes instants de vies harmonieuses
    D’où surgissent des puissances
    qui convergent vers l’imposant bois sacré
    Ceint de panaches de fumée
    Et d’explosions entrecoupées
    De rythmes pulsatiles du « bombolong »
    (…)
    L’orgie de bruits et de sons
    Amplifie le tumulte
    Dans les poitrines juvéniles
    Mais ce soir elles retrouveront la quiétude
    Dans le sommeil avec l’esprit des ancêtres.
    (...)
     
    http://africanholocaust.net/music-in-african-religions/
     
     
     
    Bajando de esas colinas áridas
    Quisiera sentarme un instante
    Y sentir en el hueco de mis muslos
    El moldeado prodigioso de la “Kora”
    Cuyo fuerte sortilegio de los arpegio
    Invade mi cuerpo
    Y me trasporta tan lejos
    Con aires de “touroubang” y “soutoukoum”
    En un inalterable celebración del gabou
    Sublimes instantes de vidas harmoniosas
    De donde surgen potencias
    Que convergen hacia el imponente bosque sagrado
    Ceñido de bocanadas de humo
    Y de explosiones entrecortadas
    De ritmos pulsativos del “bombolong”
    (…)
    La orgía de ruidos y sonidos
    Amplifica el tumulto
    En los pechos juveniles
    Pero esta noche encontrarán la quietud
    En el sueño con el espíritu de los ancestros.
    (…)
    (Trad: Colette)
     
    Extrait de: Karanta (Poésie Noire) Mbay Usmaan, section: Sénégal

  • Vers la beauté / Hacia la belleza

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    Une poétesse que j’avais peu lue, Emily Dickinson, un grand tort!
    Una poetisa que había leído poco, un gran error!
     

     

     
     
    Monet, Bord de mer à Saint Adresse
     
     
    1540
     
    Aussi imperceptiblement que le chagrin
    L’été s’en est allé-
    Trop imperceptible enfin
    Pour ressembler à quelque perfidie-
    Une quiétude s’est distillée
    Comme un demi-jour commencé de longtemps,
    Ou la nature qui aurait passé avec elle-même
    Un après-midi séquestré-
    L’obscurité s’est installée plus tôt-
    Le matin, étranger, a brillé-
    Courtoise, pourtant déchirante grâce,
    Comme invitée, mais qui s’en serait allée-
    Et ainsi, sans une aile,
    Ni l’aide d’une quille
    Notre été, léger, a pris la fuite
    Vers la beauté.
     
    1540
     
    Imperceptible como una pena
    El verano se alejó-
    Demasiado imperceptible al fin
    Para sentir su perfidia-
    Una calma destilada
    Cual crepúsculo detenido,
    O la naturaleza que disfruta consigo
    De la tarde secuestrada-
    El anochecer acudió más temprano-
    La mañana ajena se iluminó-
    Una cortés gracia que intimida,
    Como el huésped que desea partir-
    Y así, sin tener alas
    Ni ayuda de una nave
    Nuestro verano emprendió su escapada
    Ligero en pos de la belleza.

    1540

    As imperceptibly as Grief
    The Summer lapsed away —
    Too imperceptible at last
    To seem like Perfidy —
    A Quietness distilled
    As Twilight long begun,
    Or Nature spending with herself
    Sequestered Afternoon —
    The Dusk drew earlier in —
    The Morning foreign shone —
    A courteous, yet harrowing Grace,
    As Guest, that would be gone —
    And thus, without a Wing
    Or service of a Keel
    Our Summer made her light escape
    Into the Beautiful.
  • Maîtres des souvenirs / Dueños de los recuerdos

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    Rêver de souvenirs lointains; il y a peu une de mes sœurs m’a dit être passée devant la maison de notre grand-mère.
    Je me souviens de tous les détails, des escaliers, des caves, de la chambre bleue au bout du couloir... Pourquoi ai-je rêvé que je m’y étais perdue?

     

    Aujourd’hui, et sur ce thème, un poème de Silvina Ocampo (Buenos Aires, 1906 – 1993), une femme très connue pour ses contes qui sont passés à l’histoire de la littérature Argentine du xxºs pour la cruauté déconcertante qu’elle a su imprimer à certains protagonistes de ses récits.
     
    Soñar con lejanos recuerdos; hace poco una de mis hermanas me dijo haber pasado delante de la casa de nuestra abuela.
    Me acuerdo de todos los detalles, de las escaleras, del sótano, de la habitación azul al fondo del pasillo...¿Por qué habré soñado que andaba perdida allí?
     
    Hoy, y sobre este tema, un poema de Silvina Ocampo (Buenos Aires, 1906 – 1993), mujer muy conocida por sus cuentos que pasaron a la historia de la literatura Argentina del siglo XX “por la crueldad desconcertante que supo imprimir en algunos protagonistas de estos relatos.”*
     
     
     
     
     
    Le rêve récurrent
     
    J’arrive comme je suis arrivée, solitaire, effrayée,

    à la porte de rue en bois ciré.
     
    J’ouvre la porte et j’entre, silencieuse, parmi les tapis.
    Les ombres des murs et des meubles m’effrayent.
     
    Je gravis les marches de marbre jaune,
    avec des reflets rosés. Je pénètre dans un couloir.
     
    Il n’y a personne, mais il y a quelqu’un caché dans les portes.
    Les sombres volets sont tous ouverts.
     
    De jour les hauts plafonds semblent
    un ciel d’étoiles éteintes grandissantes.
     
    Le souvenir conserve une ancienne rhétorique,
    il s’élève comme un arbre ou une colonne dorique,
     
    habituellement il dort dans nos rêves
    et nous en sommes, en secret, ses maîtres exclusifs.
    (Trad: Colette)
     
    El sueño recurrente

    Llego como llegué, solitaria, asustada,
    a la puerta de calle de madera encerada.

    Abro la puerta y entro, silenciosa, entre alfombras.
    Los muros y los muebles me asustan con sus sombras.

    Subo los escalones de mármol amarillo,
    con reflejos rosados. Penetro en un pasillo.

    No hay nadie, pero hay alguien escondido en las puertas.
    Las persianas oscuras están todas abiertas.

    Los cielos rasos altos en el día parecen
    un cielo con estrellas apagadas que crecen.

    El recuerdo conserva una antigua retórica,
    se eleva como un árbol o una columna dórica,

    habitualmente duerme dentro de nuestros sueños
    y somos en secreto sus exclusivos dueños.
  • Ce qui fut et ce qui manque.../ Qué ha sido y qué falta...

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     Le rire, si absent en poésie...l'eau, si rare en tant de lieux.
    La risa, tan ausente en poesía...el agua, tan escasa en tantos lugares.

    1 poema de “El cielo de los topos” (2015), de Bruno Montané Krebs (Chile 1957)

     

    Salvador Dali, "Muchacha en la ventana"



    L’eau

    Avec la mémoire des fleurs et le bruit
    ton regard bouge dans l’eau.
    Cette musique est le mouvement de tes yeux,
    ces silences les pensées
    qui, du fond, montent
    au point de te rendre heureuse.
    On sait en regardant l’eau
    ce qui fut et ce qui manque
    on pense à ce qui fait bouger
    corps et orages.
    Ton regard s’allume sous le toit
    brillant de l’eau qui traverse les pores,
    les cellules, l’éclat du ciel.
    Et tu ris.
     
    (trad: Colette)
     

    EL AGUA

    Con la memoria de las flores y el ruido
    tu mirada se mueve en el agua.
    Esa música es el movimiento de tus ojos,
    estos silencios los pensamientos
    que desde el fondo suben
    a punto de hacerte feliz.
    Al mirar el agua se sabe
    qué ha sido y qué falta,
    se piensa en qué mueve
    cuerpos y tormentas.
    Tu mirada se enciende bajo el brillante
    techo del agua que traspasa los poros,
    las células, el resplandor del cielo.
    Y te ríes.

     
  • Tout près../ Muy cerca...

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    Le choix du poème d'aujourd'hui  est dû, en partie, à la lecture  dans un journal local qu'entre vendredi et dimanche dernier, un demi million de passagers sont passés par l'aéroport de Palma de Mallorca, soit 6.800 par heure. De la folie. (Le total des îles Baléares compte un petit million d’habitants)
     
    La elección del poema de hoy es debida, en parte, a la lectura en un diario local diciendo que entre el viernes pasado y el domingo, medio millón de pasajeros transitaron por le aeropuerto de Palma de Mallorca. O sea 6.800 por hora. Una locura.
     

    Écrit en catalan par le Valencien Josep Piera, j'ai mis la version originale, sa traduction en espagnol et en français.



    No cal anar molt lluny.
    Ni trepitjar descalç viaranys plens de vidres
    ni ofegar-se en el mar per tal de beure llum,
    la llum, paraula mítica, metàfora de seny.
    Allò que cerques ho tens davant de tu.
    Per gaudir un infern no cal prendre vaixell.
    No cal anar tan lluny.
    Siga cau, siga avenc, drecera, cingle, foc;
    no cal fugir enlloc; mira-ho tot prop i a punt:
    objectes, cels, mons, paraules,
    horitzons, presons, éssers o murs.
    No cal anar més lluny.
    Només l'esguard i el tacte
    aboleixen distàncies.
    (...)
     
    Cants i encants.
     
    Devant chez moi, cet été /Delante de mi casa, este verano

     

     
     

     

    Pas besoin d'aller très loin.

    Ni de marcher pieds nus sur des chemins semés de verre

    ni de se noyer dans la mer pour boire de la lumière,

    la lumière, mot mythique, métaphore de sagesse.

    Ce que tu cherches est là, devant toi.

    Pour jouir d'un enfer pas besoin de prendre un bateau.

    Il ne faut pas aller si loin.

    Que ce soit un terrier, ou un abîme, un raccourci, des rochers, du feu;

    inutile d’échapper nulle part; regarde, tout est près et prêt:

    objets, ciels, mondes, mots.

    Pas besoin d'aller plus loin.

    Seuls le regard et le toucher

    abolissent les distances.
     
    (...) 

    Josep Piera
     

    (trad: Colette)

     
     

     

    No hace falta ir muy lejos.
    Ni pisar descalzo senderos llenos de cristales
    ni ahogarse en el mar para beber su luz,
    la luz, palabra mítica, metáfora de la sensatez
    Aquello que buscas lo tienes ante tí.
    Para gozar un infierno no hace falta embarcarse
    No hace falta ir tan lejos.
    Sea madriguera, sea sima, atajo, risco, fuego;
    no hace falta escapar; míralo todo cerca y a punto:
    objetos, cielos, mundos, palabras,
    horizontes, cárceles, seres o muros.
    No hace falta ir más lejos
    Solo la mirada y el tacto
    anulan las distancias.
    Josep Piera
     
    (Trad: AH et MAH, gracias)