pablo neruda

  • Je me souviens de toi.../ Te recuerdo....

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    Un poème de saison aujourd’hui.
     
    Pablo Neruda
     
    Je me souviens de toi telle que tu étais en ce dernier automne:
    un simple béret gris, le cœur en paix.
    Dans tes yeux combattaient les feux du crépuscule.
    Et les feuilles tombaient sur les eaux de ton âme.

    Enroulée à mes bras comme un volubilis,
    les feuilles recueillaient ta voix lente et paisible.
    Bûcher de stupeur où ma soif brûlait.
    Douce jacinthe bleue tordue sur mon âme.

    Je sens voyager tes yeux et l'automne est distant:
    béret gris, cris d'oiseau, cœur où l'on est chez soi
    et vers eux émigraient mes désirs si profonds
    et tombaient mes baisers, joyeux comme des braises.

    Ciel vu d'un bateau. Champs vus des collines:
    lumière, étang de paix, fumée, ton souvenir.
    Au-delà de tes yeux brûlaient les crépuscules.
    Sur ton âme tournaient les feuilles de l'automne.
     
    (Traduction trouvée sur la Toile, sans nom d’auteur, modifiée par moi)
     
    Photo Colette, prise près de chez moi    
     
    Te recuerdo como eras en el último otoño.
    Eras la boina gris y el corazón en calma.
    En tus ojos peleaban las llamas del crepúsculo.
    Y las hojas caían en el agua de tu alma.

    Apegada a mis brazos como una enredadera,
    las hojas recogían tu voz lenta y en calma.
    Hoguera de estupor en que mi sed ardía.
    Dulce jacinto azul torcido sobre mi alma.

    Siento viajar tus ojos y es distante el otoño:
    boina gris, voz de pájaro y corazón de casa
    hacia donde emigraban mis profundos anhelos
    y caían mis besos alegres como brasas.

    Cielo desde un navío. Campo desde los cerros.
    Tu recuerdo es de luz, de humo, de estanque en calma!
    Más allá de tus ojos ardían los crepúsculos.
    Hojas secas de otoño giraban en tu alma.
     

  • Quand Neruda évoque Miguel Hernández / Cuando Neruda evoca a Miguel Hernández

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     Le passage suivant, portrait de Miguel Hernández, est extrait de "J'avoue que j'ai vécu", Pablo Neruda.
     
    “L'un des amis de Federico et de Rafael* était le jeune poète Miguel Hernández. Quand nous fîmes connaissance il arrivait en espadrilles et pantalon de velours côtelé de paysan de ses terres d'Orihuela, où il avait gardé les chèvres. Je publiai ses vers dans ma revue Cheval Vert; le scintillement et le brio de son abondante poésie m'enthousiasmaient.

     

    Miguel était si campagnard qu'il se déplaçait entouré d'un halo de terre. Il avait un visage de motte de glaise ou de pomme de terre qu'on arrache d'entre les racines et qui conserve une fraîcheur de sous-sol. Il vivait et écrivait chez moi. Ma poésie américaine, avec ses horizons nouveaux, ses plaines différentes, l'impressionna et le transforma.

    Il me racontait des fables terrestres d'animaux et d'oiseaux. Cet écrivain sorti de la nature était comme une pierre intacte, avec une virginité de forêt, une force et une vitalité irrésistibles. Il m'expliquait combien il était impressionnant de coller son oreille contre le ventre des chèvres endormies. On entendait ainsi le bruit du lait qui arrivait aux mamelles, la rumeur secrète que personne d'autre que lui, le poète-chevrier, n'avait pu surprendre.

    D'autres fois il me parlait du chant du rossignol. Le Levant espagnol, son pays d'origine, était rempli d'orangers en fleur et de rossignols. Comme au Chili ce chahuteur sublime n'existe pas, ce fou de Miguel voulait recréer pour moi dans sa vie même l'harmonie de son cri et son pouvoir. Il grimpait à un arbre de la rue et, du plus haut des branches, sifflait ou gazouillait comme ses chers oiseaux natals.

    Il n'avait pas de ressources et je lui cherchai un emploi. Un poète avait du mal à trouver du travail en Espagne. Finalement un vicomte, haut fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères, s'intéressa à son cas et me répondit positivement; il était d'accord, il avait lu ses vers, il l'admirait, Miguel devait lui indiquer le poste qu'il désirait et il procéderait aussitôt à sa nomination. Tout joyeux, je dis au poète :

    -Miguel, tu as enfin un destin. Le vicomte te case. Tu seras cadre supérieur. Dis-moi quel travail tu veux faire pour qu'on te signe ta nomination ?

    Miguel resta pensif. Son visage aux grandes rides prématurées se couvrit d'un voile de cogitation. Les heures passèrent et sa réponse ne me parvint que dans l'après-midi.
    Ses yeux brillaient comme s'il avait trouvé la solution de sa vie :

    -Le vicomte ne pourrait-il pas me confier un troupeau de chèvres, ici, près de Madrid?

    Le souvenir de Miguel Hernández ne peut se détacher des racines de mon cœur. Le chant des rossignols d'Orihuela, leurs tours sonores érigées dans la nuit parmi les fleurs d'oranger, étaient pour lui une présence obsédante et constituaient une part du matériel de son sang, de sa poésie terrestre et rustique, dans laquelle se fondaient tous les excès de la couleur, du parfum et de la voix du Levant espagnol, avec l'abondance et la bonne odeur d'une jeunesse puissante et virile.

    Son visage était le visage de l'Espagne. Taillé par la lumière, ridé comme un champ labouré, avec ce petit côté de franche rudesse du pain et de la terre. Ses yeux brûlants, flambant sur cette surface grillée et durcie par le vent, étaient deux éclairs de force et de tendresse.

      (...) J'affirme que dans ma vie de poète, et de poète errant, il ne m'a jamais été donné d'observer un phénomène semblable de vocation et d'électrique savoir verbal".

     

     
     
    Uno de los amigos de Federico y Rafael era el joven poeta Miguel Hernández. Yo lo conocí cuando llegaba de alpargatas y pantalón campesino de pana desde sus tierras de Orihuela, en donde había sido pastor de cabras. Yo publiqué sus versos en mi revista Caballo Verde y me entusiasmaba el destello y el brío de su abundante poesía.
    Miguel era tan campesino que llevaba un aura de tierra en torno a él. Tenía una cara de terrón o de papa que se saca de entre las raíces y que conserva frescura subterránea. Vivía y escribía en mi casa. Mi poesía americana, con otros horizontes y llanuras, lo impresionó y lo fue cambiando.
    Me contaba cuentos terrestres de animales y pájaros. Era ese escritor salido de la naturaleza como una piedra intacta, con virginidad selvática y arrolladora fuerza vital. Me narraba cuan impresionante era poner los oídos sobre el vientre de las cabras dormidas. Así se escuchaba el ruido de la leche que llegaba a las ubres, el rumor secreto que nadie ha podido escuchar sino aquel poeta de cabras.
    Otras veces me hablaba del canto de los ruiseñores. El Levante español, de donde provenía, estaba cargado de naranjos en flor y de ruiseñores. Como en mi país no existe ese pájaro, ese sublime cantor, el loco de Miguel quería darme la más viva expresión plástica de su poderío. Se encaramaba a un árbol de la calle y, desde las más altas ramas, silbaba o trinaba como sus amados pájaros natales.
    Como no tenía de qué vivir le busqué un trabajo. Era duro encontrar trabajo para un poeta en España. Por fin un vizconde, alto funcionario del Ministerio de Relaciones, se interesó por el caso y me respondió que sí, que estaba de acuerdo, que había leído los versos de Miguel, que lo admiraba, y que éste indicara qué puesto deseaba para extenderle el nombramiento. 
    Alborozado dije al poeta:
    -Miguel Hernández, al fin tienes un destino. El vizconde te coloca. Serás un alto empleado. Dime qué trabajo deseas ejecutar para que decreten tu nombramiento.
    Miguel se quedó pensativo. Su cara de grandes arrugas prematuras se cubrió con un velo de cavilaciones. Pasaron las horas y sólo por la tarde me contestó. Con ojos brillantes del que ha encontrado la solución de su vida, me dijo:
    -¿No podría el vizconde encomendarme un rebaño de cabras por aquí cerca de Madrid?
    El recuerdo de Miguel Hernández no puede escapárseme de las raíces del corazón. El canto de los ruiseñores levantinos, sus torres de sonido erigidas entre las oscuridad y los azahares, eran para él presencia obsesiva, y eran parte del material de su sangre, de su poesía terrenal y silvestre en la que se juntaban todos los excesos del color, del perfume y de la voz del Levante español, con la abundancia y la fragancia de una poderosa y masculina juventud.
     
    Su rostro era el rostro de España. Cortado por la luz, arrugado como una sementera, con algo rotundo de pan y de tierra. Sus ojos quemantes, ardiendo dentro de esa superficie quemada y endurecida al viento, eran dos rayos de fuerza y de ternura.”
    Extracto de “Confieso que he vivido” Pablo Neruda 
     
  • En fil de crépuscule / Con hebras de crepúsculo

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    Longues ou pas, lisses ou rayées, propres ou odorantes, souvent dépareillées, ce sont les chaussettes.
    À l'école, à quatre aiguilles, nous devions apprendre à en tricoter. Quel calvaire! Je me souviens que c'était bien souvent grand-mère, dite Bobonne, qui nous aidait à sauver les maudites mailles qui s'étaient échappées. Un mauvais souvenir ces chaussettes que personne ne portait jamais car elles "grattaient".

    Tricoteuse, Albert Anke

     

    Douces par contre, somptueuses, celles que reçut Pablo Neruda.
    Une ode fort amusante, voyez plutôt.

    Largos o no, lisos o a rayas, limpios u olorosos, a menudo desparejados, esos son los calcetines.
    En la escuela, con cuatro agujas, teníamos que aprender a tejerlos. ¡Un calvario! me acuerdo que era muchas veces la abuela, llamada Bobonne, la que nos ayudaba a rescatar los malditos puntos escapados.
    Un mal recuerdo esos calcetines que nadie llevaba nunca porque "picaban".
     
     
    Magritte, pieds            
     
    Suaves sin embargo, suntuosos los que recibió Pablo Neruda. Una oda muy divertida la que sigue.
     
     
    Oda a los calcetines
     
    Ode aux chaussettes 
     
    Pablo Neruda
     
    Me trajo Mara Mori
    un par de calcetines,
    que tejió con sus manos de pastora,
    dos calcetines suaves como liebres.
    En ellos metí los pies
    como en dos estuches
    tejidos con hebras del
    crepúsculo y pellejos de ovejas.
     
    Mara Mori m'a apporté
    une paire de chaussettes,
    tricotées de ses mains de bergère,
    deux chaussettes douces comme des lièvres.
    J'y ai glissé mes pieds
    comme dans deux étuis
    tricotés de fils du
    crépuscule et peau de mouton.


    Violentos calcetines,
    mis pies fueron dos pescados de lana,
    dos largos tiburones
    de azul ultramarino
    atravesados por una trenza de oro,
    dos gigantescos mirlos,
    dos cañones;
    mis pies fueron honrados de este modo
    por estos celestiales calcetines.
     
    Violentes chaussettes,
    mes pieds furent deux poissons de laine,
    deux longs requins
    bleu outremer
    traversés d'une tresse en or,
    deux gigantesques merles,
    deux canons;
    ainsi furent honorés mes pieds
    par ces chaussettes célestes.

    Eran tan hermosos que por primera vez
    mis pies me parecieron inaceptables,
    como dos decrépitos bomberos,
    bomberos indignos de aquel fuego bordado,
    de aquellos luminosos calcetines.
     
    Elles étaient si belles que pour la première fois
    mes pieds m'ont paru inacceptables,
    comme deux pompiers décrépis,
    pompiers indignes de ce feu brodé,
    de ces lumineuses chaussettes.

    Sin embargo, resistí la tentación
    aguda de guardarlos como los colegiales
    preservan las luciérnagas,
    como los eruditos coleccionan
    documentos sagrados,
    resistí el impulso furioso de ponerlos
    en una jaula de oro y darles cada
    día alpiste y pulpa de melón rosado.
     
    Je résistai pourtant à la tentation
    aigüe de les garder comme les écoliers
    conservent les vers luisants,
    comme les érudits collectionnent
    des documents sacrés,
    je résistai à l'élan furieux de les enfermer
    dans une cage dorée et de leur donner chaque
    jour du millet et de la pulpe de melon rose.


    Como descubridores que en la selva
    entregan el rarísimo venado verde
    al asador y se lo comen con remordimiento,
    estiré los pies y me enfundé
    los bellos calcetines, y luego los zapatos.
    Y es esta la moral de mi Oda:
    Dos veces es belleza la belleza,
    y lo que es bueno es doblemente bueno,
    cuando se trata de dos calcetines
    de lana en el invierno.
     
    Comme les explorateurs qui dans la jungle
    livrent le très rare gibier vert
    à la broche et le mangent avec remords,
    j'étirai les pieds et j'enfilai
    les belles chaussettes, puis les souliers.
    Voici la morale de mon Ode:
    Par deux fois la beauté est beauté,
    et ce qui est bon est doublement bon,
    quand il s'agit de deux chaussettes
    de laine en hiver.
     
    Trad: Colette
  • De pain, de feu et d'amour / De pan, fuego y amor

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    Para Jordi y Elvira
     
     
    Le poème qui suit est extrait du tout dernier recueil de poèmes (2015) de Pablo Neruda intitulé “ Tes pieds je touche dans l'ombre et autres poèmes inédits”.
    Inédits sont tous les poèmes de ce beau recueil, des brouillons du poète souvent écrits sur des bouts de papiers épars.
    Ce poème nº5 a été gribouillé sur le papier du menu, dans un avion, (vous pouvez le voir sur l'image), le 29 décembre 1952, à 11h du matin, volant à 3.500m d'altitude entre Recife et Río de Janeiro où il allait rejoindre sa troisième femme, Matilde Urrutia dont il était très amoureux.
     
     
    El poema que sigue proviene del último libro de poemas (enero 2015) de Pablo Neruda titulado “Tus pies toco en la sombra y otros poemas inéditos” (Ed Seix Barral, biblioteca breve)
    Inéditos son todos los poemas de este bonito libro, borradores del poeta a menudo escritos en trozos de papel dispersos.
    Este poema nº5 (p29) fue garabateado en el menú de un avión como lo podeís ver en la imagen, el 29 de diciembre 1952. Iba a reunirse con su tercera mujer Matilde Urrutia de la cual estaba muy enamorado.

     
    ilustracion escaneada del final del libro
     
     
    Par les airs je m'approche
    du rayon rouge de ta chevelure.
    De terre et de blé je suis fait et en m'approchant
    ton feu se prépare
    en moi et allume
    les pierres et la farine.
    C'est pour cela que mon cœur
    grandit, gonfle et devient
    pain pour que ta bouche le dévore,
    et mon sang est le vin qui t'attend.
    Nous sommes toi et moi la terre et ses fruits.
    Pain, feu, sang et vin
    c'est le terrestre amour qui nous embrase.
     
    Trad: Colette

  • Ode à l'été / Pablo Neruda / Oda al verano

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    L'été comme un tableau, au rythme particulier, si cher à Pablo Neruda.

    El verano como un cuadro, al ritmo que Pablo Neruda tanto afeccionaba.



    Ode à l'été Pablo Neruda
     
    Été, violon rouge,
    nuage clair,
    un vrombissement
    de scie
    ou de cigale
    te précède,
    le ciel
    voûté,
    lisse, brillant comme
    un œil,
    et sous son regard,
     été,
    poisson du ciel 
    infini,
    élytre mensonger,
    paresseux
    léthargie
    petit ventre
    d'abeille,
    soleil endiablé,
    soleil terrible et paternel,
    suant
    comme un bœuf au travail,
    soleil sec
    sur la tête
    comme un inattendu
    coup de gourdin
    soleil de la soif
    marchant
    sur le sable,
    été,
    mer déserte,
    le mineur
    du soufre
    se remplit
    se remplit
    de sueur jaune,
    l'aviateur
    parcourt
    rayon par rayon
    le soleil céleste,
    sueur
    noire
    glisse
    du front
    aux yeux
    dans la mine
    de Lota,
    le mineur
    se frotte
    le front
    noir,
    brûlent
    les semailles,
    crisse
    le blé,
    insectes
    bleus
    cherchent
    ombre,
    touchent
    la fraîcheur,
    submergent
    la tête
    dans un diamant.
     
    Oh été
    abondant,
    charrette
    de
    pommes
    mûres,
    bouche
    de fraise
    dans la verdure, lèvres
    de prune sauvage,
    chemins
    de légère poussière
    sur la poussière,
    midi,
    tambour
    de cuivre rouge,
    et le soir
    repose
    le feu,
    l'air
    fait danser
    le trèfle, entre
    dans l'usine déserte
    monte
    une étoile
    fraîche
    dans le ciel
    sombre,
    crépite
    sans brûler
    la nuit
    d'été.
     
    (Trad: Colette)
     
    Van Gogh, Été à Arles  
     
     
     
    Oda al verano

    Verano, violín rojo,
    nube clara,
    un zumbido
    de sierra
    o de cigarra
    te precede,
    el cielo
    abovedado,
    liso, luciente como
    un ojo,
    y bajo su mirada,
    verano,
    pez del cielo
    infinito,
    élitro lisonjero,
    perezoso
    letargo
    barriguita
    de abeja,
    sol endiablado,
    sol terrible y paterno,
    sudoroso
    como un buey trabajando,
    sol seco
    en la cabeza
    como un inesperado
    garrotazo,
    sol de la sed
    andando
    por la arena,
    verano,
    mar desierto,
    el minero
    de azufre
    se llena
    se llena
    de sudor amarillo,
    el aviador
    recorre
    rayo a rayo
    el sol celeste,
    sudor
    negro
    resbala
    de la frente
    a los ojos
    en la mina
    de Lota,
    el minero
    se restriega
    la frente
    negra,
    arden
    las sementeras,
    cruje
    el trigo,
    insectos
    azules
    buscan
    sombra,
    tocan
    la frescura,
    sumergen
    la cabeza
    en un diamante.

    Oh verano
    abundante,
    carro
    de
    manzanas
    maduras,
    boca
    de fresa
    en la verdura, labios
    de ciruela salvaje,
    caminos
    de suave polvo
    encima del polvo,
    mediodía,
    tambor
    de cobre rojo,
    y en la tarde
    descansa
    el fuego,
    el aire
    hace bailar
    el trébol, entra
    en la usina desierta,
    sube
    una estrella
    fresca
    por el cielo
    sombrío,
    crepita
    sin quemarse
    la noche
    del verano.
  • Combien je suis / Cuántos soy

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    Il est des semaines où, on ignore pourquoi, une image, une musique, un mot, une idée, s'obstinent à nous poursuivre.
    Cette semaine-ci, sur une place de Palma où je me baladais avec mon appareil, j'ai photographié ce panneau. 
    Ciertas semanas una imagen, una música, una palabra, une idea, se obstinan en perseguirnos.
    Esta semana empezó en una plaza de Palma donde paseaba con mi cámara y fotografié esta señal.

     

     

    Plaza Progreso, Palma de Mallorca

     

     
    Pourquoi ce mot, là?
    J'y pensais encore quand j'ai vu cette peinture illustrant je ne sais plus quoi...signée : Confusion Group. Espagnols, de Madrid*.
    ¿Por qué esa palabra, allí?
    Todavía pensaba en ello cuando vi esta pintura ilustrando no me acuerdo qué texto...firmada: Confusion Group. Españoles, de Madrid*.

     

    Confusion Group: Sólo son rostros

     

    Troublée par tant de confusions je me suis mise à traduire ce poème...ce qui n'a fait qu'augmenter mon chaos mental!

    Perturbada por tantas confusiones decidí publicar este poema...¡lo que no hizo más que aumentar mi caos mental!

     

    Pablo Neruda –

     

    Nous sommes beaucoup

     

    Vaguedivague (Estravagario, 1958)

    De tant d’hommes que je suis, que nous sommes,
    je ne puis en trouver aucun:
    ils se perdent sous mes vêtements,
    ils sont partis dans une autre ville.

    Lorsque tout est prêt
    pour me montrer intelligent
    le sot caché en moi
    parle par ma bouche.

    Quand une maison respectée brûle
    au lieu du pompier que j’appelle
    c'est l’incendiaire qui se précipite
    et celui-là c’est moi. Je n'y peux rien.
    Comment faire pour me choisir?
    Comment me racheter?

    Tous les livres que je lis
    célèbrent des héros éclatants
    toujours sûrs d’eux-mêmes:
    je meurs de jalousie pour eux,
    et dans les films de vents et de balles,
    je demeure à jalouser le cavalier,
    je demeure à admirer le cheval.
     
    Mais lorsque j’appelle l’intrépide
    c’est le vieux paresseux qui m’arrive,
    et ainsi je ne sais qui je suis,
    je ne sais combien je suis ou serons.

    J’aimerais appuyer sur une sonnette
    et faire sortir mon véritable moi
    car si de moi j’ai besoin
    je ne dois pas me dérober.

    (...)
    (Trad: Colette)


    PABLO NERUDA
     Muchos somos.
    Estravagario, 1958 

    De tantos hombres que soy, que somos,
    no puedo encontrar a ninguno:
    se me pierden bajo la ropa,
    se fueron a otra ciudad.

    Cuando todo está preparado
    para mostrarme inteligente
    el tonto que llevo escondido
    se toma la palabra en mi boca.

    Otras veces me duermo en medio
    de la sociedad distinguida
    y cuando busco en mí al valiente,
    un cobarde que no conozco
    corre a tomar con mi esqueleto
    mil deliciosas precauciones.

    Cuando arde una casa estimada
    en vez del bombero que llamo
    se precipita el incendiario
    y ése soy yo. No tengo arreglo.
    Qué debo hacer para escogerme?
    Cómo puedo rehabilitarme?

    Todos los libros que leo
    celebran héroes refulgentes
    Siempre seguros de sí mismos:
    me muero de envidia por ellos,
    y en los films de vientos y balas
    me quedo envidiando al jinete,
    me quedo admirando al caballo.  

    Pero cuando pido al intrépido
    me sale el viejo perezoso,
    y así yo no sé quién soy,
    no sé cuántos soy o seremos.  

    Me gustaría tocar un timbre
    y sacar el mí verdadero
    porque si yo me necesito
    no debo desaparecerme. 

     

     

     

     

    *Confusion Group es un grupo artístico que desarrolla su actividad en Madrid desde hace ocho años, en distintas disciplinas (artes plásticas, fotografía, vídeoarte, instalaciones, música, literatura…) tanto individual como colectivamente. También trabajan en colaboración con otros artistas. Confusion Group is an artistic group that develops his activity in Madrid for eight years, in different disciplines (plastic arts, photo, vídeoarte, art installations, music, literature…) both individual as collectivly. They also work incollaboration with other artists.
    http://www.confusiongroup.com/paintings.html

  • Tant de silences / Tantos silencios

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    C’est l’immense variété des silences qui m’a intéressée cette semaine (à commencer par celui de ma connexion Internet que voici arrangée.)

     

    Silence rempli d’émotions venant du Venezuela avec A. E. Blanco (1896-1955).

    Silence surprenant, amusant du Chilien Pablo Neruda (1904-1973)

     

    Et finalement, ces sculptures du Mexicain Rivelino qui sont autant de cris pour la liberté d’expression, pour le droit à la parole. Faites pour de grands espaces à l’air libre, vous les avez peut-être vues dans votre pays car elles ont beaucoup voyagé : regardez ici.

     

    nuestros silencios.jpg

     

    Es la inmensa variedad de los silencios lo que me ha interesado esta semana (y para empezar el de mi conexión Internet ahora arreglada)

     

    Silencio lleno de emoción del venezolano A.E. Blanco (1896-1955).

    Silencio sorprendente, divertido del Chileno Pablo Neruda (1904-1973).

     

    Y finalmente, estas esculturas del mexicano Rivelino que son gritos para la libertad de expresión, para el derecho a la palabra. Hechas para grandes espacios al aire libre, tal vez las habéis visto en vuestro país ya que viajaron mucho; mirad aquí.

     

    nuestros silencios rivelino.jpg

     

     

    Silencio Andrés Eloy Blanco

     

    Cuando tú te quedes muda,    

    cuando yo me quede ciego,

    nos quedarán las manos.

     

    Cuando tú te pongas vieja

    cuando yo me ponga viejo,

    nos quedarán los labios

    y el silencio.

     

    Cuando tú te quedes muerta,   

    cuando yo me quede muerto,    

    tendrán que enterrarnos juntos

    y en silencio;                             

     

    y cuando tú resucites,             

    cuando yo viva de nuevo,        

    nos volveremos a amar

    en silencio;

     

    y cuando todo se acabe

    por siempre en el universo,       

    será un silencio de amor

    el silencio.                                  

    Silence

    Quand tu seras muette,

    quand je serai aveugle,

    il nous restera les mains.


    Quand tu deviendras vieille,

    et quand je deviendrai vieux,

    il nous restera les lèvres

    et le silence.


    Quand toi tu seras morte,

    et moi je serai mort,

    ils devront nous enterrer ensemble

    en silence;


    et quand tu ressusciteras,

    quand je revivrai,

    nous nous aimerons à nouveau

    en silence;


    et quand tout finira

    pour toujours dans l’univers,

    ce sera un silence d’amour

    le silence                                                                                                           


     

    Silencio Pablo Neruda

     

     

    Yo que crecí dentro de un árbol

    tendría mucho que decir, oranges 1.jpg

    pero aprendí tanto silencio

    que tengo mucho que callar

     

    y eso se conoce creciendo

    sin otro goce que crecer,

    sin más pasión que la substancia

    sin más acción que la inocencia,

    y por dentro el tiempo dorado

    hasta que la altura lo llama

    para convertirlo en naranja.

     

    Silence P. Neruda

     

    Moi qui ai grandi à l’intérieur d’un arbre

    j’aurais beaucoup à dire,

    mais j’ai appris tant de silence

    que j’ai beaucoup à taire

     

    et cela s’apprend en grandissant

    sans autre plaisir que grandir,

    sans plus de passion que la substance,

    sans plus d’action que l’innocence,

    et en dedans le temps doré

    jusqu’à ce que la hauteur l’appelle

    pour le transformer en orange.

     

    Traductions: Colette

     

    Foto 1: http://www.elmundo.es/elmundo/2009/11/22/cultura/1258912481.html

    Foto 2. http://www.elmanana.com.mx/notas.asp?id=219895

     

     

     

  • Pur désir /Puro deseo

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    Le poème est l’amour réalisé du désir demeuré désir.  

                       René Char (Fureur et mystère)

    El poema es el amor realizado del deseo permanecido deseo.

     

    Qu’ajouter? Mon billet de cette semaine est le résultat de plusieurs jours d’immersion, délicieuse, dans la poésie de René Char et de Pablo Neruda. Et de traductions. Oh, même si j’y ai beaucoup travaillé, elles ne sont pas parfaites et j’accepte volontiers toute suggestion de votre part.

    ¿Qué podría añadir? Mi nota de esta semana es el resultado de varios días de deliciosa inmersión en la poesía de René Char y de Pablo Neruda. Y de traducciones. O, aunque trabajé mucho, no son perfectas y acepto con mucho gusto cualquier sugerencia.

     

     

    Le noeud noir   René Char (Chant de la Balandrane 1977)

     

    Je me redis, Beauté,

    ce que je sais déjà,

    Beauté mâchurée

    d’excréments, de brisures.

    Tu es mon amoureuse,le noeud noir Seurat.jpg

    je suis ton désirant.

    Le pain que nous cuisons

    dans les nuits avenantes,

    tel un vieux roi s’avance

    en ouvrant ses deux bras.

     

    Allons de toutes parts.

    Le rire dans nos mains,

    jamais isolément.

    Corbeille aux coins tortus,

    nous offrons tes ressources.

    Nous avons du marteau

    la langue aventureuse.

    Nous sommes des croyants

    pour chemins muletiers.

     

     

    Moins la clarté se courbe

    plus le roseau se troue

    sous les doigts pressentis.

     

     

    El nudo negro René Char (Chant de la Balandrane 1977)

     

    Me repito, Belleza,

    lo que ya sé,

    Belleza tiznada

    de excrementos, hecha trizas.

    Eres mi enamorada,

    soy tu suspirante.Dali-enigmedudesir.jpg

    El pan que cocemos

    en las noches acogedoras,

    cual rey anciano se adelanta

    los dos brazos abiertos.

     

    Vámonos por todas partes,

    con la risa en las manos,

    nunca separados.

    Cesta con picos tuertos,

    ofrecemos tus recursos.

    Tenemos del martillo

    la lengua aventurera.

    Somos creyentes

    Para caminos muleros.

     

    Cuanto menos se dobla la claridad,

    más se ahueca la caña

    bajo los dedos presentidos.

    (Trad. Colette)

     

     

    Déjame sueltas las manos  Pablo Neruda

     

    Déjame sueltas las manos

    y el corazón, déjame libre!

    Deja que mis dedos corran

            por los caminos de tu cuerpo.

    La pasión – sangre, fuego, besos -

    me incendia a llamaradas trémulas.

    Ay, tú no sabes lo que es esto!

     

    Es la tempestad de mis sentidos

       doblegando la selva sensible de mis nervios.

    Es la carne que grita con sus ardientes lenguas!

    Es el incendio!

    Y estás aquí, mujer, como un madero intacto

      ahora que vuela toda mi vida hecha cenizas

    hacia tu cuerpo lleno, como la noche, de astros!

     

    Déjame libre las manos

              y el  corazón, déjame libre!

          Yo sólo te deseo, yo sólo te deseo!

    No es amor, es deseo que se agosta y se extingue,

    es precipitación de furias,

              acercamiento de lo imposible,

    pero estás tú,

                       estás para dármelo todo,

    y a darme lo que tienes a la tierra viniste-

    como yo para contenerte,

    y desearte,

    y recibirte!

     

    Laisse mes mains dénouées  Pablo Neruda

     

    Laisse mes mains dénouées

    et le cœur, laisse-moi libre !

    Laisse courir mes doigts

            sur les chemins de ton corps.

    La passion – sang, feu, baisers –

    m’incendie de flammes tremblantes.

    Aïe, tu ignores ce que c’est !

     

    C’est la tempête de mes sens

      gagnant la jungle sensible de mes nerfs.

    C’est la chair qui crie de ses langues ardentes !

    C’est l’incendie !

    Et tu es ici, femme, comme une bûche intacte

      maintenant que toute ma vie faite cendres vole

    vers ton corps plein d’astres, comme la nuit !

     

    Laisse mes mains dénouées

            et le cœur , laisse-moi libre !

       Je ne fais que te désirer, je ne fais que te désirer !

    Ce n’est pas de l’amour, c’est du désir qui se flétrit et s’éteint,

    pagaille de furies,

          approche de l’impossible,

    mais tu es là,

                   là pour tout me donner

    et pour tout me donner tu es venue sur terre –

    comme moi pour te contenir,

    et te désirer,

    et te recevoir !

    (Trad. Colette)

     

     Illustrations: Seurat, le noeud noir / Dali, l'énigme du désir

     

     

     

     

  • Le vent de P.Neruda /El viento de P.Neruda

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    Les îles Malgrats, îlettes au sud-ouest de mon île, semblent en plein jour de simples rochers. Au coucher du soleil, fouettées par le vent, les voilà.

    Las islas Malgrats, unas minúsculas islitas al suroeste de mi isla, parecen de día simples rocas. Aquí las tienen, batidas por el viento, a la puesta del sol.

     

    puesta de sol malgrats 001.jpg

    Le vent est un cheval :

      écoute comme il court

     à travers mer et ciel.

     

    Il veut m’emmener : écoute

    comme il parcourt le monde

       pour m’emmener au loin.

                  ---------

    Laisse courir le vent

      couronné d’écume,

    qu’il m’appelle et me cherche

       galopant dans l’ombre,

       tandis que moi, submergépuesta de sol malgrats 005.jpg

       sous tes grands yeux,

      pour cette seule nuit

    je me reposerai, mon amour. (Le vent dans l’île. Pablo Neruda)

     

    El viento es un caballo:

       óyelo cómo corre

    por el mar, por el cielo.

     

    Quiere llevarme: escucha

     cómo recorre el mundo

       para llevarme lejos.

           -------

    Deja que el viento corra

      coronado de espuma,

    que me llame y me busque

      galopando en la sombra,

       mientras yo, sumergido

         bajo tus grandes ojos,

            por esta noche sola

        descansaré, amor mío. (El viento en la isla. Pablo Neruda)

     

     

     

    Ode à la mer de Pablo Neruda est un beau et long poème, il ressemble à une prière, vous le trouverez ici dans une excellente traduction de Ricard Ripoll i Villanueva.

     Oda al mar de Pablo Neruda es un poema precioso, largo, parecido a una plegaria; lo encontraréis aquí con una traducción de Ricard Ripoll i Villanueva

     

     

    puesta de sol malgrats 014.jpg

    En voici les derniers vers / Aquí tienen los últimos versos.

     

    Nous résoudrons tout

    petit à petit :

    nous t’obligerons, mer,

    nous t’obligerons, terre,

    à faire des miracles,

    car en nous-mêmes,

    dans la lutte,

    il y a le poisson, il y a le pain,

    il y a le miracle.

     

    Todo lo arreglaremos

    poco a poco:

    te obligaremos , mar

    te obligaremos, tierra,

    a hacer milagros,

    porque en nosotros mismos,

    en la lucha,

    está el pez, está el pan,

    está el milagro.