04/12/2016

Quand Neruda évoque Miguel Hernández / Cuando Neruda evoca a Miguel Hernández

 Le passage suivant, portrait de Miguel Hernández, est extrait de "J'avoue que j'ai vécu", Pablo Neruda.
 
“L'un des amis de Federico et de Rafael* était le jeune poète Miguel Hernández. Quand nous fîmes connaissance il arrivait en espadrilles et pantalon de velours côtelé de paysan de ses terres d'Orihuela, où il avait gardé les chèvres. Je publiai ses vers dans ma revue Cheval Vert; le scintillement et le brio de son abondante poésie m'enthousiasmaient.

 

Miguel était si campagnard qu'il se déplaçait entouré d'un halo de terre. Il avait un visage de motte de glaise ou de pomme de terre qu'on arrache d'entre les racines et qui conserve une fraîcheur de sous-sol. Il vivait et écrivait chez moi. Ma poésie américaine, avec ses horizons nouveaux, ses plaines différentes, l'impressionna et le transforma.

Il me racontait des fables terrestres d'animaux et d'oiseaux. Cet écrivain sorti de la nature était comme une pierre intacte, avec une virginité de forêt, une force et une vitalité irrésistibles. Il m'expliquait combien il était impressionnant de coller son oreille contre le ventre des chèvres endormies. On entendait ainsi le bruit du lait qui arrivait aux mamelles, la rumeur secrète que personne d'autre que lui, le poète-chevrier, n'avait pu surprendre.

D'autres fois il me parlait du chant du rossignol. Le Levant espagnol, son pays d'origine, était rempli d'orangers en fleur et de rossignols. Comme au Chili ce chahuteur sublime n'existe pas, ce fou de Miguel voulait recréer pour moi dans sa vie même l'harmonie de son cri et son pouvoir. Il grimpait à un arbre de la rue et, du plus haut des branches, sifflait ou gazouillait comme ses chers oiseaux natals.

Il n'avait pas de ressources et je lui cherchai un emploi. Un poète avait du mal à trouver du travail en Espagne. Finalement un vicomte, haut fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères, s'intéressa à son cas et me répondit positivement; il était d'accord, il avait lu ses vers, il l'admirait, Miguel devait lui indiquer le poste qu'il désirait et il procéderait aussitôt à sa nomination. Tout joyeux, je dis au poète :

-Miguel, tu as enfin un destin. Le vicomte te case. Tu seras cadre supérieur. Dis-moi quel travail tu veux faire pour qu'on te signe ta nomination ?

Miguel resta pensif. Son visage aux grandes rides prématurées se couvrit d'un voile de cogitation. Les heures passèrent et sa réponse ne me parvint que dans l'après-midi.
Ses yeux brillaient comme s'il avait trouvé la solution de sa vie :

-Le vicomte ne pourrait-il pas me confier un troupeau de chèvres, ici, près de Madrid?

Le souvenir de Miguel Hernández ne peut se détacher des racines de mon cœur. Le chant des rossignols d'Orihuela, leurs tours sonores érigées dans la nuit parmi les fleurs d'oranger, étaient pour lui une présence obsédante et constituaient une part du matériel de son sang, de sa poésie terrestre et rustique, dans laquelle se fondaient tous les excès de la couleur, du parfum et de la voix du Levant espagnol, avec l'abondance et la bonne odeur d'une jeunesse puissante et virile.

Son visage était le visage de l'Espagne. Taillé par la lumière, ridé comme un champ labouré, avec ce petit côté de franche rudesse du pain et de la terre. Ses yeux brûlants, flambant sur cette surface grillée et durcie par le vent, étaient deux éclairs de force et de tendresse.

  (...) J'affirme que dans ma vie de poète, et de poète errant, il ne m'a jamais été donné d'observer un phénomène semblable de vocation et d'électrique savoir verbal".

 

 
 
Uno de los amigos de Federico y Rafael era el joven poeta Miguel Hernández. Yo lo conocí cuando llegaba de alpargatas y pantalón campesino de pana desde sus tierras de Orihuela, en donde había sido pastor de cabras. Yo publiqué sus versos en mi revista Caballo Verde y me entusiasmaba el destello y el brío de su abundante poesía.
Miguel era tan campesino que llevaba un aura de tierra en torno a él. Tenía una cara de terrón o de papa que se saca de entre las raíces y que conserva frescura subterránea. Vivía y escribía en mi casa. Mi poesía americana, con otros horizontes y llanuras, lo impresionó y lo fue cambiando.
Me contaba cuentos terrestres de animales y pájaros. Era ese escritor salido de la naturaleza como una piedra intacta, con virginidad selvática y arrolladora fuerza vital. Me narraba cuan impresionante era poner los oídos sobre el vientre de las cabras dormidas. Así se escuchaba el ruido de la leche que llegaba a las ubres, el rumor secreto que nadie ha podido escuchar sino aquel poeta de cabras.
Otras veces me hablaba del canto de los ruiseñores. El Levante español, de donde provenía, estaba cargado de naranjos en flor y de ruiseñores. Como en mi país no existe ese pájaro, ese sublime cantor, el loco de Miguel quería darme la más viva expresión plástica de su poderío. Se encaramaba a un árbol de la calle y, desde las más altas ramas, silbaba o trinaba como sus amados pájaros natales.
Como no tenía de qué vivir le busqué un trabajo. Era duro encontrar trabajo para un poeta en España. Por fin un vizconde, alto funcionario del Ministerio de Relaciones, se interesó por el caso y me respondió que sí, que estaba de acuerdo, que había leído los versos de Miguel, que lo admiraba, y que éste indicara qué puesto deseaba para extenderle el nombramiento. 
Alborozado dije al poeta:
-Miguel Hernández, al fin tienes un destino. El vizconde te coloca. Serás un alto empleado. Dime qué trabajo deseas ejecutar para que decreten tu nombramiento.
Miguel se quedó pensativo. Su cara de grandes arrugas prematuras se cubrió con un velo de cavilaciones. Pasaron las horas y sólo por la tarde me contestó. Con ojos brillantes del que ha encontrado la solución de su vida, me dijo:
-¿No podría el vizconde encomendarme un rebaño de cabras por aquí cerca de Madrid?
El recuerdo de Miguel Hernández no puede escapárseme de las raíces del corazón. El canto de los ruiseñores levantinos, sus torres de sonido erigidas entre las oscuridad y los azahares, eran para él presencia obsesiva, y eran parte del material de su sangre, de su poesía terrenal y silvestre en la que se juntaban todos los excesos del color, del perfume y de la voz del Levante español, con la abundancia y la fragancia de una poderosa y masculina juventud.
 
Su rostro era el rostro de España. Cortado por la luz, arrugado como una sementera, con algo rotundo de pan y de tierra. Sus ojos quemantes, ardiendo dentro de esa superficie quemada y endurecida al viento, eran dos rayos de fuerza y de ternura.”
Extracto de “Confieso que he vivido” Pablo Neruda 
 

14/02/2015

En fil de crépuscule / Con hebras de crepúsculo

Longues ou pas, lisses ou rayées, propres ou odorantes, souvent dépareillées, ce sont les chaussettes.
À l'école, à quatre aiguilles, nous devions apprendre à en tricoter. Quel calvaire! Je me souviens que c'était bien souvent grand-mère, dite Bobonne, qui nous aidait à sauver les maudites mailles qui s'étaient échappées. Un mauvais souvenir ces chaussettes que personne ne portait jamais car elles "grattaient".

Tricoteuse, Albert Anke

 

Douces par contre, somptueuses, celles que reçut Pablo Neruda.
Une ode fort amusante, voyez plutôt.

Largos o no, lisos o a rayas, limpios u olorosos, a menudo desparejados, esos son los calcetines.
En la escuela, con cuatro agujas, teníamos que aprender a tejerlos. ¡Un calvario! me acuerdo que era muchas veces la abuela, llamada Bobonne, la que nos ayudaba a rescatar los malditos puntos escapados.
Un mal recuerdo esos calcetines que nadie llevaba nunca porque "picaban".
 
 
Magritte, pieds            
 
Suaves sin embargo, suntuosos los que recibió Pablo Neruda. Una oda muy divertida la que sigue.
 
 
Oda a los calcetines
 
Ode aux chaussettes 
 
Pablo Neruda
 
Me trajo Mara Mori
un par de calcetines,
que tejió con sus manos de pastora,
dos calcetines suaves como liebres.
En ellos metí los pies
como en dos estuches
tejidos con hebras del
crepúsculo y pellejos de ovejas.
 
Mara Mori m'a apporté
une paire de chaussettes,
tricotées de ses mains de bergère,
deux chaussettes douces comme des lièvres.
J'y ai glissé mes pieds
comme dans deux étuis
tricotés de fils du
crépuscule et peau de mouton.


Violentos calcetines,
mis pies fueron dos pescados de lana,
dos largos tiburones
de azul ultramarino
atravesados por una trenza de oro,
dos gigantescos mirlos,
dos cañones;
mis pies fueron honrados de este modo
por estos celestiales calcetines.
 
Violentes chaussettes,
mes pieds furent deux poissons de laine,
deux longs requins
bleu outremer
traversés d'une tresse en or,
deux gigantesques merles,
deux canons;
ainsi furent honorés mes pieds
par ces chaussettes célestes.

Eran tan hermosos que por primera vez
mis pies me parecieron inaceptables,
como dos decrépitos bomberos,
bomberos indignos de aquel fuego bordado,
de aquellos luminosos calcetines.
 
Elles étaient si belles que pour la première fois
mes pieds m'ont paru inacceptables,
comme deux pompiers décrépis,
pompiers indignes de ce feu brodé,
de ces lumineuses chaussettes.

Sin embargo, resistí la tentación
aguda de guardarlos como los colegiales
preservan las luciérnagas,
como los eruditos coleccionan
documentos sagrados,
resistí el impulso furioso de ponerlos
en una jaula de oro y darles cada
día alpiste y pulpa de melón rosado.
 
Je résistai pourtant à la tentation
aigüe de les garder comme les écoliers
conservent les vers luisants,
comme les érudits collectionnent
des documents sacrés,
je résistai à l'élan furieux de les enfermer
dans une cage dorée et de leur donner chaque
jour du millet et de la pulpe de melon rose.


Como descubridores que en la selva
entregan el rarísimo venado verde
al asador y se lo comen con remordimiento,
estiré los pies y me enfundé
los bellos calcetines, y luego los zapatos.
Y es esta la moral de mi Oda:
Dos veces es belleza la belleza,
y lo que es bueno es doblemente bueno,
cuando se trata de dos calcetines
de lana en el invierno.
 
Comme les explorateurs qui dans la jungle
livrent le très rare gibier vert
à la broche et le mangent avec remords,
j'étirai les pieds et j'enfilai
les belles chaussettes, puis les souliers.
Voici la morale de mon Ode:
Par deux fois la beauté est beauté,
et ce qui est bon est doublement bon,
quand il s'agit de deux chaussettes
de laine en hiver.
 
Trad: Colette

04/02/2015

De pain, de feu et d'amour / De pan, fuego y amor

Para Jordi y Elvira
 
 
Le poème qui suit est extrait du tout dernier recueil de poèmes (2015) de Pablo Neruda intitulé “ Tes pieds je touche dans l'ombre et autres poèmes inédits”.
Inédits sont tous les poèmes de ce beau recueil, des brouillons du poète souvent écrits sur des bouts de papiers épars.
Ce poème nº5 a été gribouillé sur le papier du menu, dans un avion, (vous pouvez le voir sur l'image), le 29 décembre 1952, à 11h du matin, volant à 3.500m d'altitude entre Recife et Río de Janeiro où il allait rejoindre sa troisième femme, Matilde Urrutia dont il était très amoureux.
 
 
El poema que sigue proviene del último libro de poemas (enero 2015) de Pablo Neruda titulado “Tus pies toco en la sombra y otros poemas inéditos” (Ed Seix Barral, biblioteca breve)
Inéditos son todos los poemas de este bonito libro, borradores del poeta a menudo escritos en trozos de papel dispersos.
Este poema nº5 (p29) fue garabateado en el menú de un avión como lo podeís ver en la imagen, el 29 de diciembre 1952. Iba a reunirse con su tercera mujer Matilde Urrutia de la cual estaba muy enamorado.

 
ilustracion escaneada del final del libro
 
 
Par les airs je m'approche
du rayon rouge de ta chevelure.
De terre et de blé je suis fait et en m'approchant
ton feu se prépare
en moi et allume
les pierres et la farine.
C'est pour cela que mon cœur
grandit, gonfle et devient
pain pour que ta bouche le dévore,
et mon sang est le vin qui t'attend.
Nous sommes toi et moi la terre et ses fruits.
Pain, feu, sang et vin
c'est le terrestre amour qui nous embrase.
 
Trad: Colette

04/08/2013

Ode à l'été / Pablo Neruda / Oda al verano


L'été comme un tableau, au rythme particulier, si cher à Pablo Neruda.

El verano como un cuadro, al ritmo que Pablo Neruda tanto afeccionaba.



Ode à l'été Pablo Neruda
 
Été, violon rouge,
nuage clair,
un vrombissement
de scie
ou de cigale
te précède,
le ciel
voûté,
lisse, brillant comme
un œil,
et sous son regard,
 été,
poisson du ciel 
infini,
élytre mensonger,
paresseux
léthargie
petit ventre
d'abeille,
soleil endiablé,
soleil terrible et paternel,
suant
comme un bœuf au travail,
soleil sec
sur la tête
comme un inattendu
coup de gourdin
soleil de la soif
marchant
sur le sable,
été,
mer déserte,
le mineur
du soufre
se remplit
se remplit
de sueur jaune,
l'aviateur
parcourt
rayon par rayon
le soleil céleste,
sueur
noire
glisse
du front
aux yeux
dans la mine
de Lota,
le mineur
se frotte
le front
noir,
brûlent
les semailles,
crisse
le blé,
insectes
bleus
cherchent
ombre,
touchent
la fraîcheur,
submergent
la tête
dans un diamant.
 
Oh été
abondant,
charrette
de
pommes
mûres,
bouche
de fraise
dans la verdure, lèvres
de prune sauvage,
chemins
de légère poussière
sur la poussière,
midi,
tambour
de cuivre rouge,
et le soir
repose
le feu,
l'air
fait danser
le trèfle, entre
dans l'usine déserte
monte
une étoile
fraîche
dans le ciel
sombre,
crépite
sans brûler
la nuit
d'été.
 
(Trad: Colette)
 
Van Gogh, Été à Arles  
 
 
 
Oda al verano

Verano, violín rojo,
nube clara,
un zumbido
de sierra
o de cigarra
te precede,
el cielo
abovedado,
liso, luciente como
un ojo,
y bajo su mirada,
verano,
pez del cielo
infinito,
élitro lisonjero,
perezoso
letargo
barriguita
de abeja,
sol endiablado,
sol terrible y paterno,
sudoroso
como un buey trabajando,
sol seco
en la cabeza
como un inesperado
garrotazo,
sol de la sed
andando
por la arena,
verano,
mar desierto,
el minero
de azufre
se llena
se llena
de sudor amarillo,
el aviador
recorre
rayo a rayo
el sol celeste,
sudor
negro
resbala
de la frente
a los ojos
en la mina
de Lota,
el minero
se restriega
la frente
negra,
arden
las sementeras,
cruje
el trigo,
insectos
azules
buscan
sombra,
tocan
la frescura,
sumergen
la cabeza
en un diamante.

Oh verano
abundante,
carro
de
manzanas
maduras,
boca
de fresa
en la verdura, labios
de ciruela salvaje,
caminos
de suave polvo
encima del polvo,
mediodía,
tambor
de cobre rojo,
y en la tarde
descansa
el fuego,
el aire
hace bailar
el trébol, entra
en la usina desierta,
sube
una estrella
fresca
por el cielo
sombrío,
crepita
sin quemarse
la noche
del verano.

16/03/2013

Combien je suis / Cuántos soy

Il est des semaines où, on ignore pourquoi, une image, une musique, un mot, une idée, s'obstinent à nous poursuivre.
Cette semaine-ci, sur une place de Palma où je me baladais avec mon appareil, j'ai photographié ce panneau. 
Ciertas semanas una imagen, una música, una palabra, une idea, se obstinan en perseguirnos.
Esta semana empezó en una plaza de Palma donde paseaba con mi cámara y fotografié esta señal.

 

 

Plaza Progreso, Palma de Mallorca

 

 
Pourquoi ce mot, là?
J'y pensais encore quand j'ai vu cette peinture illustrant je ne sais plus quoi...signée : Confusion Group. Espagnols, de Madrid*.
¿Por qué esa palabra, allí?
Todavía pensaba en ello cuando vi esta pintura ilustrando no me acuerdo qué texto...firmada: Confusion Group. Españoles, de Madrid*.

 

Confusion Group: Sólo son rostros

 

Troublée par tant de confusions je me suis mise à traduire ce poème...ce qui n'a fait qu'augmenter mon chaos mental!

Perturbada por tantas confusiones decidí publicar este poema...¡lo que no hizo más que aumentar mi caos mental!

 

Pablo Neruda –

 

Nous sommes beaucoup

 

Vaguedivague (Estravagario, 1958)

De tant d’hommes que je suis, que nous sommes,
je ne puis en trouver aucun:
ils se perdent sous mes vêtements,
ils sont partis dans une autre ville.

Lorsque tout est prêt
pour me montrer intelligent
le sot caché en moi
parle par ma bouche.

Quand une maison respectée brûle
au lieu du pompier que j’appelle
c'est l’incendiaire qui se précipite
et celui-là c’est moi. Je n'y peux rien.
Comment faire pour me choisir?
Comment me racheter?

Tous les livres que je lis
célèbrent des héros éclatants
toujours sûrs d’eux-mêmes:
je meurs de jalousie pour eux,
et dans les films de vents et de balles,
je demeure à jalouser le cavalier,
je demeure à admirer le cheval.
 
Mais lorsque j’appelle l’intrépide
c’est le vieux paresseux qui m’arrive,
et ainsi je ne sais qui je suis,
je ne sais combien je suis ou serons.

J’aimerais appuyer sur une sonnette
et faire sortir mon véritable moi
car si de moi j’ai besoin
je ne dois pas me dérober.

(...)
(Trad: Colette)


PABLO NERUDA
 Muchos somos.
Estravagario, 1958 

De tantos hombres que soy, que somos,
no puedo encontrar a ninguno:
se me pierden bajo la ropa,
se fueron a otra ciudad.

Cuando todo está preparado
para mostrarme inteligente
el tonto que llevo escondido
se toma la palabra en mi boca.

Otras veces me duermo en medio
de la sociedad distinguida
y cuando busco en mí al valiente,
un cobarde que no conozco
corre a tomar con mi esqueleto
mil deliciosas precauciones.

Cuando arde una casa estimada
en vez del bombero que llamo
se precipita el incendiario
y ése soy yo. No tengo arreglo.
Qué debo hacer para escogerme?
Cómo puedo rehabilitarme?

Todos los libros que leo
celebran héroes refulgentes
Siempre seguros de sí mismos:
me muero de envidia por ellos,
y en los films de vientos y balas
me quedo envidiando al jinete,
me quedo admirando al caballo.  

Pero cuando pido al intrépido
me sale el viejo perezoso,
y así yo no sé quién soy,
no sé cuántos soy o seremos.  

Me gustaría tocar un timbre
y sacar el mí verdadero
porque si yo me necesito
no debo desaparecerme. 

 

 

 

 

*Confusion Group es un grupo artístico que desarrolla su actividad en Madrid desde hace ocho años, en distintas disciplinas (artes plásticas, fotografía, vídeoarte, instalaciones, música, literatura…) tanto individual como colectivamente. También trabajan en colaboración con otros artistas. Confusion Group is an artistic group that develops his activity in Madrid for eight years, in different disciplines (plastic arts, photo, vídeoarte, art installations, music, literature…) both individual as collectivly. They also work incollaboration with other artists.
http://www.confusiongroup.com/paintings.html

24/04/2011

Tant de silences / Tantos silencios

C’est l’immense variété des silences qui m’a intéressée cette semaine (à commencer par celui de ma connexion Internet que voici arrangée.)

 

Silence rempli d’émotions venant du Venezuela avec A. E. Blanco (1896-1955).

Silence surprenant, amusant du Chilien Pablo Neruda (1904-1973)

 

Et finalement, ces sculptures du Mexicain Rivelino qui sont autant de cris pour la liberté d’expression, pour le droit à la parole. Faites pour de grands espaces à l’air libre, vous les avez peut-être vues dans votre pays car elles ont beaucoup voyagé : regardez ici.

 

nuestros silencios.jpg

 

Es la inmensa variedad de los silencios lo que me ha interesado esta semana (y para empezar el de mi conexión Internet ahora arreglada)

 

Silencio lleno de emoción del venezolano A.E. Blanco (1896-1955).

Silencio sorprendente, divertido del Chileno Pablo Neruda (1904-1973).

 

Y finalmente, estas esculturas del mexicano Rivelino que son gritos para la libertad de expresión, para el derecho a la palabra. Hechas para grandes espacios al aire libre, tal vez las habéis visto en vuestro país ya que viajaron mucho; mirad aquí.

 

nuestros silencios rivelino.jpg

 

 

Silencio Andrés Eloy Blanco

 

Cuando tú te quedes muda,    

cuando yo me quede ciego,

nos quedarán las manos.

 

Cuando tú te pongas vieja

cuando yo me ponga viejo,

nos quedarán los labios

y el silencio.

 

Cuando tú te quedes muerta,   

cuando yo me quede muerto,    

tendrán que enterrarnos juntos

y en silencio;                             

 

y cuando tú resucites,             

cuando yo viva de nuevo,        

nos volveremos a amar

en silencio;

 

y cuando todo se acabe

por siempre en el universo,       

será un silencio de amor

el silencio.                                  

Silence

Quand tu seras muette,

quand je serai aveugle,

il nous restera les mains.


Quand tu deviendras vieille,

et quand je deviendrai vieux,

il nous restera les lèvres

et le silence.


Quand toi tu seras morte,

et moi je serai mort,

ils devront nous enterrer ensemble

en silence;


et quand tu ressusciteras,

quand je revivrai,

nous nous aimerons à nouveau

en silence;


et quand tout finira

pour toujours dans l’univers,

ce sera un silence d’amour

le silence                                                                                                           


 

Silencio Pablo Neruda

 

 

Yo que crecí dentro de un árbol

tendría mucho que decir, oranges 1.jpg

pero aprendí tanto silencio

que tengo mucho que callar

 

y eso se conoce creciendo

sin otro goce que crecer,

sin más pasión que la substancia

sin más acción que la inocencia,

y por dentro el tiempo dorado

hasta que la altura lo llama

para convertirlo en naranja.

 

Silence P. Neruda

 

Moi qui ai grandi à l’intérieur d’un arbre

j’aurais beaucoup à dire,

mais j’ai appris tant de silence

que j’ai beaucoup à taire

 

et cela s’apprend en grandissant

sans autre plaisir que grandir,

sans plus de passion que la substance,

sans plus d’action que l’innocence,

et en dedans le temps doré

jusqu’à ce que la hauteur l’appelle

pour le transformer en orange.

 

Traductions: Colette

 

Foto 1: http://www.elmundo.es/elmundo/2009/11/22/cultura/1258912481.html

Foto 2. http://www.elmanana.com.mx/notas.asp?id=219895

 

 

 

27/11/2010

Pur désir /Puro deseo

Le poème est l’amour réalisé du désir demeuré désir.  

                   René Char (Fureur et mystère)

El poema es el amor realizado del deseo permanecido deseo.

 

Qu’ajouter? Mon billet de cette semaine est le résultat de plusieurs jours d’immersion, délicieuse, dans la poésie de René Char et de Pablo Neruda. Et de traductions. Oh, même si j’y ai beaucoup travaillé, elles ne sont pas parfaites et j’accepte volontiers toute suggestion de votre part.

¿Qué podría añadir? Mi nota de esta semana es el resultado de varios días de deliciosa inmersión en la poesía de René Char y de Pablo Neruda. Y de traducciones. O, aunque trabajé mucho, no son perfectas y acepto con mucho gusto cualquier sugerencia.

 

 

Le noeud noir   René Char (Chant de la Balandrane 1977)

 

Je me redis, Beauté,

ce que je sais déjà,

Beauté mâchurée

d’excréments, de brisures.

Tu es mon amoureuse,le noeud noir Seurat.jpg

je suis ton désirant.

Le pain que nous cuisons

dans les nuits avenantes,

tel un vieux roi s’avance

en ouvrant ses deux bras.

 

Allons de toutes parts.

Le rire dans nos mains,

jamais isolément.

Corbeille aux coins tortus,

nous offrons tes ressources.

Nous avons du marteau

la langue aventureuse.

Nous sommes des croyants

pour chemins muletiers.

 

 

Moins la clarté se courbe

plus le roseau se troue

sous les doigts pressentis.

 

 

El nudo negro René Char (Chant de la Balandrane 1977)

 

Me repito, Belleza,

lo que ya sé,

Belleza tiznada

de excrementos, hecha trizas.

Eres mi enamorada,

soy tu suspirante.Dali-enigmedudesir.jpg

El pan que cocemos

en las noches acogedoras,

cual rey anciano se adelanta

los dos brazos abiertos.

 

Vámonos por todas partes,

con la risa en las manos,

nunca separados.

Cesta con picos tuertos,

ofrecemos tus recursos.

Tenemos del martillo

la lengua aventurera.

Somos creyentes

Para caminos muleros.

 

Cuanto menos se dobla la claridad,

más se ahueca la caña

bajo los dedos presentidos.

(Trad. Colette)

 

 

Déjame sueltas las manos  Pablo Neruda

 

Déjame sueltas las manos

y el corazón, déjame libre!

Deja que mis dedos corran

        por los caminos de tu cuerpo.

La pasión – sangre, fuego, besos -

me incendia a llamaradas trémulas.

Ay, tú no sabes lo que es esto!

 

Es la tempestad de mis sentidos

   doblegando la selva sensible de mis nervios.

Es la carne que grita con sus ardientes lenguas!

Es el incendio!

Y estás aquí, mujer, como un madero intacto

  ahora que vuela toda mi vida hecha cenizas

hacia tu cuerpo lleno, como la noche, de astros!

 

Déjame libre las manos

          y el  corazón, déjame libre!

      Yo sólo te deseo, yo sólo te deseo!

No es amor, es deseo que se agosta y se extingue,

es precipitación de furias,

          acercamiento de lo imposible,

pero estás tú,

                   estás para dármelo todo,

y a darme lo que tienes a la tierra viniste-

como yo para contenerte,

y desearte,

y recibirte!

 

Laisse mes mains dénouées  Pablo Neruda

 

Laisse mes mains dénouées

et le cœur, laisse-moi libre !

Laisse courir mes doigts

        sur les chemins de ton corps.

La passion – sang, feu, baisers –

m’incendie de flammes tremblantes.

Aïe, tu ignores ce que c’est !

 

C’est la tempête de mes sens

  gagnant la jungle sensible de mes nerfs.

C’est la chair qui crie de ses langues ardentes !

C’est l’incendie !

Et tu es ici, femme, comme une bûche intacte

  maintenant que toute ma vie faite cendres vole

vers ton corps plein d’astres, comme la nuit !

 

Laisse mes mains dénouées

        et le cœur , laisse-moi libre !

   Je ne fais que te désirer, je ne fais que te désirer !

Ce n’est pas de l’amour, c’est du désir qui se flétrit et s’éteint,

pagaille de furies,

      approche de l’impossible,

mais tu es là,

               là pour tout me donner

et pour tout me donner tu es venue sur terre –

comme moi pour te contenir,

et te désirer,

et te recevoir !

(Trad. Colette)

 

 Illustrations: Seurat, le noeud noir / Dali, l'énigme du désir

 

 

 

 

02/10/2010

Le vent de P.Neruda /El viento de P.Neruda

Les îles Malgrats, îlettes au sud-ouest de mon île, semblent en plein jour de simples rochers. Au coucher du soleil, fouettées par le vent, les voilà.

Las islas Malgrats, unas minúsculas islitas al suroeste de mi isla, parecen de día simples rocas. Aquí las tienen, batidas por el viento, a la puesta del sol.

 

puesta de sol malgrats 001.jpg

Le vent est un cheval :

  écoute comme il court

 à travers mer et ciel.

 

Il veut m’emmener : écoute

comme il parcourt le monde

   pour m’emmener au loin.

              ---------

Laisse courir le vent

  couronné d’écume,

qu’il m’appelle et me cherche

   galopant dans l’ombre,

   tandis que moi, submergépuesta de sol malgrats 005.jpg

   sous tes grands yeux,

  pour cette seule nuit

je me reposerai, mon amour. (Le vent dans l’île. Pablo Neruda)

 

El viento es un caballo:

   óyelo cómo corre

por el mar, por el cielo.

 

Quiere llevarme: escucha

 cómo recorre el mundo

   para llevarme lejos.

       -------

Deja que el viento corra

  coronado de espuma,

que me llame y me busque

  galopando en la sombra,

   mientras yo, sumergido

     bajo tus grandes ojos,

        por esta noche sola

    descansaré, amor mío. (El viento en la isla. Pablo Neruda)

 

 

 

Ode à la mer de Pablo Neruda est un beau et long poème, il ressemble à une prière, vous le trouverez ici dans une excellente traduction de Ricard Ripoll i Villanueva.

 Oda al mar de Pablo Neruda es un poema precioso, largo, parecido a una plegaria; lo encontraréis aquí con una traducción de Ricard Ripoll i Villanueva

 

 

puesta de sol malgrats 014.jpg

En voici les derniers vers / Aquí tienen los últimos versos.

 

Nous résoudrons tout

petit à petit :

nous t’obligerons, mer,

nous t’obligerons, terre,

à faire des miracles,

car en nous-mêmes,

dans la lutte,

il y a le poisson, il y a le pain,

il y a le miracle.

 

Todo lo arreglaremos

poco a poco:

te obligaremos , mar

te obligaremos, tierra,

a hacer milagros,

porque en nosotros mismos,

en la lucha,

está el pez, está el pan,

está el milagro.