07/01/2012

Clowns, le rouge et le blanc /Payasos, el rojo y el blanco

 Les clowns…souvenirs d’enfance, de rires. Spectacles de fin et début d’année.

Mais aussi, comme l’écrit Michel Tournier dans un court texte intitulé « Le rouge et le blanc » inclus dans  Des clés et des serrures (1979), un duo qui nous ressemble, qui est nous à différents moments de notre vie.

Los payasos… recuerdos de infancia, de risas. Espectáculos de fin y principio de año.

Pero también, como lo escribe Michel Tournier en un texto corto titulado “El rojo y el blanco” un dúo que se parece a nosotros, que es nosotros en diferentes momentos de nuestra vida.

Clowns The_Fratellinis_Albert_Francois_Paul.jpg

 

 

   “Ils font équipe sur la piste du cirque, mais ils sont bien différents.

 Le blanc, habillé de soie, poudré à frimas, un sourcil relevé très haut sur son front comme un point d’interrogation, chaussé de fins escarpins vernis, les mollets cambrés dans des bas arachnéens, a toute l’élégance hautaine d’un seigneur.

La trogne poivrote et le nez en pomme de terre du rouge, sa large bouche, ses yeux ahuris, sa démarche embarrassée par ses énormes croquenots, tout trahit chez lui le niais, le rustaud, la tête de Turc sur laquelle vont pleuvoir les coups et les lazzis. 

 

   « Hacen equipo en la pista de circo, pero son muy diferentes.

El blanco, vestido de seda, ligeramente empolvado, una ceja levantada en alto, en la frente como un punto de interrogación, calzado de finos escarpines de charol, las pantorrillas combadas en unas medias arácneas, tiene toda la elegancia altiva de un señor.

La jeta de borracho y la nariz en forma de patata del rojo, su boca ancha, sus ojos estupefactos, su andar patoso por los enormes zapatos, todo en él suena a necio, a palurdo, a cabeza de turco sobre la cual van a llover los golpes y las burlas.

 

   Car ces deux clowns incarnent deux esthétiques tout opposées du rire.

Le blanc cultive l’insolence, le persiflage, l’ironie, le propos à double sens. C’est un maître du second degré. Il fait rire les autres, d’un autre de préférence, le clown rouge, l’auguste.

Mais lui garde ses distances, il reste intact, hors d’atteinte, le rire qu’il déchaîne ne l’éclabousse pas, c’est une douche destinée au rouge, qui est là pour encaisser.

Ce rouge s’offre à tous les coups en poussant son discours, son accoutrement et sa mimique au comble du grotesque. Il n’a pas le droit d’être beau, spirituel, ni même pitoyable, cela nuirait à la sorte de rire qu’il a pour fonction de soulever. (…)

 

  Esos dos payasos encarnan dos estéticas totalmente opuestas de la risa.

 El blanco cultiva la insolencia, la guasa, la ironía, el propósito con doble sentido. Es un maestro del segundo grado. Hace reír a los demás, de otro preferentemente, el payaso rojo, el augusto. Pero él guarda sus distancias, queda intacto, fuera de alcance; la risa que provoca no le salpica, es una ducha destinada al rojo, que está allí para encajar.

Ese rojo se ofrece a todos los golpes llevando su discurso, su atuendo y su mímica al colmo de lo grotesco. No tiene derecho a ser guapo, agudo ni siquiera lastimoso, eso perjudicaría al tipo de risa que su función le obliga a provocar. (…)

Lil Sad Clown by Aihibed Magana.jpg 

   Aussi bien ces deux personnages symbolisent-ils deux attitudes devant la vie, et tous, tant que nous sommes, nous décidons à chaque moment d’être blanc ou rouge face aux situations de l’existence.

 Nous pouvons nous frapper la poitrine- soit pour nous accuser, soit par défi orgueilleux-, attirer sur nous les regards et les cris, nous désigner à l’admiration ou à la vindicte des foules. C’est le parti pris rouge d’un Rousseau ou d’un Napoléon, de tous les gens de théâtre et de tous les tyrans.

 Au contraire, le parti blanc d’un Voltaire ou d’un Talleyrand fait les témoins sarcastiques de leur temps, les diplomates, les calculateurs, tous ceux qui veulent observer et manœuvrer sans s’exposer, gagner sans mettre en jeu leur liberté, leurs biens ni leur personne. »

 

   Así esos dos personajes simbolizan  dos actitudes delante de la vida, y todos nosotros, decidimos en cada momento ser blanco o rojo frente a las situaciones de la existencia.

Podemos golpearnos el pecho – sea para acusarnos, sea por desafío orgulloso-, atraer hacia nosotros las miradas o la vindicta de la muchedumbre. Es la resolución de un Rousseau o de un Napoleón, de toda la gente de teatro y de todos los tiranos.

  Por el contrario, el partido blanco de un Voltaire o de un Talleyrand les hace los testigos sarcásticos de su época, los diplomáticos, los calculadores, todos los que quieren observar y maniobrar sin exponerse, ganar sin poner en juego su libertad, sus bienes, ni su persona.”

Traducción: Colette

Photos: 1) Les Fratellinis, Albert, François, Paul
           2) Lil Sad Clown by Aihibed Magana

14/05/2011

L'athlète / El atleta

 

L’athlète

 

coureur étrusque.JPGLa statue du coureur à pied, celle du discobole ne court ni ne lance le disque. Elles restent figées dans le bronze ou la pierre. Leur geste est paradoxalement frappé d’immobilité. Pourquoi? Par excès de spécialisation.

Un discobole qui ne serait que discobole – et c’est bien là ce que le sculpteur a voulu faire – ne peut lancer le disque. Car, pour lancer un disque, il faut aussi marcher, respirer, se nourrir, dormir, travailler, aimer, etc.…,en somme tout ce qui fait un discobole de chair et d’os quand il ne lance pas le disque, c’est-à-dire la plupart du temps.

Et cela est valable pour d’autres, notamment pour les écrivains. Si tu prétends être écrivain – et cela seulement – tu n’écriras rien.

Michel Tournier


El atleta

 

La estatua del corredor no corre y aquella del discóbolo no lanza el disco. Quedan fijas en el bronce o la piedra. Su gesto está, paradójicamente, lleno de inmovilidad. ¿Por qué? Por exceso de especialización.

Un discóbolo que sólo fuera discóbolo – y eso es precisamente lo que el escultor ha querido hacer -  no puede lanzar el disco. Puesto que para lanzar un disco también hay que andar, respirar, comer, dormir, trabajar, amar, etc… en definitiva todo lo que hace un discóbolo de carne y hueso cuando no lanza el disco, es decir casi siempre.

 

ecrivain.jpg

 

Todo eso es válido para otros, concretamente para los escritores. Si pretendes ser escritor – y sólo eso – no escribirás nada.

Michel Tournier (Trad:  MAH y Colo)


Illustrations: 1) Coureur étrusque 2) Emile Verhaeren par Van Rysselberghe