15/02/2013

Si je vis, je peindrai des fleurs...

Donc nous savons que María était gravement handicapée et qu'elle possédait du talent.

 Son vrai nom est María Gutierrez Cueto y Blanchard, née à Santander, Blanchard était le nom de sa mère, française de Biarritz, et une fois installée à Paris María décida de ne garder que celui-là.

 Une chance : elle est née dans une famille aisée, « cultivée et raffinée » et son père l'encourage dès l'enfance à dessiner et peindre. Sensible, douée, elle progresse rapidement et est envoyée à Madrid dans un école d'Art. Elle y peint ses premiers tableaux : bien, pas mirobolants.

 

Tête de gitane vers 1910

 

 
Autre chance : une bourse en 1909 pour étudier à Paris. Encouragée par Anglada Camarasa et Kees van Dongen, elle libère son expression, les couleurs.
Ici je saute quelques années et nous la retrouvons, définitivement installée à Paris, en 1916, elle a 25 ans et peint ses premiers tableaux cubistes. 

L'amitié c'est celle de la peintre russe Angelina Beloff et de son amoureux, le jeune peintre mexicain Diego Rivera, mais aussi de Jacques Lipchitz, et surtout d'André Lhote et de Juan Gris qui l'entourent, la protègent, l'admirent.

À propos de Juan Gris, j'ai lu que dans les années '40 le grand marchand d'art Kahnweiler dénonça qu'on avait éliminé de certains tableaux* la signature de María pour la remplacer par celle de Juan Gris, histoire de leur donner plus de valeur ! Ha ! Il ne fait pas bon d'être femme et, comme le lui disait Picasso : « Pauvre María, tu crois qu'une carrière se fait uniquement à base de talent !

*dont le tableau que je trouve superbe : « Nature morte rouge avec lampe » (Naturaleza muerta roja con lámpara)

 

 


 
Composition cubiste
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 




Elle voyage entre Paris, Londres et Bruxelles où elle expose souvent, travaille énormément. Elle développe l'esthétique cubiste et donne à la figure humaine une place inhabituelle dans le cubisme ; elle ne souhaitait pas s'éloigner de la peinture de la vie. 
 
Le déjeuner 1919
 
L'homme à la guitare 1919      
 
 
 
  Vers 1920 elle revient à la peinture figurative et, à part un tableau, « Le buveur », je n'ai trouvé que des tableaux de femmes et d'enfants, de maternités. 
 
 

Madre e hijo 1926

 
 
 
 
 
 
 
                                                                                 
 
El niño del helado 1924
 
                   
 
La niña del brazalete 1922
 
 
La mort de Juan Gris en 1927 la plonge dans une profonde dépression. S'ajoutent de gros problèmes économiques - sa famille, sœurs et neveux sont venus la rejoindre à Paris , charges qui lui pèsent.
María cherche comme on dit « consolation dans la religion » et en 1930 Paul Claudel lui rend visite dans son atelier. Elle lui montre un tableau qui lui tient à cœur : San Tarcisius, le patron des enfants de choeur. Visiblement cela a plu à notre Claudel qui, en 1931 lui dédie un poème du même nom.
 
San Tarcisius
 

En voici un court extrait :
« Comme la myrrhe avec son parfum, comme le lys avec son odeur,
Ainsi Tarcisius au milieu des méchants ne fait plus qu’un avec Notre-Seigneur.
Comme le lys avec son odeur, il ne fait plus qu’un avec l’hostie.
Comment lui prendrait-on son Jésus alors qu’il ne fait plus qu’une seule chose avec Lui ?
– Quel est ce bruit que tu entends, Tarcisius ? un tintement comme d’une petite sonnette…
Et non point une seulement, une autre, et encore d’autres à la fois, dix ou douze, et cent mille de tous côtés, un million de petites voix, des millions de petites vierges d’argent, claires et nettes !
C’est un enfant qui fait ce petit bruit tout seul au-dessus de la Terre prosternée. »
 
María tombe gravement malade, la tuberculose la mine. 
 
La convaleciente
 
« Si je vis, je peindrai des fleurs » disait-elle...
Fin.

08/02/2013

Toute mon oeuvre...pour un peu de beauté / Toda mi obra... por un poco de belleza

María Blanchard (1881- 1932), connaissez-vous cette peintre espagnole? 

 Sans doute pas. Étrange “l'escamotage” de cette artiste du niveau de Juan Gris...

 Elle m'a passionnée, et son art, enchantée.

 Je lui consacrerai donc deux billets.

Ce n'est que l'an dernier, juin 2012, que le Musée Reina Sofía de Madrid décida qu'il était temps (plus que temps dirais-je) de parler d'elle, de lui donner cette place si méritée: “María Blanchard est une artiste d'avant-garde, pionnière de toute une future génération de femmes artistes, qui eût, comme Frida Khalo, un parallélisme vital de souffrances dû à ses déformations physiques* auxquelles s'ajouteront, dans le cas de Blanchard, à des moments de grande pénurie économique durant sa brève vie”.

 

*Suite à une chute de sa mère durant sa grossesse, María était de trop petite taille, bossue, boiteuse et myope. Elle disait: “J'échangerais toute mon œuvre...pour un peu de beauté”. (source)

 

María Blanchard (1881-1932), conocéis a esta pintora española? 

 Probablemente no. Extraño escamoteo de esa artista del nivel de Juan Gris...me apasionó la persona, y su arte me encantó.

 Le dedicaré dos entradas.

Fue tan solo el pasado año, en junio 2012, cuando el Museo Reina Sofía de Madrid decidió que era hora (más que hora diría yo) de hablar de ella, de darle un lugar tan merecido: “María Blanchard es una artista de vanguardia, pionera de toda una futura generación de mujeres artistas, que tuvo al igual que Frida Kahlo, un paralelismo vital de sufrimiento por sus deformidades físicas* al que se añadieron, en el caso de Blanchard, momentos de grandes penurias económicas en su breve vida.”

 

* Consecuencia de una caída de su madre durante su embarazo, María era enana, jorobada, coja y miope. Decía “"cambiaría toda mi obra... por un poco de belleza". (fuente)

 

 

 

Tora Vega Holmström 1921 María Blanchard

 

 
C'est pourquoi ce portrait d'elle réalisé en 1921  par la peintre suédoise Tora Vega Holmström (1880-1967) a tant de valeur à mes yeux. La délicate Tora ne laisse deviner aucune de ces tares physiques, tout au plus les  lunettes  aux verres épais tenues à la main. Nous n'avons pas de détails sur leur relation mais elles se sont plus que probablement rencontrées à Paris où María s'est définitivement installée en 1910.

 

Por eso este retrato de ella realizado en 1921 por la pintora sueca Tora Vega Holmström (1880-1967) tiene tanto valor a mis ojos. La delicada Tora no deja adivinar ninguna de esas taras físicas, solo sus gafas en la mano. No tenemos detalles sobre su relación pero se encontraron, mas que probablemente, en París donde María se instaló definitivamente en 1910.

 

Nous commencerons par la fin, c'est à dire après sa mort, avec un article dans le journal l' Intransigeant - Paris qui résume bien sa vie. “ L'artiste espagnole est morte hier soir, après une douloureuse maladie. La place qu'elle occupait dans l'art contemporain était prépondérante. Son art, puissant, fait de mysticisme et d'un amour passionné pour la profession, restera comme celui d'un des artistes authentiques et les plus significatifs de notre époque. Sa vie de recluse et malade avait d'autre part contribué à développer et aiguiser singulièrement une des plus belles intelligences de notre temps.”

 

Empezaremos por el final, es decir después de su muerte, con un artículo del periódico L'Intransigeant de París que resume bien su vida: "La artista española, ha muerto anoche, después de una dolorosa enfermedad. El sitio que ocupaba en el arte contemporáneo era preponderante. Su arte, poderoso, hecho de misticismo y de un amor apasionado por la profesión, quedará como el de un auténtico artista y uno de los más significativos de nuestra época. Su vida de reclusa y enferma, había por otro lado contribuido a desarrollar y a agudizar singularmente una de las más bellas inteligencias de nuestro tiempo".

 

Et puis quelques courts extrait de l'Élégie de García Lorca à la mort de María:

 

He aquí unos cortos extractos de la Elegía de García Lorca a la muerte de María:

 


“...
La lucha de María Blanchard fue dura, áspera, pinchosa, como rama de encina, y sin embargo no fue nunca una resentida, sino todo lo contrario, dulce, piadosa, y virgen.

 

...La lutte de María Blanchard fut dure, âpre, épineuse, comme branche de chêne vert, et pourtant elle ne fut jamais rancunière, tout au contraire, douce, pieuse, et vierge.

 


- Aguantaba la lluvia de risas que causaba, sin querer, su cuerpo de bufón de ópera, y la risa que causaban sus primeras exposiciones, con la misma serenidad que aquel otro gran pintor, Barradas, muerto y ángel, a quien la gente rompía sus cuadros y él contestaba con un silencio recóndito de trébol o de criatura perseguida.

 

 

M. Blanchard "La primera comunión"

 

- Elle supportait la pluie de rires que causait, sans le vouloir, son corps de bouffon d'opéra, et le rire que causèrent ses premières expositions, avec la même sérénité que cet autre grand peintre, Barradas, mort et ange, à qui les gens cassaient les tableaux et auxquels il répondait par un silence abstrus de trèfle ou de créature poursuivie.
- Y a medida que avanzaba el tiempo, su alma se iba purificando y sus actos adquirían mayor trascendencia y responsabilidad. Su pintura llevaba el mismo camino magistral, desde el cuadro famoso de "La primera comunión" hasta sus últimos niños y maternidades, pero atormentada por una moral superior daba sus cuadros por la mitad del precio que le ofrecían, y luego ella misma componía sus zapatos con una bella humildad.

- Au fil du temps, son âme se purifiait et ses actes acquiéraient une plus grande transcendance et responsabilité. Sa peinture prenait le même chemin magistral, depuis le tableau “La première communion” jusqu'à ses derniers enfants et maternité, mais tourmentée par une morale supérieure elle donnait ses tableaux pour la moitié du prix qu'on lui offrait, même si après elle devait confectionner ses propres souliers avec une belle humilité.

 

Et la fin, si belle.
Y el final, precioso.

  

Te he llamado jorobada constantemente y no he dicho nada de tus hermosos ojos, que se llenaban de lágrimas, con el mismo ritmo que sube el mercurio por el termómetro, ni he hablado de tus manos magistrales. Pero hablo de tu cabellera y la elogio, y digo aquí que tenías una mata de pelo tan generosa y tan bella que quería cubrir tu cuerpo, (…). Porque eras jorobada, ¿y qué? Los hombres entienden poco las cosas y yo te digo, María Blanchard, como amigo de tu sombra, que tú tenías la mata de pelo más hermosa que ha habido en España."

 

Je t'ai constamment appelée bossue et je n'ai rien dit de tes beaux yeux, qui s'emplissaient de larmes, au même rythme que monte le mercure dans le thermomètre, rien dit non plus de tes mains magistrales. Mais je parle de ta chevelure et j'en fais l'éloge, et je dis ici que tu avais une masse de cheveux si généreuse et si belle qu'elle voulait couvrir ton corps, (…). Parce que tu étais bossue, et alors? Les hommes comprennent peu les choses et je te dis, María Blanchard, comme ami de ton ombre, que tu avais la masse de cheveux la plus belle qu'il y a eu en Espagne.” (Trad: Colette)
Extrait de la conférence prononcée par F. García Lorca à Madrid en 1932 (texte entier ici)

 

 
M. Blanchard La toilette

 

Dans le prochain billet je vous raconterai sa vie, à travers ses oeuvres, d'abord cubistes puis plus expresionnistes. Je vous parlerai de ses rencontres aussi.

 

La próxima vez os contaré su vida, a través de sus obras, primero cubistas luego más expresionistas. Os hablaré también de sus encuentros.