lorca

  • Amère est l'eau des mers / Amarga es el agua de mar

    Imprimer

    La balade de l’eau de mer

     

    F. Garcia Lorca

    À Emilio Prados
    (chasseur de nuages)

     

    La mer

    sourit au loin

    Dents d’écume,

    lèvres de ciel.

     
    Que vends-tu, ô fille trouble
    les seins à l’air?
     
    Je vends, monsieur, l’eau
    des mers.
     
    Qu’as-tu, ô jeune noir
    dans ton sang mêlé?
     
    J’ai, monsieur, l’eau
    des mers.
     
    Ces larmes salées
    d’où viennent-elles, mère?
     
    Je pleure, monsieur, l’eau
    des mers.
     
    Cœur, et cette amertume
    grave, où naît-elle?
     
    Fort amère
    est l’eau des mers!
     

    La mer

    sourit au loin

    Dents d’écume,

    lèvres de ciel.

     

     
    (Trad:Colette)
     
     (Une traduction, un peu différente, aux éditions Gallimard 1954 ici: http://expositions.bnf.fr/lamer/cabinet/anthologie/bibliotheque/19.htm)
     
    Dessin signé F. Garcia Lorca
     
    La balada del agua del mar
     
    F. Garcia Lorca
     
    A Emilio Prados
    (cazador de nubes)
     
    El mar
    sonríe a lo lejos.
    Dientes de espuma,
    labios de cielo.
     
    ¿Qué vendes, oh joven turbia
    con los senos al aire?
     
    Vendo, señor, el agua
    de los mares.
     
    ¿Qué llevas, oh negro joven,
    mezclado con tu sangre?
     
    Llevo, señor, el agua
    de los mares.
     
    Esas lágrimas salobres
    ¿de dónde vienen, madre?
     
    Lloro, señor, el agua
    de los mares.
     
    Corazón, y esta amargura
    seria, ¿de dónde nace?
     
    ¡Amarga mucho el agua
    de los mares!
     
    El mar
    sonríe a lo lejos.
    Dientes de espuma,
    labios de cielo.
  • Un berceuse de Lorca / Una canción de cuna de Lorca

    Imprimer
    JUAN CARDONA Llados Mi espacio Flamenco.jpg
    Joan Cardona Llados 1877-1957 (soliloquiosflamencos.blogspot.com)

    García Lorca avait observé que, contrairement aux berceuses européennes qui sont douces et tendres, les « chansons de berceau »  espagnoles, du nord au sud (excepté au Pays Basque) étaient tristes :

    Gracía Lorca había observado que, al contrario que las nanas europeas que son dulces y tiernas, las canciones de cuna españolas, del norte al sur (excepto en el País Vasco), eran tristes:

    “Il y a quelques années, me promenant dans les alentours de Granada, j’entendis chanter une femme du village qui endormait son enfant. J’avais toujours remarqué la tristesse aiguë des berceuses de notre pays ; mais jamais je n’avais ressenti cette vérité si concrète comme ce jour-là. En m’approchant de la chanteuse pour noter la chanson j’ai observé que c’était un belle andalouse, gaie et sans le moindre tic de mélancolie ; mais une tradition vive travaillait en elle et elle exécutait fidèlement l’ordre, comme si elle écoutait les vieilles voix impérieuses qui glissaient dans son sang. Depuis lors j’ai essayé de recueillir des berceuses de partout en Espagne ; j’ai voulu savoir comment les femmes de mon pays endormaient leurs enfants, et après un temps j’ai eu l’impression que l’Espagne emploie ses mélodies pour imprégner le premier sommeil de ses enfants. »

    "Hace unos años, paseando por las inmediaciones de Granada, oí cantar a una mujer del pueblo mientras dormía a su niño. Siempre había notado la aguda tristeza de las canciones de cuna de nuestro país; pero nunca como entonces sentí esta verdad tan concreta. Al acercarme a la cantora para anotar la canción observé que era una andaluza guapa, alegre sin el menor tic de melancolía; pero una tradición viva obraba en ella y ejecutaba el mandado fielmente, como si escuchara las viejas voces imperiosas que patinaban por su sangre. Desde entonces he procurado recoger canciones de cuna de todos los sitios de España; quise saber de qué modo dormían a sus hijos las mujeres de mi país, y al cabo de un tiempo recibí la impresión de que España usa sus melodías para teñir el primer sueño de sus niños"

    Federico García Lorca -Conferencias
    Las nanas infantiles 1930.

     

     

    Avec Lorca au piano! En voici les paroles. "Galapaguito" que j'ai traduit par "petite tortue" est
    ici, un terme affectueux.

    Berceuse de Séville (F.G. Lorca)

    Cette petite tortue
    n’a pas de mère ;
    l’a enfanté un gitane,
    l’a jeté à la rue.
    N’a pas de mère, oui,
    n’a pas de mère, non ;
    n’a pas de mère,
    l’a jeté à la rue.

    Ce petit enfant
    n’a pas de berceau ;
    son père est menuisier
    et lui en fera un.

    Nana de Sevilla (F.G. Lorca)

    Este galapaguito
    no tiene mare;

    lo parió una gitana,

    lo echó a la calle.

    No tiene mare, sí,

    no tiene mare, no;

    no tiene mare,
    lo echó a la calle.


    Este niño chiquito

    no tiene cuna;

    su padre es carpintero
    y le hará una.

  • La sympathie de Lorca pour les gitans

    Imprimer

    Lorca.jpgL’Andalousie, terre multiculturelle ; phéniciens, grecs, romains, juifs, arabes, gitans…Malheureusement dès 1492 l’histoire s’est chargée d’en réduire la riche diversité par des persécutions et en forçant l’assimilation dans le but de faire une Espagne unie, homogène. (historique fort intéressant ici)

    Je vous traduis les mots de F.G. Lorca lus sur un excellent blog  (en espagnol).

    Lorca parle de la chute de Granada en 1492 : « Ce fut un très mauvais moment, même si l’on dit le contraire dans les écoles. On a perdu une civilisation admirable, une poésie, une astronomie, une architecture, une délicatesse uniques au monde, pour céder le pas à une ville pauvre, humiliée ; à une « terre du chavico » où s’agite actuellement la pire bourgeoisie de l’Espagne. » (Journal El Sol, le 10 juin 1936)

     L’auteur du blog  explique qu’on ne sait pas trop pourquoi Lorca s’est toujours senti proche des marginaux : « cette vision dénuée de préjugés qu’a Lorca sur le noirs et les gitans, cette affinité et solidarité avec ceux qui sont persécutés était due, selon lui (Lorca) au fait d’être né à Granada.

    « Je crois qu’être de Granada m’incline à la compréhension sympathique des persécutés. Du gitan, du noir, du juif….de maure, que nous portons tous en nous » (Garcia Lorca, 1936 : 503)

    Et l’auteur termine son analyse par ces mots auxquels je souscris entièrement : « Au XXI siècle, Lorca continue à donner des leçons de solidarité, justice et humilité »

     

    Para saber más sobre la relación privilegiada que existía entre Lorca y los gitanos, negro,…los excluidos, os recomiendo la lectura de un análisis en un blog muy interesante sobre el tema: aquí.

     

    Voici un poème magnifique, plein d’érotisme, d’images poétiques, de vie gitane. Il est un peu long, mais n’en perdez pas une miette !

     

     

    La femme adultère de Frederico Garcia Lorca   (éditions Gallimard) Traduction : Jean Prévost

    Je la pris près de la rivière,
    Car je la croyais sans mari
    Tandis qu'elle était adultère.


    gitana con flor picasso.jpg

     

    Ce fut la Saint-Jacques, la nuit,
    Par rendez-vous et compromis
    Quand s'éteignirent les lumières
    Et s'allumèrent les cri-cris
    Au coin des dernières enceintes,
    Je touchai ses seins endormis ;
    Sa poitrine pour moi s'ouvrit
    Comme des branches dejacinthes. 
    Et dans mes oreilles l'empois   
    De ses jupes amidonnées
    Crissait comme soie arrachée
    Par douze couteaux à la fois.
    Les cimes d'arbres sans lumière
    Grandissaient au bord du chemin
    Et tout un horizon de chiens
    Aboyait loin de la rivière

     


    Quand nous avons franchi les ronces
    Les épines et les ajoncs
    Sous elle son chignon s'enfonce
    Et fait un trou dans le limon.
    Quand ma cravate fut ôtée,
    Elle retira ses jupons
    Puis (quand j'ôtai mon ceinturon)
    Quatre corsages d'affilée
    Ni le nard ni les escargots
    N'eurent jamais la peau si fine,
    Ni, sous la lune, les cristaux
    N'ont de lueurs si cristalline
    Ses cuisses s'enfuyaient sous moi
    Comme des truites effrayées
    Une moitié toute embrasée,                                                             
    L'autre moitié pleine de froid.                                                     
    Cette nuit me vit galoper
    De ma plus belle chevauchée,
    Sur une pouliche nacrée,
    Sans brides et sans étriers
    Je suis homme et ne peux redire
    Les choses qu'elle me disait ;
    Le clair entendement m'inspire
    De me montrer fort circonspect,
    Sale de baisers et de sable
    Du bord de l'eau je la sortis ;
    Les iris balançaient leur sabre
    Contre les brises de la nuit.

    Pour agir en pleine droiture
    Comme fait un loyal gitan,
    Je lui fis don en la quittant,
    D'un beau grand panier à couture
    Mais sans vouloir en être épris ;
    Parce qu'elle était adultère
    Et se prétendait sans mari
    Quand nous allions vers la rivière.

     

    lorcadibujo.jpg 

    La casada infiel

    Y que yo me la llevé al río
    creyendo que era mozuela,
    pero tenía marido.

     

    Fue la noche de Santiago
    y casi por compromiso.
    Se apagaron los faroles
    y se encendieron los grillos.
    En las últimas esquinas
    toqué sus pechos dormidos,
    y se me abrieron de pronto
    como ramos de jacintos. 

     

    El almidón de su enagua
    me sonaba en el oído,
    como una pieza de seda
    rasgada por diez cuchillos.
    Sin luz de plata en sus copas
    los árboles han crecido,
    y un horizonte de perros
    ladra muy lejos del río.

    *

    Pasadas las zarzamoras,
    los juncos y los espinos,
    bajo su mata de pelo
    hice un hoyo sobre el limo.
    Yo me quité la corbata.
    Ella se quitó el vestido.
    Yo el cinturón con revólver.
    Ella sus cuatro corpiños.
    Ni nardos ni caracolas
    tienen el cutis tan fino,
    ni los cristales con luna
    relumbran con ese brillo.
    Sus muslos se me escapaban
    como peces sorprendidos,
    la mitad llenos de lumbre,
    la mitad llenos de frío.
    Aquella noche corrí
    el mejor de los caminos,
    montado en potra de nácar
    sin bridas y sin estribos.
    Lorca dibujo.jpgNo quiero decir, por hombre,
    las cosas que ella me dijo.
    La luz del entendimiento
    me hace ser muy comedido.
    Sucia de besos y arena
    yo me la llevé del río.
    Con el aire se batían
    las espadas de los lirios.

    Me porté como quien soy.
    Como un gitano legítimo.
    Le regalé un costurero
    grande de raso pajizo,
    y no quise enamorarme
    porque teniendo marido
    me dijo que era mozuela
    cuando la llevaba al río.


     Les dessins sont de Lorca et le tableau de Picasso; gitana con flor