19/03/2011

Larmes de lézards / Lágrimas de lagartos

el largarto y la lagarta.jpg

 

 

C’est une chanson, un poème pour enfants écrit par Garcia Lorca.

Pour ceux d’entre vous qui apprenez ou consolidez votre espagnol, pas de problème, niveau facile, ne regardez pas plus bas.

Et interprétez l’histoire comme bon vous semblera….

 

 

 

A Mademoiselle Teresita Guillén...tocando su piano de seis notas.

El lagarto está llorando
(Federico García Lorca)


El lagarto está llorando.
La lagarta está llorando.

El lagarto y la lagarta
con delantaritos blancos.

Han perdido sin querer
su anillo de desposados.

¡Ay, su anillito de plomo,
ay, su anillito plomado!

Un cielo grande y sin gente
monta en su globo a los pájaros.

El sol, capitán redondo,
lleva un chaleco de raso.

¡Miradlos qué viejos son!
¡Qué viejos son los lagartos!

¡Ay cómo lloran y lloran.
¡ay! ¡ay!, cómo están llorando!
À Mademoiselle Teresita Guillèn
qui joue sur son piano à six notes

Le lézard est tout en larmes…

Le lézard est tout en larmes
La lézarde est tout en larmes.

Le lézard et la lézarde
en petits tabliers blancs.

Ils ont perdu par mégarde
leur anneau de mariage.

Aïe, leur anneau de plomb
aïe leur joli anneau  plombé!

Un grand ciel solitaire
embarque à son bord les oiseaux.

Le soleil, gros capitaine,
porte un gilet de satin.

Regardez comme ils sont vieux!
Comme ils sont vieux, les lézards!

Aïe comme ils pleurent, et pleurent!
aïe, aïe, comme ils pleurent!

Federico GARCIA LORCA Chansons pour enfants, trad. Colette

 

 

 

Voici la superbe adaptation musicale et vocale de Paco Ibañez.

 

                                  

06/05/2010

larmes / lágrimas

 

 

Dans les medias une nouvelle chasse l’autre si rapidement que ce qui s’est passé il y a quatre mois n’existe plus. Alors j’ai ressorti et traduit ce billet du romancier et journaliste Manuel Vincent  publié dans le journal El País le 24 janvier 2010.

 

« Ma chambre à La Havane donnait sur un patio intérieur qui résonnait fort. La maîtresse de maison me prévint que vers minuit j’entendrais l’orgasme de la mulâtre du premier étage à gauche ; qu’après je serais éveillé à l’aube par le chant d’une douzaine de coqs que le voisin élevait sur sa terrasse et qu’ensuite, sur le terrain en bas, Camilito, le fils de la noire Teresa commencerait à pleurer. Chaque nuit tout se produisait comme attendu, bien que les pleurs de l’enfant semblaient interminables quand ils commençaient après le chant des coqs. ( …) Au milieu de ses colères, qui pouvaient durer une heure ou plus, on entendait la voix mélodieuse de la noire Teresa qui disait : « Camilito, mi amol, qué te paaasa »*. L’enfant arrivait enfin à ce qu’on s’occupe de lui et ses pleurs avaient eu un sens.

Timo Lehtonen.jpg Les pleurs des bébés sont comme des mécanismes de défense quand ils ont faim, soif, froid, chaleur ou un autre désagrément : Il suffit d’un problème minime, le biberon, la sucette, les langes, pour que le bébé attire l’attention sur lui. Mères amoureuses, nounous sollicitées, servantes affectueuses ou infirmières professionnelles accourent au berceau sitôt quelles entendent qu’un enfant gâté émet le premier cri. (…) 

Dans le campement de réfugiés rwandais en Tanzanie je me suis rendu compte que les enfants ne pleuraient pas. Ils se contentaient de regarder fixement leurs mères. Un médecin m’expliqua que là-bas les enfants ne pleuraient pas parce que leurs cerveaux avaient déjà codifié, à travers leur longue misère héritée, que les pleurs ne servaient à rien. La douleur était assimilée au silence.

Dans la tragédie de Haïti on a vu la fameuse photo du pompier Oscar Vega tenant dans les bras un enfant de deux ans sauvé des décombres. L’enfant a des larmes aux yeux, mais il ne pleure pas non plus. Sans doute a-t-il  appris la leçon bien avant de naître. Il sait qu’au bout des pleurs il n’y a rien ni personne. Il semble uniquement étonné d’être encore vivant. »

 

* L’auteur se réfère ici à la musicalité du parler cubain.

 

 

  

"Mi habitación en La Habana daba a un patio interior que tenía mucha resonancia. El ama de casa me advirtió que hacia la medianoche oiría el orgasmo de la mulata del primero derecha; luego, al amanecer, me despertaría el canto de una docena de gallos que los vecinos criaban en las terrazas y enseguida, abajo en el solar, comenzaría a llorar Camilito, el hijo de la negra Teresa. Todo se producía según lo esperado cada noche, aunque el llanto del niño parecía no tener fin cuando empezaba a llorar después de que cantaran los gallos.( …) En medio de su berrinche, que podía durar una hora o más, se oía la voz melodiosa de la negra Teresa, que decía: "Camilito, mi arteafricanomujer.jpgamol, qué te paaasa". Al final el niño conseguía ser atendido y su llanto había tenido un sentido. Los bebés lloran como un mecanismo de defensa cuando sienten hambre, sed, frío, calor u otra molestia. Basta un mínimo problema, el biberón, el chupete, los pañales, para que el bebé llame la atención. Madres amorosas, niñeras solícitas, criadas cariñosas o enfermeras profesionales acuden a la cuna tan pronto como oyen que un niño mimado emite el primer vagido. (…)

 En el campamento de refugiados ruandeses en Tanzania me di cuenta de que los niños no lloraban. Sólo miraban fijamente a sus madres. Un médico me explicó que allí los niños no lloraban porque su cerebro ya había codificado a través de su larga miseria heredada que el llanto no les servía de nada. El dolor estaba asimilado al silencio.

En la tragedia de Haití se ha visto en una foto famosa al bombero Óscar Vega con un niño de dos años en brazos, rescatado de los escombros. El niño tiene lágrimas en los ojos, pero tampoco llora. Sin duda ha aprendido bien la lección mucho antes de nacer. Sabe que al final del llanto no hay nada ni nadie. Sólo parece asombrado de seguir vivo."

Manuel Vicent, El País 24-01-2010

Fotos: 1) Timo Lehtonen 2) Arte Africano