26/05/2018

Entre jeux de lueurs / Entre juegos de luces


Julia de Burgos (1914-1953)


Voici le troisième billet consacré à la poésie de la portoricaine Julia de Burgos.  Le premier était un pas vers le féminisme, ici. 
Dans le second une sélection de vers sensuels et musicaux,
ici.  Aujourd'hui, un poème délicat. J'ai gardé la belle traduction de E. Dupas
  

Presque l'aube


Presque l'aube,
comme dire  ruisseau plongeant dans la source
comme dire étoile,
comme dire colombe ailée au ciel.

Cette nuit a fui
presque l'aurore, presque la pleine lune entre des montagnes
comme une sensation d'hirondelle
qui picore son illusion sur une branche.

l'Aube, sans ailes pour fuir,
retour d'émotion jusqu'à l'âme
grains de maïs brûlés d'amour entre mes mains
que l'assaut de l'amour a rendues chastes.

Nuit déchirée au temps répété,
ville prisonnière d'essences hautes,
comme une clarté tu brises mon esprit
tu enfermes mon émotion comme une geôle. 

 
Amour muet et lointain...
Timide petite voix d'un dahlia,
je te veux ainsi, intime,
sans te savoir aux portes du matin,
presque souriante, ouverte entre les rires,
entre les jeux de lueurs, presque l'aube...
 
 

traduit de l'espagnol par E. Dupas

Aube sur champ de pavots- Oleh Rak

 

Casi alba,
como decir arroyo entre la fuente,
como decir estrella,
como decir paloma en cielo de alas.

Esta noche se ha ido casi aurora,
casi ronda de luna entre montañas,
como una sensación de golondrina
al picar su ilusión en una rama.

Amanecer, sin alas para huirse,
regreso de emoción hasta su alma,
palomitas de amor entre mis manos
que al asalto de amor subieron castas.

Noche rasgada al tiempo repetido,
detenida ciudad de esencias altas,
como una claridad rompes mi espíritu,
circundas mi emoción como una jaula.

Amor callado y lejos...
tímida vocecita de una dalia,
así te quiero, íntimo,
sin saberte las puertas al mañana,
casi sonrisa abierta entre las risas,
entre juego de luces, casi alba...
 



Biographies de Julia de Burgos
En español:

 
En français

09/03/2013

Chair et âme / Carne y alma

Aujourd'hui je vous propose une sélection personnelle d'extraits de divers poèmes de Julia de Burgos.
Hoy os propongo une selección personal de extractos de diversos poemas de Julia de Burgos.



Le mystère est-il bleu?
Penchée en moi même je contemple ma délivrance,
qui me ramène à la vie dans ton éclat...

(Du poème “ Il n'y a pas d'abandon”)



¿Es azul el misterio?

Asomada en mi misma contemplo mi rescate,
que me vuelve a la vida en tu destello...

( Del poema: No hay abandono)

 

Soy ola de abandono,
derribada, tendida,
sobre un inmenso azul de sueños y de alas.
 
Je suis vague d'abandon,
abattue, tendue,
sur un immense bleu de rêves et d'ailes.
 
DONDE COMIENZAS TÚ (extracto)

OÙ TU COMMENCES(extrait) J. de Burgos

 

 

Chanson nue (extrait) J. de Burgos

 

Réveillée des caresses,
sur mon corps je sens encore ton étreinte.
Frémissante et légère j'avance toujours dans ton image.
Si profond et instinctif fut mon simple appel!
 
 
Canción desnuda (extracto)
 
Despierta de caricias,
aún siento por mi cuerpo corriéndome tu abrazo.
Estremecido y tenue sigo andando en tu imagen.
¡Fue tan hondo de instintos mi sencillo reclamo...
 
 

 

Minuit (extrait) J. de Burgos
 
Un tremblement indécis de tropique
pénètre notre alcôve. Entretemps,
ta vie et la mienne se sont embrassées...
et nos âmes vont s'approchant!
 
 
Comme je sens que je suis dans ta chair
tel un épi à l'ombre de l'astre!
Comme je sens que j'atteins ton âme
et que là-bas tu m'attends!
 
Se sont unis, mon amour, se sont unis
nos rires plus blancs que le blanc,
et, ô miracle! dans la lumière d'une larme
se sont embrassés tes pleurs et mes pleurs...
 
 
Azul de noche. Carlos E. Hergueta
 

 

Medianoche
 
Un temblor indeciso de trópico
nos penetra la alcoba. ¡Entre tanto,
se han besado tu vida y mi vida...
y las almas se van acercando!

¡Cómo siento que estoy en tu carne
cual espiga a la sombra del astro!
¡Cómo siento que llego a tu alma
y que allá tú me estás esperando!

Se han unido, mi amor, se han unido
nuestras risas más blancas que el blanco,
y ¡oh milagro! en la luz de una lágrima
se han besado tu llanto y mi llanto...
 

 

(Toutes les traductions : Colette)

03/03/2013

Les horizons appris / Julia de Burgos / Los horizontes aprendidos

Une poésie peu et mal connue celle de la portoricaine Julia de Burgos (1914-1953), une langue rythmée, à lire, écouter, chanter.

  

Una poesía poco y mal conocida la de la portorriqueña Julia de Burgos (1914-1953), una lengua con ritmo para leer, escuchar, cantar.

 

 

 

 

 


 

JE FUS MA PROPRE ROUTE

 

Julia de Burgos

 

 

 

Je voulus être comme les hommes voulaient que je sois:

 

une tentative de vie;

 

un jeu de cache-cache avec mon être.

 

Mais j'étais faite de présents,

 

et mes pieds plats sur la terre prometteuse

 

ne souffraient pas de marcher en arrière,

 

et ils poursuivaient vers l'avant, vers l'avant,

 

trompant les cendres pour atteindre le baiser

 

de nouveaux sentiers.

 

 

 

À chaque pas sur ma route vers le front

 

déchirait mes épaules le battement désespéré

 

des vieux troncs.

 

 

 

Mais la branche était à jamais libérée,

 

et à chaque nouveau coup mon regard

 

se séparait encore, encore et encore des lointains

 

horizons appris:

 

et mon visage prenait une expression qui montait de l'intérieur,

 

l'expression définie qui montrait un sentiment

 

de libération intime;

 

un sentiment qui surgissait

 

de l'équilibre entretenu entre ma vie

 

et la vérité du baiser des nouveaux sentiers.

  

(...)

 

Je voulus être comme les hommes voulurent que je sois:

 

Une tentative de vie;

 

un jeu de cache-cache avec mon être.

 

Mais j'étais faite de présents;

 

quand les hérauts m'annonçaient déjà

 

dans le défilé royal des vieux troncs

 

mon désir de suivre les hommes s'est brisé,

 

et l'hommage est resté là à m'attendre.

 

Trad: Colette

 

 

 

 

 

 

 
YO MISMA FUI MI RUTA 

 

Julia de Burgos

 

Yo quise ser como los hombres quisieron que yo fuese:

 

un intento de vida;

 

un juego al escondite con mi ser.

 

Pero yo estaba hecha de presentes,

 

y mis pies planos sobre la tierra promisora

 

no resistían caminar hacia atrás,

 

y seguían adelante, adelante,

 

burlando las cenizas para alcanzar el beso

 

de los senderos nuevos.

 

 

 

A cada paso adelantado en mi ruta hacia el frente

 

rasgaba mis espaldas el aleteo desesperado

 

de los troncos viejos.

 

 
Pero la rama estaba desprendida para siempre,

 

y a cada nuevo azote la mirada mía

 

se separaba más y más y más de los lejanos

 

horizontes aprendidos:

 

y mi rostro iba tomando la expresión que le venía de adentro,

 

la expresión definida que asomaba un sentimiento

 

de liberación íntima;

 

un sentimiento que surgía

 

del equilibrio sostenido entre mi vida

 

y la verdad del beso de los senderos nuevos.

 

 

 

(...)

 

Yo quise ser como los hombres quisieron que yo fuese:

 

un intento de vida;

 

un juego al escondite con mi ser.

 

Pero yo estaba hecha de presentes;

 

cuando ya los heraldos me anunciaban

 

en el regio desfile de los troncos viejos,

 

se me torció el deseo de seguir a los hombres,

 

y el homenaje se quedó esperándome.