08/10/2011

Dans la brume / En la niebla

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Brumes matinales sur la route qui mène chez moi; Platero s'y plairait bien, non?
Car c'est de lui, enfin plutôt des cruelles facéties et désirs de notoriété de Dalí et Buñuel que nous allons parler aujourd'hui. Je vous l'avais annoncé.

 

 

L’affaire Platero / El asunto Platero

« Platero y yo » de Juan Ramón Jiménez. Une première édition partielle, comprenant 63 chapitres, est publiée à Madrid en 1914, dans une édition pour la jeunesse. L’édition intégrale sortit en 1917, connut un immense succès et devint livre de lectures scolaires dès 1920.

« PLatero y yo » de Juan Ramón Jiménez: una primera edición parcial, conteniendo 63 capítulos, se publicó en Madrid en 1914, en una edición juvenil. La edición integral salió en 1917, tuvo un inmenso éxito y  fue una lectura escolar desde 1020.

 

« L’affaire » se passe en 1928. Juan Ramón Jiménez est déjà un auteur et poète reconnu.

« El asunto » tuvo lugar en 1928. J.R.Jiménez ya es un autor y poeta reconocido.

 

Dalí et Buñuel, âgés de 24 et 28 ans se connaissent depuis longtemps ; ils ont pour objectif, entre autres,  de moderniser la poésie et avaient, c’est bien curieux,  développé depuis l’enfance une obsession  pour  les ânes pourris, (sujet que l’on retrouve sous la forme de têtes d’ânes morts sur un piano dans le grand classique du cinéma surréaliste « Un chien andalou »).

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Dalí y Buñuel de 24 y 28 años se conocen desde hace tiempo; tienen por objetivo, entre otros, modernizar la poesía y ambos tenían, hecho curioso, una obsesión por los burros podridos (tema que de encuentra bajo la forma de cabezas de burros muertos en un piano en el gran clásico del cine surrealista “Un perro andaluz”).

 

Un jour, Mr Jiménez reçoit la terrible lettre suivante :

Un día, el Señor Jiménez recibe la terrible carta siguiente:

 

Lettre de Luis Buñuel y Salvador Dalí à Juan Ramón Jiménez (1928)

Mr Juan Ramón Jiménez

Madrid

Notre cher ami. Nous pensons qu’il est de notre devoir de vous dire –oui, de façon désintéressée- que votre œuvre nous répugne profondément car immorale, car hystérique, car cadavérique, car arbitraire.

 

Spécialement :

 

MERDE !!

 

pour votre Platero et moi, pour votre facile et malintentionné Platero et moi,  l’âne le moins âne, l’âne le plus odieux que nous ayons rencontré.

 

Et pour vous, pour votre funeste actuation, aussi :

 

MERDE !!!

 

Sincèrement.

 

LUIS BUÑUEL SALVADOR DALÍ

 

 

 

Carta de Luis Buñuel y Salvador Dalí a Juan Ramón Jiménez (1928)

Sr. Dn. Juan Ramón Jiménez

Madrid

Nuestro distinguido amigo: Nos creemos en el deber de decirle -sí, desinteresadamente- que su obra nos repugna profundamente por inmoral, por histérica, por cadavérica, por arbitraria.

Especialmente:

¡¡MERDE!!

para su Platero y yo, para su fácil y malintencionado Platero y yo, el burro menos burro, el burro más odioso con que nos hemos tropezado.

Y para Vd., para su funesta actuación, también:

¡¡¡¡MIERDA!!!!

Sinceramente

LUIS BUÑUEL SALVADOR DALÍ

[Agustín Sánchez Vidal, Buñuel, Lorca, Dalí: el enigma sin fin, Barcelona: Planeta, 1988, p. 189.]

 

Vous imaginez l’étonnement, la  peine aussi de cet homme si sensible.

Dalí nous donne, dans son style caractéristique, une explication de la lettre, la voici.

Os podéis imaginar la sorpresa, la pena también de ese hombre tan sensible.

Dalí nos da una explicación de la carta, aquí está:

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"A ce moment nous voulions envoyer, pour créer une sorte de subversion morale, une lettre à la personne la plus prestigieuse d’Espagne, uniquement pour provoquer une réaction et que les gens disent : « Pourquoi l’ont-ils fait ? » et tout ça. Nous en avions alors choisi deux ou trois, nous avions pensé à Falla * qui jouissait déjà d’un grand prestige, pour lui dire qu’il était un fils de pute, etc…le pire qu’on puisse dire ; nous les avons mis dans un chapeau (les noms) , et Juan Ramón Jiménez est sorti.

 

Nous venions justement de rendre visite la veille à J.R. Jiménez qui nous avait reçus sentimentalement : « Voyons cette merveilleuse jeunesse… », et il dit avoir rencontré des jeunes gens magnifiques dans notre groupe.

 

Alors, il sort du chapeau et nous écrivons la lettre, qui était une lettre terrible contre Platero, que l’âne de Platero était un âne pourri, que cette histoire d’étoiles était du sentimentalisme… ; en plus, c’est vrai, je n’ai jamais aimé Juan Ramón Jiménez, je trouve que c’est un très mauvais poète. Au moment de poster la lettre, Buñuel a eu un doute, mais il la posta, nous la postâmes, et le jour suivant Juan Ramón a été malade, il disait : » Je ne comprends pas, la veille je reçois ces jeunes gens ; ils me semblent…et le jour d’après ils m’insultent de la façon la plus grossière… » Et il n’a jamais compris. C’était une chose incompréhensible."

(Traductions Colette)

 

"En aquel momento queríamos mandar, para crear una especie de subversión moral, una carta a la persona más prestigiosa de España, únicamente para provocar una reacción y que la gente dijera: "¿Por qué lo han hecho?", y tal y cual. Entonces habíamos escogido dos o tres, y habíamos pensado en Falla, que tenía un gran prestigio, para decirle que era un hijo de puta, etc.: lo más que se puede decir; los pusimos en un sombrero (los nombres), y salió Juan Ramón Jiménez.

 

Justamente acabábamos de visitar a Juan Ramón el día anterior, que nos había recibido sentimentalmente: "A ver, esa juventud maravillosa...", y dijo haber encontrado unos chicos magníficos en nuestro grupo.

 

Entonces, sale en el sombrero y escribimos la carta, que era una carta terrible contra Platero, que el asno de Platero era un asno podrido, aquello de las estrellas era un sentimentalismo...; además, es verdad, a mí nunca me ha gustado Juan Ramón Jiménez, encuentro que es un poeta pésimo. En el momento de echar la carta, Buñuel tuvo una duda, pero la echó, la echamos, y al día siguiente Juan Ramón estuvo enfermo, diciendo: "No comprendo, un día antes recibo a estos chicos; me parecen... Y al día siguiente me insultan de la manera más grosera..." Y no lo comprendió nunca. Fue una cosa incomprensible."

[Agustín Sánchez Vidal, Buñuel, Lorca, Dalí: el enigma sin fin, Barcelona: Planeta, 1988, pp. 191-192.]

 

*Falla : il fait référence à Manuel de Falla : http://fr.wikipedia.org/wiki/Manuel_de_Falla

Source / Fuente : http://www.udc.es/tempo/cuestions20/docs_surr08.html#jrj