18/08/2018

Tourne, mon coeur / Gira, corazón

Aujourd’hui un poème de Lorca; sous sa plume une superbe envolée d’images qui lui viennent en s’adressant à une girouette.

J’espère qu’en traduction-français vous arriverez à percevoir le rythme et la beauté qui en ressortent.

 

 
http://www.forging-ahead.co.uk/windvane.htm

Girouette

Federico Garcia Lorca



Vent du Sud,
brun, ardent,
ton souffle sur ma chair
apporte un semis de regards
brillants et le parfum
des orangers.
Tu fais rougir la lune
et sangloter
les peupliers captifs, mais tu arrives
trop tard!
J'ai déjà enroulé la nuit de mon histoire
sur l'étagère!
Même sans vent,
crois-moi!
Tourne, mon cœur,
tourne, mon cœur.
Vent du nord,
ours blanc du vent!
Tu souffles sur ma chair,
tout frissonnant d'aurores
boréales,
avec ta traîne de spectres
capitaines,
et riant de Dante
aux éclats.
Ô polisseur d'étoiles!
Mais tu arrives trop tard.
L'armoire est vermoulue
et j'ai perdu la clé.
 
Même sans vent,
crois-moi!
Tourne, mon cœur,
tourne, mon cœur.
Brises, gnomes et vents
venus de nulle part.
Moustiques de la rose
pétales en pyramides.
Vents alizés sevrés
parmi les rudes arbres,
flûtes dans la bourrasque,
laissez-moi!
De lourdes chaînes ancrent
mes souvenirs,
et captif est l’oiseau
qui dessine le soir
de ses trilles.
 
Les choses qui s'en vont jamais ne reviennent,
tout le monde le sait,
et dans la foule des vents
il est vain de se plaindre.
 
N'est-ce pas, peuplier, maître de la brise?
Il est vain de se plaindre!
 
Même sans vent,
crois-moi!
Tourne, mon cœur,
tourne, mon cœur.
Juillet 1920
 
Fuente Vaqueros, Grenade.
(Trad:Colette)
 

Veleta


Federico García Lorca
 
Viento del Sur,
moreno, ardiente,
llegas sobre mi carne,
trayéndome semilla
de brillantes
miradas, empapado
de azahares.
Pones roja la luna
y sollozantes
los álamos cautivos, pero vienes
¡demasiado tarde!
¡Ya he enrollado la noche de mi cuento
en el estante!
Sin ningún viento,
¡hazme caso!,
gira, corazón;
gira, corazón.
Aire del Norte,
¡oso blanco del viento!
Llegas sobre mi carne
tembloroso de auroras
boreales,
con tu capa de espectros
capitanes,
y riyéndote a gritos
del Dante.
¡Oh pulidor de estrellas!
Pero vienes
demasiado tarde.
Mi almario está musgoso
y he perdido la llave.
Sin ningún viento,
¡hazme caso!,
gira, corazón;
gira, corazón.
Brisas, gnomos y vientos
de ninguna parte.
Mosquitos de la rosa
de pétalos pirámides.
Alisios destetados
entre los rudos árboles,
flautas en la tormenta,
¡dejadme!
Tiene recias cadenas
mi recuerdo,
y está cautiva el ave
que dibuja con trinos
la tarde.
Las cosas que se van no vuelven nunca,
todo el mundo lo sabe,
y entre el claro gentío de los vientos
es inútil quejarse.
¿Verdad, chopo, maestro de la brisa?
¡Es inútil quejarse!
Sin ningún viento.
¡hazme caso!
gira, corazón;
gira, corazón.
 

28/07/2018

Léger frémissement de la peau / Tenue temblor de la piel

Goytisolo, vous connaissez peut-être ce nom. Mais ils étaient trois frères dans le monde des lettres. Le plus connu est l’écrivain Juan Goytisolo, puis celui qui nous occupe aujourd’hui, José Agustín le poète, et finalement Luís le romancier.
 
Tous trois ont connu, enfants, la guerre civile et l’horreur de voir leur mère tuée lors d’un bombardement de Barcelone par l’aviation franquiste en 1938.
José Agustín (1928-1999) était un homme d’une très grande sensibilité, vous le verrez dans le poème, assez dépressif aussi. Mais rien de triste dans ce poème que j’ai traduit du mieux que j’ai pu.
 
On entend les oiseaux
 
L’aube. On entend les oiseaux
comme perdus dans la brume;
le silence élève leurs chants
jusqu’à la pénombre de la pièce.
Il perçoit un très faible tremblement
qui fait frémir la peau qu’il aime,
douce dans son rêve. Très lentement
il la recouvre du drap
pour éviter qu’elle ne s’éveille.
Mais déjà des bras l'enveloppaient
et s’accrochaient à son corps:
éternité fut ici douceur
miel et jasmin. Bien plus tard
on entendait encore le chant des oiseaux.
 
(Trad:Colette)
 
Toulouse Lautrec Femme couchée au lit, lithographie        
 
 
 
Se oyen los pájaros J.A Goytisolo
 
El alba. Se oyen los pájaros
como perdidos en la niebla;
el silencio sube sus cantos
a la penumbra de la estancia.
El percibe un temblor muy tenue
que estremece la piel que ama
dulce en su ensueño. Muy despacio
la va cubriendo con la sábana
por evitar que se desvele.
Pero unos brazos le envolvían
y se ciñeron a su cuerpo:
eternidad fue aquí lisura
miel y jazmín. Mucho más tarde
aún se oía el cantar los pájaros. 
 
 
Un autre poème de lui, mis en musique/chanson par Paco Ibañez ici:
 

05/05/2018

Poésie du temps de Al-Andalus

Pour commencer, quelques rappels historiques…

 

Tintero nazarí /Encrier Nazarí XIVºs  .http://elpoderdelaalhambra.com/piezas-destacadas/tintero-nazari/
 

Nous sommes un peu avant l’an 711 ; l’Espagne, à l’exception des Asturies, de la Cantabrie et du Pays basque, constituent le royaume des Wisigoths. Et l'Hispanie ne jouit pas d’une grande stabilité politique au moment où les musulmans partent à sa conquête

La naissance et la formation de Al-Andalus se sont faites progressivement, les conquêtes se réalisèrent entre 711 et 716. Toute l’Espagne (et l'actuel Portugal) fut envahie excepté le Pays Basque et quelques régions montagneuses de Cantabrie. Les musulmans tentèrent de s’étendre en France mais, vous le savez, ils furent vaincus à Poitiers (732) et se replièrent sur la péninsule ibérique.
Et ils décident d’établir leur capitale à Cordoue, apparemment fascinés par le Guadalquivir.



Al-Andalus (711-1492) est devenu dès le IXº siècle un foyer de haute culture et attira de nombreux savants, artistes….
Sur la Terre D’Islam qu’est Al Andalus, diverses populations aux cultures différentes se mêlaient : les musulmans (arabes, berbères, muladi) et européens musulmans, les slaves musulmans, puis les juifs et les chrétiens (mozarabes).

Alors mes amis, quand j’ai décidé de me plonger dans la poésie (en arabe mais largement traduite en espagnol ;-))  datant de cette longue époque musulmane, je me suis très vite vue submergée par un nombre incalculable de poètes, de poèmes écrits en arabe pendant les différents siècles.

On y parle d’amour, de fleurs et de parfums, de vin, de séparations, puis vers la fin, de la perte d’un paradis. Que choisir, quels poèmes traduire en français ?
En voici deux pour commencer.

Le poète Ibn Darray (958-1030) 
 
Si en les jardins où il habite
ne peux voir mon maître
dans les jardins du rêve
aurons notre rencontre

(Trad: Colo, MAH)

Le poète Ibn Baqi (m. 1145):

 

Quand le voile de la nuit
s’étend sur la terre,
du vin le plus odorant
            à ma belle je lève mon verre
.
Tel un baudrier tombe
sur moi sa chevelure,
et comme le guerrier prend
de sa main droite l’épée
j’enlace, moi, son cou,
qui au cygne ressemble.

       

Mais à voir que déjà s’incline,
fatiguée, la tête,
doucement je sépare
le bras dont elle m’enlace
et je pose sur ma poitrine
sa tempe, pour qu’elle y dorme.
Aïe! Mon coeur heureux
bat avec grande force.
Que cet oreiller est agité!
en lui ne pourra dormir.


(Trad: Colette, MAH)

Notes :
Si le sujet vous intéresse, voici le lien d’une superbe émission de Arte:

https://vimeo.com/101877438

Et aussi, à lire:
http://balises.bpi.fr/histoire/al-andalus------le-passe-a...

Jarrón de las gacelas, arte Nazarí. (Alhambra-Granada)
 

Para empezar, unos datos históricos...

Estamos en el año 711, España, a la excepción del País Vasco, de Cantábria y de Asturias constituyen el reino Visigodo. Hispania no goza de una gran estabilidad política en el momento en que los musulmanes deciden conquistarla.

 

El nacimiento y la formación de Al-Andalus se hizo de forma progresiva, las conquistas se escalonaron entre 711 y 716. España entera, excepto el País Vasco y algunas regiones montañosas de Catabria, fue invadida.

Los musulmanes intentaron extenderse en Francia pero, lo sabéis, fueron derrotados en Poitiers (732) y se replegaron en la península ibérica.

 

Decidieron establecer su capital en Córdoba, fascinados, por lo visto, por el Guadalquivir.

 

Desde el siglo IX Al-Andalus (711-1492) fue un foco de alta cultura y atrajo a muy numerosos eruditas, artistas…

En la tierra de Islam que era Al-Andalus, se mezclaban poblaciones de diversas culturas: los musulmanes (árabes, bereberes, muladi) y europeos musulmanes, los eslavos musulmanes, finalmente los judíos y los cristianos (mozárabes).

Entonces amigos, cuando decidí sumergirme en la poesía de esa época, me vi rápidamente desbordada por un número incalculable de poetas, de poemas escritos en árabe durante esos siglos.

 En ellos se habla de amor, de flores, de perfumes, de vino, de separaciones, y luego hacia el final, de la pérdida de un paraíso.

¿Cuáles elegir, cuáles traducir al francés?

Aquí, y para empezar, dos de ellos.

 

 
 
https://3.bp.blogspot.com/-lPAXkK0J8vw/Wulyuu7KrMI/AAAAAA...
 
El poeta  Ibn Darray (958-1030)
 
Si en los jardines que habita
me impiden ver a mi dueño,
en los jardines del sueño
nos daremos una cita.
 
http://enciclopedia.us.es/index.php/Archivo:Mihrab_mezqui...



EL poeta Ibn Baqi (m. 1145):
 
Cuando el manto de la noche
se extiende sobre la tierra,
del más oloroso vino
brindo una copa a mi bella.
Como talabarte cae
sobre mí su cabellera,
y como el guerrero toma
la limpia espada en la diestra,
enlazo yo su garganta,
que a la del cisne asemeja.
 
Pero al ver que ya reclina,
fatigada, la cabeza,
suavemente separo
el brazo con que me estrecha,
y pongo sobre mi pecho
su sien, para que allí duerma.
¡Ay! El corazón dichoso
me late con mucha fuerza.
¡Cuán intranquila almohada!
No podrá dormir en ella.

14/04/2018

Idylle / Idilio

 

 




Idylle
À Enrique Durán
Federico GARCÍA LORCA
 
Tu voulais que je te dise
le secret du printemps.
 
Mais je garde le secret
tout autant que le sapin.
 
Arbre dont les mille doigts
indiquent mille chemins.
 
Je ne te dirai jamais, mon amour,
pourquoi, lent, le fleuve coule.
 
Mais je mettrai dans ma voix coupée
le ciel cendré de ton regard.
 
Tourne autour de moi, ma brune!
Et prends soin de mes feuilles.
 
Tourne encore, tourne toujours
jouant à la noria de l’amour.
 
Même si je le voulais, je ne peux te dire,
hélas, le secret du printemps.
 
(Trad:Colette)
 
 
 
 
Idilio de Federico García Lorca

A Enrique Durán

Tú querías que yo te dijera

el secreto de la primavera.
 


Y yo soy para el secreto

lo mismo que es el abeto.
 


Árbol cuyos mil deditos

señalan mil caminitos.
 


Nunca te diré, amor mío,

por qué corre lento el río.
 


Pero pondré en mi voz estancada

el cielo ceniza de tu mirada.
 


¡Dame vueltas, morenita!

Ten cuidado con mis hojitas.
 


Dame más vueltas alrededor,

jugando a la noria del amor.
 


¡Ay! No puedo decirte, aunque quisiera,

el secreto de la primavera.

24/02/2018

Un soubresaut de gratitude / Un sobresalto de gratitud

 Quand nous sommes arrivés elle était recroquevillée, minuscule, dans un coin de sa chaise roulante. 

Ensuite elle a souri.
Février, hiver. 
 
C’est l’isolement des vieilles gens accru par le froid qui m’a fait choisir cet extrait du roman « Pleine lune » d’Antonio Muñoz Molina, un grand roman. (si vous ne l'avez pas lu, cliquez sur le lien vous en saurez plus).
 
 
Es el aislamiento de los mayores, aumentado por el frío, que me ha hecho elegir ese pasaje de la novela “Plenilunio” de Antonio Muñoz Molina, una gran novela.
 
Resultado de imagen de plenilunio muñoz molina
 
 
« Il passait trop de temps seul, s’imprégnant lentement d’oubli et de vieillesse à laquelle il ne croyait pas et il n'y faisait au fond pas fort attention, de la même façon qu’il ne s'arrêtait pas à penser à la fadeur des aliments sans sel, au froid du carrelage de sa chambre, à la laideur et mauvaise odeur de la bonbonne de gaz qui le réchauffait, contemporaine du vase bleu électrique et des fauteuils et du canapé tapissés de plastique vert. Il laissait de côté ses tracas et ne se plaignait pas de sa solitude, mais quand il reconnut le visiteur qui se tenait face à lui, dans la maigre lumière du hall d’entrée, silencieux, malhabile, sans encore dire son nom, il eut une effusion impudique de jovialité, un soubresaut de gratitude qui lui humidifia les yeux et éveilla les émotions les plus cachées de son âme, tendresse antique et nostalgie sans motif, remords plus beau et plus ferme que les souvenirs déjà en partie effacés qui le provoquaient. »
(Trad. Colette, je ne possède pas la version en français) 
 
 
https://i2.wp.com/www.lechangeoirdecriture.fr/wp-content/uploads/2016/11/Pleine-Lune.png

 


 
Pasaba solo demasiado tiempo, contaminándose despacio de postergación y vejez a la que no daba crédito y a la que en el fondo no se fijaba mucho, igual que no se paraba a considerar el tedio de los alimentos sin sal, el frío de las baldosas de su cuarto, la fealdad y el mal olor de la bombona de butano con la que se calentaba, contemporánea del jarrón azul eléctrico y de los sillones y el sofá tapizados de plástico verde. No hacía caso de su pesadumbre ni se quejaba de su soledad, pero cuando reconoció al visitante que permanecía frente a él, en la luz escasa del recibidor, callado, inhábil, aún sin decir su nombre, tuvo una efusión impúdica de jovialidad, un sobresalto de gratitud que le humedeció los ojos y le despertó las emociones más escondidas de su alma, ternura antigua y nostalgia sin motivo, remordimiento más precioso y más firme que los recuerdos ya en parte borrados que lo provocaban.”
 
 

20/01/2018

Monsieur le beau / Señor guapo

LE CANARD ET LE SERPENT 
 
Tomás de Iriarte (Tenerife 1750- Madrid 1791), fabuliste.
 
Au bord d’un étang
disait un canard:
À quel animal donna le ciel
les dons qu’il m’a donnés?
Je suis d’eau, de terre et d’air.
Quand de marcher je me fatigue
si j’en ai envie, je vole,
si j’en ai envie, je nage.”
Un serpent futé,
qui l’écoutait,
d’un sifflement l’appela
et lui dit: “Monsieur le beau,
il ne faut pas tant vous vanter;
Car vous ne marchez comme un daim,
ni ne volez comme le faucon
ni ne nagez comme le barbeau.
Et sachez ainsi
que l’important et rare
n’est pas savoir de tout
mais d’être adroit en quelque chose.”
 
Il vaut mieux bien savoir une chose, que beaucoup, mal.
(Trad:Colette)
 
*Voir note sous le billet
 
 
 


 
 
El pato y la serpiente           Tomas de Iriarte
 
A orillas de un estanque
diciendo estaba un pato:
«¿A qué animal dio el cielo
los dones que me ha dado?
Soy de agua, tierra y aire.
Cuando de andar me canso,
si se me antoja, vuelo,
si se me antoja, nado.»
Una serpiente astuta,
que le estaba escuchando,
le llamó con un silbo,
y le dijo: «Seor guapo,
no hay que echar tantas plantas;
pues ni anda como el gamo,
ni vuela como el sacre,
ni nada como el barbo.
Y así tenga sabido
que lo importante y raro
no es entender de todo,
sino ser diestro en algo.»
 
Más vale saber una cosa bien, que muchas mal. 
              ----------------------------------------------
*
Note: il est fort intéressant de découvrir qu'un fabuliste français, de moi totalement inconnu, Don Juan Laurencin,  né le 17 janvier 1733, et mort le 21 janvier 1812 a écrit la même fable (les fabulistes, depuis Ésope, se sont tous copiés, c'est connu)

Sur le bord d’un étang, très-content de lui-même,
S’écrioit un Canard d’une arrogance extrême :
Dans toute la nature est-il un animal
Qu’on puisse m’égaler? non , je n’ai point d’égal.
Seul j’ai reçu tous les dons en partage ;
Je possède mille attributs divers;
Je marche et fends les airs,
Et puis, quand il me plait, je nage….
Il eût continué ; mais un rusé Serpent,
Ennuyé de sa gasconnade,
S’approchant, lui dit : camarade,
Tout beau; ne vous vantez pas tant.
Le Daim court mieux que vous ; le Rouget, à la nage,
Auroit aussi sur vous de l’avantage ;
Et quant à voler, le Faucon
Pourroit bien vous donner leçon.
Ainsi sachez, soit dit sans vous déplaire,
Vous , qui vous croyez sans égal,
Qu’il vaut beaucoup mieux savoir faire
Bien une chose , que cent mal.
« Le Canard et le Serpent »
Ceux qui donnent les meilleurs avis ne sont pas toujours les plus sages. J’aurois dû profiter moi – même de la leçon du Serpent.

 

 
 

28/10/2017

Avec acharnement / Con ensañamiento

Un conte court de Ramón Gómez de la Serna (Espagne, 1888-1963). 
 
Le docteur Alejo mourut assassiné. Indubitablement, il mourut étranglé.
Personne n’était entré dans la maison, indubitablement personne, et bien que le docteur dormait, avec, par hygiène, la porte du balcon ouverte, son appartement était si haut qu’on ne pouvait supposer que l’assassin était entré par là.
 
La police ne trouvait pas la piste de ce crime et était sur le point d’abandonner l’affaire quand l’épouse et la servante du mort arrivèrent, épouvantées, à la Préfecture. 
D’un saut du haut de l’armoire elle était tombée sur la table, les avait regardées, les avait vues, et s’était enfuie ensuite dans la chambre; une main solitaire et vive comme une araignée. Elles l’avaient laissée là, enfermée à clé dans la chambre.
 
La police et le juge, terrorisés, se rendirent sur place. C’était leur devoir. Ils eurent bien du mal à attraper la main, mais ils le firent et chacun lui attrapa un doigt, car elle était vigoureuse comme si en elle résidait toute la force d’un homme fort.
 
Que faire d’elle? Quelle lumière apporterait-elle sur l’événement? Comment la condamner? À qui appartenait cette main?
 
Après une longue pause, le juge eut l’idée de lui donner un stylo pour qu’elle déclare par écrit.
La main écrivit alors:” Je suis la main de Ramiro Ruiz, vilement assassiné par le docteur à l’hôpital et dépecé avec acharnement dans la salle de dissection. J’ai rendu justice”.
(Trad: Colette)
 
Le titre de ce conte est...La Main
 
Study of feet and hands, 1818 Théodore de Géricault

Un cuento breve de Ramón Gómez de la Serna (España, 1888-1963)

El doctor Alejo murió asesinado. Indudablemente murió estrangulado.
Nadie había entrado en la casa, indudablemente nadie, y aunque el doctor dormía, por higiene, con el balcón abierto, era tan alto su piso que no era de suponer que por allí hubiese entrado el asesino.
La policía no encontraba la pista de aquel crimen, y ya iba a abandonar el asunto, cuando la esposa y la criada del muerto acudieron despavoridas a la Jefatura. Saltando de lo alto de un armario había caído sobre la mesa, las había mirado, las había visto, y después había huido por la habitación, una mano solitaria y viva como una araña. Allí la habían dejado encerrada con llave en el cuarto.
Llena de terror, acudió la policía y el juez. Era su deber. Trabajo les costó cazar la mano, pero la cazaron y todos le agarraron un dedo, porque era vigorosa corno si en ella radicase junta toda la fuerza de un hombre fuerte.

 ¿Qué hacer con ella? ¿Qué luz iba a arrojar sobre el suceso? ¿Cómo sentenciarla? ¿De quién era aquella mano?
Después de una larga pausa, al juez se le ocurrió darle la pluma para que declarase por escrito. La mano entonces escribió: «Soy la mano de Ramiro Ruiz, asesinado vilmente por el doctor en el hospital y destrozado con ensañamiento en la sala de disección. He hecho justicia».
 
El título de este cuento es...LA MANO
 
 

12/11/2016

Sauvage sauge / Salvaje salvia

Fable / Fábula de  Tomás de Iriarte (Tenerife 1750- Madrid 1791)

El té y la salvia
Le thé et la sauge


Algunos sólo aprecian la literatura extranjera, y no tienen la menor noticia de la de su nación
Certains n'apprécient que la littérature étrangère, et n'ont pas la moindre nouvelle de celle de leur pays.



 

Le thé, venant de l'empire chinois,
rencontra la sauge sur le chemin.
Elle lui dit: “Où vas-tu compère?”
En Europe je vais, commère,
où je sais qu'on m'achète à bon prix”.
Moi - répondit la sauge -je vais en Chine,
car là-bas avec grande estime
on me reçoit pour le goût et la médecine.
En Europe on me traite de sauvage,
et jamais je n'ai pu faire fortune”.
Que Dieu te garde. Tu ne voyageras pas en vain,
car il n'y a aucun pays
qui n'applaudisse et paye avec plaisir
tout ce qui vient de l'étranger”.

 

El té, viniendo del imperio chino,
se encontró con la salvia en el camino.
Ella le dijo: «¿Adónde vas, compadre?»
«A Europa voy, comadre,
donde sé que me compran a buen precio».
«Yo -respondió la salvia- voy a China,
que allá con sumo aprecio
me reciben por gusto y medicina.
En Europa me tratan de salvaje,
y jamás he podido hacer fortuna».
«Anda con Dios. No perderás el viaje,
pues no hay nación alguna
que a todo lo extranjero no dé
con gusto aplausos y dinero». 

Sauge, salvia, du latin salvere...la plante qui sauve/ la planta que salva



Que la sauge me pardonne,
car au commerce sa devise s’oppose.
Si je parlais du commerce littéraire,  
je ne défendrais pas le contraire,
car en lui pour certains est vice
ce qui en général est bénéfice;
et un Espagnol qui peut-être réciterait
cinq cent vers de Boileau et el Tasso*,
il se peut qu'il ne sache pas encore
en quelle langue les écrivit Garcilaso*. 
 
La salvia me perdone,
que al comercio su máxima se opone.
Si hablase del comercio literario,
yo no defendería lo contrario,
porque en él para algunos es un vicio
lo que es en general un beneficio;
y español que tal vez recitaría
quinientos versos de Boileau y el Tasso,
puede ser que no sepa todavía
en qué lengua los hizo Garcilaso.

Traduction: Colette


Torquato Tasso (Sorrento, 1544 – Roma, 1595) fue un poeta italiano/ fût un poète italien.
Garci Lasso de la Vega (Toledo, entre 1498-1536), más conocido/ plus connu comme- como Garcilaso de la Vega, fue un poeta y militar español del Siglo de Oro/ fût un poète et militaire espagnol du Siècle d'Or.

24/09/2016

Jouer à oui et non / Jugar al sí y al no

 

Balançoire 
 
                               Gerardo Diego 1896-1987
 
 
À cheval sur le bord du monde
un rêveur jouait à oui et non
 
Les pluies de couleurs
émigraient au pays des amours
 
 
 
Vol de fleurs
 
 
Fleurs du oui
 
 
Fleurs du non
 
 
Couteaux dans l'air
qui lui déchirent la chair
forment un pont
 
 
Oui
 
 
Non
 
 
Chevauchait le rêveur
Des oiseaux arlequins
 
 
ils chantent le oui
 
 
ils chantent le non

(Trad: Colette)
 
 
Une balançoire en Équateur, lisez ceci, c'est extraordinaire: http://voyagerloin.com/actualite/activites-sport/equateur-balancoire-flippante-du-monde-face-volcan-en-eruption/
 
 
 
 
 
Columpio 
                                                Gerardo Diego
 
A caballo en el quicio del mundo
un soñador jugaba al sí y al no

Las lluvias de colores
emigraban al país de los amores



Bandadas de flores


Flores de sí


Flores de no

Cuchillos en el aire
que le rasgan las carnes
forman un puente





No

Cabalgaba el soñador
Pájaros arlequines


cantan el sí


cantan el no

10/09/2016

Tout jeter / Tirarlo todo

Dans la série “poésie du quotidien” voici Amalia Bautista, le nettoyage est à l'honneur aujourd'hui, mais pas seulement...

En la serie “poesía de lo cotidiano”, Amalia Bautista nos habla de la limpieza, pero no sólo de ella....

Oceanic's kitchen Yacek Yerka      
 
                   
On va faire un grand nettoyage

 

 
On va faire un grand nettoyage
et on va jeter toutes les choses
qui ne nous servent à rien, ces
choses que nous n'employons plus, ces
autres qui ne font que prendre la poussière,
celles que nous évitons de trouver car
elles nous plongent dans les plus amers souvenirs,
celles qui nous font mal, occupent de la place
ou que nous n'avons jamais voulues proches.
 
On va faire un grand nettoyage
ou, mieux encore, un déménagement
qui nous permette d'abandonner les choses
sans même les toucher, sans nous salir,
les laissant là où elles ont toujours été;
c'est nous qui allons partir, mon cœur,
pour recommencer à accumuler.
Ou bien nous allons mettre le feu à tout
et rester tranquilles, avec cette image
des braises du monde devant les yeux
et le cœur deshabité.
 
Trad: Colette
 

Vamos a hacer limpieza general

Amalia Bautista

 
Vamos a hacer limpieza general
y vamos a tirar todas las cosas
que no nos sirven para nada, esas
cosas que ya no utilizamos, esas
otras que no hacen más que coger polvo,
las que evitamos encontrarnos porque
nos traen los recuerdos más amargos,
las que nos hacen daño, ocupan sitio
o no quisimos nunca tener cerca.

Vamos a hacer limpieza general
o, mejor todavía, una mudanza
que nos permita abandonar las cosas
sin tocarlas siquiera, sin mancharnos,
dejándolas donde han estado siempre;
vamos a irnos nosotros, vida mía,
para empezar a acumular de nuevo.
O vamos a prenderle fuego a todo
y a quedarnos en paz, con esa imagen
de las brasas del mundo ante los ojos
y con el corazón deshabitado.

09/07/2016

Une main amicale / Una mano amiga

Du seuil d’un rêve on m'appela…
C’était la bonne voix, la voix aimée.
— Dis-moi: viendras-tu avec moi visiter l’âme?…

À mon cœur parvint une caresse.
Avec toi, toujours… Et dans mon rêve j’avançai
par une galerie longue et nue,
sentant m’effleurer la robe pure,
doucement palpiter la main amicale.
(Trad: Colette)
Antonio Machado

Desde el umbral de un sueño me llamaron...
Era la buena voz, la voz querida.
-Dime: ¿vendrás conmigo a ver el alma?...
Llego a mi corazón una caricia.
-Contigo siempre...Y avancé en mi sueño
por una larga, escueta galería
sintiendo el roce de la veste pura
y el palpitar suave de la mano amiga.
 
Antonio Machado
 
 
 
 
Luís Enrique Gómez (Cuba)

 

 

14/05/2016

Garcia Lorca, l'ombre / G. Lorca, la sombra

L'ombre de mon âme

 

 Garcia Lorca

 

 

L'ombre de mon âme
s'enfuit dans un couchant d'alphabets,
brouillard de livres
et de mots.

L'ombre de mon âme !

J'ai atteint la ligne où cesse
la nostalgie,
et là, la goutte de pleur se transforme,
albâtre de l'esprit

L'ombre de mon âme !

Le flocon de la peine
s'achève,
mais il me reste raison et substance
de mon ancien midi de lèvres,
mon ancien midi
des regards.

Un trouble labyrinthe
d'étoiles voilées
emmêle mes espoirs
presque fanés.

L'ombre de mon âme !

Une hallucination
Aspire mes regards.
Je vois le mot amour
démantelé

Rossignol !
Mon rossignol !
Chantes-tu encore ?


Mix d'une traduction trouvée sur la Toile (sans nom d'auteur) et de version personnelle-Colette.
 

"Derrière chez moi" Photo Colette

 

La sombra de mi alma
 
Federico García Lorca
 
 
La sombra de mi alma
huye por un ocaso de alfabetos,
niebla de libros
y palabras.

¡La sombra de mi alma!

He llegado a la línea donde cesa
la nostalgia,
y la gota de llanto se transforma
alabastro de espíritu.

(¡La sombra de mi alma!)

El copo del dolor
se acaba,
pero queda la razón y la sustancia
de mi viejo mediodía de labios,
de mi viejo mediodía
de miradas.

Un turbio laberinto
de estrellas ahumadas
enreda mi ilusión
casi marchita.

¡La sombra de mi alma!

Y una alucinación
me ordeña las miradas.
Veo la palabra amor
desmoronada.

¡Ruiseñor mío!
¡Ruiseñor!
¿Aún cantas?
 

16/01/2016

Sur le dos d'un violon / A lomos de un violín

Un poème surréaliste de la galicienne Blanca Andreu (La Coruña, 1959)

 

Photo Colette, port de Valldemossa
 
 
 

 

Marine

Je t'ai vu, océan
je t'ai galopé
sur le dos d'un violon
de bois poli
d'un lutrin courbe
de couleur du cerisier
et tu étais, océan
un champ
d'herbe bleue
en mouvement.

Comme si tu étais
l'oubli même
je t'ai visité
océan
empereur des eaux
miroir profond du ciel
et j'ai vu dans tes éternelles barbes d'écume
des céréales bleues et des fleurs du silence.
(trad: Colette)
"El sueño oscuro" 1994
 
Photo Colette , miroirs de lune?
 
Marina

Blanca Andreu‏


Te he visto, océano
te he galopado
a lomos de un violín
de madera pulida
de un potro alabeado
del color del cerezo
y eras, océano
un prado
de hierba azul
en movimiento.

Como si fueras
el propio olvido
te he visitado
océano
emperador de las aguas
espejo profundo del cielo
y he visto en tus eternas barbas de espuma
cereales azules y flores del silencio.

"El sueño oscuro" 1994 

 

30/05/2015

Se nourrir / Alimentarse

 

 

Vivre sans manger

 

(Trad: Colette)

 

Il est de plus en plus fréquent de partager sa table avec des gens qui considèrent leur devoir de vous informer des nutriments que contient chaque aliment sur votre assiette. Si tu commandes des sardines ils te rappellent leur haut contenu en Oméga-3; s'il s'agit de brocolis comment contourner ses propriétés anti cancérigènes; si on mange avec du thé (de plus en plus fréquent) on célèbre son potentiel antioxydant et diurétique; si la salade contient des noix on commente le pouvoir énergétique et les bontés cardiovasculaires; si c'est du saumon il faut rappeler à chaque bouchée qu'on est en train de donner un coup de pied au mauvais cholestérol; (…). Moi, je le confesse, tout ça me dépasse.

 

Je m'indigne devant cette tendance à juger les aliments en effaçant tout aspect hédoniste et social; ces derniers exercent sûrement une influence plus décisive sur le bien-être que le stricte récit de leurs propriétés.

 

Je lis que les super créatifs de Sylicon Valley sont enthousiasmés par de petites poudres appelées Soylent qui, mélangées à de l'eau, évitent de passer par cette terrible épreuve qu'est manger un plat comme il faut. Soylent est un composant nutritif qui fut crée en 2003 par un ingénieur software dans le but d'épargner de l'argent et de ne perdre de temps ni dans la préparation du repas ni dans cette demi-heure perdue où on le déguste. Ce régime, qui se prend à la paille et permet à l'exécutif de ne pas quitter son ordinateur des yeux, n'est pas accepté par la science comme un substitut de la nourriture mais il y a des “branchés” qui l'adoptent avec enthousiasme.

 

Je considère que cela constitue un manque de respect envers ceux qui n'ont rien à se mettre sous la dent.
 
 

 

 

 

 

 

Soylent
Soylent

 

 

 

Vivir sin comer

 

 


Cada vez es más frecuente compartir mesa con personas que consideran que han de informarte de los nutrientes que contiene cada alimento que hay sobre el plato. Si pides sardinas te recuerdan su alto contenido en Omega-3; si la cosa va de brócoli cómo obviar sus propiedades anticancerígenas; si se come con té (cada vez más frecuente) se celebra su potencial antioxidante y diurético; si la ensalada lleva nueces se comenta el poder energético y las bondades cardiovasculares; si se trata de salmón hay que recordar que con cada bocado estamos dándole la patada al colesterol malo; (...)
Yo, lo confieso, no puedo con tanto.
Me indigna esa tendencia a juzgar los alimentos borrando cualquier aspecto hedonista o social, que finalmente seguro que ejerce una influencia más decisiva en el bienestar que la relación estricta de sus propiedades. Leo que los creativos guays de Sylicon Valley están entusiasmados con unos polvitos llamados Soylent que mezclados con agua le evitan a uno el mal trago de comerse un plato como Dios manda. Soylent es un compuesto nutritivo que fue diseñado en 2003 por un ingeniero de
software con el fin de ahorrar dinero y no perder tiempo ni en la preparación de comida ni en esa media hora preciosa que se va en consumirla. Esta dieta, que se toma con pajita y permite al ejecutivo no apartar la mirada del ordenador, no está aceptada por la ciencia como un sustitutivo de la comida pero hay modernetes que la están abrazando con entusiasmo. Considero que no es más que una falta de respeto hacia aquellos que no tienen comida que llevarse a la boca.

 

03/04/2015

Un rêve qui finit si mal / Un sueño que termina tan mal

Leonardo Padura n'a visiblement peur de rien et se lance avec brio dans des styles, des genres si différents, qu'on se demande parfois au fil de la lecture de “L'homme qui aimait les chiens” s'il est bien l'auteur des différents chapitres de ce roman!

 

LeonardoPadura parece no temer nada y, valiente, se lanza con talento en estilos y géneros tan diferentes que a leer “El hombre que amaba a los perros” uno se pregunta a veces si se trata del mismo autor a lo largo de los diferentes capítulos de la novela!

 

 

 

 





















L'immense documentation qu'il a réunie ici, le lien qu'il réussit à tisser entre la vie / l'exil de Trotski, l'évolution de son jeune meurtrier Ramón Mercader à Barcelone, la montée de Hitler et la situation à Cuba, font de ce roman une œuvre majeure.

...le roman est comme une extraordinaire fresque qui parcourt les idéologies de gauche dans ces années-là*, depuis L’union Soviétique à la guerre civile espagnole et la II Guerre Mondiale, dans une rêve dont il en resta rien, lobotomisé par une gigantesque machinerie de destruction massive et par ses propres querelles internes, combats et désirs de pouvoir. Trotskistes, communistes, marxistes, menchévistes, anarchistes...apparaissent se disputant la terre de l'utopie, incapables de mener à bon port nulle part dans le monde le rêve le plus puissant qu'un homme ait jamais pu imaginer, un rêve qui finit par être un cauchemar terrifiant.”
*période 1930-1940
source: http://revistadeletras.net/el-hombre-que-amaba-a-los-perr... (trad: Colette)

La inmensa documentación aquí reunida, el lazo que consigue hilar entre la vida / el exilio de Trotski, la evolución de su joven asesino Ramón Mercader en Barcelona, el ascenso de Hitler, la situación en Cuba, hacen de esta novela una obra mayor.


La novela resulta ser un extraordinario fresco que recorre las ideologías de izquierda en aquellos años, desde la Unión Soviética  a la Guerra Civil española y la II Guerra Mundial, en un sueño que se quedó en nada, lobotomizado por una gigantesca maquinaria de destrucción masiva y por sus propias e internas inquinas, combates y deseos de poder. Trotskistas, comunistas, marxistas, menchevistas, anarquistas… aparecen disputándose la tierra de la utopía, incapaces de llevar a buen puerto en ninguna parte del mundo el sueño más poderoso que hombre alguno hubiera jamás imaginado, un sueño que acabó siendo una aterradora pesadilla.”
fuente http://revistadeletras.net/el-hombre-que-amaba-a-los-perr...

îles Malgrats, crépuscule
Crépuscule îles Malgrats, Mallorca. foto Colette




Il y a également un personnage fort attachant, un écrivain cubain, Yván, qui tente de garder la tête froide, d'observer tranquillement la situation. Le “Je”.
Padura nous livre de belles pages poétiques comme celle-ci:


« La densité de l’air était une caresse sur la peau et de la mer étincelante s’élevait à peine un murmure apaisant. On pouvait sentir là combien le monde, certains jours, dans des moments magiques, nous offre la trompeuse impression d’être un lieu accueillant, fait à la mesure des rêves et des plus étranges désirs de l’homme. La mémoire, pénétrée de cette atmosphère détendue, parvenait à s’égarer et à faire oublier les rancœurs et les peines.

 

Assis sur le sable, le dos appuyé au tronc d’un casuarina, j’allumai une cigarette et fermai les yeux. Dans une heure le soleil se coucherait, mais comme cela devenait habituel dans ma vie, je n’éprouvais aucune impatience et n’avais aucune expectative. Ou plutôt je n’avais presque rien : et presque sans le presque ! Tout ce qui m’intéressait à ce moment-là, c’était le plaisir de voir arriver le crépuscule, ce cadeau de l’instant fabuleux où le soleil s’approche de la mer argentée du golfe et dessine un sillage de feu à sa surface. Au mois de mars, avec la plage déserte, la promesse de cette vision m’apportait une sorte de sérénité, un état proche de l’équilibre qui me réconfortait et me permettait de croire encore à l’existence palpable d’un petit bonheur, fait à la mesure de mes maigres ambitions.”

 

Leonardo PADURA, L’homme qui aimait les chiens, Cuba, 2009

 

Traduit de l’Espagnol (Cuba) par René SOLIS et Elena ZAYAS, avec le concours du Centre National du Livre, 671 pages.

Un roman, long, qui m'a passionnée.

 

En esta novela, un escritor cubano, Yván, el “Yo” intenta mantener la cabeza fría, de observar tranquilamente la situación.

 

Padura nos ofrece unas preciosas páginas poéticas como esta:

 

El aire tenía una densidad que acariciaba la piel, y el mar, refulgente, apenas producía un murmullo adormecedor. Allí se podía sentir como el mundo, en días y momentos mágicos, nos ofrece la engañosa impresión de ser un lugar afable, hecho a la medida de los sueños y los mas extraños anhelos humanos. La memoria, imbuida por aquella atmósfera reposada, conseguía extraviarse y que se olvidaran los rencores y las penas.

 

Sentado en la arena, con la espalda apoyada en el tronco de una casuarina, encendí un cigarro y cerré los ojos. Faltaba una hora para que cayera el sol, pero, como ya iba siendo habitual en mi vida, yo no tenia prisas ni expectativas. Mas bien casi no tenia nada: y casi sin el casi. Lo único que me interesaba en ese momento era disfrutar del regalo de la llegada del crepúsculo, el instante fabuloso en que el sol se acerca al mar plateado del golfo y le dibuja una estela de fuego sobre la superficie. En el mes de marzo, con la playa prácticamente desierta, la promesa de aquella visión me provocaba cierto sosiego, un estado de cercanía al equilibrio que me reconfortaba y todavía me permitía pensar en la existencia palpable de una pequeña felicidad, hecha a la medida de mis también disminuidas ambiciones.”

Una novela, larga, que me ha apasionado.