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  • Immenses espérances / Inmensas esperanzas

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    Parfois je suis lasse de toutes les injonctions à vivre le moment présent; j’ai donc fort apprécié ce poème où demain offre de l’espoir, où demain est coloré et sensuel.
     
     
    Demain Pedro Salinas
     
    "Demain" Le mot allait, délié, vacant,
    sans poids dans le vent,
    si dénué d'âme et de corps,
    de couleur, de baiser,
    que je l'ai laissé passer
    près de moi aujourd'hui.
     
    Mais soudain toi
    tu as dit : "Moi, demain..."
    Et tout se peuple
    de chair et de bannières.
    Sur moi se précipitaient
    les promesses
    aux six cents couleurs,
    avec des robes à la mode,
    nues, mais toutes
    chargées de caresses.
     
    En train ou en gazelles
    m'arrivaient -aigus,
    sons de violons-
    des espoirs ténus
    de bouches virginales.
    Ou rapides et grandes
    comme des navires, de loin, comme des baleines
    depuis des mers distantes,
    d'immenses espérances
    d'un amour sans final.
     
    Demain ! Quel mot
    vibrant, tendu
    d'âme et de chair rose,
    corde de l'arc
    où tu posas, si effilée,
    arme de vingt années,
    la flèche la plus sûre
    lorsque tu dis : "Moi...."
     
    Recueil “La voix qui t'est due”
    Traduction Bernard Sesé
    La tête à l'envers
     
     
    Mañana
     
    «Mañana». La palabra
    iba suelta, vacante,
    ingrávida, en el aire,
    tan sin alma y sin cuerpo,
    tan sin color ni beso,
    que la dejé pasar
    por mi lado, en mi hoy.

    Pero de pronto tú
    dijiste: «Yo, mañana...»
    Y todo se pobló
    de carne y de banderas.
    Se me precipitaban
    encima las promesas
    de seiscientos colores,
    con vestidos de moda,
    desnudas, pero todas
    cargadas de caricias. 

    En trenes o en gacelas
    me llegaban -agudas,
    sones de violines-
    esperanzas delgadas
    de bocas virginales.
    O veloces y grandes
    como buques, de lejos,
    como ballenas
    desde mares distantes,
    inmensas esperanzas
    de un amor sin final. 

    ¡Mañana! Qué palabra
    toda vibrante, tensa
    de alma y carne rosada,
    cuerda del arco donde
    tú pusiste, agudísima,
    arma de veinte años,
    la flecha más segura
    cuando dijiste: «Yo...»

  • Tourne, mon coeur / Gira, corazón

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    Aujourd’hui un poème de Lorca; sous sa plume une superbe envolée d’images qui lui viennent en s’adressant à une girouette.

    J’espère qu’en traduction-français vous arriverez à percevoir le rythme et la beauté qui en ressortent.

     

     
    http://www.forging-ahead.co.uk/windvane.htm

    Girouette

    Federico Garcia Lorca



    Vent du Sud,
    brun, ardent,
    ton souffle sur ma chair
    apporte un semis de regards
    brillants et le parfum
    des orangers.
    Tu fais rougir la lune
    et sangloter
    les peupliers captifs, mais tu arrives
    trop tard!
    J'ai déjà enroulé la nuit de mon histoire
    sur l'étagère!
    Même sans vent,
    crois-moi!
    Tourne, mon cœur,
    tourne, mon cœur.
    Vent du nord,
    ours blanc du vent!
    Tu souffles sur ma chair,
    tout frissonnant d'aurores
    boréales,
    avec ta traîne de spectres
    capitaines,
    et riant de Dante
    aux éclats.
    Ô polisseur d'étoiles!
    Mais tu arrives trop tard.
    L'armoire est vermoulue
    et j'ai perdu la clé.
     
    Même sans vent,
    crois-moi!
    Tourne, mon cœur,
    tourne, mon cœur.
    Brises, gnomes et vents
    venus de nulle part.
    Moustiques de la rose
    pétales en pyramides.
    Vents alizés sevrés
    parmi les rudes arbres,
    flûtes dans la bourrasque,
    laissez-moi!
    De lourdes chaînes ancrent
    mes souvenirs,
    et captif est l’oiseau
    qui dessine le soir
    de ses trilles.
     
    Les choses qui s'en vont jamais ne reviennent,
    tout le monde le sait,
    et dans la foule des vents
    il est vain de se plaindre.
     
    N'est-ce pas, peuplier, maître de la brise?
    Il est vain de se plaindre!
     
    Même sans vent,
    crois-moi!
    Tourne, mon cœur,
    tourne, mon cœur.
    Juillet 1920
     
    Fuente Vaqueros, Grenade.
    (Trad:Colette)
     

    Veleta


    Federico García Lorca
     
    Viento del Sur,
    moreno, ardiente,
    llegas sobre mi carne,
    trayéndome semilla
    de brillantes
    miradas, empapado
    de azahares.
    Pones roja la luna
    y sollozantes
    los álamos cautivos, pero vienes
    ¡demasiado tarde!
    ¡Ya he enrollado la noche de mi cuento
    en el estante!
    Sin ningún viento,
    ¡hazme caso!,
    gira, corazón;
    gira, corazón.
    Aire del Norte,
    ¡oso blanco del viento!
    Llegas sobre mi carne
    tembloroso de auroras
    boreales,
    con tu capa de espectros
    capitanes,
    y riyéndote a gritos
    del Dante.
    ¡Oh pulidor de estrellas!
    Pero vienes
    demasiado tarde.
    Mi almario está musgoso
    y he perdido la llave.
    Sin ningún viento,
    ¡hazme caso!,
    gira, corazón;
    gira, corazón.
    Brisas, gnomos y vientos
    de ninguna parte.
    Mosquitos de la rosa
    de pétalos pirámides.
    Alisios destetados
    entre los rudos árboles,
    flautas en la tormenta,
    ¡dejadme!
    Tiene recias cadenas
    mi recuerdo,
    y está cautiva el ave
    que dibuja con trinos
    la tarde.
    Las cosas que se van no vuelven nunca,
    todo el mundo lo sabe,
    y entre el claro gentío de los vientos
    es inútil quejarse.
    ¿Verdad, chopo, maestro de la brisa?
    ¡Es inútil quejarse!
    Sin ningún viento.
    ¡hazme caso!
    gira, corazón;
    gira, corazón.
     
  • Léger frémissement de la peau / Tenue temblor de la piel

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    Goytisolo, vous connaissez peut-être ce nom. Mais ils étaient trois frères dans le monde des lettres. Le plus connu est l’écrivain Juan Goytisolo, puis celui qui nous occupe aujourd’hui, José Agustín le poète, et finalement Luís le romancier.
     
    Tous trois ont connu, enfants, la guerre civile et l’horreur de voir leur mère tuée lors d’un bombardement de Barcelone par l’aviation franquiste en 1938.
    José Agustín (1928-1999) était un homme d’une très grande sensibilité, vous le verrez dans le poème, assez dépressif aussi. Mais rien de triste dans ce poème que j’ai traduit du mieux que j’ai pu.
     
    On entend les oiseaux
     
    L’aube. On entend les oiseaux
    comme perdus dans la brume;
    le silence élève leurs chants
    jusqu’à la pénombre de la pièce.
    Il perçoit un très faible tremblement
    qui fait frémir la peau qu’il aime,
    douce dans son rêve. Très lentement
    il la recouvre du drap
    pour éviter qu’elle ne s’éveille.
    Mais déjà des bras l'enveloppaient
    et s’accrochaient à son corps:
    éternité fut ici douceur
    miel et jasmin. Bien plus tard
    on entendait encore le chant des oiseaux.
     
    (Trad:Colette)
     
    Toulouse Lautrec Femme couchée au lit, lithographie        
     
     
     
    Se oyen los pájaros J.A Goytisolo
     
    El alba. Se oyen los pájaros
    como perdidos en la niebla;
    el silencio sube sus cantos
    a la penumbra de la estancia.
    El percibe un temblor muy tenue
    que estremece la piel que ama
    dulce en su ensueño. Muy despacio
    la va cubriendo con la sábana
    por evitar que se desvele.
    Pero unos brazos le envolvían
    y se ciñeron a su cuerpo:
    eternidad fue aquí lisura
    miel y jazmín. Mucho más tarde
    aún se oía el cantar los pájaros. 
     
     
    Un autre poème de lui, mis en musique/chanson par Paco Ibañez ici:
     
  • Poésie du temps de Al-Andalus

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    Pour commencer, quelques rappels historiques…

     

    Tintero nazarí /Encrier Nazarí XIVºs  .http://elpoderdelaalhambra.com/piezas-destacadas/tintero-nazari/
     

    Nous sommes un peu avant l’an 711 ; l’Espagne, à l’exception des Asturies, de la Cantabrie et du Pays basque, constituent le royaume des Wisigoths. Et l'Hispanie ne jouit pas d’une grande stabilité politique au moment où les musulmans partent à sa conquête

    La naissance et la formation de Al-Andalus se sont faites progressivement, les conquêtes se réalisèrent entre 711 et 716. Toute l’Espagne (et l'actuel Portugal) fut envahie excepté le Pays Basque et quelques régions montagneuses de Cantabrie. Les musulmans tentèrent de s’étendre en France mais, vous le savez, ils furent vaincus à Poitiers (732) et se replièrent sur la péninsule ibérique.
    Et ils décident d’établir leur capitale à Cordoue, apparemment fascinés par le Guadalquivir.



    Al-Andalus (711-1492) est devenu dès le IXº siècle un foyer de haute culture et attira de nombreux savants, artistes….
    Sur la Terre D’Islam qu’est Al Andalus, diverses populations aux cultures différentes se mêlaient : les musulmans (arabes, berbères, muladi) et européens musulmans, les slaves musulmans, puis les juifs et les chrétiens (mozarabes).

    Alors mes amis, quand j’ai décidé de me plonger dans la poésie (en arabe mais largement traduite en espagnol ;-))  datant de cette longue époque musulmane, je me suis très vite vue submergée par un nombre incalculable de poètes, de poèmes écrits en arabe pendant les différents siècles.

    On y parle d’amour, de fleurs et de parfums, de vin, de séparations, puis vers la fin, de la perte d’un paradis. Que choisir, quels poèmes traduire en français ?
    En voici deux pour commencer.

    Le poète Ibn Darray (958-1030) 
     
    Si en les jardins où il habite
    ne peux voir mon maître
    dans les jardins du rêve
    aurons notre rencontre

    (Trad: Colo, MAH)

    Le poète Ibn Baqi (m. 1145):

     

    Quand le voile de la nuit
    s’étend sur la terre,
    du vin le plus odorant
                à ma belle je lève mon verre
    .
    Tel un baudrier tombe
    sur moi sa chevelure,
    et comme le guerrier prend
    de sa main droite l’épée
    j’enlace, moi, son cou,
    qui au cygne ressemble.

           

    Mais à voir que déjà s’incline,
    fatiguée, la tête,
    doucement je sépare
    le bras dont elle m’enlace
    et je pose sur ma poitrine
    sa tempe, pour qu’elle y dorme.
    Aïe! Mon coeur heureux
    bat avec grande force.
    Que cet oreiller est agité!
    en lui ne pourra dormir.


    (Trad: Colette, MAH)

    Notes :
    Si le sujet vous intéresse, voici le lien d’une superbe émission de Arte:

    https://vimeo.com/101877438

    Et aussi, à lire:
    http://balises.bpi.fr/histoire/al-andalus------le-passe-arabo-berbere-de-leurope

    Jarrón de las gacelas, arte Nazarí. (Alhambra-Granada)
     

    Para empezar, unos datos históricos...

    Estamos en el año 711, España, a la excepción del País Vasco, de Cantábria y de Asturias constituyen el reino Visigodo. Hispania no goza de una gran estabilidad política en el momento en que los musulmanes deciden conquistarla.

     

    El nacimiento y la formación de Al-Andalus se hizo de forma progresiva, las conquistas se escalonaron entre 711 y 716. España entera, excepto el País Vasco y algunas regiones montañosas de Catabria, fue invadida.

    Los musulmanes intentaron extenderse en Francia pero, lo sabéis, fueron derrotados en Poitiers (732) y se replegaron en la península ibérica.

     

    Decidieron establecer su capital en Córdoba, fascinados, por lo visto, por el Guadalquivir.

     

    Desde el siglo IX Al-Andalus (711-1492) fue un foco de alta cultura y atrajo a muy numerosos eruditas, artistas…

    En la tierra de Islam que era Al-Andalus, se mezclaban poblaciones de diversas culturas: los musulmanes (árabes, bereberes, muladi) y europeos musulmanes, los eslavos musulmanes, finalmente los judíos y los cristianos (mozárabes).

    Entonces amigos, cuando decidí sumergirme en la poesía de esa época, me vi rápidamente desbordada por un número incalculable de poetas, de poemas escritos en árabe durante esos siglos.

     En ellos se habla de amor, de flores, de perfumes, de vino, de separaciones, y luego hacia el final, de la pérdida de un paraíso.

    ¿Cuáles elegir, cuáles traducir al francés?

    Aquí, y para empezar, dos de ellos.

     

     
     
    https://3.bp.blogspot.com/-lPAXkK0J8vw/Wulyuu7KrMI/AAAAAAAAI2Y/Z_Z98HUjeOo0V2euWTjmFX8TLFXRrumPgCLcBGAs/s1600/arquetacalifal.jpg
     
    El poeta  Ibn Darray (958-1030)
     
    Si en los jardines que habita
    me impiden ver a mi dueño,
    en los jardines del sueño
    nos daremos una cita.
     
    http://enciclopedia.us.es/index.php/Archivo:Mihrab_mezquita_persa_Kashan,_(1226).jpg



    EL poeta Ibn Baqi (m. 1145):
     
    Cuando el manto de la noche
    se extiende sobre la tierra,
    del más oloroso vino
    brindo una copa a mi bella.
    Como talabarte cae
    sobre mí su cabellera,
    y como el guerrero toma
    la limpia espada en la diestra,
    enlazo yo su garganta,
    que a la del cisne asemeja.
     
    Pero al ver que ya reclina,
    fatigada, la cabeza,
    suavemente separo
    el brazo con que me estrecha,
    y pongo sobre mi pecho
    su sien, para que allí duerma.
    ¡Ay! El corazón dichoso
    me late con mucha fuerza.
    ¡Cuán intranquila almohada!
    No podrá dormir en ella.
  • Idylle / Idilio

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    Idylle
    À Enrique Durán
    Federico GARCÍA LORCA
     
    Tu voulais que je te dise
    le secret du printemps.
     
    Mais je garde le secret
    tout autant que le sapin.
     
    Arbre dont les mille doigts
    indiquent mille chemins.
     
    Je ne te dirai jamais, mon amour,
    pourquoi, lent, le fleuve coule.
     
    Mais je mettrai dans ma voix coupée
    le ciel cendré de ton regard.
     
    Tourne autour de moi, ma brune!
    Et prends soin de mes feuilles.
     
    Tourne encore, tourne toujours
    jouant à la noria de l’amour.
     
    Même si je le voulais, je ne peux te dire,
    hélas, le secret du printemps.
     
    (Trad:Colette)
     
     
     
     
    Idilio de Federico García Lorca

    A Enrique Durán

    Tú querías que yo te dijera

    el secreto de la primavera.
     


    Y yo soy para el secreto

    lo mismo que es el abeto.
     


    Árbol cuyos mil deditos

    señalan mil caminitos.
     


    Nunca te diré, amor mío,

    por qué corre lento el río.
     


    Pero pondré en mi voz estancada

    el cielo ceniza de tu mirada.
     


    ¡Dame vueltas, morenita!

    Ten cuidado con mis hojitas.
     


    Dame más vueltas alrededor,

    jugando a la noria del amor.
     


    ¡Ay! No puedo decirte, aunque quisiera,

    el secreto de la primavera.

  • Un soubresaut de gratitude / Un sobresalto de gratitud

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     Quand nous sommes arrivés elle était recroquevillée, minuscule, dans un coin de sa chaise roulante. 

    Ensuite elle a souri.
    Février, hiver. 
     
    C’est l’isolement des vieilles gens accru par le froid qui m’a fait choisir cet extrait du roman « Pleine lune » d’Antonio Muñoz Molina, un grand roman. (si vous ne l'avez pas lu, cliquez sur le lien vous en saurez plus).
     
     
    Es el aislamiento de los mayores, aumentado por el frío, que me ha hecho elegir ese pasaje de la novela “Plenilunio” de Antonio Muñoz Molina, una gran novela.
     
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    « Il passait trop de temps seul, s’imprégnant lentement d’oubli et de vieillesse à laquelle il ne croyait pas et il n'y faisait au fond pas fort attention, de la même façon qu’il ne s'arrêtait pas à penser à la fadeur des aliments sans sel, au froid du carrelage de sa chambre, à la laideur et mauvaise odeur de la bonbonne de gaz qui le réchauffait, contemporaine du vase bleu électrique et des fauteuils et du canapé tapissés de plastique vert. Il laissait de côté ses tracas et ne se plaignait pas de sa solitude, mais quand il reconnut le visiteur qui se tenait face à lui, dans la maigre lumière du hall d’entrée, silencieux, malhabile, sans encore dire son nom, il eut une effusion impudique de jovialité, un soubresaut de gratitude qui lui humidifia les yeux et éveilla les émotions les plus cachées de son âme, tendresse antique et nostalgie sans motif, remords plus beau et plus ferme que les souvenirs déjà en partie effacés qui le provoquaient. »
    (Trad. Colette, je ne possède pas la version en français) 
     
     
    https://i2.wp.com/www.lechangeoirdecriture.fr/wp-content/uploads/2016/11/Pleine-Lune.png

     


     
    Pasaba solo demasiado tiempo, contaminándose despacio de postergación y vejez a la que no daba crédito y a la que en el fondo no se fijaba mucho, igual que no se paraba a considerar el tedio de los alimentos sin sal, el frío de las baldosas de su cuarto, la fealdad y el mal olor de la bombona de butano con la que se calentaba, contemporánea del jarrón azul eléctrico y de los sillones y el sofá tapizados de plástico verde. No hacía caso de su pesadumbre ni se quejaba de su soledad, pero cuando reconoció al visitante que permanecía frente a él, en la luz escasa del recibidor, callado, inhábil, aún sin decir su nombre, tuvo una efusión impúdica de jovialidad, un sobresalto de gratitud que le humedeció los ojos y le despertó las emociones más escondidas de su alma, ternura antigua y nostalgia sin motivo, remordimiento más precioso y más firme que los recuerdos ya en parte borrados que lo provocaban.”
     
     
  • Monsieur le beau / Señor guapo

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    LE CANARD ET LE SERPENT 
     
    Tomás de Iriarte (Tenerife 1750- Madrid 1791), fabuliste.
     
    Au bord d’un étang
    disait un canard:
    À quel animal donna le ciel
    les dons qu’il m’a donnés?
    Je suis d’eau, de terre et d’air.
    Quand de marcher je me fatigue
    si j’en ai envie, je vole,
    si j’en ai envie, je nage.”
    Un serpent futé,
    qui l’écoutait,
    d’un sifflement l’appela
    et lui dit: “Monsieur le beau,
    il ne faut pas tant vous vanter;
    Car vous ne marchez comme un daim,
    ni ne volez comme le faucon
    ni ne nagez comme le barbeau.
    Et sachez ainsi
    que l’important et rare
    n’est pas savoir de tout
    mais d’être adroit en quelque chose.”
     
    Il vaut mieux bien savoir une chose, que beaucoup, mal.
    (Trad:Colette)
     
    *Voir note sous le billet
     
     
     


     
     
    El pato y la serpiente           Tomas de Iriarte
     
    A orillas de un estanque
    diciendo estaba un pato:
    «¿A qué animal dio el cielo
    los dones que me ha dado?
    Soy de agua, tierra y aire.
    Cuando de andar me canso,
    si se me antoja, vuelo,
    si se me antoja, nado.»
    Una serpiente astuta,
    que le estaba escuchando,
    le llamó con un silbo,
    y le dijo: «Seor guapo,
    no hay que echar tantas plantas;
    pues ni anda como el gamo,
    ni vuela como el sacre,
    ni nada como el barbo.
    Y así tenga sabido
    que lo importante y raro
    no es entender de todo,
    sino ser diestro en algo.»
     
    Más vale saber una cosa bien, que muchas mal. 
                  ----------------------------------------------
    *
    Note: il est fort intéressant de découvrir qu'un fabuliste français, de moi totalement inconnu, Don Juan Laurencin,  né le 17 janvier 1733, et mort le 21 janvier 1812 a écrit la même fable (les fabulistes, depuis Ésope, se sont tous copiés, c'est connu)

    Sur le bord d’un étang, très-content de lui-même,
    S’écrioit un Canard d’une arrogance extrême :
    Dans toute la nature est-il un animal
    Qu’on puisse m’égaler? non , je n’ai point d’égal.
    Seul j’ai reçu tous les dons en partage ;
    Je possède mille attributs divers;
    Je marche et fends les airs,
    Et puis, quand il me plait, je nage….
    Il eût continué ; mais un rusé Serpent,
    Ennuyé de sa gasconnade,
    S’approchant, lui dit : camarade,
    Tout beau; ne vous vantez pas tant.
    Le Daim court mieux que vous ; le Rouget, à la nage,
    Auroit aussi sur vous de l’avantage ;
    Et quant à voler, le Faucon
    Pourroit bien vous donner leçon.
    Ainsi sachez, soit dit sans vous déplaire,
    Vous , qui vous croyez sans égal,
    Qu’il vaut beaucoup mieux savoir faire
    Bien une chose , que cent mal.
    « Le Canard et le Serpent »
    Ceux qui donnent les meilleurs avis ne sont pas toujours les plus sages. J’aurois dû profiter moi – même de la leçon du Serpent.

     

     
     
  • Avec acharnement / Con ensañamiento

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    Un conte court de Ramón Gómez de la Serna (Espagne, 1888-1963). 
     
    Le docteur Alejo mourut assassiné. Indubitablement, il mourut étranglé.
    Personne n’était entré dans la maison, indubitablement personne, et bien que le docteur dormait, avec, par hygiène, la porte du balcon ouverte, son appartement était si haut qu’on ne pouvait supposer que l’assassin était entré par là.
     
    La police ne trouvait pas la piste de ce crime et était sur le point d’abandonner l’affaire quand l’épouse et la servante du mort arrivèrent, épouvantées, à la Préfecture. 
    D’un saut du haut de l’armoire elle était tombée sur la table, les avait regardées, les avait vues, et s’était enfuie ensuite dans la chambre; une main solitaire et vive comme une araignée. Elles l’avaient laissée là, enfermée à clé dans la chambre.
     
    La police et le juge, terrorisés, se rendirent sur place. C’était leur devoir. Ils eurent bien du mal à attraper la main, mais ils le firent et chacun lui attrapa un doigt, car elle était vigoureuse comme si en elle résidait toute la force d’un homme fort.
     
    Que faire d’elle? Quelle lumière apporterait-elle sur l’événement? Comment la condamner? À qui appartenait cette main?
     
    Après une longue pause, le juge eut l’idée de lui donner un stylo pour qu’elle déclare par écrit.
    La main écrivit alors:” Je suis la main de Ramiro Ruiz, vilement assassiné par le docteur à l’hôpital et dépecé avec acharnement dans la salle de dissection. J’ai rendu justice”.
    (Trad: Colette)
     
    Le titre de ce conte est...La Main
     
    Study of feet and hands, 1818 Théodore de Géricault

    Un cuento breve de Ramón Gómez de la Serna (España, 1888-1963)

    El doctor Alejo murió asesinado. Indudablemente murió estrangulado.
    Nadie había entrado en la casa, indudablemente nadie, y aunque el doctor dormía, por higiene, con el balcón abierto, era tan alto su piso que no era de suponer que por allí hubiese entrado el asesino.
    La policía no encontraba la pista de aquel crimen, y ya iba a abandonar el asunto, cuando la esposa y la criada del muerto acudieron despavoridas a la Jefatura. Saltando de lo alto de un armario había caído sobre la mesa, las había mirado, las había visto, y después había huido por la habitación, una mano solitaria y viva como una araña. Allí la habían dejado encerrada con llave en el cuarto.
    Llena de terror, acudió la policía y el juez. Era su deber. Trabajo les costó cazar la mano, pero la cazaron y todos le agarraron un dedo, porque era vigorosa corno si en ella radicase junta toda la fuerza de un hombre fuerte.

     ¿Qué hacer con ella? ¿Qué luz iba a arrojar sobre el suceso? ¿Cómo sentenciarla? ¿De quién era aquella mano?
    Después de una larga pausa, al juez se le ocurrió darle la pluma para que declarase por escrito. La mano entonces escribió: «Soy la mano de Ramiro Ruiz, asesinado vilmente por el doctor en el hospital y destrozado con ensañamiento en la sala de disección. He hecho justicia».
     
    El título de este cuento es...LA MANO
     
     

  • Sauvage sauge / Salvaje salvia

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    Fable / Fábula de  Tomás de Iriarte (Tenerife 1750- Madrid 1791)

    El té y la salvia
    Le thé et la sauge


    Algunos sólo aprecian la literatura extranjera, y no tienen la menor noticia de la de su nación
    Certains n'apprécient que la littérature étrangère, et n'ont pas la moindre nouvelle de celle de leur pays.



     

    Le thé, venant de l'empire chinois,
    rencontra la sauge sur le chemin.
    Elle lui dit: “Où vas-tu compère?”
    En Europe je vais, commère,
    où je sais qu'on m'achète à bon prix”.
    Moi - répondit la sauge -je vais en Chine,
    car là-bas avec grande estime
    on me reçoit pour le goût et la médecine.
    En Europe on me traite de sauvage,
    et jamais je n'ai pu faire fortune”.
    Que Dieu te garde. Tu ne voyageras pas en vain,
    car il n'y a aucun pays
    qui n'applaudisse et paye avec plaisir
    tout ce qui vient de l'étranger”.

     

    El té, viniendo del imperio chino,
    se encontró con la salvia en el camino.
    Ella le dijo: «¿Adónde vas, compadre?»
    «A Europa voy, comadre,
    donde sé que me compran a buen precio».
    «Yo -respondió la salvia- voy a China,
    que allá con sumo aprecio
    me reciben por gusto y medicina.
    En Europa me tratan de salvaje,
    y jamás he podido hacer fortuna».
    «Anda con Dios. No perderás el viaje,
    pues no hay nación alguna
    que a todo lo extranjero no dé
    con gusto aplausos y dinero». 

    Sauge, salvia, du latin salvere...la plante qui sauve/ la planta que salva



    Que la sauge me pardonne,
    car au commerce sa devise s’oppose.
    Si je parlais du commerce littéraire,  
    je ne défendrais pas le contraire,
    car en lui pour certains est vice
    ce qui en général est bénéfice;
    et un Espagnol qui peut-être réciterait
    cinq cent vers de Boileau et el Tasso*,
    il se peut qu'il ne sache pas encore
    en quelle langue les écrivit Garcilaso*. 
     
    La salvia me perdone,
    que al comercio su máxima se opone.
    Si hablase del comercio literario,
    yo no defendería lo contrario,
    porque en él para algunos es un vicio
    lo que es en general un beneficio;
    y español que tal vez recitaría
    quinientos versos de Boileau y el Tasso,
    puede ser que no sepa todavía
    en qué lengua los hizo Garcilaso.

    Traduction: Colette


    Torquato Tasso (Sorrento, 1544 – Roma, 1595) fue un poeta italiano/ fût un poète italien.
    Garci Lasso de la Vega (Toledo, entre 1498-1536), más conocido/ plus connu comme- como Garcilaso de la Vega, fue un poeta y militar español del Siglo de Oro/ fût un poète et militaire espagnol du Siècle d'Or.

  • Jouer à oui et non / Jugar al sí y al no

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    Balançoire 
     
                                   Gerardo Diego 1896-1987
     
     
    À cheval sur le bord du monde
    un rêveur jouait à oui et non
     
    Les pluies de couleurs
    émigraient au pays des amours
     
     
     
    Vol de fleurs
     
     
    Fleurs du oui
     
     
    Fleurs du non
     
     
    Couteaux dans l'air
    qui lui déchirent la chair
    forment un pont
     
     
    Oui
     
     
    Non
     
     
    Chevauchait le rêveur
    Des oiseaux arlequins
     
     
    ils chantent le oui
     
     
    ils chantent le non

    (Trad: Colette)
     
     
    Une balançoire en Équateur, lisez ceci, c'est extraordinaire: http://voyagerloin.com/actualite/activites-sport/equateur-balancoire-flippante-du-monde-face-volcan-en-eruption/
     
     
     
     
     
    Columpio 
                                                    Gerardo Diego
     
    A caballo en el quicio del mundo
    un soñador jugaba al sí y al no

    Las lluvias de colores
    emigraban al país de los amores



    Bandadas de flores


    Flores de sí


    Flores de no

    Cuchillos en el aire
    que le rasgan las carnes
    forman un puente





    No

    Cabalgaba el soñador
    Pájaros arlequines


    cantan el sí


    cantan el no
  • Tout jeter / Tirarlo todo

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    Dans la série “poésie du quotidien” voici Amalia Bautista, le nettoyage est à l'honneur aujourd'hui, mais pas seulement...

    En la serie “poesía de lo cotidiano”, Amalia Bautista nos habla de la limpieza, pero no sólo de ella....

    Oceanic's kitchen Yacek Yerka      
     
                       
    On va faire un grand nettoyage

     

     
    On va faire un grand nettoyage
    et on va jeter toutes les choses
    qui ne nous servent à rien, ces
    choses que nous n'employons plus, ces
    autres qui ne font que prendre la poussière,
    celles que nous évitons de trouver car
    elles nous plongent dans les plus amers souvenirs,
    celles qui nous font mal, occupent de la place
    ou que nous n'avons jamais voulues proches.
     
    On va faire un grand nettoyage
    ou, mieux encore, un déménagement
    qui nous permette d'abandonner les choses
    sans même les toucher, sans nous salir,
    les laissant là où elles ont toujours été;
    c'est nous qui allons partir, mon cœur,
    pour recommencer à accumuler.
    Ou bien nous allons mettre le feu à tout
    et rester tranquilles, avec cette image
    des braises du monde devant les yeux
    et le cœur deshabité.
     
    Trad: Colette
     

    Vamos a hacer limpieza general

    Amalia Bautista

     
    Vamos a hacer limpieza general
    y vamos a tirar todas las cosas
    que no nos sirven para nada, esas
    cosas que ya no utilizamos, esas
    otras que no hacen más que coger polvo,
    las que evitamos encontrarnos porque
    nos traen los recuerdos más amargos,
    las que nos hacen daño, ocupan sitio
    o no quisimos nunca tener cerca.

    Vamos a hacer limpieza general
    o, mejor todavía, una mudanza
    que nos permita abandonar las cosas
    sin tocarlas siquiera, sin mancharnos,
    dejándolas donde han estado siempre;
    vamos a irnos nosotros, vida mía,
    para empezar a acumular de nuevo.
    O vamos a prenderle fuego a todo
    y a quedarnos en paz, con esa imagen
    de las brasas del mundo ante los ojos
    y con el corazón deshabitado.
  • Une main amicale / Una mano amiga

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    Du seuil d’un rêve on m'appela…
    C’était la bonne voix, la voix aimée.
    — Dis-moi: viendras-tu avec moi visiter l’âme?…

    À mon cœur parvint une caresse.
    Avec toi, toujours… Et dans mon rêve j’avançai
    par une galerie longue et nue,
    sentant m’effleurer la robe pure,
    doucement palpiter la main amicale.
    (Trad: Colette)
    Antonio Machado

    Desde el umbral de un sueño me llamaron...
    Era la buena voz, la voz querida.
    -Dime: ¿vendrás conmigo a ver el alma?...
    Llego a mi corazón una caricia.
    -Contigo siempre...Y avancé en mi sueño
    por una larga, escueta galería
    sintiendo el roce de la veste pura
    y el palpitar suave de la mano amiga.
     
    Antonio Machado
     
     
     
     
    Luís Enrique Gómez (Cuba)

     

     
  • Garcia Lorca, l'ombre / G. Lorca, la sombra

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    L'ombre de mon âme

     

     Garcia Lorca

     

     

    L'ombre de mon âme
    s'enfuit dans un couchant d'alphabets,
    brouillard de livres
    et de mots.

    L'ombre de mon âme !

    J'ai atteint la ligne où cesse
    la nostalgie,
    et là, la goutte de pleur se transforme,
    albâtre de l'esprit

    L'ombre de mon âme !

    Le flocon de la peine
    s'achève,
    mais il me reste raison et substance
    de mon ancien midi de lèvres,
    mon ancien midi
    des regards.

    Un trouble labyrinthe
    d'étoiles voilées
    emmêle mes espoirs
    presque fanés.

    L'ombre de mon âme !

    Une hallucination
    Aspire mes regards.
    Je vois le mot amour
    démantelé

    Rossignol !
    Mon rossignol !
    Chantes-tu encore ?


    Mix d'une traduction trouvée sur la Toile (sans nom d'auteur) et de version personnelle-Colette.
     

    "Derrière chez moi" Photo Colette

     

    La sombra de mi alma
     
    Federico García Lorca
     
     
    La sombra de mi alma
    huye por un ocaso de alfabetos,
    niebla de libros
    y palabras.

    ¡La sombra de mi alma!

    He llegado a la línea donde cesa
    la nostalgia,
    y la gota de llanto se transforma
    alabastro de espíritu.

    (¡La sombra de mi alma!)

    El copo del dolor
    se acaba,
    pero queda la razón y la sustancia
    de mi viejo mediodía de labios,
    de mi viejo mediodía
    de miradas.

    Un turbio laberinto
    de estrellas ahumadas
    enreda mi ilusión
    casi marchita.

    ¡La sombra de mi alma!

    Y una alucinación
    me ordeña las miradas.
    Veo la palabra amor
    desmoronada.

    ¡Ruiseñor mío!
    ¡Ruiseñor!
    ¿Aún cantas?
     
  • Sur le dos d'un violon / A lomos de un violín

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    Un poème surréaliste de la galicienne Blanca Andreu (La Coruña, 1959)

     

    Photo Colette, port de Valldemossa
     
     
     

     

    Marine

    Je t'ai vu, océan
    je t'ai galopé
    sur le dos d'un violon
    de bois poli
    d'un lutrin courbe
    de couleur du cerisier
    et tu étais, océan
    un champ
    d'herbe bleue
    en mouvement.

    Comme si tu étais
    l'oubli même
    je t'ai visité
    océan
    empereur des eaux
    miroir profond du ciel
    et j'ai vu dans tes éternelles barbes d'écume
    des céréales bleues et des fleurs du silence.
    (trad: Colette)
    "El sueño oscuro" 1994
     
    Photo Colette , miroirs de lune?
     
    Marina

    Blanca Andreu‏


    Te he visto, océano
    te he galopado
    a lomos de un violín
    de madera pulida
    de un potro alabeado
    del color del cerezo
    y eras, océano
    un prado
    de hierba azul
    en movimiento.

    Como si fueras
    el propio olvido
    te he visitado
    océano
    emperador de las aguas
    espejo profundo del cielo
    y he visto en tus eternas barbas de espuma
    cereales azules y flores del silencio.

    "El sueño oscuro" 1994 

     

  • Se nourrir / Alimentarse

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    Vivre sans manger

     

    (Trad: Colette)

     

    Il est de plus en plus fréquent de partager sa table avec des gens qui considèrent leur devoir de vous informer des nutriments que contient chaque aliment sur votre assiette. Si tu commandes des sardines ils te rappellent leur haut contenu en Oméga-3; s'il s'agit de brocolis comment contourner ses propriétés anti cancérigènes; si on mange avec du thé (de plus en plus fréquent) on célèbre son potentiel antioxydant et diurétique; si la salade contient des noix on commente le pouvoir énergétique et les bontés cardiovasculaires; si c'est du saumon il faut rappeler à chaque bouchée qu'on est en train de donner un coup de pied au mauvais cholestérol; (…). Moi, je le confesse, tout ça me dépasse.

     

    Je m'indigne devant cette tendance à juger les aliments en effaçant tout aspect hédoniste et social; ces derniers exercent sûrement une influence plus décisive sur le bien-être que le stricte récit de leurs propriétés.

     

    Je lis que les super créatifs de Sylicon Valley sont enthousiasmés par de petites poudres appelées Soylent qui, mélangées à de l'eau, évitent de passer par cette terrible épreuve qu'est manger un plat comme il faut. Soylent est un composant nutritif qui fut crée en 2003 par un ingénieur software dans le but d'épargner de l'argent et de ne perdre de temps ni dans la préparation du repas ni dans cette demi-heure perdue où on le déguste. Ce régime, qui se prend à la paille et permet à l'exécutif de ne pas quitter son ordinateur des yeux, n'est pas accepté par la science comme un substitut de la nourriture mais il y a des “branchés” qui l'adoptent avec enthousiasme.

     

    Je considère que cela constitue un manque de respect envers ceux qui n'ont rien à se mettre sous la dent.
     
     

     

     

     

     

     

    Soylent
    Soylent

     

     

     

    Vivir sin comer

     

     


    Cada vez es más frecuente compartir mesa con personas que consideran que han de informarte de los nutrientes que contiene cada alimento que hay sobre el plato. Si pides sardinas te recuerdan su alto contenido en Omega-3; si la cosa va de brócoli cómo obviar sus propiedades anticancerígenas; si se come con té (cada vez más frecuente) se celebra su potencial antioxidante y diurético; si la ensalada lleva nueces se comenta el poder energético y las bondades cardiovasculares; si se trata de salmón hay que recordar que con cada bocado estamos dándole la patada al colesterol malo; (...)
    Yo, lo confieso, no puedo con tanto.
    Me indigna esa tendencia a juzgar los alimentos borrando cualquier aspecto hedonista o social, que finalmente seguro que ejerce una influencia más decisiva en el bienestar que la relación estricta de sus propiedades. Leo que los creativos guays de Sylicon Valley están entusiasmados con unos polvitos llamados Soylent que mezclados con agua le evitan a uno el mal trago de comerse un plato como Dios manda. Soylent es un compuesto nutritivo que fue diseñado en 2003 por un ingeniero de
    software con el fin de ahorrar dinero y no perder tiempo ni en la preparación de comida ni en esa media hora preciosa que se va en consumirla. Esta dieta, que se toma con pajita y permite al ejecutivo no apartar la mirada del ordenador, no está aceptada por la ciencia como un sustitutivo de la comida pero hay modernetes que la están abrazando con entusiasmo. Considero que no es más que una falta de respeto hacia aquellos que no tienen comida que llevarse a la boca.