29/10/2016

Le secret du raisin / El secreto de la uva





C'est le temps des raisins. Ici on dit “uvas con queso saben a beso”. Autrement dit: avec du fromage, les raisins ont le goût des baisers.
Irrésistibles donc...
 
 
Extrait /extracto de
 
Eduardo Galeano
 

 


El libro de los abrazos
 
Le livre des étreintes

 

 
 
Le raisin et le vin
 
A l'agonie, un homme des vignes parla à l'oreille de Marcela.
Avant de mourir il lui révéla son secret:
 
Le raisin, chuchota-t-il, est fait de vin.
 
Marcela Pérez-Siva me le conta, et je pensai: si le raisin est fait de vin, peut-être sommes-nous les mots qui racontent ce que nous sommes.

 (trad: Colette)

 

 
La uva y el vino
 
Un hombre de las viñas habló, en agonía, al oído de
Marcela. Antes de morir, le reveló su secreto:
 
La uva le susurró está hecha de vino.
 
Marcela Pérez-Silva me lo contó, y yo pensé: si la uva
está hecha de vino, quizás nosotros somos las palabras
que cuentan lo que somos.
 
 
 
 

Bonne semaine!

18/04/2015

Loin de la peur / Lejos del miedo

Eduardo Galeano (Uruguay), décédé la semaine dernière, était non seulement un grand poète et narrateur, mais aussi un analyste, plutôt lucide, qui nous a expliqué dans “Les veines ouvertes de l'Amérique Latine” comment s'imbriquent le pouvoir et l'Histoire. Il y raconte le passé d'un continent, c'était en 1971, une époque où Cuba n'était pas encore suspecte, ou du moins on pouvait encore croire et penser que de l'île allait venir un monde meilleur. Pas mal d'artistes, dont le poète Benedetti, l’auteur-compositeur-interpète Viglietti et Galeano reprirent le message du Che et d'autres, mais en lui ajoutant une touche plus, - comment dire?, humaine, hédoniste, romantique. Ni uniformes ni louanges à l'Union Soviétique. On aimait le vin, l'amour et...le football.
Galeano était un grand fan de foot, et quand on le lui reprochait, il répondait “Pour les intellectuels de gauche, le football empêche le peuple de penser. Pour ceux de droite, il prouve qu'il pense avec les pieds. C'est un business? Le sexe n'en est-il pas un? Et ceux qui savent m'ont dit que le sexe n'est pas mal”.
Il transforma le foot en une affaire politique.
Le général Videla le condamna à mort (il vécut en exil) et les “caudillos” de gauche se laissèrent aduler par lui. Toujours il offrit son renom pour appuyer toutes les causes justes, présentes et futures.
Peut-être lit-on certains de ses écrits avec un brin de raillerie de nos jours, peut-être s'est il parfois trompé, mais qui pas?



Eduardo Galeano, fallecido la semana pasada, era no solo un gran poeta y narrador, sino también un analista, mas bien lúcido, que nos explicó en “Las venas abiertas de América Latina” cómo se imbrican el poder y la Historia. Nos cuenta el pasado de un continente, era en 1971, una época en la que Cuba todavía no era sospechosa, o por lo menos se podía creer y pensar que de la isla iba a salir un mundo mejor. Muchos artistas, entre los cuales el poeta Benedetti, el autor y interprete Viglietti y Galeano recogieron el mensaje del Che y de otros, pero añadiéndole un toque, - ¿cómo decirlo?, más humano, hedonista, romántico. Ni uniformes ni alabanzas a la Unión Soviética. Gustaba el vino, l'amour, y...el fútbol.
Galeano era un gran fan de fútbol, y cuando se le reprochaba, respondía: «Para los intelectuales de izquierdas, el fútbol impide que el pueblo piense. Para los de derechas, prueba que piensa con los pies. ¿Que es un negocio? ¿El sexo no lo es? Y los que saben me han dicho que el sexo no está mal».
Trasformó el deporte en un asunto político.
El General Videla le condenó a muerte (vivió en el exilio) y los caudillos de izquierda se dejaron adular por él. Siempre ofreció son renombre para apoyar todas las causas justas, presentes y futuras.
Tal vez leamos algunos de sus escritos con algo de mofa hoy en día, tal vez se haya equivocado a veces, pero ¿quién no?

Sources /Fuentes:
El País :http://cultura.elpais.com/cultura/2015/04/13/actualidad/1...
La voz de Galicia : http://www.lavozdegalicia.es/noticia/opinion/2015/04/15/g...
El Mundo: http://www.elmundo.es/cultura/2015/04/13/552bbabbe2704e5f...

Signos y constelaciones enamorados / Miró /Signes et constellations amoureux.



Voici trois courts textes extraits du “Livre des étreintes” (déjà publié ici l'histoire du petit garçon et de la montre)
Aquí tres textos cortos extraídos de “El libro de los abrazos” (ya publiqué aquí la historia del niño y des reloj)

El arte y el tiempo

 ¿Quiénes son mis contemporáneos? -se pregunta Juan Gelman.

Juan dice que a veces se cruza con hombres que huelen a miedo, en Buenos Aires, París o donde sea, y siente que esos hombres no son sus contemporáneos.

Pero hay un chino que hace miles de años escribió un poema, acerca de un pastor de cabras que está lejísimos de la mujer amada y sin embargo puede escuchar, en medio de la noche, en medio de la nieve, el rumor del peine en su pelo: y leyendo ese remoto poema, Juan comprueba que sí, que ellos sí, que ese poeta, ese pastor y esa mujer son sus contemporáneos.

 

L'art et le temps
Qui sont mes contemporains? -se demandait Juan Gelman.
Juan dit que parfois il croise des hommes qui ont une odeur de peur, à Buenos Aires, à Paris ou n'importe où, et qu'il sent que ces hommes ne sont pas ses contemporains.
Mais il y a un chinois qui, il y a des milliers d'années, écrivit un poème sur un berger de chèvres qui se trouve très loin de la femme aimée et qui pourtant peut entendre, au milieu de la nuit, au milieu de la neige, le bruit du peigne dans ses cheveux: et en lisant ce lointain poème, Juan constate que oui, que eux oui, que ce poète, ce berger et cette femme sont ses contemporains.

 

 

La función del arte /1
 
Diego no conocía la mar. El padre, Santiago Kovadloff, lo llevó a descubrirla.
Viajaron al sur.
Ella, la mar, estaba mas allá de los altos médanos, esperando.
Cuando el niño y su padre alcanzaron por fin aquellas dunas de arena, después de mucho caminar, la mar estalló ante sus ojos. Y fue tanta la inmensidad de la mar, y tanto su fulgor que el niño quedó mudo de hermosura.
Y cuando por fin consiguió hablar, temblando, tartamudeando, pidió a su padre;

- ¡Ayúdame a mirar!

 
La fonction de l'art / 1

Diego ne connaissait pas la mer. Le père, Santiago Kovadloff l'emmena la découvrir.
Ils voyagèrent cap vers le sud.
Elle, la mer, se trouvait au-delà de hautes dunes; elle attendait.

 Quand enfin l'enfant et son père atteignirent ces dunes de sable, après une longue marche, la mer explosa devant leurs yeux. Et l'immensité de la mer fut telle, tel son éclat que l'enfant resta muet de beauté.

Et quand, enfin, il réussit à parler, tremblant, bégayant, il demanda à son père:

- Aide-moi à regarder!

La desmemoria /2

El miedo seca la boca, moja las manos y mutila. El miedo de saber nos condena a la ignorancia; el miedo de hacer, nos reduce a la impotencia. La dictadura militar, miedo de escuchar, miedo de decir, nos convirtió en sordomudos.
Ahora la democracia, que tiene miedo de recordar, nos enferma de amnesia: pero no se necesita ser Sigmund Freud para saber que no hay alfombra que no pueda ocultar la basura de la memoria.

Le manque de mémoire / 2

La peur sèche la bouche, mouille les mains et mutile. La peur de savoir nous condamne à l'ignorance; la peur de faire nous réduit à l'impuissance. La dictature militaire, peur d'écouter, peur de dire, nous transforma en sourds-muets.
Maintenant la démocratie, qui a peur de se souvenir, nous rend malades d'amnésie: mais il n'est pas besoin d'être Sigmund Freud pour savoir qu'il n'existe aucun tapis qui ne peut cacher la poubelle de la mémoire.




Traductions: Colette

29/03/2014

L'alphabet des doigts / El alfabeto de los dedos


 
 
Mur hérissé d'espoir / Photo Colette 
 
 
Je m'en voudrais de quitter l'Uruguay sans vous traduire cet autre extrait du LIVRE DES ÉTREINTES d'Eduardo Galeano. 


 
Célebration de la voix humaine /2
 
Ils avaient les mains attachées ou menottées, et pourtant les doigts dansaient. Les prisonniers étaient encapuchonnés mais en s'inclinant ils arrivaient à voir un peu, un tout petit peu, vers le bas. Bien que parler était interdit, ils conversaient avec les mains.
Pinio Ungerfeld m'a appris l'alphabet des doigts, qu'en prison il apprit sans professeur;
- Certains avaient une vilaine écriture - me dit-il -, d'autres étaient des artistes de la calligraphie. 

La dictature Uruguayenne voulait que tous ne fassent qu'un seul, que chacun ne soit personne; dans les prisons et dans tout le pays, la communication était un délit.
Certains prisonniers passèrent plus de dix ans enterrés dans des cachots solitaires de la taille d'un cercueil, sans entendre d'autres voix que le fracas des grilles ou les pas des bottes dans le corridor.
Fernández Huidobro et Mauricio Rosencof, condamnés à cette solitude, furent sauvés parce qu'ils purent se parler, par de petits coups sur le mur.
C'est ainsi qu'ils se racontaient rêves et souvenirs, amours et désamours: ils discutaient, s'étreignaient, se disputaient; ils partageaient certitudes et beautés et ils partageaient aussi doutes et fautes et questions, de celles qui n'ont pas de réponse.

Quand elle est vraie, quand elle naît du besoin de dire, rien ne peut arrêter la voix humaine. Si on lui refuse la bouche, elle parle avec les mains, ou par les yeux, ou par les pores, ou par n'importe où.
Parce que tous, tous, nous avons quelque chose à dire aux autres, une chose qui mérite d'être célébrée ou pardonnée par les autres.
 
Trad: Colette
 
 
Pedro Figari /Uruguay
 

 
 
No quiero marcharme de Uruguay sin reproducir otro texto sacado de El libro de los abrazos de Eduardo Galeano.
 
Celebración de la voz humana /2

Tenían las manos atadas o esposadas, y sin embargo los dedos danzaban. Los presos estaban encapuchados, pero inclinándose alcanzaban a ver algo, alguito, por abajo. Aunque hablar, estaba prohibido, ellos conversaban con las manos.
Pinio Ungerfeld me enseñó el alfabeto de los dedos, que en prisión aprendió sin profesor:
-Algunos teníamos mala letra - me dijo -, otros eran unos artistas de la caligrafía.
  La dictadura uruguaya quería que cada uno fuera nada más que uno, que cada uno fuera nadie; en cárceles y cuarteles y en todo el país, la comunicación era delito.
Algunos presos pasaron más de diez años enterrados en solitarios calabozos del tamaño de un ataúd, sin escuchar más voces que el estrépito de las rejas o los pasos de las botas por los corredores. Fernández Huidobro y Mauricio Rosencof, condenados a esa soledad, se salvaron porque pudieron hablarse, con golpecitos a través de la pared.
Así se contaban sueños y recuerdos, amores y desamores: discutían, se abrazaban, se peleaban; compartían certezas y bellezas y también compartían dudas yculpas y preguntas de esas que no tienen respuestas.

Cuando es verdadera, cuando nace de la necesidad de decir, a la voz humana no hay quien la pare. Si le niegan la boca, ella habla por las manos, o por los ojos, o por los poros, o por donde sea. Porque todos, toditos, tenemos algo que decir a los demás, alguna cosa que merece ser por los demás celebrada o perdonada.

08/03/2014

La montre / El reloj

Célébration de la fantaisie 

 

 Conte - Le livre des Étreintes

 

 Eduardo Galeano (Uruguay, 1940)

 

Ce fut à l'entrée du village de Ollantaytambo, près de Cuzco. J'avais pris congé d'un groupe de touristes et j'étais seul, je regardais de loin les ruines de pierres, quand un enfant du lieu, malingre, en haillons, s'approcha et me demanda de lui offrir un crayon. Je ne pouvais lui donner celui que j'avais car je l'employais pour je ne sais quelles annotations ennuyeuses, mais je lui proposai de lui dessiner un petit cochon sur la main.

 

Immédiatement le bruit courût. Et sitôt je me vis entouré d'un essaim d'enfants qui exigeaient à grands cris que je leur dessine des bestioles sur les mains craquelées de crasse et de froid, peaux de cuir brûlé: il y en avait qui voulaient un condor ou un serpent, d'autres préféraient des perroquets ou des chouettes et il ne manquait pas ceux qui demandaient un fantôme ou un dragon.

 

Et alors, au milieu de ce brouhaha, un petit laissé-pour-compte qui ne faisait pas plus d'un mètre, me montra une montre dessinée à l'encre noire à son poignet:

- Mon oncle qui vit à Lima me l'a envoyée, dit-il. 

- Et elle fonctionne bien? lui demandais-je.
- Elle retarde un peu reconnût-il.

 

 

(Trad. Colette)

Luna en la Plaza 1959 - Amalia Nieto (Uruguay)

 

CELEBRACIÓN DE LA FANTASÍA

(cuento)

Eduardo Galeano (Uruguay, 1940)

 

Fue a la entrada del pueblo de Ollantaytambo, cerca de Cuzco. Yo me había despedido de un grupo de turistas y estaba solo, mirando de lejos las ruinas de piedra, cuando un niño del lugar, enclenque, haraposo, se acercó a pedirme que le regalara una lapicera. No podía darle la lapicera que tenía, porque la estaba usando en no sé qué aburridas anotaciones, pero le ofrecí dibujarle un cerdito en la mano.

 

Súbitamente, se corrió la voz. De buenas a primeras me encontré rodeado de un enjambre de niños que exigían, a grito pelado, que yo les dibujara bichos en sus manitas cuarteadas de mugre y frío, pieles de cuero quemado: había quien quería un cóndor y quien una serpiente, otros preferían loritos o lechuzas y no faltaban los que pedían un fantasma o un dragón.

 

Y entonces, en medio de aquel alboroto, un desamparadito que no alzaba más de un metro del suelo, me mostró un reloj dibujado con tinta negra en su muñeca:

 

-Me lo mandó un tío mío, que vive en Lima -dijo.
-Y ¿anda bien? -le pregunté.

 -Atrasa un poco -reconoció.

 

El libro de los abrazos (1989)