08/10/2017

Regarder avec innocence / Mirar con inocencia

Chemins du miroir
 
1964 Alejandra Pizarnik* (La piedra de la Locura)
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Et surtout regarder avec innocence. Comme si rien ne se passait, ce qui est vrai.
ll
Mais toi je veux te regarder jusqu’à ce que ton visage s’éloigne de ma peur comme un oiseau du bord philosophe de la nuit.
lll
Comme une fillette de craie rose sur un très vieux mur soudain effacé par la pluie.
lV
Comme quand une fleur s’ouvre et révèle le cœur qu’elle n’a pas.
V
Tous les gestes de mon corps et de ma voix pour faire de moi l’offrande, le bouquet qu’abandonne le vent sur le seuil.
Vl
Couvre la mémoire de ton visage avec le masque de celle que tu seras et qui effraye la fillette que tu fus.
Vll
La nuit des deux se dispersa avec la brume. C’est la saison des aliments froids.
Vlll
Et la soif, mon souvenir est de soif, moi en bas, au fond, dans le puits, je buvais, je me souviens.
lX
Tomber comme un animal blessé dans le lieu qui allait être celui des révélations.
X
L’air de rien. De rien du tout. Bouche cousue. Paupières cousues. J’ai oublié.
Au dedans le vent. Tout fermé et le vent dedans.
(Trad: Colette)
 
* Une poètesse que j'admire, qui me fascine aussi. Si vous avez oublié qui elle est, c'est ici
 
Girl at the mirror, Norman Rockwell (1954)
 
 
 
CAMINOS DEL ESPEJO, 1964
 
Alejandra Pizarnik (La Piedra De La Locura)
I
Y sobre todo mirar con inocencia. Como si no pasara nada, lo cual es
cierto.
II
Pero a ti quiero mirarte hasta que tu rostro se aleje de mi miedo como
un pájaro del borde filoso de la noche.
III
Como una niña de tiza rosada en un muro muy viejo súbitamente
borrada por la lluvia.
IV
Como cuando se abre una flor y revela el corazón que no tiene.
V
Todos los gestos de mi cuerpo y de mi voz para hacer de mí la
ofrenda, el ramo que abandona el viento en el umbral.
VI
Cubre la memoria de tu cara con la máscara de la que serás y asusta a
la niña que fuiste.
VII
La noche de los dos se dispersó con la niebla. Es la estación de los
alimentos fríos.
VIII
Y la sed, mi memoria es de la sed, yo abajo, en el fondo, en el pozo,
yo bebía, recuerdo.
IX
Caer como un animal herido en el lugar que iba a ser de revelaciones.
X
Como quien no quiere la cosa. Ninguna cosa. Boca cosida. Párpados
cosidos. Me olvidé. Adentro el viento. Todo cerrado y el viento
adentro.