07/10/2012

Aux îles Canaries III / En las islas Canarias III

À la recherche d'un dernier poème canarien, je lis celui-ci.

Chants de beaucoup de ports
 
Hier j'ai quitté ma patrie, et rien ne fit trembler mes paupières.
Et l'âme resta tranquille, apaisée,
attendant, sereine, un horizon moins peuplé d'ombres...
Je considère mon puissant effort
comme celui de l'aigle royal qui fuirait
l'endroit où le chasseur le poursuivait
et va terminer son vol au loin sur un abrupt rocher
inconnu.
 
Et celui-là sera son nid, et c'est là qu'elle aura ses enfants,
et sur ce rocher hospitalier
elle créera ses amours et sa patrie...!
La patrie est une voix absurde des temps médiévaux.
C'est l'état d'âme des êtres qui dicte la patrie.
La patrie est celle qui tend la main au marcheur;
la patrie est ce sol où l'on trouve rédemption et courage;
la patrie est une terre, proche ou lointaine,
où l'on sèche des larmes brûlantes
et où elles se transforment en baisers ardents...!
La patrie”. 
(Trad: Colo)
 
Mercedes Pinto (Tenerife 1883-1976 Mexico)
 

 Buscando un último poema Canario, leo este:
 

Cantos de muchos puertos”

“Salí ayer de mi patria, y ni un temblor estremeció mi párpados.
Y el alma permaneció tranquila sosegada,
esperando, serena, un horizonte con menos sombras...
Yo considero mi potente esfuerzo
como el del águila caudal, que huyese
de donde el cazador le persiguiera
y va a parar su vuelo, en una roca abrupta en lejanía
que nunca conociera.
 
 
¡Y aquél será su nido, y allí tendrá sus hijos,
y sobre aquella roca hospitalaria
creará sus amores y su patria...!
La patria es voz absurda de tiempos medievales.
El estado del alma de los seres dice cuál es la patria.
¡La patria es la que tiende la mano al caminante;
la patria es aquel suelo donde se encuentra redención y aliento;
la patria es una tierra, cerca o lejana,
donde se enjugan lágrimas candentes
y se convierten en ardientes besos...!”
«La patria» 
 
Mercedes Pinto (Tenerife 1883-1976 Méjico)

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               Cristino de Vera (Tenerife 1931-     )

Si ce poème ne me semble pas trop intéressant du point de vue littéraire, le sujet, lui, l'est.
En tout cas le démon de la curiosité me presse : que lui est-il arrivé? qui l'a exilée? qui était le chasseur...?
Une enquête s'impose.
Née à Tenerife dans une famille aisée, elle publie dès ses 14 ans des poèmes dans des journaux et revues locaux et est appelée “la poétesse canarienne”.
Une étape noire de sa vie commence en 1909: elle se marie et a trois enfants avec un homme atteint de paranoïa et qui a des comportements violents. Ceci amènera cela.
Elle réussit à le faire interner à Madrid où elle va habiter avec ses enfants. Après un temps il réussit à s'en échapper mais elle refuse de suivre à Tenerife cet “irresponsable”.
Mercedes s'introduit dans les cercles littéraires et intellectuels. C'est une républicaine à l'esprit progressiste qui a une conscience féministe: un jour elle fait une conférence intitulée “ Le divorce comme mesure hygiénique” un texte très osé dans le contexte d'alors.
Pensez que l'Espagne, très catholique, vit sous la dictature de Primo de Rivera. Inutile de vous dire que ce dernier n'a pas apprécié ses idées et il décide de l'exiler.
Prévenue par ses amis elle prend les devants et part d'elle même en Uruguay en 1924 . Elle y est bien accueillie et une nouvelle vie, très active, commence pour elle et sa famille.
Voilà donc l'explication du poème.
Mais je découvre autre chose.
En 1926 elle publie EL, histoire de Francisco, un psychotique paranoïaque que la jalousie obsessive pousse à harceler une femme.
Impossible de ne pas y deviner une partie de son vécu. Ce texte a fasciné Luís Buñuel qui en a fait un film du même nom. Il n'a pas eu de succès à l'époque mais est un de ses chefs-d’œuvre, le film que lui-même préférait aussi paraît-il.
J'arrête ici mais prenez le temps de regarder le film en entier...terrible. 
Parfait.



Este poema me parece poco interesante desde un punto de vista literario, otra cosa es el asunto.
En cualquier caso el demonio de la curiosidad me empuja: ¿qué le ha pasado? ¿quién le ha exiliado? ¿quién era el cazador...?
Una pesquisa se hace necesaria.
Nacida en Tenerife en una familia acomodada, a partir de los 14 años publica poemas en periódicos y revistas locales y la llaman la “poetisa canaria”
Una etapa negra de su vida comienza en 1909: se casa y tiene tres hijos con un hombre que padece de paranoia y que tiene comportamientos violentos. Eso explica aquello.
Acaba por hacerlo internar en Madrid donde va a vivir con sus hijos. Al cabo de un tiempo su marido se escapa pero ella se niega a seguir a Tenerife a ese “irresponsable”.
Mercedes se introduce en los círculos literarios e intelectuales. Es una republicana con un espíritu progresista que tiene una conciencia feminista: un día da una conferencia titulada “El divorcio como medida higiénica” un texto muy atrevido en el contexto de la época. Hay que pensar que España, muy católica, vive bajo la dictadura de Primo de Rivera. No hace falta decir que este ultimo no apreció sus ideas y decide exilarla. Avisada por sus amigos toma la delantera y se marcha a Uruguay en 1924. Fue bien acogida y una nueva vida, muy activa, empieza para ella y su familia.
Esa es la explicación del poema.
Pero descubro otra cosa.
En 1926 publica EL, la historia de Francisco, un psicótico paranoico cuyos celos obsesivos le llevan a acosar a una mujer.
Imposible no adivinar una parte de sus vivencias. Ese texto fascinó a Luis Buñuel a partir del cual realizo una película con ese mismo nombre. No tuvo éxito en su tiempo pero es una de sus obras maestras y según parece, la película que él mismo prefería.
Aquí me paro pero tomad el tiempo de mirar la película entera...terrible.
Perfecta.
 
Notes: Le texte "EL" suivi de "Le divorce comme mesure hygiénique" est traduit en français.
Foto: http://anuncios.ebay.es/otros-libros-revistas/vida-y-obra-de-cristino-de-vera-11840572.htm?vipv=fotos&vipn=5

08/10/2011

Dans la brume / En la niebla

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Brumes matinales sur la route qui mène chez moi; Platero s'y plairait bien, non?
Car c'est de lui, enfin plutôt des cruelles facéties et désirs de notoriété de Dalí et Buñuel que nous allons parler aujourd'hui. Je vous l'avais annoncé.

 

 

L’affaire Platero / El asunto Platero

« Platero y yo » de Juan Ramón Jiménez. Une première édition partielle, comprenant 63 chapitres, est publiée à Madrid en 1914, dans une édition pour la jeunesse. L’édition intégrale sortit en 1917, connut un immense succès et devint livre de lectures scolaires dès 1920.

« PLatero y yo » de Juan Ramón Jiménez: una primera edición parcial, conteniendo 63 capítulos, se publicó en Madrid en 1914, en una edición juvenil. La edición integral salió en 1917, tuvo un inmenso éxito y  fue una lectura escolar desde 1020.

 

« L’affaire » se passe en 1928. Juan Ramón Jiménez est déjà un auteur et poète reconnu.

« El asunto » tuvo lugar en 1928. J.R.Jiménez ya es un autor y poeta reconocido.

 

Dalí et Buñuel, âgés de 24 et 28 ans se connaissent depuis longtemps ; ils ont pour objectif, entre autres,  de moderniser la poésie et avaient, c’est bien curieux,  développé depuis l’enfance une obsession  pour  les ânes pourris, (sujet que l’on retrouve sous la forme de têtes d’ânes morts sur un piano dans le grand classique du cinéma surréaliste « Un chien andalou »).

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Dalí y Buñuel de 24 y 28 años se conocen desde hace tiempo; tienen por objetivo, entre otros, modernizar la poesía y ambos tenían, hecho curioso, una obsesión por los burros podridos (tema que de encuentra bajo la forma de cabezas de burros muertos en un piano en el gran clásico del cine surrealista “Un perro andaluz”).

 

Un jour, Mr Jiménez reçoit la terrible lettre suivante :

Un día, el Señor Jiménez recibe la terrible carta siguiente:

 

Lettre de Luis Buñuel y Salvador Dalí à Juan Ramón Jiménez (1928)

Mr Juan Ramón Jiménez

Madrid

Notre cher ami. Nous pensons qu’il est de notre devoir de vous dire –oui, de façon désintéressée- que votre œuvre nous répugne profondément car immorale, car hystérique, car cadavérique, car arbitraire.

 

Spécialement :

 

MERDE !!

 

pour votre Platero et moi, pour votre facile et malintentionné Platero et moi,  l’âne le moins âne, l’âne le plus odieux que nous ayons rencontré.

 

Et pour vous, pour votre funeste actuation, aussi :

 

MERDE !!!

 

Sincèrement.

 

LUIS BUÑUEL SALVADOR DALÍ

 

 

 

Carta de Luis Buñuel y Salvador Dalí a Juan Ramón Jiménez (1928)

Sr. Dn. Juan Ramón Jiménez

Madrid

Nuestro distinguido amigo: Nos creemos en el deber de decirle -sí, desinteresadamente- que su obra nos repugna profundamente por inmoral, por histérica, por cadavérica, por arbitraria.

Especialmente:

¡¡MERDE!!

para su Platero y yo, para su fácil y malintencionado Platero y yo, el burro menos burro, el burro más odioso con que nos hemos tropezado.

Y para Vd., para su funesta actuación, también:

¡¡¡¡MIERDA!!!!

Sinceramente

LUIS BUÑUEL SALVADOR DALÍ

[Agustín Sánchez Vidal, Buñuel, Lorca, Dalí: el enigma sin fin, Barcelona: Planeta, 1988, p. 189.]

 

Vous imaginez l’étonnement, la  peine aussi de cet homme si sensible.

Dalí nous donne, dans son style caractéristique, une explication de la lettre, la voici.

Os podéis imaginar la sorpresa, la pena también de ese hombre tan sensible.

Dalí nos da una explicación de la carta, aquí está:

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"A ce moment nous voulions envoyer, pour créer une sorte de subversion morale, une lettre à la personne la plus prestigieuse d’Espagne, uniquement pour provoquer une réaction et que les gens disent : « Pourquoi l’ont-ils fait ? » et tout ça. Nous en avions alors choisi deux ou trois, nous avions pensé à Falla * qui jouissait déjà d’un grand prestige, pour lui dire qu’il était un fils de pute, etc…le pire qu’on puisse dire ; nous les avons mis dans un chapeau (les noms) , et Juan Ramón Jiménez est sorti.

 

Nous venions justement de rendre visite la veille à J.R. Jiménez qui nous avait reçus sentimentalement : « Voyons cette merveilleuse jeunesse… », et il dit avoir rencontré des jeunes gens magnifiques dans notre groupe.

 

Alors, il sort du chapeau et nous écrivons la lettre, qui était une lettre terrible contre Platero, que l’âne de Platero était un âne pourri, que cette histoire d’étoiles était du sentimentalisme… ; en plus, c’est vrai, je n’ai jamais aimé Juan Ramón Jiménez, je trouve que c’est un très mauvais poète. Au moment de poster la lettre, Buñuel a eu un doute, mais il la posta, nous la postâmes, et le jour suivant Juan Ramón a été malade, il disait : » Je ne comprends pas, la veille je reçois ces jeunes gens ; ils me semblent…et le jour d’après ils m’insultent de la façon la plus grossière… » Et il n’a jamais compris. C’était une chose incompréhensible."

(Traductions Colette)

 

"En aquel momento queríamos mandar, para crear una especie de subversión moral, una carta a la persona más prestigiosa de España, únicamente para provocar una reacción y que la gente dijera: "¿Por qué lo han hecho?", y tal y cual. Entonces habíamos escogido dos o tres, y habíamos pensado en Falla, que tenía un gran prestigio, para decirle que era un hijo de puta, etc.: lo más que se puede decir; los pusimos en un sombrero (los nombres), y salió Juan Ramón Jiménez.

 

Justamente acabábamos de visitar a Juan Ramón el día anterior, que nos había recibido sentimentalmente: "A ver, esa juventud maravillosa...", y dijo haber encontrado unos chicos magníficos en nuestro grupo.

 

Entonces, sale en el sombrero y escribimos la carta, que era una carta terrible contra Platero, que el asno de Platero era un asno podrido, aquello de las estrellas era un sentimentalismo...; además, es verdad, a mí nunca me ha gustado Juan Ramón Jiménez, encuentro que es un poeta pésimo. En el momento de echar la carta, Buñuel tuvo una duda, pero la echó, la echamos, y al día siguiente Juan Ramón estuvo enfermo, diciendo: "No comprendo, un día antes recibo a estos chicos; me parecen... Y al día siguiente me insultan de la manera más grosera..." Y no lo comprendió nunca. Fue una cosa incomprensible."

[Agustín Sánchez Vidal, Buñuel, Lorca, Dalí: el enigma sin fin, Barcelona: Planeta, 1988, pp. 191-192.]

 

*Falla : il fait référence à Manuel de Falla : http://fr.wikipedia.org/wiki/Manuel_de_Falla

Source / Fuente : http://www.udc.es/tempo/cuestions20/docs_surr08.html#jrj