03/10/2015

Pluie dans le patio / Lluvia en el patio

Dans les pays asiatiques il n'y a que deux saisons: la sèche et l'humide.
Cette mousson si attendue, indispensable à la vie, causant parfois des catastrophe aussi.

 

En los países asiáticos sólo hay dos estaciones: la seca y la húmeda. Ese monzón tan esperado, indispensable para la vida, causando a veces desastres también.

J'y pense ce matin en regardant la campagne inondée; les oiseaux se bousculent dans les immenses flaques, et j'imagine les semences se gorgeant goulûment d'eau.

 

 

Pienso en ello esta mañana mirando al campo inundado; los pájaros se atropellan en los inmensos charcos, y me imagino las simientes llenándose de agua con gula.

Voici cette semaine un poème de J.L. Borges avec ce vers intraduisible et génial:
 Esta semana un poema de Borges y este verso tan conseguido:

 

" Y el curioso color del colorado."

 


Pluie, patio, père...

 

Lluvia, patio, padre...

 

"La pluie"

 

 
Brusquement le soir s'est éclairé

 

car déjà tombe la pluie fine.

 

Elle tombe ou tomba. La pluie est une chose

 

qui bien sûr survient dans le passé

 

 

 

Celui qui l'entend tomber a retrouvé

 

Le temps où le sort heureux

 

Lui révéla une fleur appelée rose

 

et la curieuse couleur qu'est le carmin.

 

 

 

Cette pluie qui aveugle les vitres

 

Réjouira dans des quartiers perdus

 

Les noirs raisins d'une treille en un certain

 

 

 

Patio qui n'existe plus. Le soir

 

Mouillé m'apporte la voix, la voix désirée

 

De mon père qui revient et qui n'est pas mort.

 

 

 

(trad: Colette)

 

 

 

"Comme beaucoup, je tiens qu'un poème est intraduisible, mais qu'il peut être recréé dans une autre langue (je sais bien qu'en bonne logique, il suffirait d'un seul vers bien traduit pour réfuter cette assertion). Tout dépend, bien sûr, de ce qu'on entend par "bien traduit". Pour moi, je suis nominaliste; je me méfie des affirmations abstraites, et je préfère m'en tenir aux cas particuliers."

 

Jorge Luis Borges

 

 

"La lluvia"

 

 

Bruscamente la tarde se ha aclarado

 

Porque ya cae la lluvia minuciosa.

 

Cae o cayó. La lluvia es una cosa

 

Que sin duda sucede en el pasado.

 

 

 

Quien la oye caer ha recobrado

 

El tiempo en que la suerte venturosa

 

Le revelo una flor llamada rosa

 

Y el curioso color del colorado.

 

 

 

Esta lluvia que ciega los cristales

 

Alegrara en perdidos arrabales

 

Las negras uvas de una parra en cierto

 

 

 

Patio que ya no existe. La mojada

 

Tarde me trae la voz, la voz deseada

 

De mi padre que vuelve y que no ha muerto
 

 

 

 

 

 

06/09/2015

Ces choses quotidiennes / Esas cosas cotidianas

Chose; on apprend, puis on répète que c'est un mot à éviter, presqu'un gros mot quand on écrit. Voyons, chaque chose a un nom!
 
Et pourtant...pourtant. Jorge Luis Borges et Gloria Fuertes, deux “grands” l'ont employé pour écrire des poèmes, de beaux poèmes sur... “des choses”.

  

Cosas; aprendemos, luego repetimos que es una palabra que hay que evitar, casi una palabrota cuande se escribe. Venga, ¡cada cosa tiene un nombre!
Sin embargo...sin embargo. Jorge Luis Borges y Gloria Fuertes, dos “grandes” lo emplearon para escribir poemas, preciosos poemas sobre...”cosas”

 

 

 

 

 

 

Les Choses
 
Le bâton, les pièces de monnaie, le porte-clés,
la serrure docile, les lettres tardives
qui ne seront pas lues dans le peu de jours
qu'il me reste, les cartes de jeu et le damier,
 
un livre, et, entre ses pages, la violette
flétrie, monument d'un soir
sans doute inoubliable mais déjà oublié,
le rouge miroir occidental dans lequel brûle 
 
une illusoire aurore. Combien de choses,
planches, seuils, atlas, tasses, épingles,
nous servent d'esclaves tacites,
 
aveugles et étrangement discrets !
Elles dureront au delà de notre oubli;
elles ne sauront jamais que nous sommes partis. 

 


Jorge Luis Borges (1899-1986)  

Traduit de l'espagnol par E. Dupas, retravaillé à sa manière par Colette.

 

Borges

 

 
Las cosas

El bastón, las monedas, el llavero,
la dócil cerradura, las tardías
notas que no leerán los pocos días
que me quedan, los naipes y el tablero,

un libro y en sus páginas la ajada
violeta, monumento de una tarde
sin duda inolvidable y ya olvidada,
el rojo espejo occidental en que arde

una ilusoria aurora. ¡Cuántas cosas,
láminas, umbrales, atlas, copas, clavos,
nos sirven como tácitos esclavos,

ciegas y extrañamente sigilosas!
Durarán más allá de nuestro olvido;
no sabrán nunca que nos hemos ido.

 

 
 
Picasso "Femme accoudée"
 

 

Les choses    Gloria Fuertes

Les choses, nos choses,
elles aiment qu'on les aime;
ma table aime que j'y appuie mes coudes,
la chaise aime que je m’asseye sur la chaise,
la porte aime que je l'ouvre et la ferme
comme le vin aime que je l'achète et le boive,
mon crayon se libère si je le prends et écris,
mon armoire frissonne quand je l'ouvre et regarde,
les draps sont draps quand je me couche sur eux
et le lit se plaint quand je me lève.
Qu'adviendra-t-il des choses quand l'homme disparaîtra?
Tout comme les chiens, les choses n’existent pas sans le maître.

 

Trad: Colette

 

 

Biblioteca La Granja Foto Colo

 

 

Las cosas Gloria Fuertes

 

Las cosas, nuestras cosas,
les gustan que las quieran;
a mi mesa le gusta que yo apoye los codos,
a la silla le gusta que me siente en la silla,
a la puerta le gusta que la abra y la cierre
como al vino le gusta que lo compre y lo beba,
mi lápiz se deshace si lo cojo y escribo,
mi armario se estremece si lo abro y me asomo,
las sábanas son sábanas cuando me echo sobre ellas
y la cama se queja cuando yo me levanto.
¿Qué será de las cosas cuando el hombre se acabe?
Como perros las cosas no existen sin el amo.

 

21/09/2014

Nuages / Nubes

 

 

                             Photo Colette, aube à Puigpunyent, Mallorca 2014
 
            Nuages ( Jorge Luis Borges)
I. Pas une chose au monde qui ne soit
nuage. Nuages, les cathé­drales,
pierre impo­sante et bibliques ver­rières,
qu’aplanira le temps. Nuage l’
Odys­sée,
mou­vante, comme la mer, neuve
tou­jours quand nous l’ouvrons. Le reflet
de ta face est un autre, déjà, dans le miroir
et le jour, un laby­rinthe impal­pable.
Nous sommes ceux qui partent. Le nuage
nom­breux qui s’efface au cou­chant
est notre nuage. Telle rose
en devient une autre, indé­fi­ni­ment.
Tu es nuage, tu es mer, tu es oubli.
Tu es aussi ce que tu as perdu.
Nuages (I), Jorge Luis Borges, Les Conju­rés,
tra­duc­tion par Claude Este­ban,

                           Photo Colette, aube à Puigpunyent, Mallorca 2014


NUBES   (de Jorge Luis Borges)
 
  1. No habrá una sóla cosa que no sea
    una nube. Lo son las catedrales
    de vasta piedra y bíblicos cristales
    que el tiempo allanará. Lo es la Odisea,
    que cambia como el mar. Algo hay distinto
    cada vez que la abrimos. El reflejo
    de tu cara ya es otro en el espejo
    y el día es un dudoso laberinto.
    Somos los que se van. La numerosa
    nube que se deshace en el poniente
    es nuestra imagen. Incesantemente
    la rosa se convierte en otra rosa.
    Eres nube, eres mar, eres olvido.
    Eres también aquello que has perdido.
                        Photo Colette, Mallorca
 
 
 
 
 

Nubes II (extracto) JL Borges
(...)
¿Qué son las nubes? ¿Una arquitectura
del azar? Quizá Dios las necesita
para la ejecución de Su infinita
obra y son hilos de la trama oscura.
Quizá la nube sea no menos vana
que el hombre que la mira en la mañana.
 
        Nuages ll (extrait) JL Borges
 
        (...)
        Que sont les nuages? Une architecture
        du hasard? Dieu, peut-être, en a-t-il besoin
        pour l'exécution de son oeuvre infinie.
        Ils sont le fil d'une trame obscure.
        Le nuage, peut-être, est aussi vain
        que l'homme qui le regarde dans le matin.
         (Trad: Colette)