alejandra pizarnik

  • Ivresses / Embriagueces

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    Quels tableaux de F. de Goya et P.Klee Alejandra Pizarnik a-t-elle regardés qui
     
     
    ont inspiré ses mots? Peut-être ceux-ci…
     
     
    (exposición Goya)
     
    un agujero en la noche
    súbitamente invadido por un ángel
     
    un trou dans la nuit
    soudain envahi par un ange
     
     

     

    Tobía y el angel F. Goya 1787
     
     
    (un dibujo de Klee)
     
    cuando el palacio de la noche
    encienda su hermosura
    pulsaremos los espejos
    hasta que nuestros rostros canten como ídolos
     
    quand le palais de la nuit
    allumera sa beauté
    nous sonderons les miroirs
    jusqu’à ce que nos visages chantent comme des idoles
     
    Paul Klee
     
     
     
    Terminons par cette ivresse….Acabemos con esta embriaguez….
     
    un golpe del alba en las flores
    me abandona ebria de nada y de luz lila
    ebria de inmovilidad y de certeza
     
    un coup d’aube sur les fleurs
    m’abandonne ivre de rien et de lumière lilas
    ivre d’immobilité et de certitude
                                
    -----------------------------
     
    Traductions en français : Colette
    Extraits de Arbol de Diana Alejandra Pizarnik
  • Savoir nommer / Saber nombrar

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    Nous revenons une fois encore à Alejandra Pizarnik.
    Volvemos una vez más a Alejandra Pizarnik.
     
     
    elle se dénude dans le paradis
    de sa mémoire
    elle ignore le féroce destin
    de ses visions
    elle a peur de ne savoir nommer
    ce qui n'existe pas
    (Trad: Colette)
     
    ella se desnuda en el paraíso
    de su memoria
    ella desconoce el feroz destino
    de sus visiones
    ella tiene miedo de no saber nombrar
    lo que no existe
     
    expliquer avec des mots de ce monde
    que de moi sortit un bateau qui m'emporta
     
    (trad:Colette)
     
    explicar con palabras de este mundo
    que partió de mí un barco llevándome
     
     
     
    Je lisais et traduisais ces courts poèmes quand je me suis demandé si cette difficulté à nommer l’avait poussée à s’exprimer aussi d’une autre façon qu’avec des mots. Et j’ai trouvé ça:
    Leía y traducía esos cortos poemas cuando me pregunté si esa dificultad en nombrar le había empujado a expresarse también de otra forma que con palabras. Y encontré esto:
     
    Seul le fragile reste

     

    La cage est devenue oiseau et s'est envolée  

     

     

     

    Je demande le silence * (détail)

     

    Ce voyage fut une erreur *

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     
  • Regarder avec innocence / Mirar con inocencia

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    Chemins du miroir
     
    1964 Alejandra Pizarnik* (La piedra de la Locura)
    l
    Et surtout regarder avec innocence. Comme si rien ne se passait, ce qui est vrai.
    ll
    Mais toi je veux te regarder jusqu’à ce que ton visage s’éloigne de ma peur comme un oiseau du bord philosophe de la nuit.
    lll
    Comme une fillette de craie rose sur un très vieux mur soudain effacé par la pluie.
    lV
    Comme quand une fleur s’ouvre et révèle le cœur qu’elle n’a pas.
    V
    Tous les gestes de mon corps et de ma voix pour faire de moi l’offrande, le bouquet qu’abandonne le vent sur le seuil.
    Vl
    Couvre la mémoire de ton visage avec le masque de celle que tu seras et qui effraye la fillette que tu fus.
    Vll
    La nuit des deux se dispersa avec la brume. C’est la saison des aliments froids.
    Vlll
    Et la soif, mon souvenir est de soif, moi en bas, au fond, dans le puits, je buvais, je me souviens.
    lX
    Tomber comme un animal blessé dans le lieu qui allait être celui des révélations.
    X
    L’air de rien. De rien du tout. Bouche cousue. Paupières cousues. J’ai oublié.
    Au dedans le vent. Tout fermé et le vent dedans.
    (Trad: Colette)
     
    * Une poètesse que j'admire, qui me fascine aussi. Si vous avez oublié qui elle est, c'est ici
     
    Girl at the mirror, Norman Rockwell (1954)
     
     
     
    CAMINOS DEL ESPEJO, 1964
     
    Alejandra Pizarnik (La Piedra De La Locura)
    I
    Y sobre todo mirar con inocencia. Como si no pasara nada, lo cual es
    cierto.
    II
    Pero a ti quiero mirarte hasta que tu rostro se aleje de mi miedo como
    un pájaro del borde filoso de la noche.
    III
    Como una niña de tiza rosada en un muro muy viejo súbitamente
    borrada por la lluvia.
    IV
    Como cuando se abre una flor y revela el corazón que no tiene.
    V
    Todos los gestos de mi cuerpo y de mi voz para hacer de mí la
    ofrenda, el ramo que abandona el viento en el umbral.
    VI
    Cubre la memoria de tu cara con la máscara de la que serás y asusta a
    la niña que fuiste.
    VII
    La noche de los dos se dispersó con la niebla. Es la estación de los
    alimentos fríos.
    VIII
    Y la sed, mi memoria es de la sed, yo abajo, en el fondo, en el pozo,
    yo bebía, recuerdo.
    IX
    Caer como un animal herido en el lugar que iba a ser de revelaciones.
    X
    Como quien no quiere la cosa. Ninguna cosa. Boca cosida. Párpados
    cosidos. Me olvidé. Adentro el viento. Todo cerrado y el viento
    adentro.
     

  • Parfum d'un visage disparu / Perfume de un rostro desaparecido

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    Deux courts poèmes d’Alejandra Pizarnik, cette poétesse Argentine si vénérée là-bas, si peu connue de notre côté dont je vous avais longuement parlé ici
     
    Dos poemas cortos de Alejandra Pizarnik, esa poetisa Argentina tan venerada en su país de la cual os había hablado aquí.
     
     
    INFANCIA
     
    Hora en que la yerba crece
    en la memoria del caballo.
    El viento pronuncia discursos ingenuos
    en honor de las lilas,
    y alguien entra en la muerte
    con los ojos abiertos
    como Alicia en el país de lo ya visto.
     
    Enfance
     
    Heure où pousse l’herbe
    dans la mémoire du cheval.
    Le vent prononce des discours ingénus
    en honneur aux lilas,
    et quelqu’un entre dans la mort
    les yeux ouverts
    comme Alice dans le pays du déjà vu.
     
    (Trad:Colette)
     
      
     
     


     
    Sens de son absence
     
    si j’ose
    regarder et dire
    c’est pour son ombre
    si doucement unie
    à mon nom
    là au loin
    dans la pluie
    dans ma mémoire.
    Par son visage
    qui brûlant dans mon poème
    disperse joliment
    un parfum
    de visage aimé disparu
     
    (Trad:Colette)
     
    SENTIDO DE SU AUSENCIA
     
    si yo me atrevo
    a mirar y a decir
    es por su sombra
    unida tan suave
    a mi nombre
    allá lejos
    en la lluvia
    en mi memoria
    por su rostro
    que ardiendo en mi poema
    dispersa hermosamente
    un perfume
    a amado rostro desaparecido
     
  • Un si profond mal être / un malestar tan profundo

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    Je me souviens des noirs matins du soleilAlejandra Pizarnik.jpg

    Quand j'étais fillette

    Recuerdo las negras mañanas de sol

    Cuando era niña

     

    La poésie d'Alejandra Pizarnik est faite de silences, de miroirs, d'ombres inquiétantes, de jardins, de murs fissurés, de blessures mortelles...

    Comme le dit Angèle Paoli (Terres de femmes – poèmes en espagnol) dans un superbe texte, tout en délicatesse et nuances, on s'attache à ses mots et essaye de trouver où se raccrocher, une lueur.

    Curieux qu'elle soit si peu connue par ici, elle qui est presque vénérée en Argentine. Alejandra a pourtant passé plusieurs années de sa vie à Paris et a traduit Bonnefoy, Artaud, Michaux et Aimé Césaire.

    Peut-être effraye-t-elle trop?

    Vous trouverez sa biographie, des poèmes en français et une excellente analyse de ses mots sur le blog Esprits Nomades.

     

    Alors j'ai cherché une lueur, j'en ai trouvé une dans l'érotisme.

     

    AMANTES

    Una flor

    no lejos de la noche

    mi cuerpo mudo

    se abre

    a la delicada urgencia del rocío

    De "Los trabajos y las noches" 1965

    Amants

    Une fleur

    pas loin de la nuit

    mon corps muet

    s'ouvre

    à la délicate urgence de la rosée.

    (Traduction: Colette)

     

    Plus sombres ces mots extraits d'un de ses recueils, “L'arbre de Diane”.

    Más oscuras, estas palabras de uno de sus libros “El árbol de Diana”.

     

    7

    Salta con la camisa en llamas

    de estrella a estrella,

    de sombra en sombra.

    Muere de muerte lejana

    la que ama al viento.

    Saute la chemise en feu

    d'étoile en étoile,

    d'ombre en ombre.

    Meure de mort lointaine

    celle qui aime le vent.

    11
    ahora

    en esta hora inocente

    yo y la que fui nos sentamos

    en el umbral de mi mirada

    maintenant

    en cette heure innocente

    moi et celle que je fus nous asseyons

    sur le seuil de mon regard.



    37
    más allá de cualquier zona prohibida

    hay un espejo para nuestra triste transparencia

    au-delà de toute zone interdite

    il y a un miroir pour notre triste transparence.

     

    van_gogh_noche_estrellada.jpg

    Et quelques vers d'un poème.

     

    Exilio

    Exil

    A Raúl Gustavo Aguirre


    (...)
    ¿Y quién no tiene un amor?

    ¿Y quién no goza entre amapolas?

    ¿Y quién no posee un fuego, una muerte,

    un miedo, algo horrible,

    aunque fuere con plumas,

    aunque fuere con sonrisas?

    Siniestro delirio amar a una sombra.

    La sombra no muere.

    Y mi amor

    sólo abraza a lo que fluye

    como lava del infierno:

    (...)

    Et qui n'a un amour?

    Et qui ne jouit parmi les coquelicots?

    Et qui ne possède un feu, une mort,

    une peur, quelque chose d'horrible,

    même s'il y a des plumes,

    même s'il y a des sourires?

     

    Sinistre délire que d' aimer une ombre.

    L'ombre ne meurt.

    Et mon amour

    n'embrasse que ce qui coule

    comme lave de l'enfer:

    (…)

    (Trad: Colette)


    Pour terminer, cet extrait d'une interview d'Alejandra qui donne un éclairage supplémentaire à cette personnalité si particulière et émouvante.
    Para terminar, ese extracto de una entrevista a Alejandra que da un luz más a esta personalidad tan particular y conmovedora.

    A.P. - Entre otras cosas, escribo para que no suceda lo que temo; para que lo que me hiere no sea; para alejar al Malo (cf. Kafka). Se ha dicho que el poeta es el gran terapeuta. En este sentido, el quehacer poético implicaría exorcizar, conjurar y, además, reparar. Escribir un poema es reparar la herida fundamental, la desgarradura. Porque todos estamos heridos.

    AP- Entre autres choses j'écris pour que n'arrive pas ce que je crains; pour que ce qui me blesse ne soit pas; pour éloigner le Malin (cfr Kafka). On a dit que le poète est le grand thérapeute. En ce sens, l'affaire poétique impliquerait exorciser, conjurer et, de plus, réparer. Écrire un poème est réparer la blessure fondamentale, la déchirure. Car nous tous sommes blessés.


    M.I.M. - (…) creo, casi con certeza, que el viento es uno de los principales autores de la herida, ya que a veces se aparece en tus escritos como el gran lastimador.*

    M.I.M.- (…) je crois, je suis presque certaine, que le vent est l'un des principaux auteurs de la blessure, car il apparait parfois dans tes écrits comme le grand “blesseur”.


    A.P. - Tengo amor por el viento aun si, precisamente, mi imaginación suele darle formas y colores feroces. Embestida por el viento, voy por el bosque, me alejo en busca del jardín.

    A.P: – J'ai de l'amour pour le vent même si, précisément, mon imagination lui donne souvent des formes et couleurs féroces. Agressée par le vent, je vais dans les bois, je m'éloigne à la recherche du jardin.

     

    M.I.M.- ¿En la noche?
    A.P. - Poco sé de la noche pero a ella me uno. Lo dije en un poema: Toda la noche hago la noche. Toda la noche escribo. Palabra por palabra yo escribo la noche.*

    M.I.M. - La nuit?

    A.P. Je sais peu de la nuit mais je m'unis à elle. Je l'ai dit dans un poème: Toute la nuit je fais la nuit. Toute la nuit j'écris. Mot à mot j'écris la nuit.

     

    M.I.M.- En un poema de adolescencia también te unís al silencio.
    A.P. - El silencio: única tentación y la más alta promesa. Pero siento que el inagotable murmullo nunca cesa de manar (...). Por eso me atrevo a decir que no sé si el silencio existe.

    M.I.M.- Dans un poème d'adolescence tu t'unis aussi au silence.

    A.P.- Le silence: unique tentation et la plus haute promesse. Mais je sens que l'inépuisable murmure jamais ne cesse de surgir. (…) . C'est pour cela que j'ose dire que je ne sais si le silence existe.

     

    Entrevista a Alejandra Pizarnik (extracto)

    Por Marta Isabel Moia [*]

    Entrevista de Martha Isabel Moia, publicada en El deseo de la palabra, Ocnos, Barcelona, 1972.