05/10/2013

Djuna Barnes la baroque / Djuna Barnes la baroca

Qui était Djuna Barnes? Avant de lire le deuxième chapitre de “7 femmes” de Lydie Salvayre je n'en avais aucune idée. Tour à tour raffinée ou grossière, riche ou pauvre, sociable ou recluse, amoureuse d'un homme ou d'une femme, Djuna était une américaine qui vécut à Paris dans les années '20 et dont le meilleur roman, semble-t-il, Le Bois de la Nuit, retrace l'histoire de son amour désespéré pour Thelma Wood.
 
Une grande partie du chapitre consiste en des anecdotes passionnantes sur ses rencontres à Paris. On y retrouve tous les “grands”, bien sûr: Joyce, Hemingway, Becket, Man Ray...des femmes aussi: Gertude Stein (qu'elle déteste), Sylvia Beach, Berenice Abbot, Peggy Guggenheim, Solita Solano...”toutes singulières et talentueuses, toutes indépendantes et assoiffés de liberté, et toutes, ou presque, lesbiennes.”
Quelques extraits.
 
¿Quién era Djuna Barnes? Antes de leer el segunda capítulo de “7 Mujeres” de Lydie Salvayre no tenía ni la más mínima idea. A su vez refinada o basta, rica o pobre, sociable o recluida, enamorada de un hombre o de una mujer, Djuna fue una americana que vivió en París en las años '20 y cuya mejor novela, al parecer, El Bosque de la Noche relata la historia de su amor desperado por Thelma Wood.
 
Una gran parte del capítulo consiste en anécdotas apasionantes sobre sus encuentros en París. Allí están todos los “grandes”: Joyce, Hemingway, Becket, Man Ray...mujeres también: Gertrude Stein (que ella odia), Sylvia Beach, Berenice Abbot, Peggy Guggenheim, Solita Solano..”todas singulares y talentuosas, todas independientes y sedientas de libertad, y todas, o casi todas, lesbianas.”
Algunos extractos.
 
 
 
Belle comme la nuit, élégante et sombre, toujours enveloppée de sa fameuse cape noire, elle séduisit les hommes en nombre et finit par épouser un journaliste acquis aux idées socialistes, Courtenay Lemon, avec lequel elle éleva un perroquet. Mais ce ciment parental ne suffit pas à préserver la relation conjugale.(...)”
 
Bella como la noche, elegante y sombría, siempre envuelta en su famosa capa negra, seduce gran cantidad de hombres y termina por casarse con un periodista ganado a las ideas socialistas, Courtenay Lemon, con el que cría un papagayo. Pero ese cemento familiar no alcanza a preservar la relación conyugal,(...)”
Drawing, Joyce by Djuna Barnes
 
 
 
(…) “Elle se lia d'amitié avec Hemingway, qui jouait les durs au Dingo Bar, lui qui était, selon Joyce, un coeur doux et sensible.” Hemingway “...quant à lui, trouva de son vivant que son amie Djuna était une grande dame.
C'est très précisément parce qu'elle l'était que Djuna eut le privilège insigne de se promener au Bois de Boulogne en compagnie de Nora et James Joyce (lequel souffrait d'une peur phobique des chiens – ce détail, je ne sais pourquoi, m'enchante).”
(…) “Trabó amistad con Hemingway, que se hacía el duro en el Dingo Bar, aún cuando tenía, según Joyce, un corazón dulce y sensible. Hemingway, por su parte, siempre pensó que su amiga Djuna era una gran dama.
Y es porque lo era por lo que Djuna tuvo el privilegio insigne de pasearse en el Bois de Boulogne en compañía de Nora y James Joyce (el cual sufría un miedo fóbico a los perros – ese detalle, no se por que, me encanta).”
 
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 André Kertesz: “En el café”, “Bar”, “Le café du Dôme ”, París, 1927.
 
La vie des Américains était, en ce temps-là, (…) des plus trépidantes.” “Les surréalistes, Aragon en tête, n'étaient jamais en reste et, s'ils occupaient une table au Dôme, elle était, inévitablement, la plus tapageuse. Car, à l'époque (j'en pleurerais de nostalgie), les jeunes écrivains faisaient de la liberté des abus divers et précieux."
La vida de los americanos era, en ese tiempo,(...) de lo más trepidante.” “Los surrealistas, Aragon a la cabeza, no se quedaban atrás y, si ocupaban una mesa en el Dôme, era ella, inevitablemente, la más escandalosa, ya que en aquella época (yo lloraría de nostalgia), los jóvenes escritores abusaban de la libertad de maneras diversas y rebuscadas."
 
 
"Quant à Djuna, c'est par son élégance qu'elle attirait les yeux, une élégance qui ne l'empêchait nullement de jurer, à l'occasion, comme un charretier, de repousser les avances masculines avec une vulgarité déconcertante et de viser les crachoirs à plus de trois mètres avec une diabolique précision.
Djuna était intacte et fruste, disait Natalie Barney, autant que follement élégante, et ces deux mondes s'affrontaient en elle, se juxtaposaient, se défiaient et s'entrelaçaient constamment.
Djuna était baroque.
Son écriture idem, merveille des merveilles.”
Por lo que se refiere a Djuna, era su elegancia lo que atraía las miradas, una elegancia que no la impedía en absoluto jurar, a veces, como un carretero, rechazar las insinuaciones masculinas con una vulgaridad desconcertante y apuntar a las escupideras a más de tres metros con una precisión diabólica.
Djuna era intacta y basta, decía Natalie Barney, tanto como locamente elegante, y esos dos mundos se afrontaban en ella, se yuxtaponían, se desafiaban y se enlazaban constantemente.
Djuna era barroca.
Su escritura ídem, maravilla de las maravillas.”
 
Djuna and Thelma
 
Le malheur est ce que nous cherchons tous, dit le Dr O'Connor dans Le Bois de la nuit.
Djuna trouva-t-elle dans sa relation à Thelma le malheur qu'elle cherchait? Je serais assez portée à le croire.
Le comportement de son amante, en tout cas, la ruina.
Elle se mit à boire avec outrance. A oublier de manger, dormir, d'écrire, à tout oublier excepté son amante. (…) A ne rien faire d'autre que l'attendre et l'attendre. (…)
Ma vie est devenue un enfer, confia-t-elle un soir de désespoir à son ami Robert Mc Almon.”
La desdicha es lo que todos buscamos, dice el Dr. O'Connor en Le Bois de la nuit.
¿Encontró Djuna la desdicha que buscaba en su relación con Thelma? Me inclino a creerlo.
En todo caso, el comportamiento de su amante la quebró.
Empezó a beber en demasía. Se olvido de comer, de dormir, de escribir, de todo aquello que no fuese su amante. (…) A no hacer nada que no fuera esperarla y esperarla.(...)
Mi vida se ha convertido en un infierno, le dice a su amigo Robert Mc Amon una tarde de desesperación."
 
Solita Solano and Djuna Barnes in Paris
 
A dater des années 50, Djuna Barnes vécut claquemurée dans son petit appartement”
Elle mourut définitivement le 18 juin 1982.
Elle avait quatre-vingt-dix ans.
Longévité sur laquelle j'attire l'attention, afin de mettre mon lecteur, bouleversé par l'annonce que je fis des destins tragiques qui frappèrent ces femmes, afin de mettre mon lecteur, disais-je, de bonne humeur et mieux le disposer ainsi en ma faveur.”
A partir de los años 50, Djuna Barnes vivió emparedada en su pequeño piso”.
Murió definitivamente el 18 de junio de 1982.
Tenia entonces noventa años.
Longevidad sobre la cual llamo la atención, a fin de poner al lector, trastornado por el anuncio, que hice, del destino trágico de esas mujeres, a fin de poner al lector, decía, de buen humor y mejor disponerle así en mi favor.”
 
Extraits de "7 femmes", Lydie Salvayre. Traducción: Colette y MAH.

28/09/2013

L'imagination d'Emily / La imaginación de Emily

Emily Brontë a surtout écrit des poèmes, nous les connaissons peu. Avant de lire celui-ci, quelques mots.
 
Après quelques essais infructueux de vie en dehors de la propriété familiale, “Elle restera donc à Haworth, là où, pense-t-elle, est sa vie, là où les gens vivent plus sérieusement, plus eux-mêmes, moins en surface, en changements, en frivolités intérieures.
Et n'en bougera plus.”
(Virginia Woolf visitant Haworth, en 1904, écrira: Haworth exprime les Brontë; les Brontë expriment Haworth; elles y sont comme un escargot dans sa coquille.)”*
 
* Extrait de 7 Femmes – Lydie Salvayre
 
Haworth
 
 
Vivre éloignée de tout et de tous; et pour écrire, faire appel à son imagination. D'où le choix de ce poème.

Emily Brontë escribió una novela pero muchos poemas, poco conocidos.
 
Después de algunos infructuosos intentos de vivir fuera de la propiedad familiar “Ella decide quedarse en Haworth donde, piensa ella, está su vida, donde la gente vive con más seriedad, más auténticidad, menos en superficie, en cambios, en frivolidades interiores.
Y ya no se moverá de allí.”
(Virginia Woolf, visitando Haworth, en 1904, escribirá: Haworth expresa las Brontë, las Brontë expresan Haworth; ellas están allí como un caracol en su concha.)”
 
Vivir alejada de todo y todos, y, para escribir, apelar a su imaginación. De allí el poema que elegí.
 
 
 

 
À l'imagination
 
Lorsque, lassée du long souci du jour
Et ballottée de peine en peine
Je suis perdue, prête à désespérer,
Ta bonne voix de nouveau me rappelle.
Ô ma fidèle amie, comment serais-je seule
Tant que tu peux parler sur pareil ton ?
 
Le monde du dehors est si vide d’espoir
Que m’est deux fois précieux le monde du dedans,
Ce tien monde où jamais ne règnent ruse et haine
Non plus que doute et froid soupçon ;
Où toi et moi et la Liberté,
Exerçons souveraineté indiscutée.
 
Qu’importe que, de toutes parts,
Le Péril, le Péché, la Ténèbre nous pressent
Si nous gardons ancré au fond de notre cœur
Un brillant ciel immaculé,
Chaud des mille rayons mêlés
De soleils qui jamais ne connaissent l’hiver ?
 
La Raison peut souvent se plaindre en vérité
Du triste train de la Nature,
Et révéler au cœur souffrant combien ses rêves
Sont voués à demeurer vains ;
Et la Réalité peut piétiner, brutale,
Les fleurs de l’Imagination à peine écloses.
 
Mais tu es toujours là pour ramener
Les visions latentes, pour parer
Le printemps dépouillé de nouvelles splendeurs
Et tirer de la mort une vie plus exquise,
Évoquant d’un souffle divin
De vrais mondes aussi lumineux que le tien.
 
Je ne crois guère en ta félicité fantôme,
Mais à l’heure apaisée du soir,
C’est toujours, oui, toujours avec reconnaissance
Que je te vois venir, ô bienfaisant pouvoir,
Infaillible consolatrice
Et quand l’espoir se meurt, plus radieux espoir.

 
Emily Brontë, 3 septembre 1844, traduction Pierre Leyris, éditions Gallimard, 1963
 
 
 
A la imaginación
 
Cuando, cansada de las preocupaciones del día

y rebotando de pena en pena

estoy perdida, dispuesta a la desesperación

De nuevo tu cálida voz me llama

Oh mi fiel amiga, ¿como podría estar sola

si de tal tono hablarme puedes?

 
Tan falto de esperanza esta el mundo de fuera
que dos veces preciado me parece el de dentro,
Ese mundo tuyo donde nunca reina ni la treta ni el odio
como tampoco la duda y la sospecha
donde tú y yo y la Libertad
Ejercemos una soberanía indiscutida.
 
¿Qué importa que a la ronda
el Peligro, el Pecado, las Tinieblas nos acechen
Si anclado en el corazón guardamos
Un brillante cielo inmaculado
Caliente de mil rayos enredados
De soles que el invierno desconocen?
 
De verdad la Razón puede quejarse
Del triste paso de Natura
Y revelar al corazón
sufriente como esos sueños
condenados están a resultar vanos;
Y la Realidad puede atropellar, brutal,
Las flores de la imaginación apenas broten.
 
Pero siempre estás allí para devolver
las visiones latentes, para adornar
la primavera despojada de nuevos esplendores
y sacar de la muerte una vida más amable,
Evocando con divino soplo
Verdaderos mundos tan luminosos como el tuyo.
 
Ya no creo en tu felicidad fantasma
Pero en las horas quietas de la noche
Siempre, sí, siempre con agrado
veo tu llegada, oh benéfico poder,
consoladora infalible.
La más brillante esperanza nace
allí donde la esperanza muere.
 
Traduction réalisée par MAH y Colette à partir du texte français.
 
Poème en anglais: online literature