08/10/2016

Noyé dans la brume du Grand Tout / Anegado en la bruma del Gran Todo


Poursuivons avec François Cheng et ses interrogations sur la beauté.(voir billet précédent)
Sigamos con François Cheng y sus preguntas sobre la belleza.(ver nota anterior)

"Envisager, dévisager, est-ce à dire que nous sommes condamnés à rester éternellement à l'extérieur, face à l'univers vivant et sa beauté?
Une ultime interrogation, inévitablement, nous assaille: nous sommes sensibles à la beauté, mais l'univers, lui, reste apparemment indifférent, comme expliquer ce paradoxe?
"Contemplar, escrutar, ¿significa eso que estamos condenados a quedarnos eternamente al exterior, frente al universo vivo y su belleza?
Una última interrogación nos invade inevitablemente: somos sensibles a la belleza, pero el universo queda aparentemente indiferente, ¿cómo explicar esa paradoja? 
 
Nous tombons en extase devant tel paysage, tel arbre, telle fleur, alors qu'eux-mêmes s'ignorent et nous ignorent. Sommes-nous enfermés dans notre subjectivisme bien vain, pour ne pas dire ridicule?
Nos extasiamos delante de tal paisaje, tal árbol, tal flor, mientras ellos mismos se ignoran y nos ignoran. ¿Estamos nosotros encerrados en nuestro subjetivismo vano, por no decir ridículo? 
 
Il y a peut-être une autre compréhension possible. Pour la cerner, il me faudrait faire un détour par la peinture chinoise. On connaît plus ou moins cette peinture pour l'avoir vue par-ci par-là, dans des expositions ou à travers des reproductions. On y admire de grands rouleaux représentant d'immenses paysages, dans lesquels figurent toujours un ou plusieurs petits personnages.
Pour un œil occidental habitué à la peinture classique où les personnages sont campés au premier plan et le paysage relégué à l’arrière fond, le petit personnage dans le tableau chinois paraît complètement perdu, noyé dans la brume du Grand Tout. 
 
 
Tal vez haya otra comprensión posible. Para delinearla, tendría que desviarme por la pintura china. Conocemos más o menos esa pintura por haberla visto aquí y allá en exposiciones o en reproducciones. Admiramos grandes rollos con inmensos paisajes, en los cuales siempre figuran uno o varios pequeños personajes.
Para un ojo occidental acostumbrado a la pintura clásica donde los personajes están esbozados en primer plano y el paisaje relegado al trasfondo, el pequeño personaje del cuadro chino parece completamente perdido, anegado en la bruma del Gran Todo. 
 
Mais si, avec un peu de patience et d'abandon, l'on consent à contempler ce paysage mû par le souffle de l'infini, jusqu'à y pénétrer en profondeur, on finit par prêter attention à ce petit personnage, à s'identifier à cet être sensible qui, placé à un point privilégié, est en train de jouir du paysage. On s'aperçoit qu'il en est le point névralgique, qu'il est l’œil éveillé et le cœur battant d'un grand corps. Il est pour ainsi dire le pivot autour duquel se déploie le paysage, de sorte que celui-ci peu à peu devient son paysage intérieur. (...)” 
 
En Europe parfois aussi...A. Sisley 1899, Courbe de la Seine à Saint-Cloud
 
Pero si, con un poco de paciencia y de abandono, consentimos en contemplar ese paisaje movido por el soplo del infinito, hasta penetrarle, acabamos por prestar atención a ese pequeño personaje, a identificarnos con ese ser sensible que, situado en un punto privilegiado, está disfrutando del paisaje. Notamos que es él el punto neurálgico, que es el ojo despierto y el corazón batiente de un gran cuerpo. Es, por así decir, el eje alrededor del cual se despliega el paisaje, de tal forma que este se convierte en su paisaje interior.(...)” (trad: Colette)

28/05/2016

Échelles et escaliers II / Escaleras II

Nous poursuivons sur des échelons, des marches, escaliers et échelles...Aujourd'hui un poème de Jules Supervielle et, je n'ai pas pu y résister car il m'enchante, un extrait de Poisson Soluble d'André Breton.
Seguimos con les escalones y escaleras. Hoy un poema de Jules Supervielle y, no pude resistir ya que me encanta, un extracto de Poisson Soluble de André Breton.


Chagall L'échelle de Jacob

 

« Je suis seul sur l’océan
Et je monte à une échelle
Toute droite sur les flots
Me passant parfois les mains
Sur l’inquiète figure
Pour m’assurer que c’est moi
Qui monte, que c’est toujours moi. […].
 
Je tombe ah ! je suis tombé
Je deviens de l’eau qui bouge
Puis de l’eau qui a bougé,
Ne cherchez plus le poète,
Ni même le naufragé. »
 
(La Fable du monde, Poésie/Gallimard)


Jules  Supervielle



 



Estoy solo sobre el océano
Y subo por una escal
era
Erguida sobre las olas
Pasándome a veces las manos
Sobre el rostro inquieto
Para asegurarme de que soy yo
El que sube, que soy
todavía yo

Me caigo ¡ah! me he caído
Devengo agua que se mueve
Luego agua que se ha movido,
No busquéis más al poeta,
Ni
siquiera al naufragado.

Jules  Supervielle


trad: Colette

 

 

André Breton (Poisson soluble 1966)
 
Elle mordit avec délice dans les étonnantes stratifications blanches qui
restaient à sa disposition, les baguettes de craie, et celles-ci écrivirent le mot amour sur l'ardoise de sa bouche. Elle mangea ainsi un véritable petit château de craie, d'une architecture patiente et folle, après quoi elle jeta sur ses épaules un manteau de petit gris et, s'étant chaussée de deux peaux de souris, elle descendit l'escalier de la liberté, qui conduisait à l'illusion de jamais vu.
 
Mordió con delicia en las sorprendentes estratificaciones blancas que quedaban a su disposición, las barritas de tiza, y estas escribieron la palabra amor en la pizarra de su boca. Comió así un verdadero castillito de tiza, de una arquitectura paciente y loca, y luego puso en sus hombros un abrigo de petigrís (caracol) y, habiéndose calzado de dos pieles de ratón, bajó la escalera de la libertad que llevaba a la ilusión del nunca visto. (Trad:Colette)
 

22/05/2016

D'escaliers et de pieds.../ De escaleras y pies...

Dans la maison de ma jeunesse il y avait des tas d'escaliers: entre les étages et pour accéder au grenier et à la cave. J'ai ensuite habité, étudiante, dans une maison étrange, elle s'appelait en néerlandais “Het Streepje” (le tiret). Sa façade était classée et n'avait que 2 mètres de largeur. Trois étages, un escalier raide et sombre.
"Het Streepje" est la plus basse sur la droite.
 
En la casa de mi juventud había montón de escaleras: entre pisos et luego para acceder al ático y al sótano. Luego, de estudiante, viví en una casa extraña, se llamaba en flamenco “The Streepje”, (el guión). Su fachada estaba de época et sólo tenía dos metros de ancho. Tres pisos, une escalera estrecha y oscura.
La maison que nous habitons depuis 40 ans était une étable, de plain pied. Je regrette ces excursions au grenier, à la cave aussi. Voilà sans doute pourquoi je vous propose plusieurs billets sur les escaliers...
Le premier texte est étrange, à lire et sourire.
 
La casa en la que vivimos desde hace unos 40 años era un establo, de una sola planta. Es probablemente la razón por la cual os propongo unas entradas sobre las escaleras...

 

 
Instructions pour monter un escalier
 
Julio Cortázar (Bruxelles, Belgique, 26 août 1914-París, France, 12 février 1984)
 
Personne n'aura manqué de remarquer que le sol se plie fréquemment de telle façon qu'une partie monte en angle droit par rapport au plan du sol, et qu'après la partie suivante se place parallèlement à ce plan pour laisser place à une nouvelle perpendiculaire, démarche qui se répète en spirale ou en ligne brisée jusqu'à des hauteurs extrêmement variables.
 
En se penchant et mettant la main gauche sur une des parties verticales, et la droite sur l'horizontale correspondante, on se trouve en possession momentanée d'un échelon ou d'une marche. Chacune de ces marches, formée comme on le voit par deux éléments, se situe un peu plus haut et en avant que l'antérieure, un principe qui donne son sens à l'escalier, vu qu’une quelconque autre combinaison produira des formes peut-être plus belles ou pittoresques, mais incapable de transporter d'un rez-de-chaussée à un premier étage.
 
Les escaliers se montent de face, vu que vers l'arrière ou de côté ils sont particulièrement incommodes.
L'attitude naturelle consiste à se tenir debout, les bras pendant sans effort, la tête haute mais pas au point que les yeux ne puissent pas voir les marches situées juste au-dessus de celle sur laquelle on marche, la respiration doit être lente et régulière. Pour gravir un escalier on commence par lever cette partie du corps située en bas à droite, presque toujours enveloppée de cuir ou de peau de chamois, et qui, sauf exceptions, tient juste sur la marche. Cette partie, que pour abréger nous appellerons pied, posée sur la marche, on prend la partie gauche équivalente (également appelée pied, mais qu'il ne faut pas confondre avec le pied cité auparavant), et en l'emmenant à la hauteur du pied, on le fait suivre jusqu'à le poser sur la seconde marche, sur laquelle donc se reposera le pied, et sur la première se reposera le pied. (Les premières marches sont toujours les plus difficiles, après on acquiert la coordination nécessaire. La coïncidence de nom entre le pied et le pied rend l'explication difficile. Prenez soin de ne pas lever en même temps le pied et le pied).
 
Arrivé de cette façon à la deuxième marche, il suffit de répéter les mouvements jusqu'à ce qu'on se trouve en haut de l'escalier. On en sort facilement, par un léger coup de talon qui le fige à sa place, et qui ne bougera pas avant le moment de la descente.
 
                                        FIN
Trad: Colette
 
Can Prunera, Sóller, Mallorca
 

 

Instrucciones para subir una escalera
Julio Cortázar

(Bruselas, Bélgica, 26 de agosto de 1914-París, Francia, 12 de febrero de 1984)
 

Nadie habrá dejado de observar que con frecuencia el suelo se pliega de manera tal que una parte sube en ángulo recto con el plano del suelo, y luego la parte siguiente se coloca paralela a este plano, para dar paso a una nueva perpendicular, conducta que se repite en espiral o en línea quebrada hasta alturas sumamente variables.
 
Agachándose y poniendo la mano izquierda en una de las partes verticales, y la derecha en la horizontal correspondiente, se está en posesión momentánea de un peldaño o escalón. Cada uno de estos peldaños, formados como se ve por dos elementos, se sitúa un tanto más arriba y adelante que el anterior, principio que da sentido a la escalera, ya que cualquiera otra combinación producirá formas quizá más bellas o pintorescas, pero incapaces de trasladar de una planta baja a un primer piso.
 
Las escaleras se suben de frente, pues hacia atrás o de costado resultan particularmente incómodas. La actitud natural consiste en mantenerse de pie, los brazos colgando sin esfuerzo, la cabeza erguida aunque no tanto que los ojos dejen de ver los peldaños inmediatamente superiores al que se pisa, y respirando lenta y regularmente. Para subir una escalera se comienza por levantar esa parte del cuerpo situada a la derecha abajo, envuelta casi siempre en cuero o gamuza, y que salvo excepciones cabe exactamente en el escalón. Puesta en el primer peldaño dicha parte, que para abreviar llamaremos pie, se recoge la parte equivalente de la izquierda (también llamada pie, pero que no ha de confundirse con el pie antes citado), y llevándola a la altura del pie, se le hace seguir hasta colocarla en el segundo peldaño, con lo cual en éste descansará el pie, y en el primero descansará el pie. (Los primeros peldaños son siempre los más difíciles, hasta adquirir la coordinación necesaria. La coincidencia de nombre entre el pie y el pie hace difícil la explicación. Cuídese especialmente de no levantar al mismo tiempo el pie y el pie).
Llegado en esta forma al segundo peldaño, basta repetir alternadamente los movimientos hasta encontrarse con el final de la escalera. Se sale de ella fácilmente, con un ligero golpe de talón que la fija en su sitio, del que no se moverá hasta el momento del descenso.
FIN
 

26/03/2016

Norah Borges


 

De trois ans plus jeune que son frère Jorge Luis Borges, son vrai nom est Leonor Fanny Borges Acevedo (1901-1998) et c'est ce même frère qui la surnomma Norah.
 
Tres años más joven que su hermano Jorge Luis Borges, en realidad se llamaba Leonor Fanny Borges Acevedo (1901-1998) y fue el mismo quien le llamó Norah.
 
Afin de comprendre son œuvre, son art, il faut savoir qu'elle a été élevée dans la bonne société Argentine où, comme le disait son frère, “dans ma famille la religion est l'affaire des femmes” et où les codes d'éducation sont fort strictes. Elle va naviguer entre cette obligation d'être une femme rangée, douce, pieuse...et des moments de liberté si créatifs.
 
Con el fin de entender su obra, su arte, hay que saber que fue educada en la buena sociedad argentina donde, como decía su hermano, “en mi familia la religión es un asunto de mujeres” y donde los códigos de educación eran muy estrictos. Navegará así entre la obligación de ser una mujer formal, dulce, piadosa...y momentos de libertad muy creativos.
L'autre point important, c'est qu'elle a eu, jeune, la chance de beaucoup voyager et de pouvoir profiter des rencontres et relations de Jorge Luis. La littérature et l'art vont exister de pair.
 
Otro punto importante es que pudo, joven, viajar mucho y poder aprovechar los encuentros y relaciones de Jorge Luis. La literatura y el arte existirán al mismo tiempo.
Son premier voyage fut pour la Suisse où sa famille se rendit pour soigner les yeux de son père. Elle était adolescente. Une aubaine pour elle car elle y suivit des cours artistiques et y rencontra des graveurs allemands avant-gardistes et y apprendra la xylographie qui fera son succès dans l'illustration de nombreux livres ultraïstes*, dont certains de son frère.
 
Illustration Norah Borges
 
 
Su primer viaje fue a Suiza donde su familia se trasladó para tratar los ojos de su padre. Aún era una adolescente. Allí siguió cursos de arte, encontró grabadores alemanes vanguardistas y aprendió la xilografía que será la base de su éxito en las ilustraciones de numerosos libros ultraísta*, algunos de su hermano.
 
Après la Suisse, la famille se rendit en Espagne et, pour une raison inconnue, à Majorque. Et c'est ici que nous allons nous attarder car cette époque est pour moi la plus intéressante de sa création, de son caractère libre et avant-gardiste, avant de se marier et de retomber dans un style plus conventionnel. Dommage!
 
Después de Suiza su familia se trasladó a España y, por una razón desconocida, a Mallorca. Fue esta época la que parece más interesante de su creación, de su carácter libre, antes de casarse y recaer en un estilo, desgraciadamente, más convencional.
 
 
Une balade en canoë
 
Majorque fut pour elle la découverte de la campagne, mais contrairement à tous les artistes qui ont vécu ici, ce ne fut pas le paysage qui l’impressionna mais les gens, les paysans à qui elle conféra noblesse et humilité. Cette gravure de la “payesa” est devenue comme une icône. 
 
Mallorca fue, para ella, el descubrimiento del campo, pero contrariamente a la mayor parte de los artistas que han vivido aquí, lo que la impresiono no fue el paisaje sino las gentes, los campesinos a quien ella les otorgó nobleza y humildad. El grabado “la payesa” es como un icono.
 
Payesas,
 
En suivant cette voie, Norah arriva à une rénovation artistique basée sur des formes de plus en plus simplifiées et schématiques qui lui valurent tant de succès.(*).
Siguiendo esta vía, Norah llega a una renovación artística basada en formas cada vez mas simplificadas y esquemáticas que la procuraron gran éxito.(*)
 
La catedral de Palma
 
Nous en restrons ici pour aujourd'hui, un autre jour je vous parlerai de l'ultraïsme, mouvement mené en grande partie par JLBorges et qui eut de l'importance en Argentine et en Espagne au XXºs.
 
Lo dejaremos aquí por hoy. Otro día hablaremos del ultraísmo, movimiento dirigido en gran parte
por JL Borges y que tuvo importancia en Argentina y en España en el siglo XX.
 

 

Paysage de Majorque

 

20/02/2016

Les lettres / Las cartas

Si envoyer et recevoir des lettres ou e-mails à/de ceux qu'on aime (un peu, beaucoup, tendrement...) est un réel plaisir, parfois les mots envoyés ou attendus génèrent une sorte de frustration.
On n'a pas osé écrire ce qu'on pense ou on s'attendait à plus d'empathie, de tendresse, à une missive plus personnelle, une réponse...
 
Enviar o recibir cartas o e-mails es un verdadero placer a/de aquellos que queremos (un poco, mucho, con ternura...), pero a veces las palabras enviadas o esperadas dan lugar a una especie de frustración.
No nos atrevemos a escribir lo que pensamos o nos esperábamos a más empatia, más ternura, a una misiva más personal, una respuesta...
 
Pierre Bonnard

 

Je viens de terminer la lecture de "Les boîtes en carton" de Tom Lanoye, et j'ai souligné ceci, (il parle des lettres reçues):

"Mais s'il est parfois malaisé d'oublier ce qui est écrit, combien plus difficile est d'oublier ce qu'on espérait voir écrit. Et ce qui reste à jamais non écrit."
 
Acabo de terminar la lectura de “Las cajas de cartón” de Tom Lanoye, y he subrayado esto, (habla de las cartas recibidas):
Pero si a veces es complicado olvidar lo que está escrito, cuánto más difícil es olvidar aquello que esperábamos ver escrito. Y aquello que queda para siempre no escrito.”
 
Ceci m'amène, presque inévitablement, à citer Kafka et ses lettres à Milena.
"Tout le malheur de ma vie - je ne le dis pas pour me plaindre, mais pour en tirer une leçon d’intérêt général - vient, si l’on veut, des lettres ou de la possibilité d’en écrire. Je n’ai pour ainsi dire jamais été trompé par les gens, par des lettres toujours ; et cette fois ce n’est pas par celles des autres mais par les miennes."

 Franz Kafka, avril 1922
 
 
Todo esto me lleva, casi inevitablemente a citar a Kafka y sus cartas a Milena.
 
Toda la desdicha de mi vida proviene, si se quiere, de las cartas o de la posibilidad de escribirlas. Y con esto no me quiero quejar, sino formular una observación instructiva. Muy pocas veces me ha engañado una persona; las cartas siempre me engañan. Y no sólo las de otros, sino
también las mías.”

 

 
 
Trouvé sans réf. sur la Toile
Enfin ce passage:
 
 
Comment a pu naître l’idée que des lettres donneraient aux hommes le moyen de communiquer ? On peut penser à un être lointain, on peut saisir un être proche : le reste passe la force humaine. Écrire des lettres, c’est se mettre nu devant les fantômes ; ils attendent ce moment avidement. Les baisers écrits ne parviennent pas à destination, les fantômes les boivent en route. C’est grâce à cette copieuse nourriture qu’ils se multiplient si fabuleusement. L’humanité le sent et lutte contre le péril ; elle a cherché à éliminer le plus qu’elle le pouvait le fantomatique entre les hommes, elle a cherché à obtenir entre eux des relations naturelles, à restaurer la paix des âmes en inventant le chemin de fer, l’auto, l’aéroplane ; mais cela ne sert plus de rien (ces inventions ont été faites une fois la chute déclenchée) ; l’adversaire est tellement plus calme, tellement plus fort ; après la poste, il a inventé le télégraphe sans fil. Les esprits ne mourront pas de faim, mais nous, nous périrons.”
 
Lettres a Milena, Prague,  avril 1922.
 Franz Kafka 
 

 

 
 
Para terminar este párrafo:
 
A quién se le ocurrió que la gente puede mantener relaciones por correspondencia! Uno puede pensar en una persona ausente y puede tocar a una persona presente; todo lo demás supera las fuerzas humanas. Pero escribir cartas significa desnudarse ante los fantasmas, cosa que ellos
aguardan con avidez. Los besos escritos no llegan a destino, son bebidos por los fantasmas en el camino. Y esa abundante alimentación hace que los fantasmas se multipliquen en forma tan
desmesurada. La humanidad lo percibe y lucha contra eso; para eliminar en lo posible todo lo fantasmal que se interpone entre los hombres y para lograr una comunicación natural, para recuperar la paz de las almas, ha inventado el ferrocarril, el automóvil, el aeroplano. Pero ya es tarde; es obvio que esos inventos han surgido en plena caída. La otra parte es mucho más serena y fuerte: después del correo inventó el telégrafo, el teléfono, la telegrafía sin hilo. Los
fantasmas no morirán de hambre, pero nosotros sucumbiremos.”

 

 
 

30/01/2016

Mais l'espoir persistait / Pero persistía la esperanza

D'abord la lecture du “Convoi de l'eau” d'Akira Yoshimura. Emballée, j'ai voulu lire un autre titre de lui, “Naufrages”.
Ce roman (certains parlent de conte) m'a marquée, bien plus que le premier je crois; du moins j'y ai repensé, et y pense encore souvent. Peut-être est-ce dû au fait que je vis sur une île mais en pleine campagne (éléments omniprésents, mer et montagne), au rythme des saisons, du potager...
Couleur du ciel, de la mer, des feuilles d'arbres.
L'histoire en (très) bref. (vous trouverez un résumé plus détaillé sur le blog de Dominique, ici)
Un village isolé, extrêmement pauvre, entre la mer et la montagne; Isaku âgé de 9 ans, devient pour trois ans chef de famille et il va découvrir l'explication de secrets, de rites, il apprendra à pêcher, à survivre.
Roman dur, parfois cruel, loin des doux rites du thé, mais la forme simple, la beauté de l'écriture nous emportent...
 
 
 

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Primero leí “Le convoi de l'eau”(todavía no traducido al español) de Akira Yoshimura. Me encantó y quise seguir con este autor. “Naufragios” me ha marcado más que el primero; al menos seguí y sigo pensando en esta novela que algunos llaman cuento. Vivir al ritmo de las estaciones, de lo que proveen el mar y la montaña....y a veces algo más.
Color del cielo, del mar, de la hojas de los árboles.
La historia, en muy breve: Un pueblo aislado, extremadamente pobre, entre el mar y la montaña; Isaku se ve, con 9 años, nombrado para 3 años jefe de familia. Descubrirá la explicación de secretos, ritos, aprenderá a pescar, a sobrevivir.
Novela dura, a veces cruel, lejos de los ritos del té...
Aquí un largo extracto que no desvela la historia pero la sugiere.
 

En voici un long extrait qui ne dévoile pas l'histoire mais la suggère fort bien.

"Les sommets brillaient dans les rayons du soleil, mais sur un pic plus haut que les autres, on apercevait un peu de rouge délavé. Il avait plu deux jours de suite, si bien que la brume dissimulait le feuillage automnal.
Isaku regardait le pic.
C'est à partir de ce sommet que les feuilles rouges, comme les autres années, faisaient leur apparition avant de s'étendre progressivement aux autres le long des crêtes et déferler soudain, avec la rapidité d'une avalanche, sur les pentes qui se coloraient de vermillon. Et la vague franchisait ensuite les profondes vallées pour recouvrir les collines et arriver enfin à la montagne derrière le village. À ce moment-là, d'habitude, les feuilles mortes avaient déjà fait leur apparition sur les sommets dans le lointain.
 
 
Miscanthus
 
Au village, l'automne était déjà bien avancé. Les épis des miscanthes étaient en fleur et on commençait à trouver les petits poulpes qui se rapprochaient de la côte à cette saison. Ils étaient délicieux et l'on pouvait les manger crus ou bouillis. Dans les maisons, les enfants les ouvraient en deux avant de les enfiler pour les suspendre entre deux poteaux afin de les faire sécher. 
 
 
 
Le rougeoiement des feuilles annonçait la saison de la pêche au poulpe et apportait l'espoir.
 
Dès que les feuilles perdaient leur couleur et commençaient à tomber, la mer s'agitait. Après une brève accalmie, les flots déchaînés venaient battre les rochers pendant quelques jours, propulsant des paquets d'écume jusque sur les maisons. La mer démontée faisait don, parfois, des richesses insoupçonnées qui n’avaient rien à voir avec les maigres récoltes ou la pêche habituelle.
Dans ce cas-là, et pour plusieurs années, les villageois n'étaient plus obligés de se vendre. Cela arrivait rarement, mais l'espoir persistait. Le rougeoiement des feuilles annonçait l'imminence de cette période."
 
 

 

"Las crestas resplandecían iluminadas por el sol poniente. Una de ellas, que destacaba por su altura, había adquirido un tenue color rojizo, como si algo la hubiera descolorido. Durante los dos días de lluvia, que había cubierto las crestas de niebla, las hojas de los árboles habían empezado a mudar de color.
Isaku contempló la cresta. Año tras año, los colores del otoño aparecía en primero en aquella cresta y se extendían progresivamente por todas las demás. Cada vez avanzaban más deprisa, como una avalancha que teñía de rojo las laderas de las montañas a medida que se precipitaba hacia abajo. Cruzaba los profundos valles y envolvía las colinas hasta alcanzar los bosques detrás de la aldea. Cuando llegaba ese momentos, las hojas de las crestas más lejanas ya no eran rojas sino amarillas.
En la aldea se respiraba un ambiente otoñal. Cuando crecieran las espigas de chamiza, empezaría la temporada de pesca de los pulpitos que se acercaban a la costa rocosa. Tenían un sabor delicioso, y se podían comer directamente crudos o hervidos. Los niños los abrían y los colgaban de una cuerda tendida entre dos postes para secarlos.
Después de la pesca del pulpo, las hojas se teñirían de rojo y los habitantes del pueblo presenciarían llenos de esperanza el cambio de color en las montañas.
 
Cuando las hojas se secaran y empezaran a caer, el mar empezaría a estar más alterado. Habría un par de días de calma y luego rugiría embravecido unos días más, y las olas llegarían incluso a salpicar los tejados de las casas. De vez en cuando, el mar encrespado traía regalos inesperados al pueblo. Dejaba riquezas incomparables que no se podían cultivar en los campos ni encontrar en la playa. Cuando eso ocurría, nadie tenía que venderse como esclavo a lo largo de los próximos años. La aldea raras veces tenía esa suerte, pero sus habitantes vivían con la esperanza de que sucediera. Las hojas rojas indicaban que se acercaba la época en la que el mar podía regalarles sus tesoros."

 

 

31/10/2015

Si c'était-elle! ¡Si será ella!

Nocturno       Rúben Darío (1867-1916, Nicaragua)

Un poème dans la pure ligne Romantique

Silence de la nuit, douloureux silence
nocturne...Pourquoi l'âme tremble-t-elle ainsi?
J'entends le bourdonnement de mon sang,
une douce tempête passe dans mon crâne.
Insomnie! Ne pas dormir et
pourtant
rêver. Être l
'auto-sujet
de dissection spirituelle, l'auto-Hamlet!
Diluer ma tristesse
dans un vin de nuit
dans le merveilleux cristal des ténèbres...
Et je me dis: à quelle heure viendra l'aube?
Une porte s'est fermée...
Quelqu'un est passé...
L’horloge a sonné trois heures...Si c'était elle!
 
Trad: Colette
 
Photo gentiment prêtée par Kwarkito, merci! http://kwarkito.blogspot.com.es/  

 

 
 
Silencio de la noche, doloroso silencio
nocturno… ¿Por qué el alma tiembla de tal manera?
Oigo el zumbido de mi sangre,
dentro de mi cráneo pasa una suave tormenta.
¡Insomnio! No poder dormir y, sin embargo,
soñar. Ser la auto-pieza
de disección espiritual, ¡el auto-Hamlet!
Diluir mi tristeza
en un vino de noche
en el maravilloso cristal de las tinieblas…
Y me digo: ¿a qué hora vendrá el alba?
Se ha cerrado una puerta…
Ha pasado un transeúnte…
Ha dado el reloj tres horas… ¡Si será ella!...
 

Le voici traduit en anglais (pas par moi)

Silence of the night, painful silence,
Nocturne... Why does my soul tremble like this?
I hear the low hum of my blood.
I watch a calm storm pass inside my skull.
Insomnia! Not to sleep, and perchance
to dream. To be the whole soliloquy
of spiritual dissection, my Hamlet!
To dissolve my sadness
in one night's wine,
in the marvelous crystal darkness...
And then I wonder: When will it be dawn?
A door just closed...
Someone is passing on the street...
The clock strikes three...It must be Her!

25/04/2015

L'enfance d'Edmée

Extraits de “Une enfance vierviétoise” (clic) Edmée de Xhavée

 

Extractos de una novela de Edmée de Xhavée (no traducida al español), escritora belga, donde habla de su infancia en la ciudad belga de Verviers.

 

 

 

 

 

C'est le chapitre “La magie du cinéma” que j'ai choisi, peut-être parce que chez moi cet art visuel était exclu (ni cinéma, ni TV), mais surtout pour les nombreux sourires que cette écriture si vivante a provoqués.
 

  "Le mercredi après-midi, ma mère nous emmenait au cinéma.
C'était le summum dans l'échelle des plaisirs du côté de sa famille.
(…) ..elle avait sa collection d'autographes et parfois nous pouvions la regarder ensemble, religieusement. J'aimais particulièrement les photos de Jean Marais, oh combien enjolivées d'une longue et élégante dédicace personnelle où il l'appelait par son prénom et lui demandait des nouvelles de son chien! De là à le considérer comme un oncle lointain, il n'y avait qu'un pas!

 

(…)

 

  El miércoles por la tarde, mi madre nos llevaba al cine.
Era el súmmum en la escala de los placeres en su familia. (…) ...ella tenía una serie de autógrafos y a veces podíamos mirarla juntos, religiosamente. Me gustaban en particular las fotos de Jean Marais, tan embellecidas por una larga y elegante dedicatoria personal donde le llamaba por su nombre y le preguntaba por su perro! De ahí a considerarle como un tío lejano, sólo había un paso!

  Ma mère était disciplinée et implacable pour certaines choses, comme l'heure des repas, le fait qu'on n'ouvrait pas la porte ni ne répondait au téléphone pendant cette heure inviolable, etc...Mais elle s'abandonnait volontiers à une tranquille anarchie pour d'autres aspects de la vie. C'est ainsi que le départ pour le cinéma était un moment flottant dans le temps. L'horaire exact de ce départ était...quand elle était prête. (…)

  Mi madre era disciplinada e implacable para ciertas cosas, como la hora de las comidas, la interdicción de abrir la puerta o contestar al teléfono durante esa hora inviolable, etc...Pero se abandonaba fácilmente a una anarquía tranquila en otros aspectos de su vida. Así la hora de salida para ir al cine era un momento flotante en el tiempo. El horario exacto de esa salida era...cuando ella estaba lista. (…)

 

 
Verviers, rue du Collège


(Note de Colette / Nota: “L' anarchie horaire” de sa mère faisait qu'ils arrivaient souvent au milieu, ou aux trois quarts du film. Ils regardaient donc les annonces, les nouvelles, bref y restaient jusqu'à ce qu'ils aient vu le film en entier, avec des pauses, des entractes / La “anarquía horaria” de su madre tenía como consecuencia que a menudo llegaban en medio, o a tres cuartos de la película: Miraban pues los anuncios, las noticias, y se quedaban hasta haber visto las peli entera, con pausas, entreactos)

 

  Enfin le grand film commençait. Jamais nous n'avons été déçus. Ma mère, qui avait aimé le cinéma bien avant nous, nous avait exercé l’œil aux trucages. Nous étions fiers de reconnaître les découpages, décors, mannequins, faux indiens (“Des Américains avec des fausses dents”, expliquait-elle). Nous savions que Tarzan ne se battait pas avec un vrai lion, mais plutôt avec “une peau de lion descente de lit”. Que Samson retenait un mur de carton-pâte. Que Doris Day faisait semblant de conduire – et c'était tant mieux car elle n'arrêtait pas de parler et ne regardait pas la route bien qu'elle tourne son volant de gauche à droite avec un rythme de métronome. (…)

 

 

  Al fin la gran película empezaba. Nunca estuvimos decepcionados. Mi madre, a la que le había gustado el cine mucho antes que a nosotros, nos había acostumbrado a ver los trucajes. Estábamos orgullosos de reconocer el guión técnico, el decorado, los maniquíes, los falsos indios (“Unos Americanos con dientes postizos” explicaba ella). Sabíamos que Tarzán no luchaba en duelo con un león de verdad, sino con “una piel de león alfombra”. Que Sansón aguantaba una pared de cartón piedra. Que Doris Day mimaba conducir – y era mejor así ya que no paraba de hablar y no miraba la carretera aunque daba volantazos a diestra y siniestra con el ritmo de un metrónomo. (...)

 

 

 

 

 

 

  La fin du grand film nous amenait ainsi à un nouvel entracte, plus court – occasion d'analyser le film et de comparer nos subtilités quant à la meilleure interprétation – et le début de complément de choix, avec le mourant de la fin en pleine santé. Le coupable encore nimbé d'innocence, la future jeune épousée en train de jouer à la marelle. Qu'importait. Nous étions contents de savoir, déjà, à quoi nous en tenir à leur sujet! Et nous espérions que ma mère ne se souviendrait plus exactement du moment auquel nous étions entrés. Mais c'était peine perdue et sa rigueur incorruptible nous rappelait à la réalité: elle remettait ses lunettes dans leur étui qui faisait un petit clac oh combien fatal, chuchotait: “C'est ici qu'on était”, et nous nous en allions.

 

  El final de la gran película nos llevaba a un nuevo entreacto, más corto – ocasión de analizar la película y de comparar nuestras sutilezas en cuanto a la mejor interpretación – y el principio del complemento de excepción, con el moribundo del final en plena salud. El culpable todavía aureolado de inocencia, la futura joven novia jugando a rayuela. No importaba. Estábamos contentos de saber, ya, lo qué había que pensar de ellos! Y esperábamos que mi madre no se acordara exactamente del momento en el cual habíamos entrado. Pero era en vano y su rigor incorruptible nos devolvía a la realidad: colocaba sus gafas en el estuche, lo cerraba con un pequeño clac fatal, y susurraba: “Es aquí donde empezamos”, y nos marchábamos."

Son blog: https://edmeedexhavee.wordpress.com/
Trad: Colette

03/04/2015

Un rêve qui finit si mal / Un sueño que termina tan mal

Leonardo Padura n'a visiblement peur de rien et se lance avec brio dans des styles, des genres si différents, qu'on se demande parfois au fil de la lecture de “L'homme qui aimait les chiens” s'il est bien l'auteur des différents chapitres de ce roman!

 

LeonardoPadura parece no temer nada y, valiente, se lanza con talento en estilos y géneros tan diferentes que a leer “El hombre que amaba a los perros” uno se pregunta a veces si se trata del mismo autor a lo largo de los diferentes capítulos de la novela!

 

 

 

 





















L'immense documentation qu'il a réunie ici, le lien qu'il réussit à tisser entre la vie / l'exil de Trotski, l'évolution de son jeune meurtrier Ramón Mercader à Barcelone, la montée de Hitler et la situation à Cuba, font de ce roman une œuvre majeure.

...le roman est comme une extraordinaire fresque qui parcourt les idéologies de gauche dans ces années-là*, depuis L’union Soviétique à la guerre civile espagnole et la II Guerre Mondiale, dans une rêve dont il en resta rien, lobotomisé par une gigantesque machinerie de destruction massive et par ses propres querelles internes, combats et désirs de pouvoir. Trotskistes, communistes, marxistes, menchévistes, anarchistes...apparaissent se disputant la terre de l'utopie, incapables de mener à bon port nulle part dans le monde le rêve le plus puissant qu'un homme ait jamais pu imaginer, un rêve qui finit par être un cauchemar terrifiant.”
*période 1930-1940
source: http://revistadeletras.net/el-hombre-que-amaba-a-los-perr... (trad: Colette)

La inmensa documentación aquí reunida, el lazo que consigue hilar entre la vida / el exilio de Trotski, la evolución de su joven asesino Ramón Mercader en Barcelona, el ascenso de Hitler, la situación en Cuba, hacen de esta novela una obra mayor.


La novela resulta ser un extraordinario fresco que recorre las ideologías de izquierda en aquellos años, desde la Unión Soviética  a la Guerra Civil española y la II Guerra Mundial, en un sueño que se quedó en nada, lobotomizado por una gigantesca maquinaria de destrucción masiva y por sus propias e internas inquinas, combates y deseos de poder. Trotskistas, comunistas, marxistas, menchevistas, anarquistas… aparecen disputándose la tierra de la utopía, incapaces de llevar a buen puerto en ninguna parte del mundo el sueño más poderoso que hombre alguno hubiera jamás imaginado, un sueño que acabó siendo una aterradora pesadilla.”
fuente http://revistadeletras.net/el-hombre-que-amaba-a-los-perr...

îles Malgrats, crépuscule
Crépuscule îles Malgrats, Mallorca. foto Colette




Il y a également un personnage fort attachant, un écrivain cubain, Yván, qui tente de garder la tête froide, d'observer tranquillement la situation. Le “Je”.
Padura nous livre de belles pages poétiques comme celle-ci:


« La densité de l’air était une caresse sur la peau et de la mer étincelante s’élevait à peine un murmure apaisant. On pouvait sentir là combien le monde, certains jours, dans des moments magiques, nous offre la trompeuse impression d’être un lieu accueillant, fait à la mesure des rêves et des plus étranges désirs de l’homme. La mémoire, pénétrée de cette atmosphère détendue, parvenait à s’égarer et à faire oublier les rancœurs et les peines.

 

Assis sur le sable, le dos appuyé au tronc d’un casuarina, j’allumai une cigarette et fermai les yeux. Dans une heure le soleil se coucherait, mais comme cela devenait habituel dans ma vie, je n’éprouvais aucune impatience et n’avais aucune expectative. Ou plutôt je n’avais presque rien : et presque sans le presque ! Tout ce qui m’intéressait à ce moment-là, c’était le plaisir de voir arriver le crépuscule, ce cadeau de l’instant fabuleux où le soleil s’approche de la mer argentée du golfe et dessine un sillage de feu à sa surface. Au mois de mars, avec la plage déserte, la promesse de cette vision m’apportait une sorte de sérénité, un état proche de l’équilibre qui me réconfortait et me permettait de croire encore à l’existence palpable d’un petit bonheur, fait à la mesure de mes maigres ambitions.”

 

Leonardo PADURA, L’homme qui aimait les chiens, Cuba, 2009

 

Traduit de l’Espagnol (Cuba) par René SOLIS et Elena ZAYAS, avec le concours du Centre National du Livre, 671 pages.

Un roman, long, qui m'a passionnée.

 

En esta novela, un escritor cubano, Yván, el “Yo” intenta mantener la cabeza fría, de observar tranquilamente la situación.

 

Padura nos ofrece unas preciosas páginas poéticas como esta:

 

El aire tenía una densidad que acariciaba la piel, y el mar, refulgente, apenas producía un murmullo adormecedor. Allí se podía sentir como el mundo, en días y momentos mágicos, nos ofrece la engañosa impresión de ser un lugar afable, hecho a la medida de los sueños y los mas extraños anhelos humanos. La memoria, imbuida por aquella atmósfera reposada, conseguía extraviarse y que se olvidaran los rencores y las penas.

 

Sentado en la arena, con la espalda apoyada en el tronco de una casuarina, encendí un cigarro y cerré los ojos. Faltaba una hora para que cayera el sol, pero, como ya iba siendo habitual en mi vida, yo no tenia prisas ni expectativas. Mas bien casi no tenia nada: y casi sin el casi. Lo único que me interesaba en ese momento era disfrutar del regalo de la llegada del crepúsculo, el instante fabuloso en que el sol se acerca al mar plateado del golfo y le dibuja una estela de fuego sobre la superficie. En el mes de marzo, con la playa prácticamente desierta, la promesa de aquella visión me provocaba cierto sosiego, un estado de cercanía al equilibrio que me reconfortaba y todavía me permitía pensar en la existencia palpable de una pequeña felicidad, hecha a la medida de mis también disminuidas ambiciones.”

Una novela, larga, que me ha apasionado.

10/01/2015

Pause

 

 
 
Voici quelques mots d'Antoni Xumet extraits du beau volume "Majorque, l'île aux poètes" Édition Illador, trilingue, majorquin, espagnol et français.

 

 "Dans le livre de nos destinées, on devine des fautes d'orthographe"(p.11)*

 

Ce blog restera entre parenthèses pour un temps, le temps pour des "blouses vertes et blanches" de repartir à la pêche d'un truc de nature inconnue logé dans mon corps.

Portez-vous bien et à bientôt.

 

 
 
Rafel Joan, pintor mallorquín

 

 

 "En el libro de nuestro destino, se intuyen faltas de ortografía" (p11)*

 

 
Unas palabras de Antoni Xumet sacadas del precioso libro “Majorque, l'île aux poètes”, Edición Illador, trilingüe, mallorquín, castellano, francés.

 

Este blog permanecerá entre paréntesis durante algún tiempo, el tiempo para que unas batas verdes y blancas realicen la pesca de un chisme de origen desconocido.

 

Pasadlo bien y hasta pronto.

 

*trad. française Margarida Llabrés et Bernard Pons

 

 Trad. español Antoni Xumet

01/11/2014

Stéréotype / Estereotipo

La Française
Mini conte d'Adolfo Bioy Casares (Buenos Aires 1914-1999)

Elle me dit que les gens l'ennuient. Les conversations se répètent. Les hommes commencent toujours par l'interroger en espagnol: “Vous êtes française?” et ils poursuivent en français: “J'aime la France”*. Quand, à l'inévitable question sur son lieu de naissance elle répond ”Paris”, tous s'exclament: “Parisienne!”*, avec une admiration souriante, non exempte de grivoiserie* comme s'ils disaient “vous devez être une cochonne!”*. Tandis que je l'écoute je me souviens de ma première conversation avec elle: elle fut minutieusement identique à celle qui précède. Et pourtant elle ne se moque pas de moi. Elle me dit la vérité. Tous les interlocuteurs lui disent la même chose. La preuve c'est que moi aussi je le lui ai dit. Et moi aussi, à certain moment, je lui ai communiqué mon soupçon, à savoir que je ressens plus d'amour pour la France qu'elle. Il semble que tous, tôt ou tard, lui communiquent cette trouvaille. Je ne comprends pas – nous ne comprenons pas – que la France pour elle c'est le souvenir de sa mère, de sa maison, de tout ce qu'elle a aimé et que peut-être elle ne reverra plus.
*en français dans le texte.
  • Trad: Colette
 
 
Jean Béraud 1849-1935

 

La francesa

[Minicuento. Texto completo.] Adolfo Bioy Casares

Me dice que está aburrida de la gente. Las conversaciones se repiten. Siempre los hombres empiezan interrogándola en español: «¿Usted es francesa?» y continúan con la afirmación en francés: « J’aime la France». Cuando, a la inevitable pregunta sobre el lugar de su nacimiento ella contesta «París», todos exclaman: «Parisienne!», con sonriente admiración, no exenta de grivoiserie como si dijeran «comme vous devez être cochonne!». Mientras la oigo recuerdo mi primera conversación con ella: fue minuciosamente idéntica a la que me refiero. Sin embargo, no está burlándose de mí. Me cuenta la verdad. Todos los interlocutores le dicen lo mismo. La prueba de esto es que yo también se lo dije. Y yo también en algún momento le comuniqué mi sospecha de que a mí me gusta Francia más que a ella. Parece que todos, tarde o temprano, le comunican ese hallazgo. No comprendo -no comprendemos- que Francia para ella es el recuerdo de su madre, de su casa, de todo lo que ha querido y que tal vez no volverá a ver.

06/09/2014

Un conte "fantastique" de Silvina Ocampo / Un cuento "fantástico" de Silvina Ocampo

Un conte fantastique, jamais je n'en avais jamais traduit.
Plaisir, difficultés et sueurs pour essayer de rendre les images et juxtapositions opérées par Silvina Ocampo.
Il est long, étrange,  prenez votre temps...
 
La tête collée à la vitre
Cela faisait quinze ans que Mlle Dargére avait à sa charge une colonie d'enfants fluets qui avait été créée par une de ses grand-mères. La maison était située en bord de mer et elle avait vécu depuis sa jeunesse dans l'aile de l'asile, au dernier étage de la tour.
Les premiers temps elle vivait au premier étage, mais la nuit aux vitres de la fenêtre lui apparaissait la tête d'un homme en feu. Une tête affreusement rouge, collée à la vitre comme les peintures des vitraux. Elle déménagea au second: la même tête la poursuivait. Elle déménagea au troisième: la même tête la poursuivait; elle déménagea de toutes les pièces de la maison avec le même résultat.
Mlle Dargére était extrêmement jolie et les enfants l'aimaient, mais une préoccupation constante s’installa entre les sourcils, en forme de lignes verticales qui dérangeaient un peu sa beauté. Ses nuits s'emplissaient d'insomnies et dans ses veilles elle entendait monter les chœurs des rêves des enfants, d'une blancheur de chemise de nuit, depuis les chambres de vingt lits où elle déposait des baisers quotidiens.
Les matinées étaient diaphanes au bord de la mer; les enfants sortaient, tous vêtus de costumes de bain trop longs qui s'enroulaient dans les vagues. Ce n'était pas la faute des costumes, pensait Mlle Dargére appuyée à la balustrade de la terrasse; les enfants, pour ne pas être ridicules, ne pouvaient utiliser que des costumes faits sur mesure.
Ils avaient un maître-nageur noir qui les tourmentait quotidiennement par un plongeon douloureux, qui le protégeait à lui seul, soigneusement, des vagues. Mais elle ne pouvait entendre pleurer les enfants et elle se rappelait le supplice des bains avec des maîtres-nageurs de son enfance qui avaient rempli sa vie de rêves éternels de raz-de marée.
Elle se baignait le soir, l'eau à hauteur des genoux, quand la plage était déserte; elle emportait parfois un livre qu'elle ne lisait pas et se couchait sur le sable après le bain; c'était l'unique moment de la journée où elle se reposait. Elle était la mère de cent cinquante enfants pâles malgré le soleil, maigres malgré l'alimentation étudiée par les médecins, hystériques malgré la vie saine qu'ils menaient.
Mlle Dargére répandait sur eux son prestige de beauté. Sa proximité les tranquillisait un peu et les faisait grossir plus que les aliments étudiés par les meilleurs médecins, mais la tête de l'homme en flammes était toujours à la fenêtre, la nuit, au point de devenir une chose horrible mais nécessaire qu'on cherche derrière les rideaux.
Une nuit elle ne dormit pas une seule minute; la tête était absente, elle la chercha derrière les rideaux et l'inquiéta cette fois la possibilité de dormir tranquille: la tête semblait s'être perdue pour toujours.
Le matin suivant, dans les chambres, une étrange exaspération maintenait les enfants au bord des larmes. Des pleurs contenus s'accumulaient dans les bouches. Mlle. Dargére crut voir un asile de vieux en maillots de bain bleu marine allant en file vers la plage. Caroline, sa préférée, la seule qui avait un corps qui pouvait remplir un maillot de bain, s'échappa de ses bras.
La plage, ce matin-là, s'emplit de pleurs obscurs coincés dans les vagues.
Mlle Dargére, après avoir appuyé sa mélancolie à la balustrade, ce qui fut comme un adieu à la beauté, monta en courant vers le miroir de sa chambre. La tête de l'homme en flammes lui apparut de l'autre côté; vue de si près c'était une tête mouchetée de variole qui avait la même émotivité que les flans bien cuits. Mlle Dargére attribua l'emportement de sa figure aux brûlures du soleil qui se déversent en liquides brûlants sur les peaux fines. Elle s'appliqua des compresses d'huile calcaire, mais l'image de la tête en flammes s'était logée dans le miroir.
 (Trad: Colette)
LA CABEZA PEGADA AL VIDRIO
Desde hacía quince años Mlle. Dargére tenía a su cargo una colonia de niños débiles que había sido fundada por una de sus abuelas. La casa estaba situada a la orilla del mar y ella desde su juventud había vivido en la parte lateral del asilo, en el último piso de la torre.
En los primeros tiempos vivía en el primer piso, pero de noche en los vidrios de la ventana se le aparecía la cabeza de un hombre en llamas. Una cabeza espantosamente roja, pegada al vidrio como las pinturas de los vitraux. Se mudó al segundo piso: la misma cabeza la perseguía. Se mudó al tercer piso: la misma cabeza la perseguía; se mudó de todos los cuartos de la casa con el mismo resultado.
Mlle. Dargére era extremadamente bonita y los chicos la querían, pero una preocupación constante se le instaló en el entrecejo en forma de arrugas verticales que estropeaban un poco su belleza. Sus noches se llenaban de insomnios y en sus desvelos oía los coros de los sueños de los niños subir, con blancura de camisón, de los dormitorios de veinte camas en donde depositaba besos cotidianos.
Las mañanas eran diáfanas a la orilla del mar; los chicos salían todos vestidos con trajes de baño demasiado largos que se enredaban en las olas. No era la culpa de los trajes, pensaba Mlle. Dargére apoyada contra la balaustrada de la terraza; los chicos no podían usar sino trajes hechos a medida, para no quedar ridículos. Tenían un bañero negro que los mortificaba diariamente con una zambullida dolorosa, que lo resguardaba a él sólo, cuidadosamente, de las olas. Pero ella no podía oír llorar a los chicos y se acordaba del suplicio de los baños con bañeros en su infancia, que habían llenado su vida de sueños eternos de maremotos.
Se bañaba de tarde con el agua a la altura de las rodillas, cuando la playa estaba desierta; entonces llevaba a veces un libro que no leía y se acostaba sobre la arena después del baño; era el único momento del día en que descansaba. Era la madre de ciento cincuenta chicos pálidos a pesar del sol, flacos a pesar de la alimentación estudiada por los médicos, histéricos a pesar de la vida sana que llevaban.
Mlle. Dargére derramaba su prestigio de belleza sobre ellos. Su proximidad los serenaba un poco y los engordaba más que los alimentos estudiados por los mejores médicos, pero la cabeza del hombre en llamas seguía de noche en la ventana hasta que llegó a ser una horrible cosa necesaria que se busca detrás de las cortinas.
Una noche no durmió un solo minuto; la cabeza estaba ausente, la buscó detrás de las cortinas, y la desveló esta vez la posibilidad de poder dormir tranquila: la cabeza parecía haberse perdido para siempre.
A la mañana siguiente, en los dormitorios, una extraña exasperación retenía a los chicos al borde de las lágrimas. Llantos contenidos se amontonaban en las bocas. Mlle. Dargére creyó ver un asilo de ancianos en traje de baño azul marino desfilando hacia la playa. Carolina, su preferida, la única que tenía un cuerpo capaz de rellenar el traje de baño, se escapó de entre sus brazos.
La playa esa mañana se llenó de llantos obscuros y atorados dentro de las olas.
Mlle. Dargére, después de apoyar su melancolía sobre la balaustrada, que fue como una despedida a la belleza, subió corriendo hasta el espejo de su cuarto. La cabeza del hombre en llamas se le apareció del otro lado; vista de tan cerca era una cabeza picada de viruela y tenía la misma emotividad de los flanes bien hechos. Mlle. Dargére atribuyó el arrebato de su cara a las quemaduras del sol que se derraman en líquidos hirvientes sobre las pieles finas. Se puso compresas de óleo calcáreo, pero la imagen de la cabeza en llamas se había radicado en el espejo.

29/03/2014

L'alphabet des doigts / El alfabeto de los dedos


 
 
Mur hérissé d'espoir / Photo Colette 
 
 
Je m'en voudrais de quitter l'Uruguay sans vous traduire cet autre extrait du LIVRE DES ÉTREINTES d'Eduardo Galeano. 


 
Célebration de la voix humaine /2
 
Ils avaient les mains attachées ou menottées, et pourtant les doigts dansaient. Les prisonniers étaient encapuchonnés mais en s'inclinant ils arrivaient à voir un peu, un tout petit peu, vers le bas. Bien que parler était interdit, ils conversaient avec les mains.
Pinio Ungerfeld m'a appris l'alphabet des doigts, qu'en prison il apprit sans professeur;
- Certains avaient une vilaine écriture - me dit-il -, d'autres étaient des artistes de la calligraphie. 

La dictature Uruguayenne voulait que tous ne fassent qu'un seul, que chacun ne soit personne; dans les prisons et dans tout le pays, la communication était un délit.
Certains prisonniers passèrent plus de dix ans enterrés dans des cachots solitaires de la taille d'un cercueil, sans entendre d'autres voix que le fracas des grilles ou les pas des bottes dans le corridor.
Fernández Huidobro et Mauricio Rosencof, condamnés à cette solitude, furent sauvés parce qu'ils purent se parler, par de petits coups sur le mur.
C'est ainsi qu'ils se racontaient rêves et souvenirs, amours et désamours: ils discutaient, s'étreignaient, se disputaient; ils partageaient certitudes et beautés et ils partageaient aussi doutes et fautes et questions, de celles qui n'ont pas de réponse.

Quand elle est vraie, quand elle naît du besoin de dire, rien ne peut arrêter la voix humaine. Si on lui refuse la bouche, elle parle avec les mains, ou par les yeux, ou par les pores, ou par n'importe où.
Parce que tous, tous, nous avons quelque chose à dire aux autres, une chose qui mérite d'être célébrée ou pardonnée par les autres.
 
Trad: Colette
 
 
Pedro Figari /Uruguay
 

 
 
No quiero marcharme de Uruguay sin reproducir otro texto sacado de El libro de los abrazos de Eduardo Galeano.
 
Celebración de la voz humana /2

Tenían las manos atadas o esposadas, y sin embargo los dedos danzaban. Los presos estaban encapuchados, pero inclinándose alcanzaban a ver algo, alguito, por abajo. Aunque hablar, estaba prohibido, ellos conversaban con las manos.
Pinio Ungerfeld me enseñó el alfabeto de los dedos, que en prisión aprendió sin profesor:
-Algunos teníamos mala letra - me dijo -, otros eran unos artistas de la caligrafía.
  La dictadura uruguaya quería que cada uno fuera nada más que uno, que cada uno fuera nadie; en cárceles y cuarteles y en todo el país, la comunicación era delito.
Algunos presos pasaron más de diez años enterrados en solitarios calabozos del tamaño de un ataúd, sin escuchar más voces que el estrépito de las rejas o los pasos de las botas por los corredores. Fernández Huidobro y Mauricio Rosencof, condenados a esa soledad, se salvaron porque pudieron hablarse, con golpecitos a través de la pared.
Así se contaban sueños y recuerdos, amores y desamores: discutían, se abrazaban, se peleaban; compartían certezas y bellezas y también compartían dudas yculpas y preguntas de esas que no tienen respuestas.

Cuando es verdadera, cuando nace de la necesidad de decir, a la voz humana no hay quien la pare. Si le niegan la boca, ella habla por las manos, o por los ojos, o por los poros, o por donde sea. Porque todos, toditos, tenemos algo que decir a los demás, alguna cosa que merece ser por los demás celebrada o perdonada.

26/01/2014

En ce temps-là / En aquel tiempo

Le poète chilien d'aujourd'hui vous le connaissez peut-être grâce à sa prose, ces deux romans: "Les détectives sauvages" ou "2666".
Roberto Bolaño...dans la revue l'Express, cet excellent article sur lui: ici


Tal vez conozcáis al poeta chileno de hoy, Roberto Bolaño a través de su prosa, sus dos novelas "Los detectives salvajes" o "2666"
Aquí mucha información sobre él.

Le peintre, chilien aussi, est Benito Rebolledo (1881-1965) 

Benito Rebolledo

 

 

 

 Mais nous parlons ici de poésie...Pero hablamos aquí de poesía...

 

Extrait de Les chiens romantiques

 

Roberto Bolaño

 


En ce temps-là j'avais vingt ans
et j'étais fou.
J'avais perdu un pays
mais j'avais gagné un rêve.
Et si j'avais ce rêve
le reste était sans importance.
Travailler, prier
ou étudier à l'aube
auprès des chiens romantiques.
Et le rêve vivait dans le vide de mon esprit.
Une chambre en bois,
dans la pénombre,
dans l'un des poumons du tropique.
Et parfois je rentrais en moi
et je rendais visite au rêve : statue qui s'éternise
en des pensées liquides,
un ver blanc qui se tord
dans l'amour.
Un amour débridé.
Un rêve dans un autre rêve.
Et le cauchemar me disait : tu grandiras.

Tu laisseras derrière toi les images de la douleur et du labyrinthe
et tu oublieras.
Mais en ce temps-là grandir aurait été un crime.
Je suis ici, dis-je, avec les chiens romantiques
et c'est ici que je vais rester.

 

 

 

(Trad: Colo)

La risa del mar / le rire de la mer B. Rebolledo

 

 

 

Extracto de Los Perros románticos

 

Roberto Bolaño

 

En aquel tiempo yo tenía veinte años  
y estaba loco.  
Había perdido un país  
pero había ganado un sueño.  
Y si tenía ese sueño  
lo demás no importaba.  
Ni trabajar ni rezar  
ni estudiar en la madrugada  
junto a los perros románticos.  

 

Y el sueño vivía en el vacío de mi espíritu./  
Una habitación de madera,  
en penumbras,  
en uno de los pulmones del trópico.  
Y a veces me volvía dentro de mí 
y visitaba el sueño: estatua eternizada  
en pensamientos líquidos,  
un gusano blanco retorciéndose  
en el amor.  
Un amor desbocado.  
Un sueño dentro de otro sueño.  
Y la pesadilla me decía: crecerás.  
Dejarás atrás las imágenes del dolor y del laberinto 
y olvidarás.  
Pero en aquel tiempo crecer hubiera sido un crimen.

 

Estoy aquí, dije, con los perros románticos

 

y aquí me voy a quedar.

 

 

 

Portrait d'enfant B. Rebolledo

 

23/11/2013

Elles attendent.../ Ellas esperan...

Elena Poniatowska (Mexique) vient de recevoir le Prix Cervantes, prix littéraire attibué à des écrivains de langue espagnole, pour l'ensemble de leur oeuvre.

 

J'ai traduit un de ses courts récits.
Le style d'Elena est simple et je n'ai pas cherché à le modifier. Dans ce récit sous forme de lettre, les souvenirs sont très présents et on y trouve quelques éléments de son pays d'origine, le Mexique: la pauvreté et la délinquance, les femmes habituées, résignées à attendre l'homme tout-puissant, soumises ( problème soulevé par de nombreuses écrivaines sud-américaines ).
De belles images, dures parfois telles ces feuilles en formes d' épées, ou fort sensuelles.
La « elle » sait que cet amour est fini, ou n'a jamais existé, mais...elle attend
Bonne lecture. 
 

 

 

Elena Poniatowska acaba de recibir el premio Cervantes por el conjunto de su obra.

Os dejo aquí un relato suyo.
El estilo de Elena es simple y en este relato, en forma de carta, los recuerdos están muy presentes y se encuentran algunos elementos de su país de orígen, Mexico : la pobreza y la delincuencia, las mujeres acostumbradas, resignadas a esperar al hombre todo poderoso, sumisas (problema que abordan varias mujeres escritoras sur americanas)
Unas bellas imágenes, a veces duras tales esas hojas en forma de espadas, o muy sensuales.
La « ella » sabe que este amor ha terminado, o no ha existido nunca, pero....espera.
Buena lectura.
 
LA COMMISSION
 
 

 

Je suis venue Martín, et tu n'es pas là. Je me suis assise sur le seuil de ta maison, appuyée contre ta porte et je pense qu'en un endroit de la ville, par une onde qui traverse l'air, tu dois deviner que je suis ici. Voici ton petit bout de jardin; ton mimosa s'incline vers la rue et en passant les enfants lui arrachent les branches les plus accessibles...En terre, semées autour d'un mur, très rectilignes et sérieuses, je vois des fleurs qui ont des feuilles comme des épées. Elles sont bleu marine, elles ressemblent à des soldats. Elles sont très graves, très honnêtes. Toi aussi tu es un soldat. Tu marches dans la vie, un, deux, un, deux...Ton jardin entier est solide, il est comme toi, il a une force qui inspire confiance.
 
Me voici contre le mur de ta maison, telle que je suis parfois contre le mur de ton dos. Le soleil donne aussi contre la vitre de tes fenêtres et peu à peu il faiblit car il est tard. Le ciel rougissant a chauffé ton chèvrefeuille et son odeur se fait de plus en plus pénétrante. C'est la tombée du jour. Le jour va décliner. Ta voisine passe. Je ne sais si elle m'aura vue. Elle va arroser son bout de jardin. Je me souviens qu'elle t'apporte une soupe quand tu es malade et que sa fille te fait des piqûres...Je pense à toi très lentement, comme si je te dessinais en moi et que tu restais gravé là. Je voudrais avoir la certitude que je vais te voir demain et après-demain et toujours dans une chaîne ininterrompue de jours; que je pourrai te regarder lentement bien que je connaisse chaque petit recoin de ton visage; rien entre nous n'a été provisoire ni un accident.
 
Je suis penchée sur une feuille de papier et je t'écris tout ça et je pense que maintenant, dans un quelconque quartier où tu marches, pressé, décidé comme tu en as l'habitude, dans une de ces rues où je t'imagine toujours: Donceles et Cinco de Febrero ou Venustiano Carranza, sur une de ces banquettes grises et monocordes brisées par la foule de gens qui va prendre le camion, tu dois savoir au fond de toi que je t'attends. Je suis simplement venue te dire que je t'aime et comme tu n'es pas là je te l'écris. Je ne peux presque plus écrire parce que le soleil est déjà parti et je ne sais pas bien ce que je te mets. Dehors passent encore des enfants, en courant. Et une dame avec une casserole prévient, irritée: “ Ne me secoue pas la main, je vais renverser le lait...” Et je laisse ce crayon, Martín, et je laisse la feuille à lignes et je laisse mes bras pendre inutilement le long de mon corps et je t'attends. Je pense que j'aurais aimé t'étreindre. Parfois j'aimerais être plus vieille parce que la jeunesse porte en elle, l'impérieux, l'implacable besoin de tout relier à l'amour.
Un chien aboie; il aboie agressivement. Je crois qu'il est temps de partir. Sous peu viendra la voisine pour allumer la lumière de ta maison; elle a la clef et elle allumera l'ampoule de la chambre qui donne vers l'extérieur parce que dans cette colonie on assaille beaucoup, on vole beaucoup. On vole beaucoup aux pauvres; les pauvres se volent entre eux...Tu sais, depuis mon enfance je me suis assise ainsi à attendre, j'ai toujours été docile, parce que je t'attendais. Je sais que toutes les femmes attendent. Elles attendent la vie future, toutes ces images forgées dans la solitude, toute cette forêt qui marche vers elles: toute cette immense promesse qu'est l'homme; une grenade qui s’ouvre soudain et montre ses grains rouges, brillants; une grenade comme une bouche pulpeuse de mille grains. Plus tard ces heures vécues en imagination, devenues heures réelles, devront prendre poids et taille et dureté. Tous nous sommes – ô mon amour – si pleins de portraits intérieurs, si pleins de paysages non vécus.
La nuit est tombée et je ne vois presque plus ce que je suis en train de griffonner sur le papier ligné. Je ne distingue plus les lettres. Là où tu ne comprends pas, dans les espaces, dans les vides, mets: “Je t'aime...” Je ne sais si je vais glisser cette feuille sous la porte, je ne sais. Tu m'as donné un tel respect de toi-même....Peut-être que maintenant je vais partir, je ne suis passée que pour demander à une voisine qu'elle te fasse la commission: qu'elle te dise que je suis venue.
Trad : Colette
Un bon article de La Libre Belgique. Si vous comprenez un peu l'espagnol, un conte pour enfants écrit par E P., joliment illustré ici.
 
Picasso, mujer sentada

Elena Poniatowska, El Recado

Vine Martín, y no estás. Me he sentado en el peldaño de tu casa, recargada en tu puerta y pienso que en algún lugar de la ciudad, por una onda que cruza el aire, debes intuir que aquí estoy. Es este tu pedacito de jardín; tu mimosa se inclina hacia afuera y los niños al pasar le arrancan las ramas más accesibles... En la tierra, sembradas alrededor del muro, muy rectilíneas y serias veo unas flores que tienen hojas como espadas. Son azul marino, parecen soldados. Son muy graves, muy honestas. Tú también eres un soldado. Marchas por la vida, uno, dos, uno, dos... Todo tu jardín es sólido, es como tú, tiene una reciedumbre que inspira confianza.

Aquí estoy contra el muro de tu casa, así como estoy a veces contra el muro de tu espalda. El sol da también contra el vidrio de tus ventanas y poco a poco se debilita porque ya es tarde. El cielo enrojecido ha calentado tu madreselva y su olor se vuelve aún más penetrante. Es el atardecer. El día va a decaer. Tu vecina pasa. No sé si me habrá visto. Va a regar su pedazo de jardín. Recuerdo que ella te trae una sopa cuando estás enfermo y que su hija te pone inyecciones... Pienso en ti muy despacio, como si te dibujara dentro de mí y quedaras allí grabado. Quisiera tener la certeza de que te voy a ver mañana y pasado mañana y siempre en una cadena ininterrumpida de días; que podré mirarte lentamente aunque ya me sé cada rinconcito de tu rostro; que nada entre nosotros ha sido provisional o un accidente.

Estoy inclinada ante una hoja de papel y te escribo todo esto y pienso que ahora, en alguna cuadra donde camines apresurado, decidido como sueles hacerlo, en alguna de esas calles por donde te imagino siempre: Donceles y Cinco de Febrero o Venustiano Carranza, en alguna de esas banquetas grises y monocordes rotas sólo por el remolino de gente que va a tomar el camión, has de saber dentro de tí que te espero. Vine nada más a decirte que te quiero y como no estás te lo escribo. Ya casi no puedo escribir porque ya se fue el sol y no sé bien a bien lo que te pongo. Afuera pasan más niños, corriendo. Y una señora con una olla advierte irritada: "No me sacudas la mano porque voy a tirar la leche..." Y dejo este lápiz, Martín, y dejo la hoja rayada y dejo que mis brazos cuelguen inútilmente a lo largo de mi cuerpo y te espero. Pienso que te hubiera querido abrazar. A veces quisiera ser más vieja porque la juventud lleva en sí, la imperiosa, la implacable necesidad de relacionarlo todo con el amor.
Ladra un perro; ladra agresivamente. Creo que es hora de irme. Dentro de poco vendrá la vecina a prender la luz de tu casa; ella tiene llave y encenderá el foco de la recámara que da hacia afuera porque en esta colonia asaltan mucho, roban mucho. A los pobres les roban mucho; los pobres se roban entre sí... Sabes, desde mi infancia me he sentado así a esperar, siempre fui dócil, porque te esperaba. Sé que todas las mujeres aguardan. Aguardan la vida futura, todas esas imágenes forjadas en la soledad, todo ese bosque que camina hacia ellas; toda esa inmensa promesa que es el hombre; una granada que de pronto se abre y muestra sus granos rojos, lustrosos; una granada como una boca pulposa de mil gajos. Más tarde esas horas vividas en la imaginación, hechas horas reales, tendrán que cobrar peso y tamaño y crudeza. Todos estamos —oh mi amor— tan llenos de retratos interiores, tan llenos de paisajes no vividos.
Ha caído la noche y ya y casi no veo lo que estoy borroneando en la hoja rayada. Ya no percibo las letras. Allí donde no le entiendas en los espacios blancos, en los huecos, pon: "Te quiero..." No sé si voy a echar esta hoja debajo de la puerta, no sé. Me has dado un tal respeto de ti mismo...Quizá ahora que me vaya, sólo pase a pedirle a la vecina que te dé el recado: que te diga que vine.

Un bonito cuento para niños escrito por ella, con ilustraciones preciosas aquí: