littérature et poésie

  • Aimer l'imperfection / Amar lo imperfecto

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    Découvert il y a peu le concept japonais de Wabi Sabi. Il parait qu'il a envahi les magasins de décoration, ça je n'en ai aucune idée, mais sa portée philosophique et personnelle m'intéresse. Le concept se base sur la simplicité et l'imperfection de la nature qui, en révélant ses défauts, montre sa beauté.
     
    Descubierto hace poco el concepto japònés de Wabi sabi. Parece que ha invadido las tiendas de decoración, no tengo ni idea de ello, pero su ámbito filosófico y personal me interesa. El concepto se basa en la simplicidad y la imperfección de la naturaleza que, al descubrir sus defectos, muestra su belleza.
     
    Cette imperfection qui ronge certains, dont d'autres s’accommodent et qui fait penser Roberto Juarroz.
     
    Esa imperfección que corroe a algunos, con la cual otros se arreglan y que hace pensar a Roberto Juarroz.
     
     
     

                                                      

     
     
    L’imparfait

    Roberto Juarroz
     
     

    Comment aimer l'imparfait
    si l'on écoute au travers des choses
    combien le parfait nous appelle?

    Comment parvenir à suivre
    dans la chute ou l'échec des choses
    la trace de ce qui ne tombe ni n'échoue?

    Peut-être nous faudrait-il apprendre que l'imparfait
    est une autre forme de la perfection:
    la forme que la perfection assume
    pour pouvoir être aimée

     

    (Trad: Colette)

     

    Lo imperfecto

    Roberto Juarroz 

     

    ¿Cómo amar lo imperfecto,
    Si escuchamos a través de las cosas
    Cómo nos llama lo perfecto?

    ¿Cómo alcanzar a seguir
    En la caída o el fracaso de las cosas
    La huella de lo que no cae ni fracasa?

    Quizá debamos aprender que lo imperfecto
    Es otra forma de la perfección:
    La forma que la perfección asume

    Para poder ser amada

  • Fais du bruit! / ¡Haz ruido!

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    Voici un second poème d'Elvira Sastre.
    La simplicité est un choix, une décision qu'elle a prise après des études de philologie.
    Tant, trop de poèmes hermétiques, alambiqués, et donc loin de la compréhension de tous pense-t-elle. 


    Vasili Kandinsky, Bruit / Ruido



    BRUIT
     
    Si tu pars
    fais-le avec du bruit;
    casse les fenêtres,
    insulte mes souvenirs,
    jette par terre toutes et chacune
    de mes tentatives
    pour t’atteindre,
    transforme en cri les orgasmes,
    frappe avec rage la chaleur
    abandonnée, le calme disparu, l’amour
    qui ne résiste pas,
    détruis la maison
    qui ne sera plus un foyer.
    Fais-le comme tu voudras,
    mais avec du bruit.
    Ne me laisse pas seule avec mon silence.
    Trad: Colette
                        .....................................
     Vous penserez sans doute, comme moi, à Prévert,

    On reconnaît le bonheur au bruit qu'il fait quand il s'en va.”
    Et à la chanson de  Renaud Boucan d’enfer https://www.youtube.com/watch?v=kkAEErrHaJE


    Enrique Rogriguez Guzpana Sin ruido /Sans bruit
     
    RUIDO Elvira Sastre

    Si te marchas
    hazlo con ruido:
    rompe las ventanas,
    insulta a mis recuerdos,
    tira al suelo todos y cada uno
    de mis intentos
    de alcanzarte,
    convierte en grito a los orgasmos,
    golpea con rabia el calor
    abandonado, la calma fallecida, el amor
    que no resiste,
    destroza la casa
    que no volverá a ser hogar.
    Hazlo como quieras,
    pero con ruido.
    No me dejes a solas con mi silencio.
     
     
  • Le silence est ma voix / El silencio es mi voz

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    Après “Sagesse de l’herbe” que j’avais tant aimé, je découvre “Journal d’une pierre” d’Anne Le Maître.
     
    https://alm-bleudeprusse.blogspot.com/  
     
     
    Comme un cahier très soigné à emporter avec soi, à chaque page un court texte poétique et une illustration en noir encre, gris et blanc réalisée par elle-même. L’ensemble est des plus réussis.
     
     
    Diario de una piedra” por Anne Le Maître
    El librito, como un cuaderno muy cuidado para llevar consigo, en cada página un texto corto y una ilustración hecha por ella en tinta china, gris y blanco. El conjunto es precioso.
     
    J’ai choisi deux pages et les ai traduites en espagnol.
     
    VI
    Pierre à secret
    pierre à mémoire
     
            je dis
     
    Pierre de patience
    et de silence
     
    Sans chagrin
    sans voix
    sans espoir
     
    Que connais-tu des larmes
    que sais-tu d’être tendre
    que sais-tu de l’amour
    que sais-tu de la joie
    que je pourrais t’apprendre?
     
    VII
     
    - Et à qui parles-tu,
    toi qui bruisses et qui geins
    et de quoi?
    Et pourquoi?
     
    La leçon
    je la donne
     
    Se taire est mon langage
    le silence
           est ma voix.
     
                              …
    Ce que j’ai dans le cœur,
    dit la pierre,
    m’appartient.
                                   
    Carte postale Anne Le Maître, photo Colo
     
     
     

     

    VI
    Piedra de secretos
    piedra de memoria
     
              digo
     
    Piedra de paciencia
    y de silencio
     
    Sin pena
    sin voz
    sin esperanza
     
    ¿Qué sabes de las lágrimas
    qué sabes de ser tierno
    qué sabes del amor
    qué sabes de la alegría
    que podría enseñarte?
     
    VII
     
    - ¿Y con quién hablas,
    tú que susurras y gimes
    y de qué?
    Y por qué?
     
    La lección
    la doy yo
     
    Callar es mi lenguaje
    el silencio
    es mi voz
     
    ---------
     
    Lo que tengo en el corazón,
    dice la piedra
    me pertenece.
     
    (Trad: Colette)

    Vous trouverez une présentation et une page sur le blog d’Anne: https://alm-bleudeprusse.blogspot.com/2019/12/parution-dhiver.html
     
     
     
     
  • Le poids du papier / El peso del papel

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    Aujourd'hui un poème sans prétentions mais qui dit si bien l'amour des livres...

     

    Une vie parmi les livres
    Mercedes  Escolano. Cádiz 1964
     
    Dans la rue attend le camion
    chargé des livres d’une vie.
    Qu’est-ce qui me retient dans ces
    pièces vides? Peut-être l’odeur
    laissée par les livres? Les heures, peut-être,
    partagées dans l’intimité et la tristesse?
    Les étagères sont restées nues
    et les pièces commencent à acquérir
    un air d’orphelinage et de non-sens.
     
    Le poids de l’encre,
    le poids du papier caressé,
    le poids subtil et aérien des mots,
    quel autre plaisir pourraient-ils me donner?
    En bas attend le camion de déménagement.
    Les caisses ont été soigneusement empilées,
    comme si de porcelaine il s’agissait.
     
    (Trad:Colette) 
     
     
    UNA VIDA ENTRE LIBROS 
    de "Placeres y mentiras" 
     
    Mercedes Escolano 
     
     
     En la calle aguarda el camión de la mudanza
    cargado con los libros de una vida.
    ¿Qué me retiene en estas
    habitaciones vacías? ¿Tal vez el olor
    que los libros dejaron? ¿Las horas, tal vez,
    compartidas en intimidad y tristeza?
    Los estantes han quedado desnudos
    y los cuartos comienzan a adquirir
    un aire de orfandad y sinsentido. 
     
     El peso de la tinta,
    el peso del papel acariciado,
    el peso sutil e ingrávido de las palabras,
    ¿qué más placer podrían darme?
    Abajo aguarda el camión de la mudanza.
    Las cajas han sido cuidadosamente apiladas,
    como si de fina porcelana se tratase.
     
     
  • Communiquer / Comunicar

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    Photo Colette, Nord de Mallorca
     

     

     
    Le mur
    il ne sait rien de la mer

    La mer
    elle ne sait rien du mur

    Entre eux
    le va-et-vient du vent
     
    La pared
    no sabe nada del mar

    El mar
    no sabe nada de la pared

    Entre ellos
    el vaivén del viento

    (Trad, Colette) 
     
    extrait de Komboloï, Werner Lambersy
     
    (Billet en partie repris d'un précédent, il y a des lunes..)
  • La lisière des mots / La linde de las palabras

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    LISIÈRES
    (extrait)


    Quand trop de voix familières
    jonchaient le bas-côté des jours
    j’écrivais
    pour détourner le temps
    prendre le pouls de la mémoire
    dans le ravissement d’un arrêt sur image.

    Mais déjà le chemin s’effaçait
    à la lisière des mots

    et l’on n’entendait plus que des voix
    indistinctes
    rudes comme la rouille
    des faux abandonnées

    et l’image n’était plus
    qu’un obscur reflet
    qui à tout moment
    pouvait blesser la lumière.
     
     
     
     
     Irène Dubœuf, « Lisières » in Effacement des seuils, éditions Unicité, 2019, page 45. 
     
    Poème et références trouvés sur le blog Terres de Femmes:
    https://terresdefemmes.blogs.com/mon_weblog/2019/12/ir%C3%A8ne-dub%C5%93uf-lisi%C3%A8res.html 
     
     
    Vicente Verdú
     
     
     
     
    Orillas
    (Extracto)
     
    Cuando demasiadas voces familiares
    cubrían el arcén de los días
    escribía
    para desviar el tiempo
    para tomar el pulso de la memoria
    en el encanto de un estudio minucioso.
     
    Pero el camino ya se borraba
    en la linde de la palabras
     
    y ya sólo se oían voces
    indistintas
    rugoso como el óxido
    de las hoces abandonadas
     
    y la imagen ya no era más
    que un oscuro reflejo
    que en cualquier momento
    podía herir la luz.
     
    (Traducción Colette)

  • Une lettre cachetée / Una carta sellada

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    D'abord il y a une enveloppe...
    Primero hay un sobre....

     
     


    ...suivie d'un timbre,
    ...seguido de un sello,
                                                                       

     
     

    À l'intérieur ce court poème pour vous souhaiter une bonne fin d'Année.
    Y dentro este corto poema para desearos un buen fin de Año.

     

     

     
     NOCTURNE (extrait)
    JR Jimenéz

    «Que t’importe toute chose,

    si nous pouvons brûler
    chaque peine oh passion ! en chaque étoile,
    si nous pouvons faire
    de l’immense ciel noir
    notre immense joie toute illuminée ? 
     
    (Trad. Trouvée sans nom du traducteur sur le site http://emmila.canalblog.com)

    Nocturno (Extracto)
    JR Jimenéz
     
    ¡Qué te importa de todo,
    si podemos quemar
    cada pena ¡o, pasión! en cada estrella,
    si podemos hacer
    del negro cielo inmenso
    nuestra inmensa alegría iluminada?
     
     
  • Une fleur sans épines / Una flor sin espinas

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    Les longues soirées devant la cheminée, ce vague à l’âme qui peut nous envahir en laissant notre regard se perdre dans les flammes...et ce poème que j'ai lu un soir.
    Il est de Claribel Alegría, (Nicaragua, 1924-2018) nous l'avons déjà rencontrée sur ce blog; son nom m'a toujours enchantée.


     Évoquant des souvenirs
     
    Évoquant des souvenirs
    j’ai trouvé le tien.
    Il ne faisait pas mal.
    Je l’ai sorti de son étui,
    j’ai secoué ses racines
    dans le vent,
    je l’ai mis à contre-jour:
    C’était un cristal poli
    qui reflétait des poissons de couleurs,
    une fleur sans épines
    qui ne brûlait pas.
    Je l’ai jeté contre le mur
    et la sirène de mon alarme a sonné.
    Qui a éteint son feu?
    Qui a usé le fil
    de mon souvenir-lance
    que j’aimais tant?
     
    (Trad: Colette)

     

     
    In memoriam, Enrique Grau 1990, Colombia
     
     
     
    Barajando recuerdos
     
    Barajando recuerdos
    me encontré con el tuyo.
    No dolía.
    Lo saqué de su estuche,
    sacudí sus raíces
    en el viento,
    lo puse a contraluz:
    Era un cristal pulido
    reflejando peces de colores,
    una flor sin espinas
    que no ardía.
    Lo arrojé contra el muro
    y sonó la sirena de mi alarma.
    ¿Quién apagó su lumbre?
    ¿Quién le quitó su filo
    a mi recuerdo-lanza
    que yo amaba?
  • Ils brisent le mythe de la mort / Rompen el mito de la muerte

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    Les plus vieux / Los más viejos

    Rafael Felipe Oteriño (Argentina 1945)

    Acostumbrados a caminar por la sombra,
    los más viejos tienen conductas extravagantes:
    van al mercado, cultivan flores,
    como si la muerte no fuera un telón sino un reto
     

    Habitués à marcher dans l'ombre

    les plus âgés ont des conduites extravagantes:

    ils vont au marché, cultivent des fleurs,
    comme si la mort n'était pas un rideau mais un défi.


    Guardan la moneda de hoy para el concierto de mañana,
    anotan, con tinta gruesa, los números de teléfono,
    mantienen una conversación con los difuntos,
    disimulando las ofensas para que no parezcan excesivas.
     
    Ils gardent la monnaie d'aujourd'hui pour le concert de demain,
    ils notent, à l'encre épaisse, les numéros de téléphone,
    entretiennent des conversations avec les défunts,
    et dissimulent les offenses pour qu'elles ne semblent pas excessives.
     

    Adolf Humborg (1847-1921)
     
    Dicen que fueron felices,
    aunque las pruebas demuestran lo contrario,
    hablan de los hijos como si los vieran a diario,
    comienzan un tejido y aprenden computación.
     
    Ils disent qu'ils furent heureux,
    bien que les preuves démontrent le contraire,
    parlent des enfants comme s'ils les voyaient tous les jours,
    commencent un tricot et apprennent l'informatique.
     
    No hay en ellos señales de alarma
    ni sueños malos que los persigan,
    no se sienten hostigados ni piden auxilio,
    sus relojes no marcan las horas a menos que se rompan.
     
    En eux pas de signaux d'alarme
    ni de mauvais rêves qui les poursuivent,
    ils ne se sentent pas harcelés et ne demandent pas d'aide,
    à moins de se rompre, leurs montres ne marquent pas les heures.

     
    Cecilio Pla y Gallardo / Hombre en la playa

    Maestros de lo improbable,
    pasan muchas horas con las ventanas abiertas,
    están y no están en sus sillas caldeadas, son y no son.
     
    Maîtres de l'improbable,
    ils passent de nombreuses heures les fenêtres ouvertes,
    ils sont et ne sont pas sur leurs chaises chaudes, ils sont et ne sont pas.


    Barren la vereda como si nada estuviera a punto de estallar,
    como si los cuatro puntos cardinales
    no se hubieran fundido, para ellos, en uno solo.
     
    Ils balayent le trottoir comme si rien n'était sur le point d'exploser
    comme si les quatre points cardinaux
    pour eux ne s'étaient pas fondus en un seul.

    Rompen el mito de la muerte,
    sumando un anillo más al árbol que los cobija.
    Dicen que fueron felices.
     
    Ils brisent le mythe de la mort,
    ajoutant un anneau de plus à l'arbre qui les abrite.
    Ils disent qu'ils furent heureux.

    Rafael Felipe Oteriño (La Plata, 1945), Viento extranjero,

    Trad:Colette
     

  • Le pont de la nuit / El puente de la noche

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    Juan Ramón Jiménez, peut-être vous souvenez-vous de lui

     Oublier un peu, rien , trop... ah si nous pouvions décider, être les maîtres de nos mémoires!
     
     
    No os lo tengo que presentar, y ya publiqué varios poemas de él
    ¿Recordar y olvidar. Olvidar un poco, nada, demasiado...¡si pudiéramos decidir y ser dueños de nuestras memorias!
     
    Je vous souhaite une bonne semaine. ¡Qué paséis una buena semana!
     
    Oswaldo Guayasamín 1919-1999 Ecuador*
     
    La mémoire
    Juan Ramón Jiménez
     
    Quelle tristesse voir passer
    le débit de chaque jour
    (tours en haut et en bas!),
    par le pont de la nuit
    (tours en bas et en haut),
    vers le soleil du lendemain!
    Qui saurait
    laisser sa cape, content,
    dans les mains du passé;
    ne plus regarder ce qui fut;
    entrer de front et ravi,
    tout nu, dans la libre
    allégresse du présent!
    (Trad Colette)
     
     
    La memoria
    JR Jiménez
     
    ¡Qué tristeza este pasar
    el caudal de cada día
    (¡vueltas arriba y abajo!),
    por el puente de la noche
    (¡vueltas abajo y arriba!),
    al otro sol!
    ¡Quién supiera
    dejar el manto, contento,
    en las manos del pasado;
    no mirar más lo que fue;
    entrar de frente y gustoso,
    todo desnudo, en la libre
    alegría del presente!
     
     
  • Au centre du cri / En el centro del grito

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    Il est des animaux aimés, et d’autres qui, souvent à cause de leur laideur, provoquent en nous, et de façon irraisonnée, peur, dégoût voire terreur.
    Voici un poème très visuel, surprenant, de la poète, romancière et essayiste Mexicaine Rosario Castellanos (1925-1974).
     
    Hay animales queridos, y otros que, a menudo por su fealdad, nos provocan , de manera irracional, miedo, aversión incluso pánico.
    Hoy un poema muy visual, sorprendente, de la poeta, ensayista, novelista Mejicana Rosario Castellanos (1925-1974).
     
     

     
    La soirée du crapaud
     
    Assis dans l’ombre
    -solennel avec ton goitre exophtalmique; cruel
    (en apparence, du moins, dû au gonflement
    des paupières); froid,
    froid répulsif de sang froid.
     
    Assis dans l’ombre tu regardes brûler la lampe.
     
    Autour de la lampe nous parlons et peut-être
    L’un de nous dit ton nom.
     
    (En septembre. Il a plu)
     
    Comme mû par le ressort de la surprise, tu sautes
    Et te voilà, au milieu de la conversation,
    Au centre du cri.
     
    Quelle peur en sentant palpiter
    le cœur nu
    de la nuit à la campagne!
     
    (Trad: Colette)
     
     
     
    La velada del sapo
     
    Sentadito en la sombra
    -solemne con tu bocio exoftálmico; cruel
    (en apariencia, al menos, debido a la hinchazón
    de los párpados); frío,
    frío de repulsiva sangre fría.

    Sentadito en la sombra miras arder la lámpara

    En torno de la luz hablamos y quizá
    Uno dice tu nombre.

    (En septiembre. Ha llovido)

    Como por el resorte de la sorpresa, saltas
    Y aquí estás ya, en medio de la conversación,
    En el centro del grito.

    ¡Con qué miedo sentimos palpitar
    el corazón desnudo
    de la noche en el campo!
  • Caresser un souvenir / Acariciar un recuerdo

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    Delmira Agustini
    Uruguay, Montevideo 1886-1914
    https://www.perfil.com/noticias/cultura/8m-dia-mujer-delmira-agustini-poeta-uruguaya-victima-femicidio.phtml
     
    Au dos du recueil de poèmes “Les calices vides” ceci:
    À la fois “fleur d’innocence”, sculptrice de l’amant imaginaire, femme fatale, Delmira Agustini, poète uruguayenne lyrique, féministe et moderniste appartenant à la Génération de 1900 , décrit l’Amour et sa passion démesurée dans son troisième recueil Les calices vides (1913) dédié à Éros et traduit en français par la poète Monique-Marie Ihry.”
     
    Je vous l’ai écrit la semaine dernière, je ne connaissais pas Delmira. Une vie très courte dont je vous reparlerai la semaine prochaine car je suis tombée quasiment amoureuse de cette jeune femme.
    Voici la première partie d’un long poème.

     

     
    Pour tes mains
     
       Mains faites Vie,
    Mains faites rêve;
    Qui avez donné toute la beauté,
    Que toute la beauté vous ont donné;
    Aussi vivantes que deux âmes,
    Aussi blanches que la mort,
    Aussi douces que l’on croirait
    Caresser un souvenir;
    Calices des élixirs,
    Filtres et venins;
    Mains qui me comblèrent,
    Mains qui me firent peur!
    De vos doigts vous avez pris
    La fleur ardente de mon corps…
    Mains parées
    Du rubis de mon désir,
    De la perle de ma tristesse,
    Et du diamant de mon baiser:
    Emportez dans la fosse-même
    Un pétale de mon corps!
    Mains faites Vie,
    Mains faites Rêves.
     
    (…)
     
    Traduction: Monique-Marie Ihry
    Avec l’aimable autorisation de Cap de l’Étang Éditions, http://www.capdeletang.com.
     
     
     
    Manos que sois de la Vida,
    Manos que sois del Ensueño;
    Que disteis toda belleza
    Que toda belleza os dieron;
    Tan vivas como dos almas,
    Tan blancas como de muerto,
    Tan suaves que se diría
    Acariciar un recuerdo;
    Vasos de los elixires
    Los filtros y los venenos;
    ¡Manos que me disteis gloria
    Manos que me disteis miedo!
    Con finos dedos tomasteis
    La ardiente flor de mi cuerpo...
    Manos que vais enjoyadas
    Del rubí de mi deseo,
    La perla de mi tristeza,
    Y el diamante de mi beso:
    ¡Llevad a la fosa misma
    Un pétalo de mi cuerpo!
    Manos que sois de la Vida,
    Manos que sois del Ensueño.
     
    (...)
  • Un coup de vent / Un golpe de viento

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    Vous le savez, il y a au moins une dizaine d’années que je publie (principalement) des poèmes espagnols et sud-américains. La plupart du temps je les traduis moi-même. Avec beaucoup de travail et... plus ou moins de succès:-))
    Il y a peu un éditeur Français m’a écrit  pour me demander si cela m’intéressait qu’il m’envoie gracieusement deux recueils de poésie traduits en français, un d’Alfonsina Storni, une Argentine déjà présentée ici et puis un autre de l'Uruguayenne Delmira Agustini. Je ne connaissais cette dernière que de nom.
    Très vite ils sont arrivés chez moi. Joliment présentés avec une introduction de la traductrice, Monique-Marie IHRY et de nombreux poèmes bilingues.
    Un tout grand merci à Monsieur Bruno SALGUES, directeur de la maison d’édition Cap de l’Étang, et à la traductrice.
     
     
    Le recueil d’Alfonsina Storni s’appelle Langueur.
    .
     
    LA BEAUTÉ

    Alfonsina Storni
     
    Les enfants m’entourent
    Et j’entre dans leurs âmes.
    J’y pénètre et j’ai peur:
    L’esprit humain est mauvais.
    Une phrase mord; un regard
    Est lancé de travers.
    Je suffoque d’amertume.
     
    Un coup de vent ouvre
    La fenêtre fermée:
    Le bleu limpide du ciel
    Me blesse le regard
    Et cette vision m’épuise…
     
    Des mains invisibles
    Me libèrent l’âme
    À nouveau; à nouveau
    Je crois en quelque chose: mon
    Amertume s’apaise, et de nouveau
    Je dis, sans le comprendre:
                                            merci!
     
    Traduction: Monique-Marie IHRY, éditions Cap de l’Étang, https://capdeletang.com/, Langueur, p.99.
    Joaquin Sorolla verano, 1904
     
    LA BELLEZA 
    Alfonsina Storni

    Me rodean los niños
    Y penetro sus almas.
    Ahondo y tengo miedo:
    La pasta humana es mala.
    Muerde una frase; viene
    Al sesgo una mirada.
    Me ahogo de amargura.

    La cerrada ventana
    Abre un golpe de viento:

    Me hiere la mirada
    El limpio azul del cielo
    Y esta visión me lava..

    Manos que yo no veo
    El alma me desatan
    De nuevo; nuevamente
    Creo en algo; se aplaca
    Mi amargura, y de nuevo.
    Digo, sin entenderlo:
                                              ¡ gracias !
     
    Dans le prochain billet nous ferons la connaissance de Delmira Agustini.

  • Quand tu dors.../ Cuando duermes...

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    Roberto Juarroz (1925-1995)

    Quand tu dors
    ta main me transmet inopinément une caresse.
    Quelle zone de toi l’a formée,
    quelle région autonome de l’amour,
    quelle partie réservée à la rencontre ?
    Quand tu dors
    je te redécouvre.
    Et je voudrais m’en aller avec toi
    au lieu d’où vient cette caresse.
    *
    – Poésie verticale  – Traduit de l’espagnol par Roger Munier.
     
    Kokoschka, la novia del viento / La fiancée du vent

    Mientras duermes
    tu mano me transmite imprevistamente una caricia.
    ¿Qué zona tuya la ha creado,
    qué autónoma región del amor,
    qué parte reservada del encuentro?
    Mientras duermes
    te conozco de nuevo.
    Y quisiera irme contigo
    al lugar donde nació esa caricia.

     

    Poesía vertical
  • D'exil en exil / De exilio en exilio

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    Suite et fin de la vie de Rafael Alberti.

    Nous avons laissé le poète lors de son inscription au parti communiste et de son engagement républicain pendant la Guerre civile. Les choses empirent, son ami Federica Garcia Lorca est assassiné. Il écrit plusieurs poèmes en son hommage. En voici un.


    A Federico Garcia Lorca
    Poète de Grenade.
       Automne 1924
     
    Cette nuit où le poignard du vent 
    sabre le cadavre de l’été,
    j’ai vu dans ma chambre se dessiner
    ton visage brun au profil gitan.
     
    La plaine fleurie. Les fleuves, cimeterres
    rougis par le sang virginal des fleurs.
    Lauriers-roses. Cabanes. Prairies.
     
    Dans la sierra, quarante brigands.
     
    Tu t’es réveillé à l’ombre d’un olivier,
    avec près de toi la fleur des comptines.
    Ton âme de terre et brise, captive…
     
    Abandonnant, très doux, ses autels,
    l’ange des chants populaires a brûlé
    devant toi une anémone votive.
    (Trad: Colette)
     
    Rafel Aberti et F. Garcia Lorca

               
     
    A FEDERICO GARCÍA LORCA,
    POETA DE GRANADA
    (1924)
    1
    (OTOÑO)
    En esta noche en que el puñal del viento
    acuchilla el cadáver del verano,
    yo he visto dibujarse en mi aposento
    tu rostro oscuro de perfil gitano.

    Vega florida. Alfanjes de los ríos,
    tintos en sangre pura de las flores.
    Adelfares. Cabañas. Praderíos.

    Por la sierra, cuarenta salteadores.

    Despertaste a la sombra de una oliva,
    junto a la pitiflor de los cantares.
    Tu alma de tierra y aire fue cautiva…

    Abandonando, dulce, sus altares,
    quemó ante ti una anémona votiva
    el ángel de los cantos populares. 

     

     

    Paloma, dessin de R. Alberti




    C’est pour lui et sa femme le moment de s’exiler; Pablo Neruda l’invite dans sa maison Parisienne, Quai de l’Horloge. Picasso leur trouve du travail. Mais très vite, nous sommes en '39-'40, la Guerre Mondiale s’annonce, le Gouvernement de Pétain, allégeant leur affiliation au parti communiste, leur refuse le permis de travail.
    Nouvel exil. Ils partent en Argentine où ils resteront une vingtaine d’années. Toujours actif, militantisme et surtout l’écriture de poèmes.
     La souffrance énorme aussi. Et cette amitié profonde avec Neruda.
    « Rafael et moi nous sommes ce que j’appellerai simplement des frères. La vie a enchevêtré nos existences, bouleversé nos poésies et nos destinées. » (Neruda)

    Parfois un brin d'humour dans ses poèmes de l’époque.


    A cinquante ans, aujourd'hui j'ai ma bicyclette.
    Beaucoup ont un yacht
    et beaucoup plus encore ont une automobile ;
    il en est même beaucoup qui ont déjà un avion.
    Mais moi,
    à cinquante ans tout juste, je n'ai qu'une bicyclette (...)
    A los cincuenta años, hoy, tengo una bicicleta.
    Muchos tienen un yate
    y muchos más un automóvil
    y hay muchos que también tienen ya un avión.
    Pero yo,
    a mis cincuenta años justos, tengo sólo una bicicleta(…)


    Arrive  Juan Perón au pouvoir, nouvel exil, à Rome cette fois car Franco est toujours en place. Ce n’est qu’en 1977 qu’il rentre finalement dans son pays natal où il croit que tout le monde l’a oublié. Pas du tout, il est reçu très chaleureusement.
     
    Voilà. Rafael Albert meurt chez lui, dans son village, en 1999. Il avait 97 ans, avait toujours écrit et tant vécu que vous comprendrez que cette biographie soit très incomplète.
    Il disait que les poèmes sont faits pour être lus à voix haute, alors, rien que pour les sonorités, écoutez ce très court poème dédié à Picasso et lu par lui-même mais intraduisible car les rimes et assonances en sont le bijou.