Espaces, instants - Page 8

  • Maîtres des souvenirs / Dueños de los recuerdos

    Imprimer
    Rêver de souvenirs lointains; il y a peu une de mes sœurs m’a dit être passée devant la maison de notre grand-mère.
    Je me souviens de tous les détails, des escaliers, des caves, de la chambre bleue au bout du couloir... Pourquoi ai-je rêvé que je m’y étais perdue?

     

    Aujourd’hui, et sur ce thème, un poème de Silvina Ocampo (Buenos Aires, 1906 – 1993), une femme très connue pour ses contes qui sont passés à l’histoire de la littérature Argentine du xxºs pour la cruauté déconcertante qu’elle a su imprimer à certains protagonistes de ses récits.
     
    Soñar con lejanos recuerdos; hace poco una de mis hermanas me dijo haber pasado delante de la casa de nuestra abuela.
    Me acuerdo de todos los detalles, de las escaleras, del sótano, de la habitación azul al fondo del pasillo...¿Por qué habré soñado que andaba perdida allí?
     
    Hoy, y sobre este tema, un poema de Silvina Ocampo (Buenos Aires, 1906 – 1993), mujer muy conocida por sus cuentos que pasaron a la historia de la literatura Argentina del siglo XX “por la crueldad desconcertante que supo imprimir en algunos protagonistas de estos relatos.”*
     
     
     
     
     
    Le rêve récurrent
     
    J’arrive comme je suis arrivée, solitaire, effrayée,

    à la porte de rue en bois ciré.
     
    J’ouvre la porte et j’entre, silencieuse, parmi les tapis.
    Les ombres des murs et des meubles m’effrayent.
     
    Je gravis les marches de marbre jaune,
    avec des reflets rosés. Je pénètre dans un couloir.
     
    Il n’y a personne, mais il y a quelqu’un caché dans les portes.
    Les sombres volets sont tous ouverts.
     
    De jour les hauts plafonds semblent
    un ciel d’étoiles éteintes grandissantes.
     
    Le souvenir conserve une ancienne rhétorique,
    il s’élève comme un arbre ou une colonne dorique,
     
    habituellement il dort dans nos rêves
    et nous en sommes, en secret, ses maîtres exclusifs.
    (Trad: Colette)
     
    El sueño recurrente

    Llego como llegué, solitaria, asustada,
    a la puerta de calle de madera encerada.

    Abro la puerta y entro, silenciosa, entre alfombras.
    Los muros y los muebles me asustan con sus sombras.

    Subo los escalones de mármol amarillo,
    con reflejos rosados. Penetro en un pasillo.

    No hay nadie, pero hay alguien escondido en las puertas.
    Las persianas oscuras están todas abiertas.

    Los cielos rasos altos en el día parecen
    un cielo con estrellas apagadas que crecen.

    El recuerdo conserva una antigua retórica,
    se eleva como un árbol o una columna dórica,

    habitualmente duerme dentro de nuestros sueños
    y somos en secreto sus exclusivos dueños.
  • Des cailloux, des pierres et des rochers / Guijarros, piedras y rocas

    Imprimer

    La lumière pâlit le soir arrivant .

    On nous propose une promenade en montagne: "On ira vers 18h en voiture au sommet, il fera moins chaud et puis, nous dit-on, c'est tout plat". Parfait!
    La luz palidece al llegar la tarde. Nos proponen un paseo por la montaña:"Nos iremos sobre las 18h en coche hasta la cima, hará menos calor y además, nos dicen, es todo plano." ¡Perfecto!

     
     
     
     


    Le chemin de cailloux, entouré de rochers, montait lentement mais sûrement, il faisait encore fort chaud, 32º : ne jamais croire ceux qui...

    El camino de guijarros, rodeado de rocas, subía lentamente pero subía, todavía hacía mucho calor, 32º: no creer nunca los que...

     

     


    Un flanc de montagne où on cultivait jadis, - de la vigne peut-être, des oliviers à coup sûr -, tout en terrasse (marjades); construire là ces murets de pierre sèche a dû être un travail de titan.  La Sierra de Tramuntana en est recouverte, et ces murs datent de l'époque musulmane. Au jour d’aujourd’hui beaucoup sont abandonnés.

    La ladera del monte dónde se cultivaba antaño - viñas tal vez, olivos seguro,- hecha de terrazas (marjades); construir allí los muros de piedra seca debió ser un trabajo de titanes. Esas terrazas datan de la época musulmana y la Sierra de Tramuntana está recubierta de ellas. A día de hoy muchas están abandonadas.

     

     


    La brume empêche de voir très loin, mais l'effort est plus que récompensé.
    La calima impide ver muy lejos, pero el esfuerzo valió la pena.


    Ici on se trouve près d'Estellencs.  La végétation est rare: pins, chênes verts, oliviers, quelques arbousiers...et des pierres, cailloux et rochers.

    Aquí nos encontramos cerca de Estellencs. La vegetación es escasa: pinos, encinas, olivos, algún madroño...y piedras, guijarros y rocas.

     

     

     
    Très intriguées ma fille et moi par cette plante sans feuilles, omniprésente, nous avons demandé à un couple d'amis qui nous a éclairées: "c'est une liliacée !  Et probablement une ornithogale." De la famille des asperges sauvage. Merci!
     
    Muy intrigadas mi hija y yo por esta planta sin hojas, omnipresente, preguntamos a una pareja de amigos que nos aclaró la cosa: "es una liliácea! Y probablemente una ornitogalum." De la familia de los espárragos salvajes. ¡Gracias!



    Notre jeune compagnon, - je me demande encore pourquoi il se cachait, une photo en contre plongée? - et sa chienne.
    Nuestro joven compañero - todavía me pregunto por qué se escondía - y su perra.


    Peu à peu, et comme prévu, le soleil se cache derrière le Galatzó.
    Nous redescendons, ravis, bien plus vite! 
      Poco a poco, y como previsto, el sol se esconde tras el  Galatzó.
    Bajamos encantados, y mucho más de prisa!

  • Le rouge de Juan Gris / El rojo de Juan Gris

    Imprimer
    Je crois que si je n’avais pas vu le nom du peintre de "La chanteuse", je ne l’aurais jamais deviné; ce tableau est tellement différent de tous ceux que je connais de Juan Gris. Il a été peint peu avant sa mort....un dernier amour?
    Creo que si no hubiera visto el nombre del pintor, nunca lo habría adivinado: este cuadro, La Cantante es tan distinto de todos los que conozco de Juan Gris. Fue pintado poco antes de su muerte, ¿un último amor?
     
    La chanteuse 1926 Juan Gris
     
     Vous aviez une robe toute rouge, avec des souliers rouges, vous étiez inouïe, vous aviez l’air d’une espèce de grande fleur de sang, d’un rubis en flamme… “              Marcel Proust
     

     

    Si nous avions déjà parlé de lui lors des billet sur Marie Blanchard, ici et ici , jamais je ne lui avais dédié un billet.
    Si bien es verdad que habíamos hablado de él en las entradas de Marie Blanchard, (aquí y aquí)  nunca le había dedicado una entrada.
     
    José Victoriano González-Pérez, connu comme Juan Gris, est né à Madrid en 1887.
    José Victoriano González-Pérez conocido como Juan Gris, nació en Madrid en 1887.
     
    Pour fuir le service militaire à 19 ans il part  à Paris. Jusque là sa seule activité artistique avait consisté en des illustrations pour des revues de poésie et pour la presse en général.
    Que fait-il à Paris? Au début la même chose, des dessins pour des revues française comme “L’assiette au beurre” mais il fera vite la connaissance de Picasso, Guillaume Apollinaire, de Marie Blanchard et de Georges Braque et vers 1910 il commence à se dédier uniquement à la peinture.
    1915 Pipe et journal, Fantomas

    Sous l’influence de Cézanne, Picasso et Braque il incorpore en 1912 le mouvement cubiste et signe un contrat d’exclusivité avec un marchand.
    Huyendo del servicio militar se traslada a París. A los 19 años Hasta ese momento su única actividad artística había consistido en ilustraciones para revistas de poesía y prensa en general.
    ¿Qué hace en París? Primero continúa dibujando para periódicos y revistas francesas como "L´Assiette au Beurre" pero pronto conocerá a Picasso, a Guillaume Apollinaire y a Georges Braque y a partir de 1910, empieza a dedicarse por completo a la pintura.

     

    Las influencias de Cézanne, Picasso y Braque hacen que en 1912 se incorpore al movimiento cubista y firma un contrato en exclusiva.
    Su prioridad en pintura era la idea frente a la imagen del objeto representado. Parte de lo universal para alcanzar lo singular, así la imagen acabará pareciéndose a la idea, que es la verdadera realidad.
     
    Trabaja la descomposición espacial, el collage y la técnica del papier collé .
    Sus primeras obras son naturalezas muertas y algunos paisajes. En su paleta predominan los grises y ocres.
     
     
    Sa priorité en peinture était l’idée face à l’image de l’objet représenté. Il part de l’universel pour atteindre le particulier, ainsi l’image finira par ressembler à l’idée,  la vraie réalité.
     
    Pour ce faire il pratique, vous le voyez dans les deux tableaux ci-dessous, la décomposition spatiale, le collage et la technique du papier collé.
    Ses premières œuvres sont des natures mortes et quelques paysages et sur palette dominent les gris et ocres.
    Juan Gris, Le livre 1911

     
    Maisons de Paris 1912

     

    Poco a poco sus composiciones se van haciendo más rigurosas, simplifica los elementos despojándolos de todo lo anecdótico,  líneas más rígidas y ángulos más duros. 

    Juan Gris, fenêtre ouverte, 1921
    Una vez dominada la síntesis y simplificación de los objetos, Juan Gris estudia del mismo modo la figura humana. Ejemplo de ello son sus arlequines y pierrots.

    A partir de 1921 sus formas se vuelven cada vez más redondeadas y blandas, Por ejemplo, Mujer con guitarra (1925)

     
     
    Mais peu à peu ses compositions deviennent plus rigoureuses, il simplifie les éléments leur ôtant tout côté anecdotique, les lignes sont plus rigides et les angles plus durs.
    Une fois qu’il domine cette simplification des objets, il étudie de la même façon la figure humaine. 

    1922 Deux Pierrots (OU Arlequin et Pierrot?)
     
    À partir de 1921 les formes deviennent plus rondes et tendres, voyez ce tableau, 

    Femme à la guitare 1925
    Hélas l’été 1825 son état de santé se mit à empirer, bronchites et asthme, et il mourut en mai 1927 a à peine 40 ans.
    Picasso et Braque lui ont toujours fait de l’ombre et Juan Gris en souffrit beaucoup; il est bien moins connu qu’eux en France et a été longtemps ignoré en Espagne. Un des grands maîtres du cubisme, pourtant.

     

    En agosto de 1925 su salud empeoró seriamente, sufre bronquitis y fuertes ataques de asma. En mayo de 1927 muere con apenas cuarenta años de edad.

    Picasso y Braque siempre le hicieron sombra; es mucho menos conocido que ellos en Francia y, hasta hace poco, casi un desconocido en España.

     

  • Laisser couler le temps / Dejar fluir el tiempo

    Imprimer
     
     
     
     
    Courte nuit d’été;
    entre les joncs, s’écoulant,
    l’écume des crabes.
     
    Haïku de Yosa Buson.(...)
     
    Le haïku est une émotion mais aussi l’étonnement de découvrir qu’on a besoin de peu pour transmettre le maximum, qui, en certaines occasions comme dans le haïku de Yosa Boson, coïncide avec le vide, avec le silence profond d’un courant par une nuit d’été avec des crabes glissant entre des joncs immobiles. Il ne faut pas aller si loin pour sentir le même étonnement ni l’émotion qu’on ressent en savourant les vers d’un vrai poète: “Ces jours bleus et ce soleil de l’enfance”, qui fut le dernier qu’écrivit Antonio Machado dans son exil français de Collioure et que ceux qui l’enterrèrent trouvèrent dans la poche de sa veste, écrit au crayon sur un papier.
    Peut-on dire plus avec moins?
     
    L’été est un haïku qui passe en volant. Comme la poésie, il n’a pas besoin de grands événements pour passer, au contraire: plus il est vide, plus il est répétitif et rempli de tranquillité, plus il glisse vite.
    Comme les haïkus, les vacances sont un temps en suspension, vide dans le calendrier qui à peine contient plus de notes dans l’agenda qu’un dîner, un paysage ou le souvenir d’une nuit, mais qui nous accompagneront toujours précisément par leur intemporalité. Haïku signifie court, confrontation entre deux idées qui tendent à être la même et entre lesquelles s’interpose une autre, comme les vacances le font avec notre temps présent.
    Pour cette raison – et par leur brièveté- il faut en profiter, et non parce que l’industrie des loisirs le dit, elle qui ignore consciemment, car elle en vit, que profiter du temps ne signifie pas le remplir d’obligations et de rendez-vous; tout au contraire: profiter du temps consiste à le laisser couler librement, comme les crabes du haïku de Yosa Buson, et de nos pensées.
     
    Une année de plus a passé
    Une ombre de voyageur sur ma tête
    Sandales de paille à mes pieds", écrivit son maître Matsuo Bashô.
     
    (Trad: Colette)
    NB: c'est moi qui ai souligné les haïkus et  la phrase de Machado.
     
    PS: cet article a été écrit et traduit avant les attentats de Barcelone. L'ombre du voyageur s'est voilée de deuil...
     
    Berthe Morisot 1879, Jour d'été / Día de verano

    Noche corta de verano: / entre los juncos, fluyendo, / la espuma de los cangrejos”.
    (El) haiku de Yosa Buson, (...)
    El haiku es una emoción pero también el asombro de descubrir que no se necesita mucho para trasmitir el máximo, que en ocasiones, como en el haiku de Yosa Buson, coincide con el vacío, con el silencio profundo de una corriente bajo una noche de verano con cangrejos deslizándose entre los juncos inmóviles. No hay que ir tan lejos para sentir ese mismo asombro ni la emoción que se experimenta al paladear los versos de un verdadero poeta: “Estos días azules y este sol de la infancia”, fue el último que escribió Antonio Machado en su exilio francés de Collioure y que quienes lo enterraron encontraron en el bolsillo de su chaqueta escrito a lápiz en un papel. ¿Se puede decir más con menos?
    El verano es un haiku que pasa volando. Como la poesía, no necesita de grandes sucesos para discurrir, al revés: se desliza más rápido cuando más vacío, más repetido y lleno de tranquilidad. Como los haikus, las vacaciones son tiempos de suspensión, vacíos en el calendario que apenas dejan notas en las agendas más allá de una comida, un paisaje o el recuerdo de una noche pero que nos acompañarán ya siempre precisamente por su intemporalidad. Haiku significa corte, enfrentamiento entre dos ideas que vienen a ser la misma y entre las que se interpone otra, como las vacaciones hacen con nuestro tiempo presente. Por eso —y por su brevedad— hay que aprovecharlas, no porque nos lo diga la industria del ocio, que ignora conscientemente, puesto que vive de ello, que aprovechar el tiempo no significa llenarlo de obligaciones y citas; al revés: aprovechar el tiempo consiste en dejarlo fluir libremente, como los cangrejos del haiku de Yosa Buson, y con él nuestros pensamientos. “Un año más ha pasado / Una sombra de viajero en mi cabeza / Sandalias de paja a mis pies”, escribió su maestro Matsuo Bashô.

     
     
     
  • Au plus haut de nous-mêmes / En lo más alto de nosotros mismos

    Imprimer
    Sans aucun doute les épreuves d’athlétisme du moment ont-elles un rôle dans le choix de ce poème, mais surtout les encouragements reçus et donnés au long de ma vie .
     
    Sin ninguna duda las pruebas de atletismo del momento tienen algo que ver con la elección de este poema, pero sobre todo los ánimos recibidos y dados a lo largo de mi vida.
     
     
    DULCE CHACÓN (Madrid 1954-2003)

     

     
    La construction d’un rêve
     
    On a toujours le temps pour un rêve.
     
    Il est toujours temps de se laisser emporter
    par une passion qui nous entraîne vers le désir.
     
    Il est toujours possible de trouver la force
    nécessaire pour prendre son envol et se diriger vers
    le haut.
     
    Et c’est là, là seulement sur les hauteurs ,que
    nous pouvons déployer nos ailes de toute leur
    extension.
     
    Là seulement, au plus haut de nous-mêmes,
    au plus profond de nos inquiétudes,
    que nous pourrons écarter les bras, et voler.
     
    (Trad: Colette)
     
     
     
    Nafissatou Thiam saut en longueur
     
     
     

    LA CONSTRUCCIÓN DE UN SUEÑO

    Siempre hay tiempo para un sueño.
      Siempre es tiempo de dejarse llevar
    por una pasión que nos arrastre hacia el deseo.

    Siempre es posible encontrar la fuerza
    necesaria para alzar el vuelo y dirigirse hacia
    lo alto.

    Y es allí, y solo allí, en la altura, donde
    podemos desplegar nuestras alas en toda su
    extensión.

    Solo allí, en lo más alto de nosotros mismos,
    en lo más profundo de nuestras inquietudes,
    podremos separar los brazos, y volar.

     
  • Les hirondelles / Las golondrinas

    Imprimer

    Manuel Vicent

    El País, 30 julio 2017
     
     
    "Peut-être, dans des années, des enfants qui jouent maintenant dans le jardin de la maison près de la mer, garderont en mémoire cet été 2017, ces vacances, comme celles où des hirondelles avaient fait leur nid dans une poutre de la terrasse.
    Elles arrivèrent en avril, la femelle choisit un mâle à son goût pour s’accoupler et ensemble ils commencèrent à coller avec leurs becs de petites mottes de boue; et une fois l’œuvre terminée, elle pondit cinq œufs blancs avec de petites taches noires et les deux les couvèrent à tour de rôle. C’était leur seconde couvée.
    Il fallut mettre quelques fauteuils de côté et poser un journal ouvert par terre.
    Que se passait-il dans le monde entre-temps? De petits excréments d’hirondelles tombaient sur une page où on pouvait lire: bombardement à Alep, un suicide cause une autre boucherie en Irak. Au bout de trois semaines apparurent au bord du nid cinq oisillons, la bouche toujours ouverte, et que les parents essayaient de rassasier faisant au moins 300 voyages par jour, amenant des insectes qu’ils chassaient en vol. Un des oisillons, le plus faible, lors d’une lutte féroce pour la nourriture, fut expulsé du nid par ses frères.
    Il apparut mort un matin sur le titre du journal qui annonçait le naufrage d’une autre barque et d’une centaine de migrants noyés dans la mer d’Alboran.
    Les enfants l’enterrèrent avec des larmes, sous le citronnier, mais la lutte fratricide pour la vie continuait. Quelques jours plus tard un autre oisillon tomba du nid et mourut sur la nouvelle d’une tuerie en Afghanistan. Et dans le jardin il y eut un autre enterrement.
    Les trois frères plus costauds grandirent, un jour ils abandonnèrent le foyer, les parents continuèrent à les alimenter, posés sur un fil; ils leur apprirent à voler, à chasser et quand ils eurent appris la leçon, ils disparurent.
    Dans des années de ces vacances les enfants ne se rappelleront que de cet événement; ce sera cet été 2017 où ils enterrèrent deux oisillons d’hirondelles sous un citronnier."
    (Trad: Colette)
     
     

     

    "Tal vez dentro de muchos años para unos niños que ahora juegan en el jardín de la casa junto al mar este verano de 2017 será recordado como el de aquellas vacaciones en que unas golondrinas habían hecho su nido en una viga de la terraza. Llegaron en abril, la hembra eligió un macho de su gusto para aparearse y juntos comenzaron a pegar con el pico pequeñas cargas de barro y terminada la obra, ella puso cinco huevos blancos con motas negras y los dos por turno los incubaron. Esta era su segunda nidada. Hubo que apartar algunos sillones y poner un periódico abierto en el suelo. ¿Qué pasaba en el mundo mientras tanto? Pequeños excrementos de golondrina caían sobre una página en la que se podía leer: bombardeo en Alepo, un suicida causa otra carnicería en Irak. A las tres semanas asomaron por el filo del nido cinco polluelos con la boca siempre abierta que los padres trataban de saciar con al menos 300 viajes al día trayendo insectos que cazaban en el aire. A uno de los polluelos, al más débil, en la pelea feroz por la comida lo expulsaron del nido sus hermanos. Una mañana apareció muerto sobre el titular del periódico que daba el naufragio de otra patera con un centenar de inmigrantes ahogados en el mar de Alborán. Los niños lo enterraron con lágrimas bajo el limonero, pero la lucha fratricida por la vida continuaba. Días después otro polluelo cayó del nido y expiró sobre la noticia de una matanza en Afganistán y en el jardín hubo otro entierro. Los tres hermanos más fuertes crecieron, un día abandonaron el hogar, los padres los siguieron alimentando posados en un hilo; los enseñaron a volar, a cazar y cuando aprendieron la lección, desaparecieron. Dentro de muchos años de estas vacaciones los niños no recordarán otro acontecimiento; será aquel verano de 2017 en que enterraron dos polluelos de golondrina bajo el limonero."
    Manuel Vicent
    El País, 30 julio 2017
  • Ce qui fut et ce qui manque.../ Qué ha sido y qué falta...

    Imprimer

     Le rire, si absent en poésie...l'eau, si rare en tant de lieux.
    La risa, tan ausente en poesía...el agua, tan escasa en tantos lugares.

    1 poema de “El cielo de los topos” (2015), de Bruno Montané Krebs (Chile 1957)

     

    Salvador Dali, "Muchacha en la ventana"



    L’eau

    Avec la mémoire des fleurs et le bruit
    ton regard bouge dans l’eau.
    Cette musique est le mouvement de tes yeux,
    ces silences les pensées
    qui, du fond, montent
    au point de te rendre heureuse.
    On sait en regardant l’eau
    ce qui fut et ce qui manque
    on pense à ce qui fait bouger
    corps et orages.
    Ton regard s’allume sous le toit
    brillant de l’eau qui traverse les pores,
    les cellules, l’éclat du ciel.
    Et tu ris.
     
    (trad: Colette)
     

    EL AGUA

    Con la memoria de las flores y el ruido
    tu mirada se mueve en el agua.
    Esa música es el movimiento de tus ojos,
    estos silencios los pensamientos
    que desde el fondo suben
    a punto de hacerte feliz.
    Al mirar el agua se sabe
    qué ha sido y qué falta,
    se piensa en qué mueve
    cuerpos y tormentas.
    Tu mirada se enciende bajo el brillante
    techo del agua que traspasa los poros,
    las células, el resplandor del cielo.
    Y te ríes.

     
  • Tout près../ Muy cerca...

    Imprimer
    Le choix du poème d'aujourd'hui  est dû, en partie, à la lecture  dans un journal local qu'entre vendredi et dimanche dernier, un demi million de passagers sont passés par l'aéroport de Palma de Mallorca, soit 6.800 par heure. De la folie. (Le total des îles Baléares compte un petit million d’habitants)
     
    La elección del poema de hoy es debida, en parte, a la lectura en un diario local diciendo que entre el viernes pasado y el domingo, medio millón de pasajeros transitaron por le aeropuerto de Palma de Mallorca. O sea 6.800 por hora. Una locura.
     

    Écrit en catalan par le Valencien Josep Piera, j'ai mis la version originale, sa traduction en espagnol et en français.



    No cal anar molt lluny.
    Ni trepitjar descalç viaranys plens de vidres
    ni ofegar-se en el mar per tal de beure llum,
    la llum, paraula mítica, metàfora de seny.
    Allò que cerques ho tens davant de tu.
    Per gaudir un infern no cal prendre vaixell.
    No cal anar tan lluny.
    Siga cau, siga avenc, drecera, cingle, foc;
    no cal fugir enlloc; mira-ho tot prop i a punt:
    objectes, cels, mons, paraules,
    horitzons, presons, éssers o murs.
    No cal anar més lluny.
    Només l'esguard i el tacte
    aboleixen distàncies.
    (...)
     
    Cants i encants.
     
    Devant chez moi, cet été /Delante de mi casa, este verano

     

     
     

     

    Pas besoin d'aller très loin.

    Ni de marcher pieds nus sur des chemins semés de verre

    ni de se noyer dans la mer pour boire de la lumière,

    la lumière, mot mythique, métaphore de sagesse.

    Ce que tu cherches est là, devant toi.

    Pour jouir d'un enfer pas besoin de prendre un bateau.

    Il ne faut pas aller si loin.

    Que ce soit un terrier, ou un abîme, un raccourci, des rochers, du feu;

    inutile d’échapper nulle part; regarde, tout est près et prêt:

    objets, ciels, mondes, mots.

    Pas besoin d'aller plus loin.

    Seuls le regard et le toucher

    abolissent les distances.
     
    (...) 

    Josep Piera
     

    (trad: Colette)

     
     

     

    No hace falta ir muy lejos.
    Ni pisar descalzo senderos llenos de cristales
    ni ahogarse en el mar para beber su luz,
    la luz, palabra mítica, metáfora de la sensatez
    Aquello que buscas lo tienes ante tí.
    Para gozar un infierno no hace falta embarcarse
    No hace falta ir tan lejos.
    Sea madriguera, sea sima, atajo, risco, fuego;
    no hace falta escapar; míralo todo cerca y a punto:
    objetos, cielos, mundos, palabras,
    horizontes, cárceles, seres o muros.
    No hace falta ir más lejos
    Solo la mirada y el tacto
    anulan las distancias.
    Josep Piera
     
    (Trad: AH et MAH, gracias)
  • La Cumbia, música Colombiana

    Imprimer

    Yo me llamo cumbia, yo soy la reina por donde voy,
    no hay una cadera que se este quieta donde yo estoy,
    mi piel es morena como los cueros de mi tambor,
    y mis hombros son un par de maracas que besa el sol.

    Je m’appelle cumbia, où que j’aille je suis la reine,
    pas une hanche ne reste immobile quand je suis là,
    ma peau est brune comme les cuirs de mon tambour,
    et mes épaules sont deux maracas qui embrassent le soleil.
     

     
     
    La Cumbia: une musique qui fait apparaître des sourires dès qu’elle résonne. L’origine de Cumbia serait le mot africain “Cumbé” qui signifie nouba ou fête. Plaisirs donc, image de gaîté et témoin de l’influence africaine sur le côte Atlantique de la Colombie où on situe son origine vers le XVIIIº siècle. 
     
    La Cumbia es una música que hace aparecer la sonrisa en cuanto suena. Cumbia vendría de la palabra africana “Cumbé” que significa Fiesta. Asi pues placer además de imagen de la alegría y testimonio de la influencia africana en la costa atlántica de Colombia donde se sitúa su origen hacia el siglo XVIII.
     
    Ce genre musical, fusion de trois éléments ethnoculturels, représente la Colombie: les indigènes, les africains “importés” par les blancs pour travailler dans les plantations et les espagnols avec leurs romances. De ce mélange naît la Cumbia.
            "Avec le guaguanco cubain, la Cumbia est considéré par beaucoup comme la reine des rythmes afrocaribéens. Sa combinaison de tambours africains, mélodies créoles et danses indiennes font d’elle un rythme unique qui a influencé d’autres styles latins. C’est sans doute l’expression la plus pure du métissage colombien”.
     
    Ese estilo musical, fusión de tres elemento etnoculturales, representa a Colombia: los indígenas, los africanos “importados” por los blancos para trabajar en las plantaciones y los españoles con sus canciones de amor. De esa mezcla nace la Cumbia.
    Junto con el guaguancó cubano, la Cumbia es considerada por muchos como la reina de los ritmos afrocaribeños. Su combinación de tambores africanos, melodías criollas y danzas indias; hacen de ella un ritmo único que también ha tenido influencia en otros géneros latinos. Es quizás la expresión más pura del mestizaje colombiano.”*
     

    Dans les années ‘30 la Cumbia se transforme sous l’influence des classes plus aisées et passe d’être uniquement instrumentale à avoir des paroles; on y intègre aussi l’accordéon et, plus tard, des instruments électroniques et un orchestre complet.
     
    En los años 30 la Cumbia se transforma bajo la influencia de las clases más acomodadas y pasa de ser únicamente instrumental a tener palabras; se añade también el acordeón y, más tarde, instrumentos electrónicos y una orquesta completa. 



    L’intérêt pour l’héritage musical a fortement augmenté ces derniers temps et partout des jeunes prennent tambours, maracas...un retour aux sources.
    El interés por la herencia musical ha aumentado fuertemente en los últimos tiempos y cada vez más jóvenes retoman tambores y maracas...una vuelta a los orígenes.
    PS: Après avoir visionné pas mal de versions modernes, techno et autres je dois avouer que j’ai un peu de mal avec le kitsch des images…je vous ai mis deux exemples plus classiques donc!
    PS: Después de haber visto numerosas versiones modernas, tecno y otras, debo reconocer que me cuesta apreciar lo kitsch de las imágenes. Por eso he puesto dos ejemplos de lo más clásico.
     

  • Arrivé jusqu'ici / Llegado hasta aqui

    Imprimer
    Quel âge avait Pedro Mairal, ce brillant écrivain (romans, contes et poèmes) Argentin de 47 ans, quand il écrivit ce poème-bilan? Peut-être 30 ans, l'âge moyen qu'atteint  un cheval…
    ¿Cuántos años tenía Pedro Mairal, ese brillante escritor (novelas, cuentos y poemas) Argentino de 47 años, cuando escribió este poema? Tal vez 30 años, edad media que alcanza un caballo….
     
    Offrande
     
    J'ai l'âge où meurent les chevaux,
    l'âge où l'arbre
    s'offre tout entier au ciel.
    Ma peur est une faune secrète qui me cherche,
    de la mer je ne suis qu'un nombre de vagues.
    J'ai des dents et des peines et des souliers,
    j'ai une fête éternelle qui parfois me convoque.
    Je connais une femme, peut-être, sauf le mystère
    du ventre des étoiles de la nuit.
    Je ne sais combien de soleils il reste à ma poitrine,
    je sais qu'il a fait bon vivre et j'élève ces années
    comme une offrande brûlante.
    Par dessus le taureau d'ombre des jours,
    par dessus le dégoût et la peur et les miroirs,
    je suis arrivé jusqu'ici.
    (Trad: Colette)
     
    OFRENDA Pedro Mairal
     
    Tengo la edad en la que mueren los caballos,
    la edad en la que el árbol
    se ofrece entero al cielo.
    Mi miedo es una fauna secreta que me busca,
    del mar soy sólo un número de olas.
    Tengo dientes y penas y zapatos,
    tengo una fiesta eterna que a veces me convoca.
    Conozco a una mujer, tal vez, salvo el misterio
    de la panza de estrellas de la noche.
    Yo no sé cuántos soles le quedan a mi pecho,
    yo sé que ha sido bueno vivir y alzo estos años
    como una ofrenda ardiendo.
    Por encima del toro de sombra de los días,
    por encima del asco y el miedo y los espejos,
    he llegado hasta aquí.
     
     

     

     
  • Glaswen, Murr-Ma, Gezellig et tant d'autres...y tantas más

    Imprimer
    Adolescente, je prenais un autobus pour aller à l'école, et parfois, -oh rage et désespoir,- surtout quand il neigeait ou pleuvait des seaux, le bus était plein et ne s’arrêtait pas; on disait alors qu'il était "boemvol" (mot flamand). Jamais je n'ai trouvé dans une autre langue un mot qui donne cette idée de plein à craquer.
     
    De chica, cogía un autobús para ir al colegio y, a veces, -¡que rabia!- sobre todo cuando nevaba o llovía a cántaros, el bus estaba lleno y no se paraba; decíamos entonces que estaba “boemvol, (palabra flamenca). Nunca encontré en otro idioma una palabra que daba la idea de lleno a rebosar.
     

    Chaque langue a ses expressions, ses mots, comme les "tapas" ou "sobremesa" espagnols et j'ai reçu un amusant bouquin intitulé "Lost in translation" de Ella Frances Sanders qui reprend des mots  intraduisibles du monde entier. Il est très joliment illustré et mis en page.
    Cada idioma tiene sus expresiones, sus palabras como “tapas” o “sobremesa”- intraducibles. Recibí un libro divertido e interesante titulado “Lost in translation” de Ella Frances Sanders, “un compendio ilustrado de palabras intraducibles de todas las partes del mundo”. Las ilustraciones son preciosas.
    En voici quelques-uns:
    Aquí van unas palabras:
    KOMOREBI: en Japonais, "la lumière qui se filtre à travers les feuilles des arbres".
    En Japonés: “La luz que se filtra a través de las hojas de los árboles”
     

     


    PISANZAPRA: en Malais, "le temps que tu mets à manger une banane".
    En Malayo: “el tiempo que tardas en comerte un plátano”
    SAMAR: en Arabe, "Rester éveillé fort tard en passant un bon moment avec les amis".
    En Árabe: “quedarte despierto hasta tarde pasando un buen rato con los amigos”

    JAYUS: en Indonésien, "Une blague si mauvaise que tu ne peux qu'en rire".
    En Indonesio: “un chiste tan malo que no te queda otra que reír”
    GOYA: en Urdu, "Se laisser guider par l'imagination jusqu'à ressentir quelque chose de fictif comme réel".
    Dejarse llevar por la imaginación hasta sentir algo ficticio como real”

    Vous connaissez peut-être le FIKA Suédois, cette réunion autour d'un café et d'une douceur pour passer un moment de relax et bavarder durant des heures…
    Tal vez conocéis el FIKA Sueco, esta reunión alrededor de un café con dulces para pasar un momento de relax y chalar horas con los amigos...

    Pensez-vous à d'autres?
    ¿Se os ocurren otras?




    En français : http://lamalleauxlivres.com/lost-in-translation-ella-frances-sanders/
    En español: http://cultura.elpais.com/cultura/2017/01/10/actualidad/1484081657_383158.html

  • Les assiettes-souvenirs / Los platos-recuerdos

    Imprimer

     Ana Pérez Cañamares
    Santa Cruz de Tenerife, 1968

     

     

    LES ASSIETTES offertes par ma mère
    sont maintenant ternes et démodées.
     
    Quand nous faisons le ménage
    elles nous regardent tels des malades agonisants
    qui ne comprennent pas ce que nous leur voulons.
     
    Mais ce sont les assiettes de ma mère
    qui ne m’offrira jamais plus
    rien.
    Si un jour nous nous décidions à les jeter
    j’essayerai d’avoir sa voix en tête :
    les choses, ma fille, ne sont que des choses”.
     
    Ma mère n’est pas dans l’assiette.
    Ma mère est dans le pain que je mange.
    Trad: Colette
     
    463
    http://souris-blanche.over-blog.com/pages/De_vieilles_choses-1230162.html

     
    LOS PLATOS que me regaló mi madre
    están ya deslucidos y pasados de moda.

    Cuando hacemos limpieza
    nos miran como enfermos agonizantes
    que no entienden qué queremos de ellos.

    Pero son los platos que me regaló mi madre
    que ya nunca volverá a regalarme
    nada.
    Si un día nos decidiéramos a tirarlos
    intentaré escuchar su voz en mi cabeza:
    “las cosas, hija, son sólo cosas“.

    Mi madre no está en un plato.
    Mi madre está en el pan que como.
  • Un aperçu de mes vacances / Una idea de mis vacaciones

    Imprimer

    peinture-impressionnisme-Emile_Claus_-_Picknick.jpg

    Émile Claus, pique-nique                                                                                Photo Colette                                     


    Il y faisait frais, les amis n'ont pas manqué!
    Hacía fresquito, ¡los amigos no faltaron!

    Balades, visites, frère et sœur, et des fougères superbes, énormes.
    Paseos, visitas, hermanos, y unos helechos impresionantes.

     

    Jacob Smith                    
     
     
     



     Et puis un jour ce ciel lumineux mais recouvert d'un fin drap gris et blanc.
    Y un día este cielo luminoso pero cubierto de una sábana fina gris y blanca.

    Lien permanent Catégories : Air du temps, billet 0 commentaire
  • Autre air, autre mer....Otros aires, otros mares

    Imprimer

    Je m'en vais quelques jours pour revenir en grande forme, chargée d'amitiés.
    À bientôt!

    Voy a cambiar de aires para unos días, y volver en plena forma cargada de amistades.
    ¡Hasta pronto!

    http://lesamulettes.blogspot.com.es/
    Lien permanent 2 commentaires
  • La mémoire de la liberté / La memoria de la libertad

    Imprimer

    "L'écrivain Almudena Grandes revendique le rôle de la mémoire et le journalisme dans la défense de la liberté et de la pluralité lors de la remise des prix Ortega y Gasset 2009"
    Source: http://sociedad.elpais.com/sociedad/2009/05/18/actualidad/1242597614_850215.html


    "J’ai appris de ma tante Charo qu’en Espagne il y avait une chose qui s’appelait la censure et qui rendait malheureux des gens qui ne le méritaient pas. Il est juste que ce fût d’elle que je l’apprenne, car ce fût elle aussi qui m’apprit à lire les journaux. Elle en achetait plusieurs par jour, certains le matin, d’autres l’après-midi, et elle les lisait avec un appétit minutieux, détendu, plaisir printanier de qui savoure une glace une soirée de mai, allumant une Chestefield avec le bout de la précédente, et sautant toujours, religieusement, les articles d’opinion. - Et pourquoi croient-ils ceux-là que je dépense tant d’argent en journaux? - disait-elle entre temps -. Mais pour me former ma propre opinion bien sûr, comme si j’avais besoin de connaître la leur!
    Ces jours où l’odeur de fumée se confondait à l’arôme âpre et encré du papier journal m’ont appris que la mémoire de la liberté, c’est la liberté.
     
    La liberté sans mémoire, une fleur de serre, fragile et anémique, faible, délicate, peut-être intéressante par sa pâleur mais toujours exposée à échouer au moindre contretemps, changement de température, arrosage inadéquat, un simple courant d’air. Moi je le sais parce que j’ai grandi dans un pays sans liberté, mais j’ai vu comment resplendissait sa mémoire dans les yeux de certaines femmes de ma famille qui, en l’évoquant, redevenaient jeunes, heureuses, et aussi libres qu’elle l’avaient été un jour.”
     
    (Trad:Colette)

     
     
    "La escritora Almudena Grandes reivindica el papel de la memoria y el periodismo en la defensa de la libertad y la pluralidad en su discurso en la entrega de los premios Ortega y Gasset 2009"
    Fuente: http://sociedad.elpais.com/sociedad/2009/05/18/actualidad/1242597614_850215.html


    Yo aprendí de mi tía Charo que en España había una cosa que se llamaba censura y que hacía infeliz a gente que no se lo merecía. Justo fue que lo aprendiera de ella, porque ella fue también quien me enseñó a leer periódicos. Todos los días compraba varios, unos por la mañana, otros por la tarde, y los leía con un apetito minucioso, relajado, el placer primaveral de quien paladea un helado en una tarde de mayo, encendiendo un Chesterfield con la colilla del anterior, y saltándose siempre, religiosamente, los artículos de opinión. - ¿Y para qué se creerán estos que me gasto yo tanto dinero en periódicos? -decía mientras tanto-.
    ¡Pues para formarme mi propia opinión, naturalmente, ni que me hiciera falta conocer la suya!
    Aquellos días en los que el olor del humo se confundía con el aroma áspero y entintado del papel de periódico, me enseñaron que la memoria de la libertad, es libertad.
    La libertad sin memoria, una flor de invernadero, frágil y anémica, débil, delicada, interesante quizás en su palidez, pero expuesta siempre a fracasar por cualquier contratiempo, un cambio de temperatura, un riego inadecuado, una simple corriente de aire. Yo lo sé porque crecí en un país sin libertad, pero vi cómo resplandecía su memoria en los ojos de algunas mujeres de mi familia, que al evocarla, volvían a ser jóvenes, felices, y tan libres como fueron una vez.”