Espaces, instants - Page 7

  • Recherche logis et.../ Se solicita hogar y...

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    Avis Jaime Augusto Shelley (Ciudad de México, 1937) 
     
    Recherche patio
    avec pots rouges
    et vapeur de dalle fraîchement arrosée.
     
    Hauts arbres
    avec oiseaux sylvestres
    qui prennent leur bain habituel
    et leur petit déjeuner
    dans une fontaine simple
    qui peu à peu verdît son paisible trait.
     
    Un logis aux grilles ouvertes
    est demandé.
    (Trad:Colette)
     

    Aviso Jaime Augusto Shelley (Ciudad de México, 1937)

    Se solicita un patio
    con macetas rojas
    y vaho de ladrillo recién regado.
    Árboles de altura
    con pájaros silvestres
    que hagan su ritual de baño
    y desayuno
    en una fuente de labra sencilla
    que enmohezca a ritmo su apacible trazo.
    Un hogar se solicita.
    De cancel abierto.
  • Dans la malle / En el baúl

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    Hope box


    Ce n'était pas si difficile- lui ai-je dit tandis que je buvais le café aqueux et chaud qu'on venait de me servir. -Il suffisait d'ouvrir la malle où je garde les souvenirs, les déguisements..., et de chausser ces lunettes en forme de cœur qu'un soir de réveillon quelqu'un a laissées pour que je les trouve. Et de ne plus jamais les ôter. 
     
    Texte de D. Herrón, merci! (trad: Colette)

    Tampoco era tan difícil- le dije mientras sorbía el café aguado y caliente que me acababa de servir. -Bastaba con abrir el baúl donde guardo los recuerdos, los disfraces..., y ponerme esas gafas en forma de corazón que una noche vieja alguien dejó para que yo encontrará. Y no quitármelas ya nunca más.

    Texto de D. Herrón (¡muchas gracias!)


                                                
                                                   


    ¡Feliz Año! Bonne année!
  • Un lieu qui attend / Un lugar que espera

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    Une bibliothèque c'est des livres, et puis des humains sans lesquels elle n'aurait aucun sens.
    Je me souviens, c'était bien avant Internet, de journées passées à consulter, à étudier dans celle de l’Université.
     
    Aussi ai-je traduit, avec un immense plaisir et comme un cadeau pour votre Noël, ce poème qui, je pense, vous emportera ailleurs.
     
    Una biblioteca son los libros, y los humanos sin los cuales ella no tendría sentido.
    Me acuerdo, era mucho antes de Internet, haber pasado días consultando, estudiando, en la de la Universidad.
     
    Así decidí traducir al francés y publicar, con mucho placer y como si fuera vuestro regalo de Navidad, este poema que, pienso, os llevará a otra parte.
     
     
     
     

     

    La bibliothèque    Roberto Juarroz (Argentina 1925-1995)
    (Extrait de "poesía vertical")
    L’air y est différent.
    Il est hérissé par un courant
    Qui ne vient pas de ce texte-ci ou de celui-là,
    Mais il les enlace tous
    Comme un cercle magique.
    Le silence y est différent.
    Tout l’amour réuni, toute la peur réunie,
    Toute la pensée réunie, presque toute la mort,
    Presque toute la vie et de plus tout le rêve
    Qui a pu se dégager de l’arbre de la nuit.
    Et le son y est différent.
    Il faut apprendre à l’entendre
    Comme on entend une musique sans aucun instrument,
    Quelque chose qui se glisse entre les feuilles,
    Les images, l’écriture et le blanc.
    Mais au-delà de la mémoire et des signes qui l’imitent,
    Au-delà des fantasmes et des Anges qui copient la mémoire
     Et estompent les contours du temps,
    qui pourtant manque de dessin.
     
    La bibliothèque est le lieu qui attend.
    Peut-être est-ce l’attente de tous les hommes,
    car les hommes aussi y sont différents.
    Ou peut-être est-ce l’attente de ce que tout l’écrit
    Soit écrit à nouveau,
    Mais d’une certaine façon, dans un autre monde,
    Par quelqu’un semblable aux hommes,
    Quand les hommes n’existeront plus.
    Ou peut-être est-ce seulement l’attente
    Que tous les livres s’ouvrent soudain,
    Comme une consigne métaphysique,
    Pour que se fasse d’un coup la somme de toute la lecture,
    Cette rencontre majeure qui peut-être sauvera l’homme.
     
    Mais, surtout, la bibliothèque est une attente
    Qui va au-delà des lettres,
    Au-delà de l’abîme.
    L’espoir concentré d’en finir avec l’attente,
    D’être plus que l’attente,
    D’être plus que les livres,
    D’être plus que la mort.
    (Trad:Colette)
    Carl Spitzweg
     
    La biblioteca
     
    El aire es allí diferente.
    Está erizado todo por una corriente
    Que no viene de este o aquel texto,
    Sino que los enlaza a todos
    Como un círculo mágico.
    El silencio es allí diferente.
    Todo el amor reunido, todo el miedo reunido,
    Todo el pensar reunido, casi toda la muerte,
    Casi toda la vida y además todo el sueño
    Que pudo despejarse del árbol de la noche.
    Y el sonido es allí diferente.
    Hay que aprender a oírlo
    Como se oye una música sin ningún instrumento,
    Algo que se desliza entre las hojas,
    Las imágenes, la escritura y el blanco.
    Pero más allá de la memoria y los signos que la imitan,
    Más allá de  los fantasmas y los Ángeles que copian la memoria
     
    Y desdibujan los contornos del tiempo,
    Que además carece de dibujo,
     
    La biblioteca es el lugar que espera.
    Tal vez sea la espera de todos los hombres,
    porque también los hombres son allí diferentes.
    O tal vez sea la espera de que todo lo escrito
    Vuelva nuevamente a escribirse,
    Pero de alguna otra forma, en algún otro mundo,
    Por alguien parecido a los hombres,
    Cuando los hombres ya no existan.
    O tal vez sea tan solo la espera
    De que todos los libros se abran de repente,
    Como una metafísica consigna,
    Para que se haga de golpe la suma de toda la lectura,
    Ese encuentro mayor que quizá salve al hombre.
     
    Pero, sobre todo, la biblioteca es una espera
    Que va más allá de letra,
    Más allá del abismo.
    La espera concentrada de acabar con la espera,
    De ser más que la espera,
    De ser más que los libros,
    De ser más que la muerte.
                                                             Juarroz,  Roberto.

     
  • Musique et bois sacré / Música y bosque sagrado

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    Nous parlions d’animisme à la fin du dernier billet.
    Hablaba de animismo al final de la entrada anterior.
    Lors d’une balade, toujours dans le sud du Sénégal, cette affiche :
    Durante un paseo, en el sur de Senegal, este cartel :
     
    Photo Colette 2017, près de Cap Skirring
     
     
    Un bois sacré...cela me rappelle un poème extrait du recueil de « poésie noire », Karanta, de Mbay Usmaan.
     
    Un bosque sagrado, esto me recuerda un poema extracto de un libro de “poesía negra”, Karanta, de Mbay Usmaan
     
    Descendant des ces collines arides
    Je voudrais m’asseoir un instant
    Et sentir dans le creux de mes cuisses
    Le galbe prodigieux de la « Kora »
    Dont le lourd sortilège des arpèges
    Envahit mon corps
    Et me transporte si loin
    Aux airs de « touroubang » et « soutoukoum »
    Dans une inaltérable célébration du gabou
    Sublimes instants de vies harmonieuses
    D’où surgissent des puissances
    qui convergent vers l’imposant bois sacré
    Ceint de panaches de fumée
    Et d’explosions entrecoupées
    De rythmes pulsatiles du « bombolong »
    (…)
    L’orgie de bruits et de sons
    Amplifie le tumulte
    Dans les poitrines juvéniles
    Mais ce soir elles retrouveront la quiétude
    Dans le sommeil avec l’esprit des ancêtres.
    (...)
     
    http://africanholocaust.net/music-in-african-religions/
     
     
     
    Bajando de esas colinas áridas
    Quisiera sentarme un instante
    Y sentir en el hueco de mis muslos
    El moldeado prodigioso de la “Kora”
    Cuyo fuerte sortilegio de los arpegio
    Invade mi cuerpo
    Y me trasporta tan lejos
    Con aires de “touroubang” y “soutoukoum”
    En un inalterable celebración del gabou
    Sublimes instantes de vidas harmoniosas
    De donde surgen potencias
    Que convergen hacia el imponente bosque sagrado
    Ceñido de bocanadas de humo
    Y de explosiones entrecortadas
    De ritmos pulsativos del “bombolong”
    (…)
    La orgía de ruidos y sonidos
    Amplifica el tumulto
    En los pechos juveniles
    Pero esta noche encontrarán la quietud
    En el sueño con el espíritu de los ancestros.
    (…)
    (Trad: Colette)
     
    Extrait de: Karanta (Poésie Noire) Mbay Usmaan, section: Sénégal

  • Sourires et images

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    C’était à la frontière avec la Guinée Bissau, tout au sud du Sénégal. Nous sommes restés une semaine dans ce petit village.
     
    Ce n’était pas vraiment un endroit touristique (à part un club Med. dont les clients ne sortent pas ou peu) mais il y a de nombreux résidents européens, retraités, qui y passent la saison sèche. Principalement des français et des belges.
     
    Il y avait le doux Adama, avec son magasin savamment installé sur son vélo. Il était fier Adama car lors de la course cycliste il était“le troisième africain”. “Les français étaient forts” disait-il, moi je pense qu’ils avaient de meilleurs vélos…
     
     
    Il y avait la souriante Mané qui m’a enseigné à préparer un poulet yassa, délicieux. Les cubes de bouillon Jumbo sont omniprésents dans leur cuisine.
     
    Il y avait Moudou qui, à 7h30, passait, bonnet de laine et veste à longues manches. Il faisait 23º. “Vous avez froid Moudou?” “Oui, il fait froid”.
     
    Et tant d’autres qui semblaient si contents qu’on parle avec eux (ils disent que certains européens les ignorent...relents de colonialisme). Les pêcheurs et les ramasseurs de coquillages vides (ils les vendent pour faire du coquillé, un mélange de morceaux de coquillages et de ciment).
     

     

     
    Les plages, immenses, étaient vides d’humains, seuls des chiens puis des vaches. 
     

     

     
     
    Et la poésie me direz-vous? Elle est partout: les sourires et la lumière jaunâtre à l’aube, rosâtre le soir, cet arbre qui semble porter une jupe, des coquillages sur la plage qui semblent être des papillons…
     

     

     
     
    C’était la première fois que je sortais de l’Europe. Ce voyage m’a énormément intéressée, bouleversée aussi.
     
    Dans le prochain billet, un poème et un bois sacré...l’animisme est très présent là-bas.
     
    Lo siento amigos españoles, tuve pereza esta vez de traducirlo al español. Pero tenéis las fotos...
    Lien permanent Catégories : Air du temps, billet 2 commentaires
  • Savoir nommer / Saber nombrar

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    Nous revenons une fois encore à Alejandra Pizarnik.
    Volvemos una vez más a Alejandra Pizarnik.
     
     
    elle se dénude dans le paradis
    de sa mémoire
    elle ignore le féroce destin
    de ses visions
    elle a peur de ne savoir nommer
    ce qui n'existe pas
    (Trad: Colette)
     
    ella se desnuda en el paraíso
    de su memoria
    ella desconoce el feroz destino
    de sus visiones
    ella tiene miedo de no saber nombrar
    lo que no existe
     
    expliquer avec des mots de ce monde
    que de moi sortit un bateau qui m'emporta
     
    (trad:Colette)
     
    explicar con palabras de este mundo
    que partió de mí un barco llevándome
     
     
     
    Je lisais et traduisais ces courts poèmes quand je me suis demandé si cette difficulté à nommer l’avait poussée à s’exprimer aussi d’une autre façon qu’avec des mots. Et j’ai trouvé ça:
    Leía y traducía esos cortos poemas cuando me pregunté si esa dificultad en nombrar le había empujado a expresarse también de otra forma que con palabras. Y encontré esto:
     
    Seul le fragile reste

     

    La cage est devenue oiseau et s'est envolée  

     

     

     

    Je demande le silence * (détail)

     

    Ce voyage fut une erreur *

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     
  • Chauds ou froids, frissons / Cálidos o fríos, escalofríos

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    Les premiers froids sont arrivés, soudain. Brrr. Il y a une semaine on déjeunait encore sur la terrasse...

    Derrière ma fenêtre fermée (Colette)    


     Deux courts poèmes du majorquin Antonio Rigo ( Palma de Mallorca 1957)

     

     

    Le silence de la montagne
    brisé par le son
    de l'herbe qui germe,
    le bruit de la ville
    écrasé par le silence
    de la feuille qui croît.
     
    (Trad: Colette)
     
     
    El silencio de la montaña
    roto por el sonido
    de la hierba que brota,
    el ruido de la ciudad
    aplastado por el silencio
    de la hoja que crece.
     
     
     
    En amour et
    en poésie
    l'important
    est de garder
    au chaud le
    frisson.
    (Trad: Colette)
     
     
    En el amor y
    la poesía
    lo importante
    es mantener
    caliente el
    escalofrío.
     
     
    Antonio Rigo
    Extrait /Extracto de:
    Albúm blanco
     
  • Je me souviens de toi.../ Te recuerdo....

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    Un poème de saison aujourd’hui.
     
    Pablo Neruda
     
    Je me souviens de toi telle que tu étais en ce dernier automne:
    un simple béret gris, le cœur en paix.
    Dans tes yeux combattaient les feux du crépuscule.
    Et les feuilles tombaient sur les eaux de ton âme.

    Enroulée à mes bras comme un volubilis,
    les feuilles recueillaient ta voix lente et paisible.
    Bûcher de stupeur où ma soif brûlait.
    Douce jacinthe bleue tordue sur mon âme.

    Je sens voyager tes yeux et l'automne est distant:
    béret gris, cris d'oiseau, cœur où l'on est chez soi
    et vers eux émigraient mes désirs si profonds
    et tombaient mes baisers, joyeux comme des braises.

    Ciel vu d'un bateau. Champs vus des collines:
    lumière, étang de paix, fumée, ton souvenir.
    Au-delà de tes yeux brûlaient les crépuscules.
    Sur ton âme tournaient les feuilles de l'automne.
     
    (Traduction trouvée sur la Toile, sans nom d’auteur, modifiée par moi)
     
    Photo Colette, prise près de chez moi    
     
    Te recuerdo como eras en el último otoño.
    Eras la boina gris y el corazón en calma.
    En tus ojos peleaban las llamas del crepúsculo.
    Y las hojas caían en el agua de tu alma.

    Apegada a mis brazos como una enredadera,
    las hojas recogían tu voz lenta y en calma.
    Hoguera de estupor en que mi sed ardía.
    Dulce jacinto azul torcido sobre mi alma.

    Siento viajar tus ojos y es distante el otoño:
    boina gris, voz de pájaro y corazón de casa
    hacia donde emigraban mis profundos anhelos
    y caían mis besos alegres como brasas.

    Cielo desde un navío. Campo desde los cerros.
    Tu recuerdo es de luz, de humo, de estanque en calma!
    Más allá de tus ojos ardían los crepúsculos.
    Hojas secas de otoño giraban en tu alma.
     

  • Avec acharnement / Con ensañamiento

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    Un conte court de Ramón Gómez de la Serna (Espagne, 1888-1963). 
     
    Le docteur Alejo mourut assassiné. Indubitablement, il mourut étranglé.
    Personne n’était entré dans la maison, indubitablement personne, et bien que le docteur dormait, avec, par hygiène, la porte du balcon ouverte, son appartement était si haut qu’on ne pouvait supposer que l’assassin était entré par là.
     
    La police ne trouvait pas la piste de ce crime et était sur le point d’abandonner l’affaire quand l’épouse et la servante du mort arrivèrent, épouvantées, à la Préfecture. 
    D’un saut du haut de l’armoire elle était tombée sur la table, les avait regardées, les avait vues, et s’était enfuie ensuite dans la chambre; une main solitaire et vive comme une araignée. Elles l’avaient laissée là, enfermée à clé dans la chambre.
     
    La police et le juge, terrorisés, se rendirent sur place. C’était leur devoir. Ils eurent bien du mal à attraper la main, mais ils le firent et chacun lui attrapa un doigt, car elle était vigoureuse comme si en elle résidait toute la force d’un homme fort.
     
    Que faire d’elle? Quelle lumière apporterait-elle sur l’événement? Comment la condamner? À qui appartenait cette main?
     
    Après une longue pause, le juge eut l’idée de lui donner un stylo pour qu’elle déclare par écrit.
    La main écrivit alors:” Je suis la main de Ramiro Ruiz, vilement assassiné par le docteur à l’hôpital et dépecé avec acharnement dans la salle de dissection. J’ai rendu justice”.
    (Trad: Colette)
     
    Le titre de ce conte est...La Main
     
    Study of feet and hands, 1818 Théodore de Géricault

    Un cuento breve de Ramón Gómez de la Serna (España, 1888-1963)

    El doctor Alejo murió asesinado. Indudablemente murió estrangulado.
    Nadie había entrado en la casa, indudablemente nadie, y aunque el doctor dormía, por higiene, con el balcón abierto, era tan alto su piso que no era de suponer que por allí hubiese entrado el asesino.
    La policía no encontraba la pista de aquel crimen, y ya iba a abandonar el asunto, cuando la esposa y la criada del muerto acudieron despavoridas a la Jefatura. Saltando de lo alto de un armario había caído sobre la mesa, las había mirado, las había visto, y después había huido por la habitación, una mano solitaria y viva como una araña. Allí la habían dejado encerrada con llave en el cuarto.
    Llena de terror, acudió la policía y el juez. Era su deber. Trabajo les costó cazar la mano, pero la cazaron y todos le agarraron un dedo, porque era vigorosa corno si en ella radicase junta toda la fuerza de un hombre fuerte.

     ¿Qué hacer con ella? ¿Qué luz iba a arrojar sobre el suceso? ¿Cómo sentenciarla? ¿De quién era aquella mano?
    Después de una larga pausa, al juez se le ocurrió darle la pluma para que declarase por escrito. La mano entonces escribió: «Soy la mano de Ramiro Ruiz, asesinado vilmente por el doctor en el hospital y destrozado con ensañamiento en la sala de disección. He hecho justicia».
     
    El título de este cuento es...LA MANO
     
     

  • En haute mer / En alta mar

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    Aujourd'hui un poème de F. Garcia Lorca plein d'images fortes et inattendues,  qu'ajouter? 

    Hoy un poema de F. García Lorca, lleno de imágenes fuertes e inesperadas, ¿qué puedo añadir?

    Gazelle de la mort obscure
    F. García Lorca
     

    Je veux dormir du sommeil des pommes,
    et m’éloigner du tumulte des cimetières.
    Je veux dormir le sommeil de cet enfant
    qui voulait s’arracher le cœur en haute
    mer. 
     
    Je ne veux pas que l’on me répète
    que les morts ne perdent pas de sang ;
    que la bouche pourrie
    demande encore de l’eau.
    Je ne veux rien savoir des martyres que donne l’herbe,
    ni de la lune à la bouche de serpent
    qui travaille avant l’aube.
     
     
    Je veux dormir un instant,
    un instant, une minute, un siècle ;
    mais que tous sachent bien que je ne suis pas mort;
    qu’il y a sur mes lèvres une étable d’or ;
    que je suis le petit ami du vent d’Ouest ;
    que je suis l’ombre immense de mes larmes.
     
    Couvre-moi d’un voile à l’aurore
    car elle me lancera des poignées de fourmis,
    et mouille d’eau dure mes souliers
    afin que glisse la pince de son scorpion.
     
    Car je veux dormir du sommeil des pommes
    pour apprendre un pleur
    qui me nettoie de la terre;
    car je veux vivre avec cet enfant sombre
    qui voulait s’arracher le cœur en haute
    mer. 
     
    (Traduction inspirée par celle de N.Ny, mise à son goût par Colette)
     
    http://toutmontreal.tripod.com/pommes.htm

     

    Gacela de la muerte oscura

    Quiero dormir el sueño de las manzanas,
    alejarme del tumulto de los cementerios.
    Quiero dormir el sueño de aquel niño
    que quería cortarse el corazón en alta mar.
     
    No quiero que me repitan
    que los muertos no pierden la sangre;
    que la boca podrida sigue pidiendo agua.
     
    No quiero enterarme
    de los martirios que da la hierba,
    ni de la luna con boca de serpiente
    que trabaja antes del amanecer.
     
    Quiero dormir un rato,
    un rato, un minuto, un siglo;
    pero que todos sepan que no he muerto;
    que hay un establo de oro en mis labios;
    que soy el pequeño amigo del viento Oeste;
    que soy la sombra inmensa de mis lágrimas.
     
    Cúbreme por la aurora con un velo,
    porque me arrojará puñados de hormigas,
    y moja con agua dura mis zapatos
    para que resbale la pinza de su alacrán.
     
    Porque quiero dormir el sueño de las manzanas
    para aprender un llanto que me limpie de tierra;
    porque quiero vivir con aquel niño oscuro
    que quería cortarse el corazón en alta mar.
     
    Federico García Lorca
    De: “Diván del Tamarit” – 1936
  • José Carlos Llop, deux langues indissociables

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    En ce moment de décisions importantes en Espagne, je relaye un article paru das le journal La Croix, de José Carlos LLop 
    N'ayant pas trouvé l'article en espagnol, je ne l'ai pas retraduit dans sa langue originale de peur de trahir l'auteur

    "L’écrivain José Carlos Llop est né et vit à Palma de Majorque, où il dirige la bibliothèque Lluís-Alemany consacrée aux patrimoines des îles Baléares.


    Je suis d’un pays où l’on parle, lit et écrit deux langues. C’est une richesse qui nous est donnée dès l’enfance, comme nous sont données la beauté du paysage et notre condition d’insulaires. En effet, je ne suis pas de Catalogne, terre continentale, je suis de Majorque, une île de la Méditerranée occidentale.
    Et en tant qu’insulaire, ces deux langues – le castillan et le catalan – me sont aussi familières que les deux langages que possède tout insulaire : le langage de la mer – qui nous entoure et qui nous isole du monde et nous met en relation avec le monde – et le langage de la terre. L’un et l’autre sont inséparables comme sont inséparables, en ce qui me concerne, le castillan (ou espagnol) et le catalan de Majorque (ou majorquin).
    En vertu de cette indissociabilité, il y a des choses naturelles que nous disons dans une langue – le catalan – et que nous ne disons en castillan que si cela est nécessaire. Il en est ainsi, par exemple, des poissons ou des champignons de la forêt. Les arbres et les plantes – la botanique de Linné – parlent dans les deux langues, comme nous-mêmes ou comme les animaux de la terre. Et comme la littérature.

    Il y a des irréductibles. Ce n’est pas mon cas.

    Ici, il est vrai, il y a des irréductibles : ou dans une langue ou dans l’autre. Ce n’est pas mon cas. De la même façon que dans ma vie de tous les jours je parle les deux langues et écris des lettres et des courriers électroniques également dans les deux langues, j’ai écrit la plus grande partie de mes livres – poésie, romans et essais – en espagnol, mais j’ai aussi écrit de la poésie et du théâtre en catalan, parce que c’était la langue que le texte réclamait ou, ce qui est la même chose, celle que réclamait ma vie personnelle.


    De fait, je me promène d’une langue à l’autre et n’entends rien aux conflits linguistiques ni aux impositions, violentes ou pas. C’est pourquoi je refuse de renoncer à ma vie bilingue, comme je refuse la désaffection envers n’importe laquelle de mes deux langues, comme je me refuse à ceux qui veulent que mon pays change au point que nous serons nombreux à être expulsés du lieu où nous avons vécu et vivons ensemble. Non pas qu’on nous fasse bouger, mais simplement parce que cette nation de pays – l’Espagne, telle que nous l’entendons et comme elle s’entend, bien ou mal, depuis plusieurs siècles – cesserait d’exister.

    Le début d’un ouragan européen

    Mais ce tourbillon dans lequel nous sommes plongés maintenant n’est pas arrivé tout seul. C’est le début d’un ouragan européen, si les choses ne changent pas. Une des métamorphoses de la postmodernité a été de transformer un sentiment hérité du romantisme – langue, culture, nation – en incubateur du ressentiment.
    Ce ressentiment se répand dans toute l’Europe – comme il s’est répandu au siècle dernier, en Orient, contre l’Europe (il faut lire Pankaj Mishra) – pour une raison très simple : le narcissisme. Le narcissisme européen, maladif, et le narcissisme adolescent de la postmodernité.
    La crise économique a laissé plusieurs générations seules face au miroir, après une longue nuit de fête. Et ce qu’elles ont vu ne les satisfait pas. C’est une fièvre en passe de se transformer en épidémie qui veut nous expulser de notre conception du Vieux Continent comme lieu de liberté et de vivre-ensemble, démocratique.
    Dans chacune des nations qui le composent, la fracture s’est produite – ou se produira – au point le plus faible. Dans le cas de l’Espagne, par deux formes de ce qu’on appelle maintenant populisme : le nationalisme identitaire et le postcommunisme engagé. Et personne n’a su créer un discours porteur d’espoir, capable de contrebalancer la menace sécessionniste et de protéger ceux qui ne trouvent pas refuge sous la bannière identitaire.

    « Le monolinguisme est un poison »

    J’écris ces lignes le jour où le prix Nobel de littérature est décerné à Kazuo Ishiguro, le Britannique d’origine japonaise qui a transformé la figure classique du majordome anglais en réplique de la vieille geisha. Orient et Occident. Catalan et espagnol. C’est-à-dire européen. Et le prix Nobel au milieu : tout le contraire de la convulsion.
    Ishiguro a dit aux journalistes : « Nous sommes préoccupés en tant qu’individus : nous voyons l’essor du populisme et des nationalismes. » Et un des favoris de cette année, le Kenyan Ngugi Wa Thiong’o, avait affirmé : « Le monolinguisme est un poison, le dioxyde de carbone des cultures, alors que le bilinguisme en est l’oxygène. »


    Je me suis souvenu d’un autre lauréat du prix Nobel, le poète Derek Walcott, qui parlait de la richesse d’être un homme traversé par deux langues. C’est mon cas. Et les langues sont ici la métaphore d’un mode de vie et de pensée où l’une et l’autre se renforcent, et séparées elles placent ce mode de vie et de pensée dans la même situation que l’enfant sous l’épée de Salomon. C’est ce que serait mon pays, si venait à triompher le mépris des lois et de l’État, la fracture sociale – comme cela s’est produit en Catalogne – et la conjuration des sots. D’un côté et de l’autre, cette conjuration, mais maintenant il s’agit de la volonté de civilisation face à la force du ressentiment, maquillé en nationalisme et en révolution postmoderne."

    Traduit par Edmond Raillard 
     
     
     
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  • Regarder avec innocence / Mirar con inocencia

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    Chemins du miroir
     
    1964 Alejandra Pizarnik* (La piedra de la Locura)
    l
    Et surtout regarder avec innocence. Comme si rien ne se passait, ce qui est vrai.
    ll
    Mais toi je veux te regarder jusqu’à ce que ton visage s’éloigne de ma peur comme un oiseau du bord philosophe de la nuit.
    lll
    Comme une fillette de craie rose sur un très vieux mur soudain effacé par la pluie.
    lV
    Comme quand une fleur s’ouvre et révèle le cœur qu’elle n’a pas.
    V
    Tous les gestes de mon corps et de ma voix pour faire de moi l’offrande, le bouquet qu’abandonne le vent sur le seuil.
    Vl
    Couvre la mémoire de ton visage avec le masque de celle que tu seras et qui effraye la fillette que tu fus.
    Vll
    La nuit des deux se dispersa avec la brume. C’est la saison des aliments froids.
    Vlll
    Et la soif, mon souvenir est de soif, moi en bas, au fond, dans le puits, je buvais, je me souviens.
    lX
    Tomber comme un animal blessé dans le lieu qui allait être celui des révélations.
    X
    L’air de rien. De rien du tout. Bouche cousue. Paupières cousues. J’ai oublié.
    Au dedans le vent. Tout fermé et le vent dedans.
    (Trad: Colette)
     
    * Une poètesse que j'admire, qui me fascine aussi. Si vous avez oublié qui elle est, c'est ici
     
    Girl at the mirror, Norman Rockwell (1954)
     
     
     
    CAMINOS DEL ESPEJO, 1964
     
    Alejandra Pizarnik (La Piedra De La Locura)
    I
    Y sobre todo mirar con inocencia. Como si no pasara nada, lo cual es
    cierto.
    II
    Pero a ti quiero mirarte hasta que tu rostro se aleje de mi miedo como
    un pájaro del borde filoso de la noche.
    III
    Como una niña de tiza rosada en un muro muy viejo súbitamente
    borrada por la lluvia.
    IV
    Como cuando se abre una flor y revela el corazón que no tiene.
    V
    Todos los gestos de mi cuerpo y de mi voz para hacer de mí la
    ofrenda, el ramo que abandona el viento en el umbral.
    VI
    Cubre la memoria de tu cara con la máscara de la que serás y asusta a
    la niña que fuiste.
    VII
    La noche de los dos se dispersó con la niebla. Es la estación de los
    alimentos fríos.
    VIII
    Y la sed, mi memoria es de la sed, yo abajo, en el fondo, en el pozo,
    yo bebía, recuerdo.
    IX
    Caer como un animal herido en el lugar que iba a ser de revelaciones.
    X
    Como quien no quiere la cosa. Ninguna cosa. Boca cosida. Párpados
    cosidos. Me olvidé. Adentro el viento. Todo cerrado y el viento
    adentro.
     

  • Vers la beauté / Hacia la belleza

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    Une poétesse que j’avais peu lue, Emily Dickinson, un grand tort!
    Una poetisa que había leído poco, un gran error!
     

     

     
     
    Monet, Bord de mer à Saint Adresse
     
     
    1540
     
    Aussi imperceptiblement que le chagrin
    L’été s’en est allé-
    Trop imperceptible enfin
    Pour ressembler à quelque perfidie-
    Une quiétude s’est distillée
    Comme un demi-jour commencé de longtemps,
    Ou la nature qui aurait passé avec elle-même
    Un après-midi séquestré-
    L’obscurité s’est installée plus tôt-
    Le matin, étranger, a brillé-
    Courtoise, pourtant déchirante grâce,
    Comme invitée, mais qui s’en serait allée-
    Et ainsi, sans une aile,
    Ni l’aide d’une quille
    Notre été, léger, a pris la fuite
    Vers la beauté.
     
    1540
     
    Imperceptible como una pena
    El verano se alejó-
    Demasiado imperceptible al fin
    Para sentir su perfidia-
    Una calma destilada
    Cual crepúsculo detenido,
    O la naturaleza que disfruta consigo
    De la tarde secuestrada-
    El anochecer acudió más temprano-
    La mañana ajena se iluminó-
    Una cortés gracia que intimida,
    Como el huésped que desea partir-
    Y así, sin tener alas
    Ni ayuda de una nave
    Nuestro verano emprendió su escapada
    Ligero en pos de la belleza.

    1540

    As imperceptibly as Grief
    The Summer lapsed away —
    Too imperceptible at last
    To seem like Perfidy —
    A Quietness distilled
    As Twilight long begun,
    Or Nature spending with herself
    Sequestered Afternoon —
    The Dusk drew earlier in —
    The Morning foreign shone —
    A courteous, yet harrowing Grace,
    As Guest, that would be gone —
    And thus, without a Wing
    Or service of a Keel
    Our Summer made her light escape
    Into the Beautiful.
  • Comme toi / Cómo tú

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    Un message d’espoir” dit Paco Ibañez avant de chanter ce poème de León Felipe (poète espagnol, exilé après la guerre civile,  Zamora 1884 - Ciudad de México, 1968) et il ajoute: ‘”celui qui lutte n’est pas mort”. 
    Un poème dédié à nous tous, les petites gens.
     
     
     
     
     
    Comme toi León Felipe
     
     
    Ainsi est ma vie,
    pierre,
    comme toi. Comme toi,
    petite pierre;
    comme toi
    pierre légère;
    comme toi,
    galet qui roule
    sur les chemins
    et les trottoirs;
    comme toi,
    humble caillou des routes;
    comme toi
    qui par les jours d’orage
    t’aplatis
    dans la boue de la terre
    et puis
    scintilles
    sous les sabots
    et sous les roues;
    comme toi, qui n’as même pas servi
    à être pierre
    d’une halle de marché,
    ni pierre d’un tribunal,
    ni pierre d’un palais,
    ni pierre d’une église;
    comme toi,
    pierre aventureuse;
    comme toi
    qui, peut-être, n’es faite
    que pour une fronde,
    pierre petite
    et
    légère...
     
    (Trad: Colette)
     
     
     
    Cómo tú León Felipe ( Zamora 1884 - Ciudad de México, 1968)
     
    Así es mi vida,
    piedra,
    como tú. Como tú,
    piedra pequeña;
    como tú,
    piedra ligera;
    como tú,
    canto que ruedas
    por las calzadas
    y por las veredas;
    como tú,
    guijarro humilde de las carreteras;
    como tú,
    que en días de tormenta
    te hundes
    en el cieno de la tierra
    y luego
    centelleas
    bajo los cascos
    y bajo las ruedas;
    como tú, que no has servido
    para ser ni piedra
    de una lonja,
    ni piedra de una audiencia,
    ni piedra de un palacio,
    ni piedra de una iglesia;
    como tú,
    piedra aventurera;
    como tú,
    que tal vez estás hecha
    sólo para una honda,
    piedra pequeña
    y
    ligera…
     
     
    Paco Ibañez
    No está muerto quien pelea”

  • La pleureuse / La llorona

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    La Llorona est un spectre du folklore latino-américain qui, selon la tradition orale, se présente comme l’âme en peine d’une femme qui assassina ou perdit ses enfants, les cherche en vain, et effraye par ses pleurs saisissants.
    La légende a de nombreuses variantes selon les pays, mais les faits principaux sont identiques.
    Voici la chanson, une des versions en tout cas. 
    L’interprète la plus connue de cette chanson est Chavela Vargas, je ne l’ai pas choisie mais une version plus épurée, j’espère que vous l’apprécierez.
     

    La Llorona es un espectro del folclore latinoamericano que, según la tradición oral, se presenta como el alma en pena de una mujer que asesinó o perdió a sus hijos, busca a estos en vano y asusta con su sobrecogedor llanto a quienes la ven u oyen. Si bien la leyenda cuenta con muchas variantes, de acuerdo al país, los hechos  son siempre los mismos.(Wiki)

     
    La llorona ( La pleureuse)
     
    Si parce que je t’aime
    tu veux, llorona, ma mort,
    que ta volonté soit faite
    Aïe llorona
    puisse Dieu m’enlever la vie,
    pauvre de moi, llorona,
    llorona d’hier et d’aujourd'hui
    hier je fus merveille, llorona
    et aujourd’hui même pas une ombre.
    Qu’ont-elles les fleurs llorona
    les fleurs du cimetière.
    Quand le vent souffle llorona,
    on dirait qu’elles pleurent.
    Pauvre de moi, llorona
    llorona de bleu ciel
    et même si je paie de ma vie
    llorona, ne cesserai de t’aimer.
    (Trad: Colette)
     

    La llorona

    Si porque te quiero
    quieres llorona
    que yo, la muerte reciba
    que se haga tu voluntad
    Ay llorona,
    por suerte de Dios no viva
    Ay de mi, llorona,
    llorona, de ayer y hoy
    ayer maravilla fui, llorona
    y ahora ni sombra soy.
    No se que tienen las flores llorona
    las flores del campo santo.
    No se que tienen las flores llorona
    las flores del campo santo.
    Que cuando las mueve el viento llorona,
    parece que están llorando.
    Que cuando las mueve el viento llorona,
    parece que están llorando.
    Ay de mi, llorona
    llorona de azul celeste
    y aunque la vida me cueste,
    llorona no dejaré de quererte