Espaces, instants - Page 6

  • Poésie du temps de Al-Andalus

    Imprimer
    Pour commencer, quelques rappels historiques…

     

    Tintero nazarí /Encrier Nazarí XIVºs  .http://elpoderdelaalhambra.com/piezas-destacadas/tintero-nazari/
     

    Nous sommes un peu avant l’an 711 ; l’Espagne, à l’exception des Asturies, de la Cantabrie et du Pays basque, constituent le royaume des Wisigoths. Et l'Hispanie ne jouit pas d’une grande stabilité politique au moment où les musulmans partent à sa conquête

    La naissance et la formation de Al-Andalus se sont faites progressivement, les conquêtes se réalisèrent entre 711 et 716. Toute l’Espagne (et l'actuel Portugal) fut envahie excepté le Pays Basque et quelques régions montagneuses de Cantabrie. Les musulmans tentèrent de s’étendre en France mais, vous le savez, ils furent vaincus à Poitiers (732) et se replièrent sur la péninsule ibérique.
    Et ils décident d’établir leur capitale à Cordoue, apparemment fascinés par le Guadalquivir.



    Al-Andalus (711-1492) est devenu dès le IXº siècle un foyer de haute culture et attira de nombreux savants, artistes….
    Sur la Terre D’Islam qu’est Al Andalus, diverses populations aux cultures différentes se mêlaient : les musulmans (arabes, berbères, muladi) et européens musulmans, les slaves musulmans, puis les juifs et les chrétiens (mozarabes).

    Alors mes amis, quand j’ai décidé de me plonger dans la poésie (en arabe mais largement traduite en espagnol ;-))  datant de cette longue époque musulmane, je me suis très vite vue submergée par un nombre incalculable de poètes, de poèmes écrits en arabe pendant les différents siècles.

    On y parle d’amour, de fleurs et de parfums, de vin, de séparations, puis vers la fin, de la perte d’un paradis. Que choisir, quels poèmes traduire en français ?
    En voici deux pour commencer.

    Le poète Ibn Darray (958-1030) 
     
    Si en les jardins où il habite
    ne peux voir mon maître
    dans les jardins du rêve
    aurons notre rencontre

    (Trad: Colo, MAH)

    Le poète Ibn Baqi (m. 1145):

     

    Quand le voile de la nuit
    s’étend sur la terre,
    du vin le plus odorant
                à ma belle je lève mon verre
    .
    Tel un baudrier tombe
    sur moi sa chevelure,
    et comme le guerrier prend
    de sa main droite l’épée
    j’enlace, moi, son cou,
    qui au cygne ressemble.

           

    Mais à voir que déjà s’incline,
    fatiguée, la tête,
    doucement je sépare
    le bras dont elle m’enlace
    et je pose sur ma poitrine
    sa tempe, pour qu’elle y dorme.
    Aïe! Mon coeur heureux
    bat avec grande force.
    Que cet oreiller est agité!
    en lui ne pourra dormir.


    (Trad: Colette, MAH)

    Notes :
    Si le sujet vous intéresse, voici le lien d’une superbe émission de Arte:

    https://vimeo.com/101877438

    Et aussi, à lire:
    http://balises.bpi.fr/histoire/al-andalus------le-passe-arabo-berbere-de-leurope

    Jarrón de las gacelas, arte Nazarí. (Alhambra-Granada)
     

    Para empezar, unos datos históricos...

    Estamos en el año 711, España, a la excepción del País Vasco, de Cantábria y de Asturias constituyen el reino Visigodo. Hispania no goza de una gran estabilidad política en el momento en que los musulmanes deciden conquistarla.

     

    El nacimiento y la formación de Al-Andalus se hizo de forma progresiva, las conquistas se escalonaron entre 711 y 716. España entera, excepto el País Vasco y algunas regiones montañosas de Catabria, fue invadida.

    Los musulmanes intentaron extenderse en Francia pero, lo sabéis, fueron derrotados en Poitiers (732) y se replegaron en la península ibérica.

     

    Decidieron establecer su capital en Córdoba, fascinados, por lo visto, por el Guadalquivir.

     

    Desde el siglo IX Al-Andalus (711-1492) fue un foco de alta cultura y atrajo a muy numerosos eruditas, artistas…

    En la tierra de Islam que era Al-Andalus, se mezclaban poblaciones de diversas culturas: los musulmanes (árabes, bereberes, muladi) y europeos musulmanes, los eslavos musulmanes, finalmente los judíos y los cristianos (mozárabes).

    Entonces amigos, cuando decidí sumergirme en la poesía de esa época, me vi rápidamente desbordada por un número incalculable de poetas, de poemas escritos en árabe durante esos siglos.

     En ellos se habla de amor, de flores, de perfumes, de vino, de separaciones, y luego hacia el final, de la pérdida de un paraíso.

    ¿Cuáles elegir, cuáles traducir al francés?

    Aquí, y para empezar, dos de ellos.

     

     
     
    https://3.bp.blogspot.com/-lPAXkK0J8vw/Wulyuu7KrMI/AAAAAAAAI2Y/Z_Z98HUjeOo0V2euWTjmFX8TLFXRrumPgCLcBGAs/s1600/arquetacalifal.jpg
     
    El poeta  Ibn Darray (958-1030)
     
    Si en los jardines que habita
    me impiden ver a mi dueño,
    en los jardines del sueño
    nos daremos una cita.
     
    http://enciclopedia.us.es/index.php/Archivo:Mihrab_mezquita_persa_Kashan,_(1226).jpg



    EL poeta Ibn Baqi (m. 1145):
     
    Cuando el manto de la noche
    se extiende sobre la tierra,
    del más oloroso vino
    brindo una copa a mi bella.
    Como talabarte cae
    sobre mí su cabellera,
    y como el guerrero toma
    la limpia espada en la diestra,
    enlazo yo su garganta,
    que a la del cisne asemeja.
     
    Pero al ver que ya reclina,
    fatigada, la cabeza,
    suavemente separo
    el brazo con que me estrecha,
    y pongo sobre mi pecho
    su sien, para que allí duerma.
    ¡Ay! El corazón dichoso
    me late con mucha fuerza.
    ¡Cuán intranquila almohada!
    No podrá dormir en ella.
  • Fougue / Fugosidad

    Imprimer

    Jeune Haïtien en Colère

    Joven Haitiano en cólera
    par Rene Depestre

    C'est un temps où les hommes cherchent des fétiches et des mots magiques à accrocher aux malheurs quotidiens : les mots amour espoir et liberté meurent de froid et de chagrin sur toutes les lèvres.
    Vient un jeune homme aventureux des îles il répudie le fauve qui traque les mots, en l'an 47 son sang devient fou à force de draguer la vie des mots.
    Il congédie tous les mots usés
    tous les mots qui ont le cou et les pieds
    pris aux pièges à faucons et à vrais cons.
    Il garde les mots qui débordent
    en tous sens de son âme en danger :
    les mots ensorceleurs des matins de voyage
    les mots qui portent leur époque à bout de bras
    les mots qui lèvent des baraques et des tentes
    et des saltimbanques à la foire des mots.
     
    Après avoir bouclé leur valise à magie
    tout écume sous ma peau noire : tout
    tremble, vibre, explose à merveille
    dans mon jeu d'homme épris de soleil féminin.
    La vie tourbillonne, ivre de la dynamique
    solaire des mots,( tout en moi s'élève en flammes qui retombent toujours sur leurs roues.)
    Je suis le moyeu de la roue des mots
    je tourne autour du dieu païen des consonnes
    mon esprit-alphabet brûle de tous ses feux avide de nommer des choses inconnues : arbres, animaux, êtres légendaires en orbite autour de la fée des voyelles !
     
    je sens mes veines qui éclatent
    dans la violette ébullition des mots !
    leur sève tire le français de mes phantasmes :
    les mots de
    Bossuet emportés par les cent
    chevaux à vapeur créoles de mes passions,
    la prose à la joyeuse madame
    Colette
    - dans ses années potagères - tirée
    par les bœufs sensuels de ma créolité !
    ô fureur panthéiste des mots français porteurs de l'énergie qui met le feu à la géométrie des femmes !
    Porteurs fous des roues qui ajoutent des courbes à la rotation du merveilleux féminin ! ô vertige des mots qui se lèvent tôt dans les draps de nos vingt ans !
     
    Hapdaphaï
     
    Es un tiempo donde los hombres buscan fetiches y palabras mágicas para colgar en las desgracias cotidianas: las palabras amor, esperanza y libertad se mueren de frío y de pena en todas las bocas.
    Viene un joven aventurero de las islas, repudia la fiera que acosa a las palabras, en el año 47 su sangre enloquece a fuerza de cortejar la vida de las palabras.
     
    Después de haber hecho su maleta de magia
    todo bulle bajo mi piel negra: todo
    tiembla, vibra, explota a las mil maravillas
    en mi juego de hombre prendado del sol femenino.
    La vida gira, ebria de la dinámica
    solar des las palabras (todo en mi se eleva en llamaradas que siempre recaen sobre sus ruedas)
    Soy el buje de la rueda de las palabras
    giro alrededor del dios pagano de las consonantes
    mi espíritu-alfabeto arde deslumbrante, ávido de nombrar las cosas
    desconocidas: árboles, animales, seres legendarios en órbita alrededor del hada de las vocales!
    (...)
    Despide todas las palabras usadas
    todas las palabras que tienen el cuello y los pies
    atrapados en trampas para halcones y para bobos.
    Guarda las palabras que desbordan,
    indómitas, de su alma en peligro:
    las palabras hechiceras de mañanas de viaje
    las palabras que llevan su época a duras penas
    las palabras que levantan barracas y tiendas
    y saltimbanquis en la feria de las palabras.
     
    Siento estallar mis venas
    en la violeta ebullición de las palabras!
    Su savia extrae el francés de mis fantasmas,
    las palabras de
    Bossuet llevadas por los cien
    caballos de vapor criollos de mis pasiones,
    la prosa alegre de madame
    Colette
    - en sus años hortelanos- arrastrada
    por los bueyes sensuales de mi alma criolla!
    Oh furor panteísta des las palabras francesas portadoras de la energía que enciende la geometría de las mujeres!
    Porteadores locos de ruedas que añaden curvas a la rotación de la maravilla femenina! Oh vértigo de las palabras que madrugan en las sábanas de nuestros veinte años!
     
     
    Traducción al español Colette y MAH
     
    Biographie de René Depestre http://ile-en-ile.org/depestre/
     
    Illustrations: Hapdaphaï
     
  • Avec du safran, la paëlla / Con azafrán , la paella

    Imprimer

     

    Trop sèches, ou insipides,  ou pâteuses. Chiches en riz. Très onéreuses, voilà des défauts communs des paellas. Ah, ça, c’est tout un art et aucune ne se ressemble !
    Demasiado secas, o insípidas, o pastosas. Escasas en arroz. Muy onerosas, ahí son los defectos comunes de las paellas. ¡Ha, es todo un arte y ninguna se parece!
     
                                                                                                     
    Un peu d’histoire...La paëlla, mot d’origine latine « patella » puis du vieux français « paele » désignait la poêle plate avec, non un manche mais deux anses que vous connaissez sans doute. De la poêle au plat, voilà la paella moderne (notez que les 2 LL se prononcent Y et non L, comme dans paya, d’accord ?)
    Son origine se trouve à Valencia aux XVº et XVIª siècles dans les zones maraîchères et humides (Albufera) où l’on cultive riz et légumes. Un plat complet auquel on ajoutait des morceaux de lapin, canard, des oiseaux, des escargots, enfin ce qu’on avait sous la main en plus des légumes de saison. La paella aux crustacés, dont on ignore si elle est contemporaine de la première, est née…au bord de la Méditerranée, oui !
    On cuisait lentement le tout sur un feu de branches d’oranger. Je pourrais vous raconter tant d’autres choses, mais il vous suffira de taper « histoire de la paella »…Mr Google vous dira tout.
    Un poco de historia…La paella, palabra de origen latina “patela” luego del francés antiguo “paele” designaba la sartén plana sin mango pero con dos asas que sin duda conocen. De la sartén al plato…
    Su origen se encuentra en Valencia en los siglos XV y XVI en las zonas hortenses y húmedas (Albufera) donde se cultiva arroz y verduras. Un plato completo al cual se añadía trozos de conejo, pato, pájaros, caracoles, en fin, lo que se tenía a mano junto con las verduras de temporada. Se ignora si la paella de mariscos data de la misma época pero nació…al borde del Mediterráneo. ¡Sí!
    Se cocía lentamente el arroz en un fuego con leña de naranjos. Les podría contar tantas otras cosas sobre este plato, pero les bastará teclear “historia de la paella” y el señor Google les dirá todo.
     
     
     Peinture: Conrado Meseguer
    pintura-de-conrado-meseguer.jpg  
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
    Traditionnellement ce sont les hommes qui la préparent, enfin qui la cuisent car les petites mains qui coupent tous les ingrédients à l’avance…c’est comme pour les barbecues, vous voyez ? Mais quand on est nombreux, les dimanches en famille, un repas avec des amis, c’est un repas complet et facile, qui plaît à tous et qui s’adapte à la bourse de chacun : tout dépend des ingrédients qu’on y met.
    Mon amie italienne m’a raconté qu’invitée à un dîner chez des voisins allemands, elle a eu du mal à avaler une paella avec du poulpe et des saucisses…à chacun sa recette !
     
    Son los hombres los que tradicionalmente la preparan, bueno que la cuecen ya que, al igual que con las barbacoas, son “las pequeñas manos” las que cortan antes todos los ingredientes… ¿ven lo que quiero decir? Pero cuando hay muchos comensales, los domingos en familia, una comida entre amigos, es un plato completo y fácil, que agrada a todos y se adapta al bolsillo de cada cual: todo depende de los ingredientes elegidos.
    Mi amiga italiana me contó que, invitada a una cena en casa de unos vecinos alemanes, le costó tragar una paella con pulpo y salchichas… ¡a cada cual su receta!
     
    Suite à cela, je me suis demandé si vous aussi vous aviez mangé des paëllas spéciales, si on en trouvait surgelées ou fraîches en Belgique, au Canada, en Suisse ou ailleurs. Peut-être même en préparez-vous ? Racontez-moi.
     
    Después de eso me pregunté si ustedes también habían comido paellas especiales, si encontraban ese plato congelado o fresco en Noruega, Canadá, Suiza u otras partes. ¿Tal vez lo preparan ustedes mismos? Cuéntenme.
     
    Lien permanent Catégories : Air du temps, billet, Espagne 0 commentaire
  • Idylle / Idilio

    Imprimer

     

     




    Idylle
    À Enrique Durán
    Federico GARCÍA LORCA
     
    Tu voulais que je te dise
    le secret du printemps.
     
    Mais je garde le secret
    tout autant que le sapin.
     
    Arbre dont les mille doigts
    indiquent mille chemins.
     
    Je ne te dirai jamais, mon amour,
    pourquoi, lent, le fleuve coule.
     
    Mais je mettrai dans ma voix coupée
    le ciel cendré de ton regard.
     
    Tourne autour de moi, ma brune!
    Et prends soin de mes feuilles.
     
    Tourne encore, tourne toujours
    jouant à la noria de l’amour.
     
    Même si je le voulais, je ne peux te dire,
    hélas, le secret du printemps.
     
    (Trad:Colette)
     
     
     
     
    Idilio de Federico García Lorca

    A Enrique Durán

    Tú querías que yo te dijera

    el secreto de la primavera.
     


    Y yo soy para el secreto

    lo mismo que es el abeto.
     


    Árbol cuyos mil deditos

    señalan mil caminitos.
     


    Nunca te diré, amor mío,

    por qué corre lento el río.
     


    Pero pondré en mi voz estancada

    el cielo ceniza de tu mirada.
     


    ¡Dame vueltas, morenita!

    Ten cuidado con mis hojitas.
     


    Dame más vueltas alrededor,

    jugando a la noria del amor.
     


    ¡Ay! No puedo decirte, aunque quisiera,

    el secreto de la primavera.

  • Il y a cinq ans.../ Hace cinco años...

    Imprimer
    Il y a cinq ans donc, je publiais ce poème et j'y ai pensé en allant revoir la côte nord de l'île qui, à cette époque, avait brûlé. Calcinés les pins, les plantes, un spectacle désolant.
    Et cinq ans plus tard... 
    Hace cinco años pues, publicaba este poema y volví a pensar en él yendo a ver la costa norte de la isla que, en aquella época,se había quemado. Calcinados los pinos, la plantas, un espectáculo desolador.
    Y cinco años más tarde...
     
     
    2013   (clic pour agrandir)                                                    2018
                                                     
     

     

     

     
     
     

     

     

     

    Des cistes en fleur, partout

     

     

     

     
     
     
     
     (poème déjà publié il y a 5 ans mais vous l'avez peut-être oublié:-)))
     
    On dit que les plantes ne parlent pas

    Rosalía de Castro 

     

     
    On dit que ni les plantes, ni les sources, ni les oiseaux ne parlent,
    Non plus la vague et ses grondements, ni les astres et leur brillance,
    On le dit, mais c'est faux, car toujours quand je passe,
    Ils murmurent et s'exclament:
    - Voilà la folle rêvant
    De l'éternel printemps de la vie et des champs,
    Et déjà bien vite, bien vite, elle aura les cheveux blancs,
    Et tremblante, gelée, elle voit que le givre couvre le champ.
     
     
    - Il y a des cheveux blancs sur ma tête, et du givre dans les champs,
    Mais je continue à rêver, pauvre, incurable somnambule,
    À l'éternel printemps de la vie qui s'éteint
    Et à la persistante fraîcheur des champs et des âmes,
    Bien que les uns se fanent et les autres s'embrasent.
     
     
    Astres et sources et fleurs, ne médisez pas de mes rêves,
    Sans eux, comment vous admirer et comment vivre sans eux?
     
    (Trad: Colette) 

    Dicen que no hablan las plantas

    Rosalía de Castro



    Dicen que no hablan las plantas, ni las fuentes, ni los pájaros,
    Ni el onda con sus rumores, ni con su brillo los astros,
    Lo dicen, pero no es cierto, pues siempre cuando yo paso,
    De mí murmuran y exclaman:
    —Ahí va la loca soñando
    Con la eterna primavera de la vida y de los campos,
    Y ya bien pronto, bien pronto, tendrá los cabellos canos,
    Y ve temblando, aterida, que cubre la escarcha el prado.

    —Hay canas en mi cabeza, hay en los prados escarcha,
    Mas yo prosigo soñando, pobre, incurable sonámbula,
    Con la eterna primavera de la vida que se apaga
    Y la perenne frescura de los campos y las almas,
    Aunque los unos se agostan y aunque las otras se abrasan.

    Astros y fuentes y flores, no murmuréis de mis sueños,
    Sin ellos, ¿cómo admiraros ni cómo vivir sin ellos?
  • Plumes au vent / Plumas al viento

    Imprimer

    Un poème léger ce week-end.

    Un poema ligero este fin de semana.

     

     

    Le vent dans un poème de / El viento en un poema de
     
     Carmen Boullosa (Mexico 1954)
     
     
     
     
     No eres la pluma...(Tu n'es pas la plume...)
     

    Tu n’es pas la plume

    qui au vent s’incline

    ni le tiède cou de l’oie,

    ni la peau de la timide pêche:

    tu es la greffe de toute cette tendresse

    dans la force de la forêt,

    dans le saut d’un félin traqué.

    (Trad: Colette)

    Claude Monet.Le chêne, forêt de Fontainebleau- Claude MonetLe chêne, Fontainebleau


    No eres la pluma 
    que al aire se inclina,
    ni el cuello tibio del ganso,
    ni la piel del tímido durazno:
    eres el injerto de toda esa ternura
    en la fuerza del monte,
    en el salto de un felino acorralado.
     

     

     
  • Cris et chants dans les oliviers / Gritos y cantos en los olivos

    Imprimer
    Paysage
    F. García Lorca
     
    Le champ
    d’oliviers
    s’ouvre et se ferme
    comme un éventail.
    Sur l’oliveraie
    un ciel effondré
    et une pluie sombre
    d’étoiles froides.
    Tremble le jonc et pénombre
    au bord de la rivière.
    L’air gris moutonne.
    Les oliviers sont
    chargés
    de cris.
    Un vol
    d’oiseaux captifs,
    qui remuent leurs très longues
    queues dans l’obscurité.

     (Poème de la séguidilla gitana dans "Poemas de Cante Jondo")
     

    (Trad: Colette)

    La suerte de los olivos José Luís García

    Paisaje
    F, Garcia Lorca
     
    El campo
    de olivos
    se abre y se cierra
    como un abanico.
    Sobre el olivar
    hay un cielo hundido
    y una lluvia oscura
    de luceros fríos.
    Tiembla junco y penumbra
    a la orilla del río.
    Se riza el aire gris.
    Los olivos,
    están cargados
    de gritos.
    Una bandada
    de pájaros cautivos,
    que mueven sus larguísimas
    colas en lo sombrío.
     (Poema de la seguidilla gitana en "Poemas de Cante Jondo")

    Ces derniers jours ce ne sont pas des oiseaux mais des enfants qui ont chanté dans notre vieil olivier.
    Estos últimos días no son pájaros sino niños que cantaron en nuestro viejo olivo.

    Olivo blog.png

    Photo Colette, 2018, Puipunyent, Mallorca
  • Chanter à un oiseau de neige / Cantar a un pájaro de nieve

    Imprimer

    Dancing to the end of love Rafal Olbinski 

    Rafal Olbinski, Dancing to the end of love
     
     
    Connaissez-vous Vicente Huidobro?  Je vous en parlerai dans le prochain billet, voici un poème pour vous mettre dans l'ambiance...
     
    Marin
    Vicente Huidobro (Chili 1893-1948)
     
    Cet oiseau qui vole pour la première fois
    S’éloigne du nid en regardant derrière lui
     
    Le doigt sur les lèvres
                         je t’ai appelée.
     
    Moi j’invente des jeux d’eau
    Sur la cime des arbres.
     
    J’ai fait de toi la plus belle des femmes
    Si belle que le soir tu rougissais .
     
                         La lune s’éloigne de nous
                         Et jette une couronne sur le pôle
     
    J’ai fait courir des fleuves
                        qui n’ont jamais existé
     
    D’un cri j’ai créé une montagne
    Et, autour, nous avons dansé une danse nouvelle.
                       J’ai coupé toutes les roses
                        Des nuages de l’est
    Et j’ai appris à chanter à un oiseau de neige
     
    Partons sur les mois déchaînés
     
    Je suis le vieux marin
                     qui coud les horizons déchirés.
    (Trad: Colette) 

     
     

    Marino
     
    Vicente Huidobro (Chile 1893-1948)
     
    Aquél pájaro que vuela por primera vez
    Se aleja del nido mirando hacia atrás

    Con el dedo en los labios
                           os he llamado.

    Yo inventé juegos de agua
    En la cima de los árboles.

    Te hice la más bella de las mujeres
    Tan bella que enrojecías en las tardes.

                          La luna se aleja de nosotros
                         Y arroja una corona sobre el polo

    Hice correr ríos
                        que nunca han existido

    De un grito elevé una montaña
    Y en torno bailamos una nueva danza.
                          Corté todas las rosas
                          De las nubes del este
    y enseñé a cantar a un pájaro de nieve

    Marchemos sobre los meses desatados

    Soy el viejo marino
                       que cose los horizontes cortados
  • Un soubresaut de gratitude / Un sobresalto de gratitud

    Imprimer

     Quand nous sommes arrivés elle était recroquevillée, minuscule, dans un coin de sa chaise roulante. 

    Ensuite elle a souri.
    Février, hiver. 
     
    C’est l’isolement des vieilles gens accru par le froid qui m’a fait choisir cet extrait du roman « Pleine lune » d’Antonio Muñoz Molina, un grand roman. (si vous ne l'avez pas lu, cliquez sur le lien vous en saurez plus).
     
     
    Es el aislamiento de los mayores, aumentado por el frío, que me ha hecho elegir ese pasaje de la novela “Plenilunio” de Antonio Muñoz Molina, una gran novela.
     
    Resultado de imagen de plenilunio muñoz molina
     
     
    « Il passait trop de temps seul, s’imprégnant lentement d’oubli et de vieillesse à laquelle il ne croyait pas et il n'y faisait au fond pas fort attention, de la même façon qu’il ne s'arrêtait pas à penser à la fadeur des aliments sans sel, au froid du carrelage de sa chambre, à la laideur et mauvaise odeur de la bonbonne de gaz qui le réchauffait, contemporaine du vase bleu électrique et des fauteuils et du canapé tapissés de plastique vert. Il laissait de côté ses tracas et ne se plaignait pas de sa solitude, mais quand il reconnut le visiteur qui se tenait face à lui, dans la maigre lumière du hall d’entrée, silencieux, malhabile, sans encore dire son nom, il eut une effusion impudique de jovialité, un soubresaut de gratitude qui lui humidifia les yeux et éveilla les émotions les plus cachées de son âme, tendresse antique et nostalgie sans motif, remords plus beau et plus ferme que les souvenirs déjà en partie effacés qui le provoquaient. »
    (Trad. Colette, je ne possède pas la version en français) 
     
     
    https://i2.wp.com/www.lechangeoirdecriture.fr/wp-content/uploads/2016/11/Pleine-Lune.png

     


     
    Pasaba solo demasiado tiempo, contaminándose despacio de postergación y vejez a la que no daba crédito y a la que en el fondo no se fijaba mucho, igual que no se paraba a considerar el tedio de los alimentos sin sal, el frío de las baldosas de su cuarto, la fealdad y el mal olor de la bombona de butano con la que se calentaba, contemporánea del jarrón azul eléctrico y de los sillones y el sofá tapizados de plástico verde. No hacía caso de su pesadumbre ni se quejaba de su soledad, pero cuando reconoció al visitante que permanecía frente a él, en la luz escasa del recibidor, callado, inhábil, aún sin decir su nombre, tuvo una efusión impúdica de jovialidad, un sobresalto de gratitud que le humedeció los ojos y le despertó las emociones más escondidas de su alma, ternura antigua y nostalgia sin motivo, remordimiento más precioso y más firme que los recuerdos ya en parte borrados que lo provocaban.”
     
     
  • La poupée russe de M. Yourcenar / La muñeca rusa de M. Yourcenar

    Imprimer
    Dans une interview, je ne sais plus laquelle, Marguerite Yourcenar disait qu’on met plus de soi dans la poésie que dans les romans.

    Je veux penser qu’elle était d’humeur légère et ludique quand elle a écrit ce calligramme, s’inspirant d’ Apollinaire, vers 1932.
    Petrouchka est l’équivalent russe de notre Polichinelle.
    Si vous suivez ce blog depuis un temps, vous savez qui est Silvia Barón Supervielle, c’est elle qui a traduit, tâche extrêmement compliquée, (mais elle a également traduit Borgès!), ce poème en espagnol.
    Deux bijoux.
     
    En una entrevista, no me acuerdo cual, Marguerite Yourcenar decía que en la poesía uno pone más de si mismo que en las novelas.
    Quiero creer que estaba de humor ligero y lúdico cuando escribió este caligrama, inspirado de Apollinaire, en los años ‘30
    Petroushka es el equivalente ruso de nuestro Polichinelle (Polichinela).
    La traducción al español, tan complicada (pero ella tradujo a Borges!) es de Silvia Barón Supervielle.
    Dos joyas.

    Poème pour une poupée achetée dans un bazar russe M. Yourcenar




    Je suis
    Bleu de roi
    Et noir de suie.
     
    Je suis le grand Maure
    (Rival   de    Petrouchka).
    La nuit me sert  de   troïka;
    J’ai  le   soleil pour  ballon  d’or.
     
    Presque aussi vaste que les ténèbres,
    Mais    tout    aussi    fragile    qu’un    vivant,
    Le moindre souffle émeut mon corps sans vertèbres.
     
    Je    suis    très    résigné,    car   je   suis   très    savant :
    Ne   raillez   pas    mon   teint   noir,  ni  mes  lèvres béantes,
     
    Je  suis,  comme  vous,   un   pantin   entre  des   mains   géantes.
     
     
     
    Petrouchka, source Wiki
     
     
     
     
    Poema para una muñeca comprada en un bazar ruso.




    Soy
    El rey
    Azul voy
    Negra mi ley
     
    Yo soy el gran Moro
    (Rival de Petrouchka)
    La   noche  fue  mi troica
    Y  el  sol  mi  balón  de   oro.
     
    De   las   tinieblas,   el   rellano;
    Del    aire    respirante,   el    rocío;
    Un  soplo  oscila  en  mi cuerpo vacío.
     
    Soy muy resignado porque soy muy sabio.
    No desdeñen mi tez negra o mi abierto labio:
    Soy como ustedes un juguete en la enorme mano.
     
    Versión de Silvia Barón-Supervielle
  • Amère est l'eau des mers / Amarga es el agua de mar

    Imprimer

    La balade de l’eau de mer

     

    F. Garcia Lorca

    À Emilio Prados
    (chasseur de nuages)

     

    La mer

    sourit au loin

    Dents d’écume,

    lèvres de ciel.

     
    Que vends-tu, ô fille trouble
    les seins à l’air?
     
    Je vends, monsieur, l’eau
    des mers.
     
    Qu’as-tu, ô jeune noir
    dans ton sang mêlé?
     
    J’ai, monsieur, l’eau
    des mers.
     
    Ces larmes salées
    d’où viennent-elles, mère?
     
    Je pleure, monsieur, l’eau
    des mers.
     
    Cœur, et cette amertume
    grave, où naît-elle?
     
    Fort amère
    est l’eau des mers!
     

    La mer

    sourit au loin

    Dents d’écume,

    lèvres de ciel.

     

     
    (Trad:Colette)
     
     (Une traduction, un peu différente, aux éditions Gallimard 1954 ici: http://expositions.bnf.fr/lamer/cabinet/anthologie/bibliotheque/19.htm)
     
    Dessin signé F. Garcia Lorca
     
    La balada del agua del mar
     
    F. Garcia Lorca
     
    A Emilio Prados
    (cazador de nubes)
     
    El mar
    sonríe a lo lejos.
    Dientes de espuma,
    labios de cielo.
     
    ¿Qué vendes, oh joven turbia
    con los senos al aire?
     
    Vendo, señor, el agua
    de los mares.
     
    ¿Qué llevas, oh negro joven,
    mezclado con tu sangre?
     
    Llevo, señor, el agua
    de los mares.
     
    Esas lágrimas salobres
    ¿de dónde vienen, madre?
     
    Lloro, señor, el agua
    de los mares.
     
    Corazón, y esta amargura
    seria, ¿de dónde nace?
     
    ¡Amarga mucho el agua
    de los mares!
     
    El mar
    sonríe a lo lejos.
    Dientes de espuma,
    labios de cielo.
  • Vaillante Alfonsina II / Valiente Alfonsina II

    Imprimer
     (Suite du billet précédent)
     
    Sa vie est plus que remplie ces années-là : elle publie de la poésie, dicte des conférences et est professeur dans une école publique, dans une académie de musique et donne des cours du soir...elle est heureuse. Mais vers les années '20 cet excès de travail la mène à un épuisement physique et émotionnel, on dirait burn out de nos jour...repos total à la Mar de Plata. Mais bien vite Alfonsina a besoin d’argent pour subvenir aux besoins de son fils et elle reprend son rythme. 
    Trop vite.
     
    Su vida esta más que ocupada durante esos años : publica poesía, da conferencias, es profesora en una escuela publica, también en una academia de música e imparte cursos nocturnos… es feliz. Pero hacia los años '20 este exceso de trabajo la lleva a un agotamiento físico y emocional (ahora diríamos burn out) acaba en una cura de reposo total en el Mar de Plata. Sin embargo, Alfonsina, pronto necesitará dinero para cubrir las necesidades de su hijo y retomará su ritmo. Demasiado pronto.
     
    Alfonsina, Mar de Plata
     
     
    Vers la fin des années vingt, et malgré ses crises nerveuses, c’est une femme qui a acquis une renommée dans un milieu masculin, qui siège avec de grands noms de la vie intellectuelle, dont HoracioQuiroga avec qui elle a eu une relation intime.
    A finales de los años veinte, y a pesar de sus crisis nerviosas, es una mujer que ha adquirido notoriedad en un medio eminentemente masculino, que tiene su sitio entre los grandes nombres de la vida intelectual como el de Horacio Quiroga con el que tuvo una relación intima.
     
    Si jusque là sa poésie avait une forme très traditionnelle, dans “Ocre” publié en 1925 (elle a 33 ans) ses vers deviennent plus introspectifs, ses autoportraits plus ironiques, elle ose même élaborer une théorie sexuelle dans une trilogie.
    Elle a maintenant découvert que la cause de ses douleurs n’est pas les hommes mais elle-même . Que ces derniers ne peuvent que lui apporter des amours éphémères mais, comme elle vit les meilleurs moments de sa vie, cela ne la préoccupe pas. Tout comme la laissent indifférente certains critiques qui la traitent d’immorale.
    Si hasta ahora su poesía tenia una forma bastante tradicional, en « Ocre » a partir de 1925 (tiene 33 años) sus poemas se vuelven más introspectivos, sus autorretratos más irónicos, osa, incluso, elaborar una teoría sexual. Ha descubierto que la causa de sus dolores no son los hombres sino ella misma. Que estos últimos tan solo pueden aportarla amores efímeros. Pero ni eso, ni cierta criticas que la tratan de inmoral, la preocupan.
     
     
     
    Mais, vous l’attendiez, les choses commencent à se gâter. D’abord par la représentation d’une pièce de théâtre qu’elle a écrite, sa première, où ses idées féministes sont interprétées comme des accusations contre les hommes, et qui est suspendue après trois représentations. Elle en est très peinée et indignée.
    Ensuite les Ultraïstes, ce nouveau mouvement poétique argentin, lancent des critiques acerbes sur ses vers intimistes.
    Elle décide alors de voyager, connaît la “Génération de ‘27”, va à Paris et en rentrant son style change; elle se libère de la forme, et adopte une façon plus visuelle de représenter les émotions, une vision du monde instable et précaire, des images qui nous arrivent “chargées de violence et tensions; l’angoisse métaphysique est l’épine dorsale de ses poèmes”.*
    Pero, ustedes lo esperaban, las cosas empiezan a estropearse. Primero por la representación de su primera obra de teatro en la que sus ideas feministas son interpretadas como acusaciones contra los hombres y que es suspendida después de tres representaciones. Esto la deja apenada e indignada.
    Después por las acerbas criticas sobre sus versos intimistas que lanzan los Ultraístas, un nuevo movimiento poético argentino.
    Decide viajar, conoce la « Generación del 27 », visita París y otras ciudades europeas y a la vuelta su estilo cambia; se libera de la forma y adopta una manera mas visual de representar las emociones, una visión del mundo inestable y precaria; imágenes que nos llegan « cargadas de violencia y tensión ; la angustia metafísica es la espina dorsal de sus poemas ».*
     
     
    À Paris
     
    Quatre ans plus tard elle publie “Mascarilla y trébol” où dominent les images sombres, parfois grotesques: c’est le moment où on lui a diagnostiqué un cancer du sein. Elle vit affreusement mal la mutilation et durant les deux années suivantes, son état empirant, elle voit clairement venir la mort.
    À ce moment-là également, Alfonsina qui est découragée et souffre énormément,  reçoit la nouvelle que son très cher ami Horacio Quiroga, ainsi que sa fille Eglé qu’Alfonsina aimait beaucoup, se sont suicidés.
    Nous savons, par un poème dédié à Quiroga, qu’elle admirait la décision courageuse de l’écrivain ; suicide décidé, libre. 

     
    Cuatro años más tarde publica « Mascarilla y trébol »libro en el que dominan imágenes sombrías, grotescas algunas veces : es el momento en que ha sido diagnosticada de cáncer de pecho. Vive muy mal esta mutilación y su estado, que no hace más que empeorar, la lleva a ver claramente venir la muerte. Al mismo tiempo recibe la noticia de que Su gran amigo Horacio Quiroga y su hija se han suicidado. Sabemos, por un poema dedicado a Quiroga que ella admiraba la decisión del escritor : suicidio decidido, libre.
     
     
    Monument Afonsina Storni, Mar de Plata
     
     
    Elle part à La Mar de Plata, pour se reposer dit-elle.
    Mais...
    Par une nuit par une nuit pluvieuse, un nuit de douleurs intenses,  et après avoir écrit une lettre à son fils, elle se jette dans le mer. Octobre 1938.

     
    Nous avons, une sorte de testament, ce poème (que l’écrivain Felix Luna a repris pour en faire cette chanson, si connue de tous je crois “Alfonsina y el mar". La musique est du pianiste Argentin Ariel Ramirez).
    Se va al Mar de Plata para descansar, dice ella.
    Pero…
    Una noche lluviosa, una noche de dolores intensos y después de haber escrito una carta a su hijo, se tira al mar. Octubre 1938.
    Tenemos una especie de testamento, este poema. (El escritor Felix Luna se ha servido de el para hacer la tan conocida canción « Alfonsina y el mar » La música es del pianista argentino Ariel Ramirez).
     
     
    Voici d’abord le poème :
    Primero el poema :
     
    Je vais dormir , 1938(traduction Egon Kragel)
     
    Dents de fleurs, coiffe de rosée,
    mains d’herbe, toi ma douce nourrice,
    prépare les draps de terre
    et l’édredon sarclé de mousse.
    Je vais dormir, ma nourrice, berce-moi.
    Pose une lampe à mon chevet;
    une constellation, celle qui te plaît;
    elles sont toutes belles : baisse-la un peu.
    Laisse-moi seule : écoute se rompre les bourgeons…
    un pied céleste te berce de tout là-haut
    et un oiseau esquisse quelques voltes
    pour que tu puisses oublier… Merci. Ah, une dernière chose :
    s’il venait à me téléphoner
    dis-lui qu’il n’insiste pas et que je suis sortie…

    Voy a dormir (1938)
     
    Dientes de flores, cofia de rocío,
    manos de hierbas, tú, nodriza fina,
    tenme prestas las sábanas terrosas
    y el edredón de musgos escardados.

    Voy a dormir, nodriza mía, acuéstame.
    Ponme una lámpara a la cabecera;
    una constelación; la que te guste;
    todas son buenas; bájala un poquito.

    Déjame sola: oyes romper los brotes...
    te acuna un pie celeste desde arriba
    y un pájaro te traza unos compases

    para que olvides... Gracias. Ah, un encargo:
    si él llama nuevamente por teléfono
    le dices que no insista, que he salido...
     
     
    Et voici, je vous ai traduit les paroles de la chanson. J’ai choisi comme interprètes d’abord celle qui la première fois l’a enregistrée, Mercedes Sosa en 1969, puis une autre version, plus rythmée, qui m’a profondément émue. Les voilà.
    Alfonsina et la mer
     
    Sur le sable mou que lèche la mer
    Sa petite empreinte ne revient pas
    Un sentier unique de peine et silence arriva
    À l’eau profonde
    Un sentier unique de peines muettes arriva
    À l’écume.
     

    Dieu sait quelle angoisse t’accompagna
    Quelles anciennes douleurs tu as cachées
    Pour t’allonger bercée par le chant
    Des caracolas (conques) marines
    La chanson que chante dans l’obscur fond de la mer
    La caracola (conque)



    Tu t’en vas Alfonsina avec ta solitude
    Quels nouveaux poèmes es-tu allée chercher?
    Une voix antique de vent et de sel
    Te flatte l’âme et l’emmène
    Et tu t’en vas, comme en rêve,
    Endormie, Alfonsina, vêtue de mer



    Cinq petites sirènes t’emporteront
    Par des chemins d’algues et de corail
    Et des hippocampes fluorescents feront
    Une ronde à tes côtés
    Et les habitants de l’eau vont bientôt
    Jouer à tes côtés



    Baisse un peu la lampe
    Laisse-moi dormir, ma nourrice, en paix
    Et s’il appelle ne lui dis pas que j’y suis
    Dis-lui qu’Alfonsina ne revient pas
    Et s’il appelle ne lui dis jamais que j’y suis
    Dis que je suis partie
    (Trad : Colette)

     
  • Vaillante Alfonsina / Valiente Alfonsina

    Imprimer
    Un moment avec Alfonsina Storni / Un momento con Alfonsina Storni

    Nous sommes fin XIXº et la famille Storni-Martignoni, de nationalité suisse, décide d’aller chercher fortune en Argentine. Ils s’installent à San Juan et ont deux fils. Nostalgie ou mauvaises affaires, on ne sait, les pousse à retourner en Suisse en 1890 et c’est là, en Suisse Italienne, que naît notre Alfonsina en 1892. Quatre ans plus tard la famille repart en Argentine, à San Juan, puis à Rosario, toujours à la recherche d’une vie meilleure.
     
    A finales del siglo XIX la familia Storni-Martignoni, de nacionalidad suiza,decide buscar fortuna en Argentina. Se instalan en San Juan y tienen dos hijos. No se sabe si la nostalgia o los malos negocios les empuja a volver a Suiza en 1890 y es allí donde nace nuestra Alfonsina en 1892. Cuatro años más tarde (siempre buscando una vida mejor) la familia vuelve a Argentina, primero a San Juan y después a Rosario.
     
     

     
    La famille est loin d’être au large et Alfonsina doit abandonner l’école à 11 ans pour aider sa mère dans son travail de modiste. Son père meurt en 1906 et voilà Alfonsina engagée comme apprentie dans une fabrique de bonnets. Un peu plus tard elle commence à faire du théâtre et entreprend des études pour devenir institutrice, tout en travaillant. 
     
    Las dificultades económicas de la familia hacen que Alfonsina abandone la escuela a los 11 años para ayudar a su madre en el trabajo de modista. Su padre muere en 1906 y Alfonsina empieza a trabajar como aprendiza en una fabrica de sombreros. Poco más tarde, al mismo tiempo que su trabajo, empieza a hacer teatro y a estudiar magisterio.
     
    Je vous passe ici quelques détails, mais à l’âge de 20 ans, enceinte d’un homme marié de 24 ans son aîné, elle décide de partir seule à Buenos Aires.
    Que va-t-elle faire dans cette grande ville ? Travailler bien sûr, elle est très attentive à l’éducation de son fils avec lequel elle a une étroite relation, mais elle commence aussi à publier des poèmes, rencontrer d’autres artistes, des intellectuels.
     
    Dejo aparte detalles de su vida pero a sus 20 años, embarazada de un hombre casado, 24 años mayor que ella, decide irse sola a Buenos Aires. Allí trabaja, se ocupa activamente de la educación de su hijo al que le une una estrecha relación, y empieza a publicar poemas y a conocer artistas e intelectuales.
     
    En 1919, elle a 27 ans, sa vie prend un grand tournant : on lui confie une section de la revue Nota et du journal La Nación où elle parle des femmes et de la place qu’elles devraient occuper dans la société.
    « Un jour arrivera où les femmes oseront montrer leur intériorité ; ce jour-là la morale prendra un autre tour ; les habitudes changeront »(dans «Cositas sueltas»). Elle dénonce, souvent avec ironie, la vie ennuyeuse des « femmes vides », de celles qui sont à la chasse de maris.(riches je suppose) . Mais elle prône aussi le vote des femmes (qui n’arrivera qu’en 1946) et questionne les traditions pesantes qui empêchent les femmes de suivre leur propre chemin. »*
    Autant vous dire qu’une bonne partie des hommes et des femmes de l’époque se sont dressés contre elle !
     
     

    En 1919, a los 27 años, su vida dio un gran giro : se encarga de una sección de la revista Nota y del periódico La Nación en los que habla de las mujeres y del lugar que deberían ocupar en la sociedad.
    « Llegará un día en el que las mujeres se atreverán a enseñar su interioridad ; ese día la moral tomará otro rumbo ; los hábitos cambiarán »(en Cositas sueltas ») Denuncia con ironía la aburrida vida de las « mujeres vacías » aquellas que están a la caza de un marido (supongo que rico). Preconiza el voto de las mujeres (solo llegará en 1946) y cuestiona las pesadas tradiciones que impiden que las mujeres tomen su propio camino.* Naturalmente, todo esto hace que buena parte de los hombres y las mujeres de la época se erijan en su contra.
     
    ¿Qué diría la gente, recortada y vacía,
    si un día fortuito, por ultra fantasía,
    me tiñera el cabello de plateado y violeta,
    usara pelo griego, cambiara la peineta
    por cintillo de flores: miosotis o jazmines,
    cantara por las calles al compás de violines,
    o dijera mi verso recorriendo las plazas
    libertado mi gusto de mortales mordazas?

    (Del poema "¿Qué diría?)

    Que diraient les gens, bornés et vides,
    si un jour fortuit, par extrême fantaisie,
    je me teignais les cheveux d’argent et violet,
    je portais le cheveu grec*, changeais la peineta
    pour des diadèmes de fleurs : myosotis ou jasmins,
    si je chantais dans les rues au rythme des violons,
    ou si je récitais mes vers en parcourant les places
    - mes goûts libérés des baillons mortels ?
     
    Extrait du poème ¿Qué diría ?
    (Trad:Colette)

    * Coiffure faite de petites tresses attachées à l'arrière.
    *J'ai lu plusieurs biographies d'elle mais j'ai repris principalement celle-ci: https://cvc.cervantes.es/actcult/storni/biografia.htm
     
     
    Fin de la première partie. Je ne veux pas vous fatiguer les yeux, la suite dans quelques jours avec la fin de sa courte vie, et une chanson.

     

    Fin de la primera parte. No quiero cansaros los ojos, seguirá en pocos días con el fin de su corta vida y una canción.
  • L'illusion d'embrasser / La ilusión de besar

    Imprimer

    -C'est un poème du XVIIIº ou XIXº siècle? me demande el señor M.

    -Non, de la première moitié du XXª, pourquoi?

    -C'est la forme...qui me semble d'un autre temps.
     
    Ah, bon, peut-être, mais l'érotisme n'a pas d'âge.
     
    -¿Es un poema del siglo XVII o XIX,? me pregunta el señor M.
    - No, es de la primera mitad del siglo XX, ¿por qué?
    -Es la forma... que me parece anticuada.
    -Ha, bueno, tal vez, pero el erotismo no tiene edad.

     

    La caresse perdue            Alfonsina Storni
     (le prochain billet sera consacré à cette incontournable poétesse Argentine)
     
    S’échappe de mes doigts la caresse sans cause,
    s’échappe… Dans le vent, en passant,
    la caresse qui erre sans destin ni objet,
    la caresse perdue- qui la recueillera?
     
    J’ai pu aimer cette nuit avec une infinie pitié,
    j’aurais pu aimer le premier arrivant.
    Personne n’arrive. Le sentiers fleuris sont solitaires.
    La caresse perdue, errera...errera…
     
    Si on te baise les yeux cette nuit, voyageur,
    si un doux soupir fait frémir les branches,
    si t’opprime les doigts une petite main
    qui te prend et te laisse, et t’obtient et s’en va.
     
    Si tu ne vois pas cette main, ni cette bouche qui embrasse,
    si c’est l’air qui tisse l’illusion d’embrasser,
    oh, voyageur, toi aux yeux ouverts comme le ciel,
    fondue dans le vent, me reconnaîtras-tu?
     
    (Trad: Colette)
     
    Temple de l'amour - 1916 - Auguste Rodin
     

    La caricia perdida de Alfonsina Storni

     

    Se me va de los dedos la caricia sin causa,
    se me va de los dedos… En el viento, al pasar,
    la caricia que vaga sin destino ni objeto,
    la caricia perdida ¿quién la recogerá? 

     
    Pude amar esta noche con piedad infinita,
    pude amar al primero que acertara a llegar.
    Nadie llega. Están solos los floridos senderos.
    La caricia perdida, rodará… rodará… 

     
    Si en los ojos te besan esta noche, viajero,
    si estremece las ramas un dulce suspirar,
    si te oprime los dedos una mano pequeña
    que te toma y te deja, que te logra y se va. 

     
    Si no ves esa mano, ni esa boca que besa,
    si es el aire quien teje la ilusión de besar,
    oh, viajero, que tienes como el cielo los ojos,
    en el viento fundida, ¿me reconocerás?

     

     
  • Monsieur le beau / Señor guapo

    Imprimer
    LE CANARD ET LE SERPENT 
     
    Tomás de Iriarte (Tenerife 1750- Madrid 1791), fabuliste.
     
    Au bord d’un étang
    disait un canard:
    À quel animal donna le ciel
    les dons qu’il m’a donnés?
    Je suis d’eau, de terre et d’air.
    Quand de marcher je me fatigue
    si j’en ai envie, je vole,
    si j’en ai envie, je nage.”
    Un serpent futé,
    qui l’écoutait,
    d’un sifflement l’appela
    et lui dit: “Monsieur le beau,
    il ne faut pas tant vous vanter;
    Car vous ne marchez comme un daim,
    ni ne volez comme le faucon
    ni ne nagez comme le barbeau.
    Et sachez ainsi
    que l’important et rare
    n’est pas savoir de tout
    mais d’être adroit en quelque chose.”
     
    Il vaut mieux bien savoir une chose, que beaucoup, mal.
    (Trad:Colette)
     
    *Voir note sous le billet
     
     
     


     
     
    El pato y la serpiente           Tomas de Iriarte
     
    A orillas de un estanque
    diciendo estaba un pato:
    «¿A qué animal dio el cielo
    los dones que me ha dado?
    Soy de agua, tierra y aire.
    Cuando de andar me canso,
    si se me antoja, vuelo,
    si se me antoja, nado.»
    Una serpiente astuta,
    que le estaba escuchando,
    le llamó con un silbo,
    y le dijo: «Seor guapo,
    no hay que echar tantas plantas;
    pues ni anda como el gamo,
    ni vuela como el sacre,
    ni nada como el barbo.
    Y así tenga sabido
    que lo importante y raro
    no es entender de todo,
    sino ser diestro en algo.»
     
    Más vale saber una cosa bien, que muchas mal. 
                  ----------------------------------------------
    *
    Note: il est fort intéressant de découvrir qu'un fabuliste français, de moi totalement inconnu, Don Juan Laurencin,  né le 17 janvier 1733, et mort le 21 janvier 1812 a écrit la même fable (les fabulistes, depuis Ésope, se sont tous copiés, c'est connu)

    Sur le bord d’un étang, très-content de lui-même,
    S’écrioit un Canard d’une arrogance extrême :
    Dans toute la nature est-il un animal
    Qu’on puisse m’égaler? non , je n’ai point d’égal.
    Seul j’ai reçu tous les dons en partage ;
    Je possède mille attributs divers;
    Je marche et fends les airs,
    Et puis, quand il me plait, je nage….
    Il eût continué ; mais un rusé Serpent,
    Ennuyé de sa gasconnade,
    S’approchant, lui dit : camarade,
    Tout beau; ne vous vantez pas tant.
    Le Daim court mieux que vous ; le Rouget, à la nage,
    Auroit aussi sur vous de l’avantage ;
    Et quant à voler, le Faucon
    Pourroit bien vous donner leçon.
    Ainsi sachez, soit dit sans vous déplaire,
    Vous , qui vous croyez sans égal,
    Qu’il vaut beaucoup mieux savoir faire
    Bien une chose , que cent mal.
    « Le Canard et le Serpent »
    Ceux qui donnent les meilleurs avis ne sont pas toujours les plus sages. J’aurois dû profiter moi – même de la leçon du Serpent.