Espaces, instants - Page 3

  • Je ris derrière une chaise / Me río detrás de una silla

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    D'abord lui

    Nicanor Parra (Chili 1914-2018), quel personnage! L’anti-poète que je ne dois sans doute pas vous présenter.
    Voici pour commencer un extrait d’une interview sur lui:
    Le coq à l’âne est son dada, si je puis dire. Il saute d’un sujet à l’autre sans rapport logique. Est-ce seulement un jeu auquel se livre Parra pour désarçonner son lecteur ?

    Parra appartient à une société ou une époque où la force de l’instabilité est permanente. Sa poésie exploite à l’extrême limite les comportements contradictoires de notre monde. Il faut apprendre à vivre dans la contradiction sans conflit, dit-il, c’est une condition pour pouvoir survivre.
     
     
     
     
    Puis sa poésie.

    La montagne Russe (extrait)

    La poésie a été le paradis
    De l'idiot solennel.
    Jusqu’à ce que j’arrive
    M’y installer avec mes montagnes russes

    Montez, si ça vous chante.
    Mais je ne réponds de rien
    si vous redescendez
    en saignant de la bouche et du nez.


    Extracto de « Montaña rusa »



    La Montana Rusa
    Durante medio siglo
    La poesía fue
    El paraíso del tonto solemne.
    Hasta que vine yo
    Y me instalé con mi montaña rusa.

    Suban, si les parece.
    Claro que yo no respondo si bajan
    Echando sangre por boca y narices.


    Montañas Rusas Fabiaba Calandria
     
     
     
    Finalement un poème entier
     

    Nicanor Parra – Casse-tête

    Je ne donne à personne le droit.
    J’adore un morceau de chiffon.
    Je change des tombes de place.
    Je change des tombes de place.
    Je ne donne à personne le droit.
    Je suis un type ridicule
    Sous les rayons du soleil,
    Moi le fléau des bistrots.
    Moi je meurs de rage.
    Je n’ai plus aucun recours,
    Mes propres cheveux m’accusent
    Sur un autel d’occasion
    Les machines ne pardonnent pas.
    Je ris derrière une chaise,
    Mon visage se remplit de mouches.
    C’est moi qui m’exprime mal
    Exprime en vue de quoi.
    Je bégaye,
    Du pied je touche une espèce de fœtus.
    C’est pour quoi faire, ces estomacs ?
    Qui a fait ce méli-mélo-là ?
    Le mieux, c’est de faire l’indien.
    Je dis une chose pour une autre.

    Rompecabezas
    No doy a nadie el derecho.
    Adoro un trozo de trapo.
    Traslado tumbas de lugar.
    Traslado tumbas de lugar.
    No doy a nadie el derecho.
    Yo soy un tipo ridículo
    A los rayos del sol,
    Azote de las fuentes de soda
    Yo me muero de rabia.
    Yo no tengo remedio,
    Mis propios pelos me acusan
    En un altar de ocasión
    Las máquinas no perdonan.
    Me río detrás de una silla,
    mi cara se llena de moscas.
    Yo soy quien se expresa mal
    Expresa en vistas de qué.
    Yo tartamudeo,
    Con el pie toco una especie de feto.
    ¿Para qué son estos estómagos?
    ¿Quién hizo esta mescolanza?
    Lo mejor es hacer el indio.
    Yo digo una cosa por otra.
  • Entraide / Ayuda mutua

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    Aujourd’hui, c'est tout court, un haïku de Chiyo-Ni, une des premières femmes poète, XVIIIºs.
    Hoy, muy corto, un haîku de Chiyo-Ni,  Una de las primeras mujeres poetas Siglo XVIII.
     
     
    Hokusai 1828
     
     
     
    Du vol des mille oiseaux
    l'un perd des forces
    et le vent le recueille.
     
    (Trad:Colette)
     
     
    De la bandada de los mil pájaros,
    uno va perdiendo fuerzas
    y el viento lo recoge.

  • Femme nouvelle / Mujer nueva

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    Son surnom était “Nouvelle Femme” et sans aucun doute Clementina Suárez (1902-1991 Honduras) méritait ce titre. Une femme, une poésie d'avant-garde. Imaginez qu’au début du XXº siècle elle vivait librement “comme elle en avait envie”, c’est à dire de façon bohème, se baladait en shorts, avait des amitiés masculines, des amants...Il n’est pas étonnant que beaucoup l’aient critiqué, mais elle s’en fichait. Elle adorait être entourée de talents, d'énergies et d'idées nouvelles, s'intéressait surtout aux autres. 
    Se construire loin de tout modèle...ce qu'elle explique dans un extrait de poème que vous lirez ici prochainement.
    Elle fut la première femme à publier un livre de poésie au Honduras, et si son nom est essentiel dans la poésie du pays, elle n’eut pas de reconnaissance officielle à l’époque.

    Femme libre, elle a été étiquetée féministe, mais son combat était universel, hommes et femmes.

    Elle mourut dans d’atroces conditions ; elle vivait seule et à 88 ans elle fut assassinée par un délinquant.

    Su mote era « Mujer Nueva » y sin duda Clementina Suárez (1902-1991 Honduras) merecía ese nombre. Imaginad que a principios del siglo XX, ella vivía libremente “como le daba la gana” , es decir de forma bohemia, llevaba pantalones cortos, tenía amistades masculinas, varios amantes...No es de extrañar que muchos le criticaron, pero le daba igual. A ella le encantaba estar rodeada de energías, talentos, ideas nuevas.
    Fue la primera mujer de su país en publicar un libro de poemas y si su nombre es esencial en la poesía Hondureña, no tuvo, en la época, reconocimiento oficial.
    Murió en condiciones atroces; vivía sola y a los 88 años fue asesinada por un delincuente.
    Combat
     
    Je suis une poète,
    une armée de poètes.
    Et aujourd'hui je veux écrire un poème,
    un poème sifflets,
    un poème fusils
    pour le coller sur les portes,
    sur les cellules des prisons,
    sur les murs des écoles.

    Je veux aujourd'hui construire et détruire,
    élever un échafaudage d'espoir.
    Réveiller l'enfant,
    archange des épées,
    être éclair, tonnerre,
    avec une stature d'héroïne
    pour trancher, ravager
     les racines pourries de mon peuple.
    (Trad: Colette)
     

    https://www.idealista.com/news/inmobiliario/internacional/2015/10/29/739762-el-arte-de-la-construccion-19-andamios-espectaculares-e-imposibles-que-te  
    Combate
    Yo soy un poeta,
    un ejército de poetas.
    Y hoy quiero escribir un poema,
    un poema silbatos,
    un poema fusiles
    para pegarlos en las puertas,
    en la celda de las prisiones,
    en los muros de las escuelas.
     
    Hoy quiero construir y destruir,
    levantar en andamios la esperanza.
    Despertar al niño
    arcángel de las espadas,
    ser relámpago, trueno,
    con estatura de héroe
    para talar, arrasar
    las podridas raíces de mi pueblo.
     

     

  • Une poignée de ta mer / Un puñado de tu mar

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    Nous poursuivons notre périple poétique au Honduras, cette fois avec une poétesse, écrivaine et professeur (licence en littérature) née en 1962.
     
     
    Seguimos con nuestro viaje en Honduras, esta vez con una poetisa, escritora y profesora nacida en 1962.
     
    Peut-être ce poème d'amour fera-t-il surgir en vous quelques souvenirs...
    Tal vez este poema de amor os recordará algún encuentro...
     

    Soledad Altamirano Murillo

     
    Ton arrivée
     
    Tu es arrivé
    avec toute la couleur
    de l’aube éveillée;
    dos au préjugé
    et seul avec moi
    tu as tissé mon corps de lumière,
    tu l’as peuplé de pollen
    et lui as donné une poignée
    de ta mer.
     
    Tu es arrivé dans ma vie
    réduisant les distances
    un jour d’avril.
     
    Je t’ai tout donné:
    terre, mer, océans,
    courants d’air
    et saisons .
    (Trad:Colette)
     

    Tu llegada

    Llegaste
    con todo el color
    de la aurora despierta;
    de espaldas al prejuicio
    y a solas conmigo
    tejiste mi cuerpo de luz,
    lo poblaste de polen
    y le diste un puñado
    de tu mar.

    Llegaste a mi vida
    acortando distancias
    un día de abril.

    Yo te otorgué todo:
    tierra, océanos,
    corrientes de aire
    y estaciones.
  • Impossible de les oublier / Imposible olvidarlos

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    Je suis un poète (j’ai eu beaucoup de mal à l’admettre) né et élevé dans le Tiers et le Quart Monde, ce qui m’impose le devoir incontournable de prendre conscience de cette circonstance sociale et humaine et de la considérer comme le point d’aller-retour en termes d’un art engagé, d’une qualité esthétique absolument liée aux secrets les plus secrets du peuple de ma patrie, Honduras.”
     
    Né en 1930 au Honduras, Roberto Sosa est considéré un des plus grands poètes d’Amérique Centrale. En 1990 la France lui a décerné le titre de “Chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres”.
     
    Soy un poeta (trabajo me ha costado admitirlo) nacido y criado en el Tercer y Cuarto Mundo, lo que impone el deber ineludible de tomar consciencia de esa circunstancia social y humana y considerarla punto de ida y vuelta en términos de un arte comprometido con la calidad estética y atada indisolublemente a los secretos más secretos del pueblo de mi patria, Honduras”.
     
    Nacido en 1930 en Honduras, Roberto Sosa es considerado como uno de los mayores poetas de Centro América. En 1990 Francia le otorgó el título de "Caballero de las Artes y de las Letras”.
     
    Voici un de ses poèmes les plus connus:
     
     

    Roberto Sosa – Les pauvres (1969)

    Les pauvres sont nombreux
    et c’est pourquoi
    il est impossible de les oublier.

    Ils voient
    certainement
    à l'aube
    de multiples édifices
    dans lesquels
    ils aimeraient vivre avec leurs enfants.

    Ils peuvent
    porter sur leurs épaules
    le cercueil d’une étoile.
    Ils peuvent
    détruire l’air tels des oiseaux furieux,
    voiler le soleil.

    Mais ignorant leurs trésors
    ils entrent et sortent par des miroirs de sang ;
    ils marchent et meurent lentement.

    Voilà pourquoi
    il est impossible de les oublier.
     
     PS: Sur l'excellent site Esprits Nomades, vous trouverez " La dignité des hommes et les larmes des choses" une longue biographie et plusieurs poèmes de Roberto Sosa.
     
     
     

    La catedral de los pobres, 1898

    La cathédrale des pauvres, 1898
    Joaquim Mir i Trinxet
     
    Los pobres
    Los pobres son muchos
    y por eso
    es imposible olvidarlos.

    Seguramente
    ven
    en los amaneceres
    múltiples edificios
    donde ellos
    quisieran habitar con sus hijos.

    Pueden
    llevar en hombros
    el féretro de una estrella.
    Pueden
    destruir el aire como aves furiosas,
    nublar el sol.

    Pero desconociendo sus tesoros
    entran y salen por espejos de sangre;
    caminan y mueren despacio.

    Por eso
    es imposible olvidarlos.
     
     

     

     
  • Ivresses / Embriagueces

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    Quels tableaux de F. de Goya et P.Klee Alejandra Pizarnik a-t-elle regardés qui
     
     
    ont inspiré ses mots? Peut-être ceux-ci…
     
     
    (exposición Goya)
     
    un agujero en la noche
    súbitamente invadido por un ángel
     
    un trou dans la nuit
    soudain envahi par un ange
     
     

     

    Tobía y el angel F. Goya 1787
     
     
    (un dibujo de Klee)
     
    cuando el palacio de la noche
    encienda su hermosura
    pulsaremos los espejos
    hasta que nuestros rostros canten como ídolos
     
    quand le palais de la nuit
    allumera sa beauté
    nous sonderons les miroirs
    jusqu’à ce que nos visages chantent comme des idoles
     
    Paul Klee
     
     
     
    Terminons par cette ivresse….Acabemos con esta embriaguez….
     
    un golpe del alba en las flores
    me abandona ebria de nada y de luz lila
    ebria de inmovilidad y de certeza
     
    un coup d’aube sur les fleurs
    m’abandonne ivre de rien et de lumière lilas
    ivre d’immobilité et de certitude
                                
    -----------------------------
     
    Traductions en français : Colette
    Extraits de Arbol de Diana Alejandra Pizarnik
  • Frugalité / Frugalidad

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    D’Andreï Makine je ne connaissais que sa belle figure, sa voix, son parler lent au fort accent. Une amie m’a offert pour Noël deux romans de lui. Le premier que j’ai lu est « L’Archipel d’une autre vie » où la taïga, traitée comme un personnage dur, aride mais plein de douceur parfois aussi m’a comme envoûtée.
     
    Voici ce qu’en dit le romancier et éditeur Bertrand Visage. 
     
     
     
     
    Je vous en livre un extrait, situé vers la fin du livre, et qui ne dévoile rien de l’intrigue.
     
    Dans ma jeunesse, je revenais souvent, en pensée, vers les ermites de Chantars. À un moment, leur exil m’a paru incompréhensible, effrayant même. Se couper de la société, s’enfermer au milieu des glaces, sur un îlot entouré d’un océan en furie! Refusant l’excitant spectacle de la vie, son pathos, ses rivalités! J’avais, alors, l’âge où la multiplicité éblouit et la variété des postures intoxique. Où changer de rôle donne l’illusion de la liberté. Où dupliquer sa personne en mille relations est perçu comme une richesse d’existence.
    J’avais l’impression de vivre tout ce que Gartsev et Elkan ne connaîtraient jamais.
    Et puis, sans se soucier de mon amour-propre, l’équation s’est retournée: chaque jour m’enlevait un peu plus la chance de vivre et de comprendre ce qu’ils avaient vécu et compris.
    Non, il ne s’agissait pas du nombre d’ »expériences », valeur si prisée par la modernité. Ni d’une sagesse fumeuse, fruit de l’une de ces expériences exotiques. Leur quotidien, rude et simple, ne visait aucun but édifiant. (…)
    Quand les cartouches manquaient, ils chassaient à l’arc et Gartsev finit par préférer ce tir insonore. À marée basse, les poissons piégés au milieu des rochers étaient faciles à prendre et la forêt, à l’automne, débordait de baies. Elkan préparait ce qui leur servait de pain : pâtés composés de graminées, de champignons séchés, de plantules de conifères…
    Je me souviens qu’en parlant de cette vie Gartsev me confia, avec un étonnement souriant : »Je n’aurais jamais cru que l’homme avait besoin de si peu » .
     
     

     

    Une image de la taïga
     
    Esta novela de Andreï Makine no está traducida en español...aún. Pero cuando salga, os la recomiendo. Aquí un largo parrafo :
    Durante mi juventud pensaba, con frecuencia, en los ermitaños de Chantar. A un momento dado, su exilio me pareció incomprensible, incluso aterrador. Aislarse de la sociedad, encerrarse en medio de los hielos en un islote rodeado de un océano furioso! Negarse el excitante espectáculo de la vida, su pothos, sus rivalidades! Tenia, entonces, la edad en la que la multiplicidad deslumbra y la variedad de actitudes intoxica. Donde cambiar de papel da la ilusión de la libertad. Donde duplicar su persona en mil relaciones se percibe como una riqueza de existencia.
    Tenia la impresión de vivir todo aquello que Gartsev y Elkan no conocerían nunca.
    Y después, sin preocuparse de mi amor propio, la ecuación se ha jirado: cada día me quitaba, un poco más, la posibilidad de vivir y comprender aquello que ellos habían vivido y comprendido.
    No, no se trataba del numero de “experiencias”, ese valor tan apreciado por la modernidad. Ni de una sabiduría confusa, fruto de una de esas experiencias exóticas. Su cotidiano, rudo y simple, no pretendía ningún objetivo edificante. (…)
    Cuando faltaban cartuchos, cazaban con arco y Gartsev acabó por preferir ese tiro insonoro. A la marea baja, los peces atrapados en medio de las rocas eran fáciles de coger y el bosque, en otoño, desbordaba de bayas. Elkan preparaba lo que les servía de pan: pasta compuesta de gramíneas, de setas secas, de plántulas de coníferas…
    Me acuerdo que al hablar de esta vida Gartsev me confió, con un asombro sonriente:”Nunca habría creído que el hombre necesitase tan poco”:
    (Trad : MAH y Colette)
     
  • C'était d'autres temps / Eran otros tiempos

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    Aujourd'hui une chanson de Rozalen, auteure-compositrice-chanteuse née à Albacete en 1986.

    Elle y relate une conversation avec sa grand-mère.
    Dure réalité de la période de la guerre civile...



    Tais-toi
    ne rouvre pas la plaie
    pleure toujours en silence
    ne soulève pas de rancœurs, ce village est si petit…
    c’était d’autres temps.
    (bis)
     
    Tous l’appelaient Juste
    Juste de nom et d’action
    l’aîné de cinq frères
    élégant, le plus prudent d’un petit village de la Sierra De Segura
    tailleur et bûcheron de profession.
    Il s’entendait avec l’Ascensión, une brunette, celle d’Amalio
    une des rares qui lisait
    étudiait la nuit pendant les trois mois d’hiver
    lui, il chantait dans les rues toujours gai une chanson.
    Fin ‘38 sont appelés à la guerre
    la génération la plus jeune
    celle de « l’année du biberon »
    ils montèrent dans le camion comme si d’une fête il s’agissait
    mais il fut le seul qui ne revint pas.
     
    Et maintenant j’arrive à t’entendre chanter
    ton visage se dessine dans l’harmonie de ce lieu
    et maintenant j’arrive à t’entendre chanter
    si tu on ne soigne la blessure elle fait mal, elle suppure, ne trouve pas la paix.
     
    Après treize jours sans nouvelles la joie d’une seconde
    arrive une lettre…..
    une autre de son compagnon
    ce fut une balle nous disait le journal
    j’ai gardé sa cuiller, sa veste militaire et le briquet.
    La mère déjà descend la côte criant : « Canailles vous me l’avez tué ! »
    sans une fleur
    sans un adieu
    pour seule tombe, son cœur.
     
    Mais maintenant j’arrive à t’entendre chanter
    ton visage se dessine dans l’harmonie de ce lieu
    et maintenant j’arrive à t’entendre chanter
    si on ne soigne la blessure elle fait mal, elle suppure, ne trouve pas la paix.
     
     
    ***Aime-moi fillette, aime-moi fillette, aime-moi toujours
    Aime-moi autant, aime-moi autant que je t’aime
    en échange je te donnerai
    la viennoiserie, la viennoiserie et le bon café
    la viennoiserie, la viennoiserie et le bon café
    (trad : Colette)
  • Je visite la vie / Visito la vida

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    Il faut que l'imagination prenne trop pour que la pensée ait assez.”
    G. Bachelard.
    Roberto Juarroz est sans aucun doute un poète qui emploie l’imagination, les images, pour étudier, analyser le réel. Ce poème illustre bien, je trouve, le propos de G. Bachelard.

    Un nuage m’a visité.
    Et m’a laissé en s’en allant
    son contour dans le vent. 

     
    Une ombre m’a visité.
    Et m’a laissé en s’en allant
    le poids d’un autre corps. 

     
    Une bouffée d’images m’a visité.
    Et m’a laissé en s’en allant
    l’irréligion du rêve. 

     
    Une absence m’a visité.
    Et m’a laissé en s’en allant
    mon image dans le temps. 

     
    Et moi je visite la vie.
    Je lui laisserai en m’en allant
    la grâce de ces restes.

    Roberto Juarroz

    Poésie verticale, traduction Roger Munier

    Hace falta que la imaginación coja demasiado para que el pensamiento tenga suficiente”. G. Bachelard.
    Roberto Juarroz es, sin duda, un poeta que usa la imaginación, las imágenes, para estudiar, analizar la realidad. Este poema ilustra bien el propósito de G. Bachelard.
     
    Me visitó una nube.
    Y me dejó al marcharse
    su contorno de viento.
     
    Me visitó una sombra.
    Y me dejó al marcharse
    el peso de otro cuerpo.
     
    Me visitó una ráfaga de imágenes.
    Y me dejó al marcharse
    la irreligión del sueño.
     
    Me visitó una ausencia.
    Y me dejó al marcharse
    mi imagen en el tiempo.
     
    Yo visito la vida.
    Le dejaré al marcharme
    la gracia de estos restos.
     
    Roberto Juarroz

  • Des corps divins / Cuerpos divinos

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    Somniant Deus, Rêvant de Dieux, est le titre d’un livre de photos et d’une exposition où le corps humain est traité comme une sculpture. L’idée du photographe Toni Catany (1942-2013) est la suivante : « Les Grecs ont divinisé le corps humain en sculpture. Pourquoi ne le ferais-je pas en photos ? »
    Il a donc fait venir dans son atelier des modèles, presque tous des hommes, qu’il a laissé se mouvoir à leur guise pendant qu’il prenait des centaines de photos. Il n’a gardé que celles qui lui provoquaient une émotion.
    La technique ancienne employée par le photographe est le calotype.
    Avec son ami l’écrivain et poète Blai Bonet , les deux majorquins ont publié un livre en 1993 « Somniant Deus » où de beaux textes enrichissent la série de photos, et ceci se retrouve dans l’exposition.
     
     

     

     

     

     

     

     

     

    « La parole, celle qui crée et fait qu’on voit la perspective…,apparaît toujours après que la chair du corps soit restée comme une flamme qui s’éteint sous la pluie car, après le fugitif et fugace passage du Corps qui devient chair, si nous restons sans mots nous ne savons plus qui nous sommes ... » Blai Bonet
    (Trad : Colo)
    La palabra, la que crea y hace que se vea la perspectiva…, siempre aparece después de que la carne ha quedado como una llama que se apaga bajo la lluvia porque, tras el fugitivo y huidizo paso del Cuerpo que se hace carne, si quedamos sin la palabara no sabemos quienes somos...” Blai Bonet
    (Trad: Colo)
     
     
     

     

     

     

     
    Nous y étions seules mon amie et moi ce matin là, merveille. L’esthétique de ces corps parfaits, comme en mouvement, nous ont séduites, 
     

     

    Somniant deus, Soñando Dioses, es el título de un libro de fotos y de exposición donde el cuerpo humano es tratado como una escultura. La idea del fotógrafo majorquin Toni Catany (1942-2013) es la siguiente : "Los griegos divinizaron el cuerpo humano con la escultura. ¿Por qué no tendría que hacerlo yo con la fotografía?"

    Hizo venir a su taller modelos, casi todos masculinos, y les dejo moverse a su conveniencia mientras él sacaba miles de fotos. Sólo se quedó con las que le provocaban alguna emoción.
    Con su amigo, el escritor y poeta Bali Bonet, los dos mallorquines publicaron un libro “Somniant deus” donde bonitos textos enriquecen la serie de fotos; todo esto está presentado en la exposición.

    Estábamos solas, mi amiga y yo, aquella mañana, una maravilla. Esos cuerpos perfectos, como en movimiento, nos sedujeron, nos fascinaron.
     

  • Premier poème de l'année / Primer poema del año

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    Une amie française m'a envoyé un joli recueil de poèmes de Jean-Pierre Siméon.
     
    Déjà son titre, “La nuit respire”, inspire. En voici un poème agréable à lire.
     
     
     
    Lettre aux gens très sages
     
    À Sarah
     
    Non il n’est pas fou
    celui qui parle au vent
    aux murs aux rues aux lampadaires
     
    à l’ombre du chat sur la fenêtre
    aux mains fragiles
    qui l’aiment et le connaissent
     
    Il n’est pas fou
    celui qui voit la mer
    dans son miroir
    et des chiens bleus
    dans les nuages
     
    Non le poète n’est pas fou
    il rêve il rêve
    et nous attend
    sous le manteau de son mystère
    au coeur du monde imaginé
     
    https://www.domestika.org/es/projects/257670-bioclimatic-house-espejo-del-mar
     
    Carta a gente muy buena
    Para Sarah
     
    No, no está loco
    el que le habla al viento
    a las paredes a las calles a las farolas
     
    a la sombra del gato en la ventana
    a las manos frágiles
    que le quieren y le conocen
    No está loco
    el que ve el mar
    en su espejo
    y perros azules
    en las nubes
     
    No, el poeta no está loco
    sueña sueña
    y nos espera
    bajo el abrigo de su misterio
    en el corazón del mundo imaginado
    (Trad: Colette)
     

  • Quelques mots pour vous / Unas palabras para ustedes

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    Je fais miens ces mots de Julos Beaucarne pour vous souhaiter une Bonne Année.

    Hago mías la palabras de Julos Beaucarne* para desearos un Feliz Año.

     

    Foto Toni Catany

     

     

    Je rêve d'un concert que je donnerais où je pourrais me taire pendant deux heures
    Et que personne ne s'ennuie
    Je rêve de me taire et de passer mon temps à vous écouter vous raconter
    Je rêve de n'avoir plus rien à dire
    (...)
    Je rêve de passer ma vie à aller rendre visite à tout un chacun chez lui, à l'écouter
    Je rêve de m'asseoir dans les fauteuils de tout le monde

     

    (texte complet en voix et musique, superbe, dans la vidéo plus bas)

     

    Sueño con dar un concierto donde me pudiera callar durante dos horas

    Y que nadie se aburriera

    Sueño con callarme y pasar el tiempo escuchando vuestra historia

    Sueño con no tener nada más que decir

    (...)

    Sueño con pasarme la vida visitando a cada uno en su casa, a escucharle

    Sueño con sentarme en los sillones de cada uno.

    (Trad: Colette)

     

    * Julos Beaucarne es un poeta y cantante belga.

     

  • Pieds nus / Descalzo

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    Ce poème m’a émue, m'a fait penser à ma très vieille amie, Margarita, qui est analphabète.
    Este poema me conmovió, me hizo pensar en mi amiga, muy mayor, Margarita, que es analfabeta.

    Antònia Vicens nació en Santanyí (Mallorca) en 1941. Es novelista y poeta.
    Née à Santanyí (Mallorca) en 1941, elle est romancière et poète.
    Sorolla, el viejo pescador

     
     
    Il avait toujours mal aux pieds
     
    Les pieds le faisaient toujours souffrir
    mon père.
    C’est en boitant qu’il parcourait tous les magasins de chaussure
    à la recherche de souliers confortables qui l’aideraient
    à supporter le poids de toutes les blessures
    déchirements et coupures
    que la mer lui avait faits.
    Il n’en trouva jamais. Il a dû s’en aller
    pieds nus avec sa montre et son couteau
    à couper le pain, à couper les larmes, dans la poche de la veste et
    la figure blanche comme l’écume des vagues
    tant de fois surfées.
     
    Toujours il me le disait:
    Je n’ai pas eu d’enfance.
     
    Il ne se l’ôtait pas de la tête:
    J’ai appris à écrire mon nom à la guerre
     
    Sifflaient les balles glissaient les étoiles
    de sang quand j’ai appris à écrire mon nom.
    Je ne voulais pas être un aide-maçon quelconque
     
    Et ma mère disait :
    C’est un bel homme. Dommage
    qu’il ne sache pas écrire. Toi
    tu dois aller à l’école Antonia.Tu
    ne dois pas être une ignorante comme ton père, ma fille.
     
    Et le bleu de ses yeux se répandait sur ses joues quand,
    diluvienne,
    elle pleurait son absence.
    (Traduction Colette) 
     
    Alexander Ignatius Roche, the old fisherman
     
    LOS PIES SIEMPRE LE DOLÍAN

    Los pies siempre le dolían
    a mi padre.
    Cojeando recorría todas las zapaterías
    buscando unos zapatos bastante cómodos que lo ayudaran
    a sobrellevar el peso de  todos los daños
    los desgarros y los cortes
    que el mar le había hecho.
    Nunca los encontró. Tuvo que marcharse
    descalzo con el reloj de pulsera y el cuchillo
    de rebanar pan de rebanar lágrimas en el bolsillo de la chaqueta y
    una cara blanca como la espuma de las olas
    que tantas veces montó.
     
    Me lo decía siempre:
    No tuve infancia.
     
    No se lo sacaba de la cabeza:
    Aprendí a escribir mi nombre en el frente.
     
    Chillaban balas se deslizaban estrellas
    de sangre cuando yo aprendía a escribir mi nombre.
    No quería ser un peón cualquiera.
     
    Y decía mi madre:
    Es un hombre apuesto. Lástima
    que no sepa escribir. Tú
    tienes que ir a la escuela Antònia. No
    tienes que ser un ignorante como tu padre hija.
     
    Y el azulete de los ojos se le esparcía por las mejillas cuando
    diluviana
    lloraba su ausencia.
     
    *

    Traducción de Carlos Vitale*

    L'original en catalan:

    ELS PEUS SEMPRE LI FEIEN MAL /// Els peus sempre li feien mal / al pare. / Ranquejant recorria totes les sabateries / cercant unes sabates prou còmodes que l’ajudessin / a dur el pes de tots els traus / els treps i els talls / que la mar li havia fet. / No les va trobar mai. Va haver d’anar-se’n / descalç amb el rellotge de polsera i el ganivet / de llescar pa de llescar llàgrimes dins la butxaca del gec i / una cara blanca com l’escuma de les ones / que tantes vegades va muntar. / M’ho deia sempre: / No vaig tenir infància. / No s’ho treia del cap: / Vaig aprendre a escriure el meu nom al front. / Giscaven bales lliscaven estrelles / de sang quan jo aprenia a escriure el meu nom. / No volia ser un peó qualsevol. / I deia la mare: / És un home plantós. Llàstima / que no sàpiga escriure. Tu / has d’anar a l’escola Antònia. No / has de ser una ignorant com ton pare filla. / I el blavet dels ulls se li escampava per les galtes quan / diluviana / plorava la seva absència.
     
     

     

     
     
  • Dans les livres / En los libros

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    Un autre poème de Cristina Peri Rossi; dans son style concis qui permet de tout imaginer...Bon week-end.
     
    Dédicace
     
    La litrature nous a séparés:
    tout ce que j’ai su de toi
    je l’ai appris dans les livres
    et à ce qui manquait,
    j’ai mis des mots.
    (Trad:Colette)

    José María Casanova Martínez-Pardo, Mujer leyendo constitucion-2.jpg

     

     
     
    Dedicatoria
    La literatura nos separó:
    todo lo que supe de ti
    lo aprendí en los libros
    y a lo que faltaba,
    yo le puse palabras.
     
     
    "Evohé" 1971
     
  • Quatre boules de cuir

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    L’art et la boxe, l’amour et la boxe.
    Sans doute parce que c’est un sport qui ne m’attire pas n’ai-je jamais trop réfléchi au lien entre ces termes. Pourtant des films, des chansons (Nougaro par exemple), des romans (Jack London dans “Cent dollars de plus” par exemple aussi), et des poèmes comme celui d’aujourd’hui existent!
     
    L’amour et la boxe seraient-ils question de danses? De distances?
     
     
     
    Cristina Peri Rossi Uruguay 1941
     
     
     
    Juste distance
     
    En amour, et dans la boxe
    tout est question de distance.
    Si tu t’approches trop je m’excite
    m’effraie
    m’obnubile        je dis des bêtises
    me mets à trembler
    mais si tu es loin
    je souffre deviens triste
    perds le sommeil
    et j’écris des poèmes.
     
    « Otra vez Eros 1994 »
    (Trad. Colette)
    Apollinaire Calligramme Terrible boxeur
     
    Distancia justa

    En el amor, y en el boxeo
    todo es cuestión de distancia
    Si te acercas demasiado me excito
    me asusto
    me obnubilo               digo tonterías
    me echo a temblar
    pero si estás lejos
    sufro entristezco
    me desvelo
    y escribo poemas.


    "Otra vez eros" 1994
     
     
     
    Quelques références / Unas referencias
    Apollinaire terrible boxeur image calligramme