19/08/2017

Laisser couler le temps / Dejar fluir el tiempo

 
 
 
 
Courte nuit d’été;
entre les joncs, s’écoulant,
l’écume des crabes.
 
Haïku de Yosa Buson.(...)
 
Le haïku est une émotion mais aussi l’étonnement de découvrir qu’on a besoin de peu pour transmettre le maximum, qui, en certaines occasions comme dans le haïku de Yosa Boson, coïncide avec le vide, avec le silence profond d’un courant par une nuit d’été avec des crabes glissant entre des joncs immobiles. Il ne faut pas aller si loin pour sentir le même étonnement ni l’émotion qu’on ressent en savourant les vers d’un vrai poète: “Ces jours bleus et ce soleil de l’enfance”, qui fut le dernier qu’écrivit Antonio Machado dans son exil français de Collioure et que ceux qui l’enterrèrent trouvèrent dans la poche de sa veste, écrit au crayon sur un papier.
Peut-on dire plus avec moins?
 
L’été est un haïku qui passe en volant. Comme la poésie, il n’a pas besoin de grands événements pour passer, au contraire: plus il est vide, plus il est répétitif et rempli de tranquillité, plus il glisse vite.
Comme les haïkus, les vacances sont un temps en suspension, vide dans le calendrier qui à peine contient plus de notes dans l’agenda qu’un dîner, un paysage ou le souvenir d’une nuit, mais qui nous accompagneront toujours précisément par leur intemporalité. Haïku signifie court, confrontation entre deux idées qui tendent à être la même et entre lesquelles s’interpose une autre, comme les vacances le font avec notre temps présent.
Pour cette raison – et par leur brièveté- il faut en profiter, et non parce que l’industrie des loisirs le dit, elle qui ignore consciemment, car elle en vit, que profiter du temps ne signifie pas le remplir d’obligations et de rendez-vous; tout au contraire: profiter du temps consiste à le laisser couler librement, comme les crabes du haïku de Yosa Buson, et de nos pensées.
 
Une année de plus a passé
Une ombre de voyageur sur ma tête
Sandales de paille à mes pieds", écrivit son maître Matsuo Bashô.
 
(Trad: Colette)
NB: c'est moi qui ai souligné les haïkus et  la phrase de Machado.
 
PS: cet article a été écrit et traduit avant les attentats de Barcelone. L'ombre du voyageur s'est voilée de deuil...
 
Berthe Morisot 1879, Jour d'été / Día de verano

Noche corta de verano: / entre los juncos, fluyendo, / la espuma de los cangrejos”.
(El) haiku de Yosa Buson, (...)
El haiku es una emoción pero también el asombro de descubrir que no se necesita mucho para trasmitir el máximo, que en ocasiones, como en el haiku de Yosa Buson, coincide con el vacío, con el silencio profundo de una corriente bajo una noche de verano con cangrejos deslizándose entre los juncos inmóviles. No hay que ir tan lejos para sentir ese mismo asombro ni la emoción que se experimenta al paladear los versos de un verdadero poeta: “Estos días azules y este sol de la infancia”, fue el último que escribió Antonio Machado en su exilio francés de Collioure y que quienes lo enterraron encontraron en el bolsillo de su chaqueta escrito a lápiz en un papel. ¿Se puede decir más con menos?
El verano es un haiku que pasa volando. Como la poesía, no necesita de grandes sucesos para discurrir, al revés: se desliza más rápido cuando más vacío, más repetido y lleno de tranquilidad. Como los haikus, las vacaciones son tiempos de suspensión, vacíos en el calendario que apenas dejan notas en las agendas más allá de una comida, un paisaje o el recuerdo de una noche pero que nos acompañarán ya siempre precisamente por su intemporalidad. Haiku significa corte, enfrentamiento entre dos ideas que vienen a ser la misma y entre las que se interpone otra, como las vacaciones hacen con nuestro tiempo presente. Por eso —y por su brevedad— hay que aprovecharlas, no porque nos lo diga la industria del ocio, que ignora conscientemente, puesto que vive de ello, que aprovechar el tiempo no significa llenarlo de obligaciones y citas; al revés: aprovechar el tiempo consiste en dejarlo fluir libremente, como los cangrejos del haiku de Yosa Buson, y con él nuestros pensamientos. “Un año más ha pasado / Una sombra de viajero en mi cabeza / Sandalias de paja a mis pies”, escribió su maestro Matsuo Bashô.

 
 
 

12/08/2017

Au plus haut de nous-mêmes / En lo más alto de nosotros mismos

Sans aucun doute les épreuves d’athlétisme du moment ont-elles un rôle dans le choix de ce poème, mais surtout les encouragements reçus et donnés au long de ma vie .
 
Sin ninguna duda las pruebas de atletismo del momento tienen algo que ver con la elección de este poema, pero sobre todo los ánimos recibidos y dados a lo largo de mi vida.
 
 
DULCE CHACÓN (Madrid 1954-2003)

 

 
La construction d’un rêve
 
On a toujours le temps pour un rêve.
 
Il est toujours temps de se laisser emporter
par une passion qui nous entraîne vers le désir.
 
Il est toujours possible de trouver la force
nécessaire pour prendre son envol et se diriger vers
le haut.
 
Et c’est là, là seulement sur les hauteurs ,que
nous pouvons déployer nos ailes de toute leur
extension.
 
Là seulement, au plus haut de nous-mêmes,
au plus profond de nos inquiétudes,
que nous pourrons écarter les bras, et voler.
 
(Trad: Colette)
 
 
 
Nafissatou Thiam saut en longueur
 
 
 

LA CONSTRUCCIÓN DE UN SUEÑO

Siempre hay tiempo para un sueño.
  Siempre es tiempo de dejarse llevar
por una pasión que nos arrastre hacia el deseo.

Siempre es posible encontrar la fuerza
necesaria para alzar el vuelo y dirigirse hacia
lo alto.

Y es allí, y solo allí, en la altura, donde
podemos desplegar nuestras alas en toda su
extensión.

Solo allí, en lo más alto de nosotros mismos,
en lo más profundo de nuestras inquietudes,
podremos separar los brazos, y volar.

 

05/08/2017

Les hirondelles / Las golondrinas

Manuel Vicent

El País, 30 julio 2017
 
 
"Peut-être, dans des années, des enfants qui jouent maintenant dans le jardin de la maison près de la mer, garderont en mémoire cet été 2017, ces vacances, comme celles où des hirondelles avaient fait leur nid dans une poutre de la terrasse.
Elles arrivèrent en avril, la femelle choisit un mâle à son goût pour s’accoupler et ensemble ils commencèrent à coller avec leurs becs de petites mottes de boue; et une fois l’œuvre terminée, elle pondit cinq œufs blancs avec de petites taches noires et les deux les couvèrent à tour de rôle. C’était leur seconde couvée.
Il fallut mettre quelques fauteuils de côté et poser un journal ouvert par terre.
Que se passait-il dans le monde entre-temps? De petits excréments d’hirondelles tombaient sur une page où on pouvait lire: bombardement à Alep, un suicide cause une autre boucherie en Irak. Au bout de trois semaines apparurent au bord du nid cinq oisillons, la bouche toujours ouverte, et que les parents essayaient de rassasier faisant au moins 300 voyages par jour, amenant des insectes qu’ils chassaient en vol. Un des oisillons, le plus faible, lors d’une lutte féroce pour la nourriture, fut expulsé du nid par ses frères.
Il apparut mort un matin sur le titre du journal qui annonçait le naufrage d’une autre barque et d’une centaine de migrants noyés dans la mer d’Alboran.
Les enfants l’enterrèrent avec des larmes, sous le citronnier, mais la lutte fratricide pour la vie continuait. Quelques jours plus tard un autre oisillon tomba du nid et mourut sur la nouvelle d’une tuerie en Afghanistan. Et dans le jardin il y eut un autre enterrement.
Les trois frères plus costauds grandirent, un jour ils abandonnèrent le foyer, les parents continuèrent à les alimenter, posés sur un fil; ils leur apprirent à voler, à chasser et quand ils eurent appris la leçon, ils disparurent.
Dans des années de ces vacances les enfants ne se rappelleront que de cet événement; ce sera cet été 2017 où ils enterrèrent deux oisillons d’hirondelles sous un citronnier."
(Trad: Colette)
 
 

 

"Tal vez dentro de muchos años para unos niños que ahora juegan en el jardín de la casa junto al mar este verano de 2017 será recordado como el de aquellas vacaciones en que unas golondrinas habían hecho su nido en una viga de la terraza. Llegaron en abril, la hembra eligió un macho de su gusto para aparearse y juntos comenzaron a pegar con el pico pequeñas cargas de barro y terminada la obra, ella puso cinco huevos blancos con motas negras y los dos por turno los incubaron. Esta era su segunda nidada. Hubo que apartar algunos sillones y poner un periódico abierto en el suelo. ¿Qué pasaba en el mundo mientras tanto? Pequeños excrementos de golondrina caían sobre una página en la que se podía leer: bombardeo en Alepo, un suicida causa otra carnicería en Irak. A las tres semanas asomaron por el filo del nido cinco polluelos con la boca siempre abierta que los padres trataban de saciar con al menos 300 viajes al día trayendo insectos que cazaban en el aire. A uno de los polluelos, al más débil, en la pelea feroz por la comida lo expulsaron del nido sus hermanos. Una mañana apareció muerto sobre el titular del periódico que daba el naufragio de otra patera con un centenar de inmigrantes ahogados en el mar de Alborán. Los niños lo enterraron con lágrimas bajo el limonero, pero la lucha fratricida por la vida continuaba. Días después otro polluelo cayó del nido y expiró sobre la noticia de una matanza en Afganistán y en el jardín hubo otro entierro. Los tres hermanos más fuertes crecieron, un día abandonaron el hogar, los padres los siguieron alimentando posados en un hilo; los enseñaron a volar, a cazar y cuando aprendieron la lección, desaparecieron. Dentro de muchos años de estas vacaciones los niños no recordarán otro acontecimiento; será aquel verano de 2017 en que enterraron dos polluelos de golondrina bajo el limonero."
Manuel Vicent
El País, 30 julio 2017

22/07/2017

Tout près../ Muy cerca...

Le choix du poème d'aujourd'hui  est dû, en partie, à la lecture  dans un journal local qu'entre vendredi et dimanche dernier, un demi million de passagers sont passés par l'aéroport de Palma de Mallorca, soit 6.800 par heure. De la folie. (Le total des îles Baléares compte un petit million d’habitants)
 
La elección del poema de hoy es debida, en parte, a la lectura en un diario local diciendo que entre el viernes pasado y el domingo, medio millón de pasajeros transitaron por le aeropuerto de Palma de Mallorca. O sea 6.800 por hora. Una locura.
 

Écrit en catalan par le Valencien Josep Piera, j'ai mis la version originale, sa traduction en espagnol et en français.



No cal anar molt lluny.
Ni trepitjar descalç viaranys plens de vidres
ni ofegar-se en el mar per tal de beure llum,
la llum, paraula mítica, metàfora de seny.
Allò que cerques ho tens davant de tu.
Per gaudir un infern no cal prendre vaixell.
No cal anar tan lluny.
Siga cau, siga avenc, drecera, cingle, foc;
no cal fugir enlloc; mira-ho tot prop i a punt:
objectes, cels, mons, paraules,
horitzons, presons, éssers o murs.
No cal anar més lluny.
Només l'esguard i el tacte
aboleixen distàncies.
(...)
 
Cants i encants.
 
Devant chez moi, cet été /Delante de mi casa, este verano

 

 
 

 

Pas besoin d'aller très loin.

Ni de marcher pieds nus sur des chemins semés de verre

ni de se noyer dans la mer pour boire de la lumière,

la lumière, mot mythique, métaphore de sagesse.

Ce que tu cherches est là, devant toi.

Pour jouir d'un enfer pas besoin de prendre un bateau.

Il ne faut pas aller si loin.

Que ce soit un terrier, ou un abîme, un raccourci, des rochers, du feu;

inutile d’échapper nulle part; regarde, tout est près et prêt:

objets, ciels, mondes, mots.

Pas besoin d'aller plus loin.

Seuls le regard et le toucher

abolissent les distances.
 
(...) 

Josep Piera
 

(trad: Colette)

 
 

 

No hace falta ir muy lejos.
Ni pisar descalzo senderos llenos de cristales
ni ahogarse en el mar para beber su luz,
la luz, palabra mítica, metáfora de la sensatez
Aquello que buscas lo tienes ante tí.
Para gozar un infierno no hace falta embarcarse
No hace falta ir tan lejos.
Sea madriguera, sea sima, atajo, risco, fuego;
no hace falta escapar; míralo todo cerca y a punto:
objetos, cielos, mundos, palabras,
horizontes, cárceles, seres o muros.
No hace falta ir más lejos
Solo la mirada y el tacto
anulan las distancias.
Josep Piera
 
(Trad: AH et MAH, gracias)

24/06/2017

Les assiettes-souvenirs / Los platos-recuerdos

 Ana Pérez Cañamares
Santa Cruz de Tenerife, 1968

 

 

LES ASSIETTES offertes par ma mère
sont maintenant ternes et démodées.
 
Quand nous faisons le ménage
elles nous regardent tels des malades agonisants
qui ne comprennent pas ce que nous leur voulons.
 
Mais ce sont les assiettes de ma mère
qui ne m’offrira jamais plus
rien.
Si un jour nous nous décidions à les jeter
j’essayerai d’avoir sa voix en tête :
les choses, ma fille, ne sont que des choses”.
 
Ma mère n’est pas dans l’assiette.
Ma mère est dans le pain que je mange.
Trad: Colette
 
463
http://souris-blanche.over-blog.com/pages/De_vieilles_choses-1230162.html

 
LOS PLATOS que me regaló mi madre
están ya deslucidos y pasados de moda.

Cuando hacemos limpieza
nos miran como enfermos agonizantes
que no entienden qué queremos de ellos.

Pero son los platos que me regaló mi madre
que ya nunca volverá a regalarme
nada.
Si un día nos decidiéramos a tirarlos
intentaré escuchar su voz en mi cabeza:
“las cosas, hija, son sólo cosas“.

Mi madre no está en un plato.
Mi madre está en el pan que como.

03/06/2017

La mémoire de la liberté / La memoria de la libertad

"L'écrivain Almudena Grandes revendique le rôle de la mémoire et le journalisme dans la défense de la liberté et de la pluralité lors de la remise des prix Ortega y Gasset 2009"
Source: http://sociedad.elpais.com/sociedad/2009/05/18/actualidad/1242597614_850215.html


"J’ai appris de ma tante Charo qu’en Espagne il y avait une chose qui s’appelait la censure et qui rendait malheureux des gens qui ne le méritaient pas. Il est juste que ce fût d’elle que je l’apprenne, car ce fût elle aussi qui m’apprit à lire les journaux. Elle en achetait plusieurs par jour, certains le matin, d’autres l’après-midi, et elle les lisait avec un appétit minutieux, détendu, plaisir printanier de qui savoure une glace une soirée de mai, allumant une Chestefield avec le bout de la précédente, et sautant toujours, religieusement, les articles d’opinion. - Et pourquoi croient-ils ceux-là que je dépense tant d’argent en journaux? - disait-elle entre temps -. Mais pour me former ma propre opinion bien sûr, comme si j’avais besoin de connaître la leur!
Ces jours où l’odeur de fumée se confondait à l’arôme âpre et encré du papier journal m’ont appris que la mémoire de la liberté, c’est la liberté.
 
La liberté sans mémoire, une fleur de serre, fragile et anémique, faible, délicate, peut-être intéressante par sa pâleur mais toujours exposée à échouer au moindre contretemps, changement de température, arrosage inadéquat, un simple courant d’air. Moi je le sais parce que j’ai grandi dans un pays sans liberté, mais j’ai vu comment resplendissait sa mémoire dans les yeux de certaines femmes de ma famille qui, en l’évoquant, redevenaient jeunes, heureuses, et aussi libres qu’elle l’avaient été un jour.”
 
(Trad:Colette)

 
 
"La escritora Almudena Grandes reivindica el papel de la memoria y el periodismo en la defensa de la libertad y la pluralidad en su discurso en la entrega de los premios Ortega y Gasset 2009"
Fuente: http://sociedad.elpais.com/sociedad/2009/05/18/actualidad/1242597614_850215.html


Yo aprendí de mi tía Charo que en España había una cosa que se llamaba censura y que hacía infeliz a gente que no se lo merecía. Justo fue que lo aprendiera de ella, porque ella fue también quien me enseñó a leer periódicos. Todos los días compraba varios, unos por la mañana, otros por la tarde, y los leía con un apetito minucioso, relajado, el placer primaveral de quien paladea un helado en una tarde de mayo, encendiendo un Chesterfield con la colilla del anterior, y saltándose siempre, religiosamente, los artículos de opinión. - ¿Y para qué se creerán estos que me gasto yo tanto dinero en periódicos? -decía mientras tanto-.
¡Pues para formarme mi propia opinión, naturalmente, ni que me hiciera falta conocer la suya!
Aquellos días en los que el olor del humo se confundía con el aroma áspero y entintado del papel de periódico, me enseñaron que la memoria de la libertad, es libertad.
La libertad sin memoria, una flor de invernadero, frágil y anémica, débil, delicada, interesante quizás en su palidez, pero expuesta siempre a fracasar por cualquier contratiempo, un cambio de temperatura, un riego inadecuado, una simple corriente de aire. Yo lo sé porque crecí en un país sin libertad, pero vi cómo resplandecía su memoria en los ojos de algunas mujeres de mi familia, que al evocarla, volvían a ser jóvenes, felices, y tan libres como fueron una vez.”
 

20/05/2017

Idiote ma poule? ¿Idiota mi gallina?

Dans un jardin où des orangers procurent de l'ombre, un beau poulailler; une vingtaine de poules et quelques coqs.

Depuis sa prime jeunesse une des poules, libertaire et têtue, ma préférée, a décidé que le terrain qui leur est alloué est ..monotone? Toujours est-il que ses excursions sont journalières. Dernièrement, (nous faisons des travaux de rénovation dans la maison), elle s'héberge pour pondre dans un endroit charmant...

 

Stupides les poules? F.García Lorca semble le penser,
Voici une partie d'un récit, un peu surréaliste, écrit par lui pour des enfants.
 
En un jardín donde unos naranjos proporcionan sombra, un bonito gallinero; unos veinte gallinas y unos gallos.
Desde su tierna juventud una gallina, libertaria y testaruda, mi preferida, ha decidido que el terreno que les está asignado es---¿monótono? El hecho es que sus excursiones son diarias. Últimamente (hacemos unas obras de renovación de la casa), se alberga para poner su huevo en un sitio encantador...
 

¿Estúpidas las gallinas? F. García Lorca parece pensarlo.
Aquí una parte de un relato , algo surrealista, escrito por él para los niños.
 
 
La Gallina                      La Poule
Federico García Lorca  (Trad:Colette)
 
Había una gallina que era idiota. He dicho
idiota. Pero era más idiota todavía. Le
picaba un mosquito y salía corriendo. Le
picaba una avispa y salía corriendo.
Le picaba un murciélago y salía corriendo
.…
Il y avait une poule qui était idiote. J’ai dit
idiote. Mais elle était encore plus qu'idiote. Si la
piquait un moustique, elle partait en courant. Si la
piquait une abeille, elle partait en courant.
La piquait une chauve-souris, elle partait en courant.
------
La gallina idiota odiaba los huevos. Le
gustaban los gallos, es cierto, como les
gusta a las manos derechas de las personas
esas picaduras de las zarzas o la iniciación
del alfilerazo. Pero ella odiaba su propio
huevo. Y sin embargo no hay nada más
hermoso que un huevo.
 
La poule idiote détestait les œufs. Elle
aimait les coqs, c’est vrai, autant qu’aiment
les mains droites des gens ces
piqûres de ronces ou une
piqûre d’épingle. Mais elle détestait son propre
œuf. Pourtant il n’y a rien de plus
beau qu’un œuf.
 
Recién sacado de las espigas, todavía
caliente, es la perfección de la boca, el
párpado y el lóbulo de la oreja. La mejilla
caliente de la que acaba de morir. Es el
rostro. ¿No lo entendéis? Yo sí. Lo dicen los
cuentos japoneses, y algunas mujeres
ignorantes también lo saben.

  

À peine sorti des épis, encore
chaud, c’est la perfection de la bouche, de la
paupière et du lobe de l’oreille. C’est le
visage. Vous ne comprenez pas? Moi si. Les
contes japonais le disent, et certaines femmes
ignorantes le savent aussi.
 
No quiero defender la belleza enjuta del
huevo, pero ya que todo el mundo alaba la
pulcritud del espejo y la alegría de los que se
revuelcan en la hierba, bien está que yo
defienda un huevo contra una gallina idiota.
...
Je ne veux pas défendre la faible beauté de
l’œuf, mais comme tout le monde loue la
propreté du miroir y la joie de ceux qui se
roulent dans l’herbe, il est bon que je
défende un œuf contre une poule idiote.

 

06/05/2017

Pepita

Une histoire inattendue, pleine de succès, de rebondissements que celle que nous a racontée Vita Sackville-West dans son livre Pepita et que sa petite-fille, Juliet Nicolson, vient de narrer dans A House Full of Daughters .
Una historia inesperada, llena de éxitos y de imprevistos, la que nos contó Vita en su libro Pepita y que su nieta, Juliet Nicolson acaba de narrar en A House Full of Daughters.
 
Vita, vous le savez sans doute, vécut une histoire d’amour avec Virginia Woolf. (Le film Vita et Virginia sort au cinéma cette année 2017) ; Pepita était sa grand-mère.

Vita, probablemente lo sabéis, vivió una historia de amor con Virginia Woolf (La película Vita y Virginia sale en el cine este año); Pepita era su abuela.
 
 

 
 
 
Remontons le temps...l’histoire commence avec une enfant d’ascendance gitane dans un quartier de Malaga, Josefa Durán (Málaga, 1830 – Turín, 1871) , plus connue comme Pepita Oliva (ou de Oliva), L’Étoile d’Andalousie, qui devint danseuse et célèbre grâce à une danse appelée Cachucha ou Olé.
Remontemos en el tiempo...la historia empieza con una niña de ascendencia gitana en un barrio de Málaga, Josefa Durán (Málaga, 1830 – Turín, 1871) , más conocida como Pepita Oliva (o de Oliva), la Estrella andaluza, que se hizo bailarina y famosa gracias a un baile llamado Cachucha u Olé.
 

 

Qui était cette femme si extraordinaire? D’abord elle voyagea dans toute l’Europe: Angleterre, Norvège, France, Allemagne...formant partie d’une série de danseuses espagnoles qui furent la coqueluche des théâtres. Elle, elle éveillait des passions, provoquait une fièvre qui fut d’ailleurs nommée delirium Pepitatorum!!
Pero ¿quién era esa mujer tan extraordinaria? Primero viajó por toda Europa: Inglaterra, Francia, Alemania...formando parte de un grupo de bailarinas españolas que fueron los ídolos de los teatros. Ella despertó tales pasiones, que provocaba una fiebre que fue nombrada delirium Pepitatorum!!

 

Elle influença la mode espagnole, volants, dentelles noires, grands décolletés, mantilles, “tailles impossibles grâce à la torture du corsage et les cheveux noués et entrelacés avec une fleur”*
Et pas seulement la mode, vous connaissez peut-être la “Polca-Pepita” de Johann Strauss.

Pepita tuvo influencia en la moda española, volantes, encajes negros, gran escotes, mantillas, “las cinturas imposibles gracias a las torturas del corpiño y los cabellos recogidos y entrelazados con una flor.”*
Y no solo la moda, tal vez conocéis la “Polca-Pepita” de Johann Strauss.



 
Mais la vie scandaleuse de Pepita commença quand elle tomba amoureuse d’un aristocrate: le diplomate Lionel Sackville-West, secrétaire de l’Ambassade d’Angleterre en Allemagne. Tous deux étaient mariés: elle avec son maître de ballet (Juan de Oliva); mais leur romance se poursuivit. Ils partirent habiter à Arcachon et eurent 2 fils et 3 filles, dont Victoria, la mère de Vita.
Pero la vida escandalosa de Pepita comenzó cuando se enamoró de un aristócrata: el diplomático Lionel Sackville-West, secretario de la Embajada de Inglaterra en Alemania. Ambos estaban casados, ella con su maestro de ballet (Juan de Oliva); pero su romance siguió. Se fueron a vivir a Arcachón (Francia) y tuvieron 2 hijos y 3 hijas, una de ellas era Victoria, la madre de Vita.
Pepita mourut à 41 ans des suites de couche. (Il y eut ensuite un grand scandale après sa mort quand ses enfants réclamèrent la paternité du diplomate! La mère de Vita fut répudiée par la société victorienne, enfant d’une relation adultère)
Vita avait toujours été fascinée par cette grand-mère et avait sans doute quelques traits de son caractère...extravagant.
 
Pepita murió a los 41 años de puerperio. ( Luego hubo un gran escándalo cuando sus hijos reclamaron la paternidad del diplomático! La madre de Vita fue repudiada por la sociedad victoriana como hija de padres adúlteros).
A Vita siempre le había fascinado su abuela y tenía sin duda algunos rasgos de su carácter...extravagante
 
Nota: Para escribir esta entrada me inspiré en gran medida del magnifico artículo de El País:
 

08/04/2017

Souvenirs citadins / Recuerdos urbanos

Les lieux communs
 
 
Elena Felíu Arquiola, Valencia 1974

 

 
La ville se conserve dans le souvenir,
pliée et disponible,
comme une carte affective
sur qui la mémoire a signalé
d’une croix la rue
et le bar et la terrasse
et la cafétéria
et le petit bout de trottoir
où l’on a entrevu un instant
un bonheur insaisissable.
 
(Trad: Colo)
Extrait de "Las palabras y los días"
 
 
 
Antwerpen, Anvers, Amberes, ma ville natale
 
Los lugares comunes
 
Elena Felíu Arquiola, Valencia 1974
 
La ciudad se conserva en el recuerdo,
doblada y disponible,
como un mapa afectivo
en el que la memoria ha señalado
con una cruz la calle
y el bar y la terraza
y la cafetería
y el trocito de acera
donde se adivinó por un instante
una felicidad esquiva. 
 
(De Las palabras y los días)

01/04/2017

Un tigre-poète / Un tigre-poeta

Un tigre
 
MERCEDES ESCOLANO, Cádiz, España, 1964

 

 
Je pense à un tigre. Il descendra en ville
à l’heure où s’ouvrent les bars
et se répand un intense parfum
humain. La nuit tombe. Assoiffé
il s’accoudera au bar et boira
quelques verres les yeux allumés
du brillant sinistre et métallique,
souple sa langue, parfumé le local
avec le va-et-vient continuel des clients.
Du fond parvient un blues élastique et le hurlement
endiablé des machines à sous.
Il observe en silence et trempe ses crocs.
La griffe que cache sa chemise le trahit.
Personne ne dirait -à son aspect-
que c’est un cruel assassin de la jungle,
mais plutôt un homme peu pressé, indolent,
incapable de s’inventer
une autre routine.
Chaque vendredi, tendre et solitaire,
il commettra un crime sans autre trace
qu’un poème oublié sur le bar.
 
(Trad:Colette)
 
Juan Gris, 1912, Hombre en el bar
 

 

Un tigre 
 
MERCEDES ESCOLANO, Cádiz 1964 
 
Pienso en un tigre. Bajará a la ciudad
a la hora en que abren los bares
y se expande un intenso perfume
humano. Anochece. Sediento
se acodará en la barra y beberá
unas copas con los ojos prendados
del brillo siniestro y metálico,
dúctil su lengua, aromado el local
con un vaivén continuo de clientes.
De fondo un blues elástico y el rugir
endiablado de las máquinas tragaperras.
Observa en silencio y remoja sus fauces.
Le delata la garra que esconde su camisa.
Nadie diría —por su aspecto—
que es un cruel asesino de la selva,
sino un hombre sin prisas, indolente,
incapaz de inventar
se otra rutina.
Cada viernes, tierno y solitario,
cometerá un crimen sin más rastro
que un poema olvidado sobre la barra.
 

11/02/2017

Comme endormi / Como dormido

                                                                                La playa

 
Ignacio Pinazo Camarlench.  
Ce nom vous dit-il quelque chose? Même ici peu de gens connaissent ce peintre Valencien(1849-1916), et c'est fort étrange. 
L'exposition à Valencia célébrait les 100 ans de sa mort, et le titre d'un article du journal local, Valencia Plaza, était: " Pinazo trahi; l'artiste que Valencia oublie toujours". et de poursuivre par les mots d'un professeur d'Art, Javier Pérez Rojas: Plus qu'oublié, il est comme endormi. Soudain ils (les valenciens) se rappellent de lui, et aussi soudain ils l'oublient."*
 
Je ne vais pas vous raconter sa vie, ni son évolution, seulement vous dire que c'est un extraordinaire  portraitiste, - ses tableaux d’enfants sont magnifiques -, et qu’une partie de l’œuvre est classée comme impressionniste.
 
Pensez-vous comme moi qu’il faut réveiller la mémoire de ce peintre?

 

 

Ignacio Pinazo Camarlench 
 
 ¿Os dice algo este nombre? Me di cuenta que poca gente conoce aquí este pintor valenciano, y me parece muy extraño.
La exposición vista en Valencia celebraba el centenario de su muerte, y el título de un artículo en la prensa local, Valencia Plaza, era: “La traición a Pinazo, el artista al que Valencia siempre olvida", y seguían esas palabras del profesor de Arte, Javier Pérez Rojas :“Más que olvidado, está como dormido. De pronto se acuerdan de él, y de pronto se olvidan”.*
No voy a contaros su vida ni su evolución, sólo deciros que es un excelente retratista, los cuadros de niños son magníficos y que una parte de su obra es clasificada como impresionista.
 
¿Pensáis, como yo, que hay que despertar la memoria de ese pintor?
 


Ofrenda de flores 1898

 

La cometa (le cerf-volant)













 

 

 

 

 

 
El pintorcito 1884

 

Retrato de niña

* http://valenciaplaza.com/la-traicion-a-pinazo-el-artista-...

28/01/2017

Un enfant en août / Un niño en agosto

Le billet précédent terminait sur ces vers de José Carlos Llop:

Le temps est un
et il n'y a pas de paradis perdus,
seuls des regards
qui ont perdu leur éclat.”
 
Solstice se lit sans hâte, il n’y a aucune intrigue. Si les souvenirs d’enfance de l’auteur se situent à Majorque, sur la côte nord-est, il n’est pas besoin d’être d’ici pour se sentir bien dans ce récit. De fait il pourrait avoir été écrit dans n’importe quel pays ou île méditerranéens.
 
 

 

 
Vous ne trouverez aucune nostalgie ni réflexion sur la situation politique du moment (dernière époque de la dictature de Franco), car l’auteur a décidé, et c’est vraiment réussi, de ne nous raconter que ce que lui, très jeune garçon, voyait.
L’auteur rejette l’idée qu’il s’agisse d’une œuvre de stricte mémoire “car je ne suis même pas la piste d’une forme de littérature autobiographique: l’enfant n’est pas l’axe du récit, il est le regard sur le paysage du récit; ceci arrive car le narrateur n’a pas encore de voix littéraire, il ne fait que regarder”.
Il s’agit d’un regard inaugural, qui découvre les chose pour la première fois et, confesse-t-il, c’est le début “de quelques chose de très important dans la naissance d’un écrivain, apprendre à les nommer, qui est l’équivalent de les posséder.””*
 
Chaque mois d’août une Simca couleur cerise venait chercher la famille du lieutenant colonel Llop pour l’amener à Betlem (Bethléem en majorquin), à 85km de Palma: un vrai voyage! Et arriver à une zone militaire protégée où la famille s’installait dans une maison rustique au confort spartiate.
Le paysage aux alentours, sec, aride, était comme un désert africain dit-il. 
 
Ce mois d’août est pour le gamin comme un séjour au paradis. La vie y est ordonnée, rituelle; comme le bain de mer avant le déjeuner où, sur le chemin du retour, sa mère lui versait de l’eau fraîche sur la tête pour lui éviter l’insolation. Son père, homme autoritaire dont il fait un très beau portrait, a une façon particulière de marcher avec sa cane, en mouvements décomposés, qui le fascine.
 
Le plaisir de ce roman se trouve dans de simples histoires d’odeurs, d’arbustes, de lumières, d’un mulet fou, de poissons pêchés à l’aube avec son frère, d’oiseaux qu’il observe, de jeux de société, d’une mère délicate, d’un monde fait uniquement de sa famille, des quelques soldats qui y vivent...
 
 
La entrada anterior terminaba con estos versos de José Carlos Llop:
 
El tiempo es uno
y no hay paraísos perdidos,
sólo miradas
que han perdido el brillo.”
 
Solstice se lee sin prisa, no hay ninguna intriga. Si los recuerdos de infancia del autor se sitúan en Mallorca, en la costa noreste, no hace falta ser de aquí para encontrarse bien en este relato. De hecho podría haber sido escrito en cualquier país o isla del Mediterráneo.
No encontraréis ninguna nostalgia ni reflexión sobre la situación política del momento (última etapa dela dictadura de Franco), ya que el autor ha decidido, con gran acierto, contarnos solo lo que él, un jovencito, veía. 
 
 
 
Rechaza el autor que se trate de una obra estrictamente memorística, "pues ni siquiera voy de la mano de una forma de literatura autobiográfica: el niño no es el eje del relato, sino que es la mirada sobre el paisaje del relato, y eso sucede porque el narrador no tiene aún voz literaria, sólo mira".
Se trata de una mirada inaugural, que descubre las cosas por vez primera y, confiesa, es el inicio "de algo muy importante en el origen del escritor, que es aprender a nombrarlas, el equivalente a poseerlas".*
 
Cada mes de agosto un Simca color cereza venía a buscar la familia del teniente coronel Llop para llevarla a Betlem a unos 85 km de Palma, un verdadero viaje! Y llegar a una zona militar protegida donde la familia se instalaba en una casa rústica de confort espartano. El paisaje alrededor, árido y seco, era como el desierto africano, dice.
Ese mes de agosto es para el chico como una estancia en el paraíso. La vida es ordenada, ritual; como el baño de mar antes de comer donde, en el camino de vuelta, su madre le echaba agua fresca en la cabeza para evitarle una insolación. Su padre, un hombre autoritario del cual hace un bonito retrato, tiene una forma particular de mover su bastón al andar, en movimientos descompuestos, que le fascina.
El placer de esta novela se encuentra en simples historias de olores, de arbustos, de luces, de un burro loco, de peces pescados al alba con su hermano, de pájaros que observa, de juegos, de una madre atenta y delicada, de un mundo hecho de su sola familia, de unos pocos soldados y del calor.
 

17/12/2016

Lumière pâle / Luz pálida

Une balade sur la plage en presqu'hiver. Les plis et replis du sable reçoivent la visite de vaguelettes presque insonores.
 
Un paseo por la playa en casi-invierno. Los pliegues y repliegues de la arena reciben la visita de diminutas olas casi insonoras.





Tout est calme, la lumière pâle permet de distinguer la moindre algue, le plus petit morceau de coquillage. 


Todo está tranquilo, la luz pálida permite distinguir la mínima alga, el más pequeño trozo de concha. 

Fascinée par les sillons si réguliers, je passe de longs moments à flâner.
 
Facinada por los surcos tan regulares, paso un buen rato vagando. 
 
 
Puis rencontre avec ces rochers, mi-enfouis, couverts de mousse. 
Nids de crabes? Yeux de la plage?
 
Luego me encuentro con esas rocas, semi sepultadas, cubiertas de musgo.
 ¿Nidos de cangrejos? ¿Ojos de la playa?
 
Sur ces notes paisibles et agréables, je vous laisse jusqu'après Noël.
Con estas notas apacibles y agradables, os dejo hasta después de Navidad.
 

04/12/2016

Quand Neruda évoque Miguel Hernández / Cuando Neruda evoca a Miguel Hernández

 Le passage suivant, portrait de Miguel Hernández, est extrait de "J'avoue que j'ai vécu", Pablo Neruda.
 
“L'un des amis de Federico et de Rafael* était le jeune poète Miguel Hernández. Quand nous fîmes connaissance il arrivait en espadrilles et pantalon de velours côtelé de paysan de ses terres d'Orihuela, où il avait gardé les chèvres. Je publiai ses vers dans ma revue Cheval Vert; le scintillement et le brio de son abondante poésie m'enthousiasmaient.

 

Miguel était si campagnard qu'il se déplaçait entouré d'un halo de terre. Il avait un visage de motte de glaise ou de pomme de terre qu'on arrache d'entre les racines et qui conserve une fraîcheur de sous-sol. Il vivait et écrivait chez moi. Ma poésie américaine, avec ses horizons nouveaux, ses plaines différentes, l'impressionna et le transforma.

Il me racontait des fables terrestres d'animaux et d'oiseaux. Cet écrivain sorti de la nature était comme une pierre intacte, avec une virginité de forêt, une force et une vitalité irrésistibles. Il m'expliquait combien il était impressionnant de coller son oreille contre le ventre des chèvres endormies. On entendait ainsi le bruit du lait qui arrivait aux mamelles, la rumeur secrète que personne d'autre que lui, le poète-chevrier, n'avait pu surprendre.

D'autres fois il me parlait du chant du rossignol. Le Levant espagnol, son pays d'origine, était rempli d'orangers en fleur et de rossignols. Comme au Chili ce chahuteur sublime n'existe pas, ce fou de Miguel voulait recréer pour moi dans sa vie même l'harmonie de son cri et son pouvoir. Il grimpait à un arbre de la rue et, du plus haut des branches, sifflait ou gazouillait comme ses chers oiseaux natals.

Il n'avait pas de ressources et je lui cherchai un emploi. Un poète avait du mal à trouver du travail en Espagne. Finalement un vicomte, haut fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères, s'intéressa à son cas et me répondit positivement; il était d'accord, il avait lu ses vers, il l'admirait, Miguel devait lui indiquer le poste qu'il désirait et il procéderait aussitôt à sa nomination. Tout joyeux, je dis au poète :

-Miguel, tu as enfin un destin. Le vicomte te case. Tu seras cadre supérieur. Dis-moi quel travail tu veux faire pour qu'on te signe ta nomination ?

Miguel resta pensif. Son visage aux grandes rides prématurées se couvrit d'un voile de cogitation. Les heures passèrent et sa réponse ne me parvint que dans l'après-midi.
Ses yeux brillaient comme s'il avait trouvé la solution de sa vie :

-Le vicomte ne pourrait-il pas me confier un troupeau de chèvres, ici, près de Madrid?

Le souvenir de Miguel Hernández ne peut se détacher des racines de mon cœur. Le chant des rossignols d'Orihuela, leurs tours sonores érigées dans la nuit parmi les fleurs d'oranger, étaient pour lui une présence obsédante et constituaient une part du matériel de son sang, de sa poésie terrestre et rustique, dans laquelle se fondaient tous les excès de la couleur, du parfum et de la voix du Levant espagnol, avec l'abondance et la bonne odeur d'une jeunesse puissante et virile.

Son visage était le visage de l'Espagne. Taillé par la lumière, ridé comme un champ labouré, avec ce petit côté de franche rudesse du pain et de la terre. Ses yeux brûlants, flambant sur cette surface grillée et durcie par le vent, étaient deux éclairs de force et de tendresse.

  (...) J'affirme que dans ma vie de poète, et de poète errant, il ne m'a jamais été donné d'observer un phénomène semblable de vocation et d'électrique savoir verbal".

 

 
 
Uno de los amigos de Federico y Rafael era el joven poeta Miguel Hernández. Yo lo conocí cuando llegaba de alpargatas y pantalón campesino de pana desde sus tierras de Orihuela, en donde había sido pastor de cabras. Yo publiqué sus versos en mi revista Caballo Verde y me entusiasmaba el destello y el brío de su abundante poesía.
Miguel era tan campesino que llevaba un aura de tierra en torno a él. Tenía una cara de terrón o de papa que se saca de entre las raíces y que conserva frescura subterránea. Vivía y escribía en mi casa. Mi poesía americana, con otros horizontes y llanuras, lo impresionó y lo fue cambiando.
Me contaba cuentos terrestres de animales y pájaros. Era ese escritor salido de la naturaleza como una piedra intacta, con virginidad selvática y arrolladora fuerza vital. Me narraba cuan impresionante era poner los oídos sobre el vientre de las cabras dormidas. Así se escuchaba el ruido de la leche que llegaba a las ubres, el rumor secreto que nadie ha podido escuchar sino aquel poeta de cabras.
Otras veces me hablaba del canto de los ruiseñores. El Levante español, de donde provenía, estaba cargado de naranjos en flor y de ruiseñores. Como en mi país no existe ese pájaro, ese sublime cantor, el loco de Miguel quería darme la más viva expresión plástica de su poderío. Se encaramaba a un árbol de la calle y, desde las más altas ramas, silbaba o trinaba como sus amados pájaros natales.
Como no tenía de qué vivir le busqué un trabajo. Era duro encontrar trabajo para un poeta en España. Por fin un vizconde, alto funcionario del Ministerio de Relaciones, se interesó por el caso y me respondió que sí, que estaba de acuerdo, que había leído los versos de Miguel, que lo admiraba, y que éste indicara qué puesto deseaba para extenderle el nombramiento. 
Alborozado dije al poeta:
-Miguel Hernández, al fin tienes un destino. El vizconde te coloca. Serás un alto empleado. Dime qué trabajo deseas ejecutar para que decreten tu nombramiento.
Miguel se quedó pensativo. Su cara de grandes arrugas prematuras se cubrió con un velo de cavilaciones. Pasaron las horas y sólo por la tarde me contestó. Con ojos brillantes del que ha encontrado la solución de su vida, me dijo:
-¿No podría el vizconde encomendarme un rebaño de cabras por aquí cerca de Madrid?
El recuerdo de Miguel Hernández no puede escapárseme de las raíces del corazón. El canto de los ruiseñores levantinos, sus torres de sonido erigidas entre las oscuridad y los azahares, eran para él presencia obsesiva, y eran parte del material de su sangre, de su poesía terrenal y silvestre en la que se juntaban todos los excesos del color, del perfume y de la voz del Levante español, con la abundancia y la fragancia de una poderosa y masculina juventud.
 
Su rostro era el rostro de España. Cortado por la luz, arrugado como una sementera, con algo rotundo de pan y de tierra. Sus ojos quemantes, ardiendo dentro de esa superficie quemada y endurecida al viento, eran dos rayos de fuerza y de ternura.”
Extracto de “Confieso que he vivido” Pablo Neruda 
 

27/11/2016

Tristes les armes qui ne sont la parole / Tristes armas si no son la palabra

C’est la courte vie, surprenante, affreusement tragique, faite de rencontres décisives et d’une production poétique très abondante de Miguel Hernández dont je voudrais vous parler aujourd’hui.
La page du blog “Esprits nomades” sur ce poète est si belle, si complète ( http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/hernandez/h...) que je me demande comment l'aborder autrement…
 
Es de la corta vida de Miguel Hernández, sorprendente, trágica, hecha de encuentros decisivos y de una producción poética abundante, de lo que hoy querría hablaros.
 
Nous sommes à Orihuela, aux environs d'Alicante, en 1910. Dans une famille de chevriers naît en octobre Miguel Hernández. Une famille pauvre, une maison très modeste. Il fréquente l'école, ce qui à l'époque n'était pas obligatoire, jusqu'à 14 ans, puis aide la famille en étant berger.
Sa vie c’est la terre, les palmiers, orangers, figuiers, et puis mettre son oreille sur le ventre plein des chèvres, brebis.
 
Estamos en Orihuela, en los alrededores de Alicante, en 1910. Nace en una familia de cabreros. Una familia pobre, una casa muy modesta. A pesar de no ser obligatorio va a la escuela hasta los 14 años y ayuda a la familia haciendo de pastor. Si vida es la tierra, las palmeras, los naranjos, las higueras, las cabras, las ovejas.
 
Mais, autodidacte, d’une intelligence supérieure, il lit tout ce qui lui tombe sous la main, les poètes, spécialement, et c'est fort curieux, Góngora. Curieux, car les vers de ce dernier sont cultes, compliqués, tortueux, remplis de tournures latines, de métaphores inattendues...Et vers l'âge de 16 ans, inspiré par lui et Saint Jean de la Croix, Miguel se met à écrire ses premiers poèmes.
 
Autodidacta, dotado de gran inteligencia, lee todo lo que encuentra, poesía especialmente y curiosamente a Góngora. Curiosamente ya que los versos de este ultimo son cultos, complicados, tortuosos, llenos de formas latinas, de metáforas inesperadas… Y hacia sus 16 años, inspirado por Góngora y San Juan de la Cruz escribe sus primeros poemas.
 
 
Si je suis sorti de la terre,
si je suis né d'un ventre
malheureux et pauvre,
ce ne fut que pour devenir
le rossignol des malheurs,
l'écho de la malchance,
et pour chanter et répéter
à qui se doit de m'écouter,
tout ce qui se réfère
aux peines, aux pauvres et à la terre.
(Extrait de “Assis sur les morts”)
 
 
Si yo salí de la tierra,
si yo he nacido de un vientre
desdichado y con pobreza,
no fue sino para hacerme
ruiseñor de las desdichas,
eco de la mala suerte,
y cantar y repetir
a quien escucharme debe
cuanto a penas, cuanto a pobres,
cuanto a tierra se refiere.
(extracto de “Sentado sobre los muertos”)
 
 
Très vite il est attiré par Madrid où tout se passe. Plusieurs séjours dans cette ville où il rencontre Lorca et surtout Pablo Neruda, de six ans son aîné, qui le prend sous son aile, lui fait prendre conscience de la souffrance du peuple, et peu à peu il deviendra communiste. Miguel a 21-22 ans. Ses amis poètes sont Républicains, il s’unit à eux, la guerre civile approche, il la sent venir, le vit dans ses poèmes.
 
Pronto es atraído por Madrid donde todo ocurre. Allí encuentra a Lorca y sobre todo a Pablo Neruda que, seis años mayor que él, le toma bajo su manto, le hace ser consciente del sufrimiento del pueblo y poco a poco, bajo esa influencia, se hará comunista. Miguel tiene 21 – 22 años. Sus amigos poetas son Republicanos. La guerra civil se aproxima, la siente, la vive en sus poemas.
 

 


J’appelle la jeunesse
Sang qui ne déborde,
jeunesse qui n’ose,
ni est sang, ni jeunesse,
ni brillent, ni fleurissent.

 

Corps qui naissent vaincus,
vaincus et tristes meurent:
âgés d’un siècle ils arrivent,
et sont vieux à l’arrivée.
(trad: Colette)
 
Llamo a la juventud
Sangre que no se desborda,
juventud que no se atreve,
ni es sangre, ni es juventud,
ni relucen, ni florecen.
 
Cuerpos que nacen vencidos,
vencidos y grises mueren:
vienen con la edad de un siglo,
y son viejos cuando vienen.
 
 
 
Miguel Hernández se marie et a un fils qui, pour son grand malheur et celui de sa femme, meurt à moins d’un an. Il en aura un autre, mais Miguel ne sera plus chez lui.
Miguel Hernández se casa, tiene un hijo que desgraciadamente muere con menos de un año. Tendrá otro pero Miguel ya no estará en su casa.
 
Il prend une part fort active dans la Guerre civile, essaye de fuir au Portugal, est arrêté à la frontière et condamné à mort. L’intervention de ses amis, dont Pablo Neruda bien sûr, font commuer cette peine en 30 ans de prison. Mais il mourra avant, de tuberculose, à 32 ans, par manque de soins.
 
Toma parte activa en la guerra civil, trata de huir a Portugal pero es arrestado en la frontera y condenado a muerte. La intervención de sus amigos, entre los cuales Pablo Neruda, consigue rebajar la pena a 30 años de prisión. Pero morirá en prisión, a los 32 años, de una tuberculosis.
 
Tristes guerras
Tristes guerras
si no es amor la empresa.
Tristes, tristes.
Tristes armas
si no son las palabras.
Tristes, tristes.
Tristes hombres
si no mueren de amores.
Tristes, tristes.
 
Tristes guerres
Tristes guerres
si l’amour n’en est le but.
Tristes, tristes.
Tristes les armes
qui ne sont la parole.
Tristes, tristes.
Tristes hommes
s’ils ne meurent d’amour.
Tristes, tristes.
(Tard: Colette)
 
Ce récit de sa vie est forcément très incomplet mais vous donne une idée de l’homme, du poète.
Este relato de su vida es, por fuerza, muy incompleto pero os dará una idea del hombre y del poeta.

REF: Pour ceux qui comprennent un peu l’espagnol, il y a ce récit, émouvant, de sa femme: http://mujeresiluminandosombras.blogspot.com.es/2010/10/b...
Dans “J’avoue que j’ai vécu” Pablo Neruda parle longuement de Miguel Hernández. Je publierai l’extrait dans le prochain billet.
En “Confieso que he vivido” Pablo Neruda habla mucho de Miguel Hernández, publicaré en la próxima entrada esta parte del libro.