espagne, poésie, chanson

  • Routine / Rutina

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    Elvira Sastre, jeune poète, écrivain, traductrice et philologue espagnole, née à 
    Ségovie en 1992, est déjà très connue et a publié plusieurs recueils de poèmes. 
    J'ai été très surprise et  frappée par la maturité dont elle fait preuve dans le 
    poème qui suit.

    Elvira Sastre, joven poeta, escritora, traductora  y filóloga española, nacida en
     Segovia en 1992, es ya muy conocida y ha publicado varios poemarios.
    Me ha sorprendido la madurez que enseña en el poema que sigue.

    L'habitude de nous habiter
     
    Je me demande si c'est ça:
    les mots qui s'ajustent aux notes,
    le calme de l'équilibre minuscule
    et le minime soubresaut qui sort du dedans,
    le
    bien d'autrui
    qui
    déjà
    est
    nôtre.
     
    Je me demande si c'est ça
    le souvenir au présent,
    la main experte tendue sans à peine effleurer,
    un silence confortable habitant entre les regards,
    la routine
    qui
    déjà
    est
    constante.
     
    Chaque nuit
    j'embrasse la réponse
     

    (Trad:Colette)

    Equilibrio Jorge Morrone

    Equilibrio, Jorge Morrone

     

    ELVIRA SASTRE
     

    EL HÁBITO DE HABITARNOS


    Me pregunto si es esto:
    las palabras encajando en las notas,
    la calma del equilibrio minúsculo
    y el mínimo sobresalto que sale de dentro,
    lo
    ajeno
    que
    ya
    es
    propio.

    Me pregunto si es esto:
    el recuerdo en presente,
    la mano experta tendida sin rozar apenas,
    un silencio cómodo habitando entre miradas,
    la
    rutina
    que
    ya
    es
    perenne.

    Cada noche
    abrazo la respuesta.

     

     

  • C'était d'autres temps / Eran otros tiempos

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    Aujourd'hui une chanson de Rozalen, auteure-compositrice-chanteuse née à Albacete en 1986.

    Elle y relate une conversation avec sa grand-mère.
    Dure réalité de la période de la guerre civile...



    Tais-toi
    ne rouvre pas la plaie
    pleure toujours en silence
    ne soulève pas de rancœurs, ce village est si petit…
    c’était d’autres temps.
    (bis)
     
    Tous l’appelaient Juste
    Juste de nom et d’action
    l’aîné de cinq frères
    élégant, le plus prudent d’un petit village de la Sierra De Segura
    tailleur et bûcheron de profession.
    Il s’entendait avec l’Ascensión, une brunette, celle d’Amalio
    une des rares qui lisait
    étudiait la nuit pendant les trois mois d’hiver
    lui, il chantait dans les rues toujours gai une chanson.
    Fin ‘38 sont appelés à la guerre
    la génération la plus jeune
    celle de « l’année du biberon »
    ils montèrent dans le camion comme si d’une fête il s’agissait
    mais il fut le seul qui ne revint pas.
     
    Et maintenant j’arrive à t’entendre chanter
    ton visage se dessine dans l’harmonie de ce lieu
    et maintenant j’arrive à t’entendre chanter
    si tu on ne soigne la blessure elle fait mal, elle suppure, ne trouve pas la paix.
     
    Après treize jours sans nouvelles la joie d’une seconde
    arrive une lettre…..
    une autre de son compagnon
    ce fut une balle nous disait le journal
    j’ai gardé sa cuiller, sa veste militaire et le briquet.
    La mère déjà descend la côte criant : « Canailles vous me l’avez tué ! »
    sans une fleur
    sans un adieu
    pour seule tombe, son cœur.
     
    Mais maintenant j’arrive à t’entendre chanter
    ton visage se dessine dans l’harmonie de ce lieu
    et maintenant j’arrive à t’entendre chanter
    si on ne soigne la blessure elle fait mal, elle suppure, ne trouve pas la paix.
     
     
    ***Aime-moi fillette, aime-moi fillette, aime-moi toujours
    Aime-moi autant, aime-moi autant que je t’aime
    en échange je te donnerai
    la viennoiserie, la viennoiserie et le bon café
    la viennoiserie, la viennoiserie et le bon café
    (trad : Colette)
  • Immenses espérances / Inmensas esperanzas

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    Parfois je suis lasse de toutes les injonctions à vivre le moment présent; j’ai donc fort apprécié ce poème où demain offre de l’espoir, où demain est coloré et sensuel.
     
     
    Demain Pedro Salinas
     
    "Demain" Le mot allait, délié, vacant,
    sans poids dans le vent,
    si dénué d'âme et de corps,
    de couleur, de baiser,
    que je l'ai laissé passer
    près de moi aujourd'hui.
     
    Mais soudain toi
    tu as dit : "Moi, demain..."
    Et tout se peuple
    de chair et de bannières.
    Sur moi se précipitaient
    les promesses
    aux six cents couleurs,
    avec des robes à la mode,
    nues, mais toutes
    chargées de caresses.
     
    En train ou en gazelles
    m'arrivaient -aigus,
    sons de violons-
    des espoirs ténus
    de bouches virginales.
    Ou rapides et grandes
    comme des navires, de loin, comme des baleines
    depuis des mers distantes,
    d'immenses espérances
    d'un amour sans final.
     
    Demain ! Quel mot
    vibrant, tendu
    d'âme et de chair rose,
    corde de l'arc
    où tu posas, si effilée,
    arme de vingt années,
    la flèche la plus sûre
    lorsque tu dis : "Moi...."
     
    Recueil “La voix qui t'est due”
    Traduction Bernard Sesé
    La tête à l'envers
     
     
    Mañana
     
    «Mañana». La palabra
    iba suelta, vacante,
    ingrávida, en el aire,
    tan sin alma y sin cuerpo,
    tan sin color ni beso,
    que la dejé pasar
    por mi lado, en mi hoy.

    Pero de pronto tú
    dijiste: «Yo, mañana...»
    Y todo se pobló
    de carne y de banderas.
    Se me precipitaban
    encima las promesas
    de seiscientos colores,
    con vestidos de moda,
    desnudas, pero todas
    cargadas de caricias. 

    En trenes o en gacelas
    me llegaban -agudas,
    sones de violines-
    esperanzas delgadas
    de bocas virginales.
    O veloces y grandes
    como buques, de lejos,
    como ballenas
    desde mares distantes,
    inmensas esperanzas
    de un amor sin final. 

    ¡Mañana! Qué palabra
    toda vibrante, tensa
    de alma y carne rosada,
    cuerda del arco donde
    tú pusiste, agudísima,
    arma de veinte años,
    la flecha más segura
    cuando dijiste: «Yo...»

  • Si j'étais.../ Si fuera...

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    Latitude

    Juan Ramón Jiménez



    Si j'étais comme un lieu de la mer ou du ciel;
    le même et un autre toujours, avec les vagues,
    le même et un autre toujours, avec les nuages;
    ferme et errant,
    hésitant et sûr de lui,
    attendant et solitaire,
    rencontré et inconnu,
    aimé et oublié, et libre et prisonnier,
    - un autre et le même toujours, avec mes nuages,
    avec mes vagues -!

     

     
     
    Sud de l'île de Mallorca

    Latitud J.R. Jimenéz
     
    ¡Si fuera yo como un lugar del mar o el cielo;
    el mismo y otro siempre son las olas,
    el mismo y otro siempre con las nubes;
    firme y errante,
    dudoso y cierto,
    aguardador y solitario,
    encontrado y desconocido,
    amado y olvidado, y libre y preso,
    -otro y el mismo siempre, con mis nubes,
     
    con mis olas-!
     
     
  • Une belle vie, adios Señora

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    María Dolores Pradera, 93 ans vient de disparaître. Une toute grande dame de la chanson et de la scène de théâtre espagnoles. Une dame à l'esprit fin et rempli d'humour et à la voix grave, qui laisse un énorme répertoire de chanson espagnole et de musiques sud-américaines. Des sujets d'hier et de toujours, des fados, coplas, rancheras, balades et boléros.
    Quelle chanson choisir? Je les aime toutes.

     




    Acaba de desaparecer, a sus 93 años, maría Dolores Pradera, la gran dama de la canción española y del teatro. Une dame fina, inteligente, llena de humor. Su voz grave nos deja un repertorio enorme, temas de ayer y de siempre, fados, coplas, rancheras, baladas y boleros.
    ¿Qué canción elegir? Me gustan todas.

  • Passion / Pasión

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    Fable de Samaniego (1745-1801)
    Les fourmis
     
     
    Ce qu'aujourd'hui sont les fourmis,
    Étaient les hommes d'antan:
    De leurs biens propres et de ceux d'autrui
    Ils faisaient leur provision.
    Jupiter, qui depuis des siècles
    Observait cette passion,
    N'en pouvant plus,
    En fourmis les transforma:
    Ils changèrent de forme;
    Et d'habitudes? Jamais.
    (Trad: Colette)
     

     

    Photo Kwarkito "Eurogroupe fourmis"  
     
    Las hormigas 
    Fábulas, Samaniego 
     Lo que hoy las hormigas son,
     Eran los hombres antaño:
     De lo propio y de lo extraño
     Hacían su provisión.
     Júpiter, que tal pasión
     Notó de siglos atrás,
     No pudiendo aguantar más,
     En hormigas los trasforma:
     Ellos mudaron de forma;
     ¿Y de costumbres? Jamás.
    
    
     
  • Al-Andalus, l'amour des fleurs / El amor por la flores

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    J'ai lu que l'amour pour les fleurs dans la poésie (et dans l'art) de Al-Andalus se devait à ce que les berbères et les musulmans venaient de terres arides, désertiques. Une telle explosion de couleurs et d’odeurs les enchantèrent. Cela me semble une explication fort plausible.
    Voici le poème le plus connu sur le sujet.



    Leí que el amor por la flores en la poesía (y en el arte) de Al-Andalus se debía a que los musulmanes y bereberes procedían de tierras áridas, desérticas. Tal explosión de colores y olores les encantó. Eso me parece una explicación muy plausible.
    Aquí va el poema más conocido sobre el tema.

     

     

    JARDIN- JARDÍN

    Yusuf ibn Harun ar-Ramadi

     
    Le myrte, le lys, le jasmin vigoureux et la giroflée ont grand mérite et s’emparent des jardins.

    Mais bien plus grand est le mérite de la rose.

    Le myrte est-il autre chose que l’arôme qui s’éteint une fois jeté au feu? 
    La rose, même fanée, laisse dans l’eau un parfum qui dure après elle.
     Le mal du lys est très commun: après un instant il descend dans la tombe.
     Le jasmin est humble d’origine, mais son odeur est solennelle et orgueilleuse.
    Le caractère de la giroflée est perturbé, tout comme un voleur, elle s’éveille après les prières du soir.
    La rose est la dame des jardins, bien qu’elle soit la servante du rose des joues.
    (Trad.Colette)

    El mirto, la azucena, el jazmín lozano y el alhelí tienen gran mérito y con él se enseñorea el jardín.

    Pero el mérito de la rosa es aún mayor.


    ¿Acaso es el mirto otra cosa que aroma que se extingue arrojado al fuego?
    La rosa, aun marchita, deja en el agua perfume que perdura tras de ella.
    El mal de la azucena es muy común: tras un instante baja a la tumba.
    El jazmín es humilde en sus orígenes, pero su aroma es solemne y orgulloso.
    El carácter del alhelí está trastornado, es como un ladrón, se despierta tras la oración de la noche.


    La rosa es la señora de los jardines, aunque es sierva de la rosa de las mejillas.

    ABU ÚMAR YUSUF IBN HARUN AL RAMADI también llamado ABU YENIS nació en Córdoba. Grandes tinieblas cubren la vida y obra de este autor. Ya antes de los disturbios originados por guerra civil, a finales del siglo X, se había asentado en el Reino Taifa de Zaragoza,
    Murió probablemente en el año 1022 aunque otras fuentes citan el 1013.

    ABU ÚMAR YUSUF IBN HARUN AL RAMADI appelé aussi Abu Yenis est né à Cordoue. On sait fort peu de sa vie, de son œuvre, avant les grands troubles de guerriers de la fin du Xº siècle, il s'était établi dans le Royaume de Taifa de Saragosse.
    Il est mort probablement en l'an 1022, certaines sources citent 1013..

     
  • Poésie du temps de Al-Andalus

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    Pour commencer, quelques rappels historiques…

     

    Tintero nazarí /Encrier Nazarí XIVºs  .http://elpoderdelaalhambra.com/piezas-destacadas/tintero-nazari/
     

    Nous sommes un peu avant l’an 711 ; l’Espagne, à l’exception des Asturies, de la Cantabrie et du Pays basque, constituent le royaume des Wisigoths. Et l'Hispanie ne jouit pas d’une grande stabilité politique au moment où les musulmans partent à sa conquête

    La naissance et la formation de Al-Andalus se sont faites progressivement, les conquêtes se réalisèrent entre 711 et 716. Toute l’Espagne (et l'actuel Portugal) fut envahie excepté le Pays Basque et quelques régions montagneuses de Cantabrie. Les musulmans tentèrent de s’étendre en France mais, vous le savez, ils furent vaincus à Poitiers (732) et se replièrent sur la péninsule ibérique.
    Et ils décident d’établir leur capitale à Cordoue, apparemment fascinés par le Guadalquivir.



    Al-Andalus (711-1492) est devenu dès le IXº siècle un foyer de haute culture et attira de nombreux savants, artistes….
    Sur la Terre D’Islam qu’est Al Andalus, diverses populations aux cultures différentes se mêlaient : les musulmans (arabes, berbères, muladi) et européens musulmans, les slaves musulmans, puis les juifs et les chrétiens (mozarabes).

    Alors mes amis, quand j’ai décidé de me plonger dans la poésie (en arabe mais largement traduite en espagnol ;-))  datant de cette longue époque musulmane, je me suis très vite vue submergée par un nombre incalculable de poètes, de poèmes écrits en arabe pendant les différents siècles.

    On y parle d’amour, de fleurs et de parfums, de vin, de séparations, puis vers la fin, de la perte d’un paradis. Que choisir, quels poèmes traduire en français ?
    En voici deux pour commencer.

    Le poète Ibn Darray (958-1030) 
     
    Si en les jardins où il habite
    ne peux voir mon maître
    dans les jardins du rêve
    aurons notre rencontre

    (Trad: Colo, MAH)

    Le poète Ibn Baqi (m. 1145):

     

    Quand le voile de la nuit
    s’étend sur la terre,
    du vin le plus odorant
                à ma belle je lève mon verre
    .
    Tel un baudrier tombe
    sur moi sa chevelure,
    et comme le guerrier prend
    de sa main droite l’épée
    j’enlace, moi, son cou,
    qui au cygne ressemble.

           

    Mais à voir que déjà s’incline,
    fatiguée, la tête,
    doucement je sépare
    le bras dont elle m’enlace
    et je pose sur ma poitrine
    sa tempe, pour qu’elle y dorme.
    Aïe! Mon coeur heureux
    bat avec grande force.
    Que cet oreiller est agité!
    en lui ne pourra dormir.


    (Trad: Colette, MAH)

    Notes :
    Si le sujet vous intéresse, voici le lien d’une superbe émission de Arte:

    https://vimeo.com/101877438

    Et aussi, à lire:
    http://balises.bpi.fr/histoire/al-andalus------le-passe-arabo-berbere-de-leurope

    Jarrón de las gacelas, arte Nazarí. (Alhambra-Granada)
     

    Para empezar, unos datos históricos...

    Estamos en el año 711, España, a la excepción del País Vasco, de Cantábria y de Asturias constituyen el reino Visigodo. Hispania no goza de una gran estabilidad política en el momento en que los musulmanes deciden conquistarla.

     

    El nacimiento y la formación de Al-Andalus se hizo de forma progresiva, las conquistas se escalonaron entre 711 y 716. España entera, excepto el País Vasco y algunas regiones montañosas de Catabria, fue invadida.

    Los musulmanes intentaron extenderse en Francia pero, lo sabéis, fueron derrotados en Poitiers (732) y se replegaron en la península ibérica.

     

    Decidieron establecer su capital en Córdoba, fascinados, por lo visto, por el Guadalquivir.

     

    Desde el siglo IX Al-Andalus (711-1492) fue un foco de alta cultura y atrajo a muy numerosos eruditas, artistas…

    En la tierra de Islam que era Al-Andalus, se mezclaban poblaciones de diversas culturas: los musulmanes (árabes, bereberes, muladi) y europeos musulmanes, los eslavos musulmanes, finalmente los judíos y los cristianos (mozárabes).

    Entonces amigos, cuando decidí sumergirme en la poesía de esa época, me vi rápidamente desbordada por un número incalculable de poetas, de poemas escritos en árabe durante esos siglos.

     En ellos se habla de amor, de flores, de perfumes, de vino, de separaciones, y luego hacia el final, de la pérdida de un paraíso.

    ¿Cuáles elegir, cuáles traducir al francés?

    Aquí, y para empezar, dos de ellos.

     

     
     
    https://3.bp.blogspot.com/-lPAXkK0J8vw/Wulyuu7KrMI/AAAAAAAAI2Y/Z_Z98HUjeOo0V2euWTjmFX8TLFXRrumPgCLcBGAs/s1600/arquetacalifal.jpg
     
    El poeta  Ibn Darray (958-1030)
     
    Si en los jardines que habita
    me impiden ver a mi dueño,
    en los jardines del sueño
    nos daremos una cita.
     
    http://enciclopedia.us.es/index.php/Archivo:Mihrab_mezquita_persa_Kashan,_(1226).jpg



    EL poeta Ibn Baqi (m. 1145):
     
    Cuando el manto de la noche
    se extiende sobre la tierra,
    del más oloroso vino
    brindo una copa a mi bella.
    Como talabarte cae
    sobre mí su cabellera,
    y como el guerrero toma
    la limpia espada en la diestra,
    enlazo yo su garganta,
    que a la del cisne asemeja.
     
    Pero al ver que ya reclina,
    fatigada, la cabeza,
    suavemente separo
    el brazo con que me estrecha,
    y pongo sobre mi pecho
    su sien, para que allí duerma.
    ¡Ay! El corazón dichoso
    me late con mucha fuerza.
    ¡Cuán intranquila almohada!
    No podrá dormir en ella.
  • Amère est l'eau des mers / Amarga es el agua de mar

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    La balade de l’eau de mer

     

    F. Garcia Lorca

    À Emilio Prados
    (chasseur de nuages)

     

    La mer

    sourit au loin

    Dents d’écume,

    lèvres de ciel.

     
    Que vends-tu, ô fille trouble
    les seins à l’air?
     
    Je vends, monsieur, l’eau
    des mers.
     
    Qu’as-tu, ô jeune noir
    dans ton sang mêlé?
     
    J’ai, monsieur, l’eau
    des mers.
     
    Ces larmes salées
    d’où viennent-elles, mère?
     
    Je pleure, monsieur, l’eau
    des mers.
     
    Cœur, et cette amertume
    grave, où naît-elle?
     
    Fort amère
    est l’eau des mers!
     

    La mer

    sourit au loin

    Dents d’écume,

    lèvres de ciel.

     

     
    (Trad:Colette)
     
     (Une traduction, un peu différente, aux éditions Gallimard 1954 ici: http://expositions.bnf.fr/lamer/cabinet/anthologie/bibliotheque/19.htm)
     
    Dessin signé F. Garcia Lorca
     
    La balada del agua del mar
     
    F. Garcia Lorca
     
    A Emilio Prados
    (cazador de nubes)
     
    El mar
    sonríe a lo lejos.
    Dientes de espuma,
    labios de cielo.
     
    ¿Qué vendes, oh joven turbia
    con los senos al aire?
     
    Vendo, señor, el agua
    de los mares.
     
    ¿Qué llevas, oh negro joven,
    mezclado con tu sangre?
     
    Llevo, señor, el agua
    de los mares.
     
    Esas lágrimas salobres
    ¿de dónde vienen, madre?
     
    Lloro, señor, el agua
    de los mares.
     
    Corazón, y esta amargura
    seria, ¿de dónde nace?
     
    ¡Amarga mucho el agua
    de los mares!
     
    El mar
    sonríe a lo lejos.
    Dientes de espuma,
    labios de cielo.
  • Chauds ou froids, frissons / Cálidos o fríos, escalofríos

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    Les premiers froids sont arrivés, soudain. Brrr. Il y a une semaine on déjeunait encore sur la terrasse...

    Derrière ma fenêtre fermée (Colette)    


     Deux courts poèmes du majorquin Antonio Rigo ( Palma de Mallorca 1957)

     

     

    Le silence de la montagne
    brisé par le son
    de l'herbe qui germe,
    le bruit de la ville
    écrasé par le silence
    de la feuille qui croît.
     
    (Trad: Colette)
     
     
    El silencio de la montaña
    roto por el sonido
    de la hierba que brota,
    el ruido de la ciudad
    aplastado por el silencio
    de la hoja que crece.
     
     
     
    En amour et
    en poésie
    l'important
    est de garder
    au chaud le
    frisson.
    (Trad: Colette)
     
     
    En el amor y
    la poesía
    lo importante
    es mantener
    caliente el
    escalofrío.
     
     
    Antonio Rigo
    Extrait /Extracto de:
    Albúm blanco
     
  • En haute mer / En alta mar

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    Aujourd'hui un poème de F. Garcia Lorca plein d'images fortes et inattendues,  qu'ajouter? 

    Hoy un poema de F. García Lorca, lleno de imágenes fuertes e inesperadas, ¿qué puedo añadir?

    Gazelle de la mort obscure
    F. García Lorca
     

    Je veux dormir du sommeil des pommes,
    et m’éloigner du tumulte des cimetières.
    Je veux dormir le sommeil de cet enfant
    qui voulait s’arracher le cœur en haute
    mer. 
     
    Je ne veux pas que l’on me répète
    que les morts ne perdent pas de sang ;
    que la bouche pourrie
    demande encore de l’eau.
    Je ne veux rien savoir des martyres que donne l’herbe,
    ni de la lune à la bouche de serpent
    qui travaille avant l’aube.
     
     
    Je veux dormir un instant,
    un instant, une minute, un siècle ;
    mais que tous sachent bien que je ne suis pas mort;
    qu’il y a sur mes lèvres une étable d’or ;
    que je suis le petit ami du vent d’Ouest ;
    que je suis l’ombre immense de mes larmes.
     
    Couvre-moi d’un voile à l’aurore
    car elle me lancera des poignées de fourmis,
    et mouille d’eau dure mes souliers
    afin que glisse la pince de son scorpion.
     
    Car je veux dormir du sommeil des pommes
    pour apprendre un pleur
    qui me nettoie de la terre;
    car je veux vivre avec cet enfant sombre
    qui voulait s’arracher le cœur en haute
    mer. 
     
    (Traduction inspirée par celle de N.Ny, mise à son goût par Colette)
     
    http://toutmontreal.tripod.com/pommes.htm

     

    Gacela de la muerte oscura

    Quiero dormir el sueño de las manzanas,
    alejarme del tumulto de los cementerios.
    Quiero dormir el sueño de aquel niño
    que quería cortarse el corazón en alta mar.
     
    No quiero que me repitan
    que los muertos no pierden la sangre;
    que la boca podrida sigue pidiendo agua.
     
    No quiero enterarme
    de los martirios que da la hierba,
    ni de la luna con boca de serpiente
    que trabaja antes del amanecer.
     
    Quiero dormir un rato,
    un rato, un minuto, un siglo;
    pero que todos sepan que no he muerto;
    que hay un establo de oro en mis labios;
    que soy el pequeño amigo del viento Oeste;
    que soy la sombra inmensa de mis lágrimas.
     
    Cúbreme por la aurora con un velo,
    porque me arrojará puñados de hormigas,
    y moja con agua dura mis zapatos
    para que resbale la pinza de su alacrán.
     
    Porque quiero dormir el sueño de las manzanas
    para aprender un llanto que me limpie de tierra;
    porque quiero vivir con aquel niño oscuro
    que quería cortarse el corazón en alta mar.
     
    Federico García Lorca
    De: “Diván del Tamarit” – 1936
  • Comme toi / Cómo tú

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    Un message d’espoir” dit Paco Ibañez avant de chanter ce poème de León Felipe (poète espagnol, exilé après la guerre civile,  Zamora 1884 - Ciudad de México, 1968) et il ajoute: ‘”celui qui lutte n’est pas mort”. 
    Un poème dédié à nous tous, les petites gens.
     
     
     
     
     
    Comme toi León Felipe
     
     
    Ainsi est ma vie,
    pierre,
    comme toi. Comme toi,
    petite pierre;
    comme toi
    pierre légère;
    comme toi,
    galet qui roule
    sur les chemins
    et les trottoirs;
    comme toi,
    humble caillou des routes;
    comme toi
    qui par les jours d’orage
    t’aplatis
    dans la boue de la terre
    et puis
    scintilles
    sous les sabots
    et sous les roues;
    comme toi, qui n’as même pas servi
    à être pierre
    d’une halle de marché,
    ni pierre d’un tribunal,
    ni pierre d’un palais,
    ni pierre d’une église;
    comme toi,
    pierre aventureuse;
    comme toi
    qui, peut-être, n’es faite
    que pour une fronde,
    pierre petite
    et
    légère...
     
    (Trad: Colette)
     
     
     
    Cómo tú León Felipe ( Zamora 1884 - Ciudad de México, 1968)
     
    Así es mi vida,
    piedra,
    como tú. Como tú,
    piedra pequeña;
    como tú,
    piedra ligera;
    como tú,
    canto que ruedas
    por las calzadas
    y por las veredas;
    como tú,
    guijarro humilde de las carreteras;
    como tú,
    que en días de tormenta
    te hundes
    en el cieno de la tierra
    y luego
    centelleas
    bajo los cascos
    y bajo las ruedas;
    como tú, que no has servido
    para ser ni piedra
    de una lonja,
    ni piedra de una audiencia,
    ni piedra de un palacio,
    ni piedra de una iglesia;
    como tú,
    piedra aventurera;
    como tú,
    que tal vez estás hecha
    sólo para una honda,
    piedra pequeña
    y
    ligera…
     
     
    Paco Ibañez
    No está muerto quien pelea”

  • Les assiettes-souvenirs / Los platos-recuerdos

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     Ana Pérez Cañamares
    Santa Cruz de Tenerife, 1968

     

     

    LES ASSIETTES offertes par ma mère
    sont maintenant ternes et démodées.
     
    Quand nous faisons le ménage
    elles nous regardent tels des malades agonisants
    qui ne comprennent pas ce que nous leur voulons.
     
    Mais ce sont les assiettes de ma mère
    qui ne m’offrira jamais plus
    rien.
    Si un jour nous nous décidions à les jeter
    j’essayerai d’avoir sa voix en tête :
    les choses, ma fille, ne sont que des choses”.
     
    Ma mère n’est pas dans l’assiette.
    Ma mère est dans le pain que je mange.
    Trad: Colette
     
    463
    http://souris-blanche.over-blog.com/pages/De_vieilles_choses-1230162.html

     
    LOS PLATOS que me regaló mi madre
    están ya deslucidos y pasados de moda.

    Cuando hacemos limpieza
    nos miran como enfermos agonizantes
    que no entienden qué queremos de ellos.

    Pero son los platos que me regaló mi madre
    que ya nunca volverá a regalarme
    nada.
    Si un día nos decidiéramos a tirarlos
    intentaré escuchar su voz en mi cabeza:
    “las cosas, hija, son sólo cosas“.

    Mi madre no está en un plato.
    Mi madre está en el pan que como.
  • Idiote ma poule? ¿Idiota mi gallina?

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    Dans un jardin où des orangers procurent de l'ombre, un beau poulailler; une vingtaine de poules et quelques coqs.

    Depuis sa prime jeunesse une des poules, libertaire et têtue, ma préférée, a décidé que le terrain qui leur est alloué est ..monotone? Toujours est-il que ses excursions sont journalières. Dernièrement, (nous faisons des travaux de rénovation dans la maison), elle s'héberge pour pondre dans un endroit charmant...

     

    Stupides les poules? F.García Lorca semble le penser,
    Voici une partie d'un récit, un peu surréaliste, écrit par lui pour des enfants.
     
    En un jardín donde unos naranjos proporcionan sombra, un bonito gallinero; unos veinte gallinas y unos gallos.
    Desde su tierna juventud una gallina, libertaria y testaruda, mi preferida, ha decidido que el terreno que les está asignado es---¿monótono? El hecho es que sus excursiones son diarias. Últimamente (hacemos unas obras de renovación de la casa), se alberga para poner su huevo en un sitio encantador...
     

    ¿Estúpidas las gallinas? F. García Lorca parece pensarlo.
    Aquí una parte de un relato , algo surrealista, escrito por él para los niños.
     
     
    La Gallina                      La Poule
    Federico García Lorca  (Trad:Colette)
     
    Había una gallina que era idiota. He dicho
    idiota. Pero era más idiota todavía. Le
    picaba un mosquito y salía corriendo. Le
    picaba una avispa y salía corriendo.
    Le picaba un murciélago y salía corriendo
    .…
    Il y avait une poule qui était idiote. J’ai dit
    idiote. Mais elle était encore plus qu'idiote. Si la
    piquait un moustique, elle partait en courant. Si la
    piquait une abeille, elle partait en courant.
    La piquait une chauve-souris, elle partait en courant.
    ------
    La gallina idiota odiaba los huevos. Le
    gustaban los gallos, es cierto, como les
    gusta a las manos derechas de las personas
    esas picaduras de las zarzas o la iniciación
    del alfilerazo. Pero ella odiaba su propio
    huevo. Y sin embargo no hay nada más
    hermoso que un huevo.
     
    La poule idiote détestait les œufs. Elle
    aimait les coqs, c’est vrai, autant qu’aiment
    les mains droites des gens ces
    piqûres de ronces ou une
    piqûre d’épingle. Mais elle détestait son propre
    œuf. Pourtant il n’y a rien de plus
    beau qu’un œuf.
     
    Recién sacado de las espigas, todavía
    caliente, es la perfección de la boca, el
    párpado y el lóbulo de la oreja. La mejilla
    caliente de la que acaba de morir. Es el
    rostro. ¿No lo entendéis? Yo sí. Lo dicen los
    cuentos japoneses, y algunas mujeres
    ignorantes también lo saben.

      

    À peine sorti des épis, encore
    chaud, c’est la perfection de la bouche, de la
    paupière et du lobe de l’oreille. C’est le
    visage. Vous ne comprenez pas? Moi si. Les
    contes japonais le disent, et certaines femmes
    ignorantes le savent aussi.
     
    No quiero defender la belleza enjuta del
    huevo, pero ya que todo el mundo alaba la
    pulcritud del espejo y la alegría de los que se
    revuelcan en la hierba, bien está que yo
    defienda un huevo contra una gallina idiota.
    ...
    Je ne veux pas défendre la faible beauté de
    l’œuf, mais comme tout le monde loue la
    propreté du miroir y la joie de ceux qui se
    roulent dans l’herbe, il est bon que je
    défende un œuf contre une poule idiote.

     

  • Un tigre-poète / Un tigre-poeta

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    Un tigre
     
    MERCEDES ESCOLANO, Cádiz, España, 1964

     

     
    Je pense à un tigre. Il descendra en ville
    à l’heure où s’ouvrent les bars
    et se répand un intense parfum
    humain. La nuit tombe. Assoiffé
    il s’accoudera au bar et boira
    quelques verres les yeux allumés
    du brillant sinistre et métallique,
    souple sa langue, parfumé le local
    avec le va-et-vient continuel des clients.
    Du fond parvient un blues élastique et le hurlement
    endiablé des machines à sous.
    Il observe en silence et trempe ses crocs.
    La griffe que cache sa chemise le trahit.
    Personne ne dirait -à son aspect-
    que c’est un cruel assassin de la jungle,
    mais plutôt un homme peu pressé, indolent,
    incapable de s’inventer
    une autre routine.
    Chaque vendredi, tendre et solitaire,
    il commettra un crime sans autre trace
    qu’un poème oublié sur le bar.
     
    (Trad:Colette)
     
    Juan Gris, 1912, Hombre en el bar
     

     

    Un tigre 
     
    MERCEDES ESCOLANO, Cádiz 1964 
     
    Pienso en un tigre. Bajará a la ciudad
    a la hora en que abren los bares
    y se expande un intenso perfume
    humano. Anochece. Sediento
    se acodará en la barra y beberá
    unas copas con los ojos prendados
    del brillo siniestro y metálico,
    dúctil su lengua, aromado el local
    con un vaivén continuo de clientes.
    De fondo un blues elástico y el rugir
    endiablado de las máquinas tragaperras.
    Observa en silencio y remoja sus fauces.
    Le delata la garra que esconde su camisa.
    Nadie diría —por su aspecto—
    que es un cruel asesino de la selva,
    sino un hombre sin prisas, indolente,
    incapaz de inventar
    se otra rutina.
    Cada viernes, tierno y solitario,
    cometerá un crimen sin más rastro
    que un poema olvidado sobre la barra.