Espagne

  • Découvertes / Descubrimientos

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    Il vous est peut-être arrivé de vous rendre dans un musée et de vous dire que le bâtiment, les salles, sont plus intéressants et beaux que les œuvres exposées.
    C’est ce qui m’est arrivé en visitant le CCA d’Andratx. Il est vrai que je n’avais aucune idée des expositions en cours, que je suis peut-être mal tombée comme on dit.
     
    http://www.ccandratx.com/es/c1/inicio.html
     
     
     
     
    http://www.ccandratx.com/es/c1/inicio.html
     
    Voici ce qu’en dit le prospectus (cliquez, il y a photos qui défilent aussi): “ Le CCA Andratx a été crée en 2001 par Jacob et Patricia Asbaek. L’édifice de 4.000m2 en référence à l ‘architecture traditionnelle, s’intègre parfaitement dans l’impressionnant paysage de montagnes et est un des centres d’art contemporain les plus grands des Baléares et du reste de l’Europe." (Trad: Colette)
     
    Ce centre, qui accueille des artistes en résidence, semble destiné d’abord aux étrangers (ou fréquenté par eux); l’agréable jeune femme à l’accueil ne parlait que vaguement l’espagnol, mais les divers feuillets explicatifs étaient en plusieurs langues. 
     
    http://www.ccandratx.com/es/c1/inicio.html
     
    Si je n’ai pas été sensible aux œuvres présentée dans les énormes salles, dans une alcôve j’ai découvert un artiste danois, Bent Holstein, qui m’a inspirée. Une petite série de photos sur lesquelles il a peint, une légère inspiration japonaise ai-je pensé.
     

     

     

     

     

     
    Rentrée chez moi j’ai vu que cet artiste est connu, qu’il a une variété de styles, a beaucoup exposé, et...que son œuvre est très intéressante.

    Tal vez le ha ocurrido ir a un museo y pensar que el edificio, las salas, son más inteŕesantes y bellos que las obras expuestas..

    Es lo que me pasó al vistar el CCA de Andratx. Bien est cierto que no tenía ni idea de las exposiciones en curso y que tal vez caí mal.
     
     
    El prospecto  (donde podeís ver muchas fotos) dice esto: “El CCA Andratx fue fundado en 2001 por Jacob y Patricia Asbaek. El edificio de 4.000 m2 de estilo minimal, con referencias a la arquitectura tradicional, se integra perfectamente en el impresionante paisaje de montaña convirtiéndose en uno de los centros de arte contemporáneo más grandes de las Baleares y del resto de Europa.”
     
    Ese centro, que acoge artistas en residencia, parece destinado a los extranjeros ( o frecuentado por ellos); la agradable señorita en la entrada/taquilla apenas hablaba español, pero los distintos folletos eran en varios idiomas.
     
     http://www.ccandratx.com/es/c1/inicio.html
     
    Si no fui sensible a las obras presentadas en las salas enormes, en una recamara descubrí un artista danés, Bent Holstein, que me inspiró. Una pequeña serie de fotos sobre las cuales ha pintado. Una inspiración ligeramente japonesa pensé.
     

     

     
    De vuelta en casa vi que ese artista es conocido, que tiene una variedad de estilos, ha expuesto mucho y que es muy interesante.
  • Gris et très frais / Gris y muy fresco

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    12 juin, il fait 16º ce matin, et gris.
    Ceci m'a fait penser à republier un article d'il y a 9 ans et que j'aime bien.


    Ennuyeux le gris? ¿Aburrido el gris?



    Il n’est pas facile d’avouer son attirance pour le gris, il a mauvaise réputation : ennui, manque de caractère, mauvaise mine...Mais il me plaît depuis ma jeunesse; je me souviens que toujours je voulais que les pulls que me tricotait ma mère soient de cette couleur.
     
    No resulta fácil confesar su gusto por el gris, tiene mala fama: aburrimiento, falta de carácter, mala cara…Pero me agrada desde mi juventud; me acuerdo que siempre quería que los jerséis que mi madre tejía fueran de ese color. 
     
     
     
    Le gris, s’il n’est pas une couleur, est une « valeur d’intensité lumineuse dont la perception par l’œil humain se situe entre le blanc et le noir » (Wikipedia) qui possède une variété infinie de nuances. Voilà bien tout son intérêt !
     
    El gris, si bien no es un color, es un “valor de intensidad luminosa cuya percepción por el ojo humano se sitúa entre el blanco y el negro” (Wikipedia) que tiene una variedad infinita de facetas. ¡De ahí todo su interés!
     
    Tristes ou monotones la femme-fleur de Picasso ou ce ciel gris?
     
     
    Mirad la mujer-flor de Picasso, esta foto de un cielo gris. ¿Son acaso tristes? ¿Monótonos?
     
     
    On remarque souvent en peinture que le gris sert de fond, il donne du relief aux autres couleurs. La couleur que Cézanne choisit pour les murs de son atelier est un gris qu'il a conçu à base de noir, de blanc, d'ocres et de bleus. Il disait : « On n'est pas un peintre tant qu'on n'a pas fait un gris ». Et ce gris, il l'avait observé en plein air, lorsqu'il allait peindre ses paysages. Il avait constaté que pour qu'une séance de peinture soit bonne, il fallait que le ciel soit gris clair. 
     


    Con frecuencia vemos en pintura que el gris sirve de trasfondo, pone de relieve los otros colores. El color que Cézanne escoge para las paredes de su taller es un gris elaborado a partir del negro, el blanco, ocre y azul. Cézanne decía:”No se es pintor mientras no se ha hecho un gris”. Y este gris, lo había observado al aire libre, pintando paisajes. Había constatado que hacía falta que el cielo sea gris claro para que una sesión de pintura fuera buena.
     
    Enfin, en navigant entre le noir et le blanc, le gris permet à la pensée d’éviter le manichéisme et laisse place au doute, à la subtilité. Comme dit Michel Pastoureau dans « Le petit livre des couleurs » (un beau cadeau à faire), « Pour nous, il (le gris, sa couleur préférée) évoque la tristesse, la mélancolie, l'ennui, la vieillesse; mais, à une époque où la vieillesse n'était pas si dévalorisée, il renvoyait au contraire à la sagesse, à la plénitude, à la connaissance. Il en a gardé l'idée d'intelligence (la matière grise) ».
     
    Para terminar, navegando entre el negro y el blanco, el gris permite al pensamiento evitar el maniqueísmo y deja espacio para la duda, la sutilidad. Como dice Michel Pastoureau en “El pequeño libro de los colores” (un bonito regalo para ofrecer), “Para nosotros, el gris (su color preferido) evoca la tristeza, la melancolía, el aburrimiento, la vejez; pero, en una época en que la vejez no estaba tan desvalorizada, significaba sabiduría, plenitud, conocimiento. Ese color ha guardado la idea de inteligencia (la materia gris)”.
     
    Oh, ce billet est un peu décousu... comme les nuages aux nuances gris-tourterelle-fumée qui se poursuivent derrière ma vitre.
    Oh, esta nota es un poco descosida….como las nubes de matices gris-tórtola y humo que se persiguen tras mi cristal.
    Lien permanent Catégories : billet, Espagne 4 commentaires
  • Dichotomies / Dicotomías

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    INSTANTS / Instantes

    Colonne du journal El País du 28 mai /mayo 2019 par Juan José Millás

    "Je lis à mon petit-fils un livre d’enfants intitulé Les contraires. À mesure que j’avance je me rends compte que je suis en train d’introduire dans sa tête la pensée binaire qui nous a tant fait souffrir au cours de l’Histoire. Disons que je lui fends le cœur sans qu’il s'en rende compte. Moi-même je n’y prends pas garde jusqu'à la page quatorze ou quinze. Nous voilà tous les deux, enfin, chacun dans son rôle, dociles et obéissants comme les moutons qui paissent derrière la clôture. Près/loin. Dedans/dehors. En haut/en bas. Devant/derrière. Grand/petit. Long/court. Large/étroit. Mouillé/sec, Chaud/froid. Dur/mou. Lent/rapide.

     

    Les illustrations ne laissent aucun doute sur l’existence des contraires mais il reste impossible de vérifier où termine le petit et où commence le grand, par exemple, car les limites ne sont pas dessinées.

    La frontière est un lieu confus pour la pensée des enfants, même pour l’adulte. De là les barbelés .De là, Trump. De là le sentiment national. De là, l’autre, ce qui est autre.

    Quand nous fermons le conte, le gamin saute de mes genoux, le corset de la culture un peu plus serré dans son esprit qu’avant d’y monter. Plus ajusté. Sa capacité de déduction le conduira avec le temps à la création de nouvelles dichotomies culturelles. Jeune/vieux, Homme/femme. National/étranger. Blanc/noir. Riche/pauvre. Savant/ignorant.

     

    Il aura l’aide, dans la construction de cette pensée dissociée, des livres d’école, des journaux, de la télé, de la radio, des magasines. Le monde, dans sa tête, se conformera à un jeu d’oppositions, et pas comme une possibilité de rencontres. Bien que peut-être, un jour, en parcourant les écrits de son grand-père (mort/vivant), il trouve cet article et s’y arrête pour méditer quelques instants."

    (Traduction Colette)

    abuelo-contando-cuento.png

    https://adriboschmagazine.wordpress.com/2015/07/17/el-mejor-regalo-de-los-abuelos/

     

    "Leo a mi nieto un libro infantil titulado Los contrarios. A medida que avanzo, me doy cuenta de que estoy introduciendo en su cabeza el pensamiento binario que tanto nos ha hecho sufrir a lo largo de la Historia. Digamos que le parto el corazón sin que él se dé cuenta. Yo mismo no reparo en ello hasta la página catorce o quince. Ahí estamos los dos, en fin, cada uno en su papel, dóciles y obedientes como ovejas que pastan tras la valla. Cerca / lejos. Dentro / fuera. Arriba / abajo. Delante / detrás. Grande / pequeño. Largo / corto. Ancho / estrecho. Seco / mojado. Caliente / frío. Duro / blando. Lento / rápido.

    Las ilustraciones no dejan lugar a dudas sobre la existencia de los contrarios, pero resulta imposible averiguar dónde termina lo pequeño y comienza lo grande, por ejemplo, pues no están dibujados sus límites. La frontera es un lugar confuso para el pensamiento infantil, incluso para el adulto. De ahí las concertinas. De ahí Trump. De ahí el sentimiento nacional. De ahí el otro, lo otro. Cuando cerramos el cuento, el crío salta de mis rodillas con el corsé de la cultura un poco más ceñido en su mente de lo que lo estaba cuando se subió. Más apretado. Su capacidad de deducción le conducirá con el tiempo a la creación de nuevas dicotomías culturales. Joven / viejo. Hombre / mujer. Nacional / extranjero. Blanco / negro. Rico / pobre. Sabio / ignorante.

    Le ayudarán en la construcción de este pensamiento disociado los libros de texto, los periódicos, la tele, la radio, las revistas. El mundo, en su cabeza, se conformará como un juego de oposiciones, no como una posibilidad de encuentros. Aunque tal vez un día, de mayor, revisando los textos de su abuelo muerto (muerto / vivo), dé con esta columna y se detenga a meditar unos instantes."

  • Routine / Rutina

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    Elvira Sastre, jeune poète, écrivain, traductrice et philologue espagnole, née à 
    Ségovie en 1992, est déjà très connue et a publié plusieurs recueils de poèmes. 
    J'ai été très surprise et  frappée par la maturité dont elle fait preuve dans le 
    poème qui suit.

    Elvira Sastre, joven poeta, escritora, traductora  y filóloga española, nacida en
     Segovia en 1992, es ya muy conocida y ha publicado varios poemarios.
    Me ha sorprendido la madurez que enseña en el poema que sigue.

    L'habitude de nous habiter
     
    Je me demande si c'est ça:
    les mots qui s'ajustent aux notes,
    le calme de l'équilibre minuscule
    et le minime soubresaut qui sort du dedans,
    le
    bien d'autrui
    qui
    déjà
    est
    nôtre.
     
    Je me demande si c'est ça
    le souvenir au présent,
    la main experte tendue sans à peine effleurer,
    un silence confortable habitant entre les regards,
    la routine
    qui
    déjà
    est
    constante.
     
    Chaque nuit
    j'embrasse la réponse
     

    (Trad:Colette)

    Equilibrio Jorge Morrone

    Equilibrio, Jorge Morrone

     

    ELVIRA SASTRE
     

    EL HÁBITO DE HABITARNOS


    Me pregunto si es esto:
    las palabras encajando en las notas,
    la calma del equilibrio minúsculo
    y el mínimo sobresalto que sale de dentro,
    lo
    ajeno
    que
    ya
    es
    propio.

    Me pregunto si es esto:
    el recuerdo en presente,
    la mano experta tendida sin rozar apenas,
    un silencio cómodo habitando entre miradas,
    la
    rutina
    que
    ya
    es
    perenne.

    Cada noche
    abrazo la respuesta.

     

     

  • Paellas, couleur safran / Paellas color azafrán

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    Trop sèches, ou insipides, ou pâteuses. Chiches en riz. Très onéreuses, voilà des défauts communs des paellas. Ah, ça, c’est tout un art et aucune ne se ressemble !

    Demasiado secas, o insípidas, o pastosas. Escasas en arroz. Muy onerosas, ahí son los defectos comunes de las paellas. ¡Ha, es todo un arte y ninguna se parece!

     

    Un peu d’histoire...La paella, mot d’origine latine « patella » puis du vieux français « paele » désignait la poêle plate avec, non un manche mais deux anses que vous connaissez sans doute. De la poêle au plat, voilà la paella moderne (notez que les 2 LL se prononcent Y et non L, comme dans paya).

    paella-valenciana-la-autentica-r.jpg

    Son origine se trouve à Valencia aux XVº et XVIª siècles dans les zones maraîchères et humides (Albufera) où l’on cultive riz et légumes. Un plat complet auquel on ajoutait des morceaux de lapin, canard, des oiseaux, des escargots, enfin ce qu’on avait sous la main en plus des légumes de saison. Et du safran. La paella aux crustacés, dont on ignore si elle est contemporaine de la première, est née…au bord de la Méditerranée, bien sûr.

    On cuisait lentement le tout sur un feu de branches d’oranger. Je pourrais vous raconter tant d’autres choses, mais il vous suffira de taper « histoire de la paella »…Mr Google vous dira tout.

    Un poco de historia…La paella, palabra de origen latina “patela” luego del francés antiguo “paele” designaba la sartén plana sin mango pero con dos asas que sin duda conocen. De la sartén al plato…

    Su origen se encuentra en Valencia en los siglos XV y XVI en las zonas hortenses y húmedas (Albufera) donde se cultiva arroz y verduras. Un plato completo al cual se añadía trozos de conejo, pato, pájaros, caracoles, en fin, lo que se tenía a mano junto con las verduras de temporada. Y azafrán.Se ignora si la paella de mariscos data de la misma época pero nació…al borde del Mediterráneo. ¡Sí!

    Se cocía lentamente el arroz en un fuego con leña de naranjos. Les podría contar tantas otras cosas sobre este plato, pero les bastará teclear “historia de la paella” y el señor Google les dirá todo.

    paella cerámica.jpg

     

    Traditionnellement ce sont les hommes qui la préparent, enfin qui la cuisent car les petites mains qui coupent tous les ingrédients à l’avance…c’est comme pour les barbecues, vous voyez ? Mais quand on est nombreux, les dimanches en famille, un repas avec des amis, c’est un repas complet et facile, qui plaît à tous et qui s’adapte à la bourse de chacun : tout dépend des ingrédients qu’on y met.

    Mon amie italienne m’a raconté qu’invitée à un dîner chez des voisins allemands, elle a eu du mal à avaler une paella avec du poulpe et des saucisses…à chacun se recette  mais les puristes Valenciens s’en émeuvent souvent.

     

    Son los hombres los que tradicionalmente la preparan, bueno que la cuecen ya que, al igual que con las barbacoas, son “las pequeñas manos” las que cortan antes todos los ingredientes… ¿ven lo que quiero decir? Pero cuando hay muchos comensales, los domingos en familia, una comida entre amigos, es un plato completo y fácil, que agrada a todos y se adapta al bolsillo de cada cual: todo depende de los ingredientes elegidos.

    Mi amiga italiana me contó que, invitada a una cena en casa de unos vecinos alemanes, le costó tragar una paella con pulpo y salchichas… a cada cual su receta pero los Valencianos a menudo se escandalizan...

     

    paella leña.jpg

    Suite à cela, je me suis demandé si vous aussi vous aviez mangé des paellas spéciales, si on en trouvait surgelées ou fraîches en Norvège, au Canada, en Suisse ou ailleurs. Peut-être même en préparez-vous ? Racontez-moi por favor.

    Después de eso me pregunté si ustedes también habían comido paellas especiales, si encontraban ese plato congelado o fresco en Noruega, Canadá, Suiza u otras partes. ¿Tal vez lo preparan ustedes mismos? Cuéntenme por favor.

     

     

     

  • Rires et larmes / Risas y lágrimas

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    C’est en 1988 que Miquel Barceló réalise avec des amis un premier voyage au Mali. Fasciné par cet univers si nouveau il y achète une maison, y retourne souvent:"pour retrouver ce rapport à la vie qui me manque ici, même si j’y séjourne moins longtemps qu’avant. Je n’ai jamais ri nulle part dans le monde comme là-bas. En Occident, on paie pour rire au cinéma."


    Miquel Barceló realiza con unos amigos su primer viaje a Mali en 1988.
    Fascinado por ese universo tan nuevo, compra una casa y vuelve a menudo ”para reencontrar esa relación con la vida que me falta aquí, incluso si mis estancias son menos largas que antaño. Nunca me he reído en ninguna parte del mundo como allí. En Occidente, se paga para reír en el cine.”(Trad Colette)

     

     

    Au Mali il réalise quantité de dessins et d’aquarelles pleins de vie, il y découvre le sable, ses couleurs et nuances.
    Malheureusement le pays est devenu trop dangereux à cause des attaques djihadistes, et depuis 2012 il ne peut plus y rejoindre son atelier.
    En Malí realiza cantidad de dibujos y acuarelas llenos de vida, de colores, matices de la arena.
    Por desgracia el país se ha vuelto demasiado peligroso por los ataques yihadistas y desde el año 2012 no puede volver a su taller africano.

     

     

     

    -Qu’est ce qui te manque le plus du Mali?
    -Je crois que ce qui me manque le plus parmi tout c’est le rire, Avec mes amis chaque jour nous avions mal aux tripes de rire parce que chez moi venaient quelques 50 personnes boire du thé ou de la bière et raconter des histoires hommes et femmes.
     
    -Et comment étaient les histoires?
    -Des histoires à eux. Ils te racontent la même histoire qu’ils t’ont racontée cinquante fois, mais améliorée, il s’agit d’aller en améliorant. Ça je l’ai appris de Paul Bowles à Tanger, parce qu’il retranscrivait les histoires du marché, des conteurs d’histoires analphabètes. (Trad: Colette)


    -¿Qué es lo que más echas de menos de Malí?
    -Creo que lo que más echo de menos es la risa, entre todo. Con mis amigos cada día nos podía doler la tripa de reír porque a mi casa venían como cincuenta personas a beber té o cerveza y a contar historias, hombres y mujeres.
    -¿Y cómo eran esas historias?
    -Historias suyas. Te vuelven a contar la misma historia que te han contado cincuenta veces, pero mejorada, se trata de ir mejorando. Yo esto lo aprendí de Paul Bowles en Tánger, porque él transcribía las historias del mercado, de los contadores de historias analfabetos.  

     

     

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    Depuis, et c’est en partie le thème de sa dernière exposition (2018), la Méditerranée et les migrants sont pour lui un thème de préoccupation. Une mer menaçante, des barques vides...
     
    Il est évident que c'est quelque chose qui me concerne beaucoup : un grand nombre des personnes qui meurent noyées en Méditerranée - et je suis de la Méditerranée - sont originaires du Mali, un pays où j'ai vécu de nombreuses années" (...) "J'ai toujours la sensation que ce sont des gens que je connais personnellement."
     
     
    (Selon l’ONU l'an dernier, au moins 2.262 migrants sont "morts ou portés disparus" en tentant de traverser la Méditerranée)
    Desde entonces, y es en parte el tema de su última exposición, el Mediterráneo y los inmigrantes son para él un tema de preocupación. Un mar amenazador, unas barcas vacías...
     
     
     
    es evidente que es algo que me concierne mucho: un gran número de las personas que mueren ahogadas en el Mediterráneo son de Mali, un país donde viví muchos años. (…) Siempre tengo la sensación que son personas que conozco personalmente”
     
    Trad. Colette
     
  • Fascination

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    Miquel Barceló, une œuvre riche et variée Nous en avions déjà parlé ici.

    Examinons aujourd’hui un thème animalier de sa peinture.

     

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  • C'était d'autres temps / Eran otros tiempos

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    Aujourd'hui une chanson de Rozalen, auteure-compositrice-chanteuse née à Albacete en 1986.

    Elle y relate une conversation avec sa grand-mère.
    Dure réalité de la période de la guerre civile...



    Tais-toi
    ne rouvre pas la plaie
    pleure toujours en silence
    ne soulève pas de rancœurs, ce village est si petit…
    c’était d’autres temps.
    (bis)
     
    Tous l’appelaient Juste
    Juste de nom et d’action
    l’aîné de cinq frères
    élégant, le plus prudent d’un petit village de la Sierra De Segura
    tailleur et bûcheron de profession.
    Il s’entendait avec l’Ascensión, une brunette, celle d’Amalio
    une des rares qui lisait
    étudiait la nuit pendant les trois mois d’hiver
    lui, il chantait dans les rues toujours gai une chanson.
    Fin ‘38 sont appelés à la guerre
    la génération la plus jeune
    celle de « l’année du biberon »
    ils montèrent dans le camion comme si d’une fête il s’agissait
    mais il fut le seul qui ne revint pas.
     
    Et maintenant j’arrive à t’entendre chanter
    ton visage se dessine dans l’harmonie de ce lieu
    et maintenant j’arrive à t’entendre chanter
    si tu on ne soigne la blessure elle fait mal, elle suppure, ne trouve pas la paix.
     
    Après treize jours sans nouvelles la joie d’une seconde
    arrive une lettre…..
    une autre de son compagnon
    ce fut une balle nous disait le journal
    j’ai gardé sa cuiller, sa veste militaire et le briquet.
    La mère déjà descend la côte criant : « Canailles vous me l’avez tué ! »
    sans une fleur
    sans un adieu
    pour seule tombe, son cœur.
     
    Mais maintenant j’arrive à t’entendre chanter
    ton visage se dessine dans l’harmonie de ce lieu
    et maintenant j’arrive à t’entendre chanter
    si on ne soigne la blessure elle fait mal, elle suppure, ne trouve pas la paix.
     
     
    ***Aime-moi fillette, aime-moi fillette, aime-moi toujours
    Aime-moi autant, aime-moi autant que je t’aime
    en échange je te donnerai
    la viennoiserie, la viennoiserie et le bon café
    la viennoiserie, la viennoiserie et le bon café
    (trad : Colette)
  • Des corps divins / Cuerpos divinos

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    Somniant Deus, Rêvant de Dieux, est le titre d’un livre de photos et d’une exposition où le corps humain est traité comme une sculpture. L’idée du photographe Toni Catany (1942-2013) est la suivante : « Les Grecs ont divinisé le corps humain en sculpture. Pourquoi ne le ferais-je pas en photos ? »
    Il a donc fait venir dans son atelier des modèles, presque tous des hommes, qu’il a laissé se mouvoir à leur guise pendant qu’il prenait des centaines de photos. Il n’a gardé que celles qui lui provoquaient une émotion.
    La technique ancienne employée par le photographe est le calotype.
    Avec son ami l’écrivain et poète Blai Bonet , les deux majorquins ont publié un livre en 1993 « Somniant Deus » où de beaux textes enrichissent la série de photos, et ceci se retrouve dans l’exposition.
     
     

     

     

     

     

     

     

     

    « La parole, celle qui crée et fait qu’on voit la perspective…,apparaît toujours après que la chair du corps soit restée comme une flamme qui s’éteint sous la pluie car, après le fugitif et fugace passage du Corps qui devient chair, si nous restons sans mots nous ne savons plus qui nous sommes ... » Blai Bonet
    (Trad : Colo)
    La palabra, la que crea y hace que se vea la perspectiva…, siempre aparece después de que la carne ha quedado como una llama que se apaga bajo la lluvia porque, tras el fugitivo y huidizo paso del Cuerpo que se hace carne, si quedamos sin la palabara no sabemos quienes somos...” Blai Bonet
    (Trad: Colo)
     
     
     

     

     

     

     
    Nous y étions seules mon amie et moi ce matin là, merveille. L’esthétique de ces corps parfaits, comme en mouvement, nous ont séduites, 
     

     

    Somniant deus, Soñando Dioses, es el título de un libro de fotos y de exposición donde el cuerpo humano es tratado como una escultura. La idea del fotógrafo majorquin Toni Catany (1942-2013) es la siguiente : "Los griegos divinizaron el cuerpo humano con la escultura. ¿Por qué no tendría que hacerlo yo con la fotografía?"

    Hizo venir a su taller modelos, casi todos masculinos, y les dejo moverse a su conveniencia mientras él sacaba miles de fotos. Sólo se quedó con las que le provocaban alguna emoción.
    Con su amigo, el escritor y poeta Bali Bonet, los dos mallorquines publicaron un libro “Somniant deus” donde bonitos textos enriquecen la serie de fotos; todo esto está presentado en la exposición.

    Estábamos solas, mi amiga y yo, aquella mañana, una maravilla. Esos cuerpos perfectos, como en movimiento, nos sedujeron, nos fascinaron.
     

  • Pieds nus / Descalzo

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    Ce poème m’a émue, m'a fait penser à ma très vieille amie, Margarita, qui est analphabète.
    Este poema me conmovió, me hizo pensar en mi amiga, muy mayor, Margarita, que es analfabeta.

    Antònia Vicens nació en Santanyí (Mallorca) en 1941. Es novelista y poeta.
    Née à Santanyí (Mallorca) en 1941, elle est romancière et poète.
    Sorolla, el viejo pescador

     
     
    Il avait toujours mal aux pieds
     
    Les pieds le faisaient toujours souffrir
    mon père.
    C’est en boitant qu’il parcourait tous les magasins de chaussure
    à la recherche de souliers confortables qui l’aideraient
    à supporter le poids de toutes les blessures
    déchirements et coupures
    que la mer lui avait faits.
    Il n’en trouva jamais. Il a dû s’en aller
    pieds nus avec sa montre et son couteau
    à couper le pain, à couper les larmes, dans la poche de la veste et
    la figure blanche comme l’écume des vagues
    tant de fois surfées.
     
    Toujours il me le disait:
    Je n’ai pas eu d’enfance.
     
    Il ne se l’ôtait pas de la tête:
    J’ai appris à écrire mon nom à la guerre
     
    Sifflaient les balles glissaient les étoiles
    de sang quand j’ai appris à écrire mon nom.
    Je ne voulais pas être un aide-maçon quelconque
     
    Et ma mère disait :
    C’est un bel homme. Dommage
    qu’il ne sache pas écrire. Toi
    tu dois aller à l’école Antonia.Tu
    ne dois pas être une ignorante comme ton père, ma fille.
     
    Et le bleu de ses yeux se répandait sur ses joues quand,
    diluvienne,
    elle pleurait son absence.
    (Traduction Colette) 
     
    Alexander Ignatius Roche, the old fisherman
     
    LOS PIES SIEMPRE LE DOLÍAN

    Los pies siempre le dolían
    a mi padre.
    Cojeando recorría todas las zapaterías
    buscando unos zapatos bastante cómodos que lo ayudaran
    a sobrellevar el peso de  todos los daños
    los desgarros y los cortes
    que el mar le había hecho.
    Nunca los encontró. Tuvo que marcharse
    descalzo con el reloj de pulsera y el cuchillo
    de rebanar pan de rebanar lágrimas en el bolsillo de la chaqueta y
    una cara blanca como la espuma de las olas
    que tantas veces montó.
     
    Me lo decía siempre:
    No tuve infancia.
     
    No se lo sacaba de la cabeza:
    Aprendí a escribir mi nombre en el frente.
     
    Chillaban balas se deslizaban estrellas
    de sangre cuando yo aprendía a escribir mi nombre.
    No quería ser un peón cualquiera.
     
    Y decía mi madre:
    Es un hombre apuesto. Lástima
    que no sepa escribir. Tú
    tienes que ir a la escuela Antònia. No
    tienes que ser un ignorante como tu padre hija.
     
    Y el azulete de los ojos se le esparcía por las mejillas cuando
    diluviana
    lloraba su ausencia.
     
    *

    Traducción de Carlos Vitale*

    L'original en catalan:

    ELS PEUS SEMPRE LI FEIEN MAL /// Els peus sempre li feien mal / al pare. / Ranquejant recorria totes les sabateries / cercant unes sabates prou còmodes que l’ajudessin / a dur el pes de tots els traus / els treps i els talls / que la mar li havia fet. / No les va trobar mai. Va haver d’anar-se’n / descalç amb el rellotge de polsera i el ganivet / de llescar pa de llescar llàgrimes dins la butxaca del gec i / una cara blanca com l’escuma de les ones / que tantes vegades va muntar. / M’ho deia sempre: / No vaig tenir infància. / No s’ho treia del cap: / Vaig aprendre a escriure el meu nom al front. / Giscaven bales lliscaven estrelles / de sang quan jo aprenia a escriure el meu nom. / No volia ser un peó qualsevol. / I deia la mare: / És un home plantós. Llàstima / que no sàpiga escriure. Tu / has d’anar a l’escola Antònia. No / has de ser una ignorant com ton pare filla. / I el blavet dels ulls se li escampava per les galtes quan / diluviana / plorava la seva absència.
     
     

     

     
     
  • En balade / De paseo

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    L’automne, touristes repartis, est le temps des balades. Il faisait gris et doux en ce dimanche de novembre.
     
    Quand on se trouve à Fornalutx, un des plus beaux villages de l’île, il est difficile de croire que la mer n’est qu’à 7km. À l’image de Soller, située à 4km de distance, ce petit village est entouré de montagnes et est construit sur un flanc du sommet le plus haut de l’île Le Puig Mayor (1445m).
     
    Il semble avoir été fondé durant la période arabe, «-utx » étant le suffixe mozarabe de « lieu ».
    Toujours est-il qu’il a été parfaitement conservé, toutes les maisons sont en pierre, les toits en tuiles ; le village est soigné et vert, sans être pour autant « léché ».
    Alors oui, il faut avoir de bonnes jambes pour y circuler, tout est en pentes et escaliers, le village est construit à plusieurs étages.
     
    Ce qui m’a le plus impressionnée en arrivant c’est le décor montagneux.
     

     

     

     

     

    Nous circulons, lentement...

     

     

     

     

    La place de l'église. Église gothique, avec des réformes baroques, de 1639
     
     
    Dans le village, le lavoir (le manque de lumière ce jour ne m’a pas permis d’en faire de belles photos mais j'en ai trouvé une sur cet intéressant site : https://viagallica.com/baleares/lang_es/ville_fornalutx.htm)
     
     
     
    Puis la Mairie dont le dessous des tuiles, comme dans pas mal de maisons du village, ont des dessins intéressants qui avaient pour but d’éloigner les différents maux des habitants de la maison.
    (les photos sont de la Maire, un peu haut pour moi!) http://www.ajfornalutx.net/municipi/teules/fotos.ct.html
     
     
    Autre particularité que l’on retrouve partout à Mallorca (j’ignore si cela existe ailleurs), ce sont les "couvre bas de portes" qui empêchent l’eau de pluie de passer .
     
     
    « Bon dia », « Bon dia », les habitants répondent gentiment, contents sans doute que les visiteurs parlent leur langue.
    Un village qui a reçu de nombreux prix, en autres pour sa parfaite intégration dans la nature. Nous y retournerons bientôt.
     
     
  • La manie de voyager / La manía de viajar

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    Dans son roman Brouillard, Miguel de Unamuno écrivait en 1913:
     
    "La manie de voyager provient de la topophobie et non de la “philotopie”*; celui qui voyage beaucoup fuit chaque lieu qu'il laisse, et ne recherche pas chaque lieu où il arrive"(Trad, Colette)
     
    Qu’en pensez-vous?
    Moi je suis  du genre sédentaire, mais une courte excursion hors de mon île de temps en temps me plaît.
     
    En su novela Niebla, Miguel de Unamuno escribía en 1914: 
     
    La manía de viajar viene de topofobia y no de filotopía*; el que viaja mucho va huyendo de cada lugar que deja, y no buscando cada lugar a que llega”.
     
    ¿Qué pensáis de ello?

    Van Gogh, Le laboureur dans un champ, 1889
     
     
    NB:
     
    *La topophobie, est une peur irrationnelle de certains lieux déterminés.
     
    *Philotopie est un néologisme et l’opposé du précédent, donc amour pour les lieux.
     
     
    *La topofobia es el sentimiento de un miedo o un temor irracional, enfermizo, persistente, injustificado y anormal a ciertas situaciones, eventos, lugares o sitios.
     
    Filotopía es un neologismo, y el contrario del anterior,o sea amor por los lugares.
     
    Lien permanent Catégories : billet, Espagne 2 commentaires
  • De saison / De temporada

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    De belles promenades cette semaine, la lumière est superbe, la température parfaite pour gambader. Dès dimanche, d'après les spécialistes météo, ce sera cheminée-bouquins. Et sûrement des poèmes, on ne peut rien vous cacher.

    https://verdakoko.com/alimentos-de-temporada-en-mallorca-en-otono/


    Après la récolte des coings, ces gros fruits râpeux, confection de pâte de ce fruit. Pas trop sucrée mais citronnée ici. Un long travail réalisé par señor Colo. Des douceurs à offrir.                                     

                                                                 
                                                            

     

                                                                  

     


    Au passage devant un centre de plante, tout me rappelle que la Toussaint est proche. C'est joli, le jeune sud-américain qui termine de ranger les pots me regarde photographier son œuvre: "estoy contento que le guste".
     Aucune tombe à garnir, mes parents et beaux-parents ont été incinérés et leurs cendres répandues sous de grands arbres. C'est bien ainsi.

     



    De retour chez moi, et parce qu'un superbe soleil brille, je "vois" tout à coup que la vigne vierge a pris, en peu de jours, des couleurs de saison, qu'un incessant va et vient d' oiseaux s'alimente des petits fruits noirs.
    C'est fou le nombre de choses qu'on voit sans les regarder.




    Passez une bonne semaine.

  • Immenses espérances / Inmensas esperanzas

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    Parfois je suis lasse de toutes les injonctions à vivre le moment présent; j’ai donc fort apprécié ce poème où demain offre de l’espoir, où demain est coloré et sensuel.
     
     
    Demain Pedro Salinas
     
    "Demain" Le mot allait, délié, vacant,
    sans poids dans le vent,
    si dénué d'âme et de corps,
    de couleur, de baiser,
    que je l'ai laissé passer
    près de moi aujourd'hui.
     
    Mais soudain toi
    tu as dit : "Moi, demain..."
    Et tout se peuple
    de chair et de bannières.
    Sur moi se précipitaient
    les promesses
    aux six cents couleurs,
    avec des robes à la mode,
    nues, mais toutes
    chargées de caresses.
     
    En train ou en gazelles
    m'arrivaient -aigus,
    sons de violons-
    des espoirs ténus
    de bouches virginales.
    Ou rapides et grandes
    comme des navires, de loin, comme des baleines
    depuis des mers distantes,
    d'immenses espérances
    d'un amour sans final.
     
    Demain ! Quel mot
    vibrant, tendu
    d'âme et de chair rose,
    corde de l'arc
    où tu posas, si effilée,
    arme de vingt années,
    la flèche la plus sûre
    lorsque tu dis : "Moi...."
     
    Recueil “La voix qui t'est due”
    Traduction Bernard Sesé
    La tête à l'envers
     
     
    Mañana
     
    «Mañana». La palabra
    iba suelta, vacante,
    ingrávida, en el aire,
    tan sin alma y sin cuerpo,
    tan sin color ni beso,
    que la dejé pasar
    por mi lado, en mi hoy.

    Pero de pronto tú
    dijiste: «Yo, mañana...»
    Y todo se pobló
    de carne y de banderas.
    Se me precipitaban
    encima las promesas
    de seiscientos colores,
    con vestidos de moda,
    desnudas, pero todas
    cargadas de caricias. 

    En trenes o en gacelas
    me llegaban -agudas,
    sones de violines-
    esperanzas delgadas
    de bocas virginales.
    O veloces y grandes
    como buques, de lejos,
    como ballenas
    desde mares distantes,
    inmensas esperanzas
    de un amor sin final. 

    ¡Mañana! Qué palabra
    toda vibrante, tensa
    de alma y carne rosada,
    cuerda del arco donde
    tú pusiste, agudísima,
    arma de veinte años,
    la flecha más segura
    cuando dijiste: «Yo...»

  • Temps d'île / Tiempo de isla

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    Pas d'illustration accompagnant le poème d'aujourd'hui; à la lecture les images surgissent des mots, du moins dans ma tête.

     Un court recueil de Pedro Salinas “La mer lumière” reçu par la poste. Version bilingue, magnifique traduction.

     

    Temps d’île
     
    Pedro Salinas
     
    1
    Qui m’appelle de la voix
    d’un oiseau qui crie?

    Quel amour m’aime, quel amour
    m’invente des caresses,

    caché entre deux airs,
    simulant la brise?

    Le palmier, qui l’a mis
    - celui qui me rafraîchit

    avec des souffles d’ombres et de soleil -
    là où moi je le souhaitais?

    Le sable, qui l’a lissé,
    si lisse, si lisse,

    pour qu’en traits infiniment légers
    la main m’écrive,

    sur une amante que je n’ai jamais vue,
    sur une amante cachée,

    parmi la pudeur de l’écume,
    messages d’ondines?

    Pourquoi me donne-t-on tant de bleu
    sans que je le demande,

    le ciel qui l’invente,
    la mer, qui l’imite?

    Quel est le Dieu qui au huitième jour
    m’a tracé cette île,

    commerce de beautés,
    bourse sans cupidité?

    Ici, terre, ciel et mer,
    vendant

    écume. sable, soleil, nuage,
    trafiquent allègrement;

    sans fraude ils s’enrichissent,
    - des gains très purs -,

    pour des aurores ils donnent des astres,
    ils échangent des merveilles.

    Le temps des îles: on le compte
    avec des chiffres magiques;

    l’heure n’a plus de minutes:
    soixante délices;

    avril passe tel trente soleils,
    et un jour est un jour.

    Qui en emportant les angoisses,
    a donné forme au bonheur?
     
     
     
    Recueil: La mer lumière, Pedro Salinas. PUF Blaise Pascal.
    Traduction Bernadette Hidalgo Bachs.
     
     
    TIEMPO DE ISLA  Pedro Salinas
    1
    ¿Quién me llama por la voz
    de un ave que pía?

    ¿Qué amor me quiere, qué amor
    me inventa caricias,
     
    escondido entre dos aires,
    fingiéndose brisa?
     
    La palmera, ¿quién la ha puesto
    la que me abanica
     
    con soplos de sombra y sol—
    donde yo quería?
     
    La arena, ¿quién la ha alisado,
    tan lisa, tan lisa,
     
    para que en rasgos levísimos
    la mano me escriba,
     
    de amante que nunca he visto,
    de amante escondida,
     
    entre pudores de espuma,
    mensajes de ondina?
     
    ¿Por qué me dan tanto azul,
    sin que se lo pida,
     
    el cielo que se lo inventa,
    el mar, que lo imita?
     
    ¿Cuál fue el dios qué un día octavo
    me trazó esta isla,
     
    trocadero de hermosuras,
    lonja sin codicia?
     
    Aquí tierra, cielo y mar,
    en mercaderías
     
    de espuma, arena, sol, nube,
    felices trafican;
     
    sin engaño se enriquecen,
    ganancias purísimas—,
     
    luceros dan por auroras,
    cambian maravillas.
     
    Tiempo de isla: se cuenta
    por mágicas cifras;
     
    la hora no tiene minutos:
    sesenta delicias;
     
    pasa abril en treinta soles,
    y un día es un día.
     
    ¿Quién, llevándose congojas,
    dio forma a la dicha?