14/04/2018

Idylle / Idilio

 

 




Idylle
À Enrique Durán
Federico GARCÍA LORCA
 
Tu voulais que je te dise
le secret du printemps.
 
Mais je garde le secret
tout autant que le sapin.
 
Arbre dont les mille doigts
indiquent mille chemins.
 
Je ne te dirai jamais, mon amour,
pourquoi, lent, le fleuve coule.
 
Mais je mettrai dans ma voix coupée
le ciel cendré de ton regard.
 
Tourne autour de moi, ma brune!
Et prends soin de mes feuilles.
 
Tourne encore, tourne toujours
jouant à la noria de l’amour.
 
Même si je le voulais, je ne peux te dire,
hélas, le secret du printemps.
 
(Trad:Colette)
 
 
 
 
Idilio de Federico García Lorca

A Enrique Durán

Tú querías que yo te dijera

el secreto de la primavera.
 


Y yo soy para el secreto

lo mismo que es el abeto.
 


Árbol cuyos mil deditos

señalan mil caminitos.
 


Nunca te diré, amor mío,

por qué corre lento el río.
 


Pero pondré en mi voz estancada

el cielo ceniza de tu mirada.
 


¡Dame vueltas, morenita!

Ten cuidado con mis hojitas.
 


Dame más vueltas alrededor,

jugando a la noria del amor.
 


¡Ay! No puedo decirte, aunque quisiera,

el secreto de la primavera.

31/03/2018

Plumes au vent / Plumas al viento

Un poème léger ce week-end.

Un poema ligero este fin de semana.

 

 

Le vent dans un poème de / El viento en un poema de
 
 Carmen Boullosa (Mexico 1954)
 
 
 
 
 No eres la pluma...(Tu n'es pas la plume...)
 

Tu n’es pas la plume

qui au vent s’incline

ni le tiède cou de l’oie,

ni la peau de la timide pêche:

tu es la greffe de toute cette tendresse

dans la force de la forêt,

dans le saut d’un félin traqué.

(Trad: Colette)

Claude Monet.Le chêne, forêt de Fontainebleau- Claude MonetLe chêne, Fontainebleau


No eres la pluma 
que al aire se inclina,
ni el cuello tibio del ganso,
ni la piel del tímido durazno:
eres el injerto de toda esa ternura
en la fuerza del monte,
en el salto de un felino acorralado.
 

 

 

24/03/2018

Cris et chants dans les oliviers / Gritos y cantos en los olivos

Paysage
F. García Lorca
 
Le champ
d’oliviers
s’ouvre et se ferme
comme un éventail.
Sur l’oliveraie
un ciel effondré
et une pluie sombre
d’étoiles froides.
Tremble le jonc et pénombre
au bord de la rivière.
L’air gris moutonne.
Les oliviers sont
chargés
de cris.
Un vol
d’oiseaux captifs,
qui remuent leurs très longues
queues dans l’obscurité.

 (Poème de la séguidilla gitana dans "Poemas de Cante Jondo")
 

(Trad: Colette)

La suerte de los olivos José Luís García

Paisaje
F, Garcia Lorca
 
El campo
de olivos
se abre y se cierra
como un abanico.
Sobre el olivar
hay un cielo hundido
y una lluvia oscura
de luceros fríos.
Tiembla junco y penumbra
a la orilla del río.
Se riza el aire gris.
Los olivos,
están cargados
de gritos.
Una bandada
de pájaros cautivos,
que mueven sus larguísimas
colas en lo sombrío.
 (Poema de la seguidilla gitana en "Poemas de Cante Jondo")

Ces derniers jours ce ne sont pas des oiseaux mais des enfants qui ont chanté dans notre vieil olivier.
Estos últimos días no son pájaros sino niños que cantaron en nuestro viejo olivo.

Olivo blog.png

Photo Colette, 2018, Puipunyent, Mallorca

03/03/2018

Chanter à un oiseau de neige / Cantar a un pájaro de nieve


Dancing to the end of love Rafal Olbinski 

Rafal Olbinski, Dancing to the end of love
 
 
Connaissez-vous Vicente Huidobro?  Je vous en parlerai dans le prochain billet, voici un poème pour vous mettre dans l'ambiance...
 
Marin
Vicente Huidobro (Chili 1893-1948)
 
Cet oiseau qui vole pour la première fois
S’éloigne du nid en regardant derrière lui
 
Le doigt sur les lèvres
                     je t’ai appelée.
 
Moi j’invente des jeux d’eau
Sur la cime des arbres.
 
J’ai fait de toi la plus belle des femmes
Si belle que le soir tu rougissais .
 
                     La lune s’éloigne de nous
                     Et jette une couronne sur le pôle
 
J’ai fait courir des fleuves
                    qui n’ont jamais existé
 
D’un cri j’ai créé une montagne
Et, autour, nous avons dansé une danse nouvelle.
                   J’ai coupé toutes les roses
                    Des nuages de l’est
Et j’ai appris à chanter à un oiseau de neige
 
Partons sur les mois déchaînés
 
Je suis le vieux marin
                 qui coud les horizons déchirés.
(Trad: Colette) 

 
 

Marino
 
Vicente Huidobro (Chile 1893-1948)
 
Aquél pájaro que vuela por primera vez
Se aleja del nido mirando hacia atrás

Con el dedo en los labios
                       os he llamado.

Yo inventé juegos de agua
En la cima de los árboles.

Te hice la más bella de las mujeres
Tan bella que enrojecías en las tardes.

                      La luna se aleja de nosotros
                     Y arroja una corona sobre el polo

Hice correr ríos
                    que nunca han existido

De un grito elevé una montaña
Y en torno bailamos una nueva danza.
                      Corté todas las rosas
                      De las nubes del este
y enseñé a cantar a un pájaro de nieve

Marchemos sobre los meses desatados

Soy el viejo marino
                   que cose los horizontes cortados

24/02/2018

Un soubresaut de gratitude / Un sobresalto de gratitud

 Quand nous sommes arrivés elle était recroquevillée, minuscule, dans un coin de sa chaise roulante. 

Ensuite elle a souri.
Février, hiver. 
 
C’est l’isolement des vieilles gens accru par le froid qui m’a fait choisir cet extrait du roman « Pleine lune » d’Antonio Muñoz Molina, un grand roman. (si vous ne l'avez pas lu, cliquez sur le lien vous en saurez plus).
 
 
Es el aislamiento de los mayores, aumentado por el frío, que me ha hecho elegir ese pasaje de la novela “Plenilunio” de Antonio Muñoz Molina, una gran novela.
 
Resultado de imagen de plenilunio muñoz molina
 
 
« Il passait trop de temps seul, s’imprégnant lentement d’oubli et de vieillesse à laquelle il ne croyait pas et il n'y faisait au fond pas fort attention, de la même façon qu’il ne s'arrêtait pas à penser à la fadeur des aliments sans sel, au froid du carrelage de sa chambre, à la laideur et mauvaise odeur de la bonbonne de gaz qui le réchauffait, contemporaine du vase bleu électrique et des fauteuils et du canapé tapissés de plastique vert. Il laissait de côté ses tracas et ne se plaignait pas de sa solitude, mais quand il reconnut le visiteur qui se tenait face à lui, dans la maigre lumière du hall d’entrée, silencieux, malhabile, sans encore dire son nom, il eut une effusion impudique de jovialité, un soubresaut de gratitude qui lui humidifia les yeux et éveilla les émotions les plus cachées de son âme, tendresse antique et nostalgie sans motif, remords plus beau et plus ferme que les souvenirs déjà en partie effacés qui le provoquaient. »
(Trad. Colette, je ne possède pas la version en français) 
 
 
https://i2.wp.com/www.lechangeoirdecriture.fr/wp-content/uploads/2016/11/Pleine-Lune.png

 


 
Pasaba solo demasiado tiempo, contaminándose despacio de postergación y vejez a la que no daba crédito y a la que en el fondo no se fijaba mucho, igual que no se paraba a considerar el tedio de los alimentos sin sal, el frío de las baldosas de su cuarto, la fealdad y el mal olor de la bombona de butano con la que se calentaba, contemporánea del jarrón azul eléctrico y de los sillones y el sofá tapizados de plástico verde. No hacía caso de su pesadumbre ni se quejaba de su soledad, pero cuando reconoció al visitante que permanecía frente a él, en la luz escasa del recibidor, callado, inhábil, aún sin decir su nombre, tuvo una efusión impúdica de jovialidad, un sobresalto de gratitud que le humedeció los ojos y le despertó las emociones más escondidas de su alma, ternura antigua y nostalgia sin motivo, remordimiento más precioso y más firme que los recuerdos ya en parte borrados que lo provocaban.”
 
 

17/02/2018

La poupée russe de M. Yourcenar / La muñeca rusa de M. Yourcenar

Dans une interview, je ne sais plus laquelle, Marguerite Yourcenar disait qu’on met plus de soi dans la poésie que dans les romans.

Je veux penser qu’elle était d’humeur légère et ludique quand elle a écrit ce calligramme, s’inspirant d’ Apollinaire, vers 1932.
Petrouchka est l’équivalent russe de notre Polichinelle.
Si vous suivez ce blog depuis un temps, vous savez qui est Silvia Barón Supervielle, c’est elle qui a traduit, tâche extrêmement compliquée, (mais elle a également traduit Borgès!), ce poème en espagnol.
Deux bijoux.
 
En una entrevista, no me acuerdo cual, Marguerite Yourcenar decía que en la poesía uno pone más de si mismo que en las novelas.
Quiero creer que estaba de humor ligero y lúdico cuando escribió este caligrama, inspirado de Apollinaire, en los años ‘30
Petroushka es el equivalente ruso de nuestro Polichinelle (Polichinela).
La traducción al español, tan complicada (pero ella tradujo a Borges!) es de Silvia Barón Supervielle.
Dos joyas.

Poème pour une poupée achetée dans un bazar russe M. Yourcenar




Je suis
Bleu de roi
Et noir de suie.
 
Je suis le grand Maure
(Rival   de    Petrouchka).
La nuit me sert  de   troïka;
J’ai  le   soleil pour  ballon  d’or.
 
Presque aussi vaste que les ténèbres,
Mais    tout    aussi    fragile    qu’un    vivant,
Le moindre souffle émeut mon corps sans vertèbres.
 
Je    suis    très    résigné,    car   je   suis   très    savant :
Ne   raillez   pas    mon   teint   noir,  ni  mes  lèvres béantes,
 
Je  suis,  comme  vous,   un   pantin   entre  des   mains   géantes.
 
 
 
Petrouchka, source Wiki
 
 
 
 
Poema para una muñeca comprada en un bazar ruso.




Soy
El rey
Azul voy
Negra mi ley
 
Yo soy el gran Moro
(Rival de Petrouchka)
La   noche  fue  mi troica
Y  el  sol  mi  balón  de   oro.
 
De   las   tinieblas,   el   rellano;
Del    aire    respirante,   el    rocío;
Un  soplo  oscila  en  mi cuerpo vacío.
 
Soy muy resignado porque soy muy sabio.
No desdeñen mi tez negra o mi abierto labio:
Soy como ustedes un juguete en la enorme mano.
 
Versión de Silvia Barón-Supervielle

10/02/2018

Amère est l'eau des mers / Amarga es el agua de mar

La balade de l’eau de mer

 

F. Garcia Lorca

À Emilio Prados
(chasseur de nuages)

 

La mer

sourit au loin

Dents d’écume,

lèvres de ciel.

 
Que vends-tu, ô fille trouble
les seins à l’air?
 
Je vends, monsieur, l’eau
des mers.
 
Qu’as-tu, ô jeune noir
dans ton sang mêlé?
 
J’ai, monsieur, l’eau
des mers.
 
Ces larmes salées
d’où viennent-elles, mère?
 
Je pleure, monsieur, l’eau
des mers.
 
Cœur, et cette amertume
grave, où naît-elle?
 
Fort amère
est l’eau des mers!
 

La mer

sourit au loin

Dents d’écume,

lèvres de ciel.

 

 
(Trad:Colette)
 
 (Une traduction, un peu différente, aux éditions Gallimard 1954 ici: http://expositions.bnf.fr/lamer/cabinet/anthologie/bibliotheque/19.htm)
 
Dessin signé F. Garcia Lorca
 
La balada del agua del mar
 
F. Garcia Lorca
 
A Emilio Prados
(cazador de nubes)
 
El mar
sonríe a lo lejos.
Dientes de espuma,
labios de cielo.
 
¿Qué vendes, oh joven turbia
con los senos al aire?
 
Vendo, señor, el agua
de los mares.
 
¿Qué llevas, oh negro joven,
mezclado con tu sangre?
 
Llevo, señor, el agua
de los mares.
 
Esas lágrimas salobres
¿de dónde vienen, madre?
 
Lloro, señor, el agua
de los mares.
 
Corazón, y esta amargura
seria, ¿de dónde nace?
 
¡Amarga mucho el agua
de los mares!
 
El mar
sonríe a lo lejos.
Dientes de espuma,
labios de cielo.

03/02/2018

Vaillante Alfonsina II / Valiente Alfonsina II

 (Suite du billet précédent)
 
Sa vie est plus que remplie ces années-là : elle publie de la poésie, dicte des conférences et est professeur dans une école publique, dans une académie de musique et donne des cours du soir...elle est heureuse. Mais vers les années '20 cet excès de travail la mène à un épuisement physique et émotionnel, on dirait burn out de nos jour...repos total à la Mar de Plata. Mais bien vite Alfonsina a besoin d’argent pour subvenir aux besoins de son fils et elle reprend son rythme. 
Trop vite.
 
Su vida esta más que ocupada durante esos años : publica poesía, da conferencias, es profesora en una escuela publica, también en una academia de música e imparte cursos nocturnos… es feliz. Pero hacia los años '20 este exceso de trabajo la lleva a un agotamiento físico y emocional (ahora diríamos burn out) acaba en una cura de reposo total en el Mar de Plata. Sin embargo, Alfonsina, pronto necesitará dinero para cubrir las necesidades de su hijo y retomará su ritmo. Demasiado pronto.
 
Alfonsina, Mar de Plata
 
 
Vers la fin des années vingt, et malgré ses crises nerveuses, c’est une femme qui a acquis une renommée dans un milieu masculin, qui siège avec de grands noms de la vie intellectuelle, dont HoracioQuiroga avec qui elle a eu une relation intime.
A finales de los años veinte, y a pesar de sus crisis nerviosas, es una mujer que ha adquirido notoriedad en un medio eminentemente masculino, que tiene su sitio entre los grandes nombres de la vida intelectual como el de Horacio Quiroga con el que tuvo una relación intima.
 
Si jusque là sa poésie avait une forme très traditionnelle, dans “Ocre” publié en 1925 (elle a 33 ans) ses vers deviennent plus introspectifs, ses autoportraits plus ironiques, elle ose même élaborer une théorie sexuelle dans une trilogie.
Elle a maintenant découvert que la cause de ses douleurs n’est pas les hommes mais elle-même . Que ces derniers ne peuvent que lui apporter des amours éphémères mais, comme elle vit les meilleurs moments de sa vie, cela ne la préoccupe pas. Tout comme la laissent indifférente certains critiques qui la traitent d’immorale.
Si hasta ahora su poesía tenia una forma bastante tradicional, en « Ocre » a partir de 1925 (tiene 33 años) sus poemas se vuelven más introspectivos, sus autorretratos más irónicos, osa, incluso, elaborar una teoría sexual. Ha descubierto que la causa de sus dolores no son los hombres sino ella misma. Que estos últimos tan solo pueden aportarla amores efímeros. Pero ni eso, ni cierta criticas que la tratan de inmoral, la preocupan.
 
 
 
Mais, vous l’attendiez, les choses commencent à se gâter. D’abord par la représentation d’une pièce de théâtre qu’elle a écrite, sa première, où ses idées féministes sont interprétées comme des accusations contre les hommes, et qui est suspendue après trois représentations. Elle en est très peinée et indignée.
Ensuite les Ultraïstes, ce nouveau mouvement poétique argentin, lancent des critiques acerbes sur ses vers intimistes.
Elle décide alors de voyager, connaît la “Génération de ‘27”, va à Paris et en rentrant son style change; elle se libère de la forme, et adopte une façon plus visuelle de représenter les émotions, une vision du monde instable et précaire, des images qui nous arrivent “chargées de violence et tensions; l’angoisse métaphysique est l’épine dorsale de ses poèmes”.*
Pero, ustedes lo esperaban, las cosas empiezan a estropearse. Primero por la representación de su primera obra de teatro en la que sus ideas feministas son interpretadas como acusaciones contra los hombres y que es suspendida después de tres representaciones. Esto la deja apenada e indignada.
Después por las acerbas criticas sobre sus versos intimistas que lanzan los Ultraístas, un nuevo movimiento poético argentino.
Decide viajar, conoce la « Generación del 27 », visita París y otras ciudades europeas y a la vuelta su estilo cambia; se libera de la forma y adopta una manera mas visual de representar las emociones, una visión del mundo inestable y precaria; imágenes que nos llegan « cargadas de violencia y tensión ; la angustia metafísica es la espina dorsal de sus poemas ».*
 
 
À Paris
 
Quatre ans plus tard elle publie “Mascarilla y trébol” où dominent les images sombres, parfois grotesques: c’est le moment où on lui a diagnostiqué un cancer du sein. Elle vit affreusement mal la mutilation et durant les deux années suivantes, son état empirant, elle voit clairement venir la mort.
À ce moment-là également, Alfonsina qui est découragée et souffre énormément,  reçoit la nouvelle que son très cher ami Horacio Quiroga, ainsi que sa fille Eglé qu’Alfonsina aimait beaucoup, se sont suicidés.
Nous savons, par un poème dédié à Quiroga, qu’elle admirait la décision courageuse de l’écrivain ; suicide décidé, libre. 

 
Cuatro años más tarde publica « Mascarilla y trébol »libro en el que dominan imágenes sombrías, grotescas algunas veces : es el momento en que ha sido diagnosticada de cáncer de pecho. Vive muy mal esta mutilación y su estado, que no hace más que empeorar, la lleva a ver claramente venir la muerte. Al mismo tiempo recibe la noticia de que Su gran amigo Horacio Quiroga y su hija se han suicidado. Sabemos, por un poema dedicado a Quiroga que ella admiraba la decisión del escritor : suicidio decidido, libre.
 
 
Monument Afonsina Storni, Mar de Plata
 
 
Elle part à La Mar de Plata, pour se reposer dit-elle.
Mais...
Par une nuit par une nuit pluvieuse, un nuit de douleurs intenses,  et après avoir écrit une lettre à son fils, elle se jette dans le mer. Octobre 1938.

 
Nous avons, une sorte de testament, ce poème (que l’écrivain Felix Luna a repris pour en faire cette chanson, si connue de tous je crois “Alfonsina y el mar". La musique est du pianiste Argentin Ariel Ramirez).
Se va al Mar de Plata para descansar, dice ella.
Pero…
Una noche lluviosa, una noche de dolores intensos y después de haber escrito una carta a su hijo, se tira al mar. Octubre 1938.
Tenemos una especie de testamento, este poema. (El escritor Felix Luna se ha servido de el para hacer la tan conocida canción « Alfonsina y el mar » La música es del pianista argentino Ariel Ramirez).
 
 
Voici d’abord le poème :
Primero el poema :
 
Je vais dormir , 1938(traduction Egon Kragel)
 
Dents de fleurs, coiffe de rosée,
mains d’herbe, toi ma douce nourrice,
prépare les draps de terre
et l’édredon sarclé de mousse.
Je vais dormir, ma nourrice, berce-moi.
Pose une lampe à mon chevet;
une constellation, celle qui te plaît;
elles sont toutes belles : baisse-la un peu.
Laisse-moi seule : écoute se rompre les bourgeons…
un pied céleste te berce de tout là-haut
et un oiseau esquisse quelques voltes
pour que tu puisses oublier… Merci. Ah, une dernière chose :
s’il venait à me téléphoner
dis-lui qu’il n’insiste pas et que je suis sortie…

Voy a dormir (1938)
 
Dientes de flores, cofia de rocío,
manos de hierbas, tú, nodriza fina,
tenme prestas las sábanas terrosas
y el edredón de musgos escardados.

Voy a dormir, nodriza mía, acuéstame.
Ponme una lámpara a la cabecera;
una constelación; la que te guste;
todas son buenas; bájala un poquito.

Déjame sola: oyes romper los brotes...
te acuna un pie celeste desde arriba
y un pájaro te traza unos compases

para que olvides... Gracias. Ah, un encargo:
si él llama nuevamente por teléfono
le dices que no insista, que he salido...
 
 
Et voici, je vous ai traduit les paroles de la chanson. J’ai choisi comme interprètes d’abord celle qui la première fois l’a enregistrée, Mercedes Sosa en 1969, puis une autre version, plus rythmée, qui m’a profondément émue. Les voilà.
Alfonsina et la mer
 
Sur le sable mou que lèche la mer
Sa petite empreinte ne revient pas
Un sentier unique de peine et silence arriva
À l’eau profonde
Un sentier unique de peines muettes arriva
À l’écume.
 

Dieu sait quelle angoisse t’accompagna
Quelles anciennes douleurs tu as cachées
Pour t’allonger bercée par le chant
Des caracolas (conques) marines
La chanson que chante dans l’obscur fond de la mer
La caracola (conque)



Tu t’en vas Alfonsina avec ta solitude
Quels nouveaux poèmes es-tu allée chercher?
Une voix antique de vent et de sel
Te flatte l’âme et l’emmène
Et tu t’en vas, comme en rêve,
Endormie, Alfonsina, vêtue de mer



Cinq petites sirènes t’emporteront
Par des chemins d’algues et de corail
Et des hippocampes fluorescents feront
Une ronde à tes côtés
Et les habitants de l’eau vont bientôt
Jouer à tes côtés



Baisse un peu la lampe
Laisse-moi dormir, ma nourrice, en paix
Et s’il appelle ne lui dis pas que j’y suis
Dis-lui qu’Alfonsina ne revient pas
Et s’il appelle ne lui dis jamais que j’y suis
Dis que je suis partie
(Trad : Colette)

 

31/01/2018

Vaillante Alfonsina / Valiente Alfonsina

Un moment avec Alfonsina Storni / Un momento con Alfonsina Storni

Nous sommes fin XIXº et la famille Storni-Martignoni, de nationalité suisse, décide d’aller chercher fortune en Argentine. Ils s’installent à San Juan et ont deux fils. Nostalgie ou mauvaises affaires, on ne sait, les pousse à retourner en Suisse en 1890 et c’est là, en Suisse Italienne, que naît notre Alfonsina en 1892. Quatre ans plus tard la famille repart en Argentine, à San Juan, puis à Rosario, toujours à la recherche d’une vie meilleure.
 
A finales del siglo XIX la familia Storni-Martignoni, de nacionalidad suiza,decide buscar fortuna en Argentina. Se instalan en San Juan y tienen dos hijos. No se sabe si la nostalgia o los malos negocios les empuja a volver a Suiza en 1890 y es allí donde nace nuestra Alfonsina en 1892. Cuatro años más tarde (siempre buscando una vida mejor) la familia vuelve a Argentina, primero a San Juan y después a Rosario.
 
 

 
La famille est loin d’être au large et Alfonsina doit abandonner l’école à 11 ans pour aider sa mère dans son travail de modiste. Son père meurt en 1906 et voilà Alfonsina engagée comme apprentie dans une fabrique de bonnets. Un peu plus tard elle commence à faire du théâtre et entreprend des études pour devenir institutrice, tout en travaillant. 
 
Las dificultades económicas de la familia hacen que Alfonsina abandone la escuela a los 11 años para ayudar a su madre en el trabajo de modista. Su padre muere en 1906 y Alfonsina empieza a trabajar como aprendiza en una fabrica de sombreros. Poco más tarde, al mismo tiempo que su trabajo, empieza a hacer teatro y a estudiar magisterio.
 
Je vous passe ici quelques détails, mais à l’âge de 20 ans, enceinte d’un homme marié de 24 ans son aîné, elle décide de partir seule à Buenos Aires.
Que va-t-elle faire dans cette grande ville ? Travailler bien sûr, elle est très attentive à l’éducation de son fils avec lequel elle a une étroite relation, mais elle commence aussi à publier des poèmes, rencontrer d’autres artistes, des intellectuels.
 
Dejo aparte detalles de su vida pero a sus 20 años, embarazada de un hombre casado, 24 años mayor que ella, decide irse sola a Buenos Aires. Allí trabaja, se ocupa activamente de la educación de su hijo al que le une una estrecha relación, y empieza a publicar poemas y a conocer artistas e intelectuales.
 
En 1919, elle a 27 ans, sa vie prend un grand tournant : on lui confie une section de la revue Nota et du journal La Nación où elle parle des femmes et de la place qu’elles devraient occuper dans la société.
« Un jour arrivera où les femmes oseront montrer leur intériorité ; ce jour-là la morale prendra un autre tour ; les habitudes changeront »(dans «Cositas sueltas»). Elle dénonce, souvent avec ironie, la vie ennuyeuse des « femmes vides », de celles qui sont à la chasse de maris.(riches je suppose) . Mais elle prône aussi le vote des femmes (qui n’arrivera qu’en 1946) et questionne les traditions pesantes qui empêchent les femmes de suivre leur propre chemin. »*
Autant vous dire qu’une bonne partie des hommes et des femmes de l’époque se sont dressés contre elle !
 
 

En 1919, a los 27 años, su vida dio un gran giro : se encarga de una sección de la revista Nota y del periódico La Nación en los que habla de las mujeres y del lugar que deberían ocupar en la sociedad.
« Llegará un día en el que las mujeres se atreverán a enseñar su interioridad ; ese día la moral tomará otro rumbo ; los hábitos cambiarán »(en Cositas sueltas ») Denuncia con ironía la aburrida vida de las « mujeres vacías » aquellas que están a la caza de un marido (supongo que rico). Preconiza el voto de las mujeres (solo llegará en 1946) y cuestiona las pesadas tradiciones que impiden que las mujeres tomen su propio camino.* Naturalmente, todo esto hace que buena parte de los hombres y las mujeres de la época se erijan en su contra.
 
¿Qué diría la gente, recortada y vacía,
si un día fortuito, por ultra fantasía,
me tiñera el cabello de plateado y violeta,
usara pelo griego, cambiara la peineta
por cintillo de flores: miosotis o jazmines,
cantara por las calles al compás de violines,
o dijera mi verso recorriendo las plazas
libertado mi gusto de mortales mordazas?

(Del poema "¿Qué diría?)

Que diraient les gens, bornés et vides,
si un jour fortuit, par extrême fantaisie,
je me teignais les cheveux d’argent et violet,
je portais le cheveu grec*, changeais la peineta
pour des diadèmes de fleurs : myosotis ou jasmins,
si je chantais dans les rues au rythme des violons,
ou si je récitais mes vers en parcourant les places
- mes goûts libérés des baillons mortels ?
 
Extrait du poème ¿Qué diría ?
(Trad:Colette)

* Coiffure faite de petites tresses attachées à l'arrière.
*J'ai lu plusieurs biographies d'elle mais j'ai repris principalement celle-ci: https://cvc.cervantes.es/actcult/storni/biografia.htm
 
 
Fin de la première partie. Je ne veux pas vous fatiguer les yeux, la suite dans quelques jours avec la fin de sa courte vie, et une chanson.

 

Fin de la primera parte. No quiero cansaros los ojos, seguirá en pocos días con el fin de su corta vida y una canción.

27/01/2018

L'illusion d'embrasser / La ilusión de besar

-C'est un poème du XVIIIº ou XIXº siècle? me demande el señor M.

-Non, de la première moitié du XXª, pourquoi?

-C'est la forme...qui me semble d'un autre temps.
 
Ah, bon, peut-être, mais l'érotisme n'a pas d'âge.
 
-¿Es un poema del siglo XVII o XIX,? me pregunta el señor M.
- No, es de la primera mitad del siglo XX, ¿por qué?
-Es la forma... que me parece anticuada.
-Ha, bueno, tal vez, pero el erotismo no tiene edad.

 

La caresse perdue            Alfonsina Storni
 (le prochain billet sera consacré à cette incontournable poétesse Argentine)
 
S’échappe de mes doigts la caresse sans cause,
s’échappe… Dans le vent, en passant,
la caresse qui erre sans destin ni objet,
la caresse perdue- qui la recueillera?
 
J’ai pu aimer cette nuit avec une infinie pitié,
j’aurais pu aimer le premier arrivant.
Personne n’arrive. Le sentiers fleuris sont solitaires.
La caresse perdue, errera...errera…
 
Si on te baise les yeux cette nuit, voyageur,
si un doux soupir fait frémir les branches,
si t’opprime les doigts une petite main
qui te prend et te laisse, et t’obtient et s’en va.
 
Si tu ne vois pas cette main, ni cette bouche qui embrasse,
si c’est l’air qui tisse l’illusion d’embrasser,
oh, voyageur, toi aux yeux ouverts comme le ciel,
fondue dans le vent, me reconnaîtras-tu?
 
(Trad: Colette)
 
Temple de l'amour - 1916 - Auguste Rodin
 

La caricia perdida de Alfonsina Storni

 

Se me va de los dedos la caricia sin causa,
se me va de los dedos… En el viento, al pasar,
la caricia que vaga sin destino ni objeto,
la caricia perdida ¿quién la recogerá? 

 
Pude amar esta noche con piedad infinita,
pude amar al primero que acertara a llegar.
Nadie llega. Están solos los floridos senderos.
La caricia perdida, rodará… rodará… 

 
Si en los ojos te besan esta noche, viajero,
si estremece las ramas un dulce suspirar,
si te oprime los dedos una mano pequeña
que te toma y te deja, que te logra y se va. 

 
Si no ves esa mano, ni esa boca que besa,
si es el aire quien teje la ilusión de besar,
oh, viajero, que tienes como el cielo los ojos,
en el viento fundida, ¿me reconocerás?

 

 

20/01/2018

Monsieur le beau / Señor guapo

LE CANARD ET LE SERPENT 
 
Tomás de Iriarte (Tenerife 1750- Madrid 1791), fabuliste.
 
Au bord d’un étang
disait un canard:
À quel animal donna le ciel
les dons qu’il m’a donnés?
Je suis d’eau, de terre et d’air.
Quand de marcher je me fatigue
si j’en ai envie, je vole,
si j’en ai envie, je nage.”
Un serpent futé,
qui l’écoutait,
d’un sifflement l’appela
et lui dit: “Monsieur le beau,
il ne faut pas tant vous vanter;
Car vous ne marchez comme un daim,
ni ne volez comme le faucon
ni ne nagez comme le barbeau.
Et sachez ainsi
que l’important et rare
n’est pas savoir de tout
mais d’être adroit en quelque chose.”
 
Il vaut mieux bien savoir une chose, que beaucoup, mal.
(Trad:Colette)
 
*Voir note sous le billet
 
 
 


 
 
El pato y la serpiente           Tomas de Iriarte
 
A orillas de un estanque
diciendo estaba un pato:
«¿A qué animal dio el cielo
los dones que me ha dado?
Soy de agua, tierra y aire.
Cuando de andar me canso,
si se me antoja, vuelo,
si se me antoja, nado.»
Una serpiente astuta,
que le estaba escuchando,
le llamó con un silbo,
y le dijo: «Seor guapo,
no hay que echar tantas plantas;
pues ni anda como el gamo,
ni vuela como el sacre,
ni nada como el barbo.
Y así tenga sabido
que lo importante y raro
no es entender de todo,
sino ser diestro en algo.»
 
Más vale saber una cosa bien, que muchas mal. 
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Note: il est fort intéressant de découvrir qu'un fabuliste français, de moi totalement inconnu, Don Juan Laurencin,  né le 17 janvier 1733, et mort le 21 janvier 1812 a écrit la même fable (les fabulistes, depuis Ésope, se sont tous copiés, c'est connu)

Sur le bord d’un étang, très-content de lui-même,
S’écrioit un Canard d’une arrogance extrême :
Dans toute la nature est-il un animal
Qu’on puisse m’égaler? non , je n’ai point d’égal.
Seul j’ai reçu tous les dons en partage ;
Je possède mille attributs divers;
Je marche et fends les airs,
Et puis, quand il me plait, je nage….
Il eût continué ; mais un rusé Serpent,
Ennuyé de sa gasconnade,
S’approchant, lui dit : camarade,
Tout beau; ne vous vantez pas tant.
Le Daim court mieux que vous ; le Rouget, à la nage,
Auroit aussi sur vous de l’avantage ;
Et quant à voler, le Faucon
Pourroit bien vous donner leçon.
Ainsi sachez, soit dit sans vous déplaire,
Vous , qui vous croyez sans égal,
Qu’il vaut beaucoup mieux savoir faire
Bien une chose , que cent mal.
« Le Canard et le Serpent »
Ceux qui donnent les meilleurs avis ne sont pas toujours les plus sages. J’aurois dû profiter moi – même de la leçon du Serpent.

 

 
 

06/01/2018

Recherche logis et.../ Se solicita hogar y...

 

 
Avis Jaime Augusto Shelley (Ciudad de México, 1937) 
 
Recherche patio
avec pots rouges
et vapeur de dalle fraîchement arrosée.
 
Hauts arbres
avec oiseaux sylvestres
qui prennent leur bain habituel
et leur petit déjeuner
dans une fontaine simple
qui peu à peu verdît son paisible trait.
 
Un logis aux grilles ouvertes
est demandé.
(Trad:Colette)
 

Aviso Jaime Augusto Shelley (Ciudad de México, 1937)

Se solicita un patio
con macetas rojas
y vaho de ladrillo recién regado.
Árboles de altura
con pájaros silvestres
que hagan su ritual de baño
y desayuno
en una fuente de labra sencilla
que enmohezca a ritmo su apacible trazo.
Un hogar se solicita.
De cancel abierto.

23/12/2017

Un lieu qui attend / Un lugar que espera

Une bibliothèque c'est des livres, et puis des humains sans lesquels elle n'aurait aucun sens.
Je me souviens, c'était bien avant Internet, de journées passées à consulter, à étudier dans celle de l’Université.
 
Aussi ai-je traduit, avec un immense plaisir et comme un cadeau pour votre Noël, ce poème qui, je pense, vous emportera ailleurs.
 
Una biblioteca son los libros, y los humanos sin los cuales ella no tendría sentido.
Me acuerdo, era mucho antes de Internet, haber pasado días consultando, estudiando, en la de la Universidad.
 
Así decidí traducir al francés y publicar, con mucho placer y como si fuera vuestro regalo de Navidad, este poema que, pienso, os llevará a otra parte.
 
 
 
 

 

La bibliothèque    Roberto Juarroz (Argentina 1925-1995)
(Extrait de "poesía vertical")
L’air y est différent.
Il est hérissé par un courant
Qui ne vient pas de ce texte-ci ou de celui-là,
Mais il les enlace tous
Comme un cercle magique.
Le silence y est différent.
Tout l’amour réuni, toute la peur réunie,
Toute la pensée réunie, presque toute la mort,
Presque toute la vie et de plus tout le rêve
Qui a pu se dégager de l’arbre de la nuit.
Et le son y est différent.
Il faut apprendre à l’entendre
Comme on entend une musique sans aucun instrument,
Quelque chose qui se glisse entre les feuilles,
Les images, l’écriture et le blanc.
Mais au-delà de la mémoire et des signes qui l’imitent,
Au-delà des fantasmes et des Anges qui copient la mémoire
 Et estompent les contours du temps,
qui pourtant manque de dessin.
 
La bibliothèque est le lieu qui attend.
Peut-être est-ce l’attente de tous les hommes,
car les hommes aussi y sont différents.
Ou peut-être est-ce l’attente de ce que tout l’écrit
Soit écrit à nouveau,
Mais d’une certaine façon, dans un autre monde,
Par quelqu’un semblable aux hommes,
Quand les hommes n’existeront plus.
Ou peut-être est-ce seulement l’attente
Que tous les livres s’ouvrent soudain,
Comme une consigne métaphysique,
Pour que se fasse d’un coup la somme de toute la lecture,
Cette rencontre majeure qui peut-être sauvera l’homme.
 
Mais, surtout, la bibliothèque est une attente
Qui va au-delà des lettres,
Au-delà de l’abîme.
L’espoir concentré d’en finir avec l’attente,
D’être plus que l’attente,
D’être plus que les livres,
D’être plus que la mort.
(Trad:Colette)
Carl Spitzweg
 
La biblioteca
 
El aire es allí diferente.
Está erizado todo por una corriente
Que no viene de este o aquel texto,
Sino que los enlaza a todos
Como un círculo mágico.
El silencio es allí diferente.
Todo el amor reunido, todo el miedo reunido,
Todo el pensar reunido, casi toda la muerte,
Casi toda la vida y además todo el sueño
Que pudo despejarse del árbol de la noche.
Y el sonido es allí diferente.
Hay que aprender a oírlo
Como se oye una música sin ningún instrumento,
Algo que se desliza entre las hojas,
Las imágenes, la escritura y el blanco.
Pero más allá de la memoria y los signos que la imitan,
Más allá de  los fantasmas y los Ángeles que copian la memoria
 
Y desdibujan los contornos del tiempo,
Que además carece de dibujo,
 
La biblioteca es el lugar que espera.
Tal vez sea la espera de todos los hombres,
porque también los hombres son allí diferentes.
O tal vez sea la espera de que todo lo escrito
Vuelva nuevamente a escribirse,
Pero de alguna otra forma, en algún otro mundo,
Por alguien parecido a los hombres,
Cuando los hombres ya no existan.
O tal vez sea tan solo la espera
De que todos los libros se abran de repente,
Como una metafísica consigna,
Para que se haga de golpe la suma de toda la lectura,
Ese encuentro mayor que quizá salve al hombre.
 
Pero, sobre todo, la biblioteca es una espera
Que va más allá de letra,
Más allá del abismo.
La espera concentrada de acabar con la espera,
De ser más que la espera,
De ser más que los libros,
De ser más que la muerte.
                                                         Juarroz,  Roberto.

 

16/12/2017

Musique et bois sacré / Música y bosque sagrado

Nous parlions d’animisme à la fin du dernier billet.
Hablaba de animismo al final de la entrada anterior.
Lors d’une balade, toujours dans le sud du Sénégal, cette affiche :
Durante un paseo, en el sur de Senegal, este cartel :
 
Photo Colette 2017, près de Cap Skirring
 
 
Un bois sacré...cela me rappelle un poème extrait du recueil de « poésie noire », Karanta, de Mbay Usmaan.
 
Un bosque sagrado, esto me recuerda un poema extracto de un libro de “poesía negra”, Karanta, de Mbay Usmaan
 
Descendant des ces collines arides
Je voudrais m’asseoir un instant
Et sentir dans le creux de mes cuisses
Le galbe prodigieux de la « Kora »
Dont le lourd sortilège des arpèges
Envahit mon corps
Et me transporte si loin
Aux airs de « touroubang » et « soutoukoum »
Dans une inaltérable célébration du gabou
Sublimes instants de vies harmonieuses
D’où surgissent des puissances
qui convergent vers l’imposant bois sacré
Ceint de panaches de fumée
Et d’explosions entrecoupées
De rythmes pulsatiles du « bombolong »
(…)
L’orgie de bruits et de sons
Amplifie le tumulte
Dans les poitrines juvéniles
Mais ce soir elles retrouveront la quiétude
Dans le sommeil avec l’esprit des ancêtres.
(...)
 
http://africanholocaust.net/music-in-african-religions/
 
 
 
Bajando de esas colinas áridas
Quisiera sentarme un instante
Y sentir en el hueco de mis muslos
El moldeado prodigioso de la “Kora”
Cuyo fuerte sortilegio de los arpegio
Invade mi cuerpo
Y me trasporta tan lejos
Con aires de “touroubang” y “soutoukoum”
En un inalterable celebración del gabou
Sublimes instantes de vidas harmoniosas
De donde surgen potencias
Que convergen hacia el imponente bosque sagrado
Ceñido de bocanadas de humo
Y de explosiones entrecortadas
De ritmos pulsativos del “bombolong”
(…)
La orgía de ruidos y sonidos
Amplifica el tumulto
En los pechos juveniles
Pero esta noche encontrarán la quietud
En el sueño con el espíritu de los ancestros.
(…)
(Trad: Colette)
 
Extrait de: Karanta (Poésie Noire) Mbay Usmaan, section: Sénégal

18/11/2017

Savoir nommer / Saber nombrar

Nous revenons une fois encore à Alejandra Pizarnik.
Volvemos una vez más a Alejandra Pizarnik.
 
 
elle se dénude dans le paradis
de sa mémoire
elle ignore le féroce destin
de ses visions
elle a peur de ne savoir nommer
ce qui n'existe pas
(Trad: Colette)
 
ella se desnuda en el paraíso
de su memoria
ella desconoce el feroz destino
de sus visiones
ella tiene miedo de no saber nombrar
lo que no existe
 
expliquer avec des mots de ce monde
que de moi sortit un bateau qui m'emporta
 
(trad:Colette)
 
explicar con palabras de este mundo
que partió de mí un barco llevándome
 
 
 
Je lisais et traduisais ces courts poèmes quand je me suis demandé si cette difficulté à nommer l’avait poussée à s’exprimer aussi d’une autre façon qu’avec des mots. Et j’ai trouvé ça:
Leía y traducía esos cortos poemas cuando me pregunté si esa dificultad en nombrar le había empujado a expresarse también de otra forma que con palabras. Y encontré esto:
 
Seul le fragile reste

 

La cage est devenue oiseau et s'est envolée  

 

 

 

Je demande le silence * (détail)

 

Ce voyage fut une erreur *