culture

  • Quand tu dors.../ Cuando duermes...

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    Roberto Juarroz (1925-1995)

    Quand tu dors
    ta main me transmet inopinément une caresse.
    Quelle zone de toi l’a formée,
    quelle région autonome de l’amour,
    quelle partie réservée à la rencontre ?
    Quand tu dors
    je te redécouvre.
    Et je voudrais m’en aller avec toi
    au lieu d’où vient cette caresse.
    *
    – Poésie verticale  – Traduit de l’espagnol par Roger Munier.
     
    Kokoschka, la novia del viento / La fiancée du vent

    Mientras duermes
    tu mano me transmite imprevistamente una caricia.
    ¿Qué zona tuya la ha creado,
    qué autónoma región del amor,
    qué parte reservada del encuentro?
    Mientras duermes
    te conozco de nuevo.
    Y quisiera irme contigo
    al lugar donde nació esa caricia.

     

    Poesía vertical
  • D'exil en exil / De exilio en exilio

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    Suite et fin de la vie de Rafael Alberti.

    Nous avons laissé le poète lors de son inscription au parti communiste et de son engagement républicain pendant la Guerre civile. Les choses empirent, son ami Federica Garcia Lorca est assassiné. Il écrit plusieurs poèmes en son hommage. En voici un.


    A Federico Garcia Lorca
    Poète de Grenade.
       Automne 1924
     
    Cette nuit où le poignard du vent 
    sabre le cadavre de l’été,
    j’ai vu dans ma chambre se dessiner
    ton visage brun au profil gitan.
     
    La plaine fleurie. Les fleuves, cimeterres
    rougis par le sang virginal des fleurs.
    Lauriers-roses. Cabanes. Prairies.
     
    Dans la sierra, quarante brigands.
     
    Tu t’es réveillé à l’ombre d’un olivier,
    avec près de toi la fleur des comptines.
    Ton âme de terre et brise, captive…
     
    Abandonnant, très doux, ses autels,
    l’ange des chants populaires a brûlé
    devant toi une anémone votive.
    (Trad: Colette)
     
    Rafel Aberti et F. Garcia Lorca

               
     
    A FEDERICO GARCÍA LORCA,
    POETA DE GRANADA
    (1924)
    1
    (OTOÑO)
    En esta noche en que el puñal del viento
    acuchilla el cadáver del verano,
    yo he visto dibujarse en mi aposento
    tu rostro oscuro de perfil gitano.

    Vega florida. Alfanjes de los ríos,
    tintos en sangre pura de las flores.
    Adelfares. Cabañas. Praderíos.

    Por la sierra, cuarenta salteadores.

    Despertaste a la sombra de una oliva,
    junto a la pitiflor de los cantares.
    Tu alma de tierra y aire fue cautiva…

    Abandonando, dulce, sus altares,
    quemó ante ti una anémona votiva
    el ángel de los cantos populares. 

     

     

    Paloma, dessin de R. Alberti




    C’est pour lui et sa femme le moment de s’exiler; Pablo Neruda l’invite dans sa maison Parisienne, Quai de l’Horloge. Picasso leur trouve du travail. Mais très vite, nous sommes en '39-'40, la Guerre Mondiale s’annonce, le Gouvernement de Pétain, allégeant leur affiliation au parti communiste, leur refuse le permis de travail.
    Nouvel exil. Ils partent en Argentine où ils resteront une vingtaine d’années. Toujours actif, militantisme et surtout l’écriture de poèmes.
     La souffrance énorme aussi. Et cette amitié profonde avec Neruda.
    « Rafael et moi nous sommes ce que j’appellerai simplement des frères. La vie a enchevêtré nos existences, bouleversé nos poésies et nos destinées. » (Neruda)

    Parfois un brin d'humour dans ses poèmes de l’époque.


    A cinquante ans, aujourd'hui j'ai ma bicyclette.
    Beaucoup ont un yacht
    et beaucoup plus encore ont une automobile ;
    il en est même beaucoup qui ont déjà un avion.
    Mais moi,
    à cinquante ans tout juste, je n'ai qu'une bicyclette (...)
    A los cincuenta años, hoy, tengo una bicicleta.
    Muchos tienen un yate
    y muchos más un automóvil
    y hay muchos que también tienen ya un avión.
    Pero yo,
    a mis cincuenta años justos, tengo sólo una bicicleta(…)


    Arrive  Juan Perón au pouvoir, nouvel exil, à Rome cette fois car Franco est toujours en place. Ce n’est qu’en 1977 qu’il rentre finalement dans son pays natal où il croit que tout le monde l’a oublié. Pas du tout, il est reçu très chaleureusement.
     
    Voilà. Rafael Albert meurt chez lui, dans son village, en 1999. Il avait 97 ans, avait toujours écrit et tant vécu que vous comprendrez que cette biographie soit très incomplète.
    Il disait que les poèmes sont faits pour être lus à voix haute, alors, rien que pour les sonorités, écoutez ce très court poème dédié à Picasso et lu par lui-même mais intraduisible car les rimes et assonances en sont le bijou.
     
  • Cette héroïque peine bombardée / Esta heroica pena bombardeada

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    (Suite vie et poèmes de Rafael Alberti)

    Vient ensuite une période créative, enthousiaste: dans la Résidence d’étudiants il s’unit à d’autres poètes tels F. Garcia Lorca, Miguel Herńandez, Pedro Salinas...et ensemble, envoûtés par le surréalisme, les rires et les idées folles, ils vont former ce bloc de poètes connus comme ceux de la Génération du ‘27.
    Mais cette allégresse ne dure pas longtemps pour notre Rafael qui entre dans une crise existentielle spirituelle; il perd la foi, sa santé est fragile, il a des problèmes d’argent.
    De là naît le recueil “Sur les anges” dont voici un poème. (deux autres sur le blog Ma Librairie de Claudialucia https://claudialucia-malibrairie.blogspot.com/2009/04/rafael-alberti-sur-les-anges.html)

     

     

     

    Sin título, Dalí, surrealismo




    LE BON ANGE
     
     
    Une année, déjà endormi,
    quelqu’un d’inattendu
    s’arrêta à ma fenêtre.
    Lève-toi! Et mes yeux
    virent des épées et des plumes.
    Derrière moi monts et mers,
    nuages, becs et ailes,
    les crépuscules, les aubes.
    Regarde-la là-bas! Son rêve,
    suspendu au néant.
    Oh désir, marbre fixe,
    fixe lumière, fixes eaux
    mobiles de mon âme!
    Quelqu’un dit: Lève-toi!
    Et me voilà dans ta demeure.
    (Trad:Colette)
    El ÁNGEL BUENO”
    Un año, ya dormido,
    alguien que no esperaba
    se paró en mi ventana.
    ¡Levántate! Y mis ojos
    vieron plumas y espadas.
    Atrás montes y mares,
    nubes, picos y alas,
    los ocasos, las albas.
    ‹¡Mírala ahí! Su sueño,
    pendiente de la nada.
    ¡Oh anhelo, fijo mármol,
    fija luz, fijas aguas
    movibles de mi alma!
    Alguien dijo: ¡Levántate!
    Y me encontré en tu estancia.
     
     
    L’écriture de ce recueil l’aide à sortir de la crise. Et le voilà qui se lance en politique pour secouer, dit-il, la conscience endormie d’un pays qui s’achemine vers l’épisode le plus terrible de son histoire, la Guerre Civile. Sa poésie devient un lieu de combat, communiste.
    Et c’est là qu’il rencontre, en 1930, une femme extraordinaire, María Teresa León, écrivaine, engagée, féministe avec laquelle il se marie. Elle dissipe tous ses doutes et il s’engage à fond dans la lutte contre le fascisme. 1936, la guerre éclate, il aide à mettre à l’abri des bombardements les tableaux les plus précieux du Prado, accueille les intellectuels de tous bords qui luttent pour la République.
    Pour terminer pour aujourd’hui, ce poème à son chien, en pleine guerre.

     

    À Niebla, Mon chien (1938)
    "Niebla", toi tu ne comprends pas : c'est ce que
    chantent tes oreilles,
    le tabac innocent, naïf, de ton regard
    et les longs flamboiements que dans le bois tu laisses,
    en sautant, tendre éclair de rien échevelé.
    Regarde ces chiens troubles, orphelins, circonspects,
    qui, surgissant soudain des brumes déchirées,
    traînent dans leurs timides pas désorientés
    tout le récent effroi de leur maison en ruine.
    Malgré ces fugaces voitures, sans convoi,
    qui transportent la mort dans un caisse nue ;
    et malgré cet enfant qui observe, réjoui,
    la bataille là-haut, qui aurait pu l'assassiner ;
    malgré le meilleur compagnon perdu, malgré
    ma sordide famille qui ne comprend pas
    ce que j'aurais voulu surtout qu'elle eût compris,
    et malgré cet ami qui déserte et nous vend ;

    "Niebla", mon camarade,
    tu n'en sais rien, bien sûr, mais il nous reste encore,
    au milieu de cette héroïque peine bombardée,
    la foi, qui est la joie ; la foi : la joie, la joie.

     

    A Niebla, Mi Perro
    «Niebla», tú no comprendes: lo cantan tus orejas,
    el tabaco inocente, tonto, de tu mirada,
    los largos resplandores que por el monte dejas,
    al saltar, rayo tierno de brizna despeinada.

    Mira esos perros turbios, huérfanos, reservados,
    que de improviso surgen de las rotas neblinas,
    arrastrar en sus tímidos pasos desorientados
    todo el terror reciente de su casa en ruinas.

    A pesar de esos coches fugaces, sin cortejo,
    que transportan la muerte en un cajón desnudo;
    de ese niño que observa lo mismo que un festejo
    la batalla en el aire, que asesinarle pudo;

    a pesar del mejor compañero perdido,
    de mi más que tristísima familia que no entiende
    lo que yo más quisiera que hubiera comprendido,
    y a pesar del amigo que deserta y nos vende;

    «Niebla», mi camarada,
    aunque tú no lo sabes, nos queda todavía,
    en medio de esta heroica pena bombardeada,
    la fe, que es alegría, alegría, alegría.

    (Capital de la Gloria,1938)
  • Arraché à la mer / Arrancado al mar

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    Rafael Alberti, né près de Cádiz en 1902, était un garçon enjoué, heureux, surtout près la mer. Et partout sauf à l’école des Jésuites où ses parents l’avaient inscrit. La discipline, les matières enseignées, c’était pas pour lui. 

     
    Fundación R. Albert, Puerto de Santa María
    Il a 13 ans quand son père, pour son travail, décide que la famille va vivre à Madrid. Le changement est radical, Rafael se sent déraciné et, convaincu de ses talents pour la peinture, il passe ses journées au Prado à copier des œuvres des grands maîtres.
     
    Rafael Alberti Frisos de la danza Madrid 1920
    C’est à la mort de son père, il a 18 ans, qu’il se rend compte qu’il exprime mieux tout ce qui bouillonne en lui, par des mots, des poèmes.
     
    Voici le premier, qui exprime ce déracinement.
     
    Marin à terre 1
    La mer. La mer.
    La mer. Rien que la mer !
    Pourquoi m’avoir emmené, père,
    à la ville ?
    Pourquoi m’avoir arraché, père,
    à la mer ?
    La houle, dans mes songes,
    me tire par le cœur
    comme pour l’entraîner.
    Père, pourquoi donc m’avoir
    emmené
    ici ?

    «Marinero en tierra»1

    El mar. La mar.
    El mar. ¡Sólo la mar!
    ¿Por qué me trajiste, padre,
    a la ciudad?
    ¿Por qué me desenterraste
    del mar?
    En sueños, la marejada
    me tira del corazón.
    Se lo quisiera llevar.
    Padre, ¿por qué me trajiste
    acá?
     
    Marin à terre est son premier recueil . Alberti l’a proposé pour le Prix National de Littérature et il fut le lauréat. Le livre a été édité en 1925.  Il avait 23 ans. Et voilà, ça y est, il est entré dans le monde de la poésie . Alberti y gagne un peu d’argent et de notoriété, cela le conduit à rencontrer Garcia Lorca, Dali, Buñuel, et à publier dans des revues.
    Sa santé est mauvaise, et il est obligé de vivre reclus pendant des mois. Il lit, écrit des poèmes, lyriques au début, et pose un regard sur la beauté des paysages, l’amour.

     
    « L’aube de la giroflée ».
     
    Tout ce que j’ai vu grâce à toi
    -   l’étoile sur la bergerie,
    le charriot de foin en été
    et l’aube de la giroflée –
    si tu me regardes est à toi.
     
         Tout ce qui t’a plu grâce à moi
    -    le sucre doux de la guimauve,
    la menthe de la mer sereine
    et la fumée bleue du benjoin –
    si tu me regardes est à toi »
     

    El alba del Alhelí
     
    Todo lo que por ti vi
    - las estrellas sobre el aprisco,
    el carro estival del heno
    y el alba del alhelí-,
    si me miras, para ti.
     
    Lo que gustaste por mí
    -la azúcar del malvavisco,
    la menta del mar sereno
    y el humo azul del benjuí-,
    si me miras, para ti.

    Nous poursuivrons en poèmes sa vie, faite de lutte politiques et d’exils, dans les prochains billets.

  • Reste l'important / Queda lo importante

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    La première passion de Rafael Alberti, grand poète espagnol né en Andalousie en 1902, fut la peinture. Dans le prochain billet je vous raconterai sa vie, son œuvre, mais aujourd’hui c’est un poème où il évoque l’œuvre picturale de Gogh qui m’a attirée, amusée et fait frémir aussi.
    Alors j’ai décidé de ne mettre aucune illustration, et si vous êtes comme moi, vous “verrez” les tableaux dont il parle.(à part les hirondelles qui ne me disent rien).
     
    La primera pasión de Rafël Alberti, nacido en 1902, fue la pintura. En la próxima entrada os contaré su vida, su obra, pero hoy es un poema donde evoca la obra pictórica de Van Gogh que me atrajo, me divirtió.
    Decidí pues no poner ninguna ilustración y, si sois como yo, “veréis” los cuadros de los cuales habla.


    Van Gogh

    Coup de pinceau
    brûlé.
    Source
    de courant
    apparent
    désordonné.
    Matinale
    hirondelle
    source.
     
    Tourbillonne,
    paysanne,
    ondule.
    Nuit en cercle roue,
    bleuit
    le bois.
     
    Crépite,
    petit chêne infini,
    tison,
    le paysage:
    braise mouvante,
    mer,
    houle.
     
    Nucléaire
    démence en jaune,
    pinceau couteau,
    tournesol,
    sanglant
    jaune soleil,
    violent
    anneau.
     
    Jaune des blés,
    verte hallucination,
    orange, vermillon,
    métal,
    crie,
    cauchemar
    mortel,
    humble chaise.
    Fleur,
    chandelle
    jaune.
     
    Se coupe,
    se recoupe
    ta couleur,
    s’exalte,
    vole,
    peintre.
     
    Mais reste ce qui importe:
    haute,
    la trace.
     
    (Trad: Colette)                                  Dans "À la peinture" 1948
     
     
     
     

     

    Rafael Alberti Van Gogh
     
    Pincelada
    quemada.
    Fuente
    de aparente
    corriente
    desordenada.
    Matutina,
    golondrina
    fuente.

    Se arremolina,
    campesina,
    ondula.
    Noche en círculo rueda,
    azula
    la arboleda.

    Crepita,
    carrasca infinita,
    tizo,
    el paisaje:
    rescoldo movedizo,
    mar,
    oleaje.

    Nuclear
    demencia en amarillo,
    pincel cuchillo,
    girasol,
    cruento
    amarillo sol,
    violento
    anillo.

    Gualda trigal,
    verde alucinación,
    naranja, bermellón,
    metal,,
    chilla,
    pesadilla
    mortal,
    humilde silla.
    Flor,
    candela
    amarilla.

    Se corta,
    se recorta
    tu color,
    se exalta,
    vuela,
    pintor.

    Mas permanece lo que importa:
    alta,
    la estela.
    en A la pintura, 1948
     
  • Une faim inutile / Un hambre inútil

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    Dans ce poème, Pablo Neruda dit la nature, la mer, alliées à l’absence d'amour ou plutôt d'un amour. Lu à voix haute il sonne bien, très bien même en espagnol; je crois qu'en traduction il n'est pas trop mal non plus...
     
    http://the-warriors-rpg.eklablog.com/pinede-a144892898
     


    Ici je t’aime.
    Dans les pins sombres se démêle le vent.
    La lune étincelante luit sur les eaux vagabondes.
    Et les jours, tous égaux, se poursuivent.
     
    La brume se défait en figures dansantes.
    Une mouette argentée se décroche du crépuscule.
    Une voile parfois. Hautes, hautes étoiles.
     
    Ou la croix noire d’un bateau.
    Seul.
    Je me lève parfois à l’aube, et même mon âme est humide.
    Sonne, résonne la mer lointaine.
    Voici un port.
    Ici je t’aime.
     
    Ici je t’aime, en vain te cache l’horizon.
    Je t’aime encore parmi ces froides choses.
    Parfois mes baisers vont sur ces graves bateaux
    qui courent sur la mer sans
    jamais arriver.
     
    Je me vois oublié comme ces vieilles ancres.
    Si tristes sont les quais lorsque le soir accoste.
    Ma vie est fatiguée de sa faim inutile.
    J’aime ce que je n’ai pas. Toi tu es si distante.
     
    Mon ennui se débat dans les lents crépuscules.
    Mais la nuit vient, chante
    déjà pour moi .
    La lune fait tourner ses rouages de songe.
     
    Avec tes yeux me voient les étoiles majeures.
    Du même amour que moi, les grands pins dans le vent
    veulent chanter ton nom de leurs feuilles de fer.
     
    Pablo NERUDA, Vingt poèmes d'amour et une chanson désespérée (1923-1924)
    Trad Colette inspirée de celle de Pierre Thiollière
     
     
     
    Aquí te amo.
    En los oscuros pinos se desenreda el viento.
    Fosforece la luna sobre las aguas errantes.
    Andan días iguales persiguiéndose.

    Se desciñe la niebla en danzantes figuras.
    Una gaviota de plata se descuelga del ocaso.
    A veces una vela. Altas, altas estrellas.

    O la cruz negra de un barco.
    Solo.
    A veces amanezco, y hasta mi alma está húmeda.
    Suena, resuena el mar lejano.
    Este es un puerto.
    Aquí te amo.

    Aquí te amo y en vano te oculta el horizonte.
    Te estoy amando aún entre estas frías cosas.
    A veces van mis besos en esos barcos graves,
    que corren por el mar hacia donde no llegan.

    Ya me veo olvidado como estas viejas anclas.
    Son más tristes los muelles cuando atraca la tarde.
    Se fatiga mi vida inútilmente hambrienta.
    Amo lo que no tengo. Estás tú tan distante.

    Mi hastío forcejea con los lentos crepúsculos.
    Pero la noche llega y comienza a cantarme.
    La luna hace girar su rodaje de sueño.

    Me miran con tus ojos las estrellas más grandes.
    Y como yo te amo, los pinos en el viento,
    quieren cantar tu nombre con sus hojas de alambre.
     
    Pablo Neruda

  • À la recherche de la maison / Buscando la casa

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    The house among the roses Claude Monet 1925  

     Alors...le poème d'aujourd'hui parle de ce tableau. L'auteure est la jeune
    Martha Asunción Alonso (Madrid 1986); j'imagine qu'elle l'a vu au Musée 
    Thyssen de Madrid et celui qu'elle a vu est celui-ci (je ne peux le copier, il est
     protégé) https://coleccioncarmenthyssen.es/en/work/la-casa-entre-las-rosas/

     

     Vous voyez? La maison n'y est pas décelable!

    El poema de hoy habla de este cuadro.  La autora del poema es Martha Asunción Alonso (Madrid 1986), me imagino que lo vio en el Museo Thyssen de Madrid, y el que vio es el siguiente (no lo puedo copiar, está protegido)
    https://coleccioncarmenthyssen.es/en/work/la-casa-entre-las-rosas/ 
    ¿Veis? ¡La casa no se distingue!

    En fait il existe 6 versions différentes du même tableau, peintes par Monet en
      automne 1925, avec différentes lumières.

     
    Existen 6 versiones distintas del mismo cuadro, pintadas por Monet en otoño
     
     1925, con luces distintas.

     

     
    The house among the roses (Monet, 1925)
    Martha Asunción Alonso
     
    Tous la signalaient du doigt, ils acquiesçaient,
    s’éloignaient pour mieux observer, fixement,
    comme des enfants suivant des yeux un cerf-volant sur la plage.
     
    Une femme utilisait même des jumelles,
    très sérieuse et discrète, la tête inclinée,
    comme elle le ferait pour scruter la fausse carte d’un trésor.
     
    Je me sentais imbécile. Je me souviens avoir pensé: peut-être
    la maison parmi les roses se trouve-t-elle en dehors du cadre,
    là où personne ne pense,
    là où la vue se voile.
    Peut-être avons-nous perdu le temps à chercher l’animal
    jamais son ombre;
    l’éclat du soleil sur la source, pas la soif.
     
    J’y pensai un bon moment, comme aveugle,
    tandis que les japonais souriaient.
     
    Car peut-être la maison n’est que les roses
    et ce ciel bleu turquoise,
    joie compacte et feu facile.
     
    Aujourd’hui je crois que la maison parmi les roses a toujours été
    nous. À sa recherche.
     
    Trad: Colette
     
     
     

    The house among the roses (Monet, 1925)

    Martha Asunción Alonso

    Todos la señalaban con el dedo, asentían,
    se alejaban para observar mejor, muy fijamente,
    como niños siguiendo una cometa por la playa.


    Una mujer incluso usaba unos prismáticos,
    muy seria y sigilosa, la cabeza inclinada,
    igual que si escrutase un mapa falso del tesoro.


    Yo me sentía imbécil. Recuerdo que pensé: quizá
    la casa entre las rosas esté fuera del cuadro,
    donde nadie la piensa,
    allí donde se nubla tu mirada.
    Quizá hayamos perdido el tiempo buscando el animal,
    nunca su sombra;
    el destello del sol sobre la fuente, no la sed.


    Seguí pensando un rato, como ciega,
    mientras los japoneses sonreían.


    Porque tal vez la casa sólo fuera las rosas
    y aquel cielo turquesa,
    alegría compacta y lumbre fácil.


    Hoy creo que la casa entre las rosas siempre fuimos
    nosotros. En su busca.

    (De Detener la primavera, Madrid, Hiperión 2011

     

  • Lo nuestro es pasar (Notre destin est de passer) A. Machado, fin

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    Entre la dictature de Primo de Rivera et celle de F. Franco, les huit ans de République furent une époque faste (pour certains!) mais bien courte, bien trop courte pour A. Machado.
    Si, dès l’arrivée du nouveau dictateur, il met sa plume et son énergie au service de la République, il connaît une des plus grandes souffrance de sa vie: son frère Manuel qu’il aime tant et avec lequel il a écrit, voyagé, prend le parti des nationalistes. Rupture définitive entre les deux frères.
     
    Cette guerre civile dura trois ans de ‘36 à ‘39 et les poèmes écrits par Machado à cette époque ont, vous l’imaginez bien, perdu cette symbiose avec la nature. On y parle de mort, de morts.
     

     

    https://www.slideshare.net/100005043120186/el-crimen-fue-en-granada-81190512  Machado Y Lorca
     
     
     
    Voici le premier, sur l’exécution de F.Garcia Lorca:

    Il y a eu crime dans Grenade

    A Federico Garcia Lorca
    I
    Le crime

    On l’avait vu, cheminant entre des fusils
    par une longue rue,
    apparaître dans la campagne froide,
    encore étoilée, la campagne du matin.
    Ils ont tué Frédéric
    à l’heure où surgissait la lumière.
    Le peloton des bourreaux
    n’osait le regarder en face.
    Ils ont tous fermé les yeux,
    ils ont prié : Dieu lui-même ne te sauverait pas !
    Il est tombé mort, Frédéric
    - sang au front et aux entrailles. –
    Il y a eu crime dans Grenade !
    Vous savez ? – pauvre Grenade ! – sa Grenade !...

    Traduit de l’espagnol par Jean Cassou 
     
     
     
     

    El crimen fue en Granada

    A Federico Garcia Lorca
     
    I
    El crimen

    Se le vio, caminando entre fusiles,
    por una calle larga,
    salir al campo frío,
    aún con estrellas, de la madrugada.
    Mataron a Federico
    cuando la luz asomaba.
    El pelotón de verdugos
    no osó mirarle la cara.
    Todos cerraron los ojos;
    rezaron: ¡ni Dios te salva!
    Muerto cayó Federico.
    -sangre en la frente y plomo en las entrañas-.
    ...Que fue en Granada el crimen
    sabed -¡pobre Granada!-, en su Granada...

     
    Et puis ces vers qui m’ont toujours tant émue, bouleversée:
     
    Petit Espagnol qui viens au monde.
    Que Dieu te garde.
    Une des deux Espagne
    Va te geler le coeur”
     
    Españolito que vienes
    al mundo te guarde Dios.
    una de las dos Españas
    ha de helarte el corazón.”
     
    Juan Manuel Serrat a tant chanté les poèmes de Machado:
     
    Ici, Serrat, jeune:
     
    Puis il y eût la fuite, Valencia, Barcelona enfin, il est déjà en mauvaise santé. Le 2 février 1939, en compagnie de sa mère et d’un de ses frères, ils entreprennent à pied, dans le froid, le voyage épuisant vers la France. Et ils arrivent à Colliure où ils logent dans une auberge. Il y mourra une vingtaine de jours plus tard, sa mère ne lui survivra que quelques jours.
     
     
     
    « Machado dort à Collioure 
    Trois pas suffirent hors d'Espagne
    Que le ciel pour lui se fit lourd 
    Il s'assit dans cette campagne 
    Et ferma les yeux pur toujours” Aragon.
    (lire le poème entier:
     
    Jean Ferrat l’a chanté:
     
     
     
    Voilà, vie et mort, comme écrivait le poète: “Lo nuestro es pasar” (Notre destin est de passer)
     
    Sur sa tombe, ces vers:
     
     
    « Et quand viendra le jour du dernier voyage,

    quand partira la nef qui jamais ne revient,

    vous me verrez à bord, et mon maigre bagage,

    quasiment nu, comme les enfants de la mer ».
     
     
    PS: Je n'ai pas traduit ces billets sur A.Machado en espagnol parce que les natifs le connaissent fort bien, du moins ils devraient:-)
  • A. Machado, au revoir à Soria / A. Machado se marcha de Soria

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    Machado suite

    Pour terminer cette époque de la vie d’Antonio Machado à Soria qu’il va quitter, je voudrais vous faire lire ce poème le long du fleuve Douro ou Duero en español, fleuve qui est aussi appelé la colonne vertébrale de Castilla y León, c’est à dire la partie septentrionale de la Castille. 

    Mais d’abord jetez un coup d’oeil à ces belles photos du Monastère de San Juan de Duero prises il y a peu par Sergio: https://escapadesphoto.fr/monastere-san-juan-de-duero


    À cette époque, l’Espagne qui reste neutre lors de la guerre 14’-18’, Machado entretient une longue correspondance avec le poète Unamuno où les préoccupations religieuses tiennent un grand rôle. Machado plaide pour un christianisme humaniste, un Christ salvateur qu'on retrouve dans “Champs de Castille”. Il se trouvera bientôt pris, pour des raisons politiques, dans un autre “entre” dont nous parlions la semaine dernière.
     

     

     

    Rives du Douro (Champs de Castille)

     

    Printemps de Soria, humble printemps,
    comme le songe d’un bienheureux
    d’un pauvre voyageur assoupi de fatigue
    au milieu d’une lande infinie! Carré de champ jaunâtre
    comme bure grossière de paysanne,
    prairie de velours poussiéreux
    prairie de velours poussiéreux
    où paissent de maigres brebis! Petits lopins de terre dure et froide
    où pointent le seigle et le blé
    qui nous donneront un jour
    notre pain noir. Et de nouveau des rocs et des rochers,
    des pierres nues, des crêtes dénudées,
    le domaine des aigles royaux,
    broussailles et cistes,
    herbes sauvages, buissons et ronces. Ô terre ingrate et forte, terre mienne !
    Castille, tes villes décrépites !
    l’âpre mélancolie
    qui peuple tes sombres solitudes! Castille virile, terre austère,
    Castille du mépris envers le sort,
    Castille de la douleur et de la guerre,
    terre immortelle, Castille de la mort! C’était un soir, quand les champs
    fuyaient le soleil et que dans la stupeur de la planète
    comme un globe violet apparaissait
    la belle lune, aimée du poète. Dans le ciel mauve et violacé
    une étoile claire brillait.
    L’air assombri
    rafraîchissait mes tempes et rapprochait
    le murmure de l’eau à mon oreille. Entre des collines de plomb et de cendre,
    parsemées de chênaies rongées
    et entre des rocailles chauves de calcaire,
    Les huit arches du pont allaient être assaillies
    par le fleuve-père
    qui sillonne le froid désert de Castille. Oh ! Douro, ton eau coule
    et coulera tandis que le soleil de mai
    fera couler les neiges blanches de janvier
    par les gorges et les ravins,
    tant que les montagnes auront
    leur turban de neige et d’orage,
    et que brillera l’olifant
    du soleil, sous la nuée de cendres !…Et le vieux romancero
    fut-il près de la rive le songe d’un trouvère ?
    Peut-être comme toi et à jamais, Douro,
    comme toi vers la mer coulera la Castille ?
    (Traduction trouvée sans nom du traducteur) 
     
    Orillas del Duero Campos de Castilla
     
    ¡Primavera soriana, primavera
    humilde, como el sueño de un bendito,
    de un pobre caminante que durmiera
    de cansancio en un páramo infinito!¡Campillo amarillento,
    como tosco sayal de campesina,
    pradera de velludo polvoriento
    donde pace la escuálida merina!¡Aquellos diminutos pegujales
    de tierra dura y fría,
    donde apuntan centenos y trigales
    que el pan moreno nos darán un día!Y otra vez roca y roca, pedregales
    desnudos y pelados serrijones,
    la tierra de las águilas caudales,
    malezas y jarales,
    hierbas monteses, zarzas y cambrones.¡Oh tierra ingrata y fuerte, tierra mía!
    ¡Castilla, tus decrépitas ciudades!
    ¡La agria melancolía
    que puebla tus sombrías soledades!¡Castilla varonil, adusta tierra;
    Castilla del desdén contra la suerte,
    Castilla del dolor y de la guerra,
    tierra inmortal, Castilla de la muerte!Era una tarde, cuando el campo huía
    del sol, y en el asombro del planeta,
    como un globo morado aparecía
    la hermosa luna, amada del poeta. En el cárdeno cielo violeta
    alguna clara estrella fulguraba.
    El aire ensombrecido
    oreaba mis sienes y acercaba
    el murmullo del agua hasta mi oído. Entre cerros de plomo y de ceniza
    manchados de roídos encanares,
    y entre calvas roquedas de caliza,
    iba a embestir los ocho tajamares
    del puente el padre río,
    que surca de Castilla el yermo frío.¡Oh Duero, tu agua corre
    y correrá mientras las nieves blancas
    de enero el sol de mayo
    haga fluir por hoces y barrancas;
    mientras tengan las sierras su turbante
    de nieve y de tormenta,
    y brille el olifante
    del sol, tras de la nube cenicienta!…¿Y el viejo romancero
    fue el sueño de un juglar junto a tu orilla?
    ¿Acaso como tú y por siempre, Duero,
    irá corriendo hacia la mar Castilla?



    Castilla la vieja
     
    Certains excellents sites, comme celui-ci (2 parties) racontent en détails la vie de Machado http://jacqueline.baldran.over-blog.com/pages/Antonio_Machado_1-8816808.html alors je vous la raconte à ma façon:-)
     
    Notre Antonio part à Ségovie où il reste simple professeur de français, mais cette Espagne qu’il aime tant, à laquelle il souhaite de sortir de la pauvreté, de l’inculture, va bientôt entrer dans une époque très noire. En 1923 Primo de Rivera installe la dictature militaire. Machado fonde une section de la Ligue des Droits de l’homme. Il là il va s’engager, avec tant d’autres”plumes” amies comme Albertí et Garcia Lorca. Il publie “Proverbes et chansons” puis “Nouvelles chansons”, des textes philosophique sous un pseudo...Et il écrit avec son frère tant aimé, Manuel, des pièces de théâtre.
     
    Et voilà, et je terminerai ci pour aujourd’hui, que l’amour revient dans sa vie. Non, sans un autre “entre” car la dame est mariée. Pauvre Antonio, si droit dans ses bottes: deux coups de foudre, d’abord une jeune fille mineure puis une dame mariée qui est surnommée Guiomar. 
     
  • A. Machado, un homme de l'ombre / A. Machado, un hombre de la sombra

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    Antonio Machado (Première partie) (Primera parte)
     
     
    Neruda disait d'Antonio Machado qu’il était « très silencieux et discret, doux et sévère comme un très vieil arbre d’Espagne ».
    Dans toutes les biographies que j’ai lues de lui, Antonio Machado est décrit comme une homme bon et humble, un homme qui aime l'ombre et les gens simples, les travailleurs qu’il mentionne souvent dans ses vers.
     



    « Chaque fois que j’ai affaire à des hommes de la campagne, je pense à toutes les choses qu’ils savent et que nous ignorons et combien il leur importe peu de connaître tout ce que nous savons. »
     
    Jamais je n’ai cherché la gloire
    Ni voulu dans la mémoire
    des hommes
    Laisser mes chansons
    Mais j’aime les mondes subtils
    Aériens et délicats
    Comme des bulles de savon.
    J’aime les voir s’envoler,
    Se colorer de soleil et de pourpre,
    Voler sous le ciel bleu, subitement trembler,
    Puis éclater.
     
    Né à Sevilla en 1875, mais, comme il l’écrit dans son autobiographie “De huit à trente deux ans j’ai vécu à Madrid, exception faite des années 1899 et 1902 que j’ai passées à Paris. J’ai été éduqué à l’ Institución Libre de Enseñanza et je conserve un grand amour pour mes maîtres. Je suis passé par L’institut et L’université, mais la trace que je conserve de de ces centres est une grande aversion pour tout ce qui est académique”.
    Son premier recueil de poèmes parut en 1903 “Soledades”, (Solitudes), sa poésie est déjà et restera toujours simple, sobre, pleine de réflexions sincères qui le rendent si humain et le rapproche de nous tous. 
     
     
     
     
    Antonio Machado était traducteur mais surtout professeur de français et lorsqu’une place intéressante lui est offerte à Soria, petite ville de Castille, il accepte et s’installe dans une pension. Et là il tombe éperdument amoureux de la fille des propriétaires qui n’a, selon les biographies, que 13 ou 15 ou 16 ans. Lui en a 32, ses amis se moquent de lui mais... Leonor Izquierdo est sous son charme et dès qu’elle atteint l’âge requis, ils se marient. Ils voyagent à Paris, font des projets, mais hélas elle meurt 3 ans après de tuberculose. A. Machado est inconsolable et elle restera le grand amour de sa vie.
    Leonor Izquierdo
     
    Machado sera toute sa vie une personne “entre”, ici entre ses souvenirs d’enfance andalouse et la fascination pour La Castille, il publie en 1912 le superbe recueil “Champs de Castille”. (nous verrons d’autres “entre” dans le prochain billet.)

     

    Soria

     

    Je terminerai cette première partie de sa vie par ces mots de lui:
    Quatre principes dont il faut tenir compte: Le contraire est aussi fréquent. Il ne suffit pas de bouger pour rénover. Il ne suffit pas de rénover pour améliorer. Il n’y a rien qui soit absolument “empirable”.
     
     

    Decía Neruda de Machado que era ”muy silencioso y discreto, dulce y severo como un viejísimo árbol de España”.

    En todas la biografías  que leí de él, se le describe como un hombre bueno y humilde, que nunca buscó la luz y a quién gustaba la gente del pueblo, los trabajadores que tantas veces menciona en sus versos.
    «Siempre que trato con hombres del campo pienso en lo mucho que ellos saben y nosotros ignoramos, y en lo poco que a ellos importa conocer cuanto nosotros sabemos»
     
    Nunca perseguí la gloria
    ni dejar en la memoria
    de los hombres mi canción;
    yo amo los mundos sutiles,
    ingrávidos y gentiles
    como pompas de jabón.
    Me gusta verlos pintarse
    de sol y grana, volar
    bajo el cielo azul, temblar
    súbitamente y quebrarse.
     
    Nació en Sevilla en 1875, pero, tal y como lo escribe en su autobiografía .!
    Desde los ocho a los treinta y dos años he vivido en Madrid con excepción del año 1899 y del 1902 que los pasé en París. Me eduqué en la Institución Libre de Enseñanza y conservo gran amor a mis maestros: (...). Pasé por el Instituto y la Universidad, pero de estos centros no conservo más huella que una gran aversión a todo lo académico.”
     
    Su primer libro de poemas, titulado Soledades salió en 1903, su poesía es y será siempre simple, sobria, llena de reflexiones sinceras que le dan un lado tan humano, tan cercano a nosotros.
     
    Antonio Machado era traductor pero sobre todo profesor de francés y cuando se le ofreció un puesto interesante en Soria aceptó y se instaló en una pensión. Allí se enamoró locamente de la hija de los dueños que, según las biografías no tenia más de 13, 15 o 16 años. Él tenía 32 años y sus amigos se burlaron de él, pero...Leonor Izquierdo , bajo los encantos del profesor, tuvo que esperar hasta tener la edad para casarse y se fueron de viaje a París. Tenían muchos planes juntos pero a las tres años de la boda elle murió de tuberculosis. A. Machado fue inconsolable y Leonor quedará el gran amor de su vida.
     
    A.M. será toda su vida una persone “entre”, aquí entre sus recuerdos de infancia andaluza y la fascinación y el amor que tiene por Castilla. En 1912 publica los poemas “Campos de Castilla”, magnífico. (veremos otros “entre” en la próxima entrada).
     
    Termino esta primera parte con estas palabras de él:
    Cuatro principios a tener en cuenta: Lo contrario es también frecuente. No basta mover para renovar. No basta renovar para mejorar. No hay nada que sea absolutamente empeorable”
  • Découvertes / Descubrimientos

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    Il vous est peut-être arrivé de vous rendre dans un musée et de vous dire que le bâtiment, les salles, sont plus intéressants et beaux que les œuvres exposées.
    C’est ce qui m’est arrivé en visitant le CCA d’Andratx. Il est vrai que je n’avais aucune idée des expositions en cours, que je suis peut-être mal tombée comme on dit.
     
    http://www.ccandratx.com/es/c1/inicio.html
     
     
     
     
    http://www.ccandratx.com/es/c1/inicio.html
     
    Voici ce qu’en dit le prospectus (cliquez, il y a photos qui défilent aussi): “ Le CCA Andratx a été crée en 2001 par Jacob et Patricia Asbaek. L’édifice de 4.000m2 en référence à l ‘architecture traditionnelle, s’intègre parfaitement dans l’impressionnant paysage de montagnes et est un des centres d’art contemporain les plus grands des Baléares et du reste de l’Europe." (Trad: Colette)
     
    Ce centre, qui accueille des artistes en résidence, semble destiné d’abord aux étrangers (ou fréquenté par eux); l’agréable jeune femme à l’accueil ne parlait que vaguement l’espagnol, mais les divers feuillets explicatifs étaient en plusieurs langues. 
     
    http://www.ccandratx.com/es/c1/inicio.html
     
    Si je n’ai pas été sensible aux œuvres présentée dans les énormes salles, dans une alcôve j’ai découvert un artiste danois, Bent Holstein, qui m’a inspirée. Une petite série de photos sur lesquelles il a peint, une légère inspiration japonaise ai-je pensé.
     

     

     

     

     

     
    Rentrée chez moi j’ai vu que cet artiste est connu, qu’il a une variété de styles, a beaucoup exposé, et...que son œuvre est très intéressante.

    Tal vez le ha ocurrido ir a un museo y pensar que el edificio, las salas, son más inteŕesantes y bellos que las obras expuestas..

    Es lo que me pasó al vistar el CCA de Andratx. Bien est cierto que no tenía ni idea de las exposiciones en curso y que tal vez caí mal.
     
     
    El prospecto  (donde podeís ver muchas fotos) dice esto: “El CCA Andratx fue fundado en 2001 por Jacob y Patricia Asbaek. El edificio de 4.000 m2 de estilo minimal, con referencias a la arquitectura tradicional, se integra perfectamente en el impresionante paisaje de montaña convirtiéndose en uno de los centros de arte contemporáneo más grandes de las Baleares y del resto de Europa.”
     
    Ese centro, que acoge artistas en residencia, parece destinado a los extranjeros ( o frecuentado por ellos); la agradable señorita en la entrada/taquilla apenas hablaba español, pero los distintos folletos eran en varios idiomas.
     
     http://www.ccandratx.com/es/c1/inicio.html
     
    Si no fui sensible a las obras presentadas en las salas enormes, en una recamara descubrí un artista danés, Bent Holstein, que me inspiró. Una pequeña serie de fotos sobre las cuales ha pintado. Una inspiración ligeramente japonesa pensé.
     

     

     
    De vuelta en casa vi que ese artista es conocido, que tiene una variedad de estilos, ha expuesto mucho y que es muy interesante.
  • Questions / Preguntas

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    En prose et sans ponctuation ce poème de Juan Gelman.
     
    Un peu de travail mental vous sera nécessaire..
     
     
     
    Poema en prosa y sin puntuación de Juan Gelman.
     
    Hay que pensar leyendo...
     


    Puisque tu navigues dans mon sang et connais mes limites et m’éveilles au milieu du jour pour me coucher dans ton souvenir et que tu es furie de ma patience pour moi dis-moi ce que diable je fais pourquoi j'ai besoin de toi qui es muette seule me parcourant raison de ma passion pourquoi je désire te remplir de moi seul et t'envelopper et t’épuiser me mêler à tes petits os et tu es l’unique patrie contre les bêtes l'oubli.”


    (Trad:Colette)

     

     
     
    Ya que navegas por mi sangre y conoces mis límites y me despiertas en la mitad del día para acostarme en tu recuerdo y eres furia de mí paciencia para mí dime qué diablos hago por qué te necesito quién eres muda sola re recorriéndome razón de mi pasión por qué quiero llenarte solamente de mí y abarcarte acabarte mezclarme a tus huesitos y eres única patria contra las bestias el olvido”.
  • Au-delà de l'ultime horizon / Más allá del último horizonte

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    Le poème d’aujourd’hui est un peu le prolongement du billet de

    la semaine dernière.

     

    Il est de Vicente Huidobro, poète Chilien qui a eu tant d’influence

    sur les surréalistes,.

     

    El poema de hoy es de alguna forma la prolongación de la entrada

    de la semana pasada.

     

    Es de Vicente Huidobro, poeta chileno que tanta influencia tuvo

    sobre los surrealistas.

     

     

    «... La poésie n’est autre chose que l’ultime horizon qui est, à son tour, l’arête où les extrêmes se touchent, où il n’y a ni contradiction ni doute. Le poète vous tend la main pour conduire au-delà de l’ultime horizon, plus haut que la pointe de la pyramide, en ce champ qui s’étend au-delà du vrai et du faux, au-delà de la vie et de la mort, au-delà de l’espace et du temps, au-delà de la raison et de l’imaginaire, au-delà de l’esprit et de la matière. » Vicente Huidobro, Madrid 1921


    "... la poesía no es otra cosa que el último horizonte, que es, a su vez, la arista en donde los extremos se tocan, en donde no hay contradicción ni duda.El poeta os tiende la mano para conduciros más allá del último horizonte, más arriba de la punta de la pirámide, en ese campo que se extiende más allá de lo verdadero y lo falso, más allá de la vida y de la muerte, más allá del espacio y del tiempo, más allá de la razón y la fantasía, más allá del espíritu y la materia." Vicente Huidobro, Madrid, 1921
     
    Aujourd’hui un poème qui vous emmène loin et tout près, dont certains vers pourraient être un roman, où n’existe aucune limite. Mieux vaut se laisser porter, se laisser faire avec plaisir.

    Rob Gonsalves
    https://culturainquieta.com/es/arte/pintura/item/14984-la-pintura-surrealista-de-rob-gonsalves-nos-hace-creer-en-lo-imposible.html
     
     
    IMPOSSIBLE

    de Vicente Huidobro

    Impossible de savoir quand ce coin de mon âme s’est endormi
    et quand il fera à nouveau partie de mes fêtes intimes
     
    Ou si ce morceau est parti pour toujours
    Ou bien s’il fut volé et se trouve entier dans un autre
     
    Impossible de savoir si l’arbre primitif sent encore en son être le vent millénaire
    Si tu te souviens du chant de la mère quaternaire
    Et des cris de ton rapt
    Et de la voix sanglotante de l’océan qui venait d’ouvrir les yeux
     
    Et qui agitait les mains et pleurait dans son berceau
     
    Pour vivre nous n’avons pas besoin de tant d’horizons
    Les têtes de coquelicot que nous avons mangées souffrent pour nous
    Mon amandier parle pour une partie de moi-même
    Je suis près et je suis loin
     
    En mon temps bref, j’ai des centaines d’époques
    En mon être profond, j’ai mille lieues
    Cataclysmes de la terre accidents de planètes
    Et quelques étoiles de deuil
    Tu te souviens de quand tu étais un son entre les arbres
    Et de quand tu étais un petit rayon vertigineux?
     
    Maintenant nous avons la mémoire trop chargée
    Les fleurs de nos oreilles pâlissent
    Je vois parfois des reflets de plumes sur ma poitrine
    Ne me regarde pas avec tant de fantasmes
     
    Je veux dormir je veux entendre à nouveau les voix perdues
    Comme les comètes qui sont passées à un autre système
     
    Où étions-nous? Dans quelle lumière et dans quel silence?
    Oû serons-nous?
    Tant de choses tant de choses tant de choses
     
    Je souffle pour éteindre tes yeux
    Tu te souviens de quand tu étais un soupir entre deux branches?
    (Trad:Colette)
     
     
    Van Gogh, Oliviers
     

    Imposible

    de Vicente Huidobro


    Imposible saber cuándo ese rincón de mi alma se ha dormido
    y cuándo volverá otra vez a tomar parte en mis fiestas íntimas

    O si ese trozo se fue para siempre
    O bien si fue robado y se encuentra íntegro en otro

    Imposible sabe si el árbol primitivo adentro de su ser siente todavía el viento milenario
    Si tú recuerdas el canto de la madre cuaternaria
    Y los grandes gritos de tu rapto
    Y la voz sollozante del océano que acababa de abrir los ojos

    Y agitaba las manos y lloraba en su cuna

    Para vivir no necesitamos tantos horizontes
    Las cabezas de amapola que hemos comido sufren por nosotros
    Mi almendro habla por una parte de mí mismo
    Yo estoy cerca y estoy lejos

    Tengo centenares de épocas en mi breve tiempo
    Tengo miles de leguas en mi ser profundo
    Cataclismos de la tierra accidentes de planetas
    Y algunas estrellas de luto
    ¿Recuerdas cuando eras un sonido entre los árboles
    Y cuando eras un pequeño rayo vertiginoso?

    Ahora tenemos la memoria demasiado cargada
    Las flores de nuestras orejas palidecen
    A veces veo reflejos de plumas en mi pecho
    No me mires con tantas fantasmas
    Quiero dormir quiero oír otra vez las voces perdidas
    Como los cometas que han pasado a otros sistemas

    ¿En dónde estábamos? ¿En qué luz en qué silencio?
    ¿En dónde estaremos?
    tantas cosas tantas cosas tantas cosas

    Yo soplo para apagar tus ojos
    ¿Recuerdas cuando eras un suspiro entre dos ramas?
  • Routine / Rutina

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    Elvira Sastre, jeune poète, écrivain, traductrice et philologue espagnole, née à 
    Ségovie en 1992, est déjà très connue et a publié plusieurs recueils de poèmes. 
    J'ai été très surprise et  frappée par la maturité dont elle fait preuve dans le 
    poème qui suit.

    Elvira Sastre, joven poeta, escritora, traductora  y filóloga española, nacida en
     Segovia en 1992, es ya muy conocida y ha publicado varios poemarios.
    Me ha sorprendido la madurez que enseña en el poema que sigue.

    L'habitude de nous habiter
     
    Je me demande si c'est ça:
    les mots qui s'ajustent aux notes,
    le calme de l'équilibre minuscule
    et le minime soubresaut qui sort du dedans,
    le
    bien d'autrui
    qui
    déjà
    est
    nôtre.
     
    Je me demande si c'est ça
    le souvenir au présent,
    la main experte tendue sans à peine effleurer,
    un silence confortable habitant entre les regards,
    la routine
    qui
    déjà
    est
    constante.
     
    Chaque nuit
    j'embrasse la réponse
     

    (Trad:Colette)

    Equilibrio Jorge Morrone

    Equilibrio, Jorge Morrone

     

    ELVIRA SASTRE
     

    EL HÁBITO DE HABITARNOS


    Me pregunto si es esto:
    las palabras encajando en las notas,
    la calma del equilibrio minúsculo
    y el mínimo sobresalto que sale de dentro,
    lo
    ajeno
    que
    ya
    es
    propio.

    Me pregunto si es esto:
    el recuerdo en presente,
    la mano experta tendida sin rozar apenas,
    un silencio cómodo habitando entre miradas,
    la
    rutina
    que
    ya
    es
    perenne.

    Cada noche
    abrazo la respuesta.

     

     

  • Nos petits rêves / Nuestros pequeños sueños

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    Poète et narrateur Irakien né en 1944, Sargon Bulous (ou Bulus)s’installa en 1967 à Beyrouth où il travailla comme journaliste et traducteur. Postérieurement il émigra aux États-Unis. Ses recueils de poèmes sont peu connus et traduits à ma connaissance.
     
    Poeta y narrador iraquí nacido en 1944, Sargón Bulus se trasladó en 1967 a Beirut, donde trabajó como periodista y traductor. Posteriormente emigró a Estados Unidos y desde 1980 vive en San Francisco. Sus libros de poemas no están, que yo sepa, traducidos al español.
     
    Le poème qui suit a été traduit en espagnol par Milagros Nuin et en français par moi.
     
     
    La femme qui volait avec le vent Sargón Bulus (o Boulus).
     
     

    Si tu voyais cette femme qui vole avec le vent
    qui porte dans les yeux
    les signes d’un orage à venir
    et les cheveux coiffés en tourbillons,
    n’hésite pas, préviens-moi,
    peut-être n’est-elle qu’un de mes désirs,
    peut-être est-elle celle que j’ai cherché par monts et par vaux…



    Je la trouverai peut-être dans une ruelle déserte,
    un enfant dans les bras, ou penchée à une fenêtre,
    ou encore la reconnaîtrai-je par un sifflotement, un fragment de chanson
    qui dirait de belles choses sur l’éloignement
    et la distance.



    Si seulement tu la voyais sur les ailes d’un papillon
    volant, collée au goudron du pavement
    les yeux troublés par les absurdes ornements de l’histoire
    et la poitrine chargée de cris de tristesse de tout un peuple
    et ses fruits solitaires,
    comme des pierres dans un panier…



    Amène-la au marché des boutiques fermées
    là où le vent souffle entre les planches,
    aux alentours du village où nous sommes nés
    et avons rêvé nos rêves,
    nos petits rêves...

    et que nous avons abandonné.

     
     (Trad:Colette)
     
    Mural-Beirut.
    Cortesía: Al Arabiya
     
     
     

    “La mujer que vuela con el viento”, de Sargón Bulus

     
     
    Si vieras a esa mujer que vuela con el viento
    llevando en sus ojos
    los signos de una tormenta venidera
    y con el pelo envuelto en torbellinos,
    no dudes, avísame,
    quizás ella sólo sea un anhelo mío,
    quizás sea ella a quien he buscado por aldeas y pueblos…
     
    Tal vez la encuentre en un callejón desierto,
    con un niño entre los brazos, o asomada a una ventana,
    o quizás la reconozca en un silbido, en un fragmento de canción
    que hable de cosas hermosas sobre el alejamiento
    y la distancia.
     
    Si sólo la vieras en las alas de una mariposa
    volando pegada al alquitrán del pavimento
    con los ojos enturbiados por los absurdos adornos de la historia
    y el pecho cargado con gritos de tristeza de todo un pueblo
    y sus frutos solitarios,
    como piedras en un cesto…
     
    Tráela al mercado de las tiendas cerradas
    donde el viento sopla entre las maderas,
    a las afueras del pueblo en que nacimos
    y soñamos nuestros sueños,
    nuestros pequeños sueños…
    y lo abandonamos.
     
     
     
    Publicado por primera vez en el periódico Al—Hayat Publicado en el periódico el 8 de octubre de 2003)
     
    Trad al español, Milagros Nuin