12/07/2015

Dehors et dedans / Fuera y dentro

Toujours la canicule, alors voici un poème féministe et amusant d'une  

contemporaine de Gioconda Belli, Ana María Rodas.
 

Le poème en espagnol et sa belle traduction je les ai trouvés ici

 

 

 



                               Miss Hulk

 

 

 

Je suis une femme incroyable
 
                  quand je m’énerve
 
                  je grandis

                  je deviens vert

                         je déchire tout

en dedans.
 
                           Bill Bixby
 
                           fait tout cela
mais 
 
lui
 
c’est
 
un homme
 
il le fait
 
                 en dehors. 
 


                             Ms. Hulk

 

Soy una mujer increíble

                  cuando me enojo

                   crezco

                 me pongo verde

                 desgarro todo

adentro.

                       Bill Bixby                  

                              hace todo eso

pero

 él

es
 
hombre
 
lo hace

           a fuera.



Nota: Bill Bixby, si vous l'ignoriez est l'acteur qui joue Hulk / el el actor 

que representa a Hulk

04/07/2015

Cimenter les rêves / Cimentar los sueños

Paresse et chaleur, ou / et vice versa...je n'ai pas écrit, comme annoncé, de détails sur la vie et la personnalité de Gioconda Belli. Mais je vous ai traduit ce court texte.

 

 

Tendresse des peuples  Gioconda Belli

 

 Je te disais que la solidarité

 est la tendresse des peuples.

 Je te le disais après le triomphe,

 après avoir passé les temps durs des batailles
 
et des pleurs;
 
maintenant tandis que je repense aux choses qui se sont passées là-bas
 
quand tout n'était que rêve et rêve, éveillés et endormis,
 
sans jamais nous lasser de cimenter le rêve
 
jusqu'à ce qu'il cesse d'en être un et que nous avons vu les
 
drapeaux rougenoirs
 
- en vrai - flottant sur les maisons, les cabanes, les chaumières,
 
les arbres du chemin et nous avons pensé à tout ce que nous 

 avons dû vivre

 et c'était comme un grand casse-tête de rages et de feu

et sang et espoirs...


(Trad: Colette)

 

 

Consuelo (détail) Antonio Soler

 

 

 

Consuelo (réconfort) Antonio Soler (link)

 

 

 

 

 

Ternura de los pueblos   Gioconda Belli

 

 Yo te decía que la solidaridad 

 es la ternura de los pueblos.

 Te lo decía después del triunfo,

 después de que pasamos los tiempos duros de batallas

 y llantos;

 ahora mientras recuerdo cosas que pasaron allá afuera,

 cuando todo era soñar y soñar, despiertos y dormidos, 

 sin cansarnos nunca de ponerle argamasa al sueño

 hasta que dejó de serlo, hasta que vimos las banderas rojinegras

   de verdad— ondeando sobre las casas, las casitas, las chozas,

 los árboles del camino y pensamos en todo lo que nos tocó vivir

 y era como un gran rompecabezas de rabias y fuego

 y sangre y esperanza.. .

 

27/06/2015

Érotisme poétique / Erotismo poético

Le sexe et la Révolution, l'érotisme et la lutte, c'est ce que nous propose la poétesse
 
Gioconda Belli née en 1948 au Nicaragua. Je vous parlerai d'elle la semaine prochaine, en
 
attendant commençons l'été avec ces plaisirs charnels.
 
El sexo y la Revolución, el erotismo y la lucha, es lo que nos propone la poetisa
 
Gioconda Belli nacida en Nicaragua en 1948. Os hablaré de ella la próxima
 
semana, mientras...
 
Empecemos el verano con placeres carnales.

 

 

 

Gioconda Belli

 

Pequeñas Lecciones de Erotismo

Petites leçons d'érotisme
 

Rodin


I


Recorrer un cuerpo en su extensión de vela


Es dar la vuelta al mundo


Atravesar sin brújula la rosa de los vientos


Islas golfos penínsulas diques de aguas embravecidas


No es tarea fácil - si placentera -


No creas hacerlo en un día o noche de sábanas explayadas


Hay secretos en los poros para llenar muchas lunas 

 

Parcourir un corps à la voile déployée

C'est faire le tour du monde

 Traverser sans boussole la rose des vents

 Îles golfes péninsules digues d'eaux furieuses

 Ce n'est pas tâche aisée - si plaisante soit-elle -

 Ne crois pas pouvoir le faire en un jour ou une nuit de draps étalés 

 Il y a assez de secrets dans les pores pour emplir bien des lunes


II, III

IV

Instálate en el humus sin miedo al desgaste sin prisa


No quieras alcanzar la cima


Retrasa la puerta del paraíso


Acuna tu ángel caído revuélvele la espesa cabellera con la


Espada de fuego usurpada


Muerde la manzana

 

Installe-toi dans l'humus sans crainte de l'usure, sans hâte

N'essaye pas d'atteindre la cime

 Retarde la porte du paradis

 Berce ton ange déchu bouleverse l'épaisse chevelure avec

 L'épée de feu usurpée

 Mords la pomme

 

 

 

Temple Konarka, Inde

 

 

 

V, VI

VII

Traspasa la tierra del fuego la buena esperanza


navega loco en la juntura de los océanos


Cruza las algas ármate de corales ulula gime


Emerge con la rama de olivo llora socavando ternuras ocultas


Desnuda miradas de asombro


Despeña el sextante desde lo alto de la pestaña


Arquea las cejas abre ventanas de la nariz 



 
Traverse la Terre de Feu le Cap de  Bonne Espérance

navigue fou à la jonction des océans

Croise le fer avec les algues arme-toi de coraux hulule gémis
 
Émerge avec le rameau d'olivier pleure et sape les tendresses occultes
  
Dénude les regards de surprise  
 
Jette le sextant depuis le haut du cil
 
 Arque les sourcils ouvre les fenêtres du nez

 


VIII

Aspira suspira


Muérete un poco


Dulce lentamente muérete


Agoniza contra la pupila extiende el goce


Dobla el mástil hincha las velas


Navega dobla hacia Venus


estrella de la mañana


- el mar como un vasto cristal azogado -


duérmete náufrago. 

 

 

Aspire soupire 
 
Meurs un peu


Doucement meurs

Agonise contre la pupille étends la jouissance

Double le mât gonfle les voiles

Navigue et cingle devers Vénus

étoile du matin

 -la mer comme un vaste cristal étamé-

 endors-toi naufragé. 

 
 


Traduction Colette inspirée par celle de E. Dupas. Vous trouverez les autres strophes, qui me plaisaient moins ici:

Encontraréis las otras estrofas que me gustaban un poco menos aquí.

07/06/2015

Qui le fera? ¿Quién lo hará?

 

Les fabulistes, on le sait, étaient des“copieurs”, ou du moins, pour être plus
délicate, s'inspiraient largement de leurs prédécesseurs.
Ainsi Felix María de Samaniego s'est-il imprégné de Jean de La Fontaine,
qui lui a “bien lu” Esope et Abstémius,( humaniste italien du XVe siècle
qui a publié une centaine de fables latines dans un recueil appelé
l’«Hecatomythion ») entre autres.
Voici donc une fable qui s'appelle “Conseil tenu par les rats” chez
La Fontaine et”Congrès des souris” chez Samaniego.
Los fabulistas, bien se sabe, eran unos “copiones”, o por lo menos,
para ser más delicada, encontraban mucho inspiración en sus
predecesores.
Así Felix María de Samaniego se impregnó de jean de la Fontaine
quien a su vez leyó atentamente a Esopo y Abstemius (humanista
italiano del XVº que publicó une centena de fábulas latinas en una
recopilación llamada “ Hecatomythion”
Aquí va una fábula que en francés de La Fontaine se llama
“Concejo tenido por las ratas”, y en español, con Samaniego
“Congreso de ratones”

Congrès des souris / Samaniego

 

  Depuis le grand Zapirón, le blanc et blond,

Qui après les eaux du déluge
Fut père universel de tout chat,
Ce fut Miauchat
Qui de façon la plus sanglante
Poursuivit la malheureuse gente souris. Ce qui est sûr c'est que, obligés par la persécution, les malheureux à Souripolis tinrent leur congrès. L'éloquent Rongefromage proposa Qu'on lui mette un grelot, et grâce au bruit de ce dernier ils échapperaient à la mort. Le projet ils approuvèrent un à un, ¿Qui devra l'exécuter? Ça, personne. J'ai la vue courte. Moi, je suis très vieux. Moi j'ai la goutte”, disaient-ils. Le conseil Se termina comme beaucoup de par le monde. On propose un projet à brûle-pourpoint: On l'approuve: on en fait un deuxième. Quel prodige! Mais, l'exécution? Voilà le conte. (Traduction: Colette)

 

 

Congrès des souris / Granville


Congreso de los ratones / Samaniego
Desde el gran Zapirón, el blanco y rubio, Que después de las aguas del diluvio Fue padre universal de todo gato, Ha sido Miauragato Quien más sangrientamente Persiguió a la infeliz ratona gente. Lo cierto es que, obligada De su persecución la desdichada, En Ratópolis tuvo su congreso. Propuso el elocuente Roequeso Echarle un cascabel, y de esa suerte Al ruido escaparían de la muerte. El proyecto aprobaron uno a uno, ¿Quién lo ha de ejecutar? eso ninguno. «Yo soy corto de vista. Yo muy viejo. Yo gotoso», decían. El concejo Se acabó como muchos en el mundo. Proponen un proyecto sin segundo: Lo aprueban: hacen otro. ¡Qué portento! Pero ¿la ejecución? Ahí está el cuento.

 

 

Voici, pour vous rafraîchir la mémoire, la fable de La Fontaine.
 

 

 

 

 

Conseil tenu par les rats / La Fontaine

 

Un chat, nommé Rodilardus,
Faisait de rats telle déconfiture
Que l'on n'en voyait presque plus,
Tant il en avait mis dedans la sépulture.
Le peu qu'il en restait, n'osant quitter son trou
Ne trouvait à manger que le quart de son soû,
Et Rodilard passait, chez la gent misérable,
Non pour un chat, mais pour un diable.
Or, un jour qu'au haut et au loin
Le galand alla chercher femme,
Pendant tout le sabbat qu'il fit avec sa dame,
Le demeurant des rats tint chapitre en un coin
Sur la nécessité présente.
Dès l'abord, leur doyen, personne fort prudente,
Opina qu'il fallait, et plus tôt que plus tard,
Attacher un grelot au cou de Rodilard ;
Qu'ainsi, quand il irait en guerre,
De sa marche avertis, ils s'enfuiraient sous terre ;
Qu'il n'y savait que ce moyen.
Chacun fut de l'avis de Monsieur le Doyen :
Chose ne leur parut à tous plus salutaire.
La difficulté fut d'attacher le grelot.
L'un dit : « Je n'y vas point, je ne suis pas si sot, »
L'autre : « Je ne saurais. » Si bien que sans rien faire
On se quitta. J'ai maints chapitres vus,
Qui pour néant se sont ainsi tenus ;
Chapitres, non de rats, mais chapitres de moines,

Voire chapitres de chanoines.

 

 

 

Un gato, llamado Rodilardo,
causaba entre las ratas tal estrago
y las diezmaba de tal manera
que no osaban moverse de su cueva. 
Así, con tal penuria iban viviendo
que a nuestro gato, el gran Rodilardo,
no por tal lo tenían, sino por diablo.
Sucedió que un buen día en que Rodilardo
por los tejados buscaba esposa,
y mientras se entretenía con tales cosas,
reuniéronse las ratas, deliberando
qué remedio tendrían sus descalabros.
Habló así la más vieja e inteligente:
-Nuestra desgracia tiene un remedio:
¡atémosle al gato un cascabel al cuello!
Podremos prevenirnos cuando se acerque,
poniéndonos a salvo antes que llegue. 
Cada cual aplaudió entusiasmada;
esa era la solución ¡estaba clara!
Mas poco a poco reaccionaron las ratas,
pues ¿cuál iba a ser tan timorata?
¡Quién iba a atarle el cascabel al gato! 
Así he visto suceder más de una vez
-y no hablo ya de ratas, sino de humanos-:
¿a quién no lo han golpeado los desengaños?

Tras deliberaciones, bellas palabras,
grandes ideas... y, en limpio, nada.

 

 

23/05/2015

D'amour et de pluie / De amor y lluvia

 










Pluie  Juan Gelman
 
aujourd'hui il pleut beaucoup, beaucoup,
on pourrait croire qu'on veut laver le monde.
mon voisin d'à côté regarde la pluie
et pense écrire une lettre d'amour/
une lettre à la femme qui partage sa vie
qui prépare ses repas lave son linge fait l'amour avec lui
et ressemble à son ombre/
mon voisin jamais ne dit de mots d'amour à sa femme/
il entre à la maison par la fenêtre et non par la porte/
par une porte on entre en beaucoup d'endroits/
au travail, à la caserne, à la prison, en tous les bâtiments du monde/
mais non au monde/
ni dans une femme/ni dans l'âme/
c'est-à-dire/en ce tiroir ou ce navire ou cette pluie que nous appelons ainsi/
comme aujourd'hui/qu'il pleut beaucoup/
et que cela pèse d'écrire le mot amour/
parce que l'amour est une chose et le mot amour autre chose/
et que seule l'âme sait où les deux se rencontrent/
et quand/et comment/ mais que sait-on de l'âme/
c'est pourquoi mon voisin ressent des perturbations dans sa bouche des mots qui font naufrage/
des mots qui ne savent pas qu'il pourrait faire soleil
parce qu'ils naissent et meurent la nuit même de l'amour/
et qui laissent dans la pensée des lettres qui ne seront jamais écrites/
comme le silence qu'il y a entre deux roses/
ou comme moi/qui écris des mots
dédiés à mon voisin qui regarde la pluie/
à la pluie/
à mon coeur exilé/ 

Ce poème figure dans le livre "Isso" publié par l'Université de Brasilia en 2004
http://jean.dif.free.fr/Textes/Nl20051.html



Lluvia Juan Gelman
 
hoy llueve mucho, mucho,
y pareciera que están lavando el mundo
mi vecino de al lado mira la lluvia
y piensa escribir una carta de amor/
una carta a la mujer que vive con él
y le cocina y le lava la ropa y hace el amor con él
y se parece a su sombra/
mi vecino nunca le dice palabras de amor a la
mujer/
entra a la casa por la ventana y no por la puerta/
por una puerta se entra a muchos sitios/
al trabajo, al cuartel, a la cárcel,
a todos los edificios del mundo/ pero no al mundo/
ni a una mujer/ni al alma/
es decir/a ese cajón o nave o lluvia que llamamos así/
como hoy/que llueve mucho/
y me cuesta escribir la palabra amor/
porque el amor es una cosa y la palabra amor es otra cosa/
y sólo el alma sabe dónde las dos se encuentran/
y cuándo/y cómo/
pero el alma qué puede explicar/
por eso mi vecino tiene tormentas en la boca/
palabras que naufragan/
palabras que no saben que hay sol porque nacen y
mueren la misma noche en que amó/
y dejan cartas en el pensamiento que él nunca
escribirá/
como el silencio que hay entre dos rosas/
o como yo/que escribo palabras para volver
a mi vecino que mira la lluvia/
a la lluvia/
a mi corazón desterrado/

 

17/05/2015

Juan Gelman, l'exil et le souvenir / Juan Gelman, el exilio y la memoria

Pour que ce grand poète qu'est Juan Gelman nous soit un peu mieux révélé dans toute sa nature : celle d'un homme qui, face aux atrocités et aux désespoirs de la vie a su résister non par la haine, la rancœur ou la soif de vengeance, mais par l'amour, la beauté, l'enfance. Et par la poésie qui les réunit tous. Une poésie qui, dans le bouleversement et l'intensité qui sont les siens, est un acte de vie interminablement jeté à la face de la mort”. Jacques Ancet, son traducteur.

Para que ese gran poeta Juan Gelman nos sea mejor revelado en su naturaleza: la de un hombre que, frente a las atrocidades y a las desesperanzas de la vida consiguió resistir, no por el odio, el rencor o la sed de venganza, sino por el amor, la belleza, la infancia. Y por la poesía que todos los reúne. Una poesía que, en la conmoción y la intensidad que le son propios, es un acto de vida interminablemente arrojado frente a la muerte.” J. Ancet. (trad: Colette)

 

Juan Gelman, Buenos Aires 1930 – Mexico 2014

 

 
Juan Gelman y su caricatura

 

 
Il se trouvait à Rome pour dénoncer les violations des droits de l'homme en Argentine sous Eva Perrón quand, le 24 mai 1976 il y eut un coup d'État qui imposa un “terrorisme d'État”, et on lui interdit de revenir dans son pays. Il passa sa vie dans diverses parties du monde. Exil.

 

Se encontraba en Roma para denunciar las violaciones de los derechos del hombre en Argentina bajo Eva Perrón cuando, el 24 de mayo 1976 hubo un golpe de Estado que impuso un “terrorismo de Estado”, y se le prohibió volver a su país. Pasó su vida en varias partes del mundo. Exilio.
 

 

 des devoirs de l'exil :
ne pas oublier l'exil /
combattre la langue qui combat l'exil !
pas oublier l'exil / autrement dit la terre /
ou la patrie ou bon lait ou mouchoir
où nous vibrions / nous vivions enfants /
pas oublier les raisons de l'exil /
dictature militaire / ou erreurs
commises par nous pour toi / contre toi /
terre dont nous sommes et qui nous étais
là à nos pieds / comme une aube étendue /
et toi / toi tout petit cœur qui regarde
n'importe quel matin comme un oubli /
non n'oublie pas d'oublier l'oubli

Sous la pluie étrangère, Trad: J. Ancet

 

 
de los deberes del exilio:
no olvidar el exilio/
combatir a la lengua que combate al exilio
no olvidar el exilio/o sea la tierra/
o sea la patria o lechita o pañuelo
donde vibrábamos/donde niñábamos/
no olvidar las razones del exilio/
la dictadura militar/los errores
que cometimos por vos/contra vos/
tierra de la que somos y nos eras
a nuestros pies/como alba tendida/
y vos/corazoncito que mirás
cualquier mañana como olvido/
no te olvides de olvidar el olvido

 

 

Son fils et sa belle-fille, enceinte, furent faits prisonniers. Lui fut tué et elle aussi après avoir accouché en prison de sa petite fille, Macarena, que J. Gelman retrouvera bien plus tard, en l'an 2000; ce fut une fête dans toute l'Argentine. Elle avait été donnée à un couple stérile...Juan Gelman n'avait jamais abandonné ses recherches.

Su hijo y su nuera, embarazada, fueron apresados. A él le mataron y a ella también pero después de haber dado a luz de una niña, Macarena, que encontró finalmente en el año 2000. Fue una fiesta en toda la Argentina. Había sido dada a una pareja estéril...Gelman nunca había dejado de buscarla.

 

 

Rincón de la memoria Margarita Garcés http://www.portaldearte.cl/agenda/pintura/2004/rincon_memoria.htm  

 

 

Une femme et un homme emportés par la vie…
Une femme et un homme emportés par la vie,
une femme et un homme face à face
habitent dans la nuit, débordés par leurs mains,
ils s’entendent monter libres dans l’ombre,
leurs têtes reposent sur une belle enfance
qu’ils ont créée ensemble, pleine de soleil, de lumière,
une femme et un homme attachés par leurs lèvres
remplissent la nuit lente avec toute leur mémoire,
une femme et un homme plus beaux en l’autre
occupent leur place sur la terre.

(Trad: J. Ancet)

UNA MUJER Y UN HOMBRE

Una mujer y un hombre llevados por la vida,
una mujer y un hombre cara a cara
habitan en la noche, desbordan por sus manos,
se oyen subir libres en la sombra,
sus cabezas descansan en una bella infancia
que ellos crearon juntos, plena de sol, de luz,
una mujer y un hombre atados por sus labios
llenan la noche lenta con toda su memoria,
una mujer y un hombre más bellos en el otro
ocupan su lugar en la tierra.

 

Ce dernier poème pour aujourd'hui s'adresse, j'imagine, à sa petite-fille.
Este último poema para hoy se dirige, me imagino, a su nieta.

 

 

J, Gelman y Macarena, su nieta

J’écris dans l’oubli…
J’écris dans l’oubli
dans chaque feu de la nuit
chaque visage de toi.
Il y a une pierre alors
je t’y couche en moi,
personne ne la connaît,
j’ai fondé des villages dans ta douceur,
j’ai souffert de tout cela,
tu es hors de moi

 étrangère tu m’appartiens.

Escribo en el olvido...

 

Escribo en el olvido
en cada fuego de la noche
cada rostro de ti.
Hay una piedra entonces
donde te acuesto mía,
ninguno la conoce,
he fundado pueblos en tu dulzura,
he sufrido esas cosas,
eres fuera de mí,
me perteneces extranjera.

 

 

Liens en français où vous trouverez des détails de sa vie, de sa poésie, d'excellents articles:
http://www.oeuvresouvertes.net/spip.php?article2204
http://pierresel.typepad.fr/la-pierre-et-le-sel/2014/01/juan-gelman-une-parole-pour-lindicible.html
http://america-latina.blog.lemonde.fr/2014/01/20/largentin-juan-gelman-poete-des-disparus/

14/05/2015

Un autre mai / Otro mayo

Un autre mai                        Juan Gelman

quand tu passais par ma fenêtre
mai
ton automne sur le dos
et que tu faisais signe avec la lumière
des dernières feuilles
que voulais-tu me dire, mai ?
pourquoi étais-tu triste ou doux dans ta tristesse ?
je ne l’ai jamais su mais toujours
il y avait un homme seul au milieu de l’or de la rue


mais j’étais cet enfant
derrière la fenêtre
quand tu passais, mai
comme si tu me couvrais les yeux


et l’homme ce serait moi
maintenant que je me souviens


(* voir note)


Si vous ne connaissez pas Juan Gelman, pas grave, vous saurez tout sur lui, il en vaut vraiment la peine, dans les prochains billets

Gloria Gattas Massuh (Argentina)


Otro mayo                    Juan Gelman

cuando pasabas con tu otoño a cuestas
mayo por mi ventana
y hacías señales con la luz
de las hojas finales
¿qué me querías decir mayo?
¿porqué eras triste o dulce en tu tristeza?
nunca lo supe pero siempre
había un hombre solo entre los oros de la calle

pero yo era ese niño
detrás de la ventana
cuando pasabas mayo
como abrigándome los ojos

y el hombre sería yo
ahora que recuerdo


* Trad. trouvée sur la toile sans nom du traducteur, mais presque tous les poèmes de J. Gelman ont été traduits par Jacques Ancet.

18/04/2015

Loin de la peur / Lejos del miedo

Eduardo Galeano (Uruguay), décédé la semaine dernière, était non seulement un grand poète et narrateur, mais aussi un analyste, plutôt lucide, qui nous a expliqué dans “Les veines ouvertes de l'Amérique Latine” comment s'imbriquent le pouvoir et l'Histoire. Il y raconte le passé d'un continent, c'était en 1971, une époque où Cuba n'était pas encore suspecte, ou du moins on pouvait encore croire et penser que de l'île allait venir un monde meilleur. Pas mal d'artistes, dont le poète Benedetti, l’auteur-compositeur-interpète Viglietti et Galeano reprirent le message du Che et d'autres, mais en lui ajoutant une touche plus, - comment dire?, humaine, hédoniste, romantique. Ni uniformes ni louanges à l'Union Soviétique. On aimait le vin, l'amour et...le football.
Galeano était un grand fan de foot, et quand on le lui reprochait, il répondait “Pour les intellectuels de gauche, le football empêche le peuple de penser. Pour ceux de droite, il prouve qu'il pense avec les pieds. C'est un business? Le sexe n'en est-il pas un? Et ceux qui savent m'ont dit que le sexe n'est pas mal”.
Il transforma le foot en une affaire politique.
Le général Videla le condamna à mort (il vécut en exil) et les “caudillos” de gauche se laissèrent aduler par lui. Toujours il offrit son renom pour appuyer toutes les causes justes, présentes et futures.
Peut-être lit-on certains de ses écrits avec un brin de raillerie de nos jours, peut-être s'est il parfois trompé, mais qui pas?



Eduardo Galeano, fallecido la semana pasada, era no solo un gran poeta y narrador, sino también un analista, mas bien lúcido, que nos explicó en “Las venas abiertas de América Latina” cómo se imbrican el poder y la Historia. Nos cuenta el pasado de un continente, era en 1971, una época en la que Cuba todavía no era sospechosa, o por lo menos se podía creer y pensar que de la isla iba a salir un mundo mejor. Muchos artistas, entre los cuales el poeta Benedetti, el autor y interprete Viglietti y Galeano recogieron el mensaje del Che y de otros, pero añadiéndole un toque, - ¿cómo decirlo?, más humano, hedonista, romántico. Ni uniformes ni alabanzas a la Unión Soviética. Gustaba el vino, l'amour, y...el fútbol.
Galeano era un gran fan de fútbol, y cuando se le reprochaba, respondía: «Para los intelectuales de izquierdas, el fútbol impide que el pueblo piense. Para los de derechas, prueba que piensa con los pies. ¿Que es un negocio? ¿El sexo no lo es? Y los que saben me han dicho que el sexo no está mal».
Trasformó el deporte en un asunto político.
El General Videla le condenó a muerte (vivió en el exilio) y los caudillos de izquierda se dejaron adular por él. Siempre ofreció son renombre para apoyar todas las causas justas, presentes y futuras.
Tal vez leamos algunos de sus escritos con algo de mofa hoy en día, tal vez se haya equivocado a veces, pero ¿quién no?

Sources /Fuentes:
El País :http://cultura.elpais.com/cultura/2015/04/13/actualidad/1...
La voz de Galicia : http://www.lavozdegalicia.es/noticia/opinion/2015/04/15/g...
El Mundo: http://www.elmundo.es/cultura/2015/04/13/552bbabbe2704e5f...

Signos y constelaciones enamorados / Miró /Signes et constellations amoureux.



Voici trois courts textes extraits du “Livre des étreintes” (déjà publié ici l'histoire du petit garçon et de la montre)
Aquí tres textos cortos extraídos de “El libro de los abrazos” (ya publiqué aquí la historia del niño y des reloj)

El arte y el tiempo

 ¿Quiénes son mis contemporáneos? -se pregunta Juan Gelman.

Juan dice que a veces se cruza con hombres que huelen a miedo, en Buenos Aires, París o donde sea, y siente que esos hombres no son sus contemporáneos.

Pero hay un chino que hace miles de años escribió un poema, acerca de un pastor de cabras que está lejísimos de la mujer amada y sin embargo puede escuchar, en medio de la noche, en medio de la nieve, el rumor del peine en su pelo: y leyendo ese remoto poema, Juan comprueba que sí, que ellos sí, que ese poeta, ese pastor y esa mujer son sus contemporáneos.

 

L'art et le temps
Qui sont mes contemporains? -se demandait Juan Gelman.
Juan dit que parfois il croise des hommes qui ont une odeur de peur, à Buenos Aires, à Paris ou n'importe où, et qu'il sent que ces hommes ne sont pas ses contemporains.
Mais il y a un chinois qui, il y a des milliers d'années, écrivit un poème sur un berger de chèvres qui se trouve très loin de la femme aimée et qui pourtant peut entendre, au milieu de la nuit, au milieu de la neige, le bruit du peigne dans ses cheveux: et en lisant ce lointain poème, Juan constate que oui, que eux oui, que ce poète, ce berger et cette femme sont ses contemporains.

 

 

La función del arte /1
 
Diego no conocía la mar. El padre, Santiago Kovadloff, lo llevó a descubrirla.
Viajaron al sur.
Ella, la mar, estaba mas allá de los altos médanos, esperando.
Cuando el niño y su padre alcanzaron por fin aquellas dunas de arena, después de mucho caminar, la mar estalló ante sus ojos. Y fue tanta la inmensidad de la mar, y tanto su fulgor que el niño quedó mudo de hermosura.
Y cuando por fin consiguió hablar, temblando, tartamudeando, pidió a su padre;

- ¡Ayúdame a mirar!

 
La fonction de l'art / 1

Diego ne connaissait pas la mer. Le père, Santiago Kovadloff l'emmena la découvrir.
Ils voyagèrent cap vers le sud.
Elle, la mer, se trouvait au-delà de hautes dunes; elle attendait.

 Quand enfin l'enfant et son père atteignirent ces dunes de sable, après une longue marche, la mer explosa devant leurs yeux. Et l'immensité de la mer fut telle, tel son éclat que l'enfant resta muet de beauté.

Et quand, enfin, il réussit à parler, tremblant, bégayant, il demanda à son père:

- Aide-moi à regarder!

La desmemoria /2

El miedo seca la boca, moja las manos y mutila. El miedo de saber nos condena a la ignorancia; el miedo de hacer, nos reduce a la impotencia. La dictadura militar, miedo de escuchar, miedo de decir, nos convirtió en sordomudos.
Ahora la democracia, que tiene miedo de recordar, nos enferma de amnesia: pero no se necesita ser Sigmund Freud para saber que no hay alfombra que no pueda ocultar la basura de la memoria.

Le manque de mémoire / 2

La peur sèche la bouche, mouille les mains et mutile. La peur de savoir nous condamne à l'ignorance; la peur de faire nous réduit à l'impuissance. La dictature militaire, peur d'écouter, peur de dire, nous transforma en sourds-muets.
Maintenant la démocratie, qui a peur de se souvenir, nous rend malades d'amnésie: mais il n'est pas besoin d'être Sigmund Freud pour savoir qu'il n'existe aucun tapis qui ne peut cacher la poubelle de la mémoire.




Traductions: Colette

28/03/2015

Poètes, travaillons / Poetas, trabajemos

Voici ma contribution au 17º printemps des poètes...un peu en retard mais ni les poètes ni le printemps ne m'en tiendront rigueur je pense.

L'insurrection poétique

Une poétesse espagnole, Gloria Fuertes García (Madrid, 28 juillet 1917 - 27 novembre 1998)

 

Una contribución, con algo de retraso, al movimiento francés “La primavera de los poetas”. Este año el tema era “La insurrección poética”.

 

 

 

 

NO PERDAMOS EL TIEMPO
Ne perdons pas de temps

 

Gloria Fuertes

 

 

Si el mar es infinito y tiene redes,
si su música sale de la ola,
si el alba es roja y el ocaso verde,
si la selva es lujuria y la luna caricia,
si la rosa se abre y perfuma la casa,
si la niña se ríe y perfuma la vida,
si el amor va y me besa y me deja temblando...

 

Si la mer est infinie et a des filets,
si sa musique sort de la vague,
si l'aube est rouge et le crépuscule vert,
si la jungle est luxure et la lune caresse,
si la rose s'ouvre et parfume la maison,
si la fillette rit et parfume la vie,
si l'amour va et me baise et me laisse tremblante....

 

¿Qué importancia tiene todo eso,
mientras haya en mi barrio una mesa sin patas,
un niño sin zapatos o un contable tosiendo,
un banquete de cáscaras,
un concierto de perros,
una ópera de sarna?

 

Quelle importance revêt tout cela,
tant qu'il y aura dans mon quartier une table sans pattes,
un enfant sans souliers ou un comptable qui tousse,
un banquet de déchets,
un concert de chiens,
un opéra de gale?

 

Debemos inquietarnos por curar las simientes,
por vendar corazones y escribir el poema
que a todos nos contagie.
Y crear esa frase que abrace todo el mundo;
los poetas debiéramos arrancar las espadas,
inventar más colores y escribir padrenuestros.
Ir dejando las risas en la boca del túnel
y no decir lo íntimo, sino cantar al corro;
no cantar a la luna, no cantar a la novia,
no escribir unas décimas, no fabricar sonetos.

 

Il faut nous en soucier et guérir les semences,
panser les cœurs et écrire le poème
qui nous contamine tous.
Et créer cette phrase qui embrasse le monde entier;
nous les poètes nous devrions arracher les épées,
inventer plus de couleurs et écrire des Notre Père.
Laisser les rires à l'entrée du tunnel
et ne pas dire l'intime, mais chanter en chœur;
ne pas chanter la lune, ni la fiancée,
ne pas écrire des dizains, ni fabriquer des sonnets.

 

Debemos, pues sabemos, gritar al poderoso,
gritar eso que digo, que hay bastantes viviendo
debajo de las latas con lo puesto y aullando
y madres que a sus hijos no peinan a diario,
y padres que madrugan y no van al teatro.

 

Nous devons, car nous savons, huer le puissant,
crier ce que je dis, car il y en a assez qui vivent
sous des tôles et mal vêtus et hurlant
et des mères qui ne peignent pas leurs enfants tous les jours
et des pères qui se lèvent tôt et ne vont pas au théâtre.

 

 
Adornar al humilde poniéndole en el hombro nuestro verso;
cantar al que no canta y ayudarle es lo sano.
Asediar usureros y con rara paciencia convencerles sin asco.
Trillar en la labranza, bajar a alguna mina;
ser buzo una semana, visitar los asilos,
las cárceles, las ruinas; jugar con los párvulos,
danzar en las leproserías.

 

Poetas, no perdamos el tiempo, trabajemos,
que al corazón le llega poca sangre.

 

Orner l'humble d'un de nos vers sur l'épaule;
chanter pour celui qui ne chante pas et l'aider est bien.
Assiéger les usuriers et avec une patience infinie, les convaincre sans dégoût.
Battre le grain dans les champs, descendre dans une mine;
être plongeur une semaine, visiter les asiles,
les prisons, les ruines; jouer avec les enfants,
danser dans les lazarets.

 

Poètes, ne perdons pas de temps, travaillons,
car peu de sang arrive au cœur.

(Trad:Colette)

20/03/2015

Brisé mais vivant / Destrozado pero vivo

Roberto Bolaño (1953-2003), grand poète, écrivain et conteur chilien, apprit à 38 ans qu'il avait une maladie du foie incurable. Ceci permet de mieux comprendre le poème suivant.


 

Sale, mal vêtu

 

Roberto Bolaño

 

Sur le chemin des chiens mon âme rencontra
mon cœur. Brisé, mais vivant,
sale, mal vêtu et plein d'amour.
Sur le chemin des chiens, là où personne ne veut aller.
Un chemin que seuls parcourent les poètes
quand il ne leur reste plus rien à faire.
Mais moi j'avais encore tant à faire!
Et pourtant j'étais là: à me faire tuer
par les fourmis rouges et aussi
par les fourmis noires, parcourant les hameaux
vides: l'épouvante qui s'élevait
à en toucher les étoiles.
Un chilien élevé au Mexique peut tout supporter,
pensais-je, mais ce n'était pas vrai.
Les nuits mon cœur pleurait. Le fleuve de l'être, disaient
des lèvres fiévreuses que je découvris ensuite être les miennes,
le fleuve de l'être, le fleuve de l'être, l'extase
qui se replie sur le rivage de ces villages abandonnés.
Sumulistes”* et théologiens, devins
et voleurs de grands chemins émergèrent
comme des réalité aquatiques au milieu d'une réalité métallique.
Seules la fièvre et la poésie provoquent des visions.
Seuls l'amour et la mémoire.
Ni ces chemins ni ces plaines.
Ni ces labyrinthes.
Jusqu'à ce qu'enfin mon âme rencontra mon cœur.
J'étais malade, certes, mais j'étais vivant.

 


 

* Celui qui étudie les éléments de la logique.
(Trad: Colette)



Sucio, mal vestido 
Roberto Bolaño

En el camino de los perros mi alma encontró
a mi corazón. Destrozado, pero vivo,
sucio, mal vestido y lleno de amor.
En el camino de los perros, allí donde no quiere ir nadie.
Un camino que sólo recorren los poetas
cuando ya no les queda nada por hacer.
¡Pero yo tenía tantas cosas que hacer todavía!
Y sin embargo allí estaba: haciéndome matar
por las hormigas rojas y también
por las hormigas negras, recorriendo las aldeas
vacías: el espanto que se elevaba
hasta tocar las estrellas.
Un chileno educado en México lo puede soportar todo,
pensaba, pero no era verdad.
Por las noches mi corazón lloraba. El río del ser, decían
unos labios afiebrados que luego descubrí eran los míos,
el río del ser, el río del ser, el éxtasis
que se pliega en la ribera de estas aldeas abandonadas.
Sumulistas y teólogos, adivinadores
y salteadores de caminos emergieron
como realidades acuáticas en medio de una realidad metálica.
Sólo la fiebre y la poesía provocan visiones.
Sólo el amor y la memoria.
No estos caminos ni estas llanuras.
No estos laberintos.
Hasta que por fin mi alma encontró a mi corazón.
Estaba enfermo, es cierto, pero estaba vivo. 


Article sur Roberto Bolaño: 
http://www.magazine-litteraire.com/critique/fiction/2666-12-03-2008-34903
Entrevista a Roberto Bolaño
http://www.revistalecturas.cl/la-ultima-entrevista-a-roberto-bolano/

07/03/2015

Odeur de soleil / Olor a sol


Alchimie

Les ombres ne reviendront pas.
Conserve ma promesse comme une conque intermittente.
Je vais mettre midi à bouillir dans un chaudron
pour que toute la maison sente le soleil. 


(trad: Colette)

NB: le mot espanol "caracola" est bien plus poétique et sonne mieux que "conque", hélas...

 Leandro Calle 1969-     , Zarate, province de Buenos Aires


Mark Rothko

 

Alquimia

No volverán las sombras.
Conserva mi promesa como una intermitente caracola.
Voy a poner a hervir en un caldero el mediodía
para que huela a sol toda la casa.

Leandro Calle 1969 -    , Zarate, provincia de Buenos Aires



14/02/2015

En fil de crépuscule / Con hebras de crepúsculo

Longues ou pas, lisses ou rayées, propres ou odorantes, souvent dépareillées, ce sont les chaussettes.
À l'école, à quatre aiguilles, nous devions apprendre à en tricoter. Quel calvaire! Je me souviens que c'était bien souvent grand-mère, dite Bobonne, qui nous aidait à sauver les maudites mailles qui s'étaient échappées. Un mauvais souvenir ces chaussettes que personne ne portait jamais car elles "grattaient".

Tricoteuse, Albert Anke

 

Douces par contre, somptueuses, celles que reçut Pablo Neruda.
Une ode fort amusante, voyez plutôt.

Largos o no, lisos o a rayas, limpios u olorosos, a menudo desparejados, esos son los calcetines.
En la escuela, con cuatro agujas, teníamos que aprender a tejerlos. ¡Un calvario! me acuerdo que era muchas veces la abuela, llamada Bobonne, la que nos ayudaba a rescatar los malditos puntos escapados.
Un mal recuerdo esos calcetines que nadie llevaba nunca porque "picaban".
 
 
Magritte, pieds            
 
Suaves sin embargo, suntuosos los que recibió Pablo Neruda. Una oda muy divertida la que sigue.
 
 
Oda a los calcetines
 
Ode aux chaussettes 
 
Pablo Neruda
 
Me trajo Mara Mori
un par de calcetines,
que tejió con sus manos de pastora,
dos calcetines suaves como liebres.
En ellos metí los pies
como en dos estuches
tejidos con hebras del
crepúsculo y pellejos de ovejas.
 
Mara Mori m'a apporté
une paire de chaussettes,
tricotées de ses mains de bergère,
deux chaussettes douces comme des lièvres.
J'y ai glissé mes pieds
comme dans deux étuis
tricotés de fils du
crépuscule et peau de mouton.


Violentos calcetines,
mis pies fueron dos pescados de lana,
dos largos tiburones
de azul ultramarino
atravesados por una trenza de oro,
dos gigantescos mirlos,
dos cañones;
mis pies fueron honrados de este modo
por estos celestiales calcetines.
 
Violentes chaussettes,
mes pieds furent deux poissons de laine,
deux longs requins
bleu outremer
traversés d'une tresse en or,
deux gigantesques merles,
deux canons;
ainsi furent honorés mes pieds
par ces chaussettes célestes.

Eran tan hermosos que por primera vez
mis pies me parecieron inaceptables,
como dos decrépitos bomberos,
bomberos indignos de aquel fuego bordado,
de aquellos luminosos calcetines.
 
Elles étaient si belles que pour la première fois
mes pieds m'ont paru inacceptables,
comme deux pompiers décrépis,
pompiers indignes de ce feu brodé,
de ces lumineuses chaussettes.

Sin embargo, resistí la tentación
aguda de guardarlos como los colegiales
preservan las luciérnagas,
como los eruditos coleccionan
documentos sagrados,
resistí el impulso furioso de ponerlos
en una jaula de oro y darles cada
día alpiste y pulpa de melón rosado.
 
Je résistai pourtant à la tentation
aigüe de les garder comme les écoliers
conservent les vers luisants,
comme les érudits collectionnent
des documents sacrés,
je résistai à l'élan furieux de les enfermer
dans une cage dorée et de leur donner chaque
jour du millet et de la pulpe de melon rose.


Como descubridores que en la selva
entregan el rarísimo venado verde
al asador y se lo comen con remordimiento,
estiré los pies y me enfundé
los bellos calcetines, y luego los zapatos.
Y es esta la moral de mi Oda:
Dos veces es belleza la belleza,
y lo que es bueno es doblemente bueno,
cuando se trata de dos calcetines
de lana en el invierno.
 
Comme les explorateurs qui dans la jungle
livrent le très rare gibier vert
à la broche et le mangent avec remords,
j'étirai les pieds et j'enfilai
les belles chaussettes, puis les souliers.
Voici la morale de mon Ode:
Par deux fois la beauté est beauté,
et ce qui est bon est doublement bon,
quand il s'agit de deux chaussettes
de laine en hiver.
 
Trad: Colette

04/02/2015

De pain, de feu et d'amour / De pan, fuego y amor

Para Jordi y Elvira
 
 
Le poème qui suit est extrait du tout dernier recueil de poèmes (2015) de Pablo Neruda intitulé “ Tes pieds je touche dans l'ombre et autres poèmes inédits”.
Inédits sont tous les poèmes de ce beau recueil, des brouillons du poète souvent écrits sur des bouts de papiers épars.
Ce poème nº5 a été gribouillé sur le papier du menu, dans un avion, (vous pouvez le voir sur l'image), le 29 décembre 1952, à 11h du matin, volant à 3.500m d'altitude entre Recife et Río de Janeiro où il allait rejoindre sa troisième femme, Matilde Urrutia dont il était très amoureux.
 
 
El poema que sigue proviene del último libro de poemas (enero 2015) de Pablo Neruda titulado “Tus pies toco en la sombra y otros poemas inéditos” (Ed Seix Barral, biblioteca breve)
Inéditos son todos los poemas de este bonito libro, borradores del poeta a menudo escritos en trozos de papel dispersos.
Este poema nº5 (p29) fue garabateado en el menú de un avión como lo podeís ver en la imagen, el 29 de diciembre 1952. Iba a reunirse con su tercera mujer Matilde Urrutia de la cual estaba muy enamorado.

 
ilustracion escaneada del final del libro
 
 
Par les airs je m'approche
du rayon rouge de ta chevelure.
De terre et de blé je suis fait et en m'approchant
ton feu se prépare
en moi et allume
les pierres et la farine.
C'est pour cela que mon cœur
grandit, gonfle et devient
pain pour que ta bouche le dévore,
et mon sang est le vin qui t'attend.
Nous sommes toi et moi la terre et ses fruits.
Pain, feu, sang et vin
c'est le terrestre amour qui nous embrase.
 
Trad: Colette

27/12/2014

Contre-jour de mon ombre / Contraluz de mi propia sombra.

Poema Cosas Absurdas / Poème Choses Absurdes

 

de 

 

 Rosa Amelia Alvarado Roca (poetisa ecuatoriana 1944 -  )

 

 

 

Seethrough, Ken Orton    

 

 

 

Le soleil me connaît bien
qui sort chaque matin
mais se couche quand je veux,
parfois il dort à midi,
parfois il souffre d'insomnie,

 

il entre par la fenêtre
avec la familiarité du maître de maison,
se mire longuement dans le miroir,
me sourit,
me fait un clin d’œil,
pendant un moment
il reste accroché à ma pupille,

 

ensuite il s'en va en dansant,
batifole avec une hâte joyeuse
et se perd dans les fentes
du contre-jour de mon ombre.

 

 

                                             (Trad: Colette)

Westlight Ken Orton

 

 

El sol me conoce bien
sale cada mañana,
pero se acuesta cuando yo quiero,
a veces duerme al mediodía,
a veces padece de insomnio,


entra por la ventana
con la familiaridad del dueño de casa,
se mira largamente en el espejo,
me sonríe,
me hace un guiño,
por un momento
se queda atrapado en mi pupila,


luego se va danzando,
jugueteando con alegre premura
para perderse por las hendijas
del contraluz de mi propia sombra.

23/11/2014

La guitare de F. García Lorca

 

Le piano et la guitare furent les inséparables compagnons de vie de Frederico.
Voici deux poèmes dédiés à la guitare: pleurs et sanglots, images...reflets d'une époque.

El piano y la guitarra fueron los inseparables compañeros de vida de Federico.
Aquí dos poemas dedicados a la guitarra: llantos y sollozos, imágenes...reflejos de una época.

 

 

Las seis cuerdas, F, García Lorca

La guitarra
hace llorar a los sueños.
El sollozo de las almas
perdidas
se escapa por su boca
redonda.
Y como la tarántula,
teje una gran estrella
para cazar suspiros,
que flotan en su negro
aljibe de madera.


1924

 

 

 

Les six cordes

  

La guitare
fait pleurer les songes.
Le sanglot des âmes
perdues
s'échappe par sa bouche
ronde.

Et comme la tarentule,
elle tisse une grande étoile
pour chasser les soupirs
qui flottent dans sa noire
citerne en bois.

(Federico Garcia Lorca, Poème du Cante jondo.
Poésies 1921-1927)

 

(trad: Colette)

 

 

 

Dessins de Lorca

 

 

 

La guitarra

Empieza el llanto
de la guitarra.
Se rompen las copas de la madrugada.
Empieza el llanto de la guitarra.


Es inútil callarla.
Es imposible callarla.
Llora monótona
como llora el agua,
como llora el viento
sobre la nevada.
Es imposible callarla.
Llora por cosas
lejanas.
Arena del Sur caliente
que pide camelias blancas.
Llora flecha sin blanco,
la tarde sin mañana,
y el primer pájaro muerto
sobre la rama.
!Oh guitarra!
Corazón malherido
por cinco espadas. 

 

 

 Celui-ci me fait sourire...este me hace sonreir

 

 

La guitare, Federico García Lorca




Commence la plainte
de la guitare.
Les cimes de l'aube se brisent.
Commence la plainte de la guitare. 
 
Inutile de la faire taire.
Impossible de la faire taire.
Plainte monotone,
comme le pleur de l'eau,
comme le pleur du vent
sur la neige.
Impossible de la faire taire.
Elle pleure sur des choses
lointaines.
Sable du Sud brûlant
qui désire de blancs camélias.
Elle pleure la flèche sans but,
le soir sans lendemain,
et le premier oiseau mort
sur la branche.
O guitare !
Coeur transpercé
par cinq épées.



(Poème du cante jondo)Trad: Colette

Un site qui explique la relation de Lorca avec la guitare