14/05/2015

Un autre mai / Otro mayo

Un autre mai                        Juan Gelman

quand tu passais par ma fenêtre
mai
ton automne sur le dos
et que tu faisais signe avec la lumière
des dernières feuilles
que voulais-tu me dire, mai ?
pourquoi étais-tu triste ou doux dans ta tristesse ?
je ne l’ai jamais su mais toujours
il y avait un homme seul au milieu de l’or de la rue


mais j’étais cet enfant
derrière la fenêtre
quand tu passais, mai
comme si tu me couvrais les yeux


et l’homme ce serait moi
maintenant que je me souviens


(* voir note)


Si vous ne connaissez pas Juan Gelman, pas grave, vous saurez tout sur lui, il en vaut vraiment la peine, dans les prochains billets

Gloria Gattas Massuh (Argentina)


Otro mayo                    Juan Gelman

cuando pasabas con tu otoño a cuestas
mayo por mi ventana
y hacías señales con la luz
de las hojas finales
¿qué me querías decir mayo?
¿porqué eras triste o dulce en tu tristeza?
nunca lo supe pero siempre
había un hombre solo entre los oros de la calle

pero yo era ese niño
detrás de la ventana
cuando pasabas mayo
como abrigándome los ojos

y el hombre sería yo
ahora que recuerdo


* Trad. trouvée sur la toile sans nom du traducteur, mais presque tous les poèmes de J. Gelman ont été traduits par Jacques Ancet.

18/04/2015

Loin de la peur / Lejos del miedo

Eduardo Galeano (Uruguay), décédé la semaine dernière, était non seulement un grand poète et narrateur, mais aussi un analyste, plutôt lucide, qui nous a expliqué dans “Les veines ouvertes de l'Amérique Latine” comment s'imbriquent le pouvoir et l'Histoire. Il y raconte le passé d'un continent, c'était en 1971, une époque où Cuba n'était pas encore suspecte, ou du moins on pouvait encore croire et penser que de l'île allait venir un monde meilleur. Pas mal d'artistes, dont le poète Benedetti, l’auteur-compositeur-interpète Viglietti et Galeano reprirent le message du Che et d'autres, mais en lui ajoutant une touche plus, - comment dire?, humaine, hédoniste, romantique. Ni uniformes ni louanges à l'Union Soviétique. On aimait le vin, l'amour et...le football.
Galeano était un grand fan de foot, et quand on le lui reprochait, il répondait “Pour les intellectuels de gauche, le football empêche le peuple de penser. Pour ceux de droite, il prouve qu'il pense avec les pieds. C'est un business? Le sexe n'en est-il pas un? Et ceux qui savent m'ont dit que le sexe n'est pas mal”.
Il transforma le foot en une affaire politique.
Le général Videla le condamna à mort (il vécut en exil) et les “caudillos” de gauche se laissèrent aduler par lui. Toujours il offrit son renom pour appuyer toutes les causes justes, présentes et futures.
Peut-être lit-on certains de ses écrits avec un brin de raillerie de nos jours, peut-être s'est il parfois trompé, mais qui pas?



Eduardo Galeano, fallecido la semana pasada, era no solo un gran poeta y narrador, sino también un analista, mas bien lúcido, que nos explicó en “Las venas abiertas de América Latina” cómo se imbrican el poder y la Historia. Nos cuenta el pasado de un continente, era en 1971, una época en la que Cuba todavía no era sospechosa, o por lo menos se podía creer y pensar que de la isla iba a salir un mundo mejor. Muchos artistas, entre los cuales el poeta Benedetti, el autor y interprete Viglietti y Galeano recogieron el mensaje del Che y de otros, pero añadiéndole un toque, - ¿cómo decirlo?, más humano, hedonista, romántico. Ni uniformes ni alabanzas a la Unión Soviética. Gustaba el vino, l'amour, y...el fútbol.
Galeano era un gran fan de fútbol, y cuando se le reprochaba, respondía: «Para los intelectuales de izquierdas, el fútbol impide que el pueblo piense. Para los de derechas, prueba que piensa con los pies. ¿Que es un negocio? ¿El sexo no lo es? Y los que saben me han dicho que el sexo no está mal».
Trasformó el deporte en un asunto político.
El General Videla le condenó a muerte (vivió en el exilio) y los caudillos de izquierda se dejaron adular por él. Siempre ofreció son renombre para apoyar todas las causas justas, presentes y futuras.
Tal vez leamos algunos de sus escritos con algo de mofa hoy en día, tal vez se haya equivocado a veces, pero ¿quién no?

Sources /Fuentes:
El País :http://cultura.elpais.com/cultura/2015/04/13/actualidad/1...
La voz de Galicia : http://www.lavozdegalicia.es/noticia/opinion/2015/04/15/g...
El Mundo: http://www.elmundo.es/cultura/2015/04/13/552bbabbe2704e5f...

Signos y constelaciones enamorados / Miró /Signes et constellations amoureux.



Voici trois courts textes extraits du “Livre des étreintes” (déjà publié ici l'histoire du petit garçon et de la montre)
Aquí tres textos cortos extraídos de “El libro de los abrazos” (ya publiqué aquí la historia del niño y des reloj)

El arte y el tiempo

 ¿Quiénes son mis contemporáneos? -se pregunta Juan Gelman.

Juan dice que a veces se cruza con hombres que huelen a miedo, en Buenos Aires, París o donde sea, y siente que esos hombres no son sus contemporáneos.

Pero hay un chino que hace miles de años escribió un poema, acerca de un pastor de cabras que está lejísimos de la mujer amada y sin embargo puede escuchar, en medio de la noche, en medio de la nieve, el rumor del peine en su pelo: y leyendo ese remoto poema, Juan comprueba que sí, que ellos sí, que ese poeta, ese pastor y esa mujer son sus contemporáneos.

 

L'art et le temps
Qui sont mes contemporains? -se demandait Juan Gelman.
Juan dit que parfois il croise des hommes qui ont une odeur de peur, à Buenos Aires, à Paris ou n'importe où, et qu'il sent que ces hommes ne sont pas ses contemporains.
Mais il y a un chinois qui, il y a des milliers d'années, écrivit un poème sur un berger de chèvres qui se trouve très loin de la femme aimée et qui pourtant peut entendre, au milieu de la nuit, au milieu de la neige, le bruit du peigne dans ses cheveux: et en lisant ce lointain poème, Juan constate que oui, que eux oui, que ce poète, ce berger et cette femme sont ses contemporains.

 

 

La función del arte /1
 
Diego no conocía la mar. El padre, Santiago Kovadloff, lo llevó a descubrirla.
Viajaron al sur.
Ella, la mar, estaba mas allá de los altos médanos, esperando.
Cuando el niño y su padre alcanzaron por fin aquellas dunas de arena, después de mucho caminar, la mar estalló ante sus ojos. Y fue tanta la inmensidad de la mar, y tanto su fulgor que el niño quedó mudo de hermosura.
Y cuando por fin consiguió hablar, temblando, tartamudeando, pidió a su padre;

- ¡Ayúdame a mirar!

 
La fonction de l'art / 1

Diego ne connaissait pas la mer. Le père, Santiago Kovadloff l'emmena la découvrir.
Ils voyagèrent cap vers le sud.
Elle, la mer, se trouvait au-delà de hautes dunes; elle attendait.

 Quand enfin l'enfant et son père atteignirent ces dunes de sable, après une longue marche, la mer explosa devant leurs yeux. Et l'immensité de la mer fut telle, tel son éclat que l'enfant resta muet de beauté.

Et quand, enfin, il réussit à parler, tremblant, bégayant, il demanda à son père:

- Aide-moi à regarder!

La desmemoria /2

El miedo seca la boca, moja las manos y mutila. El miedo de saber nos condena a la ignorancia; el miedo de hacer, nos reduce a la impotencia. La dictadura militar, miedo de escuchar, miedo de decir, nos convirtió en sordomudos.
Ahora la democracia, que tiene miedo de recordar, nos enferma de amnesia: pero no se necesita ser Sigmund Freud para saber que no hay alfombra que no pueda ocultar la basura de la memoria.

Le manque de mémoire / 2

La peur sèche la bouche, mouille les mains et mutile. La peur de savoir nous condamne à l'ignorance; la peur de faire nous réduit à l'impuissance. La dictature militaire, peur d'écouter, peur de dire, nous transforma en sourds-muets.
Maintenant la démocratie, qui a peur de se souvenir, nous rend malades d'amnésie: mais il n'est pas besoin d'être Sigmund Freud pour savoir qu'il n'existe aucun tapis qui ne peut cacher la poubelle de la mémoire.




Traductions: Colette

28/03/2015

Poètes, travaillons / Poetas, trabajemos

Voici ma contribution au 17º printemps des poètes...un peu en retard mais ni les poètes ni le printemps ne m'en tiendront rigueur je pense.

L'insurrection poétique

Une poétesse espagnole, Gloria Fuertes García (Madrid, 28 juillet 1917 - 27 novembre 1998)

 

Una contribución, con algo de retraso, al movimiento francés “La primavera de los poetas”. Este año el tema era “La insurrección poética”.

 

 

 

 

NO PERDAMOS EL TIEMPO
Ne perdons pas de temps

 

Gloria Fuertes

 

 

Si el mar es infinito y tiene redes,
si su música sale de la ola,
si el alba es roja y el ocaso verde,
si la selva es lujuria y la luna caricia,
si la rosa se abre y perfuma la casa,
si la niña se ríe y perfuma la vida,
si el amor va y me besa y me deja temblando...

 

Si la mer est infinie et a des filets,
si sa musique sort de la vague,
si l'aube est rouge et le crépuscule vert,
si la jungle est luxure et la lune caresse,
si la rose s'ouvre et parfume la maison,
si la fillette rit et parfume la vie,
si l'amour va et me baise et me laisse tremblante....

 

¿Qué importancia tiene todo eso,
mientras haya en mi barrio una mesa sin patas,
un niño sin zapatos o un contable tosiendo,
un banquete de cáscaras,
un concierto de perros,
una ópera de sarna?

 

Quelle importance revêt tout cela,
tant qu'il y aura dans mon quartier une table sans pattes,
un enfant sans souliers ou un comptable qui tousse,
un banquet de déchets,
un concert de chiens,
un opéra de gale?

 

Debemos inquietarnos por curar las simientes,
por vendar corazones y escribir el poema
que a todos nos contagie.
Y crear esa frase que abrace todo el mundo;
los poetas debiéramos arrancar las espadas,
inventar más colores y escribir padrenuestros.
Ir dejando las risas en la boca del túnel
y no decir lo íntimo, sino cantar al corro;
no cantar a la luna, no cantar a la novia,
no escribir unas décimas, no fabricar sonetos.

 

Il faut nous en soucier et guérir les semences,
panser les cœurs et écrire le poème
qui nous contamine tous.
Et créer cette phrase qui embrasse le monde entier;
nous les poètes nous devrions arracher les épées,
inventer plus de couleurs et écrire des Notre Père.
Laisser les rires à l'entrée du tunnel
et ne pas dire l'intime, mais chanter en chœur;
ne pas chanter la lune, ni la fiancée,
ne pas écrire des dizains, ni fabriquer des sonnets.

 

Debemos, pues sabemos, gritar al poderoso,
gritar eso que digo, que hay bastantes viviendo
debajo de las latas con lo puesto y aullando
y madres que a sus hijos no peinan a diario,
y padres que madrugan y no van al teatro.

 

Nous devons, car nous savons, huer le puissant,
crier ce que je dis, car il y en a assez qui vivent
sous des tôles et mal vêtus et hurlant
et des mères qui ne peignent pas leurs enfants tous les jours
et des pères qui se lèvent tôt et ne vont pas au théâtre.

 

 
Adornar al humilde poniéndole en el hombro nuestro verso;
cantar al que no canta y ayudarle es lo sano.
Asediar usureros y con rara paciencia convencerles sin asco.
Trillar en la labranza, bajar a alguna mina;
ser buzo una semana, visitar los asilos,
las cárceles, las ruinas; jugar con los párvulos,
danzar en las leproserías.

 

Poetas, no perdamos el tiempo, trabajemos,
que al corazón le llega poca sangre.

 

Orner l'humble d'un de nos vers sur l'épaule;
chanter pour celui qui ne chante pas et l'aider est bien.
Assiéger les usuriers et avec une patience infinie, les convaincre sans dégoût.
Battre le grain dans les champs, descendre dans une mine;
être plongeur une semaine, visiter les asiles,
les prisons, les ruines; jouer avec les enfants,
danser dans les lazarets.

 

Poètes, ne perdons pas de temps, travaillons,
car peu de sang arrive au cœur.

(Trad:Colette)

20/03/2015

Brisé mais vivant / Destrozado pero vivo

Roberto Bolaño (1953-2003), grand poète, écrivain et conteur chilien, apprit à 38 ans qu'il avait une maladie du foie incurable. Ceci permet de mieux comprendre le poème suivant.


 

Sale, mal vêtu

 

Roberto Bolaño

 

Sur le chemin des chiens mon âme rencontra
mon cœur. Brisé, mais vivant,
sale, mal vêtu et plein d'amour.
Sur le chemin des chiens, là où personne ne veut aller.
Un chemin que seuls parcourent les poètes
quand il ne leur reste plus rien à faire.
Mais moi j'avais encore tant à faire!
Et pourtant j'étais là: à me faire tuer
par les fourmis rouges et aussi
par les fourmis noires, parcourant les hameaux
vides: l'épouvante qui s'élevait
à en toucher les étoiles.
Un chilien élevé au Mexique peut tout supporter,
pensais-je, mais ce n'était pas vrai.
Les nuits mon cœur pleurait. Le fleuve de l'être, disaient
des lèvres fiévreuses que je découvris ensuite être les miennes,
le fleuve de l'être, le fleuve de l'être, l'extase
qui se replie sur le rivage de ces villages abandonnés.
Sumulistes”* et théologiens, devins
et voleurs de grands chemins émergèrent
comme des réalité aquatiques au milieu d'une réalité métallique.
Seules la fièvre et la poésie provoquent des visions.
Seuls l'amour et la mémoire.
Ni ces chemins ni ces plaines.
Ni ces labyrinthes.
Jusqu'à ce qu'enfin mon âme rencontra mon cœur.
J'étais malade, certes, mais j'étais vivant.

 


 

* Celui qui étudie les éléments de la logique.
(Trad: Colette)



Sucio, mal vestido 
Roberto Bolaño

En el camino de los perros mi alma encontró
a mi corazón. Destrozado, pero vivo,
sucio, mal vestido y lleno de amor.
En el camino de los perros, allí donde no quiere ir nadie.
Un camino que sólo recorren los poetas
cuando ya no les queda nada por hacer.
¡Pero yo tenía tantas cosas que hacer todavía!
Y sin embargo allí estaba: haciéndome matar
por las hormigas rojas y también
por las hormigas negras, recorriendo las aldeas
vacías: el espanto que se elevaba
hasta tocar las estrellas.
Un chileno educado en México lo puede soportar todo,
pensaba, pero no era verdad.
Por las noches mi corazón lloraba. El río del ser, decían
unos labios afiebrados que luego descubrí eran los míos,
el río del ser, el río del ser, el éxtasis
que se pliega en la ribera de estas aldeas abandonadas.
Sumulistas y teólogos, adivinadores
y salteadores de caminos emergieron
como realidades acuáticas en medio de una realidad metálica.
Sólo la fiebre y la poesía provocan visiones.
Sólo el amor y la memoria.
No estos caminos ni estas llanuras.
No estos laberintos.
Hasta que por fin mi alma encontró a mi corazón.
Estaba enfermo, es cierto, pero estaba vivo. 


Article sur Roberto Bolaño: 
http://www.magazine-litteraire.com/critique/fiction/2666-12-03-2008-34903
Entrevista a Roberto Bolaño
http://www.revistalecturas.cl/la-ultima-entrevista-a-roberto-bolano/

07/03/2015

Odeur de soleil / Olor a sol


Alchimie

Les ombres ne reviendront pas.
Conserve ma promesse comme une conque intermittente.
Je vais mettre midi à bouillir dans un chaudron
pour que toute la maison sente le soleil. 


(trad: Colette)

NB: le mot espanol "caracola" est bien plus poétique et sonne mieux que "conque", hélas...

 Leandro Calle 1969-     , Zarate, province de Buenos Aires


Mark Rothko

 

Alquimia

No volverán las sombras.
Conserva mi promesa como una intermitente caracola.
Voy a poner a hervir en un caldero el mediodía
para que huela a sol toda la casa.

Leandro Calle 1969 -    , Zarate, provincia de Buenos Aires



14/02/2015

En fil de crépuscule / Con hebras de crepúsculo

Longues ou pas, lisses ou rayées, propres ou odorantes, souvent dépareillées, ce sont les chaussettes.
À l'école, à quatre aiguilles, nous devions apprendre à en tricoter. Quel calvaire! Je me souviens que c'était bien souvent grand-mère, dite Bobonne, qui nous aidait à sauver les maudites mailles qui s'étaient échappées. Un mauvais souvenir ces chaussettes que personne ne portait jamais car elles "grattaient".

Tricoteuse, Albert Anke

 

Douces par contre, somptueuses, celles que reçut Pablo Neruda.
Une ode fort amusante, voyez plutôt.

Largos o no, lisos o a rayas, limpios u olorosos, a menudo desparejados, esos son los calcetines.
En la escuela, con cuatro agujas, teníamos que aprender a tejerlos. ¡Un calvario! me acuerdo que era muchas veces la abuela, llamada Bobonne, la que nos ayudaba a rescatar los malditos puntos escapados.
Un mal recuerdo esos calcetines que nadie llevaba nunca porque "picaban".
 
 
Magritte, pieds            
 
Suaves sin embargo, suntuosos los que recibió Pablo Neruda. Una oda muy divertida la que sigue.
 
 
Oda a los calcetines
 
Ode aux chaussettes 
 
Pablo Neruda
 
Me trajo Mara Mori
un par de calcetines,
que tejió con sus manos de pastora,
dos calcetines suaves como liebres.
En ellos metí los pies
como en dos estuches
tejidos con hebras del
crepúsculo y pellejos de ovejas.
 
Mara Mori m'a apporté
une paire de chaussettes,
tricotées de ses mains de bergère,
deux chaussettes douces comme des lièvres.
J'y ai glissé mes pieds
comme dans deux étuis
tricotés de fils du
crépuscule et peau de mouton.


Violentos calcetines,
mis pies fueron dos pescados de lana,
dos largos tiburones
de azul ultramarino
atravesados por una trenza de oro,
dos gigantescos mirlos,
dos cañones;
mis pies fueron honrados de este modo
por estos celestiales calcetines.
 
Violentes chaussettes,
mes pieds furent deux poissons de laine,
deux longs requins
bleu outremer
traversés d'une tresse en or,
deux gigantesques merles,
deux canons;
ainsi furent honorés mes pieds
par ces chaussettes célestes.

Eran tan hermosos que por primera vez
mis pies me parecieron inaceptables,
como dos decrépitos bomberos,
bomberos indignos de aquel fuego bordado,
de aquellos luminosos calcetines.
 
Elles étaient si belles que pour la première fois
mes pieds m'ont paru inacceptables,
comme deux pompiers décrépis,
pompiers indignes de ce feu brodé,
de ces lumineuses chaussettes.

Sin embargo, resistí la tentación
aguda de guardarlos como los colegiales
preservan las luciérnagas,
como los eruditos coleccionan
documentos sagrados,
resistí el impulso furioso de ponerlos
en una jaula de oro y darles cada
día alpiste y pulpa de melón rosado.
 
Je résistai pourtant à la tentation
aigüe de les garder comme les écoliers
conservent les vers luisants,
comme les érudits collectionnent
des documents sacrés,
je résistai à l'élan furieux de les enfermer
dans une cage dorée et de leur donner chaque
jour du millet et de la pulpe de melon rose.


Como descubridores que en la selva
entregan el rarísimo venado verde
al asador y se lo comen con remordimiento,
estiré los pies y me enfundé
los bellos calcetines, y luego los zapatos.
Y es esta la moral de mi Oda:
Dos veces es belleza la belleza,
y lo que es bueno es doblemente bueno,
cuando se trata de dos calcetines
de lana en el invierno.
 
Comme les explorateurs qui dans la jungle
livrent le très rare gibier vert
à la broche et le mangent avec remords,
j'étirai les pieds et j'enfilai
les belles chaussettes, puis les souliers.
Voici la morale de mon Ode:
Par deux fois la beauté est beauté,
et ce qui est bon est doublement bon,
quand il s'agit de deux chaussettes
de laine en hiver.
 
Trad: Colette

04/02/2015

De pain, de feu et d'amour / De pan, fuego y amor

Para Jordi y Elvira
 
 
Le poème qui suit est extrait du tout dernier recueil de poèmes (2015) de Pablo Neruda intitulé “ Tes pieds je touche dans l'ombre et autres poèmes inédits”.
Inédits sont tous les poèmes de ce beau recueil, des brouillons du poète souvent écrits sur des bouts de papiers épars.
Ce poème nº5 a été gribouillé sur le papier du menu, dans un avion, (vous pouvez le voir sur l'image), le 29 décembre 1952, à 11h du matin, volant à 3.500m d'altitude entre Recife et Río de Janeiro où il allait rejoindre sa troisième femme, Matilde Urrutia dont il était très amoureux.
 
 
El poema que sigue proviene del último libro de poemas (enero 2015) de Pablo Neruda titulado “Tus pies toco en la sombra y otros poemas inéditos” (Ed Seix Barral, biblioteca breve)
Inéditos son todos los poemas de este bonito libro, borradores del poeta a menudo escritos en trozos de papel dispersos.
Este poema nº5 (p29) fue garabateado en el menú de un avión como lo podeís ver en la imagen, el 29 de diciembre 1952. Iba a reunirse con su tercera mujer Matilde Urrutia de la cual estaba muy enamorado.

 
ilustracion escaneada del final del libro
 
 
Par les airs je m'approche
du rayon rouge de ta chevelure.
De terre et de blé je suis fait et en m'approchant
ton feu se prépare
en moi et allume
les pierres et la farine.
C'est pour cela que mon cœur
grandit, gonfle et devient
pain pour que ta bouche le dévore,
et mon sang est le vin qui t'attend.
Nous sommes toi et moi la terre et ses fruits.
Pain, feu, sang et vin
c'est le terrestre amour qui nous embrase.
 
Trad: Colette

27/12/2014

Contre-jour de mon ombre / Contraluz de mi propia sombra.

Poema Cosas Absurdas / Poème Choses Absurdes

 

de 

 

 Rosa Amelia Alvarado Roca (poetisa ecuatoriana 1944 -  )

 

 

 

Seethrough, Ken Orton    

 

 

 

Le soleil me connaît bien
qui sort chaque matin
mais se couche quand je veux,
parfois il dort à midi,
parfois il souffre d'insomnie,

 

il entre par la fenêtre
avec la familiarité du maître de maison,
se mire longuement dans le miroir,
me sourit,
me fait un clin d’œil,
pendant un moment
il reste accroché à ma pupille,

 

ensuite il s'en va en dansant,
batifole avec une hâte joyeuse
et se perd dans les fentes
du contre-jour de mon ombre.

 

 

                                             (Trad: Colette)

Westlight Ken Orton

 

 

El sol me conoce bien
sale cada mañana,
pero se acuesta cuando yo quiero,
a veces duerme al mediodía,
a veces padece de insomnio,


entra por la ventana
con la familiaridad del dueño de casa,
se mira largamente en el espejo,
me sonríe,
me hace un guiño,
por un momento
se queda atrapado en mi pupila,


luego se va danzando,
jugueteando con alegre premura
para perderse por las hendijas
del contraluz de mi propia sombra.

23/11/2014

La guitare de F. García Lorca

 

Le piano et la guitare furent les inséparables compagnons de vie de Frederico.
Voici deux poèmes dédiés à la guitare: pleurs et sanglots, images...reflets d'une époque.

El piano y la guitarra fueron los inseparables compañeros de vida de Federico.
Aquí dos poemas dedicados a la guitarra: llantos y sollozos, imágenes...reflejos de una época.

 

 

Las seis cuerdas, F, García Lorca

La guitarra
hace llorar a los sueños.
El sollozo de las almas
perdidas
se escapa por su boca
redonda.
Y como la tarántula,
teje una gran estrella
para cazar suspiros,
que flotan en su negro
aljibe de madera.


1924

 

 

 

Les six cordes

  

La guitare
fait pleurer les songes.
Le sanglot des âmes
perdues
s'échappe par sa bouche
ronde.

Et comme la tarentule,
elle tisse une grande étoile
pour chasser les soupirs
qui flottent dans sa noire
citerne en bois.

(Federico Garcia Lorca, Poème du Cante jondo.
Poésies 1921-1927)

 

(trad: Colette)

 

 

 

Dessins de Lorca

 

 

 

La guitarra

Empieza el llanto
de la guitarra.
Se rompen las copas de la madrugada.
Empieza el llanto de la guitarra.


Es inútil callarla.
Es imposible callarla.
Llora monótona
como llora el agua,
como llora el viento
sobre la nevada.
Es imposible callarla.
Llora por cosas
lejanas.
Arena del Sur caliente
que pide camelias blancas.
Llora flecha sin blanco,
la tarde sin mañana,
y el primer pájaro muerto
sobre la rama.
!Oh guitarra!
Corazón malherido
por cinco espadas. 

 

 

 Celui-ci me fait sourire...este me hace sonreir

 

 

La guitare, Federico García Lorca




Commence la plainte
de la guitare.
Les cimes de l'aube se brisent.
Commence la plainte de la guitare. 
 
Inutile de la faire taire.
Impossible de la faire taire.
Plainte monotone,
comme le pleur de l'eau,
comme le pleur du vent
sur la neige.
Impossible de la faire taire.
Elle pleure sur des choses
lointaines.
Sable du Sud brûlant
qui désire de blancs camélias.
Elle pleure la flèche sans but,
le soir sans lendemain,
et le premier oiseau mort
sur la branche.
O guitare !
Coeur transpercé
par cinq épées.



(Poème du cante jondo)Trad: Colette

Un site qui explique la relation de Lorca avec la guitare

12/10/2014

Des bracelets de feuilles / Pulseras de hojas

Tout comme la semaine dernière, cette semaine sera placée sous le signe “visite”. La campagne qui attend nos amis m'a fait traduire ce poème, si imagé, d'Octavio Paz.


Al igual que la semana pasada, esta semana será una de ·visitas. El campo que espera a nuestros amigos me hizo pensar en este poema tan lleno de bonitas imágenes de Octavio Paz.


Visites Octavio Paz
 
 
A travers la nuit urbaine de pierre et sécheresse
la campagne entre dans ma chambre.
Elle allonge des bras verts couverts de bracelets d'oiseaux,
de bracelets de feuilles.
A la main une rivière.
Le ciel de la campagne entre aussi,
avec son panier de joyaux fraîchement coupés.
Et la mer s'assied à mes côtés,
elle étend sa traîne si blanche sur le sol.
Du silence jaillit un arbre à musique.
De l'arbre pendent tous les mots superbes
qui brillent, mûrissent, tombent.
Sur mon front, grotte qu'habite un éclair...
Mais tout s'est peuplé d'ailes.
(Trad: Colette)
 
 
                                Photo Colette


Visitas Octavio Paz

 

A través de la noche urbana de piedra y sequía
entra el campo a mi cuarto.
Alarga brazos verdes con pulseras de pájaros,
con pulseras de hojas.
Lleva un río de la mano.
El cielo del campo también entra,
con su cesta de joyas acabadas de cortar.
Y el mar se sienta junto a mí,
extendiendo su cola blanquísima en el suelo.
Del silencio brota un árbol de música.
Del árbol cuelgan todas las palabras hermosas
que brillan, maduran, caen.
En mi frente, cueva que habita un relámpago...
Pero todo se ha poblado de alas.

28/09/2014

Nuages 2 / Nubes 2

 

  Cette semaine j'ai découvert des extraits de ZOCALO d'Adonis...et ces écrits m'ont enchantée, dans le sens premier du mot: envoûté donc.


Esta semana descubrí (en francés ya que creo que esta obra no está todavía traducida al español) unos extractos de ZOCALO de Adonis y esos textos me han realmente encantado.


Foto Colette                              

Une mouette dort sur le bras d'une mouette
Une vague pend au cou d'une vague - berceau pour ceux affublés du saroual de la mer.
Calmez-vous, calmez-vous, papillons du sens.
Les images improvisent les ailes et l'espace improvise l'encre.
C'est ainsi que je mets les choses entre parenthèses, et que je fends mon chemin entre ses signes.
J'ai sellé des chevaux que je n'ai pas touchés et touché des autres que je n'ai pas vus.
Les montagnes marchaient autour de moi, nuages serrés dans leurs mains.

Adonis (Ali Ahmed Said Esther), Zocalo, extrait


Una gaviota duerme en el brazo de una gaviota
Una ola cuelga del cuello de una ola – cuna para los adornadoscon los bombachos del mar.
Calmaos, calmaos, mariposas del sentido.
Las imágenes improvisan las alas y el espacio improvisa la tinta.
Así es como pongo las cosas entre paréntesis, y que surco mi camino entre los signos.
Ensillé caballos que no toqué y toqué otros que no vi.
Las montañas andaban alrededor mío, apretando nubes en sus manos.
Adonis (Ali Ahmed Said Esther)- Extracto de Zocalo

(Trad: Colette)

 

21/09/2014

Nuages / Nubes

 

 

                             Photo Colette, aube à Puigpunyent, Mallorca 2014
 
            Nuages ( Jorge Luis Borges)
I. Pas une chose au monde qui ne soit
nuage. Nuages, les cathé­drales,
pierre impo­sante et bibliques ver­rières,
qu’aplanira le temps. Nuage l’
Odys­sée,
mou­vante, comme la mer, neuve
tou­jours quand nous l’ouvrons. Le reflet
de ta face est un autre, déjà, dans le miroir
et le jour, un laby­rinthe impal­pable.
Nous sommes ceux qui partent. Le nuage
nom­breux qui s’efface au cou­chant
est notre nuage. Telle rose
en devient une autre, indé­fi­ni­ment.
Tu es nuage, tu es mer, tu es oubli.
Tu es aussi ce que tu as perdu.
Nuages (I), Jorge Luis Borges, Les Conju­rés,
tra­duc­tion par Claude Este­ban,

                           Photo Colette, aube à Puigpunyent, Mallorca 2014


NUBES   (de Jorge Luis Borges)
 
  1. No habrá una sóla cosa que no sea
    una nube. Lo son las catedrales
    de vasta piedra y bíblicos cristales
    que el tiempo allanará. Lo es la Odisea,
    que cambia como el mar. Algo hay distinto
    cada vez que la abrimos. El reflejo
    de tu cara ya es otro en el espejo
    y el día es un dudoso laberinto.
    Somos los que se van. La numerosa
    nube que se deshace en el poniente
    es nuestra imagen. Incesantemente
    la rosa se convierte en otra rosa.
    Eres nube, eres mar, eres olvido.
    Eres también aquello que has perdido.
                        Photo Colette, Mallorca
 
 
 
 
 

Nubes II (extracto) JL Borges
(...)
¿Qué son las nubes? ¿Una arquitectura
del azar? Quizá Dios las necesita
para la ejecución de Su infinita
obra y son hilos de la trama oscura.
Quizá la nube sea no menos vana
que el hombre que la mira en la mañana.
 
        Nuages ll (extrait) JL Borges
 
        (...)
        Que sont les nuages? Une architecture
        du hasard? Dieu, peut-être, en a-t-il besoin
        pour l'exécution de son oeuvre infinie.
        Ils sont le fil d'une trame obscure.
        Le nuage, peut-être, est aussi vain
        que l'homme qui le regarde dans le matin.
         (Trad: Colette)
 

14/09/2014

Lope de Vega et les tumultes amoureux / Lope de Vega y los tumultos amorosos

Le grand, l'immense et prolifique (bel homme aux traits fins aussi!) Lope de Vega 1562-1635, admiré de tous les écrivains (exception faite de Góngora), celui qui a révolutionné le théâtre espagnol pendant le Siècle d'Or, eut une vie amoureuse pour le moins tumultueuse. Ces "agitations" du corps et de l'âme lui firent rater de belles occasions et même mené à l'exil...
Aujourd'hui, un poème sur l'amour qui lui semblait aussi turbulent que le fut sa vie.
 
 

El gran, el inmenso y prolífico (y hombre guapo de rasgos finos!) Lope de Vega, admirado por todos los escritores (excepto Góngora), el que revolucionó el teatro español durante el Siglo de Oro, tuvo una vida amorosa tumultuosa. Esas “agitaciones” del cuerpo y del alma le hicieron perder muchas buenas ocasiones y le llevaron incluso al exilio...
Hoy, un poema sobre el amor que le parecía tan turbulento como fue su vida.

S'évanouir, oser, être furieux,
rugueux, tendre, libéral, revêche,
brave, mortel, défunt, vivant,
loyal, traître, lâche et courageux ;

ne pas chercher le repos hors du bien,
se montrer joyeux, triste, humble, fier,
courroucé, vaillant, fuyant,
satisfait, offensé, méfiant ;

fuir le visage à la claire désillusion,
boire le poison comme une suave liqueur,
oublier le profit, aimer la perte ;

croire qu'un ciel tient dans un enfer,
donner vie et âme à une désillusion,
tel est l'amour, qui l'a éprouvé le sait.
 
(trad: Colette)
 
 
Desmayarse, atreverse, estar furioso,
áspero, tierno, liberal, esquivo,
alentado, mortal, difunto, vivo,
leal, traidor, cobarde y animoso;

no hallar fuera del bien centro y reposo,
mostrarse alegre, triste, humilde, altivo,
enojado, valiente, fugitivo,
satisfecho, ofendido, receloso;

huir el rostro al claro desengaño,
beber veneno por licor suave,
olvidar el provecho, amar el daño;

creer que un cielo en un infierno cabe,
dar la vida y el alma a un desengaño;
esto es amor, quien lo probó lo sabe.

31/08/2014

Rêve et vision / S. Ocampo / Sueño y visión

C'est chez la soeur de Silvina Ocampo, Victoria, une femme hors du commun, qu' Adolfo Bioy Casares (vous connaissez peut-être L'invention de Morel ) rencontra Borges. Il devinrent rapidement amis, complices d'écriture, et, avec Silvina (qui épousa Adolfo), formèrent un trio d'écrivains “fantastiques”.
 
Gracias a la hermana de Silvina Ocampo,Victoria, Adolfo Bioy Casares (tal vez habéis leido La invención de Morel ) conoció a Borges. Se hicieron rápidamente amigos, cómplices de escritura y junto a Silvina (que se casó con Adolfo), formaron un trío de escritores “fantásticos”.


Sur Silvina ces quelques mots: 
Son œuvre est connue principalement pour son inépuisable imagination et son intérêt pour les nuances d'un langage cultivé qui sert de support à ses inventions biscornues. “Silvina déguise son écriture avec l'innocence d'un enfant pour nommer, avec surprise ou indifférence, la rupture dans le quotidien qu'installe la majorité de ses récits dans le territoire du fantastique.(trad Colo, wiki esp.)

La obra de Silvina Ocampo es reconocida principalmente por su inagotable imaginación y su aguda atención por las inflexiones del lenguaje. Dueña de un lenguaje cultivado que sirve de soporte a sus retorcidas invenciones, Silvina disfraza su escritura con la inocencia de un niño para nombrar, ya sea con sorpresa o con indiferencia, la ruptura en lo cotidiano que instala la mayoría de sus relatos en el territorio de lo fantástico.” (Wiki)

         Borges, à droite, à gauche Bioy Casares, puis Josefina Dorado, Silvina




Silvina Ocampo a écrit de nombreux contes que Borges appréciait énormément, j'en publierai, mais aujourd'hui j'ai traduit deux poèmes “fantastiques”.

Silvina Ocampo escribió numerosos cuentos que Borges apreciaba muchísimo, publicaré algunos, pero hoy estos poemas “fantásticos”.

 

 

La Vision

 


Nous marchions loin de la nuit,
citant des vers au hasard,
non loin de la mer.
Nous rencontrions parfois une voiture.

 

Il y avait un eucalyptus, un pin sombre
et les traces d'une charrette
là où le ciment devenait boue.
Nous rencontrions parfois un mur.

 

Nous n'allions nulle part, c'est vrai,
et nous étions perdus: aucune importance.
La rue nous portait
près d'un cheval noir quasi mort.

 

Il faisait nuit - ce sera faux-
Peut-être, mais c'est vrai dans mes vers -.
Une divinité secrète
presque toujours nocturne qui nous regardait

 

vit que nous nous arrêtions et le jour
suspendit ses honneurs fanatiques,
clôtura ses couleurs
car le cheval lui aussi nous voyait.

 

Ne dis pas que ce n'est pas vrai: il nous regardait.
Avec la pierre stupéfaite de ses yeux,
sous les astres rouges,
il nous vit comme les dieux qu'il attendait.

 

 (trad: Colette)

 

 

 

La visión

Caminábamos lejos de la noche,
citando versos al azar,
no muy lejos del mar.
Cruzábamos de vez en cuando un coche.

Había un eucalipto, un pino oscuro
y las huellas de un carro
donde el cemento se volvía barro.
Cruzábamos de vez en cuando un muro.

Íbamos a ninguna parte, es cierto,
y estábamos perdidos: no importaba.
La calle nos llevaba
junto a un caballo negro casi muerto.

Era de noche -esto será mentira.
Tal vez, pero en mis versos es verdad-.
Una arcana deidad
casi siempre nocturna que nos mira

vio que nos deteníamos y el día
suspendió sus fanáticos honores,
clausuró sus colores
pues también el caballo nos veía.

 

No digas que no es cierto: nos miraba.
Con la atónita piedra de sus ojos,
bajo los astros rojos,
nos vio como los dioses que esperaba.



              Le rêve récurrent



J'arrive comme j'arrivai, solitaire, effrayée,
à la porte de rue de bois ciré.


J'ouvre la porte et j'entre, silencieuse, parmi des tapis.
Les murs et les meubles m'effrayent de leurs ombres.


Je monte les marches de marbre jaune,
aux reflets rosés. J'entre dans un couloir.


Il n'y a personne, mais quelqu'un est caché dans les portes.
Les volets sombres sont tous ouverts.


Les hauts faux plafonds paraissent, de jour,
un ciel rempli d'étoiles éteintes grandissantes.


Le souvenir conserve une ancienne rhétorique,
s'élève comme un arbre ou une colonne dorique,


il dort habituellement dans nos rêves
et nous sommes en secret ses maîtres exclusifs.
(trad: Colette)


         El sueño recurrente

Llego como llegué, solitaria, asustada,
a la puerta de calle de madera encerada.

Abro la puerta y entro, silenciosa, entre alfombras.
Los muros y los muebles me asustan con sus sombras.

Subo los escalones de mármol amarillo,
con reflejos rosados. Penetro en un pasillo.

No hay nadie, pero hay alguien escondido en las puertas.
Las persianas oscuras están todas abiertas.

Los cielos rasos altos en el día parecen
un cielo con estrellas apagadas que crecen.

El recuerdo conserva una antigua retórica,
se eleva como un árbol o una columna dórica,

habitualmente duerme dentro de nuestros sueños
y somos en secreto sus exclusivos dueños.

23/08/2014

Chagrin d'amour, l'oubli / Mal de amor, el olvido

De Silvina Ocampo, Silvia Baron Supervielle, traductrice du présent recueil, (...) écrit en préface : « Elle possédait une intelligence céleste, dont elle faisait usage en silence pour observer la nature qu’elle vénérait, comprendre les animaux, les êtres qui lui étaient chers. »
Source et vie de Silvina ici

De Silvina Ocampo, Silvia Baron Supervielle, traductora de este libro (…) escribe en el prólogo: “Poseía una inteligencia celeste, que utilizaba en silencio para observar la naturaleza que veneraba, para entender a los animales y a sus seres queridos.”

(trad: Colette)

  

Un premier poème sur ce thème inépuisable qu'est l'oubli amoureux.

 Un primer poema sobre ese tema inagotable como es el olvido amoroso.

 


L'oubli

Silvina Ocampo 

 


Amour désespéré, tu cherches l'oubli
comme les papillons recherchent la lumière
dans la fulguration du feu mélancolique.
Je sens que ta souffrance en moi se pose
comme sur ces chétifs jardins
où chante la voix d'une tourterelle
perdue sur la corniche d'une maison
abîmée de la ville, entre jasmins.


Silvina Ocampo, Poèmes d’amour désespéré, édition bilingue, préface et traduction de Silvia Baron Supervielle, José Corti 1997.



 

                              "J'ai tant de mal à t'oublier..."

 

 

El olvido


Silvina Ocampo

Desesperado amor, buscas olvido
como buscan la luz las mariposas
en el fulgor del fuego entristecido.
Yo siento que al sufrir en mí te posas
como en esos escuálidos jardines
donde canta la voz de una torcaza
perdida en la cornisa de una casa
doliente, en la ciudad, entre jazmines.