05/03/2016

Le xylophone / El xilófono


Jeune poète cubain, un texte insolite...sans majuscules.
Joven poeta cubana, un texto insólito...sin mayúsculas.

 
La mère

    ma mère s'attendrit en écoutant le xylophone. selon le dictionnaire: instrument musical de percussion, fait de planchettes de bois. le xylophone, pas ma mère. mais si ma mère le veut elle devient un instrument, elle devient musicale, elle devient percussion, elle arrache une planchette et me donne une raclée qui m'attendrit. il suffit de se le proposer comme le père de Beethoven, qui ne devait pas être si mauvais vu que son fils était si bon. le dada de Beethoven était le piano; celui de son père, l'éducation musicale. un xylophone ressemble à un piano. le xylophone, pas ma mère. mais si ma mère le veut elle devient entièrement piano et elle me laisse tomber sur les doigts le couvercle du clavier pour que je file doux, pour que je ne me remette jamais de l’attendrissement, comme le ferait le père de Beethoven: comme le fait la mère du poète.
 
Trad: Colette

 

 



Sergio García Zamora, nació en Cuba en 1986. Né à Cuba. Poeta de la llamada Generación Cero. Poète de la génération appellée Cero
 
 
 
 

 

 
LA MADRE


    mi madre se enternece oyendo un xilófono. según el diccionario: instrumento musical de percusión, hecho de tablillas de madera. el xilófono, no mi madre. pero si mi madre quiere se vuelve un instrumento, se vuelve musical, se vuelve de percusión, se arranca una tablilla y me da una zurra que me enternece. todo está en proponérselo como el padre de Beethoven, que no debió ser tan malo cuando el hijo fue tan bueno. lo de Beethoven era el piano; lo de su padre, la educación musical. un xilófono parece un piano. el xilófono, no mi madre. pero si mi madre quiere se vuelve toda piano y me deja caer sobre los dedos la tapa del teclado para que ande piano, para que nunca me recupere del enternecimiento, como lo haría el padre de Beethoven. o acaso mejor: como lo hace la madre del poeta.

27/02/2016

Au bord de la paupière / Al borde del párpado

                            Photo : http://www.bombfu.com/art/des-pierres-et-de-lequilibre/

 
 
Chaque fois que tu me traverses
tu abandonnes sur les os une fleur sèche
je suis un pays jonché de tes signes
pourtant je joue à brouiller ton nom
jetant à l'écho de tes falaises
mes phrases tremblantes
 
peut-être es-tu assise juste au bord de la paupière
adossée à ma seule larme
 
Poème de Rabah Belamri extrait de “Pierres d'équilibre” p. 26
 
Cada vez que me traspasas
abandonas en los huesos una flor seca
soy un país cubierto de tus signos
pero juego a confundir tu nombre
tirando en el eco de tus barrancos
mis frases temblorosas
 
 
tal vez estés sentada justo al borde del párpado
reclinada en mi única lágrima
(Trad: Colette)

 

13/02/2016

Lettre à Ulysse / Carta a Ulises

Ah l'Odyssée! Le nom grec de l’œuvre Odusseus est aussi celui du héros, ce cher Ulysse dont on raconte les aventures.
Pénélope, on le sait, est un personnage secondaire qui l'aime et l'attend et attend...
¡Ah la Odisea! El nombre griego de la obra Odusseus es también el de su héroe, el famoso Ulises del que se cuentan sus aventuras.
Penélope, es bien sabido, es un personaje secundario que le ama y le espera y espera...
 
John William Waterhouse / Penelope
 
Ce mythe, comme tous les mythes, a été mille fois interprété, réécrit et ce personnage s'est un peu éloigné de la version initiale. Des centaines de Pénélope parcourent la poésie, le roman et le théâtre contemporains, principalement en Europe et sur le continent américain. La reine d’Ithaque s’est échappée de son manoir pour voyager jusqu’en Amérique Centrale. Elle y habite l’imaginaire de nombreuses poétesses, (…) dont...Claribel Alegría”*
 
Ese mito, como todos los mitos ha sido mil veces interpretado y reescrito y el personaje se ha alejado un poco de la versión inicial. “Cientos de Penélopes recorren la poesía, la novela y el teatro contemporáneo, principalmente en Europa y en el continente americano. La reina de Itaca se ha escapado de su mansión para viajar hasta América Central donde habita el imaginario de numerosas poetisas, (…) entre ellas...Claribel Alegría
 
 

 


Homère qualifie Pénélope de “la plus sage des femmes”, et on la trouve presque toujours en larmes.
Cependant, elle ne cherche pas à se consoler de sa peine, en acceptant l’un de ses prétendants, par exemple. Pénélope semble faire preuve de presque toutes les caractéristiques de l’idéal machiste de la femme décrit par la mexicaine Rosario Castellanos. Cette pionnière du féminisme latino-américain décline les vertus de la parfaite épouse, qui seraient rien moins que : « la constancia, la lealtad, la paciencia, la castidad, la sumisión, la humildad, el recato, la abnegación, el espíritu de sacrificio ». Pour les poétesses centre-américaines, bien souvent en lutte contre le machisme, il s’agit d’un modèle à bannir.” ( la constance, la loyauté, la patience, la chasteté, la soumission, l'humilité, la pudeur, l'abnégation, l'esprit de sacrifice)*
 
Homero califica a Penélope como “la mujer más sensata” y casi siempre nos la encontramos llorando.
Sin embargo no trata de consolar su pena aceptando, por ejemplo, uno de sus pretendientes. Penélope parece poseer casi todas casi todas las características del ideal machista de la mujer descritas por la mejicana Rosario Castellanos. Esta pionera del feminismo latinoamericano desgrana las virtudes de la esposa perfecta, a saber:«la constancia, la lealtad, la paciencia, la castidad, la sumisión, la humildad, el recato, la abnegación, el espíritu de sacrificio».Para las poetisas centroamericanas, que luchan con frecuencia contra el machismo, se trata de un modelo que hay que desterrar.
 
                                      Pénélope et ses prétendants, John W. Waterhouse
 
 
Alors voilà ce que Claribel Alegría a imaginé: une Pénélope libre, qui veut vivre sa vie.
Le ton du poème est dur, puis ironique, sarcastique.
Por eso he aquí lo que Claribel Alegría ha imaginado: una Penélope libre, que quiere vivir su vida.
El tono de la obra es duro, finalmente irónico, sarcástico.
 
La traduction n'est pas de moi, elle est inclue dans l' excellente analyse citée en bas de page.
 
CARTA A UN DESTERRADO
LETTRE À UN EXILÉ
Mi querido Odiseo: Mon cher Ulysse,
ya no es posible más
il n’est plus possible
esposo mío mon époux
que el tiempo pase y vuele que le temps passe et vole
y no te cuente yo et que je ne te dise rien
de mi vida en Ítaca. de ma vie à Ithaque.
Hace ya muchos años Il y a bien des années déjà
que te fuiste que tu es parti
tu ausencia nos pesó ton absence fut douloureuse
a tu hijo y a mí. pour ton fils et pour moi.
Empezaron a cercarme Des prétendants
pretendientes ont commencé à m’encercler
eran tantos ils étaient si nombreux
tan tenaces sus requiebros et leur cour si pressante
que apiadándose un dios qu’un dieu a eu pitié
de mi congoja de ma peine
me aconsejó tejer et m’a conseillé de tisser
una tela sutil une toile fine
interminable interminable
que te sirviera a ti qui te servirait
como sudario. de suaire.
Si llegaba a concluirla Si je parvenais à l’achever
tendría yo sin mora je devrais sans délai
que elegir un esposo. choisir un époux.
Me cautivó la idea L’idée m’a captivée
al levantarse el sol au lever du soleil
me ponía a tejer je me mettais à tisser
y destejía por la noche. et défaisais mon ouvrage la nuit.
Así pasé tres años J’ai ainsi passé trois ans
pero ahora, Odiseo, mais désormais, Ulysse,
mi corazón suspira por un joven
mon cœur soupire pour un jeune homme
tan bello como tú cuando eras mozo
aussi beau que toi dans ta jeunesse
tan hábil con el arco
aussi habile à l’arc
y con la lanza. et de sa lance.
Nuestra casa está en ruinas
Notre maison est en ruines
y necesito un hombre et j’ai besoin d’un homme
que la sepa regir. qui sache la gouverner.
Telémaco es un niño todavía
Télémaque est encore un enfant
y tu padre un anciano.
et ton père est un vieil homme.
Preferible, Odiseo, Il est préférable, Ulysse
que no vuelvas que tu ne reviennes pas
de mi amor hacia ti
de mon amour pour toi
no queda ni un rescoldo
ne restent que des cendres
Telémaco está bien Télémaque va bien
ni siquiera pregunta por su padre
il ne réclame même pas son père
es mejor para ti mieux vaut pour toi
que te demos por muerto. que nous te considérions mort.
Sé por los forasteros J’ai su par les voyageurs
de Calipso pour Calypso
y de Circe. et pour Circé.
Aprovecha, Odiseo, Profite, Ulysse,
si eliges a Calipso, si tu choisis Calypso,
recobrarás la juventud tu retrouveras la jeunesse
si es Circe la elegida
si Circé est l’élue
serás entre sus cerdos tu seras parmi ses pourceaux
el supremo. le plus auguste.
Espero que esta carta J’espère que cette lettre
no te ofenda ne t’offensera pas
no invoques a los dioses n’invoque pas les dieux
será en vano ce serait en vain
recuerda a Menelao souviens-toi de Ménélas
con Helena et d’Hélène
por esa guerra loca à cause de cette guerre folle
han perdido la vida les meilleurs de nos hommes
nuestros mejores hombres ont perdu la vie
y estás tú donde estás. et te voilà là où tu es.
No vuelvas, Odiseo, Ne reviens pas, Ulysse,
te suplico. je t’en supplie.
Tu discreta Penélope Ta discrète Pénélope

Claribel Alegría
© Cahiers d’études romanes
 
**Article : Sandra Gondouin, « Quand Claribel Alegría retisse le mythe de Pénélope : les enjeux d’une réécriture », Cahiers
 
d’études romanes [En ligne], 20 | 2009, mis en ligne le 15 janvier 2013, consulté le 08 février 2016. 

07/02/2016

Baiser raté / Beso fallido

Ne parlons pas du premier, mais de celui, ou ceux, ratés.
Promesse de délice
puis...
C'est si fragile un baiser: un éternuement, une porte qui claque, un fou rire..

No hablemos del primero, sino del o de los  totalmente fallidos.
Promesa de delicia luego...
Es tan frágil un beso: un estornudo, una puerta golpeada, una risa...

 
Il y a toujours un intrus
Claribel Alegría (Nicaragua 1924-    )

Un regard parfois
un geste engourdi
une phrase
une odeur
le baiser qui en nous unissant
nous sépare
(Trad: Colette)
Détail du baiser de E. Munch
 
 
Siempre hay un intruso
 Claribel Alegría (Nicaragua 1924-   )

Una mirada a veces
un gesto entorpecido
una frase
un olor
el beso que al unirnos
nos separa.

24/01/2016

Entre eux / Entre ellos

 

Bonne journée!
 
¡Qué tengáis un buen día!
 
 
Photo Colette, Nord de Mallorca
 

 

 
Le mur
il ne sait rien de la mer

La mer
elle ne sait rien du mur

Entre eux
le va-et-vient du vent
 
La pared
no sabe nada del mar

El mar
no sabe nada de la pared

Entre ellos
el vaivén del viento

(Trad, Colette) 
 
extrait de Komboloï, Werner Lambersy

16/01/2016

Sur le dos d'un violon / A lomos de un violín

Un poème surréaliste de la galicienne Blanca Andreu (La Coruña, 1959)

 

Photo Colette, port de Valldemossa
 
 
 

 

Marine

Je t'ai vu, océan
je t'ai galopé
sur le dos d'un violon
de bois poli
d'un lutrin courbe
de couleur du cerisier
et tu étais, océan
un champ
d'herbe bleue
en mouvement.

Comme si tu étais
l'oubli même
je t'ai visité
océan
empereur des eaux
miroir profond du ciel
et j'ai vu dans tes éternelles barbes d'écume
des céréales bleues et des fleurs du silence.
(trad: Colette)
"El sueño oscuro" 1994
 
Photo Colette , miroirs de lune?
 
Marina

Blanca Andreu‏


Te he visto, océano
te he galopado
a lomos de un violín
de madera pulida
de un potro alabeado
del color del cerezo
y eras, océano
un prado
de hierba azul
en movimiento.

Como si fueras
el propio olvido
te he visitado
océano
emperador de las aguas
espejo profundo del cielo
y he visto en tus eternas barbas de espuma
cereales azules y flores del silencio.

"El sueño oscuro" 1994 

 

10/01/2016

Les pompons du catafalque / Los pompones del catafalco

Explorons encore le recueil de poètes belges, cette fois avec un homme aux multiples talents et activités.(clic sur son nom)
Seguimos con esa breve antología de poetas belgas, esta vez con un hombre de muchos talentos y actividades. ¡Era arquitecto, poeta, ensayista y crítico de arte y de arquitectura!
 
Pierre Puttemans 1936 - 2013, un poète surréaliste / un poeta surrealista
 
 
Ces deux courts textes, que vous qualifierez comme bon vous semble, m'ont fait monter le rire aux yeux.
Estos dos textos, que calificareis como queráis, me pusieron risa en los ojos.
 
 
Tartares
 
À l'exacte jonction des voûtes et du soleil, dans le parfum duveteux des prairies, les coureurs harassés reprennent le collier. Un beignet se gonfle au son du violoncelle, les couturières baissent les yeux à temps: voici l'athlète! Il se mouche bruyamment, le catafalque ébroue ses pompons, les chevaux s'abattent dans les abreuvoirs, le montgolfier monte au-dessus des bois...
 
Tártaros
 
En la exacta unión de las bóvedas y del sol, en el sedoso perfume de los prados, los corredores agotados vuelven al tajo. Un buñuelo se hincha al son del violonchelo, las costureras bajan los ojos a tiempo: ¡aquí está el atleta! Se suena ruidosamente, el catafalco sacude sus pompones, los caballos se desploman en los abrevaderos, el globo* se iza encima de los bosques...
(Trad: Colo) 
 
 
Paul Whitehead, surrealist painter and graphic designer
 
Beau comme
 
En pleine forêt dense, une machine à coudre de type manuel attend le passage de Geneviève. Mais l'hallali se rue à travers elle. Des cavaliers rougeauds ahanent vers la meute et s'arrêtent au bord du ravin. Là, dans le silence retrouvé, ils boivent enfin la bonne baf*, tandis que le plus vieux, à la machine à coudre, achève un coulis de feston.
 
Guapo como
 
En medio de un bosque denso, una máquina de coser de tipo manual espera el paso de Geneviève. Pero el “hallali” se precipita a través de ella. Jinetes rubicundos jadean hacia la jauría y se paran al borde del barranco. Allí, en el silencio recobrado, beben por fin la buena baf*, mientras el más viejo, en la máquina de coser, acaba un jugo de festón.
(Trad: Colo)
 
Paul Whitehead, pochettes de disques pour Genesis
 
 
* Montgolfière es un globo aerostático
 
*BAF, bière artisanale, cerveza artesanal 
 
* Hallali, grito de victoria en la caza al zorro, o la montería
 
 

31/12/2015

Dans le ventre des moineaux / En el vientre de los gorriones

Parmi les livres reçus en cette fin d'année, il y a "Poètes aujourd'hui, un panorama de la poésie francophone de Belgique" qui m'a enchantée.

Alors, et pour commencer une année à l'envers, cette fois j'ai traduit du français à l'espagnol...en espérant que ce changement enclenche une année meilleure, ce que je vous souhaite à toutes/tous!


Entre los libros recibidos en este fin de año, está "Poetas hoy, un panorama de la poesía francófona de Bélgica" que me ha encantado.

Entonces, y para empezar un año al revés, esta vez traduje del francés al español...con la esperanza de que ese cambio inicie una año mejor, ¡lo que os deseo a todas/todos!
 
Les oiseaux 
 
Lucien Noullez (Etterbeek, Belgique, 1957)


Tous les jours, tous les jours je dessinais sur notre
table un visage avec des miettes
et tous les jours la faim l'effaçait
ou parfois le vent en été
qui aime les oiseaux, le vent
du sud, à peine plus léger qu'un cœur.
Maintenant le visage est parti dans le ventre
des moineaux.
L'enfance appelle et je réponds
avec des miettes blanches. On vit de peu.
On vit d'un peu d'amour lointain.

(extrait de "Comme un pommier")
 
Léonard de Vinci, anamorphose d’un visage d’enfant et d’un œil, Codex Atlanticus,1485




Los pájaros Lucien Noullez

Todos los días, todos los días dibujaba en nuestra
mesa una cara con migas
y todos los días el hambre la borraba
o a veces el viento en verano
al que le gustan los pájaros, el viento
del sur, apenas más ligero que un corazón.
Ahora se fue la cara en el vientre
de los gorriones.
Llama la infancia y contesto
con migas blancas. Se vive con poco.
Se vive de un poco de amor lejano.

Trad: Colette


Ref: Poètes aujourd'hui
Un panorama de la poésie francophone de Belgique
Liliane Wouters
Yves Namur
Ed: Le Taillis Pré
en coédition avec
La Noroît

20/12/2015

Une lumière musicale / Una luz musical

Le silence rond de la nuit
 
Federico García Lorca
 

 

Le silence rond de la nuit
Sur la portée musicale
De l'infini.
Moi je sors nu en rue,
Ivre de vers
Perdus.
Le noir,
criblé
Par le chant du grillon,
Retient ce feu follet
Mort,
Du son.
Cette lumière musicale
Que perçoit
L'esprit.
Les squelettes de mille papillons
Dorment dans mon enceinte.
 
Passe une jeunesse de brises folles
Sur la rivière.
 

(Trad: Colette) 

Feux follets / Fuegos fatuos          
 
El silencio redondo de la noche
Federico García Lorca
El silencio redondo de la noche
Sobre el pentagrama
Del infinito.
Yo me salgo desnudo a la calle,
Maduro de versos
Perdidos.
Lo negro, acribillado
Por el canto del grillo,
Tiene ese fuego fatuo,
Muerto,
Del sonido.
Esa luz musical
Que percibe
El espíritu.
Los esqueletos de mil mariposas
Duermen en mi recinto.

Hay una juventud de brisas locas
Sobre el río.

06/12/2015

Dans la marge / En el margen



Roberto Juarroz (Argentina 1925-1995)
Décima poesía vertical
 


Il m'est arrivé de rêver des mots.
Les mots ne me laissent pas dormir.
Ils me cognent depuis l'envers du décor,
personnages subversifs
qui arrivent à déchirer le rideau
et pour toujours changer l’œuvre.

Les mots n'attendent pas.
Jusque quand dureront-ils?
Ils sont comme des gouttes de sang
qui tombent sur le texte
et parfois aussi dans la marge.

Mais ils ne se contentent pas des formes du jour,
de la veille éclairée entre la vie et la mort.
Le texte est infini
la marge l'est aussi.
Peut-être le texte devrait-il être dans la marge.

Le rêve est une région abandonnée
ou du moins disponible
à la nécessaire entrée du verbe.
 
(Trad: Colette)
 
 
He llegado a soñar con las palabras.
Las palabras no me dejan dormir.
Me golpean desde atrás del decorado,
personajes subversivos
que hasta llegan a rasgar el telón
para cambiar siempre la obra. 
 
Las palabras no esperan.
¿Hasta cuándo durarán?
Son como gotas de sangre
que van cayendo sobre el texto
y también a veces en el margen. 
 
Pero no les bastan las figuras del día,
la vigilia ilustrada entre la vida y la muerte.
El texto es infinito
y también lo es el margen. 
 
Quizá el texto debiera estar en el margen.
El sueño es una región abandonada
o por lo menos disponible
para la entrada necesaria del verbo.
 

24/10/2015

Chutes et ombres / Caídas y sombras

Nous poursuivons donc avec Roberto Juarroz. Né dans la Pampa Humide Argentine en 1925, il est mort à Buenos Aires en 1995. Très lié à la France où il étudia la Philosophie et les Lettres à la Sorbonne, sa “Poésie verticale”, œuvre de sa vie entière, est publiée d'abord en France.
 
J'ai choisi et traduit deux poèmes de lui aujourd'hui, avec une explication tirée de la dernière interview qu'il avait donnée en 1993.
 
Seguimos con Roberto Juarroz. Nacido en la Pampa húmeda Argentina en 1925, murió en Buenos Aires en 1995. Muy ligado a Francia donde estudió Filosofía y Letras en La Sorbona, su “Poesía Vertical”, es la obra de toda su vida, y fue publicada primero en Francia.

 

Elegí dos poemas, con una explicación sacada de la última entrevista que dió en 1993.

 

Ce billet est un peu long, prenez votre temps...

 Esta entrada es un poca larga, tomad vuestro tiempo...

 

 

 

 

"C'est toujours un instant, un instant de plénitude, qui nous signale ou nous situe avec les yeux ouverts dans la réalité la plus libre, la plus illimitée.

(...) la poésie est justement la voie pour exprimer l’ineffable. Dans le poème il se peut qu'il reste quelques morceaux, fragments qui parfois nous transmettent des messages inattendus. Ceci se rattache à ce que disait Rimbaud pour qui le poète n'est pas un prophète, dans le sens de quelqu’un qui anticipe les choses, mais celui qui cultive la vision verbale qui l'amène un peu plus loin, habituée à ce que le regard devienne "vision". C'est ici qu'entre en jeux le rôle fondamental de l’imagination qui découvre des ressorts insoupçonnables entre les choses.
J'ai la sensation qu'on s'est méfié de la présence de l'intelligence et de la raison dans le poème et je pense que c'est une erreur. Je pense que l'intellect joue intensément dans l'écriture. Le poème n'est pas un délire plus ou moins modelé par des recherches capricieuses.(..)"

"Siempre es un instante, un instante de plenitud, lo que nos señala o nos sitúa con los ojos abiertos en la realidad más suelta, más ilimitada.  (…) la poesía es justamente la vía para expresar lo inefable. En el poema pueden quedar algunos pedazos, fragmentos que nos transmiten a veces mensajes inesperados. Esto también se empalma con lo que decía Rimbaud, para quien el poeta no es profeta, en el sentido de alguien que anticipa las cosas, sino que cultiva la visión verbal y eso lo lleva un poco más allá, acostumbra a que la mirada se vuelva "visión". Aquí es donde entra a jugar un papel fundamental la imaginación, que descubre resortes insospechados en todas las cosas. 

Yo tengo la sensación de que se ha desconfiado de la presencia de la inteligencia y de la razón en el poema y pienso que es un error. Pienso que también lo intelectual juega con intensidad en la escritura. El poema no es un delirio más o menos configurado de búsquedas caprichosas,(...)"

 

Night shadows Edward Hopper

 


Quand s'éteint la dernière lampe
s'éteint plus que la lumière:
l'ombre s'allume elle aussi.
Il devrait pourtant y avoir des lampes
qui serviraient exclusivement
à allumer l'ombre.
N'y a-t-il pas peut-être des regards pour ne pas voir,
des vies rien que pour mourir
et des amours destinés à l'oubli?

Il y a du moins certains ténèbres préférés
qui méritent leur propre lampe de l'obscurité. 

(Trad: Colette)  



Cuando se apaga la última lámpara

no sólo se apaga algo mayor que la luz:

también se enciende la sombra.

Debería haber sin embargo lámparas

que sirvieran exclusivamente para encender la sombra.

¿No hay acaso miradas para no ver,

vidas nada más que para morir

y amores sólo para el olvido?



Hay por lo menos ciertas tinieblas predilectas

que merecen su propia lámpara de oscuridad.

 

 
 
 
"J'ai été attiré par une vision, celle que de tous les mouvements de l'homme il y en a un vers lequel nous allons inévitablement, qui se répète au long de la vie jusqu'à prendre une forme définitive: la chute. Tomber comprend depuis la chute de la feuille de l'arbre à tout ce qui existe dans l'univers. La chute est un peu le centre de nos vies et de nous-mêmes.
J'ai pourtant senti que, paradoxalement, le mouvement inverse se produisait également. Comme si dans le fond de la chute il y avait un rebond, où se trouve l’ascension. (...) Héraclite dit "le chemin qui descend est le même chemin qui monte". (...) une espèce de loi de la gravité à l'envers."
"Me atrajo una visión, y es que de todos los movimientos del hombre hay uno hacia el cual inevitablemente vamos, que se repite a lo largo de la vida hasta que se da en forma definitiva: la caída. El caer abarca desde la hoja del árbol hasta todo lo que existe en el universo. La caída es algo así como el centro de nuestras vidas y de nosotros mismos.
Sin embargo sentí que paradójicamente se producía también el movimiento inverso. Como si en el fondo de la caída hubiera un rebote, y es allí donde se encuentra el ascenso. (...) Dice Heráclito "el camino que baja es el mismo camino que sube". (...) una especie de ley de gravedad invertida."
 
Picasso La chute d'Icare  
 
Il faut tomber et on ne peut choisir où.
Mais il existe une certaine forme du vent dans les cheveux,
une certaine pause du coup,
un certain angle du bras
que nous pouvons obliquer dans la chute.
Ce n'est que l'extrémité d'un signe,
la pointe sans y penser d'une pensée.
Mais il suffit pour éviter le fond avare de mains
et la misère bleue d'un Dieu désert.

Il s'agit de plier plus qu'une virgule
dans un texte que nous ne pouvons corriger.
 
(Trad: Colette)
 
Hay que caer y no se puede elegir dónde.

 Pero hay cierta forma del viento en los cabellos,

cierta pausa del golpe,
 
cierta esquina del brazo

 que podemos torcer mientras caemos.

Es tan sólo el extremo de un signo,
 
la punta sin pensar de un pensamiento.
 
Pero basta para evitar el fondo avaro de unas manos

 y la miseria azul de un Dios desierto. 

 

Se trata de doblar algo más que una coma

 en un texto que no podemos corregir.

 

 

17/10/2015

Sans le savoir / Sin saberlo

Roberto Juarroz. 


 
Argentina (1925-1995)

"Una hoja en el árbol, justifica al árbol. Pero un árbol sin hojas lo justifica todo."
"Une feuille dans l'arbre justifie l'arbre. Mais un arbre sans feuilles justifie tout"
 
(les poèmes de Juarroz sont sans titre) (los poemas de Juarroz no tienen título)
 
 
 Le jour où sans le savoir
Nous faisons une chose pour la dernière fois,
regarder une étoile,
passer une porte,
aimer quelqu’un,
écouter une voix,
si quelque chose nous prévenait
que jamais nous n’allions la refaire,
la vie probablement s’arrêterait
comme une poupée sans enfant ni ressort.

Et pourtant, chaque jour
nous faisons quelque chose pour la dernière fois,
regarder un visage,
nous appeler par notre nom,
achever d’user une chaussure,
éprouver un frisson
comme si la première ou la millième fois
pouvait nous préserver de la dernière.

Il nous faudrait un tableau noir
marquant toutes les entrées et les sorties,
où serait clairement annoncé, jour après jour,
avec des craies de couleur et des voyelles
ce que chacun doit terminer
jusqu’à quand on doit faire chaque chose,
jusqu’à quand on vit
jusqu’à quand on meurt.
 
 
(Trad: Colette)
 

Ce poème a été traduit par Jacques Ancet, bien avant moi; vous trouverez sa version ici: http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/juarroz/jua...

Tommy Ingberg http://www.ingberg.com/



El día en que sin saberlo
hacemos por última vez una cosa
mirar una estrella,
atravesar una puerta,
amar a alguien,
escuchar cierta voz
si algo nos advirtiera
que nunca volveremos a hacer eso,
probablemente la vida se detendría
como un muñeco sin niño ni resorte.
.
Sin embargo, cada día
hacemos algo por última vez
mirar un rostro,
llamarse con su propio nombre,
terminar de gastar un zapato,
probar un temblor
como si la primera vez o la milésima
pudiera preservarnos de la última.
.
Nos haría falta un tablero
con todas las entradas y salidas marcadas,
donde se anuncie claramente, día por día,
con tiza de colores y con vocales
qué le toca terminar a cada uno,
hasta cuándo se hace cada cosa,
hasta cuándo se vive
hasta cuándo se muere.

Roberto Juarroz.
 
 
 
 
Le prochain billet sera consacré à ce poète Argentin (1925-1995), auteur d'une “poésie verticale”; les pieds sur terre, la tête imprégnée de spiritualité, de philosophie. Une poésie sans artifices, à la recherche d'une “troisième dimension”, entre la vie et la mort, le bonheur et la disgrâce...loin du manichéisme d'une certaine poésie traditionnelle.


La próxima entrada será dedicada a ese poeta Argentino (1925-1995), autor de una “Poesía Vertical”; los pies en la tierra, la cabeza impregnada de espiritualidad, de filosofía. Una poesía sin artefactos, que busca una “tercera dimensión” entre la vida y la muerte, la felicidad y la desgracia...lejos del maniqueísmo de cierta poesía tradicional.

03/10/2015

Pluie dans le patio / Lluvia en el patio

Dans les pays asiatiques il n'y a que deux saisons: la sèche et l'humide.
Cette mousson si attendue, indispensable à la vie, causant parfois des catastrophe aussi.

 

En los países asiáticos sólo hay dos estaciones: la seca y la húmeda. Ese monzón tan esperado, indispensable para la vida, causando a veces desastres también.

J'y pense ce matin en regardant la campagne inondée; les oiseaux se bousculent dans les immenses flaques, et j'imagine les semences se gorgeant goulûment d'eau.

 

 

Pienso en ello esta mañana mirando al campo inundado; los pájaros se atropellan en los inmensos charcos, y me imagino las simientes llenándose de agua con gula.

Voici cette semaine un poème de J.L. Borges avec ce vers intraduisible et génial:
 Esta semana un poema de Borges y este verso tan conseguido:

 

" Y el curioso color del colorado."

 


Pluie, patio, père...

 

Lluvia, patio, padre...

 

"La pluie"

 

 
Brusquement le soir s'est éclairé

 

car déjà tombe la pluie fine.

 

Elle tombe ou tomba. La pluie est une chose

 

qui bien sûr survient dans le passé

 

 

 

Celui qui l'entend tomber a retrouvé

 

Le temps où le sort heureux

 

Lui révéla une fleur appelée rose

 

et la curieuse couleur qu'est le carmin.

 

 

 

Cette pluie qui aveugle les vitres

 

Réjouira dans des quartiers perdus

 

Les noirs raisins d'une treille en un certain

 

 

 

Patio qui n'existe plus. Le soir

 

Mouillé m'apporte la voix, la voix désirée

 

De mon père qui revient et qui n'est pas mort.

 

 

 

(trad: Colette)

 

 

 

"Comme beaucoup, je tiens qu'un poème est intraduisible, mais qu'il peut être recréé dans une autre langue (je sais bien qu'en bonne logique, il suffirait d'un seul vers bien traduit pour réfuter cette assertion). Tout dépend, bien sûr, de ce qu'on entend par "bien traduit". Pour moi, je suis nominaliste; je me méfie des affirmations abstraites, et je préfère m'en tenir aux cas particuliers."

 

Jorge Luis Borges

 

 

"La lluvia"

 

 

Bruscamente la tarde se ha aclarado

 

Porque ya cae la lluvia minuciosa.

 

Cae o cayó. La lluvia es una cosa

 

Que sin duda sucede en el pasado.

 

 

 

Quien la oye caer ha recobrado

 

El tiempo en que la suerte venturosa

 

Le revelo una flor llamada rosa

 

Y el curioso color del colorado.

 

 

 

Esta lluvia que ciega los cristales

 

Alegrara en perdidos arrabales

 

Las negras uvas de una parra en cierto

 

 

 

Patio que ya no existe. La mojada

 

Tarde me trae la voz, la voz deseada

 

De mi padre que vuelve y que no ha muerto
 

 

 

 

 

 

26/09/2015

Patio poétique / Patio poético

Un patio

J.L Borges (Buenos Aires 1899 - Genève 1986)

Avec le soir
les deux ou trois couleurs du patio se lassèrent.
Cette nuit, la lune, le cercle clair,
ne domine pas son espace.
Patio, ciel canalisé.
Le patio est la déclive
par laquelle le ciel se répand dans la maison.
Sereine,
l'éternité attend au croisement des étoiles.
Il est doux de vivre dans l'amitié sombre
d'un seuil, d'une vigne et d'un puits.
 
Trad:Colette


Patio Andaluz J.R de torres 1900
Patio andaluz Julio Romero de Torres 1900

 
 
 
Un patio J.L. Borges
 
Con la tarde
se cansaron los dos o tres colores del patio.
Esta noche, la luna, el claro círculo,
no domina su espacio.
Patio, cielo encauzado.
El patio es el declive
por el cual se derrama el cielo en la casa.
Serena,
la eternidad espera en la encrucijada de estrellas.
Grato es vivir en la amistad oscura
de un zaguán, de una parra y de un aljibe.
 
(Fervor de Buenos Aires 1923)
 
                                     

06/09/2015

Ces choses quotidiennes / Esas cosas cotidianas

Chose; on apprend, puis on répète que c'est un mot à éviter, presqu'un gros mot quand on écrit. Voyons, chaque chose a un nom!
 
Et pourtant...pourtant. Jorge Luis Borges et Gloria Fuertes, deux “grands” l'ont employé pour écrire des poèmes, de beaux poèmes sur... “des choses”.

  

Cosas; aprendemos, luego repetimos que es una palabra que hay que evitar, casi una palabrota cuande se escribe. Venga, ¡cada cosa tiene un nombre!
Sin embargo...sin embargo. Jorge Luis Borges y Gloria Fuertes, dos “grandes” lo emplearon para escribir poemas, preciosos poemas sobre...”cosas”

 

 

 

 

 

 

Les Choses
 
Le bâton, les pièces de monnaie, le porte-clés,
la serrure docile, les lettres tardives
qui ne seront pas lues dans le peu de jours
qu'il me reste, les cartes de jeu et le damier,
 
un livre, et, entre ses pages, la violette
flétrie, monument d'un soir
sans doute inoubliable mais déjà oublié,
le rouge miroir occidental dans lequel brûle 
 
une illusoire aurore. Combien de choses,
planches, seuils, atlas, tasses, épingles,
nous servent d'esclaves tacites,
 
aveugles et étrangement discrets !
Elles dureront au delà de notre oubli;
elles ne sauront jamais que nous sommes partis. 

 


Jorge Luis Borges (1899-1986)  

Traduit de l'espagnol par E. Dupas, retravaillé à sa manière par Colette.

 

Borges

 

 
Las cosas

El bastón, las monedas, el llavero,
la dócil cerradura, las tardías
notas que no leerán los pocos días
que me quedan, los naipes y el tablero,

un libro y en sus páginas la ajada
violeta, monumento de una tarde
sin duda inolvidable y ya olvidada,
el rojo espejo occidental en que arde

una ilusoria aurora. ¡Cuántas cosas,
láminas, umbrales, atlas, copas, clavos,
nos sirven como tácitos esclavos,

ciegas y extrañamente sigilosas!
Durarán más allá de nuestro olvido;
no sabrán nunca que nos hemos ido.

 

 
 
Picasso "Femme accoudée"
 

 

Les choses    Gloria Fuertes

Les choses, nos choses,
elles aiment qu'on les aime;
ma table aime que j'y appuie mes coudes,
la chaise aime que je m’asseye sur la chaise,
la porte aime que je l'ouvre et la ferme
comme le vin aime que je l'achète et le boive,
mon crayon se libère si je le prends et écris,
mon armoire frissonne quand je l'ouvre et regarde,
les draps sont draps quand je me couche sur eux
et le lit se plaint quand je me lève.
Qu'adviendra-t-il des choses quand l'homme disparaîtra?
Tout comme les chiens, les choses n’existent pas sans le maître.

 

Trad: Colette

 

 

Biblioteca La Granja Foto Colo

 

 

Las cosas Gloria Fuertes

 

Las cosas, nuestras cosas,
les gustan que las quieran;
a mi mesa le gusta que yo apoye los codos,
a la silla le gusta que me siente en la silla,
a la puerta le gusta que la abra y la cierre
como al vino le gusta que lo compre y lo beba,
mi lápiz se deshace si lo cojo y escribo,
mi armario se estremece si lo abro y me asomo,
las sábanas son sábanas cuando me echo sobre ellas
y la cama se queja cuando yo me levanto.
¿Qué será de las cosas cuando el hombre se acabe?
Como perros las cosas no existen sin el amo.