06/11/2016

Ce que j'ai vu / Lo que he visto

Je connais tous les contes
 
León Felipe
 
Je ne sais pas beaucoup de choses, c'est vrai.
Je ne dis que ce que j'ai vu.
Et j'ai vu:
que le berceau de l'homme se berce avec des contes,
que les cris d'angoisse de l'homme se noient avec des contes,
que le pleur de l'homme se colmate avec des contes,
que les os de l'homme s'enterrent avec des contes,
et que la peur de l'homme...
a inventé tous les contes.
Je ne sais pas beaucoup de choses, c'est vrai,
mais on m'a endormi avec tous les contes...
et je connais tous les contes.
 (Trad: Colette)
 
Leonora Carrington, peintre surréaliste anglo-mexicaine 1917-2011
 
Sé todos los cuentos
León Felipe
 
Yo no sé muchas cosas, es verdad.
Digo tan sólo lo que he visto.
Y he visto:
que la cuna del hombre la mecen con cuentos,
que los gritos de angustia del hombre los ahogan con cuentos,
que el llanto del hombre lo taponan con cuentos,
que los huesos del hombre los entierran con cuentos,
y que el miedo del hombre...
ha inventado todos los cuentos.
Yo no sé muchas cosas, es verdad,
pero me han dormido con todos los cuentos...
y sé todos los cuentos.

29/10/2016

Le secret du raisin / El secreto de la uva





C'est le temps des raisins. Ici on dit “uvas con queso saben a beso”. Autrement dit: avec du fromage, les raisins ont le goût des baisers.
Irrésistibles donc...
 
 
Extrait /extracto de
 
Eduardo Galeano
 

 


El libro de los abrazos
 
Le livre des étreintes

 

 
 
Le raisin et le vin
 
A l'agonie, un homme des vignes parla à l'oreille de Marcela.
Avant de mourir il lui révéla son secret:
 
Le raisin, chuchota-t-il, est fait de vin.
 
Marcela Pérez-Siva me le conta, et je pensai: si le raisin est fait de vin, peut-être sommes-nous les mots qui racontent ce que nous sommes.

 (trad: Colette)

 

 
La uva y el vino
 
Un hombre de las viñas habló, en agonía, al oído de
Marcela. Antes de morir, le reveló su secreto:
 
La uva le susurró está hecha de vino.
 
Marcela Pérez-Silva me lo contó, y yo pensé: si la uva
está hecha de vino, quizás nosotros somos las palabras
que cuentan lo que somos.
 
 
 
 

Bonne semaine!

15/10/2016

Soif / Sed


Septembre fut un mois d'excursions; la chaleur avait diminué.
Septiembre fue un mes de excursiones; había disminuido el calor.
 
L'une d'elles nous emmena dans le centre de l'île appelé Es Pla. Ce plat est décoré par-ci par-là de hautes collines (ou petites montagnes). Et devinez qui a édifié sa demeure en haut, jouissant d'une vue fabuleuse, d'un calme inégalable? Des moines, bien sûr.
Una de ellas nos llevó al centro de la isla llamado Es Pla. Esa llanura está decorada aquí y allá de altas colinas (o pequeñas montañas). Y adivinad ¿quién edificó allí su morada, gozando de una vista fabulosa, de una quietud incomparable? Unos monjes, claro.
 
 

C'est du haut de l'une d'elles, dont je vous parlerai dans le prochain billet, que j'ai pris cette photo panoramique; là aussi que j'ai pensé à ce poème...tout était si sec.
 
Desde lo alto de una de ellas, os hablaré de ella en la próxima entrada,  saqué esta foto panorámica; allí también pensé en este poema...todo estaba tan seco.
 
 

 

 
Épitaphe
 
Un oiseau vivait en moi.
Une fleur voyageait dans mon sang.
Mon cœur était un violon.
J'aimai et n'aimai pas. Mais parfois
on m'aima. Moi aussi me
réjouissaient: le printemps,
les mains jointes, l'heureux.
Je dis que l'homme doit l'être!
Ci-gît un oiseau.
Une fleur.
Un violon.
 
(Trad: Colette)
 
Epitafio
J. Gelman
 
Un pájaro vivía en mí.
Una flor viajaba en mi sangre.
Mi corazón era un violín.
Quise o no quise. Pero a veces
me quisieron. También a mí
me alegraban: la primavera,
las manos juntas, lo feliz.
¡Digo que el hombre debe serlo!
Aquí yace un pájaro.
Una flor.
Un violín.

04/10/2016

Dépasser les clichés / Superar los clichés

Nous ne sommes pas tous des artistes; mais tous nous avons part à la beauté. En réalité, nous sommes tous plus ou moins artistes. Le simple fait de vivre suppose un certain art de vivre. Nous savons par exemple disposer des fleurs pour égayer notre demeure, dresser l'oreille pour écouter un chant d'oiseau, jouir d'un jardin au printemps ou du coucher du soleil sur la mer. Tout cela est bien. Toutefois, si nous voulons dépasser les clichés, dépasser l'habitude de réserver la beauté à seulement quelques moments privilégiés, nous devons apprendre à habiter poétiquement la terre comme l'a proposé le poète Hölderlin. Car la beauté, ce don qui nous est offert sans réserve, est omniprésente. Il faut savoir en capter les plus humbles manifestations. Ces fleurs anonymes qui poussent dans les fentes d'un trottoir, ce rayon de soleil qui soudain fait chanter un vieux mur, ce cheval pensif au milieu d'un pré après la pluie, cet enfant qui offre un caillou coloré à un vieillard sur son banc; ces fragrances et saveurs que la mémoire réveille...
 
Extrait de:
Œil ouvert et cœur battant
Comment envisager et dévisager la beauté
François Cheng.
 
p.53 éd. Poche Desclée de Brouwer
 
 
Foto Colette
 
No todos somos artistas; pero todos participamos a la belleza. En realidad, todos somos más o menos artistas. El simple hecho de vivir supone un cierto arte de vivir. Sabemos por ejemplo disponer flores para alegrar nuestro hogar, aguzar el oído para escuchar un canto de pájaro, disfrutar de un jardín en primavera o del ocaso en el mar. Todo esto está bien. Sin embargo, si deseamos superar los clichés, superar la costumbre de reservar la belleza a sólo unos momentos privilegiados, tenemos que aprender a habitar poéticamente la tierra como lo propuso el poeta Hölderlin. Ya que la belleza, ese don que se nos da sin reserva, está omnipresente. Hay que saber capturar sus más humildes manifestaciones. Esas flores anónimas que crecen en las rendijas de una acera, esos rayos de sol que hacen de repente cantar una vieja pared, ese caballo pensativo en medio de un prado después de la lluvia, ese niño que le regala un guijarro coloreado a un anciano en su banco; esas fragancias y sabores que la memoria despierta...
Trad: Colette
 
(Por lo que veo este librito no está traducido todavía pero os puedo recomendar la lectura tan bonita de “Cinco meditaciones sobre la belleza” del mismo François Cheng.)

24/09/2016

Jouer à oui et non / Jugar al sí y al no

 

Balançoire 
 
                               Gerardo Diego 1896-1987
 
 
À cheval sur le bord du monde
un rêveur jouait à oui et non
 
Les pluies de couleurs
émigraient au pays des amours
 
 
 
Vol de fleurs
 
 
Fleurs du oui
 
 
Fleurs du non
 
 
Couteaux dans l'air
qui lui déchirent la chair
forment un pont
 
 
Oui
 
 
Non
 
 
Chevauchait le rêveur
Des oiseaux arlequins
 
 
ils chantent le oui
 
 
ils chantent le non

(Trad: Colette)
 
 
Une balançoire en Équateur, lisez ceci, c'est extraordinaire: http://voyagerloin.com/actualite/activites-sport/equateur-balancoire-flippante-du-monde-face-volcan-en-eruption/
 
 
 
 
 
Columpio 
                                                Gerardo Diego
 
A caballo en el quicio del mundo
un soñador jugaba al sí y al no

Las lluvias de colores
emigraban al país de los amores



Bandadas de flores


Flores de sí


Flores de no

Cuchillos en el aire
que le rasgan las carnes
forman un puente





No

Cabalgaba el soñador
Pájaros arlequines


cantan el sí


cantan el no

17/09/2016

Jouer à ne pas se perdre / Jugar a no perderse

Si la littérature s'est emparée du sablier pour signifier le temps qui passe et nous mène inexorablement vers la mort, cet objet, tombé en désuétude, avait jadis de multiples usages; navigation, cuisine, église (messe)...
 
Si la literatura ha convertido el reloj de arena en signo del tiempo que pasa y nos lleva irremediablemente a la muerte, ese objeto, hoy en desusso, tenía antaño múltiples usos; navegación, cocina, iglesia (misa)...
 
El reloj de arena (Le sablier) José Cirilo Henao, alcalde(maire)-artista Colombiano
 

 

 
Le sablier
joue
à se remplir de lumière
à se vider d'ombre.
Nous le retournons
jouons à ne pas nous perdre
à ne pas nous vider de lumière
à ne pas nous remplir d'ombre.
 
(Trad: Colette)
 
 
Jorge H Cadavid (poète et essayiste Colombien (1962-   ))
 
 
El reloj de arena
juega
a llenarse de luz
a vaciarse de sombra.
Nosotros le damos vuelta
jugamos a no perdernos
no vaciarnos de luz
no llenarnos de sombra.
 

03/09/2016

Repasser / Planchar

Ce dimanche je reçois ce message d'une amie: “Je termine mon repassage sur la terrasse, j'ai failli m'envoler!”
Moi aussi j'avais prévu de repasser, après ma sieste, mais dans la salle de bains, l'endroit le plus frais de la maison. En écoutant la radio.
Certain(e)s regardent la TV, d'autres mettent de la musique en réalisant cette tâche domestique, parfois longue, toujours précise.
Le soir, en parcourant des blogs, je suis tombée sur ce poème amusant que je vous ai traduit.
 

 

Picasso

 

 
 
Este domingo recibo este mensaje de una amiga: “Termino de planchar en la terraza, ¡estuve a punto de coger el vuelo!”
Yo también había previsto planchar, después de la siesta, pero en el cuarto de baño, el sitio más fresco de la casa. Escuchando la radio.
Unos (unas) miran la TV, otros (otras) ponen música al realizar esa tarea doméstica, a veces larga, siempre precisa.
Por la noche encontré este poema divertido en un blog.

 

 
Poésie domestique
 
Par quel obscur caprice du destin
par quelle facétie perverse du hasard
par quelle conspiration cruelle et insoupçonnable
par quel dessein d'un sombre pouvoir...
 
Si je m'y efforce
et m'organise, et me programme
et fais tout mon possible,
épuise la vitesse...
 
Mais si le divin et le terrestre
complotent
et bien que j'aie écrit ceci un lundi
je continue à me demander pourquoi
je finis toujours par repasser les dimanches!
 
 
Trad: Colette
 
 
Poesía doméstica
Por qué oscuro capricho del destino
por qué broma perversa de la suerte
por cuál conjuro cruel e insospechado
por cuál designio de algún poder siniestro

Si yo lo intento
y me organizo, y me programo
y hago hasta más de lo posible
apuro prisas

Pero si lo divino y terrenal
se confabulan
y aún cuando esto lo haya escrito un lunes
sigo preguntándome por qué
siempre termino planchando los domingos!
 
 

27/08/2016

Les mots de la mer / Las palabras del mar

Après tous ces billets estivaux, revenons un peu à la poésie.
Después de todas esas entradas estivales, volvamos un poco a la poesía.
María Elena Walsh, de père anglais et mère argentine, était écrivain, poète, dramaturge, musicienne, compositeur...et spécialisée dans les écrits et chants pour enfants.
María Elena Walsh, de padre inglés y madre argentina, era escritora, poetisa, dramaturgo, músico, compositora...y especializada en los escritos y canciones para niños.
Mais aujourd'hui, et parce que les levers de soleil sont si beaux en ce moments, voici ce poème.
Pero hoy, y porque los amaneceres son tan bonitos en este momento, aquí este poema.
 
 Pour accompagner votre lecture, cette courte vidéo intitulée:
Le son de l'aube. Mallorca

 



María Elena Walsh (Buenos Aires 1930-2011) - Chico Novarro (Santa Fe-Argentina 1934-)
 
Aube de l'oubli
 
Aube,
heure zéro.
Je ressuscite parmi les ténèbres et j'attends;
j'entends tomber la rosée
là-bas au loin à l'aurore.
 
Aube
de cendre.
Dehors la nuit agonise
et résonne un obscur tambour
dans le fond de mon cœur.
 
Aube de l'oubli,
je reviens peut-être
d'un pays perdu parmi les rêves
où toujours tu veux me parler
avec les mêmes mots de la mer.
 
Aube,
heure zéro.
J'espérais t'oublier et je t'aime.
Sentinelle de l'éternité
ma douleur jamais ne se repose.
(Trad: Colette)
 
 
 
Alba de olvido
 
Madrugada,
hora cero.
Resucito en tinieblas y espero
mientras oigo el rocío caer
allá lejos al amanecer.

Madrugada
de ceniza.
Por afuera la noche agoniza
y retumba un oscuro tambor
en el fondo de mi corazón.

Alba de olvido,
vuelvo quizás
de un país entre sueños perdido
donde siempre me quieres hablar
con las mismas palabras del mar.


Madrugada,
hora cero.
Esperaba olvidarte y te quiero.
Centinela de la eternidad
mi dolor no descansa jamás.
 
 
 

30/07/2016

Cees Nooteboom poète / poeta

Cees Nooteboom est à mes yeux une sorte d'homme universel. Ce Hollandais écrivain, voyageur, essayiste, hispaniste est aussi, je viens de le découvrir, poète.
Comme vont les choses... très intéressée par un billet d'une amie sur une étude faite par cet écrivain de tableaux de Jérôme Bosch, je l'ai commandé et suis absolument passionnée (je vous en parlerai quand je l'aurai terminé).
Dans les premières pages, C. Nooteboom cite quelques vers de lui-même. Tiens, tiens...! Je trouve des poèmes de lui, traduits en espagnol, avec l'original en néerlandais. Qui peut m'aider à réaliser une bonne traduction en français (sa poésie est peu traduite dans cette langue, c'est curieux)? Une amie belge, Adrienne s'y est gentiment collée, dank u well!
 
 
 
 
Cees Nootebomm es a mis ojos una especie de hombre universal. Ese holandés escritor, viajero, ensayista, hispanista es también, lo acabo de descubrir, poeta.
Como van las cosas...muy interesada por una entrada en el blog de una amiga lectora acerca de un estudio realizado por C. Nooteboom sobre cuadros de El Bosco, lo encargué y me apasiona.(Os hablaré de él en cuanto lo haya terminado).
En las primeras páginas cita unos versos suyos...así lo descubrí. Encontré unos poemas traducidos al español con la versión original en holandés. ¿Quién me puede ayudar para su traducción al francés? Otra amiga-blog, Adrienne, me echó una mano. Dank u well!
 

ASS

 

Poëzie kan nooit over mij gaan, 
noch ik over poëzie. 
Ik ben alleen, het gedicht is alleen, 
en de rest is van wormen. 
Ik stond aan de straten waar de woorden wonen, 
boeken, brieven, berichten, 
en wachtte.
Ik heb altijd gewacht.

De woorden, in lichte of duistere vormen, 
veranderden mij in een duister of lichter iemand. 
Gedichten passeerden mij 
en herkenden zichzelf als een ding. 
Ik kon het zien en me zien.

 

Nooit komt er een einde aan deze verslaving. 
Eskaders gedichten zijn op zoek naar hun dichters. 
Ze dwalen zonder commando door het grote 
district van de woorden 
en verwachten het aas van hun volmaakte, 
gesloten, gedichte, gemaakte 
en onaantastbare

vorm.

 

 
 
 
 
Asticot
 

Le poème ne peut jamais parler de moi
Ni
moi de la poésie.
Je suis seul, le poème est seul,
et le reste est aux asticots.
Je me trouvais dans les rues où habitent les mots,
les livres, les lettres, les annonces,
et j'attendais.
J'ai toujours attendu.

Les mots, de forme légère ou sombre,
me changeaient en quelqu'un de plus sombre ou de plus léger.
Les poèmes passaient devant moi
et se reconnaissaient comme une chose.
Je pouvais le voir et me voir.

Jamais cette servitude ne prend fin.
Des escadrons de poèmes sont à la recherche de leurs poètes.
Ils errent sans commandement par le grand
territoire des mots
et attendent la charogne de leur forme
parfaite, rimée, fabriquée
et intouchable.

Trad: Adrienne-Colette

Cebo

La poesía nunca puede hablar de mí,
ni yo de la poesía.
Yo estoy solo, el poema está solo,
y el resto es de los gusanos.
Me detuve en las calles donde viven las palabras,
libros, cartas, informes,
y esperé.


Siempre supe esperar.
Las palabras, con sus formas claras u oscuras,
me volvieron más oscuro o más claro.
Los poemas me alcanzaron
y se reconocieron como objetos.
Yo pude verlo y verme.


No tiene fin esta adicción.
Escuadrones de poemas están buscando sus poetas.
Vagan sin mando por el amplio
territorio de las palabras
y aguardan el cebo de su perfecta,
hermética, condensada, acabada
e irreductible
forma.


Traducción de Fernando García de la Banda

 

 

09/07/2016

Une main amicale / Una mano amiga

Du seuil d’un rêve on m'appela…
C’était la bonne voix, la voix aimée.
— Dis-moi: viendras-tu avec moi visiter l’âme?…

À mon cœur parvint une caresse.
Avec toi, toujours… Et dans mon rêve j’avançai
par une galerie longue et nue,
sentant m’effleurer la robe pure,
doucement palpiter la main amicale.
(Trad: Colette)
Antonio Machado

Desde el umbral de un sueño me llamaron...
Era la buena voz, la voz querida.
-Dime: ¿vendrás conmigo a ver el alma?...
Llego a mi corazón una caricia.
-Contigo siempre...Y avancé en mi sueño
por una larga, escueta galería
sintiendo el roce de la veste pura
y el palpitar suave de la mano amiga.
 
Antonio Machado
 
 
 
 
Luís Enrique Gómez (Cuba)

 

 

02/07/2016

Footballeurs / Fubolistas

Stade Vatican

Les joueurs de football
retournent dans leurs loges
pas à pas, la tête basse,
frémissants et sanglotants
à travers les vieilles ruines d'Occident vénérées
et la racaille de poètes si sûrs d'eux-mêmes,
de leveurs de poids, diplômés des gymnases,
des rois de l'amour, de l'argent et de la santé,
qui méchamment se moquent
du footballeur sensible,
législateur de la planète.

Carlos Germán Belli de la Torre (Lima, Perou, 15 septembre 1927)
(Trad:Colette)

Nicolas de Staël

 Nicolas de Staël : "« Merveilleux. Entre ciel et terre, sur l’herbe rouge ou bleue, une tonne de muscles voltige en plein oubli de soi avec toute la présence que cela requiert en toute invraisemblance », confie-t-il à René Char.""

 
 

 
Estadio Vaticano

Los jugadores de fútbol
a sus camarines vuelven
paso a paso cabizbajos,
trémulos y sollozando
por entre las viejas ruinas de Occidente veneradas
y la chusma de poetas tan seguros de sí mismos,
levantadores de pesas, diplomados en gimnasios,
soberanos del amor, del dinero y la salud,
que ferozmente se burlan
del sensible futbolista,
legislador del planeta.



Carlos Germán Belli de la Torre (Lima, Perú, 15 de septiembre de 1927)

*Des articles / artículos:
Les écrivains et le foot: http://www.lorientlitteraire.com/article_details.php?cid=...
Football, langue et littérature: https://blogs.mediapart.fr/edition/socrates-football-club/article/200614/football-langue-et-litterature

El fenómeno del futbol en algunos textos literarios: https://dialnet.unirioja.es/servlet/articulo?codigo=3851637
Textos de futbol: https://textosdefutbol.wordpress.com/

19/06/2016

Cirrus et cumulus

Je vends des nuages de couleur...
Rafael Alberti

Vendo nubes de colores...

http://cuartoenmarcha.blogspot.com.es/2011_01_01_archive.html

 

Poème pour enfants.

 

AVIS au public

 

Je vends des nuages de couleur:

les ronds, rouges,

pour sucrer les chaleurs!

 

Je vends les cirrus mauves

et roses, les aubes,

les crépuscules dorés!

 

L'étoile jaune du berger,

accrochée à la verte branche

du céleste abricotier!

 

Je vends la neige, la flamme

et le chant du crieur!

 

(Trad: Colette)

 

Pregón

 

¡Vendo nubes de colores:

las redondas, coloradas,

para endulzar los calores!

*

¡Vendo los cirros morados

y rosas, las alboradas,

los crepúsculos dorados!

*

¡El amarillo lucero,

cogido a la verde rama

del celeste duraznero!

*

¡Vendo la nieve, la llama

y el canto del pregonero!

http://www.quinoawakame.com/2013/09/welcome-back.html
 

Avant de m'envoler quelques jours hors de mon île, je vous offre, ils ne sont pas à vendre, quelques nuages d'ici.

 

Antes de marcharme unos días fuera de mi isla, os regalo, nada de vender, algunas nubes de aquí.

11/06/2016

D'hommes et de vaches / De hombre y vacas

Rafael Alberti (poète espagnol archiconnu, 1902-1999) se trouvait à Paris fin des années '30, et, grâce à Supervielle, il fit la connaissance de Chagall. Voici un extrait d'un long article publié dans le journal El País en 1985 où il relate cette fameuse rencontre.
Rafael Albertí (1902-1999) se encontraba en París en los años '30 y, gracias a Supervielle, conoció a Chagall. He aquí un extracto de un artículo largo publicado en El País en 1985, donde relata ese famoso encuentro.

Quand, accompagné du poète Jules Supervielle, j'entrai dans la maison du peintre Marc Chagall, nous vîmes que c'était une vache qui nous avait ouvert la porte. Une fois dedans, des vaches partout: sur les armoires, sur les tables, sur les chaises, sur les livres...
Cuando, acompañado por el poeta Jules Supervielle, entré en la casa del pintor Marc Chagall, vimos que era una vaca quien nos había abierto la puerta. Ya dentro, vacas por todas partes: sobre los armarios, sobre las mesas, sobre las sillas, sobre los libros...

 
-Mais votre studio, Chagall, est plutôt une étable. -Il faut aimer les vaches, nous dit Chagall en allongeant son museau, sans doute parce que sa mère s'abreuvait dans une rivière, et sa grand-mère, du côté maternel, avait été une belle cornue, volée par les Russes à des marchands kirghiz. Il faut beaucoup les aimer. Pour moi, l'univers entier est peuplé par elles. Regardez, si j'ouvre une fenêtre la nuit, je les vois sur les toits voisins, paissant la fine herbe que l'eau courante des canaux a fait naître sur les bords. La lune congelée de Russie est pleine de vaches. Des humbles étables enneigées elles montent en troupeaux, vers la voie lactée et les étoiles. Dans un hameau du Caucase, des fiancés qui dormaient furent enlevés par l'une d'elles qui les fit monter au-delà des nuages. C'était une vache bleue tachée de blanc avec des cornes en forme de fer à cheval. Même les vaches me poursuivent en rêves. J'en ai vu une qui sortait par une cheminée. Une autre dans une ascenseur, une autre encore déjeunant tranquillement à la porte d'un restaurant des Champs-Élysées....Oui, des vaches partout. Il n'existe pas de personnes dans le monde. Seulement des vaches. Vous en êtes une, votre amie une autre, moi aussi. Supervielle une autre, ma fille une autre...

 
 
-Pero su estudio, Chagall, es más bien un establo.-Hay que amar a las vacas, nos dice Chagall alargando el hocico, sin duda porque su madre abrevaba en algún río, y su abuela, por parte de la misma, había sido una hermosa cornúpeta, robada por los rusos a unos mercaderes kirguises. Hay que quererlas mucho. Para mí, el universo entero está poblado de ellas. Miren, si por la noche abro una ventana, las veo sobre los tejados vecinos, paciendo la fina yerba que ha hecho brotar al borde el agua corriente de los canales. La luna congelada de Rusia está llena de vacas. De los establos humildes y nevados ascienden en manadas, camino de la vía láctea y los luceros. En una aldea del Cáucaso, dos novios que dormían fueron raptados por una y ascendidos hasta más allá de las nubes. Era una vaca azul manchada de blanco y con los cuernos en forma de herradura. Hasta las vacas me persiguen en sueños. He visto una saliendo por una chimenea. Otra dentro de un ascensor, otra almorzando tranquilamente a la puerta de un restaurante de los Campos Elíseos... Sí, vacas por todas partes. No existen personas en el mundo. Sólo vacas. Usted es una, su amiga otra, yo otra. Supervielle otra, mi hija otra... (...)”




Note de Rafael Alberti
 
Les vaches de Chagall sont pleines d'humanité et de sagesse, car elles connaissent le ciel, la lune et les étoiles, car elles sont descendues par les pentes lumineuses et obscures, vertes ou sèches de notre âme, car elles n'ignorent pas ce qui tremble au Nord, au Sud, à l'Est et à l'Ouest, car elles nous parlent en rêve avec un triste dodelinement de barque abandonnée(...) elles méritent nos respects”.

Las vacas de Chagall están llenas de humanidad y sabiduría, por saber del cielo, de la luna y de las estrellas, porque han descendido por las vertientes luminosas u oscuras, verdes o secas de nuestra alma, porque no ignoran lo que tiembla en el Norte, en el Sur, en el Este y en el Oeste, porque nos hablan en el sueño con una tristeza cabeceante de barca abandonada [...] merecen nuestros respetos.”


Traduction: Colette


28/05/2016

Échelles et escaliers II / Escaleras II

Nous poursuivons sur des échelons, des marches, escaliers et échelles...Aujourd'hui un poème de Jules Supervielle et, je n'ai pas pu y résister car il m'enchante, un extrait de Poisson Soluble d'André Breton.
Seguimos con les escalones y escaleras. Hoy un poema de Jules Supervielle y, no pude resistir ya que me encanta, un extracto de Poisson Soluble de André Breton.


Chagall L'échelle de Jacob

 

« Je suis seul sur l’océan
Et je monte à une échelle
Toute droite sur les flots
Me passant parfois les mains
Sur l’inquiète figure
Pour m’assurer que c’est moi
Qui monte, que c’est toujours moi. […].
 
Je tombe ah ! je suis tombé
Je deviens de l’eau qui bouge
Puis de l’eau qui a bougé,
Ne cherchez plus le poète,
Ni même le naufragé. »
 
(La Fable du monde, Poésie/Gallimard)


Jules  Supervielle



 



Estoy solo sobre el océano
Y subo por una escal
era
Erguida sobre las olas
Pasándome a veces las manos
Sobre el rostro inquieto
Para asegurarme de que soy yo
El que sube, que soy
todavía yo

Me caigo ¡ah! me he caído
Devengo agua que se mueve
Luego agua que se ha movido,
No busquéis más al poeta,
Ni
siquiera al naufragado.

Jules  Supervielle


trad: Colette

 

 

André Breton (Poisson soluble 1966)
 
Elle mordit avec délice dans les étonnantes stratifications blanches qui
restaient à sa disposition, les baguettes de craie, et celles-ci écrivirent le mot amour sur l'ardoise de sa bouche. Elle mangea ainsi un véritable petit château de craie, d'une architecture patiente et folle, après quoi elle jeta sur ses épaules un manteau de petit gris et, s'étant chaussée de deux peaux de souris, elle descendit l'escalier de la liberté, qui conduisait à l'illusion de jamais vu.
 
Mordió con delicia en las sorprendentes estratificaciones blancas que quedaban a su disposición, las barritas de tiza, y estas escribieron la palabra amor en la pizarra de su boca. Comió así un verdadero castillito de tiza, de una arquitectura paciente y loca, y luego puso en sus hombros un abrigo de petigrís (caracol) y, habiéndose calzado de dos pieles de ratón, bajó la escalera de la libertad que llevaba a la ilusión del nunca visto. (Trad:Colette)
 

22/05/2016

D'escaliers et de pieds.../ De escaleras y pies...

Dans la maison de ma jeunesse il y avait des tas d'escaliers: entre les étages et pour accéder au grenier et à la cave. J'ai ensuite habité, étudiante, dans une maison étrange, elle s'appelait en néerlandais “Het Streepje” (le tiret). Sa façade était classée et n'avait que 2 mètres de largeur. Trois étages, un escalier raide et sombre.
"Het Streepje" est la plus basse sur la droite.
 
En la casa de mi juventud había montón de escaleras: entre pisos et luego para acceder al ático y al sótano. Luego, de estudiante, viví en una casa extraña, se llamaba en flamenco “The Streepje”, (el guión). Su fachada estaba de época et sólo tenía dos metros de ancho. Tres pisos, une escalera estrecha y oscura.
La maison que nous habitons depuis 40 ans était une étable, de plain pied. Je regrette ces excursions au grenier, à la cave aussi. Voilà sans doute pourquoi je vous propose plusieurs billets sur les escaliers...
Le premier texte est étrange, à lire et sourire.
 
La casa en la que vivimos desde hace unos 40 años era un establo, de una sola planta. Es probablemente la razón por la cual os propongo unas entradas sobre las escaleras...

 

 
Instructions pour monter un escalier
 
Julio Cortázar (Bruxelles, Belgique, 26 août 1914-París, France, 12 février 1984)
 
Personne n'aura manqué de remarquer que le sol se plie fréquemment de telle façon qu'une partie monte en angle droit par rapport au plan du sol, et qu'après la partie suivante se place parallèlement à ce plan pour laisser place à une nouvelle perpendiculaire, démarche qui se répète en spirale ou en ligne brisée jusqu'à des hauteurs extrêmement variables.
 
En se penchant et mettant la main gauche sur une des parties verticales, et la droite sur l'horizontale correspondante, on se trouve en possession momentanée d'un échelon ou d'une marche. Chacune de ces marches, formée comme on le voit par deux éléments, se situe un peu plus haut et en avant que l'antérieure, un principe qui donne son sens à l'escalier, vu qu’une quelconque autre combinaison produira des formes peut-être plus belles ou pittoresques, mais incapable de transporter d'un rez-de-chaussée à un premier étage.
 
Les escaliers se montent de face, vu que vers l'arrière ou de côté ils sont particulièrement incommodes.
L'attitude naturelle consiste à se tenir debout, les bras pendant sans effort, la tête haute mais pas au point que les yeux ne puissent pas voir les marches situées juste au-dessus de celle sur laquelle on marche, la respiration doit être lente et régulière. Pour gravir un escalier on commence par lever cette partie du corps située en bas à droite, presque toujours enveloppée de cuir ou de peau de chamois, et qui, sauf exceptions, tient juste sur la marche. Cette partie, que pour abréger nous appellerons pied, posée sur la marche, on prend la partie gauche équivalente (également appelée pied, mais qu'il ne faut pas confondre avec le pied cité auparavant), et en l'emmenant à la hauteur du pied, on le fait suivre jusqu'à le poser sur la seconde marche, sur laquelle donc se reposera le pied, et sur la première se reposera le pied. (Les premières marches sont toujours les plus difficiles, après on acquiert la coordination nécessaire. La coïncidence de nom entre le pied et le pied rend l'explication difficile. Prenez soin de ne pas lever en même temps le pied et le pied).
 
Arrivé de cette façon à la deuxième marche, il suffit de répéter les mouvements jusqu'à ce qu'on se trouve en haut de l'escalier. On en sort facilement, par un léger coup de talon qui le fige à sa place, et qui ne bougera pas avant le moment de la descente.
 
                                        FIN
Trad: Colette
 
Can Prunera, Sóller, Mallorca
 

 

Instrucciones para subir una escalera
Julio Cortázar

(Bruselas, Bélgica, 26 de agosto de 1914-París, Francia, 12 de febrero de 1984)
 

Nadie habrá dejado de observar que con frecuencia el suelo se pliega de manera tal que una parte sube en ángulo recto con el plano del suelo, y luego la parte siguiente se coloca paralela a este plano, para dar paso a una nueva perpendicular, conducta que se repite en espiral o en línea quebrada hasta alturas sumamente variables.
 
Agachándose y poniendo la mano izquierda en una de las partes verticales, y la derecha en la horizontal correspondiente, se está en posesión momentánea de un peldaño o escalón. Cada uno de estos peldaños, formados como se ve por dos elementos, se sitúa un tanto más arriba y adelante que el anterior, principio que da sentido a la escalera, ya que cualquiera otra combinación producirá formas quizá más bellas o pintorescas, pero incapaces de trasladar de una planta baja a un primer piso.
 
Las escaleras se suben de frente, pues hacia atrás o de costado resultan particularmente incómodas. La actitud natural consiste en mantenerse de pie, los brazos colgando sin esfuerzo, la cabeza erguida aunque no tanto que los ojos dejen de ver los peldaños inmediatamente superiores al que se pisa, y respirando lenta y regularmente. Para subir una escalera se comienza por levantar esa parte del cuerpo situada a la derecha abajo, envuelta casi siempre en cuero o gamuza, y que salvo excepciones cabe exactamente en el escalón. Puesta en el primer peldaño dicha parte, que para abreviar llamaremos pie, se recoge la parte equivalente de la izquierda (también llamada pie, pero que no ha de confundirse con el pie antes citado), y llevándola a la altura del pie, se le hace seguir hasta colocarla en el segundo peldaño, con lo cual en éste descansará el pie, y en el primero descansará el pie. (Los primeros peldaños son siempre los más difíciles, hasta adquirir la coordinación necesaria. La coincidencia de nombre entre el pie y el pie hace difícil la explicación. Cuídese especialmente de no levantar al mismo tiempo el pie y el pie).
Llegado en esta forma al segundo peldaño, basta repetir alternadamente los movimientos hasta encontrarse con el final de la escalera. Se sale de ella fácilmente, con un ligero golpe de talón que la fija en su sitio, del que no se moverá hasta el momento del descenso.
FIN