17/11/2013

S'amuser, deviner

Certaines expressions espagnoles m'amusent beaucoup. En voici quelques unes que j'ai traduites littéralement, à vous de...
 
 
 


 
Dans la campagne elle marchait ce matin–là, l'heure collée au cul ( andar con la hora pegada al culo). Il lui fallait passer par le bureau de poste, et une fois le tue–timbre ( matasellos) apposé, elle irait chanter les quarante ( cantar las cuarenta) à ce vieux ronchon de Julián qui serait sûrement encore en train de dormir la guenon* ( dormir la mona). Oh, parfois il était de bonne humeur mais si distrait!
  • Ma brouette est réparée, Julián?
  • Ah, ma bonne dame, j'ai eu une journée terrible hier et mon saint est monté au ciel ( se me ha ido el santo al cielo).
  • Mais Julián, vous m'aviez déjà dit cela la semaine dernière!
  • Quand j'ai trop à faire, j'ai trop à faire. Il ne faut pas demander des poires à l'orme ( pedir peras la olmo).
 
Elle n'insista pas et pensa que le four n'était pas prêt pour les petits pains ( el horno no está para bollos) et que la prochaine fois tout irait comme miel sur pâte feuilletée ( como miel sobre hojuelas).
 
Bon, je vous aide un peu:

 

* dormir la mona : cuver son vin.

27/10/2013

Pieds nus / Pies descalzos

Parmi les photos de Toni Catany il y en a une que ma mémoire avait gravée.

Ensuite  j'ai lu ce poème de la Colombienne Elvira Alejandra Quintero. ..

 

 

Toni Catany

 

Fouler la terre pieds nus

Elvira Alejandra Quintero‏


Ni vertiges astraux ni pierres précieuses inconnues.
Pas d'étonnements poétiques forcés, de faux rites.
Je parlerai de la terre consacrée par le grand-père dans le centre de mon enfance.
De son odeur de pluie ou de vie quand l'aube m'appelle à la fenêtre,
et que l'éclat du monde me renvoie sa phrase:
Foule-la à pieds nus.
L'énergie qui monte dans ton corps te rapproche du reste de l'univers.

Et encore, quand je parcours les quais solitaires et sombres
et que le vent frôle mes oreilles rafraîchissant le monologue échauffé,
une lointaine odeur de poissons me rappelle la mer.

Et je cherche un bout de chemin et je veux le humer.
Et je veux le fouler.
Et bien que ce ne soit pas la terre, la peau de mes pieds touche le monde.
Et mon sang fait à nouveau partie du sang de l'univers.


(Trad: Colette)

 

 

Pisar la tierra con los pies descalzos

Elvira Alejandra Quintero‏
 
Nada de vértigos astrales y desconocidas piedras preciosas.
Nada de forzosos extrañamientos poéticos, de falsos ritos.
Hablaré de la tierra consagrada por el abuelo en el centro de mi infancia.
De su olor a lluvia o a vida cuando el amanecer me llama a la ventana,
y el brillo del mundo me devuelve su frase:
Písala con los pies descalzos.
La energía que asciende por tu cuerpo te hermana con el resto del universo.
Y aún, cuando recorro los andenes solos y oscuros
y el viento acecha en mis oídos refrescando el acalorado monólogo,
un lejano olor a peces me recuerda el mar.
 
Y busco un pedazo de camino y quiero olerlo.
Y quiero pisarlo.
Y aunque no es de tierra, la piel de mis pies toca el mundo.
Y mi sangre vuelve a ser parte de la sangre del universo.

20/10/2013

Comme des poèmes / Como poemas


 

 
 
Chacune de ses photos possède une ambiance, un peu ou assez mystérieuse, vivante, onirique, loin des “ Natures Mortes” qui est pourtant le titre qu'il a donné à cette série. Toni Catany vient de mourir. Il vivait à Barcelone, pensait passer ses vieux jours dans sa maison de Majorque, dans son village, Lluchmayor. Et transformer sa maison en Fondation. Il ne s'attendait pas à cette fin subite et son village n'a pas les moyens, en ce moment, de réaliser son rêve.
Ses expositions ont voyagé de par le monde et il est reconnu internationalement avec un travail photographique basé sur l'utilisation d'un procédé ancien : le calotype
Il a réalisé d'autres séries bien sûr, entre autres de nus masculins, de portraits, de reportages...vous les trouverez sans problème sur la toile.
 
C'est avec délice que je me suis plongée dans l'observation attentive de ses photos, que je me suis laissée envahir par une athmosphère colorée, diffuse.
Dans la beauté.
Chaque photo, un poème.
 
 
 
 

 


© Toni Catany
 
Cada una de sus fotos posee un ambiente, un poco o bastante misterioso, onírico, lejos de lo que llaman “ Naturalezas muertas” que es sin embargo el título que le dió a esa serie. Toni Catany acaba de morir. Vivía en Barcelona, pensaba pasar su vejez en su casa de Mallorca, en su pueblo, Lluchmayor. Y trasformar su casa en Fundación. No esperaba este final súbito y su pueblo no tiene los medios en este momento para realizar su sueño.
Sus exposiciones han viajado por el mundo y es reconocido internacionalmente con un trabajo fotográfico basado en la utilización de un procedimiento antiguo: el calotipo.
Ha realizado, claro está, otras series, entre las cuales desnudos masculinos, retratos, reportajes...
 
Me sumergí con delicia en la observación atenta de sus fotos, me deje invadir por une atmósfera coloreada, difusa.
En la belleza.
Cada foto, un poema.
 

 

 
 

 

© Toni Catany
 
 
 
 
 
 

 

 
 
 

© Toni Catany
 
 
 
 
 
 
© Toni Catany
 
 
© Toni Catany
 
© Toni Catany

17/09/2013

Pour Julia / Para Julia

Nous avons tous dans notre entourage des jeunes à encourager, à essayer de conseiller, guider.
Ce poème a été écrit par José Agustín Goytisolo pour sa fille et adapté par Paco Ibañez. Il est généreux et sonne mieux en espagnol, c'est clair, mais …

 

Todos tenemos cerca, claro está, unos jóvenes para animar, para intentar de aconsejar, guiar. El texto escrito por José Agustín Goytisolo para su hija y adaptado por Paco Ibañez no tiene pérdida, es generoso, da ánimos.

 

 

 

 

 

 

Paroles pour Julia

 

 
Tu ne peux revenir sur tes pas
car déjà la vie te pousse
comme un cri interminable

Tu te sentiras traquée
Tu te sentiras perdue ou seule
ou voudras-tu ne pas être née

 

Alors toujours souviens-toi
de ce qu'un jour j'écrivis
pensant à toi, comme maintenant.

  

La vie est belle, tu verras
comment, malgré les chagrins
tu auras des amis, de l'amour

 

Un homme seul, une femme
pris comme ça, un à un
c'est de la poussière, ils ne sont rien.

 

D'autres attendent que tu résistes
que ta joie les aide
que ta chanson soit parmi leurs chants.

  

Ne te rends pas, ne t'écarte pas
sur le chemin ne dis jamais
je n'en peux plus, je reste là.

 

Alors toujours souviens-toi
de ce qu'un jour j'écrivis
pensant à toi, comme maintenant.

 

 

(...)

                                 (Trad: Colette)

 Pour écouter Goytisolo réciter son poème entier: ici

 

Para escuchar al poeta recitar su poema entero: aquí

 

 

 

08/09/2013

Au galop / A galopar

Voici la traduction d'un poème de Rafael Alberti, poème mis en musique par Paco Ibañez et qui est un peu devenu l'hymne des Républicains. 
Rafael Alberti, membre du Parti Communiste, s'exila en France après la guerre civile; mauvaise idée car un peu plus tard le Général Pétain lui retira le permis de travail le considérant comme “dangereux”... Il partit alors pour un long exil en Amérique du sud et ne revint en Espagne qu'en 1977, après la mort de Franco.

Au galop  Rafael Alberti

 

Les terres, les terres, les terres d’Espagne,
les grandes, solitaires, désertes étendues.
Galope, cheval balzan
cavalier du peuple
sous le soleil et la lune

Au galop, au grand galop,
jusqu’à les ensevelir dans la mer!

 Son du cœur qui sonne et résonne
résonnent sous les quatre fers les terres d’Espagne.
Galope, cavalier du peuple,
cheval balzan
cheval d’écume

 Au galop, au grand galop,
Jusqu’à les ensevelir dans la mer!

 Personne, personne, en face personne;
car la mort n’est rien si elle chevauche ta monture.
Galope, cheval balzan
cavalier du peuple
car la terre est à toi.

 Au galop, au grand galop,
jusqu’à les ensevelir dans la mer!

 (Trad: Colette)

 

 

 

A Galopar,  Rafael Alberti

 

Las tierras, las tierras, las tierras de España,

las grandes, las solas, desiertas llanuras.
Galopa, caballo cuatralbo,
jinete del pueblo,
al sol y a la luna.

 ¡A galopar,
a galopar,
hasta enterrarlos en el mar!

 A corazón suenan, resuenan, resuenan
las tierras de España, en las herraduras.
Galopa, jinete del pueblo,
caballo cuatralbo,
caballo de espuma.

 ¡A galopar,
a galopar,
hasta enterrarlos en el mar!

 Nadie, nadie, nadie, que enfrente no hay nadie;
que es nadie la muerte si va en tu montura.
Galopa, caballo cuatralbo,
jinete del pueblo,
que la tierra es tuya.

 ¡A galopar,
a galopar,
hasta enterrarlos en el mar!

 

18/08/2013

Silences II / Silencios II

Une dame très cultivée, mélomane et poétesse, Tutú García Sidón est galicienne et vit actuellement à La Coruña.
Un prénom étrange Tutú? Oui, dit-elle, en riant, que voulez-vous, quand on s'appelle “Esclavitud”... (c'était le nom de sa grand-mère)
Sa poésie est généralement agréable et très simple ;  j'ai sélectionné cette “nana” (berceuse) pour ses quatre premiers vers.
Et aussi en souvenir de lointaines mais innombrables, inoubliables, nuits blanches à bercer mes enfants, à leur chantonner sur un ton de plus en plus énervé, épuisé...
 
Berthe Morisot
 
Una señora muy culta, melómana y poetisa, Tutú García Sidón es gallega y vive en A Coruña.
¿Un nombre extraño Tutú? Sí, dice riéndose, qué quiere cuando una se llama Esclavitud... (era el nombre de su abuela).
Su poesía es generalmente agradable y muy  simple; he seleccionado esta nana por sus cuatro primeros versos. 
Y también en recuerdo de lejanas pero innumerables, inolvidables, noches en vela meciendo a mis hijos, canturreándoles en un tono cada vez más nervioso, agotado...
 
Le silence se déchaussa
 
Le silence se déchaussa
et passa sur la pointe des pieds
très doucement, doucement
pour ne pas l'éveiller.
Mon enfant dort
dans son berceau d'argent,
posé et tranquille
entre des draps blancs.
 
La lune caresse
son petit visage rose,
les orangers en fleur
parfument la pièce.
Dors, ma vie,
un ange veille sur toi;
Dors et ne t'éveille pas
jusqu'à ce que pointe l'aube.
(Trad: Colette, Summer Watosn)
 
 
Se descalzó el silencio 
 Tutú García Sidón
 
Se descalzó el silencio
y pasó de puntillas
muy quedito, quedito
para no despertarle.
Es que duerme mi niño
en su cuna de plata,
reposado y tranquilo
entre sábanas blancas.
 
Le acaricia la luna
su carita rosada,
los naranjos en flor
le perfuman la estancia.
Duérmete, vida mía,
que te vela tu ángel;
Duerme y no te despiertes
hasta que se asome el alba.

 
Je suppose que beaucoup de berceuses parlent d'anges, mais la sachant mélomane, comment ne pas faire le lien avec ce poème de Lamartine, transposé en opéra dans cet air si connu: “ Berceuse de Jocelyn”?
 
Supongo que muchas nanas hablan de ángeles, pero sabiendo que es melómana, ¿cómo no pensar en el poema de Lamartine traspuesto en ópera por Godard en este refrán tan conocido?
 
Tant de sopranos et ténors l'ont chanté..que choisir? La version qui m'a le plus émue est celle de Summer Watson.
Lo han cantando multitud de sopranos, tenores...¿cuál elegir? La versión que más me emocionó es la de Summer Watson.

                                

Berceuse de Jocelyn

Poème de Lamartine et opéra de Benjamin Godard




    
Oh ne t'éveille pas encor
Pour qu'un bel ange de ton rêve
En déroulant son long fil d'or,
Enfant, permette qu'il s'achève.
Dors, dors, le jour à peine a lui.
Vierge Sainte, veillez sur lui.

Sous l'aile du Seigneur loin du bruit de la foule
Et comme un flot sacré qui doucement s'écoule
Nous avons vu les jours passer après les jours
Sans jamais nous lasser d'implorer son secours.

30/07/2013

Foc i fum*

Trois longs jours de fumées, avions et hélicoptères circulant sans répit. 
 
Tres largos días de humos, aviones y helicópteros circulando sin cesar.
 
Au-dessus de chez moi
 
Des hommes et femmes que je trouve héroïques, pilotes ou appartenant à la protection civile, aux pompiers... une mobilisation sans précédent ici. Le nombre d'hectares brûlés l'est également: toute la côte ouest de la Sierra de Tramuntana semble un paysage lunaire, fumant, désolé. 
Hombres y mujeres que considero heroicos, pilotos, miembros de Protección civil, bomberos...un movilización sin precedente aquí. El número de hectáreas quemadas lo es también . Toda la costa oeste de la Sierra de Tramuntana se parece a un paisaje lunar, humeante, desolado.
 
 
Foto: Diario de Navarra
 
 
Enfin, en ce lundi après quatre-heures, le bal des avions a cessé, les habitants du village évacué, Estellencs, peuvent rentrer chez eux.
Il semble que le feu soit dû à un petit malin qui a brûlé quelques branches mortes vendredi dernier. C'est absolument interdit, bien sûr, de plus il faisait 38 degrés et le vent soufflait fort....
 

Por fin, esta tarde de lunes, el baile de los aviones casi ha parado, los habitantes del pueblo desalojado, Estellencs, pueden volver a sus casas.
Parece ser que el fuego es debido a un listillo que quemó rastrojos a pesar de todas las prohibiciones, del calor tremendo y del viento fuerte.
 
 
 
 
Un endroit par où le feu est passé est la Mola de s'Esclop, et à propos d'un endroit précis où se trouve une cabane appelée, la Caseta de n'Aragó, je voulais vous raconter une anecdote de l'Histoire.
Un lugar por el cual pasó el fuego es La Mola de s'Esclop, y, a propósito de un lugar preciso donde se encuentra una cabaña llamada La caseta de n'Aragó, os quería contar una anécdota de la Historia.
 
 
 
Reste de la "maison" de François Aragó
 
 
Vers 1806, le grand scientifique français, originaire de Estagell (catalogne – France) François Aragó décida de compléter les mesures de l'arc méridien terrestre et se rendit à Formentera puis à Mallorca. Il disposait d'un petit voilier dirigé par un patron, un certain Damià. Pour réaliser ses mesures, il campa des mois durant au sommet de la montagne s'Esclop (vous pourrez lire tous les détails ici).
Tandis qu'il effectuait ces travaux, la guerre éclata entre la France et l'Espagne. 1808. Il fut illico pris pour un espion car, pour réaliser un triangle, il communiquait par des feux avec un point de l'île d'Ibiza et un autre à Formentera. Une escadrille partit à sa recherche mais Damià, plus rapide, le prévint et lui apporta vite des vêtements majorquins; c'est ainsi qu'il trompa ses poursuivants en leur répondant en majorquin-catalan et il arriva au château de Bellver où, plus pour sa protection que par punition, il fut enfermé 2 mois. Après il réussit à atteindre Cabrera puis  Alger.
 
                          Mola de s'Esclop 926m.
 
 
Hacia 1806, el gran científico francés, nacido en Estagell (Cataluña francesa) , François Aragó, decidió completar las medidas del arco meridiano terrestre y se fue a Formentera, luego a Mallorca. Disponía de un pequeño velero llevado por un patrón, un tal Damià. Para realizar sus medidas acampó durante meses en lo alto del monte s'Esclop.
Mientrás efectuaba sus medidas, estalló la guerra entre Francia y España. 1808. Fue de inmediato tomado por une espía ya que, para realizar un triángulo, comunicaba mediante fuegos con puntos de Ibiza y Formentera.
Un escuadrón se fue en su búsqueda, pero Damià, más veloz, le avisó y le llevó ropa mallorquina; es así como engañó a sus perseguidores, saludándoles también en mallorquín. Llegó al Castillo de Bellver dónde, más por su seguridad que por castigo, quedó encerrado 2 meses.
Después consiguió huir a Cabrera y de allí a Argel.


* Foc i fum est du catalan, feu et fumée / fuego y humo

13/06/2013

Magnificence / Magnificencia

Félix María de Samaniego 1745-1801, fabuliste espagnol, était d'ascendance noble et argentée ce qui lui permit de fairedes études en France où on peut supposer, sans trop se tromper, qu'il a pris connaissance des fables de La Fontaine.



Félix María de Samaniego 1745-1801, fabulista español, era de familia noble y adinerada lo que le permitió estudiar en Francia donde se puede suponer sin equivocarse mucho, que supo de las fábulas de Jean de La Fontaine.


Nous poursuivons avec la même fable que dans le dernier billet: le ton est ici différent, le lion plus majestueux, magnanime, un peu pédant, le rat est devenu une souricette...


Seguimos con la misma fábula: el tono es aquí diferente, el león más majestuoso, un poco magnánimo y pedante, la rata se ha trasformado en un ratoncillo... 

 

Le Lion et la souris

  

Une petite souris était prisonnière

 des griffes d'un lion; la malheureuse

 ne fut pas attrapée dans telle souricière

 pour vol de lard ni de fromage,

 mais parce qu'avec d'autres elle dérangeait

 le lion, qui dans son antre se reposait.

 Elle demande pardon, pleurant son insolence;

 à l'entendre implorer sa royale clémence,

 le roi répond d'un ton majestueux:

 - Titus ne dirait pas mieux - “Je te pardonne”.

 Un peu plus tard le lion chassant trébuche

 sur un filet caché dans les taillis:

 il veut en sortir, mais il reste prisonnier;

 il assourdit la jungle de rugissements féroces.

 La souris, libre, qui l'entend,

 arrive en courant: diligente elle ronge

 les noeuds du filet de telle façon

 qu'enfin elle rompt les liens de la bête sauvage.

 

 
Il convient au puissant

 d'avoir pitié des malheureux;

 il se peut qu'il ait besoin

 de l'aide d'un plus nécessiteux.

 

(trad. Colette, // Traduction ardue, vos suggestions seront bienvenues.)


 

EL LEÓN Y EL RATÓN


Estaba un ratoncillo aprisionado
en las garras de un león; el desdichado
en la tal ratonera no fue preso
por ladrón de tocino ni de queso,
sino porque con otros molestaba
al león, que en su retiro descansaba.
Pide perdón, llorando su insolencia;
al oír implorar la real clemencia,
responde el rey en majestuoso tono
—no dijera más Tito—: «Te perdono».
Poco después cazando el león tropieza
en una red oculta en la maleza:
quiere salir, mas queda prisionero;
atronando la selva ruge fiero.
El libre ratoncillo, que lo siente,
corriendo llega: roe diligente
los nudos de la red de tal manera,
que al fin rompió los grillos de la fiera.

 

 

Conviene al poderoso
para los infelices ser piadoso;
tal vez se puede ver necesitado
del auxilio de aquel más desdichado.

05/06/2013

Questions maritimes / Preguntas marítimas

MER DU SUD

 

Jacinta Lanusse                             

 

Est-ce furie ou passion

qui la poussent à foncer

jusqu'à se fracasser?

Bon sens ou délire

à grandir et s'effondrer?

Quel fantôme fuit-elle,

à quel mirage pense-t-elle

qui l'oblige à se dissoudre,

en écume

dans les pores du sable?

 

(Trad: Colette) 

 

 

 

MAR DEL SUR

 

 

     (La fanfarria salvaje, Botella al Mar)
  Jacinta Lanusse

¿Furia o pasión
lo mueven a arremeter
hasta estrellarse?
¿Sensatez o delirio
a crecer y desmoronarse?
¿De qué fantasma huye,
a qué espejismo acude
que lo obliga a disolverse,
sólo espuma
en los poros de la arena?

 

 

 

Jacinta Lanusse nació en Buenos Aires, ciudad en la que reside. Es cantante lírica profesional y pertenece al Coro Estable del Teatro Colón. Su temprana inclinación por las letras la llevó a realizar estudios en la Facultad de Filosofía y Letras de la UBA, además de estudios de francés e inglés.

 

En la actualidad desarrolla sus dos vocaciones: el canto y la poesía.

01/06/2013

Un village, une fête / Un pueblo, una feria

Le weekend dernier la fête était dans la rue principale du village. La FIRA, feria en español, foire mais plutôt exposition (avec quelques démonstration) écologique et artisanale. On s'y retrouve tous, enfants, conseil municipal, étrangers (30% des habitants), nonagénaires, musiciens, artistes, tous. 
Et c'est joyeux. Oubliées les rancunes, zizanies, envies...

 

 

 
El fin de semana pasado la fiesta estaba en la calle principal del pueblo. La FIRA, feria en español, ecológica y artesanal. Allí nos encontramos todos, niños, consejeros municipales, extranjeros (30% de la población), nonagenarios, músicos, artistas, todos. Y hay alegría. Olvidados los rencores, las cizañas, las envidias...

Que vous montrer?

¿Qué os puedo enseñar ? 

 

 

 

 
Les “Herbes Mallorquines”, liqueurs fortes à base d'anis et de dizaines de plantes et aux jolies couleurs qui peuvent être “dolces, seques o mesclades”, comprenez: de très sucrées à pas du tout, et il est habituel d'en mettre une goutte dans le café ici après un bon repas...ou à 10 heures du matin.

 

Et puis du salé, du sucré, plaisir des sens et de ne pas devoir cuisiner aujourd'hui.

 

Las « Herbes Mallorquines », licores a base de anís y de decenas de hierbas con bonitos colores que pueden ser “dolces, seques o mesclades”, que se toma a menudo después de una buena comida y/o mezclada con el café a las 10h de la mañana.

 

Y comida salada, dulce, placer de los sentidos y de no tener que cocinar hoy.

 

 

 

 

 

 

Devant cet étal de couteaux locaux, deux anglaises du coin: “This wouldn't be allowed in the UK, too dangerous”, me disent-elles, presque tout est interdit là-bas. C'est du moins l'impression qu'elles ont eue en rentrant chez elles la dernière fois. Elles en achètent chacune un, ravies.

Delante de este puesto de cuchillos, dos inglesas del barrio. “This wouldn't be allowed in the UK, too dangerous”, allí casi todo está prohibido me dicen. Es por lo menos la impresión que tuvieron la última vez que volvieron a su país. Y compran un cuchillo, encantadas.


 

 

Paniers, de superbes tabourets, des plantes pour nos potagers...

 
 
Cestas, taburetes, plantas para nuestras huertas...
 
Terminons en musique: xeremia (cornemuse), ximbomba (sorte de tambour percé d'un trou où l'on fait glisser une baguette), et ocarina sont les instruments habituels. Une groupe de musiciens (dans le nôtre il y avait une femme) en habits traditionnels parcourent la rue de haut en bas, de bas en haut, concentrés, trop sérieux, comme investis d'une mission... divine.
Acabemos en música: xeremias (gaitas), ximbombas (un tipo de tambor agujereado donde se mueve un palo) y ocarinas son los instrumentos habituales. Un grupo de músicos, en el nuestro había una mujer, en ropa tradicional, recorren la calle de arriba a abajo y de abajo a arriba, concentrados, demasiado serios, como investidos de una misión...divina.
 
 
 
 
 
 

IMG_2214.JPG

 
 
Voilà, un billet simple, bon enfant, comme ces deux journées.
Aquí termina esta nota simple, campechana, como esos dos días.

 

 

 

28/04/2013

Intemporel / Intemporal


(Si vous comprenez un peu l'espagnol, vous n'aurez aucune peine cette fois à suivre le poème chanté par le grand J. Manuel Serrat)

 
Vaincus León de Felipe (1884-1968)
 
Dans la plaine de La Mancha
on revoit la figure
de Don Quijote passer.
 
Et maintenant, oisive et bosselée, sur le baudet va l'armure
et va oisif le chevalier, sans cuirasse ni dossière,
il va chargé d'amertume,
car là-bas trouva sépulture
son amoureux combat.
Il va chargé d'amertume
car là-bas “resta sa quête”
sur la plage de Barcino, face à la mer.
 
(…)
 
Combien de fois, Don Quijote, dans cette même plaine,
aux heures de désespoir je te regarde passer!
Et combien de fois je te crie: fais-moi une place sur ta monture
et sur tes terres emmène-moi;
fais-moi une place sur ta monture,
chevalier vaincu, fais-moi une place sur ta monture
car je suis moi aussi chargé
d'amertume
et batailler je ne peux!
 
Mets-moi en croupe,
chevalier de l'honneur,
mets-moi en croupe avec toi,
et emmène-moi pour être berger.
avec toi.
 
Dans la plaine de La Mancha
on revoit la figure
de Don Quijote passer...
 
(Trad: Colette)
 
 

VENCIDOS Léon de Felipe (1884-1968)


Por la manchega llanura
se vuelve a ver la figura
de Don Quijote pasar.

Y ahora ociosa y abollada va en el rucio la armadura,
y va ocioso el caballero, sin peto y sin espaldar,
va cargado de amargura,
que allá encontró sepultura
su amoroso batallar.
Va cargado de amargura,
que allá «quedó su ventura»
en la playa de Barcino, frente al mar.

(...)

¡Cuántas veces, Don Quijote, por esa misma llanura,
en horas de desaliento así te miro pasar!
¡Y cuántas veces te grito: Hazme un sitio en tu montura
y llévame a tu lugar;
hazme un sitio en tu montura,
caballero derrotado, hazme un sitio en tu montura
que yo también voy cargado
de amargura
y no puedo batallar!

Ponme a la grupa contigo,
caballero del honor,
ponme a la grupa contigo,
y llévame a ser contigo
pastor.

Por la manchega llanura
se vuelve a ver la figura
de Don Quijote pasar...

23/04/2013

Roses et livres en fête / Rosas y libros de fiesta

 

Le 23 avril a été choisi par L'Unesco en 1995 comme jour du livre et de la défense des droits d' auteurs et fut célébré pour la première fois en 1996. Ce jour correspond au jour de la mort de Cervantes, de Shakespeare et d'autres écrivains. C'est aussi la fête de saint Jorge (Sant Jordi), patron de la Catalogne.
La coutume (qui s'est étendue aux Baléares) veut qu'on offre à ses proches et amis un livre et une rose, rouge de préférence.
Partout dans les villes, villages, des stands de livres, des auteurs qui les signent, les dédicacent.
Un beau jour! Je reviens de la ville, déjà des amateurs, des écoliers à 10h30. Un rayon de soleil.

 
 
 

 

J'ai acheté, pour l'offrir car je l'ai déjà, le dernier livre de Rosa Montero, “La ridícula idea de no volver a verte.” (L'idée ridicule de ne plus te revoir). La vie de Marie Curie mais pas que...je vous en parlerai quand il sera traduit en français. 
Et puis des livres d'occasion, de poésie et du/de la parfait(e) cultivateur/trice bien sûr.
 
 
 

 

El 23 de abril fue elegido por la Unesco en 1995 como día del libro y de la defensa del derecho de autor y fue celebrado por primera vez en 1996. Este día corresponde al día de la muerte de Cervantes, Shakespeare y otros escritores. También es la San Jorge (Sant Jordi), patrón de Catalina.
La costumbre (que se extendió a las Baleares) es ofrecer un libro y una rosa (si roja, mejor) a sus amigos, su familia. Vuelvo de la ciudad,
compré “La ridícula idea de no volver a verte.” de Rosa Montero, unos libros de poesía y del perfecto horticultor. ¿Y vosotros?
 

20/04/2013

Où Sancho Panza conte un conte.../ Donde Sancho Panza cuenta un cuento...

Le long, sans doute trop long - mais qui peut couper une savoureuse histoire? - extrait de cette semaine n'est pas un des plus connus mais réunit beaucoup des qualités de l'entièreté du roman: le parler et les expressions populaires, les idées toute faites aussi, la transmission orale, l'absurde...et puis il m'a semblé si drôle!
El largo, tal vez demasiado – pero ¿quién puede cortar una historia deliciosa? - extracto de esta semana no es de los más conocidos pero reúne muchas de la cualidades de la novela:  el habla y las expresiones populares, las ideas preconcebidas, la trasmisión oral, el absurdo...y finalmente ¡me pareció tan divertido! 


Don Quichotte dit alors à Sancho de lui conter un conte, comme il le lui avait promis.
« Je le ferais de bon cœur, répondit l’écuyer, si la peur me laissait la parole ; et cependant je vais m’efforcer de vous dire une histoire telle, que, si je parviens à la conter et si je n’en oublie rien, ce sera la meilleure de toutes les histoires. Que Votre Grâce soit donc attentive, je vais commencer.

 
« Il y avait un jour ce qu’il y avait… que le bien qui vient soit pour tout le monde, et le mal pour celui qui l’est allé chercherEt je vous prie de remarquer, mon seigneur, le commencement que les anciens donnaient à leurs contes de la veillée ; ce n’était pas le premier venu, mais bien une sentence de Caton, l’encenseur romain, qui dit : « Et le mal pour celui qui l’est allé chercher. » Laquelle sentence vient ici comme une bague au doigt, pour que Votre Grâce reste tranquille, et pour qu’elle n’aille chercher le mal d’aucun côté ; mais bien plutôt pour que nous prenions un autre chemin, puisque personne ne nous force à continuer celui où nous assaillent tant de frayeurs.

Continue ton conte, Sancho, dit don Quichotte ; et du chemin que nous devons prendre, laisse-m’en le souci. 
Je dis donc, continua Sancho, que, dans un endroit de l’Estrémadure, il y avait un pâtre chevrier, c’est-à-dire qui gardait les chèvres, lequel pâtre ou chevrier, comme dit mon histoire, s’appelait Lope Ruiz, et ce Lope Ruiz était amoureux d’une bergère qui s’appelait Torralva, laquelle bergère appelée Torralva était fille d’un riche propriétaire de troupeaux, et ce riche propriétaire de troupeaux…
Mais si c’est ainsi que tu contes ton histoire, Sancho, interrompit don Quichotte, répétant deux fois ce que tu as à dire, tu ne finiras pas en deux jours. Conte-la tout uniment, de suite, et comme un homme d’intelligence ; sinon, tais-toi, et n’en dis pas davantage. 
De la manière que je la conte, répondit Sancho, se content dans mon pays toutes les histoires de veillées ; je ne sais pas la conter autrement, et il n’est pas juste que Votre Grâce exige que je fasse des modes nouvelles. 
Conte donc comme tu voudras, s’écria don Quichotte, et, puisque le sort m’a réduit à t’écouter, continue.
Vous saurez donc, seigneur de mon âme, poursuivit Sancho, que, comme j’ai déjà dit, ce berger était amoureux de Torralva la bergère, laquelle était une fille joufflue et rebondie, assez farouche et même un peu hommasse, car elle avait quelques poils de moustache, si bien que je crois la voir d’ici. 
Tu l’as donc connue quelque part ? demanda don Quichotte.
Non, je ne l’ai pas connue, reprit Sancho ; mais celui qui m’a conté l’histoire m’a dit qu’elle était si véritable et si certaine, que, quand je la raconterais à un autre, je pourrais bien jurer et affirmer que j’avais vu tout ce qui s’y passe. Or donc, les jours allant et venant, comme on dit, le diable qui ne s’endort pas et qui se fourre partout pour tout embrouiller, fit si bien, que l’amour qu’avait le berger pour la bergère se changea en haine et en mauvais vouloir ; et la cause en fut, selon les mauvaises langues, une certaine quantité de petites jalousies qu’elle lui donna les unes sur les autres, et telles, ma foi, qu’elles passaient la plaisanterie. Depuis ce temps, la haine du berger devint si forte, que, pour ne plus voir la bergère, il résolut de quitter son pays, et d’aller jusqu’où ses yeux ne pussent jamais la revoir. La Torralva, tout aussitôt qu’elle se vit dédaignée de Lope, l’aima bien plus fort que lui ne l’avait jamais aimée.

C’est la condition naturelle des femmes, interrompit don Quichotte, de dédaigner qui les aime, et d’aimer qui les dédaigne. Continue, Sancho.


 - Il arriva donc, reprit Sancho, que le berger mit en œuvre son projet, et, poussant ses chèvres devant lui, il s’achemina dans les champs de l’Estrémadure, pour passer au royaume de Portugal. La Torralva, qui eut vent de sa fuite, se mit aussitôt à ses trousses ; elle le suivait de loin, à pied, ses souliers dans une main, un bourdon dans l’autre, et portant à son cou un petit bissac qui contenait, à ce qu’on prétend, un morceau de miroir, la moitié d’un peigne, et je ne sais quelle petite boîte de fard à farder pour le visage. Mais, qu’elle portât ces choses ou d’autres, ce que je n’ai pas envie de vérifier à présent, toujours est-il que le berger arriva avec son troupeau pour passer le Guadiana, dans le temps où les eaux avaient tellement crû, que la rivière sortait presque de son lit ; et du côté où il arriva, il n’y avait ni barque, ni bateau, ni batelier, pour le passer lui et ses chèvres, ce qui le fit bien enrager, parce qu’il voyait déjà la Torralva sur ses talons, et qu’elle allait lui faire passer un mauvais quart d’heure avec ses pleurs et ses criailleries. Mais il regarda tant de côté et d’autre, qu’à la fin il aperçut un pêcheur qui avait auprès de lui un petit bateau, mais si petit qu’il ne pouvait y tenir qu’une chèvre et une personne. Et pourtant il l’appela, et fit marché pour qu’il le passât à l’autre bord, lui et trois cents chèvres qu’il conduisait. Le pêcheur se met dans la barque, vient prendre une chèvre et la passe ; puis revient et en passe une autre, puis revient encore et en passe encore une autre… Ah çà ! que Votre Grâce fasse bien attention de compter les chèvres que passe le pêcheur ; car si vous en échappez une seule, le conte finira sans qu’on puisse en dire un mot de plus. Je continue donc, et je dis que la rive de l’autre côté était escarpée, argileuse et glissante, de sorte que le pêcheur tardait beaucoup pour aller et venir. Il revint pourtant chercher une autre chèvre, puis une autre, puis une autre encore.
Eh, pardieu ! suppose qu’il les a toutes passées ! s’écria don Quichotte, et ne te mets pas à aller et venir de cette manière, car tu ne finirais pas de les passer en un an.
Combien y en a-t-il de passées jusqu’à cette heure ? demanda Sancho.
Et qui diable le sait ? répondit don Quichotte.
Je vous le disais bien, pourtant, d’en tenir bon compte, reprit Sancho. Eh bien ! voilà que l’histoire est finie, et qu’il n’y a plus moyen de la continuer.
Comment cela peut-il être ? s’écria don Quichotte ; est-il donc si essentiel à ton histoire de savoir par le menu le nombre de chèvres qui ont passé, que, si l’on se trompe d’une seule, tu ne puisses en dire un mot de plus ?
 – Non, seigneur, en aucune façon, répondit Sancho ; car, au moment où je demandais à Votre Grâce combien de chèvres avaient passé, et que vous m’avez répondu que vous n’en saviez rien, tout aussitôt ce qui me restait à dire s’en est allé de ma mémoire, et c’était, par ma foi, le meilleur et le plus divertissant.
De façon, reprit don Quichotte, que l’histoire est finie ?
Comme la vie de ma mère, répondit Sancho.

Livre 3 ch XX




Díjole Don Quijote que contase algún cuento para entretenerle, como se lo había prometido, a lo que Sancho dijo que sí hiciera si le dejara el temor de lo que oía:
- Pero con todo eso yo me esforzaré a decir una historia, que si la acierto a contar y no me van a la mano, es la mejor de las historias, y estéme vuestra merced atento, que ya comienzo.
- Erase que se era, el bien que viniera para todos sea, y el mal para quien lo fuere a buscar; y advierta vuestra merced, señor mío, que el principio que los antiguos dieron a sus consejas no fue así como quiera, que fue una sentencia de Caton Zonzorino romano, que dice: "y el mal para quien lo fuere a buscar", que viene aquí como anillo al dedo, para que vuestra merced se esté quedo, y no vaya a buscar el mal a ninguna parte, sino que nos volvamos por otro camino, pues nadie nos fuerza a que sigamos este donde tantos miedos nos sobresaltan. 
- Sigue tu cuento, Sancho, dijo Don Quijote, y del camino que hemos de seguir déjame a mí el cuidado.
- Digo, pues, prosiguió Sancho, que en un lugar de Extremadura había un pastor cabrerizo, quiero decir, que guardaba cabras, el cual pastor o cabrerizo, como digo de mi cuento, se llamaba Lope Ruiz, y este Lope Ruiz andaba enamorado de una pastora que se llamaba Torralva, la cual pastora llamda Torralva era hija de un ganadero rico, y este ganadero rico...
- Si desa manera cuentas tu cuento, Sancho, dijo Don Quijote, repitiendo dos veces lo que vas diciendo, no acabarás en dos días; dílo seguidamente y cuéntalo como hombre de entendimiento, y si no, no digas nada. 
- De la misma manera que yo lo cuento, respondió Sancho, se cuentan en mi tierra todas las consejas, y yo no sé contarlo de otra, ni es bien que vuestra merced me pida que haga usos nuevos.
- Di como quisieres, respondió Don Quijote, que pues la suerte quiere que no pueda dejar de escucharte, prosigue.


- Así que, señor mío de mi ánima, prosiguió Sancho, que como ya tengo dicho, este pastor andaba enamorado de Torralva la pastora, que era una moza rolliza, zahareña, y tiraba algo a hombruna, porque tenía unos pocos bigotes, que parece que ahora la veo.
- ¿Luego conocístela tú? dijo Don Quijote. 
- No la conocí yo, respondió Sancho, pero quien me contó este cuento me dijo que era tan cierto y verdadero, que podía bien cuando lo contase a otro afirmar y jurar que lo había visto todo: así que yendo días y viniendo días, el diablo, que no duerme y que todo lo añasca, hizo de manera que el amor que el pastor tenía a la pastora se volviese en homecillo y mala voluntad; y la causa fue, según malas lenguas, una cierta cantidad de celillos que ella le dió, tales que pasaban de la raya y llegaban a lo vedado; y fue tanto lo que el pastor la aborreció de allí adelante, que por no verla se quiso ausentar de aquella tierra, e irse donde sus ojos no la viesen jamás. La Torralva que se vio desdeñada del Lope, luego le quiso bien, más que nunca le había querido.
- Esa es natural condición de mujeres, dijo Don Quijote, desdeñar a quien las quiere, y amar a quien las aborrece: pasa adelante, Sancho.

- Sucedió, dijo Sancho, que le pastor puso por obra su determinación, y antecogiendo sus cabras, se encaminó por los campos de Extremadura para pasarse a los reinos de Portugal: la Torralva, que lo supo, fue tras él, y seguíale a pie y descalza desde lejos con un bordón en la mano y con unas alforjas al cuello, donde llevaba, según es fama, un pedazo de espejo y otro de un peine, y no sé qué botecillo de mudas para la cara; mas llevase lo que llevase, que yo no me quiero meter ahora en averiguallo, sólo diré que dicen que el pastor llegó con su ganado a pasar el río Guadiana, y en aquella sazón iba crecido y casi fuera de madre, y por la parte que llegó no había barca ni barco, ni quien le pasase a él ni a su ganado de la otra parte, de lo que se congojó mucho, porque veía que la Torralva venía ya muy cerca, y le había de dar mucha pesadumbre con sus ruegos y lágrimas, mas tanto anduvo mirando, que vio un pescador que tenía junto a sí un barco tan pequeño, que solamente podían caber en él una persona y una cabra, y con todo esto le habló y concertó con él que le pasase a él y a trescientas cabras que llevaba. Entró el pescador en el barco y pasó una cabra, volvió y pasó otra, tornó a volver y tornó a pasar otra: tenga vuestra merced cuenta con las cabras que el pescador va pasando, porque si se pierde una de la memoria se acabará el cuento, y no será posible contar más palabra dél: sigo, pues, y digo, que el desembarcadero de la otra parte estaba lleno de cieno y resbaloso, y tardaba el pescador mucho tiempo en ir y volver: con todo esto volvió por otra cabra, y otra y otra.

- Haz cuenta que las pasó todas, dijo Don Quijote; no andes yendo y viniendo desa manera, que no acabarás de pasarlas en un año. 
-¿Cuántas han pasado hasta ahora? dijo Sancho.
- ¿Yo qué diablos sé? respondió Don Quijote.  
- He ahí lo que yo dije que tuviese buena cuenta; pues por Dios que se ha acabado el cuento, que no hay pasar adelante.
- ¿Cómo puede ser eso? respondió Don Quijote. ¿Tan de esencia de la historia es saber las cabras que han pasado por extenso, que si se yerra una del número no puedes seguir adelante con la historia?  
- No, señor, en ninguna manera, respondió Sancho, porque así como yo pregunté a vuestra merced que me dijese cuántas cabras habían pasado, y me respondió que no sabía, en aquel mismo instante se me fue a mí de la memoria cuanto me quedaba por decir, y a fe que era de mucha virtud y contento.
- ¿De modo, dijo Don Quijote, que ya la historia es acabada?  
- Tan acabada es como mi madre, dijo Sancho.

Libro 3 capítulo XX


Sources:

 

 

13/04/2013

Rossinante et le péché de la chair / Rocinante y el pecado de la carne

Bien sûr, nous connaissons tous l'histoire de la folie du Caballero Andante, le topique des moulins à vent et la fameuse Dulcinea.
Pourtant, à chaque (re) lecture de ce roman touffu, bourré d'aventures et de réflexions sur le monde, la religion, les femmes, la jalousie, la vanité....je me re-passionne; ne pensant qu'en lire un chapitre, je me laisse emporter.

Alors, voici plusieurs billets avec des extraits choisis par moi.Pas tristes!
Par chance, car l'espagnol du XVIIº n'est pas aisé,  une traduction online existe, elle est fidèle, je m'en suis donc servie.

G. Doré Rossinante

Todos conocemos la historia de la locura del Caballero Andante, los tópicos de los molinos de viento y la famosa Dulcinea.
Sin embargo, a cada (re) lectura de esa novela tupida, llena de aventuras y reflexiones sobre el mundo, la religión, las mujeres, los celos, la vanidad... me vuelvo a apasionar; pienso leer un capítulo y me dejo llevar.

Os propongo varias entradas con extractos por mi elegidos. ¡Nada tristes!

Don Quichotte et Sancho mirent pied à terre, et, laissant l’âne et Rossinante paître tout à leur aise l’herbe abondante que le pré leur offrait, ils donnèrent l’assaut au bissac, et, sans cérémonie, en paix et en bonne société, maître et valet se mirent à manger ensemble ce qu’ils y trouvèrent. 

Sancho n’avait pas songé à mettre des entraves à Rossinante ; car il le connaissait pour si bonne personne et si peu enclin au péché de la chair, que toutes les juments des herbages de Cordoue ne lui auraient pas donné la moindre tentation. Mais le sort ordonna, et le diable aussi, qui ne dort pas toujours, que justement dans ce vallon se trouvassent à paître un troupeau de juments galiciennes que menaient des muletiers yangois, lesquels ont coutume de faire la sieste avec leurs bêtes dans les endroits où se trouvent l’herbe et l’eau. Celui où s’était arrêté don Quichotte était donc fort à leur convenance.
Or, il arriva que Rossinante sentit tout à coup le désir d’aller folâtrer avec mesdames les juments, et sortant, dès qu’il les eut flairées, de ses habitudes et de ses allures naturelles, sans demander permission à son maître, il prit un petit trot coquet, et s’en alla leur communiquer son amoureuse envie. Mais les juments, qui avaient sans doute plus besoin de paître que d’autre chose, le reçurent à coups de pieds et à coups de dents, si bien qu’en un moment elles rompirent les sangles de la selle, et le laissèrent tout nu sur le pré. Mais une autre disgrâce l’attendait, plus cuisante encore : les muletiers, voyant qu’il voulait faire violence à leurs juments, recoururent aux pieux qui servaient à les attacher, et lui assenèrent une telle bastonnade, qu’ils l’eurent bientôt jeté les quatre fers en l’air.

Cependant don Quichotte et Sancho, qui voyaient la déconfiture de Rossinante, accouraient tout haletants, et don Quichotte dit à son écuyer :

« À ce que je vois, ami Sancho, ces gens-là ne sont pas des chevaliers, mais de la vile et basse canaille. Ainsi, tu peux, la conscience tranquille, m’aider à tirer une vengeance légitime de l’outrage qu’ils ont fait devant nos yeux à Rossinante.

Quelle diable de vengeance avons-nous à tirer, répondit Sancho, s’ils sont plus de vingt, et nous seulement deux, ou plutôt un et demi ?

Moi, j’en vaux cent, » répliqua don Quichotte ; et, sans plus de discours, il mit l’épée à la main et fondit sur les Yangois. Sancho fit de même, excité par l’exemple de son maître.

Livre 3º chap 15

 

Apeáronse Don Quijote y Sancho, y dejando al jumento y a Rocinante a sus anchuras pacer de la mucha yerba que allí había, dieron saco a las alforjas, y sin ceremonia alguna, en buena paz y compañía, amo y mozo comieron lo que en ellas hallaron.

No se había curado Sancho de echar sueltas a Rocinante, seguro de que le conocía por tan manso y tan poco rijoso que todas las yeguas de la dehesa de Córdoba no le hicieran tomar mal siniestro. Ordenó, pues, la suerte y el diablo, que no todas veces duerme, que andaban por aquel valle paciendo una manada de jacas galicianas de unos arrieros yangüeses, de los cuales es costumbre sestear con su recua en lugares y sitios de yerba y agua; y aquel donde acertó a hallarse Don Quijote era muy a propósito de los yangüeses.

 

 

 
Sucedió, pues, que a Rocinante le vino en deseo de refocilarse con las señoras jacas, y saliendo, así como las olió, de su natural paso y costumbre, sin pedir licencia a su dueño, tomó un trotillo algo pacadillo, y se fue a comunicar su necesidad con ellas; mas ellas, que a lo que pareció, debían de tener más gana de pacer que de él, recibiéronle con las herraduras y con los dientes, de tal manera que a poco espacio se le rompieron las cinchas, y quedó sin silla en pelota; pero lo que él debió más de sentir fue que viendo los arrieros la fuerza que a sus yeguas se les hacía, acudieron con estacas, y tantos palos le dieron, que le derribaron mal parado en el suelo. Ya en esto Don Quijote y Sancho, que la paliza de Rocinante habían visto, llegaban hijadeando, y dijo Don Quijote a Sancho:

- A lo que veo, amigo Sancho, estos no son caballeros, sino gente soez y de baja ralea; dígolo, porque bien me puedes ayudar a tomar la debida venganza del agravio que delante de nuestros ojos se le ha hecho a Rocinante.

- ¿Qué diablos de venganza hemos de tomar, respondió Sancho, si estos son más de veinte, y nosotros no más de dos, y aun quizá no somos sino uno y medio?

- Yo valgo por ciento, respondió Don Quijote. Y sin hacer más discursos, echó mano a su espada y arremetió a los yangüeses, y lo mismo hizo Sancho Panza, incitado y movido del ejemplo de su amo;
 Libro 3, capítulo 15
 


 

 

30/03/2013

L'éternel printemps de Rosalía / La eterna primavera de Rosalía

Comment aborder l'oeuvre poétique de Rosalía de Castro (1837-1885)? Je vous parlerai d'elle dans le prochain billet, mais aujourd'hui j'ai traduit ce poème qui semble si simple.

¿Cómo abordar la obra poética de Rosalía de Castro? Os hablaré 
de ella en la próxima nota, pero os dejo hoy con este poema que
 parece tan simple.

 

 

Mallorca, ce matin, près de Raixa

(clic sur les photos, elles bien plus belles en grand)

 

 

 

On dit que les plantes ne parlent pas

 

Rosalía de Castro

  

On dit que ni les plantes, ni les sources, ni les oiseaux ne parlent,

Non plus la vague et ses grondements, ni les astres et leur brillance,

On le dit, mais c'est faux, car toujours quand je passe,

 Ils murmurent et s'exclament:

 - Voilà la folle rêvant

 De l'éternel printemps de la vie et des champs,

 Et déjà bien vite, bien vite, elle aura les cheveux blancs,

 Et tremblante, gelée, elle voit que le givre couvre le champ.

  

- Il y a des cheveux blancs sur ma tête, et du givre dans les champs,

Mais je continue à rêver, pauvre, incurable somnambule,

À l'éternel printemps de la vie qui s'éteint

Et à la persistante fraîcheur des champs et des âmes,

Bien que les uns se fanent et les autres s'embrasent.

 

 Astres et sources et fleurs, ne médisez pas de mes rêves,

 Sans eux, comment vous admirer et comment vivre sans eux?

(Trad: Colette) 

 

Mallorca, Cala Gamba

 

 

 

Dicen que no hablan las plantas

 

Rosalía de Castro

 



Dicen que no hablan las plantas, ni las fuentes, ni los pájaros,
Ni el onda con sus rumores, ni con su brillo los astros,
Lo dicen, pero no es cierto, pues siempre cuando yo paso,
De mí murmuran y exclaman:
—Ahí va la loca soñando
Con la eterna primavera de la vida y de los campos,
Y ya bien pronto, bien pronto, tendrá los cabellos canos,
Y ve temblando, aterida, que cubre la escarcha el prado.

—Hay canas en mi cabeza, hay en los prados escarcha,
Mas yo prosigo soñando, pobre, incurable sonámbula,
Con la eterna primavera de la vida que se apaga
Y la perenne frescura de los campos y las almas,
Aunque los unos se agostan y aunque las otras se abrasan.

Astros y fuentes y flores, no murmuréis de mis sueños,
Sin ellos, ¿cómo admiraros ni cómo vivir sin ellos?