14/12/2013

Tisser les mots / Tejer las palabras


  L'Heure des oiseaux

LUZ MARY GIRALDO (Colombienne)

                                 Insaisissable
couseuse                                       
la parole

tisse d'une toile trompeuse

la blessure de la nuit:

joue à être libre

ou rêve d'aventure.

Telle l'éternelle Pénélope
 
elle tisse la tunique de tous

défaufile le secret de l'attente

jusqu'à inventer un nouveau visage

ou un miroir sans nom.

Insaisissable couseuse

elle écoute passer le vent

fatigué par les oiseaux.
 
                                                 (Trad: Colette)
 
 

 
 

LA HORA DE LOS PÁJAROS


LUZ MARY GIRALDO (Colombiana)
 
Inasible y costurera               
la palabra

teje con tela engañosa

la herida de la noche:

juega a la libertad

o sueña la ventura.

Como eterna Penélope

teje la túnica de todos

deshilvana el secreto de la espera

hasta inventar un nuevo rostro

o un espejo sin nombre.

Inasible y costurera

oye pasar el viento

fatigado por los pájaros.

 

01/12/2013

Un verre d'eau glacée / Un vaso de agua helada

Un poème d'Odilon-Jean PÉRIER, poète belge 1901-1928.
Une fontaine à Bruxelles; sur la vasque ces mots gravés: « je t'offre un verre d'eau glacée n'y touche pas distraitement il est le prix d'une pensée sans ornement ». (source et photo ici)

Un poema de Odilon-Jean PÉRIER, poeta belga 1901-1928.

Una fuente en Bruselas; en la pila esa palabras grabadas: "Un vaso de agua helada te regalo no lo toques distraído del pensamiento es el fruto sin adornos".

 

 

Le citadin

 

 

Je t´offre un verre d´eau glacée
N´y touche pas distraitement
Il est le fruit d´une pensée
Sans ornement

Tous les plaisirs de l´amitié
Combien cette eau me désaltère
Je t´en propose une moitié
La plus légère

Regarde, je suis pur et vide
Comme le verre où tu as bu
Il ne fait pas d´être limpide
Une vertu

Plus d´eau mais la lumière sage
Donne à mon présent tout son prix
Tel un poète aux dieux s´engage
Et reste pris

 

 

 

Et Julos Beaucarne qui l'a mis en musique, et chanté. Amitiés.

 

 

 

 

El ciudadano

 

 

 

Un vaso de agua helada te regalo

 

No lo toques distraído

 

Del pensamiento es el fruto

 

Sin adornos

 

 

 

Todos los placeres de la amistad

 

Cuánto me desaltera esa agua

 

Te propongo la mitad

 

La más ligera

 

 

 

Mira, soy puro y vacío

 

Como el vaso en que bebiste

 

No hace de su claridad

 

Una virtud

 

 

 

No hay agua mas la luz sabia

 

es la que a mi regalo da el precio

 

Tal un poeta comprometido con los dioses

 

Y atrapado

 

 

(Trad: Colette & MAH, gracias!)

 

 

 

 

23/11/2013

Elles attendent.../ Ellas esperan...

Elena Poniatowska (Mexique) vient de recevoir le Prix Cervantes, prix littéraire attibué à des écrivains de langue espagnole, pour l'ensemble de leur oeuvre.

 

J'ai traduit un de ses courts récits.
Le style d'Elena est simple et je n'ai pas cherché à le modifier. Dans ce récit sous forme de lettre, les souvenirs sont très présents et on y trouve quelques éléments de son pays d'origine, le Mexique: la pauvreté et la délinquance, les femmes habituées, résignées à attendre l'homme tout-puissant, soumises ( problème soulevé par de nombreuses écrivaines sud-américaines ).
De belles images, dures parfois telles ces feuilles en formes d' épées, ou fort sensuelles.
La « elle » sait que cet amour est fini, ou n'a jamais existé, mais...elle attend
Bonne lecture. 
 

 

 

Elena Poniatowska acaba de recibir el premio Cervantes por el conjunto de su obra.

Os dejo aquí un relato suyo.
El estilo de Elena es simple y en este relato, en forma de carta, los recuerdos están muy presentes y se encuentran algunos elementos de su país de orígen, Mexico : la pobreza y la delincuencia, las mujeres acostumbradas, resignadas a esperar al hombre todo poderoso, sumisas (problema que abordan varias mujeres escritoras sur americanas)
Unas bellas imágenes, a veces duras tales esas hojas en forma de espadas, o muy sensuales.
La « ella » sabe que este amor ha terminado, o no ha existido nunca, pero....espera.
Buena lectura.
 
LA COMMISSION
 
 

 

Je suis venue Martín, et tu n'es pas là. Je me suis assise sur le seuil de ta maison, appuyée contre ta porte et je pense qu'en un endroit de la ville, par une onde qui traverse l'air, tu dois deviner que je suis ici. Voici ton petit bout de jardin; ton mimosa s'incline vers la rue et en passant les enfants lui arrachent les branches les plus accessibles...En terre, semées autour d'un mur, très rectilignes et sérieuses, je vois des fleurs qui ont des feuilles comme des épées. Elles sont bleu marine, elles ressemblent à des soldats. Elles sont très graves, très honnêtes. Toi aussi tu es un soldat. Tu marches dans la vie, un, deux, un, deux...Ton jardin entier est solide, il est comme toi, il a une force qui inspire confiance.
 
Me voici contre le mur de ta maison, telle que je suis parfois contre le mur de ton dos. Le soleil donne aussi contre la vitre de tes fenêtres et peu à peu il faiblit car il est tard. Le ciel rougissant a chauffé ton chèvrefeuille et son odeur se fait de plus en plus pénétrante. C'est la tombée du jour. Le jour va décliner. Ta voisine passe. Je ne sais si elle m'aura vue. Elle va arroser son bout de jardin. Je me souviens qu'elle t'apporte une soupe quand tu es malade et que sa fille te fait des piqûres...Je pense à toi très lentement, comme si je te dessinais en moi et que tu restais gravé là. Je voudrais avoir la certitude que je vais te voir demain et après-demain et toujours dans une chaîne ininterrompue de jours; que je pourrai te regarder lentement bien que je connaisse chaque petit recoin de ton visage; rien entre nous n'a été provisoire ni un accident.
 
Je suis penchée sur une feuille de papier et je t'écris tout ça et je pense que maintenant, dans un quelconque quartier où tu marches, pressé, décidé comme tu en as l'habitude, dans une de ces rues où je t'imagine toujours: Donceles et Cinco de Febrero ou Venustiano Carranza, sur une de ces banquettes grises et monocordes brisées par la foule de gens qui va prendre le camion, tu dois savoir au fond de toi que je t'attends. Je suis simplement venue te dire que je t'aime et comme tu n'es pas là je te l'écris. Je ne peux presque plus écrire parce que le soleil est déjà parti et je ne sais pas bien ce que je te mets. Dehors passent encore des enfants, en courant. Et une dame avec une casserole prévient, irritée: “ Ne me secoue pas la main, je vais renverser le lait...” Et je laisse ce crayon, Martín, et je laisse la feuille à lignes et je laisse mes bras pendre inutilement le long de mon corps et je t'attends. Je pense que j'aurais aimé t'étreindre. Parfois j'aimerais être plus vieille parce que la jeunesse porte en elle, l'impérieux, l'implacable besoin de tout relier à l'amour.
Un chien aboie; il aboie agressivement. Je crois qu'il est temps de partir. Sous peu viendra la voisine pour allumer la lumière de ta maison; elle a la clef et elle allumera l'ampoule de la chambre qui donne vers l'extérieur parce que dans cette colonie on assaille beaucoup, on vole beaucoup. On vole beaucoup aux pauvres; les pauvres se volent entre eux...Tu sais, depuis mon enfance je me suis assise ainsi à attendre, j'ai toujours été docile, parce que je t'attendais. Je sais que toutes les femmes attendent. Elles attendent la vie future, toutes ces images forgées dans la solitude, toute cette forêt qui marche vers elles: toute cette immense promesse qu'est l'homme; une grenade qui s’ouvre soudain et montre ses grains rouges, brillants; une grenade comme une bouche pulpeuse de mille grains. Plus tard ces heures vécues en imagination, devenues heures réelles, devront prendre poids et taille et dureté. Tous nous sommes – ô mon amour – si pleins de portraits intérieurs, si pleins de paysages non vécus.
La nuit est tombée et je ne vois presque plus ce que je suis en train de griffonner sur le papier ligné. Je ne distingue plus les lettres. Là où tu ne comprends pas, dans les espaces, dans les vides, mets: “Je t'aime...” Je ne sais si je vais glisser cette feuille sous la porte, je ne sais. Tu m'as donné un tel respect de toi-même....Peut-être que maintenant je vais partir, je ne suis passée que pour demander à une voisine qu'elle te fasse la commission: qu'elle te dise que je suis venue.
Trad : Colette
Un bon article de La Libre Belgique. Si vous comprenez un peu l'espagnol, un conte pour enfants écrit par E P., joliment illustré ici.
 
Picasso, mujer sentada

Elena Poniatowska, El Recado

Vine Martín, y no estás. Me he sentado en el peldaño de tu casa, recargada en tu puerta y pienso que en algún lugar de la ciudad, por una onda que cruza el aire, debes intuir que aquí estoy. Es este tu pedacito de jardín; tu mimosa se inclina hacia afuera y los niños al pasar le arrancan las ramas más accesibles... En la tierra, sembradas alrededor del muro, muy rectilíneas y serias veo unas flores que tienen hojas como espadas. Son azul marino, parecen soldados. Son muy graves, muy honestas. Tú también eres un soldado. Marchas por la vida, uno, dos, uno, dos... Todo tu jardín es sólido, es como tú, tiene una reciedumbre que inspira confianza.

Aquí estoy contra el muro de tu casa, así como estoy a veces contra el muro de tu espalda. El sol da también contra el vidrio de tus ventanas y poco a poco se debilita porque ya es tarde. El cielo enrojecido ha calentado tu madreselva y su olor se vuelve aún más penetrante. Es el atardecer. El día va a decaer. Tu vecina pasa. No sé si me habrá visto. Va a regar su pedazo de jardín. Recuerdo que ella te trae una sopa cuando estás enfermo y que su hija te pone inyecciones... Pienso en ti muy despacio, como si te dibujara dentro de mí y quedaras allí grabado. Quisiera tener la certeza de que te voy a ver mañana y pasado mañana y siempre en una cadena ininterrumpida de días; que podré mirarte lentamente aunque ya me sé cada rinconcito de tu rostro; que nada entre nosotros ha sido provisional o un accidente.

Estoy inclinada ante una hoja de papel y te escribo todo esto y pienso que ahora, en alguna cuadra donde camines apresurado, decidido como sueles hacerlo, en alguna de esas calles por donde te imagino siempre: Donceles y Cinco de Febrero o Venustiano Carranza, en alguna de esas banquetas grises y monocordes rotas sólo por el remolino de gente que va a tomar el camión, has de saber dentro de tí que te espero. Vine nada más a decirte que te quiero y como no estás te lo escribo. Ya casi no puedo escribir porque ya se fue el sol y no sé bien a bien lo que te pongo. Afuera pasan más niños, corriendo. Y una señora con una olla advierte irritada: "No me sacudas la mano porque voy a tirar la leche..." Y dejo este lápiz, Martín, y dejo la hoja rayada y dejo que mis brazos cuelguen inútilmente a lo largo de mi cuerpo y te espero. Pienso que te hubiera querido abrazar. A veces quisiera ser más vieja porque la juventud lleva en sí, la imperiosa, la implacable necesidad de relacionarlo todo con el amor.
Ladra un perro; ladra agresivamente. Creo que es hora de irme. Dentro de poco vendrá la vecina a prender la luz de tu casa; ella tiene llave y encenderá el foco de la recámara que da hacia afuera porque en esta colonia asaltan mucho, roban mucho. A los pobres les roban mucho; los pobres se roban entre sí... Sabes, desde mi infancia me he sentado así a esperar, siempre fui dócil, porque te esperaba. Sé que todas las mujeres aguardan. Aguardan la vida futura, todas esas imágenes forjadas en la soledad, todo ese bosque que camina hacia ellas; toda esa inmensa promesa que es el hombre; una granada que de pronto se abre y muestra sus granos rojos, lustrosos; una granada como una boca pulposa de mil gajos. Más tarde esas horas vividas en la imaginación, hechas horas reales, tendrán que cobrar peso y tamaño y crudeza. Todos estamos —oh mi amor— tan llenos de retratos interiores, tan llenos de paisajes no vividos.
Ha caído la noche y ya y casi no veo lo que estoy borroneando en la hoja rayada. Ya no percibo las letras. Allí donde no le entiendas en los espacios blancos, en los huecos, pon: "Te quiero..." No sé si voy a echar esta hoja debajo de la puerta, no sé. Me has dado un tal respeto de ti mismo...Quizá ahora que me vaya, sólo pase a pedirle a la vecina que te dé el recado: que te diga que vine.

Un bonito cuento para niños escrito por ella, con ilustraciones preciosas aquí:

10/11/2013

Il y a cent ans....A. Camus / Hace cien años...A. Camus

 

 
 

 

Lettre à René Char / Carta a René Char

 

 

Albert Camus

 

 

 Paris 26 octobre 1951 

 

Mon cher René,

(...) 
 
J'ai beaucoup pensé à notre dernière conversation, à vous, à mon désir de vous aider. Mais il y a en vous de quoi soulever le monde. Simplement, vous recherchez, nous recherchons le point d'appui. Vous savez du moins que vous n'êtes pas seul dans cette recherche. Ce que vous savez peut-être mal c'est à quel point vous êtes un besoin pour ceux qui vous aiment et, qui sans vous, ne vaudraient plus grand chose. Je parle d'abord pour moi qui ne me suis jamais résigné à voir la vie perdre de son sens, et de son sang. A vrai dire, c'est le seul visage que j'aie jamais connu à la souffrance. On parle de la douleur de vivre. Mais ce n'est pas vrai, c'est la douleur de ne pas vivre qu'il faut dire. Et comment vivre dans ce monde d'ombres ? Sans vous, sans deux ou trois êtres que je respecte et chéris, une épaisseur manquerait définitivement aux choses.

 

(…)

 


Revenez bien vite, en tous cas. Je vous envie l'automne de Lagnes, et la Sorgue, et la terre des Atrides. L'hiver est déjà là et le ciel de Paris a déjà sa gueule de cancer. Faites provisions de soleil et partagez avec nous.
Très affectueusement à vous
A.C.


(Albert Camus: 7 novembre 1913 - 4 janvier 1960)



París, al 26 de octubre 1951

 

Mi querido René, 
 
(…)

He pensado mucho en nuestra última conversación, en usted, en mi deseo de ayudarle. Pero en usted hay algo para levantar el mundo. Simplemente, usted busca, buscamos el punto de apoyo. Por lo menos sabe que no está solo en esta búsqueda. Lo que probablemente sabe mal es hasta qué punto es usted una necesidad para los que le aman y que, sin usted, no valdrían gran cosa. Hablo por mí, en primer lugar, que nunca me resigné a ver la vida perder de su sentido y de su sangre. A decir verdad, es la única cara que jamás he visto al sufrimiento. Se habla del dolor de vivir. Pero no es verdad, es el dolor de no vivir lo que toca decir. ¿Y cómo vivir en este mundo de sombras? Sin usted, sin dos o tres seres a las que respeto y quiero, a las cosas les faltaría definitivamente un espesor.

(…)

Vuelva usted pronto, en todo caso. Le envidio el otoño de Lagnes, y la Sorgue, y la tierra de las Atrides. El invierno ya está aquí y el cielo de París ya tiene su cara de cáncer. Haga provisiones de sol y compártalas con nosotros.

Muy afectuosamente,

A.C.


Trad: Colette


 

27/10/2013

Pieds nus / Pies descalzos

Parmi les photos de Toni Catany il y en a une que ma mémoire avait gravée.

Ensuite  j'ai lu ce poème de la Colombienne Elvira Alejandra Quintero. ..

 

 

Toni Catany

 

Fouler la terre pieds nus

Elvira Alejandra Quintero‏


Ni vertiges astraux ni pierres précieuses inconnues.
Pas d'étonnements poétiques forcés, de faux rites.
Je parlerai de la terre consacrée par le grand-père dans le centre de mon enfance.
De son odeur de pluie ou de vie quand l'aube m'appelle à la fenêtre,
et que l'éclat du monde me renvoie sa phrase:
Foule-la à pieds nus.
L'énergie qui monte dans ton corps te rapproche du reste de l'univers.

Et encore, quand je parcours les quais solitaires et sombres
et que le vent frôle mes oreilles rafraîchissant le monologue échauffé,
une lointaine odeur de poissons me rappelle la mer.

Et je cherche un bout de chemin et je veux le humer.
Et je veux le fouler.
Et bien que ce ne soit pas la terre, la peau de mes pieds touche le monde.
Et mon sang fait à nouveau partie du sang de l'univers.


(Trad: Colette)

 

 

Pisar la tierra con los pies descalzos

Elvira Alejandra Quintero‏
 
Nada de vértigos astrales y desconocidas piedras preciosas.
Nada de forzosos extrañamientos poéticos, de falsos ritos.
Hablaré de la tierra consagrada por el abuelo en el centro de mi infancia.
De su olor a lluvia o a vida cuando el amanecer me llama a la ventana,
y el brillo del mundo me devuelve su frase:
Písala con los pies descalzos.
La energía que asciende por tu cuerpo te hermana con el resto del universo.
Y aún, cuando recorro los andenes solos y oscuros
y el viento acecha en mis oídos refrescando el acalorado monólogo,
un lejano olor a peces me recuerda el mar.
 
Y busco un pedazo de camino y quiero olerlo.
Y quiero pisarlo.
Y aunque no es de tierra, la piel de mis pies toca el mundo.
Y mi sangre vuelve a ser parte de la sangre del universo.

20/10/2013

Comme des poèmes / Como poemas


 

 
 
Chacune de ses photos possède une ambiance, un peu ou assez mystérieuse, vivante, onirique, loin des “ Natures Mortes” qui est pourtant le titre qu'il a donné à cette série. Toni Catany vient de mourir. Il vivait à Barcelone, pensait passer ses vieux jours dans sa maison de Majorque, dans son village, Lluchmayor. Et transformer sa maison en Fondation. Il ne s'attendait pas à cette fin subite et son village n'a pas les moyens, en ce moment, de réaliser son rêve.
Ses expositions ont voyagé de par le monde et il est reconnu internationalement avec un travail photographique basé sur l'utilisation d'un procédé ancien : le calotype
Il a réalisé d'autres séries bien sûr, entre autres de nus masculins, de portraits, de reportages...vous les trouverez sans problème sur la toile.
 
C'est avec délice que je me suis plongée dans l'observation attentive de ses photos, que je me suis laissée envahir par une athmosphère colorée, diffuse.
Dans la beauté.
Chaque photo, un poème.
 
 
 
 

 


© Toni Catany
 
Cada una de sus fotos posee un ambiente, un poco o bastante misterioso, onírico, lejos de lo que llaman “ Naturalezas muertas” que es sin embargo el título que le dió a esa serie. Toni Catany acaba de morir. Vivía en Barcelona, pensaba pasar su vejez en su casa de Mallorca, en su pueblo, Lluchmayor. Y trasformar su casa en Fundación. No esperaba este final súbito y su pueblo no tiene los medios en este momento para realizar su sueño.
Sus exposiciones han viajado por el mundo y es reconocido internacionalmente con un trabajo fotográfico basado en la utilización de un procedimiento antiguo: el calotipo.
Ha realizado, claro está, otras series, entre las cuales desnudos masculinos, retratos, reportajes...
 
Me sumergí con delicia en la observación atenta de sus fotos, me deje invadir por une atmósfera coloreada, difusa.
En la belleza.
Cada foto, un poema.
 

 

 
 

 

© Toni Catany
 
 
 
 
 
 

 

 
 
 

© Toni Catany
 
 
 
 
 
 
© Toni Catany
 
 
© Toni Catany
 
© Toni Catany

12/10/2013

Marina Tsvetaeva, femme d'aucun compromis / Marina Tsvetaeva, mujer de ningún compromiso

Dans “7 femmes” Lydie Salvayre consacre 43 pages à Marina Tsvetaeva (1892 - 1941). J'ai délibérément omis beaucoup d'éléments dont la Révolution russe ainsi que la biographie commentée de Marina.
Voici des extraits qui, j'espère, vous feront comprendre sa personnalité.
 
En “ 7 mujeres” Lydie Salvayre le dedica 43 páginas a Marina Tsvetaeva (1892 - 1941). Omití deliberadamente muchos elementos entre los cuales la Revolución rusa, así como la biografía comentada de Marina.
Aquí unos extractos que, espero, os harán comprender su personalidad.
 
Pour accompagner la lecture, la voix d' Elena Frolova chante un poème de Marina
Para acompañar la lectura, la voz de Elena Frolova canta un poema de Marina


Ce cri qui donne le frisson fut celui d'une écorchée vive qui affirma, avec une intransigeance folle, que là où il y avait la poésie, il y avait le monde.
Une femme qui (…) ne céda jamais à l'accouplement effroyable du conformisme et de la terreur qui sévissaient alors dans sa Russie natale.
Et qui décida d'en finir lorsque la misère ajoutée à la déréliction et à une politique meurtrière étranglèrent définitivement sa parole poétique, indéfectiblement liée à sa capacité d'aimer”
Ese grito estremecedor fue el de una despellejada viva capaz de afirmar, con una total intransigencia, que allí donde existe la poesía, existe el mundo.
Una mujer que (…) no cedió nunca al espantoso apareamiento entre el conformismo y el terror que reinaba entonces en su Rusia natal. Eso la decidió a poner fin a su vida cuando la miseria, añadida al desamparo y a una política asesina, estrangularon definitivamente su palabra poética, unida indefectiblemente a su capacidad de amar.”
 
Elle s'appelait Marina Tsvetaeva, et la poésie, disaient ses proches, sourdait d'elle et jaillissait comme l'eau vive des fontaines.
Une poésie (…) qui procédait d'un sentiment d'exil fondamental (…) doublé d'un goût de la vérité dont elle ne pouvait ou ne voulait diluer la violence. “Et maintenant je vous avoue une de mes vilaines passions, écrivit-elle à Pasternak: tenter les gens (les éprouver) par une sincérité excessive, sans précédent...La tentation par la vérité. Qui la supportera?
Ils furent rares ceux qui la supportèrent, et là fut en partie son malheur.”
Se llamaba Marina Tsvetaeva, y la poesía, decían sus allegados, manaba de ella y brotaba como el agua viva de las fuentes.
Una poesía (…) que procedía de un sentimiento de exilio fundamental (…) añadido a una inclinación por la verdad de la cual no podía o no quería diluir la violencia. “Ahora os confieso una de mis feas pasiones, le escribía a Pasternak: tentar a la gente (ponerlos a prueba) por una sinceridad excesiva, sin precedentes... La tentación por la verdad. ¿Quien lo soportará?
Pocos fueron los que lo soportaron, y de allí vino, en parte, su desgracia.”
 
 
Elle disait qu'elle était condamnée aux mots (…) condamnée à vouloir l'impossible qui émane du domaine des mots.
Elle disait qu'elle ne tenait pas la plume, que c'était la plume qui la tenait”
Decía que estaba condenada a las palabras(...) condenada a querer el imposible que emana del mundo de las palabras.
Decía que no era ella quien sostenía la pluma, que era la pluma la que la sostenía a ella.”
 
Cette écriture, de son vivant, se heurta à une surdité quasi totale et qui, d'une certaine façon, la tua.
Toutes les lettres qu'elle envoya aux écrivains lors de son exil français demeurèrent sans réponse, et presque tous ses manuscrits refusés.
Elle en éprouva un désespérant sentiment d'exclusion. C'est, à n'en pas douter, ce sentiment, joint à des conditions d'existence effroyables, qui la poussa à regagner, avec au cœur un terrible pressentiment, la Russie soviétique qu'elle avait fuie en 1920 et où elle finit par se pendre en 1941, deux ans après son retour.”
Esta escritura, durante su vida, tropezó con una sordera casi total que, de alguna manera, la mató.
Todas las cartas que envió a los escritores, durante su exilio francés, permanecieron sin respuesta, y casi todos sus manuscritos fueron rechazados.
Todo eso hizo que sufriera un desesperante sentimiento de exclusión. Es ese sentimiento el que, sin duda, unido a unas condiciones de existencia espantosas, la empujó a regresar, con un intimo y terrible presentimiento, a la Rusia soviética de la cual había huido en 1920 y en la que acabaría por ahorcarse en 1941, dos años después de su vuelta.” 
 
Marina et Sergueï Efron - leur mariage
 
Femme d'aucun compromis “..son refus, par exemple, de répondre aux attentes des cercles parisiens de l'émigration russe, malades d'une nostalgie qui n'était pas la sienne. (…)
Et son même refus d'adresser un compliment à Staline comme la plupart s'y pliaient.”
Tsvetaeva était de cette poignée d'insensés pour qui vivre se confondait avec le refus farouche de prendre un quelconque parti, et ce aux fins de protéger une liberté intérieure qui leur était précieux, leur unique, leur inestimable bien.”
Mujer de ningún compromiso “..su negativa, por ejemplo, a responder a las expectativas de los círculos parisinos de la emigración rusa, enfermos de una nostalgia que no era la suya. (…)
Como el rechazo a enviar algún cumplido a Stalin, a lo que la mayoría se había sometido.”
Tsvetaeva pertenecía a ese puñado de insensatos para los que vivir se confundía con el rechazo feroz a tomar cualquier partido, y eso a fin de proteger una libertad interior que les era preciosa, su única, su inestimable fortuna.”
 
Lydie voue une admiration sans borne à la correspondance entre Marina et Pasternak: “(...) une des plus belles correspondances qu'il m'ait été donné de lire (…).
Correspondance d'âme à âme, de rêve à rêve,
" De mon rêve j'ai
Sauté dans le tien.”
Une correspondance Où chacun devient meilleur, le plus juste, le plus sensible lecteur de l'autre, dans une complicité telle qu'elle les fait égaux.
Où les deux, descendant jusqu'aux grands fonds d'eux-mêmes, finissent par se joindre et, amoureusement, s'entre-influencer.”
Lydie profesa una admiración sin limites a la correspondencia entre Marina y Pasternak: “(...) una de las más bellas correspondencias que he podido leer (…)
Correspondencia de alma a alma, de sueño a sueño,
De mi sueño
al tuyo he saltado.”
Una correspondencia “En la que cada uno se vuelve mejor, el más certero, el más sensible lector del otro, en tal complicidad que les hace iguales.
Donde los dos, bajando hasta tocar el fondo de ellos mismos, acaban por encajarse y, amorosamente influenciarse.”
 
Marina, Rilke , Pasternak
 
Ce qui n'empêche nullement Tsvetaeva d'aimer d'un amour inentamable son mari Sergueï Efron et de s'enticher à intervalles très réguliers d'un homme ou d'une femme sur qui elle a jeté son dévolu.
(…) Amours qui sont courtes folies.
(…) Aventures où elle se jette, se rue, à bride abattue, Cheval ruant rompt l'attache.
Grâce auxquelles, perdant toute mesure, elle s'exalte jusqu'au délire. Mais c'est un bien. Car l'homme, écrit-elle, ne voit correctement le monde que dans la suprême exaltation”
Eso no impide a Tsvetaeva amar de un amor sin merma a su marido Sergueï Efron ni encapricharse a intervalos muy regulares de un hombre o una mujer en los que ella se hubiera fijado.
(…) Amores que son cortas locuras.
(…) Aventuras en las que se echa, se abalanza, desenfrenada, Caballo encabritado rompe las bridas.
Gracias a esos amores, desmesurada, se exalta hasta el delirio. Pero no se daña. La persona, escribe, tansolo en la suprema exaltación ve correctamente el mundo.”
 
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Des liens en français:
 
 - Une biographie, une bibliographie, des extraits, un forum, des liens : http://tsvetaeva.free.fr/index.html

-  Un dossier sur le site esprits nomades
- Deux blogs-amis qui y font mention:
 
  En español: una dirección con muchos poemas de ella, una corta biografía






05/10/2013

Djuna Barnes la baroque / Djuna Barnes la baroca

Qui était Djuna Barnes? Avant de lire le deuxième chapitre de “7 femmes” de Lydie Salvayre je n'en avais aucune idée. Tour à tour raffinée ou grossière, riche ou pauvre, sociable ou recluse, amoureuse d'un homme ou d'une femme, Djuna était une américaine qui vécut à Paris dans les années '20 et dont le meilleur roman, semble-t-il, Le Bois de la Nuit, retrace l'histoire de son amour désespéré pour Thelma Wood.
 
Une grande partie du chapitre consiste en des anecdotes passionnantes sur ses rencontres à Paris. On y retrouve tous les “grands”, bien sûr: Joyce, Hemingway, Becket, Man Ray...des femmes aussi: Gertude Stein (qu'elle déteste), Sylvia Beach, Berenice Abbot, Peggy Guggenheim, Solita Solano...”toutes singulières et talentueuses, toutes indépendantes et assoiffés de liberté, et toutes, ou presque, lesbiennes.”
Quelques extraits.
 
¿Quién era Djuna Barnes? Antes de leer el segunda capítulo de “7 Mujeres” de Lydie Salvayre no tenía ni la más mínima idea. A su vez refinada o basta, rica o pobre, sociable o recluida, enamorada de un hombre o de una mujer, Djuna fue una americana que vivió en París en las años '20 y cuya mejor novela, al parecer, El Bosque de la Noche relata la historia de su amor desperado por Thelma Wood.
 
Una gran parte del capítulo consiste en anécdotas apasionantes sobre sus encuentros en París. Allí están todos los “grandes”: Joyce, Hemingway, Becket, Man Ray...mujeres también: Gertrude Stein (que ella odia), Sylvia Beach, Berenice Abbot, Peggy Guggenheim, Solita Solano..”todas singulares y talentuosas, todas independientes y sedientas de libertad, y todas, o casi todas, lesbianas.”
Algunos extractos.
 
 
 
Belle comme la nuit, élégante et sombre, toujours enveloppée de sa fameuse cape noire, elle séduisit les hommes en nombre et finit par épouser un journaliste acquis aux idées socialistes, Courtenay Lemon, avec lequel elle éleva un perroquet. Mais ce ciment parental ne suffit pas à préserver la relation conjugale.(...)”
 
Bella como la noche, elegante y sombría, siempre envuelta en su famosa capa negra, seduce gran cantidad de hombres y termina por casarse con un periodista ganado a las ideas socialistas, Courtenay Lemon, con el que cría un papagayo. Pero ese cemento familiar no alcanza a preservar la relación conyugal,(...)”
Drawing, Joyce by Djuna Barnes
 
 
 
(…) “Elle se lia d'amitié avec Hemingway, qui jouait les durs au Dingo Bar, lui qui était, selon Joyce, un coeur doux et sensible.” Hemingway “...quant à lui, trouva de son vivant que son amie Djuna était une grande dame.
C'est très précisément parce qu'elle l'était que Djuna eut le privilège insigne de se promener au Bois de Boulogne en compagnie de Nora et James Joyce (lequel souffrait d'une peur phobique des chiens – ce détail, je ne sais pourquoi, m'enchante).”
(…) “Trabó amistad con Hemingway, que se hacía el duro en el Dingo Bar, aún cuando tenía, según Joyce, un corazón dulce y sensible. Hemingway, por su parte, siempre pensó que su amiga Djuna era una gran dama.
Y es porque lo era por lo que Djuna tuvo el privilegio insigne de pasearse en el Bois de Boulogne en compañía de Nora y James Joyce (el cual sufría un miedo fóbico a los perros – ese detalle, no se por que, me encanta).”
 
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 André Kertesz: “En el café”, “Bar”, “Le café du Dôme ”, París, 1927.
 
La vie des Américains était, en ce temps-là, (…) des plus trépidantes.” “Les surréalistes, Aragon en tête, n'étaient jamais en reste et, s'ils occupaient une table au Dôme, elle était, inévitablement, la plus tapageuse. Car, à l'époque (j'en pleurerais de nostalgie), les jeunes écrivains faisaient de la liberté des abus divers et précieux."
La vida de los americanos era, en ese tiempo,(...) de lo más trepidante.” “Los surrealistas, Aragon a la cabeza, no se quedaban atrás y, si ocupaban una mesa en el Dôme, era ella, inevitablemente, la más escandalosa, ya que en aquella época (yo lloraría de nostalgia), los jóvenes escritores abusaban de la libertad de maneras diversas y rebuscadas."
 
 
"Quant à Djuna, c'est par son élégance qu'elle attirait les yeux, une élégance qui ne l'empêchait nullement de jurer, à l'occasion, comme un charretier, de repousser les avances masculines avec une vulgarité déconcertante et de viser les crachoirs à plus de trois mètres avec une diabolique précision.
Djuna était intacte et fruste, disait Natalie Barney, autant que follement élégante, et ces deux mondes s'affrontaient en elle, se juxtaposaient, se défiaient et s'entrelaçaient constamment.
Djuna était baroque.
Son écriture idem, merveille des merveilles.”
Por lo que se refiere a Djuna, era su elegancia lo que atraía las miradas, una elegancia que no la impedía en absoluto jurar, a veces, como un carretero, rechazar las insinuaciones masculinas con una vulgaridad desconcertante y apuntar a las escupideras a más de tres metros con una precisión diabólica.
Djuna era intacta y basta, decía Natalie Barney, tanto como locamente elegante, y esos dos mundos se afrontaban en ella, se yuxtaponían, se desafiaban y se enlazaban constantemente.
Djuna era barroca.
Su escritura ídem, maravilla de las maravillas.”
 
Djuna and Thelma
 
Le malheur est ce que nous cherchons tous, dit le Dr O'Connor dans Le Bois de la nuit.
Djuna trouva-t-elle dans sa relation à Thelma le malheur qu'elle cherchait? Je serais assez portée à le croire.
Le comportement de son amante, en tout cas, la ruina.
Elle se mit à boire avec outrance. A oublier de manger, dormir, d'écrire, à tout oublier excepté son amante. (…) A ne rien faire d'autre que l'attendre et l'attendre. (…)
Ma vie est devenue un enfer, confia-t-elle un soir de désespoir à son ami Robert Mc Almon.”
La desdicha es lo que todos buscamos, dice el Dr. O'Connor en Le Bois de la nuit.
¿Encontró Djuna la desdicha que buscaba en su relación con Thelma? Me inclino a creerlo.
En todo caso, el comportamiento de su amante la quebró.
Empezó a beber en demasía. Se olvido de comer, de dormir, de escribir, de todo aquello que no fuese su amante. (…) A no hacer nada que no fuera esperarla y esperarla.(...)
Mi vida se ha convertido en un infierno, le dice a su amigo Robert Mc Amon una tarde de desesperación."
 
Solita Solano and Djuna Barnes in Paris
 
A dater des années 50, Djuna Barnes vécut claquemurée dans son petit appartement”
Elle mourut définitivement le 18 juin 1982.
Elle avait quatre-vingt-dix ans.
Longévité sur laquelle j'attire l'attention, afin de mettre mon lecteur, bouleversé par l'annonce que je fis des destins tragiques qui frappèrent ces femmes, afin de mettre mon lecteur, disais-je, de bonne humeur et mieux le disposer ainsi en ma faveur.”
A partir de los años 50, Djuna Barnes vivió emparedada en su pequeño piso”.
Murió definitivamente el 18 de junio de 1982.
Tenia entonces noventa años.
Longevidad sobre la cual llamo la atención, a fin de poner al lector, trastornado por el anuncio, que hice, del destino trágico de esas mujeres, a fin de poner al lector, decía, de buen humor y mejor disponerle así en mi favor.”
 
Extraits de "7 femmes", Lydie Salvayre. Traducción: Colette y MAH.

21/09/2013

"Sept folles je vous dis" / Siete locas os digo

7 chapitres pour 7 femmes présentées de façon très personnelle par Lydie Salvayre.
7 capítulos para 7 mujeres presentadas por Lydie Salvayre de una manera muy personal.
 
En attendant que vous le lisiez, car vous allez le lire, vous aurez, peu à peu, quelques extraits de tranches de vie et des poèmes de: Emily Brontë, Marina Tsvetaeva, Virginia Woolf, Colette, Sylvia Plath, Ingeborg Bachmann et Djuna Barnes.
Antes de que lo leáis, ya que lo leeréis, tendréis poco a poco, algunos extractos de retazos de vida y poemas de: Emily Brontë, Marina Tsvetaeva, Virginia Woolf, Colette, Sylvia Plath, Ingeborg Bachmann y Djuna Barnes.
 
Pour toutes, écrire et vivre étaient un tout et “vivre sans écrire revenait à mourir” écrit Lydie qui fit aussi un sombre constat: “... ces femmes vécurent presque toutes un destin malheureux”.
Para todas ellas, escribir y vivir era un todo y « vivir sin escribir equivalía a morir »nos dice Lydie y al mismo tiempo hace esta constatación sombría : « ...esas mujeres vivieron, casi todas, un destino desgraciado »
 
Mais, vous verrez, les récits ne sont pas noirs, l'auteure a veillé à y mettre de la légèreté, des touches d'humour, souvent entre parenthèses.
Pero, ya veréis, los relatos no son negros; la autora se ha cuidado, con frecuencia entre paréntesis, en poner pinceladas de humor, de la levedad. 
 
 
  1. EMILY BRONTË
 
Un seul roman publié de son vivant : Les Hauts de Hurlevent.
Una sola novela publicada en vida : Cumbres Borrascosas.
 
 
 
 
« Parfois, le livre ouvert sur sa poitrine, elle s'interrompt de lire comme le font tous les lecteurs du monde et parcourt el Mundo por dentro, comme aurait dit Quevedo, à la poursuite d'un songe, ou d'une image, ou de rien, ou d'une histoire pleine de bruits et de rebonds qui ira grossir les Gondal Chronicles.
« Algunas veces, el libro abierto sobre su pecho, interrumpe la lectura como lo hacen todos los lectores del mundo y recorre el Mundo por dentro, como habría dicho Quevedo, a la búsqueda de un sueño, o de una imagen, o de nada, o de una historia llena de ruidos y sobresaltos que engordará las Gondal Chronicles.
 
 
 
Si vide d'espoir est le monde du dehors
Que deux fois précieux m'est le monde du dedans.
Et son esprit l'emporte loin, très loin des quatre murs qui l'entourent, par delà les collines du Yorkshire, dans une Italie irréelle, dans une Espagne faramineuse, ou ailleurs, ailleurs, sur la mer adriatique aux côtés de Shelley, en vertu de cette loi mystérieuse qui veut que nous n'imaginons que cela qui nous manque, élan qui l'amènera bientôt à écrire un roman, Les Hauts de Hurlevent, lequel renverra d'une gifle le réalisme à la misère : je veux dire à sa soumission à l'utile, à ses significations bien fixées et à sa fermeture totale à l'idée d'infini. »
Tan vacío de esperanza está el mundo de fuera
que dos veces preciado me parece el mundo de dentro.
Y su mente la lleva lejos, muy lejos de las cuatro paredes que la rodean, más allá de las colinas de Yorkshire, a una Italia irreal, a una España asombrosa, o más allá, más allá, sobre el mar Adriático al lado de Shelley, en virtud de esa misteriosa ley según la cual sólo nos imaginamos aquello que nos falta; ese impulso la llevará pronto a escribir una novela, Cumbres borrascosas, la cual devolverá de un golpe el realismo a la miseria: quiero decir a su sumisión a lo útil, a sus significados bien establecidos y a la incomprensión total de la idea de infinito.
 
Les Hauts de Hurlevent, et son héros, inoubliable, Haethcliff. « ...roman que je lis à quinze ans, me transporte. »

 
 
« Heathcliff, heath bruyère et cliff falaise,
Heathcliff, le ciel et l'enfer, le Bien et le Mal, la grâce et la laideur.
Heathcliff passionné, excessif, sexy à mort (dans mes imaginations lubriques, je lui prête les traits de Laurent Terzieff, mon idole du moment), dont le seul regard fait tomber les femmes en catalepsie (James Dean peut aller se rhabiller) et qui renvoie à leur fadeur tous ces personnages romanesques faits de pâte molle, comme il en pleut.
Heathcliff intransigeant, comme moi me dis-je. Solitaire, comme moi me dis-je. Dur à la douleur, comme moi. Orgueilleux, comme moi. D'une sensibilité si vive qu'elle peut sembler une arrogance.
Comme moi, comme moi.
Heathcliff c'est moi. Sa nature est la mienne,.
Révélation.
Du coup je me coiffe à la diable.
Je fais la gueule (..)
 
 
 
Cumbres borrascosas, y su héroe, inolvidable, Haethcliff, « novela que leo a los quince años, me arrebata. »
 
Heathcliff, de heath brezoy cliff acantilado.
Heatthcliff, el cielo y el infierno, el Bien y el Mal, el donaire y la fealdad.
Heatthcliff apasionado,excesivo, sexy a ultranza (en mis imaginaciones lubricas, le doy los rasgos de Laurent Terzieff, mi ídolo del momento) que con sólo su mirada hace caer a las mujeres en catalepsia (James Dean no tiene nada que hacer) y que resalta la insipidez de todos esos personajes novelescos hechos de pastaflora que tanto abundan.
Heatthcliff intransigente, como yo. Solitario, como yo. Resistente al dolor, como yo. Orgulloso, como yo. De una sensibilidad tan a flor de piel que puede parecer una arrogancia.
Como yo, como yo.
Heatthcliff soy yo. Su natura es la mía.
Revelación.
Por eso me peino a lo diablo.
Me pongo de morros (..)
 
Lydie Salvayre 7 femmes. édition Perrin 2013

08/09/2013

Au galop / A galopar

Voici la traduction d'un poème de Rafael Alberti, poème mis en musique par Paco Ibañez et qui est un peu devenu l'hymne des Républicains. 
Rafael Alberti, membre du Parti Communiste, s'exila en France après la guerre civile; mauvaise idée car un peu plus tard le Général Pétain lui retira le permis de travail le considérant comme “dangereux”... Il partit alors pour un long exil en Amérique du sud et ne revint en Espagne qu'en 1977, après la mort de Franco.

Au galop  Rafael Alberti

 

Les terres, les terres, les terres d’Espagne,
les grandes, solitaires, désertes étendues.
Galope, cheval balzan
cavalier du peuple
sous le soleil et la lune

Au galop, au grand galop,
jusqu’à les ensevelir dans la mer!

 Son du cœur qui sonne et résonne
résonnent sous les quatre fers les terres d’Espagne.
Galope, cavalier du peuple,
cheval balzan
cheval d’écume

 Au galop, au grand galop,
Jusqu’à les ensevelir dans la mer!

 Personne, personne, en face personne;
car la mort n’est rien si elle chevauche ta monture.
Galope, cheval balzan
cavalier du peuple
car la terre est à toi.

 Au galop, au grand galop,
jusqu’à les ensevelir dans la mer!

 (Trad: Colette)

 

 

 

A Galopar,  Rafael Alberti

 

Las tierras, las tierras, las tierras de España,

las grandes, las solas, desiertas llanuras.
Galopa, caballo cuatralbo,
jinete del pueblo,
al sol y a la luna.

 ¡A galopar,
a galopar,
hasta enterrarlos en el mar!

 A corazón suenan, resuenan, resuenan
las tierras de España, en las herraduras.
Galopa, jinete del pueblo,
caballo cuatralbo,
caballo de espuma.

 ¡A galopar,
a galopar,
hasta enterrarlos en el mar!

 Nadie, nadie, nadie, que enfrente no hay nadie;
que es nadie la muerte si va en tu montura.
Galopa, caballo cuatralbo,
jinete del pueblo,
que la tierra es tuya.

 ¡A galopar,
a galopar,
hasta enterrarlos en el mar!

 

11/08/2013

Silences I / Silencios I

Je vous propose une série de courts poèmes sur le silence.  Le silence et les mots. Voici le premier.

Os propongo  una serie de poemas cortos sobre el silencio. El silencio y las palabras.

L'équilibre
  de Orfila Bardesio

Chaque fois que le silence
descend son escalier de pauses
vers des racines obscures,
les mots couronnent
glorieusement les tiges.
 
 (trad: Colette)
 
http://www.pxlshots.com/contest/378/stairs.html
 

El Equilibrio

de Orfila Bardesio


Cada vez que el silencio
desciende su escalera de pausas
hacia raíces oscuras,
las palabras coronan
gloriosamente los tallos.
 
 
 
NB: je n'ai rien trouvé en français sur elle, désolée. Poétesse uruguayenne, décédée en 1999, importante figure féminine de la poésie.

13/06/2013

Magnificence / Magnificencia

Félix María de Samaniego 1745-1801, fabuliste espagnol, était d'ascendance noble et argentée ce qui lui permit de fairedes études en France où on peut supposer, sans trop se tromper, qu'il a pris connaissance des fables de La Fontaine.



Félix María de Samaniego 1745-1801, fabulista español, era de familia noble y adinerada lo que le permitió estudiar en Francia donde se puede suponer sin equivocarse mucho, que supo de las fábulas de Jean de La Fontaine.


Nous poursuivons avec la même fable que dans le dernier billet: le ton est ici différent, le lion plus majestueux, magnanime, un peu pédant, le rat est devenu une souricette...


Seguimos con la misma fábula: el tono es aquí diferente, el león más majestuoso, un poco magnánimo y pedante, la rata se ha trasformado en un ratoncillo... 

 

Le Lion et la souris

  

Une petite souris était prisonnière

 des griffes d'un lion; la malheureuse

 ne fut pas attrapée dans telle souricière

 pour vol de lard ni de fromage,

 mais parce qu'avec d'autres elle dérangeait

 le lion, qui dans son antre se reposait.

 Elle demande pardon, pleurant son insolence;

 à l'entendre implorer sa royale clémence,

 le roi répond d'un ton majestueux:

 - Titus ne dirait pas mieux - “Je te pardonne”.

 Un peu plus tard le lion chassant trébuche

 sur un filet caché dans les taillis:

 il veut en sortir, mais il reste prisonnier;

 il assourdit la jungle de rugissements féroces.

 La souris, libre, qui l'entend,

 arrive en courant: diligente elle ronge

 les noeuds du filet de telle façon

 qu'enfin elle rompt les liens de la bête sauvage.

 

 
Il convient au puissant

 d'avoir pitié des malheureux;

 il se peut qu'il ait besoin

 de l'aide d'un plus nécessiteux.

 

(trad. Colette, // Traduction ardue, vos suggestions seront bienvenues.)


 

EL LEÓN Y EL RATÓN


Estaba un ratoncillo aprisionado
en las garras de un león; el desdichado
en la tal ratonera no fue preso
por ladrón de tocino ni de queso,
sino porque con otros molestaba
al león, que en su retiro descansaba.
Pide perdón, llorando su insolencia;
al oír implorar la real clemencia,
responde el rey en majestuoso tono
—no dijera más Tito—: «Te perdono».
Poco después cazando el león tropieza
en una red oculta en la maleza:
quiere salir, mas queda prisionero;
atronando la selva ruge fiero.
El libre ratoncillo, que lo siente,
corriendo llega: roe diligente
los nudos de la red de tal manera,
que al fin rompió los grillos de la fiera.

 

 

Conviene al poderoso
para los infelices ser piadoso;
tal vez se puede ver necesitado
del auxilio de aquel más desdichado.

05/06/2013

Questions maritimes / Preguntas marítimas

MER DU SUD

 

Jacinta Lanusse                             

 

Est-ce furie ou passion

qui la poussent à foncer

jusqu'à se fracasser?

Bon sens ou délire

à grandir et s'effondrer?

Quel fantôme fuit-elle,

à quel mirage pense-t-elle

qui l'oblige à se dissoudre,

en écume

dans les pores du sable?

 

(Trad: Colette) 

 

 

 

MAR DEL SUR

 

 

     (La fanfarria salvaje, Botella al Mar)
  Jacinta Lanusse

¿Furia o pasión
lo mueven a arremeter
hasta estrellarse?
¿Sensatez o delirio
a crecer y desmoronarse?
¿De qué fantasma huye,
a qué espejismo acude
que lo obliga a disolverse,
sólo espuma
en los poros de la arena?

 

 

 

Jacinta Lanusse nació en Buenos Aires, ciudad en la que reside. Es cantante lírica profesional y pertenece al Coro Estable del Teatro Colón. Su temprana inclinación por las letras la llevó a realizar estudios en la Facultad de Filosofía y Letras de la UBA, además de estudios de francés e inglés.

 

En la actualidad desarrolla sus dos vocaciones: el canto y la poesía.

05/05/2013

Ces mondes qui nous vivent / Esos mundos que nos viven

 

ALICIA GHIRAGOSSIAN              Ara Malikian
       Poétesse-Poetisa                                    Violoniste/a

 Tous deux d'origine arménienne
                      Ambos de origen armenio


 


Où te mène
le mot que tu lâches?

Quelle clef inventes-tu
juste au milieu
de ton regard? 
 
Comment suspends-tu
            ton visage
                   dans le sourire
et t'échappes-tu?

Que sais-tu
          des mondes              
              qui nous vivent
sans être à nous?

Quel souvenir as-tu
de chaque vie planétaire
dans le nombre de siècles
qui précèdent
toi moi d'aujourd'hui?

Qui crois-tu devenir
en franchissant le seuil
de ceux qui peuvent voir?

Les portes du mystère
n'ont pas de cadenas.

(Traduction: Colette)

 

 

¿Dónde te lleva
la palabra que sueltas? 


¿Qué clave inventas
en la mitad exacta                    
de tu mirada?  


¿Cómo suspendes                         
         tu rostro

               en la sonrisa
y te escapas?  


¿Qué sabes          
             de los mundos 
                      que nos viven
sin ser nuestros? 


¿Qué recuerdas
de cada vida planetaria
en el número de siglos
que preceden
tu yo de hoy?  


¿Quién crees que serás
atravesando el umbral
de los que pueden ver?  


Las puertas del misterio
no tienen candado.

 

"C'est une comète, un soleil, le beau temps de la poésie", écrivait d'elle Jacques Prévert.

 

Cette définition est si lumineuse et si vraie qu'elle rend vain tout commentaire. Nous nous contenterons donc de préciser qu'Alicia Ghiragossian est une comète qui brille dans le ciel argentin, mais qu'elle vient d'ailleurs.

 

En effet, née à Cordoba (Argentine), elle est, comme son nom l'indique, fille d'immigrants ayant quitté un pays pour beaucoup d'entre nous mystérieux et légendaire : l'Arménie. Ce qu'elle dit dans ses deux langues et qu'elle a un jour appelé "poésie métadimensionnelle" surgit dans les pages de ses recueils, en particulier : "Un jour cinq voix" (1966), "Pedro amour" (1969), "En temps en amour en paix" (1970), "Etre et ponctuation" (illustré par Picasso, 1972), "Orbite de deux" (1972), "Après les cendres" et "Lettre pour l'Arménie" (1972), "Expériences arméniennes" (1970).”

Claude Couffon

  

Pour en savoir plus sur elle, en anglais, espagnol ou arménien, ici: http://www.poetalicia.com/espanol/resume.html

 

Podréis encontrar todo sobre si vida, su obra aquí: http://www.poetalicia.com/espanol/resume.html

 

28/04/2013

Intemporel / Intemporal


(Si vous comprenez un peu l'espagnol, vous n'aurez aucune peine cette fois à suivre le poème chanté par le grand J. Manuel Serrat)

 
Vaincus León de Felipe (1884-1968)
 
Dans la plaine de La Mancha
on revoit la figure
de Don Quijote passer.
 
Et maintenant, oisive et bosselée, sur le baudet va l'armure
et va oisif le chevalier, sans cuirasse ni dossière,
il va chargé d'amertume,
car là-bas trouva sépulture
son amoureux combat.
Il va chargé d'amertume
car là-bas “resta sa quête”
sur la plage de Barcino, face à la mer.
 
(…)
 
Combien de fois, Don Quijote, dans cette même plaine,
aux heures de désespoir je te regarde passer!
Et combien de fois je te crie: fais-moi une place sur ta monture
et sur tes terres emmène-moi;
fais-moi une place sur ta monture,
chevalier vaincu, fais-moi une place sur ta monture
car je suis moi aussi chargé
d'amertume
et batailler je ne peux!
 
Mets-moi en croupe,
chevalier de l'honneur,
mets-moi en croupe avec toi,
et emmène-moi pour être berger.
avec toi.
 
Dans la plaine de La Mancha
on revoit la figure
de Don Quijote passer...
 
(Trad: Colette)
 
 

VENCIDOS Léon de Felipe (1884-1968)


Por la manchega llanura
se vuelve a ver la figura
de Don Quijote pasar.

Y ahora ociosa y abollada va en el rucio la armadura,
y va ocioso el caballero, sin peto y sin espaldar,
va cargado de amargura,
que allá encontró sepultura
su amoroso batallar.
Va cargado de amargura,
que allá «quedó su ventura»
en la playa de Barcino, frente al mar.

(...)

¡Cuántas veces, Don Quijote, por esa misma llanura,
en horas de desaliento así te miro pasar!
¡Y cuántas veces te grito: Hazme un sitio en tu montura
y llévame a tu lugar;
hazme un sitio en tu montura,
caballero derrotado, hazme un sitio en tu montura
que yo también voy cargado
de amargura
y no puedo batallar!

Ponme a la grupa contigo,
caballero del honor,
ponme a la grupa contigo,
y llévame a ser contigo
pastor.

Por la manchega llanura
se vuelve a ver la figura
de Don Quijote pasar...