17/10/2015

Sans le savoir / Sin saberlo

Roberto Juarroz. 


 
Argentina (1925-1995)

"Una hoja en el árbol, justifica al árbol. Pero un árbol sin hojas lo justifica todo."
"Une feuille dans l'arbre justifie l'arbre. Mais un arbre sans feuilles justifie tout"
 
(les poèmes de Juarroz sont sans titre) (los poemas de Juarroz no tienen título)
 
 
 Le jour où sans le savoir
Nous faisons une chose pour la dernière fois,
regarder une étoile,
passer une porte,
aimer quelqu’un,
écouter une voix,
si quelque chose nous prévenait
que jamais nous n’allions la refaire,
la vie probablement s’arrêterait
comme une poupée sans enfant ni ressort.

Et pourtant, chaque jour
nous faisons quelque chose pour la dernière fois,
regarder un visage,
nous appeler par notre nom,
achever d’user une chaussure,
éprouver un frisson
comme si la première ou la millième fois
pouvait nous préserver de la dernière.

Il nous faudrait un tableau noir
marquant toutes les entrées et les sorties,
où serait clairement annoncé, jour après jour,
avec des craies de couleur et des voyelles
ce que chacun doit terminer
jusqu’à quand on doit faire chaque chose,
jusqu’à quand on vit
jusqu’à quand on meurt.
 
 
(Trad: Colette)
 

Ce poème a été traduit par Jacques Ancet, bien avant moi; vous trouverez sa version ici: http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/juarroz/jua...

Tommy Ingberg http://www.ingberg.com/



El día en que sin saberlo
hacemos por última vez una cosa
mirar una estrella,
atravesar una puerta,
amar a alguien,
escuchar cierta voz
si algo nos advirtiera
que nunca volveremos a hacer eso,
probablemente la vida se detendría
como un muñeco sin niño ni resorte.
.
Sin embargo, cada día
hacemos algo por última vez
mirar un rostro,
llamarse con su propio nombre,
terminar de gastar un zapato,
probar un temblor
como si la primera vez o la milésima
pudiera preservarnos de la última.
.
Nos haría falta un tablero
con todas las entradas y salidas marcadas,
donde se anuncie claramente, día por día,
con tiza de colores y con vocales
qué le toca terminar a cada uno,
hasta cuándo se hace cada cosa,
hasta cuándo se vive
hasta cuándo se muere.

Roberto Juarroz.
 
 
 
 
Le prochain billet sera consacré à ce poète Argentin (1925-1995), auteur d'une “poésie verticale”; les pieds sur terre, la tête imprégnée de spiritualité, de philosophie. Une poésie sans artifices, à la recherche d'une “troisième dimension”, entre la vie et la mort, le bonheur et la disgrâce...loin du manichéisme d'une certaine poésie traditionnelle.


La próxima entrada será dedicada a ese poeta Argentino (1925-1995), autor de una “Poesía Vertical”; los pies en la tierra, la cabeza impregnada de espiritualidad, de filosofía. Una poesía sin artefactos, que busca una “tercera dimensión” entre la vida y la muerte, la felicidad y la desgracia...lejos del maniqueísmo de cierta poesía tradicional.

03/10/2015

Pluie dans le patio / Lluvia en el patio

Dans les pays asiatiques il n'y a que deux saisons: la sèche et l'humide.
Cette mousson si attendue, indispensable à la vie, causant parfois des catastrophe aussi.

 

En los países asiáticos sólo hay dos estaciones: la seca y la húmeda. Ese monzón tan esperado, indispensable para la vida, causando a veces desastres también.

J'y pense ce matin en regardant la campagne inondée; les oiseaux se bousculent dans les immenses flaques, et j'imagine les semences se gorgeant goulûment d'eau.

 

 

Pienso en ello esta mañana mirando al campo inundado; los pájaros se atropellan en los inmensos charcos, y me imagino las simientes llenándose de agua con gula.

Voici cette semaine un poème de J.L. Borges avec ce vers intraduisible et génial:
 Esta semana un poema de Borges y este verso tan conseguido:

 

" Y el curioso color del colorado."

 


Pluie, patio, père...

 

Lluvia, patio, padre...

 

"La pluie"

 

 
Brusquement le soir s'est éclairé

 

car déjà tombe la pluie fine.

 

Elle tombe ou tomba. La pluie est une chose

 

qui bien sûr survient dans le passé

 

 

 

Celui qui l'entend tomber a retrouvé

 

Le temps où le sort heureux

 

Lui révéla une fleur appelée rose

 

et la curieuse couleur qu'est le carmin.

 

 

 

Cette pluie qui aveugle les vitres

 

Réjouira dans des quartiers perdus

 

Les noirs raisins d'une treille en un certain

 

 

 

Patio qui n'existe plus. Le soir

 

Mouillé m'apporte la voix, la voix désirée

 

De mon père qui revient et qui n'est pas mort.

 

 

 

(trad: Colette)

 

 

 

"Comme beaucoup, je tiens qu'un poème est intraduisible, mais qu'il peut être recréé dans une autre langue (je sais bien qu'en bonne logique, il suffirait d'un seul vers bien traduit pour réfuter cette assertion). Tout dépend, bien sûr, de ce qu'on entend par "bien traduit". Pour moi, je suis nominaliste; je me méfie des affirmations abstraites, et je préfère m'en tenir aux cas particuliers."

 

Jorge Luis Borges

 

 

"La lluvia"

 

 

Bruscamente la tarde se ha aclarado

 

Porque ya cae la lluvia minuciosa.

 

Cae o cayó. La lluvia es una cosa

 

Que sin duda sucede en el pasado.

 

 

 

Quien la oye caer ha recobrado

 

El tiempo en que la suerte venturosa

 

Le revelo una flor llamada rosa

 

Y el curioso color del colorado.

 

 

 

Esta lluvia que ciega los cristales

 

Alegrara en perdidos arrabales

 

Las negras uvas de una parra en cierto

 

 

 

Patio que ya no existe. La mojada

 

Tarde me trae la voz, la voz deseada

 

De mi padre que vuelve y que no ha muerto
 

 

 

 

 

 

26/09/2015

Patio poétique / Patio poético

Un patio

J.L Borges (Buenos Aires 1899 - Genève 1986)

Avec le soir
les deux ou trois couleurs du patio se lassèrent.
Cette nuit, la lune, le cercle clair,
ne domine pas son espace.
Patio, ciel canalisé.
Le patio est la déclive
par laquelle le ciel se répand dans la maison.
Sereine,
l'éternité attend au croisement des étoiles.
Il est doux de vivre dans l'amitié sombre
d'un seuil, d'une vigne et d'un puits.
 
Trad:Colette


Patio Andaluz J.R de torres 1900
Patio andaluz Julio Romero de Torres 1900

 
 
 
Un patio J.L. Borges
 
Con la tarde
se cansaron los dos o tres colores del patio.
Esta noche, la luna, el claro círculo,
no domina su espacio.
Patio, cielo encauzado.
El patio es el declive
por el cual se derrama el cielo en la casa.
Serena,
la eternidad espera en la encrucijada de estrellas.
Grato es vivir en la amistad oscura
de un zaguán, de una parra y de un aljibe.
 
(Fervor de Buenos Aires 1923)
 
                                     

19/09/2015

Patios d'antan et d'aujourd'hui / Patios de antaño y de ahora

  

      Si j'écris Patio Espagnol, vous penserez probablement à l'Andalousie plus qu'à Majorque. Et pourtant... 

 

     Si escribo Patio Español, probablemente pensareis en Andalucía más que en Mallorca. Sin embargo...
 
Dans le vieux centre de Palma et de beaucoup de villages, on trouve des centaines de patios. Cette construction traditionnelle de la Méditerranée remonte aux grecs, puis aux romains (rappelez-vous le "domus"), aux arabes aussi bien sûr. Majorque, point crucial des routes maritimes, a été envahie par tous.

 

En el casco antiguo de Palma y de otros muchos pueblos, se encuentran centenas de patios. Esta construcción tradicional del Mediterráneo data de los griegos, después de los romanos (domus) y por supuesto de los árabes. Mallorca, punto crucial de las rutas marítimas, fue invadida por todos.

 

 

 

On parle des patios comme des constructions durables dans le sens actuel du mot: tout y est calculé pour dépenser le moins d'énergie possible.

 

Se puede hablar de estos patios como de construcciones sostenibles en el sentido actual del termino: todo esta calculado para gastar la menor energía posible.

 

 
Ces maisons seigneuriales, les plus anciennes datent de la fin du XIVº, ont une façade assez austère, une grande porte en bois. On passe sous un porche couvert pour se trouver en pleine lumière, dans une grande cour carrée à ciel ouvert. On y entrait les charrettes, les chevaux.
 
Esas casas señoriales, las más antiguas datan del siglo XIV, tienen una fachada austera con una gran puerta de madera por donde, atravesando un porche, se llegaba a un gran patio cuadrado; carretas y caballerizas incluidas.

 

 

 

La cour centrale est construite en pentes douces qui mènent l'eau au centre (cfr "impluvium") où elle est recueillie dans une citerne. Citerne où tombe également l'eau des différents toits. Voilà pour l'eau.

 

El patio estaba construido con ligeras inclinaciones que llevaban el agua de lluvia al centro del mismo donde era almacenada en un aljibe. Los tejados, naturalmente, daban al patio y añadían su agua. Eso en lo que concierne al agua.

 

La lumière est apportée à toutes les fenêtres qui donnent sur ce vaste patio bien sûr, et l'air de même: grâce aux volets majorquins et au patio l'air circule et rafraîchit l'ensemble.
 
Buena parte de las habitaciones dan al patio que aporta luz y aire: gracias a las persianas mallorquinas y al patio, el aire circula y refresca el conjunto.

 

  

On y pratiquait autrefois le commerce, à l'abri des regards; la vie se passait en grande partie dans le patio où il faisait bon se reposer au frais.

 

Allí se comerciaba al abrigo de miradas indiscretas, se hacia buena parte de la vida y se podía descansar al fresco.
 
Maintenant ce sont de superbes endroits garnis de belles plantes vertes, des lieux de paix où l'esprit se repaît de beauté, lumière et calme. Comme le définissent si joliment les chinois le patio est “ un cadeau du ciel”.
 
Ahora son soberbios espacios adornados con plantas, lugares de paz donde el espíritu se alimenta de belleza, luz y calma. Por eso decían los antiguos chinos que un patio es “un regalo del cielo”

 

 

 

Sources/ Fuentes:

 

 
 

 

06/09/2015

Ces choses quotidiennes / Esas cosas cotidianas

Chose; on apprend, puis on répète que c'est un mot à éviter, presqu'un gros mot quand on écrit. Voyons, chaque chose a un nom!
 
Et pourtant...pourtant. Jorge Luis Borges et Gloria Fuertes, deux “grands” l'ont employé pour écrire des poèmes, de beaux poèmes sur... “des choses”.

  

Cosas; aprendemos, luego repetimos que es una palabra que hay que evitar, casi una palabrota cuande se escribe. Venga, ¡cada cosa tiene un nombre!
Sin embargo...sin embargo. Jorge Luis Borges y Gloria Fuertes, dos “grandes” lo emplearon para escribir poemas, preciosos poemas sobre...”cosas”

 

 

 

 

 

 

Les Choses
 
Le bâton, les pièces de monnaie, le porte-clés,
la serrure docile, les lettres tardives
qui ne seront pas lues dans le peu de jours
qu'il me reste, les cartes de jeu et le damier,
 
un livre, et, entre ses pages, la violette
flétrie, monument d'un soir
sans doute inoubliable mais déjà oublié,
le rouge miroir occidental dans lequel brûle 
 
une illusoire aurore. Combien de choses,
planches, seuils, atlas, tasses, épingles,
nous servent d'esclaves tacites,
 
aveugles et étrangement discrets !
Elles dureront au delà de notre oubli;
elles ne sauront jamais que nous sommes partis. 

 


Jorge Luis Borges (1899-1986)  

Traduit de l'espagnol par E. Dupas, retravaillé à sa manière par Colette.

 

Borges

 

 
Las cosas

El bastón, las monedas, el llavero,
la dócil cerradura, las tardías
notas que no leerán los pocos días
que me quedan, los naipes y el tablero,

un libro y en sus páginas la ajada
violeta, monumento de una tarde
sin duda inolvidable y ya olvidada,
el rojo espejo occidental en que arde

una ilusoria aurora. ¡Cuántas cosas,
láminas, umbrales, atlas, copas, clavos,
nos sirven como tácitos esclavos,

ciegas y extrañamente sigilosas!
Durarán más allá de nuestro olvido;
no sabrán nunca que nos hemos ido.

 

 
 
Picasso "Femme accoudée"
 

 

Les choses    Gloria Fuertes

Les choses, nos choses,
elles aiment qu'on les aime;
ma table aime que j'y appuie mes coudes,
la chaise aime que je m’asseye sur la chaise,
la porte aime que je l'ouvre et la ferme
comme le vin aime que je l'achète et le boive,
mon crayon se libère si je le prends et écris,
mon armoire frissonne quand je l'ouvre et regarde,
les draps sont draps quand je me couche sur eux
et le lit se plaint quand je me lève.
Qu'adviendra-t-il des choses quand l'homme disparaîtra?
Tout comme les chiens, les choses n’existent pas sans le maître.

 

Trad: Colette

 

 

Biblioteca La Granja Foto Colo

 

 

Las cosas Gloria Fuertes

 

Las cosas, nuestras cosas,
les gustan que las quieran;
a mi mesa le gusta que yo apoye los codos,
a la silla le gusta que me siente en la silla,
a la puerta le gusta que la abra y la cierre
como al vino le gusta que lo compre y lo beba,
mi lápiz se deshace si lo cojo y escribo,
mi armario se estremece si lo abro y me asomo,
las sábanas son sábanas cuando me echo sobre ellas
y la cama se queja cuando yo me levanto.
¿Qué será de las cosas cuando el hombre se acabe?
Como perros las cosas no existen sin el amo.

 

09/08/2015

Siesta

Borges, le grand; des tas de spécialistes ont traduit ses poèmes et je n'aurais jamais osé me lancer si je n'avais lu celui-ci qui est assez abordable et si imagé.

La traduction du vers marqué par une étoile ne me satisfait pas vraiment mais je n'arrive pas à faire mieux en respectant le poème de JL Borges.

Borges, el grande; un montón de especialistas han traducido sus poemas y nunca me hubiera atrevido al no haber leído este, bastante ameno y tan lleno de imágenes.

 

 

Jorge Luis Borges

SIESTA     SIESTE

Des foules de soleil
    bloquent la maison
et le temps intimidé stagne
derrière les volets
    verts comme des cannaies
Laissant tout de côté
    retrouvons notre corps
  pareil à une vaine annotation  *
jusqu’à ce que les cloches débordantes
        versent le soir
et s'agenouille le ciel humilié
et nous nous vêtons de paysages prévus
 
 (trad. timide, Colette)
 
Fenêtre au caractère ombrageux (Ph. JEA/DR). Du blog Mosaïques 2
 
Muchedumbres de sol
    bloquean la casa
y el tiempo acobardado se remansa
detrás de las persianas
    verdes como cañaverales
Margenándolo todo
      hallamos nuestro cuerpo
   como una misma acotación inútil
hasta que las campanas rebosantes
            vierten la tarde
y se arrodilla el humillado cielo
y nos vestimos de previstos paisajes

02/08/2015

Bribes estivales / Fragmentos veraniegos

 

Foto Colette / Golondrinas - Hirondelles  Mallorca 2015

 

Balade quotidienne à 7h du matin, avant que le soleil ne rende le plaisir vivre par trop chaleureux.
Paseo cotidiano a las 7h de la mañana, antes que el sol convierta el placer de vivir demasiado caluroso.
 
Trois femmes et un chien noir, groupe d'âges disparates. Nous rencontrons pas mal de gens qui profitent de la relative fraîcheur du matin. Marche lente dans la campagne, rien ou presque ne nous échappe. V, la plus âgée, s'arrête souvent pour parler des choses de la terre, de la vie dans le village de sa jeunesse. Son père était berger de moutons, elle raconte si bien la vie d'alors.
 
Tres mujeres y un perro negro, grupo de edades variadas. Nos encontramos con bastante gente que aprovecha el relativo frescor de la mañana. Paseo lento por el campo, nada o casi nada se nos escapa. V, la mayor, se para a menudo para hablar de cosas de la tierra, de la vida en el pueblo de su juventud. Su padre era pastor de ovejas, cuenta tan bien la vida entonces.

 

De nombreux lapins cette année, des hirondelles à foison, et l'autre jour ces cochons qui ont à peine daigné ouvrir un oeil à notre passage.
Hay numerosos conejos este año, golondrinas en abundancia y, el otro día, esos cerdos que apenas se dignaron a abrir un ojo a nuestro paso.
 

 

Sommeil de porcs / Sueño de cerdos Mallorca 2015 Foto Colette



Cette semaine, à l'ombre, j'ai lu ce poème qui résume si bien nos petites peurs et nos grands courages.
Esta semana, a la sombra, leí este poema que resume tan bien nuestros pequeños miedos y nuestras grandes valentías.

 

Valiente / Courageux

 

GRACIA IGLESIAS LODARES (Madrid 1977)

 

 

Le daban miedo las pisadas
 
las puertas entreabiertas
 
las cortinas
 
los pies de las esfinges
 
la lengua de los gatos.

 

 Il avait peur des pas
 
des portes entrouvertes
 
des rideaux
 
des pieds des sphinx
 
de la langue des chats

 

Le asustaban la risa de los viejos
 
y las fotos de niños con corbata
 
los osos de peluche
 
las gaviotas de cine
 
de los años sesenta.
 
 
Il était effrayé par les rires des vieux
 
et par les photos d'enfants en cravate
 
par les ours en peluche
 
par les mouettes au cinéma
 
des années soixante

 

Temía sobre todo
 
ver llorar a su padre
 
recorrer un pasillo
 
cortarse con papel
 
y morir cada noche.

  

Il craignait surtout de
 
voir pleurer son père
 
de parcourir un couloir
 
de se couper avec du papier
 
et de mourir chaque nuit

 

Pero era tan valiente
 
que miraba a los ojos
 
y derramaba el alma
 
y decía te amo
 
y era cierto.

 

 

Mais il était si courageux
 
qu'il regardait dans les yeux
 
et qu'il épanchait son âme

et disait je t'aime

et c'était vrai.
 

 

Trad: Colette

 

Source / Fuente: http://trianarts.com/gracia-iglesias-valiente/

25/07/2015

Champagner sa vie / Burbujear su vida

Dans ce paquet-poèmesil y avait également un livret-recueil de mini textes,

 superbes.
 
Intitulé Miniatures Sidérales et écrits par Mona Latif-Ghattas
 

 

En voici un aperçu...

 

En ese paquete-poemas también había un librito de mini textos, preciosos.

 

Titulado Miniatures Sidérales y escritos por Mona Latif-Ghattas

 

Os traduje unos pocos....
 

 

  Trois gouttes de sueur

Diamants de ses douleurs
 
celées


  Tres gotas de sudor

Diamantes de sus dolores

    ocultados

 



Dans le pli tendre de ses yeux
 
  Tout l'amour perdu de sa vie


En el tierno pliegue de sus ojos

   Todo el amor perdido de su vida


rosée-rocío

 


Elle lui transmet cet art de vivre

    qui champagne sa vie

         De rosée

 


Ella le transmite ese arte de vivir

    que burbujea su vida

         De rocío


Photo Fifi, grand merci!   http://aufilafil.blogspot.fr/2014/01/tchin-tchin.html

 

 

   

                           Par sa lumière sidérale

                      Elle soulève les mots qui escarpent les jours

                                Elle gravit l'injustice

 



                                  Con su luz sideral

                          Ella subleva las palabras que dificultan los días

                                    Escala la injusticia

 

 

 

Trad: Colette

 

Source: Poèmes et tableaux
En coll. avec
Teymour Toutounji
Éditions du Noroît
Avril 2010

 

 

 

 

18/07/2015

Le vent qui court / El viento que corre

Un colis bien fermé et rempli de poèmes, trois recueils de poésie; c'est ce que le facteur m'a apporté en début de semaine. Rien ne pouvait me faire plus plaisir L., un tout grand merci.

 

Un paquete bien cerrado y lleno de poemas, tres libros de poesía; eso es lo que el cartero me ha traído al principio de la semana. Nada podía alegrarme más. L., muchísimas gracias.
 
KOMBOLOÏ est le titre de l'un d'eux.
 
Komboloï? Chez les Grecs, ce sont de petits chapelets que l'on égrène, non par nécessité religieuse, mais plutôt comme “passe-nerfs”, comme pour regagner une sérénité, un équilibre, un ordre sur le point de basculer. (…) Lambersy réunit ici les rites et rythmes de ses trois origines: La Grèce, l'Inde et la langue française” peut-on lire en quatrième de couverture.

 L'auteur, Werner Lambersy, est né en 1942 à Anvers et vit à Paris. 

 
KOMBOLOÏ es el titulo de uno de ellos.
 
En la contraportada se puede leer: “¿Komboloï? En Grecia son esos pequeños rosarios que desgranan, no por necesidad religiosa, sino como un “calma nervios” como para recobrar una serenidad, un equilibrio, un orden a punto de bascular. (…) Lambersy reúne aquí los ritos y los ritmos de sus tres orígenes: Grecia, India y la lengua francesa”
 
El autor, Werner Lambersy nació en Amberes en 1942 y vive en Paris.

 

Ce recueil est donc une suite de poèmes à lire et méditer comme les grains d'un chapelet.

 Asi pues este libro es una sucesión de poemas para leer y meditar como las cuentas de un rosario.

 

 

 

Vieux mur
 
il ne parle plus qu'à la terre
 
et tout bas

 

 
Pared vieja
 
Tan solo hablas a la tierra
 
y en voz baja

 

 

 

C'est un arbre à miroirs

 

pour faire chanter
 
l'oiseau qui viendrait seul
 

  

Es un árbol de espejos
 
para hacer cantar

 

al pájaro si viniera solo
 

 

La pluie est nue

  

elle aime
s'offrir aux passants

 

La lluvia esta desnuda
 
le gusta
 
ofrecerse a los viandantes
 

 

La seconde partie s'intitule Chànd-Màlà (En Inde« fleurs découpées dans la moelle du roseau, et servant d'offrande”)

 

Oui des dieux marchent
 
à nos côtés

 

qui ne connaissent
 
que les déserts
 
de l'âme

 

des dieux qui se disent
 
entre eux
 
ce que nous sommes
 
et nos peu de pouvoirs

 

mais ils ne savent rien
 
de notre ivresse
 
de chanter

 

de cette foi
 
qui ne demande aux mots
 
qu'un temple vide
 
et qui résonne bien

 

 

 

Kamulkia, templo budista

 

 

 

 

 

 

 

Sí dioses caminan

 

a nuestro lado
 

 

que tan solo conocen

 

los desiertos

 

del alma

 

 

 

dioses que se cuentan

 

entre ellos

 

lo que somos

 

y nuestros escasos poderes

 

 
pero nada saben

 

de nuestra embriaguez

 

al cantar

 

 

 

de esa fe

 

que solo pide a las palabras

 

 

 

un templo vacío

 

con buena resonancia

 

 

 

Le vent
 
qui court
 
 
n'arrive pas
 
 
 
on l'a vu trébucher
 
sur un brin d'herbe

  

sur un caillou
 
sur pas grand chose

 

le vent qui pousse
 
 aux portes
 
 
jamais
 
n'entre tout à fait

 

 

 

El viento
 
que corre

 

no llega

 

se le ha visto tropezar
 
con una brizna de hierba
 

 

con un canto
 
con poca cosa

 

 
el viento que empuja
 
las puertas

 

nunca
 
del todo entra

 

 

 

 

Traductions: M.A.H y Colette

 

 

 

Titre: Komboloï suivi de Chànd-Màlà, edition Le Dé Bleu (1985)

 

Extraits P 28, 32, 38, 90, 94.

 

 

 

Ce petit recueil est une merveille, je vous le recommande vivement.

 

 

 

04/07/2015

Cimenter les rêves / Cimentar los sueños

Paresse et chaleur, ou / et vice versa...je n'ai pas écrit, comme annoncé, de détails sur la vie et la personnalité de Gioconda Belli. Mais je vous ai traduit ce court texte.

 

 

Tendresse des peuples  Gioconda Belli

 

 Je te disais que la solidarité

 est la tendresse des peuples.

 Je te le disais après le triomphe,

 après avoir passé les temps durs des batailles
 
et des pleurs;
 
maintenant tandis que je repense aux choses qui se sont passées là-bas
 
quand tout n'était que rêve et rêve, éveillés et endormis,
 
sans jamais nous lasser de cimenter le rêve
 
jusqu'à ce qu'il cesse d'en être un et que nous avons vu les
 
drapeaux rougenoirs
 
- en vrai - flottant sur les maisons, les cabanes, les chaumières,
 
les arbres du chemin et nous avons pensé à tout ce que nous 

 avons dû vivre

 et c'était comme un grand casse-tête de rages et de feu

et sang et espoirs...


(Trad: Colette)

 

 

Consuelo (détail) Antonio Soler

 

 

 

Consuelo (réconfort) Antonio Soler (link)

 

 

 

 

 

Ternura de los pueblos   Gioconda Belli

 

 Yo te decía que la solidaridad 

 es la ternura de los pueblos.

 Te lo decía después del triunfo,

 después de que pasamos los tiempos duros de batallas

 y llantos;

 ahora mientras recuerdo cosas que pasaron allá afuera,

 cuando todo era soñar y soñar, despiertos y dormidos, 

 sin cansarnos nunca de ponerle argamasa al sueño

 hasta que dejó de serlo, hasta que vimos las banderas rojinegras

   de verdad— ondeando sobre las casas, las casitas, las chozas,

 los árboles del camino y pensamos en todo lo que nos tocó vivir

 y era como un gran rompecabezas de rabias y fuego

 y sangre y esperanza.. .

 

27/06/2015

Érotisme poétique / Erotismo poético

Le sexe et la Révolution, l'érotisme et la lutte, c'est ce que nous propose la poétesse
 
Gioconda Belli née en 1948 au Nicaragua. Je vous parlerai d'elle la semaine prochaine, en
 
attendant commençons l'été avec ces plaisirs charnels.
 
El sexo y la Revolución, el erotismo y la lucha, es lo que nos propone la poetisa
 
Gioconda Belli nacida en Nicaragua en 1948. Os hablaré de ella la próxima
 
semana, mientras...
 
Empecemos el verano con placeres carnales.

 

 

 

Gioconda Belli

 

Pequeñas Lecciones de Erotismo

Petites leçons d'érotisme
 

Rodin


I


Recorrer un cuerpo en su extensión de vela


Es dar la vuelta al mundo


Atravesar sin brújula la rosa de los vientos


Islas golfos penínsulas diques de aguas embravecidas


No es tarea fácil - si placentera -


No creas hacerlo en un día o noche de sábanas explayadas


Hay secretos en los poros para llenar muchas lunas 

 

Parcourir un corps à la voile déployée

C'est faire le tour du monde

 Traverser sans boussole la rose des vents

 Îles golfes péninsules digues d'eaux furieuses

 Ce n'est pas tâche aisée - si plaisante soit-elle -

 Ne crois pas pouvoir le faire en un jour ou une nuit de draps étalés 

 Il y a assez de secrets dans les pores pour emplir bien des lunes


II, III

IV

Instálate en el humus sin miedo al desgaste sin prisa


No quieras alcanzar la cima


Retrasa la puerta del paraíso


Acuna tu ángel caído revuélvele la espesa cabellera con la


Espada de fuego usurpada


Muerde la manzana

 

Installe-toi dans l'humus sans crainte de l'usure, sans hâte

N'essaye pas d'atteindre la cime

 Retarde la porte du paradis

 Berce ton ange déchu bouleverse l'épaisse chevelure avec

 L'épée de feu usurpée

 Mords la pomme

 

 

 

Temple Konarka, Inde

 

 

 

V, VI

VII

Traspasa la tierra del fuego la buena esperanza


navega loco en la juntura de los océanos


Cruza las algas ármate de corales ulula gime


Emerge con la rama de olivo llora socavando ternuras ocultas


Desnuda miradas de asombro


Despeña el sextante desde lo alto de la pestaña


Arquea las cejas abre ventanas de la nariz 



 
Traverse la Terre de Feu le Cap de  Bonne Espérance

navigue fou à la jonction des océans

Croise le fer avec les algues arme-toi de coraux hulule gémis
 
Émerge avec le rameau d'olivier pleure et sape les tendresses occultes
  
Dénude les regards de surprise  
 
Jette le sextant depuis le haut du cil
 
 Arque les sourcils ouvre les fenêtres du nez

 


VIII

Aspira suspira


Muérete un poco


Dulce lentamente muérete


Agoniza contra la pupila extiende el goce


Dobla el mástil hincha las velas


Navega dobla hacia Venus


estrella de la mañana


- el mar como un vasto cristal azogado -


duérmete náufrago. 

 

 

Aspire soupire 
 
Meurs un peu


Doucement meurs

Agonise contre la pupille étends la jouissance

Double le mât gonfle les voiles

Navigue et cingle devers Vénus

étoile du matin

 -la mer comme un vaste cristal étamé-

 endors-toi naufragé. 

 
 


Traduction Colette inspirée par celle de E. Dupas. Vous trouverez les autres strophes, qui me plaisaient moins ici:

Encontraréis las otras estrofas que me gustaban un poco menos aquí.

07/06/2015

Qui le fera? ¿Quién lo hará?

 

Les fabulistes, on le sait, étaient des“copieurs”, ou du moins, pour être plus
délicate, s'inspiraient largement de leurs prédécesseurs.
Ainsi Felix María de Samaniego s'est-il imprégné de Jean de La Fontaine,
qui lui a “bien lu” Esope et Abstémius,( humaniste italien du XVe siècle
qui a publié une centaine de fables latines dans un recueil appelé
l’«Hecatomythion ») entre autres.
Voici donc une fable qui s'appelle “Conseil tenu par les rats” chez
La Fontaine et”Congrès des souris” chez Samaniego.
Los fabulistas, bien se sabe, eran unos “copiones”, o por lo menos,
para ser más delicada, encontraban mucho inspiración en sus
predecesores.
Así Felix María de Samaniego se impregnó de jean de la Fontaine
quien a su vez leyó atentamente a Esopo y Abstemius (humanista
italiano del XVº que publicó une centena de fábulas latinas en una
recopilación llamada “ Hecatomythion”
Aquí va una fábula que en francés de La Fontaine se llama
“Concejo tenido por las ratas”, y en español, con Samaniego
“Congreso de ratones”

Congrès des souris / Samaniego

 

  Depuis le grand Zapirón, le blanc et blond,

Qui après les eaux du déluge
Fut père universel de tout chat,
Ce fut Miauchat
Qui de façon la plus sanglante
Poursuivit la malheureuse gente souris. Ce qui est sûr c'est que, obligés par la persécution, les malheureux à Souripolis tinrent leur congrès. L'éloquent Rongefromage proposa Qu'on lui mette un grelot, et grâce au bruit de ce dernier ils échapperaient à la mort. Le projet ils approuvèrent un à un, ¿Qui devra l'exécuter? Ça, personne. J'ai la vue courte. Moi, je suis très vieux. Moi j'ai la goutte”, disaient-ils. Le conseil Se termina comme beaucoup de par le monde. On propose un projet à brûle-pourpoint: On l'approuve: on en fait un deuxième. Quel prodige! Mais, l'exécution? Voilà le conte. (Traduction: Colette)

 

 

Congrès des souris / Granville


Congreso de los ratones / Samaniego
Desde el gran Zapirón, el blanco y rubio, Que después de las aguas del diluvio Fue padre universal de todo gato, Ha sido Miauragato Quien más sangrientamente Persiguió a la infeliz ratona gente. Lo cierto es que, obligada De su persecución la desdichada, En Ratópolis tuvo su congreso. Propuso el elocuente Roequeso Echarle un cascabel, y de esa suerte Al ruido escaparían de la muerte. El proyecto aprobaron uno a uno, ¿Quién lo ha de ejecutar? eso ninguno. «Yo soy corto de vista. Yo muy viejo. Yo gotoso», decían. El concejo Se acabó como muchos en el mundo. Proponen un proyecto sin segundo: Lo aprueban: hacen otro. ¡Qué portento! Pero ¿la ejecución? Ahí está el cuento.

 

 

Voici, pour vous rafraîchir la mémoire, la fable de La Fontaine.
 

 

 

 

 

Conseil tenu par les rats / La Fontaine

 

Un chat, nommé Rodilardus,
Faisait de rats telle déconfiture
Que l'on n'en voyait presque plus,
Tant il en avait mis dedans la sépulture.
Le peu qu'il en restait, n'osant quitter son trou
Ne trouvait à manger que le quart de son soû,
Et Rodilard passait, chez la gent misérable,
Non pour un chat, mais pour un diable.
Or, un jour qu'au haut et au loin
Le galand alla chercher femme,
Pendant tout le sabbat qu'il fit avec sa dame,
Le demeurant des rats tint chapitre en un coin
Sur la nécessité présente.
Dès l'abord, leur doyen, personne fort prudente,
Opina qu'il fallait, et plus tôt que plus tard,
Attacher un grelot au cou de Rodilard ;
Qu'ainsi, quand il irait en guerre,
De sa marche avertis, ils s'enfuiraient sous terre ;
Qu'il n'y savait que ce moyen.
Chacun fut de l'avis de Monsieur le Doyen :
Chose ne leur parut à tous plus salutaire.
La difficulté fut d'attacher le grelot.
L'un dit : « Je n'y vas point, je ne suis pas si sot, »
L'autre : « Je ne saurais. » Si bien que sans rien faire
On se quitta. J'ai maints chapitres vus,
Qui pour néant se sont ainsi tenus ;
Chapitres, non de rats, mais chapitres de moines,

Voire chapitres de chanoines.

 

 

 

Un gato, llamado Rodilardo,
causaba entre las ratas tal estrago
y las diezmaba de tal manera
que no osaban moverse de su cueva. 
Así, con tal penuria iban viviendo
que a nuestro gato, el gran Rodilardo,
no por tal lo tenían, sino por diablo.
Sucedió que un buen día en que Rodilardo
por los tejados buscaba esposa,
y mientras se entretenía con tales cosas,
reuniéronse las ratas, deliberando
qué remedio tendrían sus descalabros.
Habló así la más vieja e inteligente:
-Nuestra desgracia tiene un remedio:
¡atémosle al gato un cascabel al cuello!
Podremos prevenirnos cuando se acerque,
poniéndonos a salvo antes que llegue. 
Cada cual aplaudió entusiasmada;
esa era la solución ¡estaba clara!
Mas poco a poco reaccionaron las ratas,
pues ¿cuál iba a ser tan timorata?
¡Quién iba a atarle el cascabel al gato! 
Así he visto suceder más de una vez
-y no hablo ya de ratas, sino de humanos-:
¿a quién no lo han golpeado los desengaños?

Tras deliberaciones, bellas palabras,
grandes ideas... y, en limpio, nada.

 

 

23/05/2015

D'amour et de pluie / De amor y lluvia

 










Pluie  Juan Gelman
 
aujourd'hui il pleut beaucoup, beaucoup,
on pourrait croire qu'on veut laver le monde.
mon voisin d'à côté regarde la pluie
et pense écrire une lettre d'amour/
une lettre à la femme qui partage sa vie
qui prépare ses repas lave son linge fait l'amour avec lui
et ressemble à son ombre/
mon voisin jamais ne dit de mots d'amour à sa femme/
il entre à la maison par la fenêtre et non par la porte/
par une porte on entre en beaucoup d'endroits/
au travail, à la caserne, à la prison, en tous les bâtiments du monde/
mais non au monde/
ni dans une femme/ni dans l'âme/
c'est-à-dire/en ce tiroir ou ce navire ou cette pluie que nous appelons ainsi/
comme aujourd'hui/qu'il pleut beaucoup/
et que cela pèse d'écrire le mot amour/
parce que l'amour est une chose et le mot amour autre chose/
et que seule l'âme sait où les deux se rencontrent/
et quand/et comment/ mais que sait-on de l'âme/
c'est pourquoi mon voisin ressent des perturbations dans sa bouche des mots qui font naufrage/
des mots qui ne savent pas qu'il pourrait faire soleil
parce qu'ils naissent et meurent la nuit même de l'amour/
et qui laissent dans la pensée des lettres qui ne seront jamais écrites/
comme le silence qu'il y a entre deux roses/
ou comme moi/qui écris des mots
dédiés à mon voisin qui regarde la pluie/
à la pluie/
à mon coeur exilé/ 

Ce poème figure dans le livre "Isso" publié par l'Université de Brasilia en 2004
http://jean.dif.free.fr/Textes/Nl20051.html



Lluvia Juan Gelman
 
hoy llueve mucho, mucho,
y pareciera que están lavando el mundo
mi vecino de al lado mira la lluvia
y piensa escribir una carta de amor/
una carta a la mujer que vive con él
y le cocina y le lava la ropa y hace el amor con él
y se parece a su sombra/
mi vecino nunca le dice palabras de amor a la
mujer/
entra a la casa por la ventana y no por la puerta/
por una puerta se entra a muchos sitios/
al trabajo, al cuartel, a la cárcel,
a todos los edificios del mundo/ pero no al mundo/
ni a una mujer/ni al alma/
es decir/a ese cajón o nave o lluvia que llamamos así/
como hoy/que llueve mucho/
y me cuesta escribir la palabra amor/
porque el amor es una cosa y la palabra amor es otra cosa/
y sólo el alma sabe dónde las dos se encuentran/
y cuándo/y cómo/
pero el alma qué puede explicar/
por eso mi vecino tiene tormentas en la boca/
palabras que naufragan/
palabras que no saben que hay sol porque nacen y
mueren la misma noche en que amó/
y dejan cartas en el pensamiento que él nunca
escribirá/
como el silencio que hay entre dos rosas/
o como yo/que escribo palabras para volver
a mi vecino que mira la lluvia/
a la lluvia/
a mi corazón desterrado/

 

17/05/2015

Juan Gelman, l'exil et le souvenir / Juan Gelman, el exilio y la memoria

Pour que ce grand poète qu'est Juan Gelman nous soit un peu mieux révélé dans toute sa nature : celle d'un homme qui, face aux atrocités et aux désespoirs de la vie a su résister non par la haine, la rancœur ou la soif de vengeance, mais par l'amour, la beauté, l'enfance. Et par la poésie qui les réunit tous. Une poésie qui, dans le bouleversement et l'intensité qui sont les siens, est un acte de vie interminablement jeté à la face de la mort”. Jacques Ancet, son traducteur.

Para que ese gran poeta Juan Gelman nos sea mejor revelado en su naturaleza: la de un hombre que, frente a las atrocidades y a las desesperanzas de la vida consiguió resistir, no por el odio, el rencor o la sed de venganza, sino por el amor, la belleza, la infancia. Y por la poesía que todos los reúne. Una poesía que, en la conmoción y la intensidad que le son propios, es un acto de vida interminablemente arrojado frente a la muerte.” J. Ancet. (trad: Colette)

 

Juan Gelman, Buenos Aires 1930 – Mexico 2014

 

 
Juan Gelman y su caricatura

 

 
Il se trouvait à Rome pour dénoncer les violations des droits de l'homme en Argentine sous Eva Perrón quand, le 24 mai 1976 il y eut un coup d'État qui imposa un “terrorisme d'État”, et on lui interdit de revenir dans son pays. Il passa sa vie dans diverses parties du monde. Exil.

 

Se encontraba en Roma para denunciar las violaciones de los derechos del hombre en Argentina bajo Eva Perrón cuando, el 24 de mayo 1976 hubo un golpe de Estado que impuso un “terrorismo de Estado”, y se le prohibió volver a su país. Pasó su vida en varias partes del mundo. Exilio.
 

 

 des devoirs de l'exil :
ne pas oublier l'exil /
combattre la langue qui combat l'exil !
pas oublier l'exil / autrement dit la terre /
ou la patrie ou bon lait ou mouchoir
où nous vibrions / nous vivions enfants /
pas oublier les raisons de l'exil /
dictature militaire / ou erreurs
commises par nous pour toi / contre toi /
terre dont nous sommes et qui nous étais
là à nos pieds / comme une aube étendue /
et toi / toi tout petit cœur qui regarde
n'importe quel matin comme un oubli /
non n'oublie pas d'oublier l'oubli

Sous la pluie étrangère, Trad: J. Ancet

 

 
de los deberes del exilio:
no olvidar el exilio/
combatir a la lengua que combate al exilio
no olvidar el exilio/o sea la tierra/
o sea la patria o lechita o pañuelo
donde vibrábamos/donde niñábamos/
no olvidar las razones del exilio/
la dictadura militar/los errores
que cometimos por vos/contra vos/
tierra de la que somos y nos eras
a nuestros pies/como alba tendida/
y vos/corazoncito que mirás
cualquier mañana como olvido/
no te olvides de olvidar el olvido

 

 

Son fils et sa belle-fille, enceinte, furent faits prisonniers. Lui fut tué et elle aussi après avoir accouché en prison de sa petite fille, Macarena, que J. Gelman retrouvera bien plus tard, en l'an 2000; ce fut une fête dans toute l'Argentine. Elle avait été donnée à un couple stérile...Juan Gelman n'avait jamais abandonné ses recherches.

Su hijo y su nuera, embarazada, fueron apresados. A él le mataron y a ella también pero después de haber dado a luz de una niña, Macarena, que encontró finalmente en el año 2000. Fue una fiesta en toda la Argentina. Había sido dada a una pareja estéril...Gelman nunca había dejado de buscarla.

 

 

Rincón de la memoria Margarita Garcés http://www.portaldearte.cl/agenda/pintura/2004/rincon_memoria.htm  

 

 

Une femme et un homme emportés par la vie…
Une femme et un homme emportés par la vie,
une femme et un homme face à face
habitent dans la nuit, débordés par leurs mains,
ils s’entendent monter libres dans l’ombre,
leurs têtes reposent sur une belle enfance
qu’ils ont créée ensemble, pleine de soleil, de lumière,
une femme et un homme attachés par leurs lèvres
remplissent la nuit lente avec toute leur mémoire,
une femme et un homme plus beaux en l’autre
occupent leur place sur la terre.

(Trad: J. Ancet)

UNA MUJER Y UN HOMBRE

Una mujer y un hombre llevados por la vida,
una mujer y un hombre cara a cara
habitan en la noche, desbordan por sus manos,
se oyen subir libres en la sombra,
sus cabezas descansan en una bella infancia
que ellos crearon juntos, plena de sol, de luz,
una mujer y un hombre atados por sus labios
llenan la noche lenta con toda su memoria,
una mujer y un hombre más bellos en el otro
ocupan su lugar en la tierra.

 

Ce dernier poème pour aujourd'hui s'adresse, j'imagine, à sa petite-fille.
Este último poema para hoy se dirige, me imagino, a su nieta.

 

 

J, Gelman y Macarena, su nieta

J’écris dans l’oubli…
J’écris dans l’oubli
dans chaque feu de la nuit
chaque visage de toi.
Il y a une pierre alors
je t’y couche en moi,
personne ne la connaît,
j’ai fondé des villages dans ta douceur,
j’ai souffert de tout cela,
tu es hors de moi

 étrangère tu m’appartiens.

Escribo en el olvido...

 

Escribo en el olvido
en cada fuego de la noche
cada rostro de ti.
Hay una piedra entonces
donde te acuesto mía,
ninguno la conoce,
he fundado pueblos en tu dulzura,
he sufrido esas cosas,
eres fuera de mí,
me perteneces extranjera.

 

 

Liens en français où vous trouverez des détails de sa vie, de sa poésie, d'excellents articles:
http://www.oeuvresouvertes.net/spip.php?article2204
http://pierresel.typepad.fr/la-pierre-et-le-sel/2014/01/juan-gelman-une-parole-pour-lindicible.html
http://america-latina.blog.lemonde.fr/2014/01/20/largentin-juan-gelman-poete-des-disparus/

25/04/2015

L'enfance d'Edmée

Extraits de “Une enfance vierviétoise” (clic) Edmée de Xhavée

 

Extractos de una novela de Edmée de Xhavée (no traducida al español), escritora belga, donde habla de su infancia en la ciudad belga de Verviers.

 

 

 

 

 

C'est le chapitre “La magie du cinéma” que j'ai choisi, peut-être parce que chez moi cet art visuel était exclu (ni cinéma, ni TV), mais surtout pour les nombreux sourires que cette écriture si vivante a provoqués.
 

  "Le mercredi après-midi, ma mère nous emmenait au cinéma.
C'était le summum dans l'échelle des plaisirs du côté de sa famille.
(…) ..elle avait sa collection d'autographes et parfois nous pouvions la regarder ensemble, religieusement. J'aimais particulièrement les photos de Jean Marais, oh combien enjolivées d'une longue et élégante dédicace personnelle où il l'appelait par son prénom et lui demandait des nouvelles de son chien! De là à le considérer comme un oncle lointain, il n'y avait qu'un pas!

 

(…)

 

  El miércoles por la tarde, mi madre nos llevaba al cine.
Era el súmmum en la escala de los placeres en su familia. (…) ...ella tenía una serie de autógrafos y a veces podíamos mirarla juntos, religiosamente. Me gustaban en particular las fotos de Jean Marais, tan embellecidas por una larga y elegante dedicatoria personal donde le llamaba por su nombre y le preguntaba por su perro! De ahí a considerarle como un tío lejano, sólo había un paso!

  Ma mère était disciplinée et implacable pour certaines choses, comme l'heure des repas, le fait qu'on n'ouvrait pas la porte ni ne répondait au téléphone pendant cette heure inviolable, etc...Mais elle s'abandonnait volontiers à une tranquille anarchie pour d'autres aspects de la vie. C'est ainsi que le départ pour le cinéma était un moment flottant dans le temps. L'horaire exact de ce départ était...quand elle était prête. (…)

  Mi madre era disciplinada e implacable para ciertas cosas, como la hora de las comidas, la interdicción de abrir la puerta o contestar al teléfono durante esa hora inviolable, etc...Pero se abandonaba fácilmente a una anarquía tranquila en otros aspectos de su vida. Así la hora de salida para ir al cine era un momento flotante en el tiempo. El horario exacto de esa salida era...cuando ella estaba lista. (…)

 

 
Verviers, rue du Collège


(Note de Colette / Nota: “L' anarchie horaire” de sa mère faisait qu'ils arrivaient souvent au milieu, ou aux trois quarts du film. Ils regardaient donc les annonces, les nouvelles, bref y restaient jusqu'à ce qu'ils aient vu le film en entier, avec des pauses, des entractes / La “anarquía horaria” de su madre tenía como consecuencia que a menudo llegaban en medio, o a tres cuartos de la película: Miraban pues los anuncios, las noticias, y se quedaban hasta haber visto las peli entera, con pausas, entreactos)

 

  Enfin le grand film commençait. Jamais nous n'avons été déçus. Ma mère, qui avait aimé le cinéma bien avant nous, nous avait exercé l’œil aux trucages. Nous étions fiers de reconnaître les découpages, décors, mannequins, faux indiens (“Des Américains avec des fausses dents”, expliquait-elle). Nous savions que Tarzan ne se battait pas avec un vrai lion, mais plutôt avec “une peau de lion descente de lit”. Que Samson retenait un mur de carton-pâte. Que Doris Day faisait semblant de conduire – et c'était tant mieux car elle n'arrêtait pas de parler et ne regardait pas la route bien qu'elle tourne son volant de gauche à droite avec un rythme de métronome. (…)

 

 

  Al fin la gran película empezaba. Nunca estuvimos decepcionados. Mi madre, a la que le había gustado el cine mucho antes que a nosotros, nos había acostumbrado a ver los trucajes. Estábamos orgullosos de reconocer el guión técnico, el decorado, los maniquíes, los falsos indios (“Unos Americanos con dientes postizos” explicaba ella). Sabíamos que Tarzán no luchaba en duelo con un león de verdad, sino con “una piel de león alfombra”. Que Sansón aguantaba una pared de cartón piedra. Que Doris Day mimaba conducir – y era mejor así ya que no paraba de hablar y no miraba la carretera aunque daba volantazos a diestra y siniestra con el ritmo de un metrónomo. (...)

 

 

 

 

 

 

  La fin du grand film nous amenait ainsi à un nouvel entracte, plus court – occasion d'analyser le film et de comparer nos subtilités quant à la meilleure interprétation – et le début de complément de choix, avec le mourant de la fin en pleine santé. Le coupable encore nimbé d'innocence, la future jeune épousée en train de jouer à la marelle. Qu'importait. Nous étions contents de savoir, déjà, à quoi nous en tenir à leur sujet! Et nous espérions que ma mère ne se souviendrait plus exactement du moment auquel nous étions entrés. Mais c'était peine perdue et sa rigueur incorruptible nous rappelait à la réalité: elle remettait ses lunettes dans leur étui qui faisait un petit clac oh combien fatal, chuchotait: “C'est ici qu'on était”, et nous nous en allions.

 

  El final de la gran película nos llevaba a un nuevo entreacto, más corto – ocasión de analizar la película y de comparar nuestras sutilezas en cuanto a la mejor interpretación – y el principio del complemento de excepción, con el moribundo del final en plena salud. El culpable todavía aureolado de inocencia, la futura joven novia jugando a rayuela. No importaba. Estábamos contentos de saber, ya, lo qué había que pensar de ellos! Y esperábamos que mi madre no se acordara exactamente del momento en el cual habíamos entrado. Pero era en vano y su rigor incorruptible nos devolvía a la realidad: colocaba sus gafas en el estuche, lo cerraba con un pequeño clac fatal, y susurraba: “Es aquí donde empezamos”, y nos marchábamos."

Son blog: https://edmeedexhavee.wordpress.com/
Trad: Colette