04/10/2016

Dépasser les clichés / Superar los clichés

Nous ne sommes pas tous des artistes; mais tous nous avons part à la beauté. En réalité, nous sommes tous plus ou moins artistes. Le simple fait de vivre suppose un certain art de vivre. Nous savons par exemple disposer des fleurs pour égayer notre demeure, dresser l'oreille pour écouter un chant d'oiseau, jouir d'un jardin au printemps ou du coucher du soleil sur la mer. Tout cela est bien. Toutefois, si nous voulons dépasser les clichés, dépasser l'habitude de réserver la beauté à seulement quelques moments privilégiés, nous devons apprendre à habiter poétiquement la terre comme l'a proposé le poète Hölderlin. Car la beauté, ce don qui nous est offert sans réserve, est omniprésente. Il faut savoir en capter les plus humbles manifestations. Ces fleurs anonymes qui poussent dans les fentes d'un trottoir, ce rayon de soleil qui soudain fait chanter un vieux mur, ce cheval pensif au milieu d'un pré après la pluie, cet enfant qui offre un caillou coloré à un vieillard sur son banc; ces fragrances et saveurs que la mémoire réveille...
 
Extrait de:
Œil ouvert et cœur battant
Comment envisager et dévisager la beauté
François Cheng.
 
p.53 éd. Poche Desclée de Brouwer
 
 
Foto Colette
 
No todos somos artistas; pero todos participamos a la belleza. En realidad, todos somos más o menos artistas. El simple hecho de vivir supone un cierto arte de vivir. Sabemos por ejemplo disponer flores para alegrar nuestro hogar, aguzar el oído para escuchar un canto de pájaro, disfrutar de un jardín en primavera o del ocaso en el mar. Todo esto está bien. Sin embargo, si deseamos superar los clichés, superar la costumbre de reservar la belleza a sólo unos momentos privilegiados, tenemos que aprender a habitar poéticamente la tierra como lo propuso el poeta Hölderlin. Ya que la belleza, ese don que se nos da sin reserva, está omnipresente. Hay que saber capturar sus más humildes manifestaciones. Esas flores anónimas que crecen en las rendijas de una acera, esos rayos de sol que hacen de repente cantar una vieja pared, ese caballo pensativo en medio de un prado después de la lluvia, ese niño que le regala un guijarro coloreado a un anciano en su banco; esas fragancias y sabores que la memoria despierta...
Trad: Colette
 
(Por lo que veo este librito no está traducido todavía pero os puedo recomendar la lectura tan bonita de “Cinco meditaciones sobre la belleza” del mismo François Cheng.)

12/08/2016

Rafel Joan à/en Canyamel

Loin est si relatif...Il suffit d'une heure et demie de voiture pour traverser toute l'île.

Lejos es tan relativo...Basta con hora y media de coche para cruzar toda la isla.

Cette imposante tour carrée datant du XIIIº siècle, située près d'Artà (côte est), est donc loin pour un habitant de Palma.

Esta imponente torre cuadrada del siglo XIII, situada cerca de Artà (costa este), queda lejos, pues, para un habitante de Palma.

 
 
 

 

 
 

De style gothique et en parfait état (restaurée) elle ne m'intéressait pas spécialement à priori mais un peintre d'ici, Rafel Joan y exposait quelques unes de ses toiles et je tenais à m'y rendre.

 

De estilo gótico y en perfecto estado (restaurada) no me interesaba especialmente, a priori, pero un pintor de aquí, Rafel Joan, exponía unos cuadros y quería verlos.

 
 
 

Plantée en pleine campagne, mais près de la mer, cette tour servait, comme toutes celles qui longent les côtes de Majorque, à surveiller et prévenir de l'arrivée de corsaires. Mais celle-ci servait aussi de refuge pour les habitants. Une fois à l'intérieur, je n'ai eu aucun mal à imaginer des familles entières, terrorisées, passant là parfois des jours et des nuits enfermés jusqu'à ce que tout danger soit éloigné. Deux amples étages, des murs épais. Puis le troisième étage était celui des défenseurs. Une large vue sur la mer, les collines et la plaine, des créneaux.

 

 

Situada en medio del campo, pero cerca del mar, esa torre, al igual que todas las que bordean las costas de Mallorca, servían para vigilar y avisar de la llegada de corsarios. Pero esta servía también de cobijo para los habitantes. Una vez dentro, no tuve ninguna dificultad para imaginar a familias enteras, aterrorizadas, pasando allí a veces días y noches enteros hasta que el peligro se alejara. Dos pisos amplios, paredes espesas. El tercer piso era el de los defensores. Desde las almenas una vista sin obstáculos sobre el mar, las colinas y la llanura.

 
 
Rafel Joan, expo Torre Canyamel

 

Rafel Joan, expo Torre Canyamel
 
 

Les toiles de Rafel Joan exposées au rez-de-chaussée semblent avoir été peintes pour ce lieu précis tant elles s’intègrent dans les murs et représentent le paysage aux alentours. La présentation est parfaite, la lumière douce. Ma fille et moi y étions seules: silence et beauté.

Los cuadros de Rafel Joan expuestos en la planta baja parecen haber sido pintados para este lugar por lo bien que se integran en las paredes y representan el paisaje alrededor. La presentación es perfecta, la luz suave.

Estábamos solas allí mi hija y yo: silencio y belleza.

 
 
Expo Torre Canyamel, Rafel Joan

 

Rafel Joan, expo Torre Canyamel

 

1º piso Torre Canyamel
 

Un petit escalier en colimaçon et nous voilà au premier. Ici c'est la mer qu'on aperçoit par les fenêtres et le fond de la mer et ses poissons qui est présent sur les toiles. Certaines sont lumineuses, d'autres me plaisent moins.

 

Una escalerilla de caracol y llegamos al primer piso. Aquí es el mar el que se entreve por las ventanas y el fondo del mar con sus peces lo que está representado en los cuadros. Algunas pinturas son luminosas, otras me gustan menos.

 
 

Au fond de la pièce un joli escalier en bois, ajouté à posteriori, nous mène au haut de la tour. Là, l'art c'est la nature qui entoure la tour, et on aperçoit une autre tour. Elles communiquaient à l'aide de signaux de fumée; on dit que la tour de Canyamel ne fut jamais prise par l'Ennemi.

 

En el fondo de la habitación una bonita escalera de madera, añadida con posteridad, nos lleva a lo alto de la torre. El arte es la naturaleza que nos rodea y desde allí se divisa otra torre. Comunicaban entre sí con señas de humo; se dice que la Torre Canyamel nunca fue tomada por el Enemigo.


 

 

Almenas / Créneaux

 

 

 

 

En el fondo de la habitación una bonita escalera de madera, añadida con posteridad, nos lleva a lo alto de la torre. El arte es la naturaleza que nos rodea y desde allí se divisa otra torre. Comunicaban entre sí con señas de humo; se dice que la Torre Canyamel nunca fue tomada por el Enemigo.
 
 

30/07/2016

Cees Nooteboom poète / poeta

Cees Nooteboom est à mes yeux une sorte d'homme universel. Ce Hollandais écrivain, voyageur, essayiste, hispaniste est aussi, je viens de le découvrir, poète.
Comme vont les choses... très intéressée par un billet d'une amie sur une étude faite par cet écrivain de tableaux de Jérôme Bosch, je l'ai commandé et suis absolument passionnée (je vous en parlerai quand je l'aurai terminé).
Dans les premières pages, C. Nooteboom cite quelques vers de lui-même. Tiens, tiens...! Je trouve des poèmes de lui, traduits en espagnol, avec l'original en néerlandais. Qui peut m'aider à réaliser une bonne traduction en français (sa poésie est peu traduite dans cette langue, c'est curieux)? Une amie belge, Adrienne s'y est gentiment collée, dank u well!
 
 
 
 
Cees Nootebomm es a mis ojos una especie de hombre universal. Ese holandés escritor, viajero, ensayista, hispanista es también, lo acabo de descubrir, poeta.
Como van las cosas...muy interesada por una entrada en el blog de una amiga lectora acerca de un estudio realizado por C. Nooteboom sobre cuadros de El Bosco, lo encargué y me apasiona.(Os hablaré de él en cuanto lo haya terminado).
En las primeras páginas cita unos versos suyos...así lo descubrí. Encontré unos poemas traducidos al español con la versión original en holandés. ¿Quién me puede ayudar para su traducción al francés? Otra amiga-blog, Adrienne, me echó una mano. Dank u well!
 

ASS

 

Poëzie kan nooit over mij gaan, 
noch ik over poëzie. 
Ik ben alleen, het gedicht is alleen, 
en de rest is van wormen. 
Ik stond aan de straten waar de woorden wonen, 
boeken, brieven, berichten, 
en wachtte.
Ik heb altijd gewacht.

De woorden, in lichte of duistere vormen, 
veranderden mij in een duister of lichter iemand. 
Gedichten passeerden mij 
en herkenden zichzelf als een ding. 
Ik kon het zien en me zien.

 

Nooit komt er een einde aan deze verslaving. 
Eskaders gedichten zijn op zoek naar hun dichters. 
Ze dwalen zonder commando door het grote 
district van de woorden 
en verwachten het aas van hun volmaakte, 
gesloten, gedichte, gemaakte 
en onaantastbare

vorm.

 

 
 
 
 
Asticot
 

Le poème ne peut jamais parler de moi
Ni
moi de la poésie.
Je suis seul, le poème est seul,
et le reste est aux asticots.
Je me trouvais dans les rues où habitent les mots,
les livres, les lettres, les annonces,
et j'attendais.
J'ai toujours attendu.

Les mots, de forme légère ou sombre,
me changeaient en quelqu'un de plus sombre ou de plus léger.
Les poèmes passaient devant moi
et se reconnaissaient comme une chose.
Je pouvais le voir et me voir.

Jamais cette servitude ne prend fin.
Des escadrons de poèmes sont à la recherche de leurs poètes.
Ils errent sans commandement par le grand
territoire des mots
et attendent la charogne de leur forme
parfaite, rimée, fabriquée
et intouchable.

Trad: Adrienne-Colette

Cebo

La poesía nunca puede hablar de mí,
ni yo de la poesía.
Yo estoy solo, el poema está solo,
y el resto es de los gusanos.
Me detuve en las calles donde viven las palabras,
libros, cartas, informes,
y esperé.


Siempre supe esperar.
Las palabras, con sus formas claras u oscuras,
me volvieron más oscuro o más claro.
Los poemas me alcanzaron
y se reconocieron como objetos.
Yo pude verlo y verme.


No tiene fin esta adicción.
Escuadrones de poemas están buscando sus poetas.
Vagan sin mando por el amplio
territorio de las palabras
y aguardan el cebo de su perfecta,
hermética, condensada, acabada
e irreductible
forma.


Traducción de Fernando García de la Banda

 

 

24/07/2016

Sautes d'humeur / Cambios de humor

 

La chaleur, la forte chaleur rend souvent les gens irritables, je le constate tous les étés. Et v'lan on klaxonne, on claque une porte, on invective...
 

aristore,beethoven,billet,chaleur,cioran,colèreMerci Grindesel!

Fascination et peur : deux sentiments que j’éprouve en présence de la colère d’autrui. La transformation physique subite d’une personne est souvent impressionnante. « Rouge de colère » Mais aussi, dans certains cas, les sourcils, cheveux se dressent, la bouche se distord, les bras volent en tous sens….une vraie sainte colère non contenue.
C’est effrayant et drôle à la fois.
 
 
El calor, el calor fuerte a menudo vuelve irritable a la gente, lo constato cada verano. Y pito, golpeo la puerta, injurio...
 
Fascinación y miedo: dos sentimientos que siento frente a la cólera ajena. La transformación física y súbita de una persona es, muchas veces, sobrecogedora. “Rojo de cólera”. Pero también, en algunos casos, las cejas, los pelos se levantan, la boca se distorsiona, los brazos vuelan en todas direcciones….una verdadera santa cólera no contenida.
Asusta y da risa a la vez.
 
La colère Charles Le Brun 1670
 
La colère peut aussi être canalisée. Je pense à Beethoven qui, selon Cioran, « a vicié la musique : il y a introduit les sautes d’humeur, il y a laissé entrer la colère ». Réécouter certaines de ses symphonies avec cette idée en tête donne, je trouve, un sens nouveau à certains mouvements forts. Et à voir ses portraits je l’imagine si bien en colère!
 
 
La cólera puede también ser canalizada. Pienso en Beethoven que, según Cioran, “ha viciado la música: ha introducido saltos de humor, ha dejado entrar la cólera”. Volver a escuchar algunas sinfonías con esto en la mente da, encuentro yo, un sentido nuevo a ciertos movimientos fuertes. Y, al ver sus retratos, me lo imagino muy bien así, iracundo.
 
 
 
Tout comme la révolte la colère est bonne en soi… mais parfois malvenue. J’ai trouvé un court texte d’Aristote qui en parle :
 
"Tout le monde peut se mettre en colère
c'est facile,
mais de se mettre en colère
avec la bonne personne
au bon degré
au bon moment
pour la bonne cause
de la bonne manière
ça, ce n'est pas facile"
 
Aristote (384-322)
(reprise d'une partie d'un texte publié il y a des lunes, sur un autre blog)
 
Al igual que la rebelión, la cólera es buena en si…aunque a veces inoportuna. He encontrado un texto corto de Aristóteles que habla de ello:
 
Todo el mundo puede montar en cólera
es fácil,
pero montar en cólera
con la persona que toca
en el momento que toca
por el buen motivo
de la manera que toca
eso, no es fácil.”

09/07/2016

Une main amicale / Una mano amiga

Du seuil d’un rêve on m'appela…
C’était la bonne voix, la voix aimée.
— Dis-moi: viendras-tu avec moi visiter l’âme?…

À mon cœur parvint une caresse.
Avec toi, toujours… Et dans mon rêve j’avançai
par une galerie longue et nue,
sentant m’effleurer la robe pure,
doucement palpiter la main amicale.
(Trad: Colette)
Antonio Machado

Desde el umbral de un sueño me llamaron...
Era la buena voz, la voz querida.
-Dime: ¿vendrás conmigo a ver el alma?...
Llego a mi corazón una caricia.
-Contigo siempre...Y avancé en mi sueño
por una larga, escueta galería
sintiendo el roce de la veste pura
y el palpitar suave de la mano amiga.
 
Antonio Machado
 
 
 
 
Luís Enrique Gómez (Cuba)

 

 

02/07/2016

Footballeurs / Fubolistas

Stade Vatican

Les joueurs de football
retournent dans leurs loges
pas à pas, la tête basse,
frémissants et sanglotants
à travers les vieilles ruines d'Occident vénérées
et la racaille de poètes si sûrs d'eux-mêmes,
de leveurs de poids, diplômés des gymnases,
des rois de l'amour, de l'argent et de la santé,
qui méchamment se moquent
du footballeur sensible,
législateur de la planète.

Carlos Germán Belli de la Torre (Lima, Perou, 15 septembre 1927)
(Trad:Colette)

Nicolas de Staël

 Nicolas de Staël : "« Merveilleux. Entre ciel et terre, sur l’herbe rouge ou bleue, une tonne de muscles voltige en plein oubli de soi avec toute la présence que cela requiert en toute invraisemblance », confie-t-il à René Char.""

 
 

 
Estadio Vaticano

Los jugadores de fútbol
a sus camarines vuelven
paso a paso cabizbajos,
trémulos y sollozando
por entre las viejas ruinas de Occidente veneradas
y la chusma de poetas tan seguros de sí mismos,
levantadores de pesas, diplomados en gimnasios,
soberanos del amor, del dinero y la salud,
que ferozmente se burlan
del sensible futbolista,
legislador del planeta.



Carlos Germán Belli de la Torre (Lima, Perú, 15 de septiembre de 1927)

*Des articles / artículos:
Les écrivains et le foot: http://www.lorientlitteraire.com/article_details.php?cid=...
Football, langue et littérature: https://blogs.mediapart.fr/edition/socrates-football-club/article/200614/football-langue-et-litterature

El fenómeno del futbol en algunos textos literarios: https://dialnet.unirioja.es/servlet/articulo?codigo=3851637
Textos de futbol: https://textosdefutbol.wordpress.com/

19/06/2016

Cirrus et cumulus

Je vends des nuages de couleur...
Rafael Alberti

Vendo nubes de colores...

http://cuartoenmarcha.blogspot.com.es/2011_01_01_archive.html

 

Poème pour enfants.

 

AVIS au public

 

Je vends des nuages de couleur:

les ronds, rouges,

pour sucrer les chaleurs!

 

Je vends les cirrus mauves

et roses, les aubes,

les crépuscules dorés!

 

L'étoile jaune du berger,

accrochée à la verte branche

du céleste abricotier!

 

Je vends la neige, la flamme

et le chant du crieur!

 

(Trad: Colette)

 

Pregón

 

¡Vendo nubes de colores:

las redondas, coloradas,

para endulzar los calores!

*

¡Vendo los cirros morados

y rosas, las alboradas,

los crepúsculos dorados!

*

¡El amarillo lucero,

cogido a la verde rama

del celeste duraznero!

*

¡Vendo la nieve, la llama

y el canto del pregonero!

http://www.quinoawakame.com/2013/09/welcome-back.html
 

Avant de m'envoler quelques jours hors de mon île, je vous offre, ils ne sont pas à vendre, quelques nuages d'ici.

 

Antes de marcharme unos días fuera de mi isla, os regalo, nada de vender, algunas nubes de aquí.

11/06/2016

D'hommes et de vaches / De hombre y vacas

Rafael Alberti (poète espagnol archiconnu, 1902-1999) se trouvait à Paris fin des années '30, et, grâce à Supervielle, il fit la connaissance de Chagall. Voici un extrait d'un long article publié dans le journal El País en 1985 où il relate cette fameuse rencontre.
Rafael Albertí (1902-1999) se encontraba en París en los años '30 y, gracias a Supervielle, conoció a Chagall. He aquí un extracto de un artículo largo publicado en El País en 1985, donde relata ese famoso encuentro.

Quand, accompagné du poète Jules Supervielle, j'entrai dans la maison du peintre Marc Chagall, nous vîmes que c'était une vache qui nous avait ouvert la porte. Une fois dedans, des vaches partout: sur les armoires, sur les tables, sur les chaises, sur les livres...
Cuando, acompañado por el poeta Jules Supervielle, entré en la casa del pintor Marc Chagall, vimos que era una vaca quien nos había abierto la puerta. Ya dentro, vacas por todas partes: sobre los armarios, sobre las mesas, sobre las sillas, sobre los libros...

 
-Mais votre studio, Chagall, est plutôt une étable. -Il faut aimer les vaches, nous dit Chagall en allongeant son museau, sans doute parce que sa mère s'abreuvait dans une rivière, et sa grand-mère, du côté maternel, avait été une belle cornue, volée par les Russes à des marchands kirghiz. Il faut beaucoup les aimer. Pour moi, l'univers entier est peuplé par elles. Regardez, si j'ouvre une fenêtre la nuit, je les vois sur les toits voisins, paissant la fine herbe que l'eau courante des canaux a fait naître sur les bords. La lune congelée de Russie est pleine de vaches. Des humbles étables enneigées elles montent en troupeaux, vers la voie lactée et les étoiles. Dans un hameau du Caucase, des fiancés qui dormaient furent enlevés par l'une d'elles qui les fit monter au-delà des nuages. C'était une vache bleue tachée de blanc avec des cornes en forme de fer à cheval. Même les vaches me poursuivent en rêves. J'en ai vu une qui sortait par une cheminée. Une autre dans une ascenseur, une autre encore déjeunant tranquillement à la porte d'un restaurant des Champs-Élysées....Oui, des vaches partout. Il n'existe pas de personnes dans le monde. Seulement des vaches. Vous en êtes une, votre amie une autre, moi aussi. Supervielle une autre, ma fille une autre...

 
 
-Pero su estudio, Chagall, es más bien un establo.-Hay que amar a las vacas, nos dice Chagall alargando el hocico, sin duda porque su madre abrevaba en algún río, y su abuela, por parte de la misma, había sido una hermosa cornúpeta, robada por los rusos a unos mercaderes kirguises. Hay que quererlas mucho. Para mí, el universo entero está poblado de ellas. Miren, si por la noche abro una ventana, las veo sobre los tejados vecinos, paciendo la fina yerba que ha hecho brotar al borde el agua corriente de los canales. La luna congelada de Rusia está llena de vacas. De los establos humildes y nevados ascienden en manadas, camino de la vía láctea y los luceros. En una aldea del Cáucaso, dos novios que dormían fueron raptados por una y ascendidos hasta más allá de las nubes. Era una vaca azul manchada de blanco y con los cuernos en forma de herradura. Hasta las vacas me persiguen en sueños. He visto una saliendo por una chimenea. Otra dentro de un ascensor, otra almorzando tranquilamente a la puerta de un restaurante de los Campos Elíseos... Sí, vacas por todas partes. No existen personas en el mundo. Sólo vacas. Usted es una, su amiga otra, yo otra. Supervielle otra, mi hija otra... (...)”




Note de Rafael Alberti
 
Les vaches de Chagall sont pleines d'humanité et de sagesse, car elles connaissent le ciel, la lune et les étoiles, car elles sont descendues par les pentes lumineuses et obscures, vertes ou sèches de notre âme, car elles n'ignorent pas ce qui tremble au Nord, au Sud, à l'Est et à l'Ouest, car elles nous parlent en rêve avec un triste dodelinement de barque abandonnée(...) elles méritent nos respects”.

Las vacas de Chagall están llenas de humanidad y sabiduría, por saber del cielo, de la luna y de las estrellas, porque han descendido por las vertientes luminosas u oscuras, verdes o secas de nuestra alma, porque no ignoran lo que tiembla en el Norte, en el Sur, en el Este y en el Oeste, porque nos hablan en el sueño con una tristeza cabeceante de barca abandonada [...] merecen nuestros respetos.”


Traduction: Colette


28/05/2016

Échelles et escaliers II / Escaleras II

Nous poursuivons sur des échelons, des marches, escaliers et échelles...Aujourd'hui un poème de Jules Supervielle et, je n'ai pas pu y résister car il m'enchante, un extrait de Poisson Soluble d'André Breton.
Seguimos con les escalones y escaleras. Hoy un poema de Jules Supervielle y, no pude resistir ya que me encanta, un extracto de Poisson Soluble de André Breton.


Chagall L'échelle de Jacob

 

« Je suis seul sur l’océan
Et je monte à une échelle
Toute droite sur les flots
Me passant parfois les mains
Sur l’inquiète figure
Pour m’assurer que c’est moi
Qui monte, que c’est toujours moi. […].
 
Je tombe ah ! je suis tombé
Je deviens de l’eau qui bouge
Puis de l’eau qui a bougé,
Ne cherchez plus le poète,
Ni même le naufragé. »
 
(La Fable du monde, Poésie/Gallimard)


Jules  Supervielle



 



Estoy solo sobre el océano
Y subo por una escal
era
Erguida sobre las olas
Pasándome a veces las manos
Sobre el rostro inquieto
Para asegurarme de que soy yo
El que sube, que soy
todavía yo

Me caigo ¡ah! me he caído
Devengo agua que se mueve
Luego agua que se ha movido,
No busquéis más al poeta,
Ni
siquiera al naufragado.

Jules  Supervielle


trad: Colette

 

 

André Breton (Poisson soluble 1966)
 
Elle mordit avec délice dans les étonnantes stratifications blanches qui
restaient à sa disposition, les baguettes de craie, et celles-ci écrivirent le mot amour sur l'ardoise de sa bouche. Elle mangea ainsi un véritable petit château de craie, d'une architecture patiente et folle, après quoi elle jeta sur ses épaules un manteau de petit gris et, s'étant chaussée de deux peaux de souris, elle descendit l'escalier de la liberté, qui conduisait à l'illusion de jamais vu.
 
Mordió con delicia en las sorprendentes estratificaciones blancas que quedaban a su disposición, las barritas de tiza, y estas escribieron la palabra amor en la pizarra de su boca. Comió así un verdadero castillito de tiza, de una arquitectura paciente y loca, y luego puso en sus hombros un abrigo de petigrís (caracol) y, habiéndose calzado de dos pieles de ratón, bajó la escalera de la libertad que llevaba a la ilusión del nunca visto. (Trad:Colette)
 

22/05/2016

D'escaliers et de pieds.../ De escaleras y pies...

Dans la maison de ma jeunesse il y avait des tas d'escaliers: entre les étages et pour accéder au grenier et à la cave. J'ai ensuite habité, étudiante, dans une maison étrange, elle s'appelait en néerlandais “Het Streepje” (le tiret). Sa façade était classée et n'avait que 2 mètres de largeur. Trois étages, un escalier raide et sombre.
"Het Streepje" est la plus basse sur la droite.
 
En la casa de mi juventud había montón de escaleras: entre pisos et luego para acceder al ático y al sótano. Luego, de estudiante, viví en una casa extraña, se llamaba en flamenco “The Streepje”, (el guión). Su fachada estaba de época et sólo tenía dos metros de ancho. Tres pisos, une escalera estrecha y oscura.
La maison que nous habitons depuis 40 ans était une étable, de plain pied. Je regrette ces excursions au grenier, à la cave aussi. Voilà sans doute pourquoi je vous propose plusieurs billets sur les escaliers...
Le premier texte est étrange, à lire et sourire.
 
La casa en la que vivimos desde hace unos 40 años era un establo, de una sola planta. Es probablemente la razón por la cual os propongo unas entradas sobre las escaleras...

 

 
Instructions pour monter un escalier
 
Julio Cortázar (Bruxelles, Belgique, 26 août 1914-París, France, 12 février 1984)
 
Personne n'aura manqué de remarquer que le sol se plie fréquemment de telle façon qu'une partie monte en angle droit par rapport au plan du sol, et qu'après la partie suivante se place parallèlement à ce plan pour laisser place à une nouvelle perpendiculaire, démarche qui se répète en spirale ou en ligne brisée jusqu'à des hauteurs extrêmement variables.
 
En se penchant et mettant la main gauche sur une des parties verticales, et la droite sur l'horizontale correspondante, on se trouve en possession momentanée d'un échelon ou d'une marche. Chacune de ces marches, formée comme on le voit par deux éléments, se situe un peu plus haut et en avant que l'antérieure, un principe qui donne son sens à l'escalier, vu qu’une quelconque autre combinaison produira des formes peut-être plus belles ou pittoresques, mais incapable de transporter d'un rez-de-chaussée à un premier étage.
 
Les escaliers se montent de face, vu que vers l'arrière ou de côté ils sont particulièrement incommodes.
L'attitude naturelle consiste à se tenir debout, les bras pendant sans effort, la tête haute mais pas au point que les yeux ne puissent pas voir les marches situées juste au-dessus de celle sur laquelle on marche, la respiration doit être lente et régulière. Pour gravir un escalier on commence par lever cette partie du corps située en bas à droite, presque toujours enveloppée de cuir ou de peau de chamois, et qui, sauf exceptions, tient juste sur la marche. Cette partie, que pour abréger nous appellerons pied, posée sur la marche, on prend la partie gauche équivalente (également appelée pied, mais qu'il ne faut pas confondre avec le pied cité auparavant), et en l'emmenant à la hauteur du pied, on le fait suivre jusqu'à le poser sur la seconde marche, sur laquelle donc se reposera le pied, et sur la première se reposera le pied. (Les premières marches sont toujours les plus difficiles, après on acquiert la coordination nécessaire. La coïncidence de nom entre le pied et le pied rend l'explication difficile. Prenez soin de ne pas lever en même temps le pied et le pied).
 
Arrivé de cette façon à la deuxième marche, il suffit de répéter les mouvements jusqu'à ce qu'on se trouve en haut de l'escalier. On en sort facilement, par un léger coup de talon qui le fige à sa place, et qui ne bougera pas avant le moment de la descente.
 
                                        FIN
Trad: Colette
 
Can Prunera, Sóller, Mallorca
 

 

Instrucciones para subir una escalera
Julio Cortázar

(Bruselas, Bélgica, 26 de agosto de 1914-París, Francia, 12 de febrero de 1984)
 

Nadie habrá dejado de observar que con frecuencia el suelo se pliega de manera tal que una parte sube en ángulo recto con el plano del suelo, y luego la parte siguiente se coloca paralela a este plano, para dar paso a una nueva perpendicular, conducta que se repite en espiral o en línea quebrada hasta alturas sumamente variables.
 
Agachándose y poniendo la mano izquierda en una de las partes verticales, y la derecha en la horizontal correspondiente, se está en posesión momentánea de un peldaño o escalón. Cada uno de estos peldaños, formados como se ve por dos elementos, se sitúa un tanto más arriba y adelante que el anterior, principio que da sentido a la escalera, ya que cualquiera otra combinación producirá formas quizá más bellas o pintorescas, pero incapaces de trasladar de una planta baja a un primer piso.
 
Las escaleras se suben de frente, pues hacia atrás o de costado resultan particularmente incómodas. La actitud natural consiste en mantenerse de pie, los brazos colgando sin esfuerzo, la cabeza erguida aunque no tanto que los ojos dejen de ver los peldaños inmediatamente superiores al que se pisa, y respirando lenta y regularmente. Para subir una escalera se comienza por levantar esa parte del cuerpo situada a la derecha abajo, envuelta casi siempre en cuero o gamuza, y que salvo excepciones cabe exactamente en el escalón. Puesta en el primer peldaño dicha parte, que para abreviar llamaremos pie, se recoge la parte equivalente de la izquierda (también llamada pie, pero que no ha de confundirse con el pie antes citado), y llevándola a la altura del pie, se le hace seguir hasta colocarla en el segundo peldaño, con lo cual en éste descansará el pie, y en el primero descansará el pie. (Los primeros peldaños son siempre los más difíciles, hasta adquirir la coordinación necesaria. La coincidencia de nombre entre el pie y el pie hace difícil la explicación. Cuídese especialmente de no levantar al mismo tiempo el pie y el pie).
Llegado en esta forma al segundo peldaño, basta repetir alternadamente los movimientos hasta encontrarse con el final de la escalera. Se sale de ella fácilmente, con un ligero golpe de talón que la fija en su sitio, del que no se moverá hasta el momento del descenso.
FIN
 

14/05/2016

Garcia Lorca, l'ombre / G. Lorca, la sombra

L'ombre de mon âme

 

 Garcia Lorca

 

 

L'ombre de mon âme
s'enfuit dans un couchant d'alphabets,
brouillard de livres
et de mots.

L'ombre de mon âme !

J'ai atteint la ligne où cesse
la nostalgie,
et là, la goutte de pleur se transforme,
albâtre de l'esprit

L'ombre de mon âme !

Le flocon de la peine
s'achève,
mais il me reste raison et substance
de mon ancien midi de lèvres,
mon ancien midi
des regards.

Un trouble labyrinthe
d'étoiles voilées
emmêle mes espoirs
presque fanés.

L'ombre de mon âme !

Une hallucination
Aspire mes regards.
Je vois le mot amour
démantelé

Rossignol !
Mon rossignol !
Chantes-tu encore ?


Mix d'une traduction trouvée sur la Toile (sans nom d'auteur) et de version personnelle-Colette.
 

"Derrière chez moi" Photo Colette

 

La sombra de mi alma
 
Federico García Lorca
 
 
La sombra de mi alma
huye por un ocaso de alfabetos,
niebla de libros
y palabras.

¡La sombra de mi alma!

He llegado a la línea donde cesa
la nostalgia,
y la gota de llanto se transforma
alabastro de espíritu.

(¡La sombra de mi alma!)

El copo del dolor
se acaba,
pero queda la razón y la sustancia
de mi viejo mediodía de labios,
de mi viejo mediodía
de miradas.

Un turbio laberinto
de estrellas ahumadas
enreda mi ilusión
casi marchita.

¡La sombra de mi alma!

Y una alucinación
me ordeña las miradas.
Veo la palabra amor
desmoronada.

¡Ruiseñor mío!
¡Ruiseñor!
¿Aún cantas?
 

08/05/2016

Léve-toi et vis! / ¡Levántate y vive!

Lève-toi et vis! / ¡Levántate y vive!

 

Je crois que la vérité est parfaite pour les mathématiques, la chimie, la philosophie, mais pas pour la vie. Dans la vie, l’illusion, l’imagination, le désir, l’espoir comptent plus. (Ernesto Sabato)
(lu sur le bog de Lali)

 


Qué costumbre tan salvaje...
Quelle coutume si sauvage...


Jaime Sabines
 
     Quelle coutume si sauvage que celle d'enterrer les morts!, de les tuer, de les néantiser, de les effacer de la terre! C'est les traiter traîtreusement, c'est leur nier la possibilité de revivre.
 Moi j'attends toujours que les morts se lèvent et brisent le cercueil et disent joyeusement: pourquoi pleures-tu?
C'est pour cette raison que l'enterrement m'effraye. On assujettit le couvercle, l'introduit, lui met la pierre dessus, et puis de la terre, tras, tras, tras, pelletée après pelletée, mottes, poussière, pierres, tassant, solidifiant, tu restes là, de là tu ne sors plus.
Après, les couronnes, les fleurs, les pleurs, les baisers me font rire. C'est une moquerie: pourquoi l'ont-ils enterré?, pourquoi ne l'ont-ils pas laissé dehors jusqu'à ce qu'il sèche, jusqu'à ce que ses os nous parlent de sa mort? Ou pourquoi ne l'ont-ils pas brûlé, ou donné aux animaux, à un fleuve?

Il faudrait qu'il y ait une maison de repos pour les morts, ventilée, propre, avec de la musique et de l'eau courante. Il y en aurait au moins deux ou trois qui, chaque jour, se lèveraient pour vivre.
(Trad: Colette)


¡Qué costumbre tan salvaje esta de enterrar a los muertos!, ¡de matarlos, de aniquilarlos, de borrarlos de la tierra! Es tratarlos alevosamente, es negarles la posibilidad de revivir. 
Yo siempre estoy esperando a que los muertos se levanten, que rompan el ataúd y digan alegremente: ¿por qué lloras? 
Por eso me sobrecoge el entierro. Aseguran las tapas de la caja, la introducen, le ponen lajas encima, y luego tierra, tras, tras, tras, paletada tras paletada, terrones, polvo, piedras, apisonando, amacizando, ahí te quedas, de aquí ya no sales.
Me dan risa, luego, las coronas, las flores, el llanto, los besos derramados. Es una burla: ¿para qué lo enterraron?, ¿por qué no lo dejaron fuera hasta secarse, hasta que nos hablaran sus huesos de su muerte? ¿O por qué no quemarlo, o darlo a los animales, o tirarlos a un río? 
Había de tener una casa de reposo para los muertos, ventilada, limpia, con música y con agua corriente. Lo menos dos o tres, cada día, se levantarían a vivir.
Jaime Sabines

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Curieusement je n'ai trouvé aucune biographie online de ce grand poète mexicain du XXºs. En voici une en anglais: http://francais.agonia.net/index.php/author/0009497/index...
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01/05/2016

Poches trouées / Bolsillos rotos

La semaine dernière je vous avais parlé du mexicain Fernando del Paso; la
 
 poésie n'est pas sa spécialité, mais voici un court poème bien d'actualité ici:
 
 la déclaration annuelle des revenus doit être rentrée pour le 30 juin...
 
La semana pasada os hablé del mejicano Fernando del Paso; la poesía no es su
 
 especialidad, pero he aquí un poema corto de mucha actualidad: la 
 
declaración de la renta...
 
 
 

 

INDIGENCE

              Fernando del Paso
 
J'ai gaspillé l'arc en ciel.
Les hirondelles que j'avais destinées à divers poèmes
sont dans le rouge.
Mon compte de crépuscules est congelé.
Je dois au fisc trois mille cinq cent papillons.
(Trad Colette)
 

 

http://lifestyle.trendencias.com/shopping/bueno-bonito-y-barato-joyas-de-papel
 

Inopia 

  Fernando del Paso

He despilfarrado el arcoíris.
Las golondrinas que tenía destinadas a varios poemas
están en números rojos.
Mi cuenta de atardeceres está congelada.
Le debo al fisco tres mil quinientas mariposas.

23/04/2016

Jour du livre, Día del libro

Aujourd'hui, 23 avril, c'est Le Jour du livre. Tout comme en Catalogne, ici aux Baléares, à la Sant Jordi, la coutume est d'offrir un livre et une rose; je vous en avais parlé en 2013, c'est ici.

 

Ce matin je suis allée faire un tour sur la place de mon petit village. Je m'attendais à trouver plus de livres que de vêtements, bijoux artisanaux, fruits et légume; ce ne fut pas le cas. Seuls deux stands de livres, l'un très bien achalandé en livres pour enfants, certains pour adultes, majoritairement en catalan bien sûr, quelques uns en espagnol, et tenu par de charmants adolescents. L'autre, des livres d'occasion, par une habitante du village fort souriante. 

 
"Il est encore tôt, il y a peu de monde, vous verrez vers midi", me dit une dame qui avait raison. Mais à 10h30 j'ai été enchantée de voir de nombreux enfants, surtout des fillettes, feuilletant des livres. Quelques dames aussi, je ne me souviens pas d'y avoir vu un seul homme...

Le prix Cervantès, le prix le plus important des lettres en espagnol, attribué au Mexicain Fernando del Paso en 2015, lui a été remis aujourd'hui dans une cérémonie présidée par le Roi.
Certains de ses livres sont traduits en français aux éditions Fayard: Palinure de Mexico, Des nouvelles de l'Empire et Histoire d'un crime.
Si je n'ai pas encore lu de romans de lui, certains de ses poèmes sont très réussis, j'en traduirai!



Hoy, 23 de abril es el día del Libro. Al igual que en Cataluña, aquí en Baleares, el día de Sant Jordi, existe la costumbre de regalar un libro y una rosa; os había hablado de ello en 2013, es aquí.


Esta mañana fui a dar una vuelta por la Plaza de mi pequeño pueblo. Esperaba encontrar más libros que ropa, joyas artesanales, frutas y verduras; no fue el caso. Sólo dos puestos de libros, el primero lleno de libros para niños, algunos para adultos, la mayoría en catalán, claro, algunos en español y atendido por unos encantadores adolescentes. El otro, libros de segunda mano, por una habitante del pueblo muy sonriente.
"Todavía es muy pronto, hay poca gente, ya verá sobre las doce" me dijo una señora. Tenía razón. Pero a las 10h30 estuve encantada de ver numerosos niños, bueno más bien niñas, hojeando libros. Unas señoras también, y no me acuerdo haber visto ningún hombre...

 

Fernando del Paso


El premio Cervantes, máximo galardón de la letras en español, atribuido al Mexicano Fernando del Paso en 2015, le fue entregado hoy en una ceremonia presidida por el Rey.
Todavía no he leído ninguna novela suya pero sí algunos poemas son muy conseguidos. Publicaré unos.

09/04/2016

Une femme si légère.../ Una mujer tan ligera...

 

Oliverio Girondo ((Buenos Aires, 1881 – 1967), poète argentin qui révolutiona l'esthétique de son pays, à travers une oeuvre qui incorpora les principaux courants vangardistes.
(Nous retrouvons ici l'ultraïsme; c'est promis, mon prochain billet vous expliquera ce mouvement!)
Dans ses recueils, dont Épouvantails d'où est extrait le poème d'aujourd'hui, il démontre qu'il est passé maître dans le maniement de la métaphore ainsi qu' une confiance absolue dans le pouvoir de l'image poétique pour atteindre l'essence des choses.
Il possédait une étonnante habilité pour le maniement de l'ironie, ceci doublé d'une attitude irrévérencieuse du point de vue moral et esthétique. De plus son sens de l'humour, que vous pourrez apprécier dans le poème, était réjouissant.
 
 
Oliverio Girondo (Buenos Aires, 1881 - 1967), poeta argentino que revolucionó la estética de su país a través de una obra que incorpora las principales corrientes vanguardistas.
(Encontraremos aquí el ultraísmo; como prometí, en mi próxima entrega explicaré ese movimiento)
En sus libros, como Espantapájaros del cual he extraído el poema de hoy, demuestra que se ha convertido en un maestro en el manejo de la metáfora y adquirido una absoluta confianza en el poder de la imagen poética para alcanzar la esencia de las cosas.
Posee una sorprendente habilidad para el manejo de la ironía acompañada de una actitud irreverente desde el punto de vista moral y estético. Por otra parte, su sentido del humor, que podréis apreciar en el poema, resulta regocijante.
Fuente: http://www.biografiasyvidas.com/biografia/g/girondo.htm

 

 

 

Agatha Belaya "Following an umbrella"
 
 

 

Je me fiche éperdument que les femmes
aient des seins comme des magnolias ou comme des figues sèches;
un cutis de pêche ou de papier de verre.
Je donne une importance égale à zéro,
à ce qu'elles se lèvent avec une haleine aphrodisiaque
ou une haleine d'insecticide.
Je suis parfaitement capable de supporter chez elles
un nez qui obtiendrait le premier prix
dans une exposition de carottes;

 

Mais ça oui! -et sur ce point je suis irréductible- je ne leur pardonne,
sous aucun prétexte, de ne pas savoir voler.
Si elles ne savent pas voler, celles qui prétendent me séduire perdent leur temps!
Ceci fut- et pas une autre- la raison de tomber si follement
amoureux de María Luisa.

 

Que m'importaient ses lèvres intermittentes et ses chaleurs sulfureuses?
Que m'importaient ses extrémités de palmipède
et ses regards de pronostic réservé?
María Luisa était une vraie plume!
Dès l'aube elle volait de la chambre à la cuisine,
de la salle à manger à la réserve.
C'est en volant qu'elle me préparait le bain, la chemise.
 
Elle réalisait ses courses, son ménage en volant...
Avec quelle impatience j'attendais qu'elle revienne, en volant,
d'une promenade dans les environs!
Au loin, perdu entre les nuages, un petit point rose.
María Luisa! María Luisa!”...et quelques secondes plus tard,
elle m’enlaçait de ses jambes de plume,
pour m'emmener, tout volant, n'importe où.
Pendant des kilomètres de silence nous projetions une caresse
qui nous rapprochait du paradis;
des heures entières nous nichions dans un nuage,
comme deux anges, et soudain,
en vrille, en feuille morte,
l’atterrissage forcé d'un spasme.
 
*Quel délice d’avoir une femme aussi légère…,
même si elle nous fait voir trente-six chandelles, de temps en temps!
Quelle volupté de passer ses journées dans les nuages
et ses nuits dans un vol sans escale!
Après avoir connu une femme éthérée,
Quelle sorte d’attrait une femme terrestre peut-elle offrir?
Il n’y a pas de différence substantielle, n’est-ce pas?
 
entre vivre avec une vache ou  avec une femme 
qui a les fesses à soixante-dix huit centimètres au-dessus du sol.
Moi, du moins, je suis incapable de comprendre
la séduction d’une femme pédestre,
et pour autant que je m’efforce de le concevoir,
je ne peux même pas imaginer
qu’on puisse faire l’amour autrement qu’en volant.
 
* Cette dernière partie de la traduction est empruntée à Juliette Gheerbrant et Olivier Favier sur l'excellent site
http://dormirajamais.org/girondo/
Le reste est de moi.


No se me importa un pito que las mujeres
tengan los senos como magnolias o como pasas de higo;
un cutis de durazno o de papel de lija.
Le doy una importancia igual a cero,
al hecho de que amanezcan con un aliento afrodisíaco
o con un aliento insecticida.
Soy perfectamente capaz de sorportarles
una nariz que sacaría el primer premio
en una exposición de zanahorias;
¡pero eso sí! -y en esto soy irreductible- no les perdono,
bajo ningún pretexto, que no sepan volar.
Si no saben volar ¡pierden el tiempo las que pretendan seducirme!
Ésta fue -y no otra- la razón de que me enamorase,
tan locamente, de María Luisa.
¿Qué me importaban sus labios por entregas y sus encelos sulfurosos?
¿Qué me importaban sus extremidades de palmípedo
y sus miradas de pronóstico reservado?
¡María Luisa era una verdadera pluma!
Desde el amanecer volaba del dormitorio a la cocina,
volaba del comedor a la despensa.
Volando me preparaba el baño, la camisa.
Volando realizaba sus compras, sus quehaceres…
¡Con qué impaciencia yo esperaba que volviese, volando,
de algún paseo por los alrededores!
Allí lejos, perdido entre las nubes, un puntito rosado.
« ¡María Luisa! ¡María Luisa! »… y a los pocos segundos,
ya me abrazaba con sus piernas de pluma,
para llevarme, volando, a cualquier parte.
Durante kilómetros de silencio planeábamos una caricia
que nos aproximaba al paraíso;
durante horas enteras nos anidábamos en una nube,
como dos ángeles, y de repente,
en tirabuzón, en hoja muerta,
el aterrizaje forzoso de un espasmo.
¡Qué delicia la de tener una mujer tan ligera…,
aunque nos haga ver, de vez en cuando, las estrellas!
¡Que voluptuosidad la de pasarse los días entre las nubes…
la de pasarse las noches de un solo vuelo!
Después de conocer una mujer etérea,
¿puede brindarnos alguna clase de atractivos una mujer terrestre?
¿Verdad que no hay diferencia sustancial
entre vivir con una vaca o con una mujer
que tenga las nalgas a setenta y ocho centímetros del suelo?
Yo, por lo menos, soy incapaz de comprender
la seducción de una mujer pedestre,
y por más empeño que ponga en concebirlo,
no me es posible ni tan siquiera imaginar
que pueda hacerse el amor más que volando.


Una biografía http://www.biografiasyvidas.com/biografia/g/girondo.htm
Más poemas de Girondo: http://amediavoz.com/girondo.htm