09/07/2011

Lecteur, c'est un métier / Lector, es un oficio

Italo Calvino: “Si par une nuit d’hiver un voyageur”.

Monsieur Calvino me tutoie, me voit dans une librairie en train de choisir son livre, m’imagine le lisant, couchée sur mon lit ou m’installant confortablement dans le canapé, des coussins sous les pieds.

 Un livre atypique ; on y est provoqué, bousculé, et les diverses histoires aux débuts passionnants, s’arrêtent toujours à mi-chemin. Certains l’ont détesté ne supportant pas que l’auteur s’adresse directement à eux. Ils n’ont pas apprécié non plus la liberté personnelle d’inventer la suite et la fin de ces différentes histoires. Moi j’ai adoré. Un grand livre. Il y a longtemps de ça…

 

matisse-lectora-y-velador.jpg Depuis j’avais un peu mis de côté cette réflexion sur le statut, le rôle du lecteur.

Une (pas très récente)  interview d’Alberto Manguel à l’occasion de la publication de « Dans la forêt du miroir » que je viens de relire m’a remise dans le bain. Cet écrivain, lecteur assidu, critique et traducteur donne aux lecteurs une place de choix.

S’il est vrai que je lis ou écoute (presque religieusement bien que certains soient carrément fats ou ennuyeux) les écrivains parler d’eux-mêmes, de leurs méthodes de création, j’entends rarement, à part dans certaines enquêtes, parler de nous, les lecteurs. Alors Alberto Manguel m’a enchantée. Voici un extrait de son interview :

 

 

 

Journaliste : «Dans cet essai vous défendez la vie du livre, vous défendez la vie de celui qui lui donne vie, c'est à dire le lecteur. »

 

Alberto Manguel : « Je pense que chaque fois que nous prenons un livre, nous faisons de ce livre un être créé à notre mesure. C'est notre expérience, c’est notre point de vue qui donne vie à ce livre ; nous le transformons, en quelque sorte, en fonction de cette expérience.  Même si le livre croit présenter une certaine idée, une certaine structure, un certain message, le lecteur ne croit pas vraiment à la vérité de cette fiction, il va à l’encontre de cette idée, la transforme, la subvertit.  Je crois que tout vrai lecteur est un subversif, et que c’est comme ça qu’on fait de vraies lectures. Quand vous prenez Les Voyages de Gulliver, par exemple, vous le lisez non comme une féroce satyre, mais comme un livre d’enfant ; vous êtes en train de subvertir le texte. »

 

J : « Et l'écrivain… »

 

A.M : « L’écrivain est limité par son œuvre, et d’ailleurs, il arrive à sa fin dès que l’œuvre est achevée ; une fois que vous donnez le manuscrit à l’imprimeur, c’est fini, vous n’y êtes plus. Par contre, le lecteur peut faire un tas de choses : il peut faire de la critique, il peut traduire, il peut faire des anthologies... On peut faire tout ça en tant que lecteur ; c'est un métier. » CHRONICART.com 1-06-00 .

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Italo Calvino: «  Si una noche de invierno un viajero ».

El señor Calvino me tutea, me ve en una librería eligiendo su libro, me imagina leyéndolo tumbada en la cama o instalándome confortablemente en el sofá, unos cojines bajo los pies. Un libro atípico; nos provoca, atropella, y las diversas historias, con principios apasionantes, siempre quedan a medio camino. Algunos lo han odiado al no soportar que el autor se dirija directamente a ellos; tampoco supieron apreciar la libertad personal de dar continuación y final a cada una de esas historias. A mí me ha encantado. Un gran libro. Ya hace tiempo de eso…

 

Desde entonces había apartado un poco esta reflexión sobre el estatuto, el papel del lector. Una (no muy reciente) entrevista de Alberto Manguel  en ocasión de la salida de “En el bosque del espejo” que acabo de volver a leer ha vuelto a ponerme a cavilar. Este escritor, lector asiduo, crítico y traductor  pone a los lectores en evidencia. Si bien es verdad que leo o escucho (casi religiosamente aunque algunos sean perfectamente fatuos o aburridos) a los escritores hablar de si mismos, de sus métodos de creación, raramente, excepto en algunas encuestas, se habla de nosotros, los lectores. Por eso Alberto Manguel me ha entusiasmado. He traducido una parte de la entrevista:

 

Periodista: “En este ensayo usted defiende la vida del libro, defiende la vida del que le da vida, hablo del lector”.

 

20802_camille_claudel.jpgAberto Manguel: “Pienso que cada vez que cogemos un libro, hacemos de este un ser creado a nuestra medida. Es nuestra experiencia, es nuestro punto de vista que da vida a ese libro; lo transformamos, de alguna forma, en función de esta experiencia. Incluso cuando el libro cree presentar una cierta idea, una cierta estructura, un cierto mensaje, el lector no cree realmente en la verdad de esta ficción, va en contra de esta idea, la transforma, la subvierte. Creo que todo lector verdadero es subversivo, y que sólo así se hacen verdaderas lecturas. Cuando uno coge Los Viajes de Gulliver, por ejemplo, no lo lee como un sátiro feroz sino como un libro para niños; se está subvirtiendo el texto.”

 

P: “Y el escritor…”

 

A.M. “El escritor se ve limitado por su obra, y por otra parte, toca su fin tan pronto como se acaba su obra; una vez el manuscrito en manos del impresor, ya está, el autor ya no tiene nada que hacer. Por el contrario, el lector puede hacer infinidad de cosas: puede ejercer la crítica, traducir, hacer antologías... Se puede hacer todo esto en calidad de lector; es un oficio.” CHRONICART.com 1-06-00 (trad. Colette) 

 

Tableaux. 1) Henri Matisse 2) John Singer Sargent, Man reading

https://labibliotecadelnautilus.wordpress.com/category/pintura/

Sculpture: Camille Claudel

02/07/2011

Attrape-mouches / Cazamoscas

La Reina Isabel cantaba rancheras / La Reine Isabel chantait des chansons d’amour.

Roman- novela Hernán Rivera Letelier

 

Je l’ai reçu en traduction française mais par chance (car je pestais un peu) il se trouve en espagnol sur la Toile. Par chance aussi la traduction est excellente, vraiment.

Quatrième de couverture :

« Dans une des compagnies salpêtrières perdues dans les vastes étendues délirantes du désert d’Atacama*, on enterre Isabel, une prostituée, qui y travaille depuis l’âge de 11 ans. Hernán Rivera Letellier, ancien mineur du salpêtre, nous raconte dans un style puissant et burlesque cet enterrement et la fin d’un univers à la fois désespéré et débordant de vitalité. »

* Chili

 

Me lo regalaron en francés pero por suerte, ya que me daba rabia, lo encontré en versión original en la Web. La traducción en francés es excelente y he aquí lo que pone en la contraportada.

“En una de las compañías salitreras perdidas en las delirantes extensas llanuras del desierto de Atacama, se entierra a Isabel, una prostituta, que trabajaba allí desde los 11 años de edad. Hernán Rivera Letellier, antiguo minero de la salitrera, nos cuenta en un estilo potente y burlesco ese entierro y el fin de un universo a la vez desesperado y desbordante de vitalidad.”

 

 

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« Regardant l’Échasse du coin de l’oeil, les autres filles éclatèrent de rire à cause de la fine mouche. Car l’Échasse, prostituée à la peau blanchâtre, grande, maigre et légèrement voûtée était aussi surnommée, dans des cercles plus restreints, Sainte-Gobe-Mouche, à cause de son goût intempestif et peu hygiénique pour la capture de ce genre d’insectes. N’importe où et avec n’importe qui, l’Échasse ne pouvait se contrôler et, d’un revers de main, les attrapait en plein vol. Elle était même si habile dans ses gestes d’arachnide qu’elle pouvait attraper la suivante sans laisser s’échapper la précédente et ainsi de suite, jusqu’à réunir cinq mouches vivantes dans son poing fermé. Son geste précis et rapide pour donner le coup de patte était brusque et réflexe comme un tic. Elle ne pouvait pas comprendre comment les autres, avec des armes aussi contondantes qu’un journal plié ou un de ces horribles tapettes en plastique, pouvaient manquer leur coup à un bras de distance, tandis qu’elle, surtout dans la chaleur bourdonnante de l’été des salpêtrières, était capable de les cueillir même absorbée dans la lecture d’un roman-feuilleton ou de les saisir au vol en marchant au milieu des gens dans la rue. « Avec vos revers ratés vous n’êtes bons qu’à laisser ces pauvres mouches toutes décoiffées avec un souffle au cœur », disait l’Échasse sans la moindre vanité. Dans les navires la rumeur prétendait que pendant ses heures de travail, tandis que son client haletait et respirait bruyamment, elle sortait brusquement sa main par-dessous et, sans perdre le rythme de ses trémoussements, rapide comme un serpent, elle se faisait deux ou trois mouches par passe. On disait même qu’elle les gobait quand personne ne la voyait.

 

Et ce matin-là dans l’église, pendant les quelques instants de l’entrevue, tandis qu’elle écoutait avec une profonde attention les paroles du curé, sous les yeux médusés de l’un et à la grande honte de Croque Monsieur, l’Échasse attrapa machinalement trois mouches catholiques. »

(Édition Métailié, trad. de l’espagnol (Chili) par Bertille Hausberg)

 

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Mirando de reojo a la Garuma, las demás niñas estallaron en risas con lo de mosquita muerta. Y es que a la Garuma, prostituta de piel blanquecina, alta y flaca y ligeramente encorvada, se le conocía también en círculos más estrechos como la Mosquita Muerta; y esto por una instintiva y poco higiénica afición que tenía de andar cazando siempre estos insectos. Estuviera donde estuviera y se hallara con quien se hallara, la Garuma no podía controlar su manía de sacar el manotazo y atraparlas en el aire. Y era tan ducha en su arácnido ademán que, como en el juego de la payaya, podía atrapar la siguiente sin que se le escapara la anterior hasta juntar cinco o más moscas vivas en el puño de la mano. Su ademán limpio y rápido de dar el zarpazo, era tan súbito y reflejo como un tic. Y no entendía cómo los demás cristianos, con armas tan contundentes como un diario plegado o uno de esos horribles matamoscas de plásticos, podían errar sus mandobles a un brazo de distancia, cuando ella, sobre todo en el calor zumbante del verano salitrero, era capaz de apañarlas concentrada en la lectura de alguna fotonovela o de agarrarlas al vuelo caminando tranquilamente entre la gente de la calle, «Ustedes con sus manotazos fallidos no hacen sino dejar a las pobres moscas todas despeinadas o con soplo al corazón», decía, sin ningún asomo de alarde, la Garuma. En el ambiente de los buques corría el rumor de que en sus horas de trabajo,"en medio de los jadeos y resuellos de su cliente, súbitamente sacaba una mano por debajo y, sin perder el ritmo del bamboleo, con la rapidez de una serpiente, se cazaba dos o tres moscas por polvo. Algunos comentaban que cuando no miraba nadie, se las comía.

 

Y aquella mañana en la iglesia, en el corto tiempo que duró la entrevista, mientras oía con abismada atención las palabras del cura, ante la mirada atónita de éste y la vergüenza ajena de la Pan conQueso, la Garuma se atrapó maquinalmente tres moscas católicas.”

 

 

 

18/06/2011

J.Semprún, tant de souvenirs / ...tantos recuerdos

Toc-toc…c’est Alex de Bordeaux qui m’envoie un cadeau très personnel avec un mot : si tu veux, traduis-le en espagnol et mets-le sur ton blog.

Merci à toi Alex que je ne connais que par blogs interposés, toi dont les mots me font souvent rire, rêver, larmoyer.

Avec un léger retard dû à une traduction laborieuse, voici son hommage à Jorge Semprún.

 

 

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Toc y toc,...es Alex de Bordeaux que me manda un regalo muy personal con una nota: si quieres tradúcelo al español y ponlo en tu blog.
Muchas gracias a ti Alex; a ti, que sólo conozco a través de los blogs, tú, que escribes unas palabras que a menudo me hacen reír, soñar, lloriquear.

Con un ligero retraso debido a una traducción laboriosa, aquí tienen su homenaje a Jorge Semprún

 

Et puis, Jorge est mort!

 

Cours Dupré de Saint Maur, prés de la base sous-marine il reste des pavés.

Le vieil homme traverse le pont de métal qui enjambe le pertuis entre les deux bassins.

Il se souvient des années jeunes.

maquis-con-el-puño-en-alto.jpgIl se souvient qu’il fut soldat de la jeune République Espagnole chassé de Guernica par les balles de Franco et les stukas d’Hitler sous le regard impassible de l’Europe.

Il se souvient qu’il passa deux hivers au camp d’Argelès à regarder mourir des enfants, des femmes et des vieillards. Chaque mort était une solution au problème encombrant le gouvernement de la Troisième République, accueillant et généreux, fournissant les pompes plantées à quelques mètres de la mer les abreuvant d’eaux salées et leur permettant de dormir sous des abris indignes et précaires enroulés deux à deux dans des  couvertures entre la gale et les poux.

Il se souvient des paysans  qui venaient choisir les survivants, fouillant dans les bouches au marché aux esclaves, tâtant les muscles des plus robustes de cette main d’œuvre gratuite.

Il se souvient des deux années qui suivirent passées à la construction de la base sous-marine et des coups de crosse des gendarmes français le matin à 3 heures au camp de Saint-Médard en Jalles, puis des 12 heures de travail aux ordres des maîtres d’œuvre nazis et sous les bombes alliés intervenant juste un peu tard. Il se souvient de la libération, pas pour tout le monde.

Il se souvient des passeports et des menaces à peine voilées pour les candidats au retour. Rien n’a vraiment changé pour les bannis. L’exil, la traversée, des Pyrénées, des Alpes ou de la Méditerranée,  et pour ceux qui survivent, l’espoir au mieux d’être parias et sans papiers ici, étrangers là-bas sur leurs terres natales.

 

Je sors de la base Sous marine où vient d’être projeté le film de Céline Alcazar « Petite rue de Saintonge » . Franco ou Mussolini  avaient lancé cette mode des petits métiers : « rempart contre le communisme » validée par le monde libre et aveugle autorisant toutes les futures dictatures  des Somoza, Videla, Pinochet et consorts. Rien ne bouge, alors "qu’on sort" à peine de cet autisme complice pour aussitôt les  remplacer par : « Rempart contre l’islam » autorisant etc. etc…

Il reste des pavés Cours Dupré de Saint Maur et dans les pas du vieil homme aujourd’hui disparu, je passe sur le pont du pertuis à coté de la vieille écluse.

 

Je me souviens de C., instituteur là-bas maçon ici, que nous visitions le dimanche. J’ignorais ce que nous faisions-là et j’apprenais à lire dans les pages de « l’Humanité » les bonnes feuilles de « Pif le chien » communiste et de « Prince Valiant » tandis que les grands parlaient avec des voix basses de conspirateurs. Je relève mon col frissonnant de froid ou d’effroi  rétrospectif : j’aurais pu devenir communiste. J’ai hérité de son Solex et je suis résistant…au chaud et froid.

Ruderales2-Milieu3-Trottoirs_pavés.JPG

Elliot, le chien, renifle entre les plantes rudérales, ces fleurs de pavé capables d’écarter les pierres pour que vive la vie.

Les émigrés, les exilés et les bannis sont ces plantes rudérales et désormais nous élisons en alternance les poseurs de pavés qui changent d’avatars pour exploiter la détresse avec quelques variantes. Rien ne change! Il y aura toujours des pavés pour écraser l’espérance. Il y aura aussi et toujours des fleurs de résistance.

Les fleurs de ceux qui se taisent, de ceux qui chantent, de ceux qui écrivent.
Et puis Jorge Semprún est mort.

 

¡Jorge ha muerto!

 

 

En Cours Dupré de Saint Maur, cerca de la base submarina quedan adoquines.

El anciano atraviesa el puente de metal que pasa por encima de la compuerta entre las dos dársenas.

14a2-teruel-republicanos.jpgSe acuerda de sus años jóvenes. Se acuerda de que fue soldado de la joven República Española, expulsado de Guernica por las balas de Franco y los Stukas de Hitler bajo la mirada impasible de Europa.

Se acuerda de que pasó dos inviernos en el campo de Argelés viendo morir niños, mujeres y ancianos. Cada muerto era una solución al problema que molestaba al gobierno de la Tercera República, acogedor y generoso, suministrador de las bombas de agua situadas a escasos metros del mar y que les abrevaba de agua salada, les permitía dormir bajo refugios indignos y precarios envueltos, de dos en dos, en mantas infectadas de sarna y de piojos.

 

Se acuerda de los campesinos que venían a escoger, al mercado de esclavos, hurgando en las bocas, palpando los músculos, a los más robustos de aquella mano de obra gratuita.

Se acuerda de los dos años que siguieron, pasados en la construcción de la base submarina y de los golpes de culata de los gendarmes franceses a las tres de la mañana en el campo de Saint-Médard en Jalles, de las doce horas de trabajo a las órdenes de los capataces nazis bajo las bombas aliadas que intervenían justo un poco tarde.

Se acuerda de la liberación que no fue para todos.

 

Se acuerda de los pasaportes y de las amenazas apenas veladas para los candidatos al retorno. Nada ha cambiado verdaderamente para los desterrados. El exilio, la travesía de los Pirineos, de los Alpes o del Mediterráneo, y para los que sobreviven, la esperanza, en el mejor de los casos, de ser un paria sin papeles aquí, un extranjero allí, en su tierra natal.

 

Salgo de la base submarina donde acaba de ser proyectada la película de Céline Alcazar “Petite rue de Saintonge” . Franco o Mussolini habían lanzado la moda de esas pequeñas empresas: “muralla contra el comunismo” validado por el mundo libre y ciego que, por lo mismo, autorizaba todas las futuras dictaduras de los Somoza, Videla, Pinochet y consortes. Nada se mueve cuando “salimos” apenas de ese autismo cómplice para reemplazarlo inmediatamente por “muralla contra el Islam” que autoriza etc., etc...

 

Quedan adoquines en Cours Dupré de Saint Maur y siguiendo los pasos del anciano, hoy desaparecido, paso sobre el puente de la compuerta al lado de la vieja esclusa.

 

Me acuerdo de C., maestro allá, albañil aquí, al que visitábamos los domingos. Yo ignoraba que hacíamos y aprendía a leer en las páginas de “l’Humanité” las viñetas de “Pif el perro” comunista y del “Principe Valiente” mientras que los grandes hablaban con la voz baja de los conspiradores. Levanto mi cuello tembloroso de frío y de pavor retrospectivo: hubiera podido acabar comunista. Heredé su Solex y resisto… al calor y al frío.

 

 

Elliot, el perro, olisquea entre las plantas “rudérales”*, esas flores de adoquín capaces de separar las piedras para que viva la vida.

Ruderales-Coquelicots.JPG Los emigrantes, los exilados y los desterrados son esas plantas “rudérales”* y en adelante elegiremos alternativamente los adoquineros que cambian los avatares para explotar el desamparo con algunas variantes. ¡Nada cambia! Siempre habrá adoquines para atropellar la esperanza. También habrá siempre flores de resistencia.

Las flores de aquellos que se callan, de aquellos que cantan, de aquellos que escriben.

 

 

Y Jorge Semprún ha muerto.

 

 

(Trad: Miguel-Angel y Colette)

Photos:

http://cabanedetellus.free.fr/Plantes_rud%C3%A9rales02_Tellus.html

http://fusiladosdetorrellas.blogspot.com/

 

 

 

28/05/2011

Un cumul d'indignations, allons! /Un cúmulo de indignaciones, ¡vamos!

                          Para qué vivir tan separados                             
Si la tierra nos quiere juntar
Si este mundo es uno y para todos
Todos juntos vamos a vivir

 

(Todos juntos- Las Jaivas, Chile)    

                             

Pourquoi vivre si séparés

Si la terre veut nous réunir

Si ce monde est un et pour tous

Tous ensemble nous allons vivre.

 

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L'indignation, la juste et vraie indignation, ce sentiment plus subtil que la colère, j'ai essayé de la cerner et j'ai trouvé ceci: 

"La plus belle interprétation que l'on puisse donner de ce sentiment  est celle que Platon présente dans un mythe sous le nom de réminiscence. Avant de s'incarner dans notre corps, notre âme a séjourné dans un lieu divin où elle a pu contempler la justice parfaite. Elle en a conservé un souvenir trop faible pour rendre l'injustice impossible, mais assez fort pour rendre le spectacle de l'injustice intolérable." http://agora.qc.ca/dossiers/Indignation

 

La indignación, la justa y verdadera indignación, ese sentimiento más sútil que la cólera, intenté cercarla y he aquí lo que encontré:

"La más bella interpretación que se puede dar de este sentimiento es la que Platón presenta en un mito bajo el nombre de reminiscencia. Antes de encarnarse en nuestro cuerpo, nuestra alma ha morado en un lugar divino donde ha podido contemplar la justicia perfecta. De ello ha conservado un recuerdo demasiado débil para hacer que la injusticia sea imposible, pero bastante fuerte para hacer que el espectáculo de la injusticia sea intolerable." (Trad Colette) http://agora.qc.ca/dossiers/Indignation

 

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La cause est juste; ne pas avoir peur, ne jamais se décourager.

 

"Allons, ne craignons rien. Notre avenir bien qu’incertain réserve bien des miracles. Ne craignons rien et soyons solidaires. Nous ne croyons ni aux étendards ni aux frontières. Nous croyons aux paroles et aux accolades. Nous pensons que nous sommes frères. Le monde est là : terre, mers, océans et ciel et nous. (…) Et nous sommes la vie.

 

Allons, ne craignons rien. Faisons en sorte que notre courage ne s’épuise pas. Ne baissons jamais les bras. Nos bras sont levés au ciel et pleins de force. Ce sont des bras de bâtisseurs." (…)

LA VIE Fabrice Caravaca.

 

La causa es justa; no temer nada, no desanimarse nunca.

 

"Vamos, no temamos nada. Aunque incierto, nuestro porvenir nos guarda muchos milagros. No temamos nada y seamos solidarios. No creemos ni en las banderas ni en las fronteras. Creemos en las palabras y en los abrazos. Pensamos que somos hermanos. El mundo está allí: tierra, mares, océanos y cielo y nosotros. (…) Y somos la vida.

 

Vamos, no temamos nada. Procuremos que nuestro ánimo no se agote. No bajemos nunca los brazos. Nuestros brazos están alzados hacia el cielo y llenos de fuerza. Son brazos de edificadores." (…)

LA VIDA Fabrice Caravaca. (Trad. Colette)

 

 

 

14/05/2011

L'athlète / El atleta

 

L’athlète

 

coureur étrusque.JPGLa statue du coureur à pied, celle du discobole ne court ni ne lance le disque. Elles restent figées dans le bronze ou la pierre. Leur geste est paradoxalement frappé d’immobilité. Pourquoi? Par excès de spécialisation.

Un discobole qui ne serait que discobole – et c’est bien là ce que le sculpteur a voulu faire – ne peut lancer le disque. Car, pour lancer un disque, il faut aussi marcher, respirer, se nourrir, dormir, travailler, aimer, etc.…,en somme tout ce qui fait un discobole de chair et d’os quand il ne lance pas le disque, c’est-à-dire la plupart du temps.

Et cela est valable pour d’autres, notamment pour les écrivains. Si tu prétends être écrivain – et cela seulement – tu n’écriras rien.

Michel Tournier


El atleta

 

La estatua del corredor no corre y aquella del discóbolo no lanza el disco. Quedan fijas en el bronce o la piedra. Su gesto está, paradójicamente, lleno de inmovilidad. ¿Por qué? Por exceso de especialización.

Un discóbolo que sólo fuera discóbolo – y eso es precisamente lo que el escultor ha querido hacer -  no puede lanzar el disco. Puesto que para lanzar un disco también hay que andar, respirar, comer, dormir, trabajar, amar, etc… en definitiva todo lo que hace un discóbolo de carne y hueso cuando no lanza el disco, es decir casi siempre.

 

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Todo eso es válido para otros, concretamente para los escritores. Si pretendes ser escritor – y sólo eso – no escribirás nada.

Michel Tournier (Trad:  MAH y Colo)


Illustrations: 1) Coureur étrusque 2) Emile Verhaeren par Van Rysselberghe

 

 

07/05/2011

Un rossignol chantait comme d’habitude/ Un ruiseñor cantaba como de costumbre


Mai ; les roses et les rossignols, les amours et tralalalalère. De jolis lieux communs.

Et pourtant, de chansons en fables, de pensées en citation, en opéras, je vous livre un peu pêle-mêle « le rossignol dans tous ses états ».

                                             

Mayo; las rosas, los ruiseñores, los amores y tralalalala. Bonitos tópicos.

Y sin embargo, de canción en fábula, de pensamientos en citas, en óperas, os dejo, un poco en desorden “el ruiseñor en todos sus estados”.

 

Fable d’Esope

 

Perché sur le haut d’un chêne, un rossignol chantait comme d’habitude. Un épervier affamé le vit et, se lançant immédiatement sur lui, il l’emprisonna dans ses griffes.

Sûr de sa mort `proche, le rossignol le pria de le lâcher en lui disant que lui seul ne suffirait pas à lui remplir le ventre, et que s’il avait vraiment faim, il devrait attraper d’autres proies plus grandes. L’épervier lui répondit :

--Je serais idiot si je t’écoutais et laissais échapper la proie que j’ai pour aller en chercher une que je n’ai même pas vue.

 

Ne laissons pas les biens que nous avons déjà pour des illusions que nous n’apercevons même pas.

 

Fábula de Esope

 

Subido en un alto roble, un ruiseñor cantaba como de costumbre. Lo vio un gavilán hambriento, y lanzándose inmediatamente sobre él, lo apresó en sus garras.

Seguro de su próxima muerte, el ruiseñor le rogó que le soltara, diciéndole que con sólo él no bastaría para llenar su vientre, y que si en verdad tenía hambre, debería de apresar a otros más grandes. El gavilán le repuso:

-- Necio sería si te oyera y dejara escapar la presa que tengo, por ir a buscar a la que ni siquiera he visto.

 

No dejemos los bienes que ya tenemos, por ilusiones que ni siquiera divisamos.

 

 Épervier, rossignol…tiens, ça me fait penser, - pas vous ?-, au rossignol polyglotte de Hugues Aufray (ici)...chante, chante trois couplets en espagnol et le reste en anglais : bravo l’oiseau.

Gavilán, ruiseñor…anda, me recuerda el ruiseñor políglota de Hugues Aufray, canta, canta, tres (coplas? estrofas?) en español y el resto en inglés: bravo el pájaro.

 

Mais aussi à cette chanson populaire catalane « Rossinyol que vas a França » où une belle dit à un rossignol qui s’en va en France qu’il prenne soin de sa mère, mais pas de son père qui l’a « mal mariée » à un berger qui lui fait garder les moutons. En échange elle donnera au rossignol un baiser et une embrassade.

Saviez-vous, amis français, que votre gloire nationale, votre rossignol d’Avignon, Mireille Mathieu, l’a chantée en catalan ? Aaaaah !

Je vous épargnerai sa version,  la voici chantée par Joan Baez.

Pero también esta canción popular catalana « rossinyol que vas a França » donde une dona le dice a un ruiseñor que se va a Francia que cuide de su madre pero no de su padre que le ha « mal casado » con un pastor que le hace guardar del rebaño. A cambio ella le dará al ruiseñor un beso, un abrazo.

Hay muchas versiones, os propongo la de Joan Baez, en catalán, sí, sí.

 

 

Quelques citations / Algunas citas

- Un poète est un rossignol qui, assis dans l’obscurité, chante pour égayer de doux sons sa propre solitude. Percy B. Shelley     

- Un poeta es un ruiseñor que, sentado en la oscuridad, canta para alegrar de dulces sonidos su propia soledad.
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-Lejos un trino. El ruiseñor no sabe que te consuela.

Au loin un trille. Le rossignol ne sait pas qu’il te console

Jorge Luis Borges

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-Un ruiseñor, fascinado por las gracias de una rosa, todas las noches constantes, le cantaba su pasión.Rose.jpg

Un rossignol, fasciné par les grâces d’une rose, constantes chaque nuit, lui chantait sa passion.

Juan Ramón Jiménez

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- Jean de La  Fontaine - ... je crois qu'on est vieux la première fois...

- Le Rossignol - Qu'on aime ?

- Jean de La Fontaine- Ah! Non. La première fois qu'on cesse d'aimer.

 

J.D.La.Fontaine: ---creo que se es viejo la primera vez…

El Ruiseñor- ¿Qué se ama?

JDLF.- Ah! No. La primera vez que se deja de amar.
Sacha Guitry

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En voici trois....moins romantiques.

Aquí van tres… menos románticas.

 

-Dans un monde sans mélancolie, les rossignols se mettraient à roter.

-En un mundo sin melancolía, los ruiseñores empezarían a eructar.
E. Cioran


- Quadrumane : Qui a quatre mains. Exemple : le rossignol n'est pas quadrumane.

- Cuadrumano: que tiene cuatro manos. Ejemplo: el ruiseñor no es cuadrumano.
 Pierre Desproges

-On peut discuter des limites du beau, mais le chant du rossignol s’imite très bien au moyen d’un bouchon frotté contre un verre. D. Hillenius

- Se puede debatir de los límites de lo bello, pero el canto del ruiseñor se imita muy bien por medio de un tapón frotado contra un vaso.

Classique, opéras

Ici on a l’embarras du choix, le rossignol, comme de juste, a inspiré des compositeurs  comme Saint-Saëns, Amadeo Vives, Rimsky  Korsakov, Ygor Stravinsky….De nombreuses interprètes aussi, excellentes.J’ai choisi Mimi Coertse, née le 12 juin1932 à Durban, en Afrique du sud…écoutez !

Aquí hay de sobra para escoger, el ruiseñor, cómo es normal, ha inspirado compositores como Saint-Saëns, Amadeo Vives, Rimsky Korsakov, Ygor Stravinsky…Numerosas intérpretes también, excelentes. He elegido a Mimi Coertze, nacida el 12 de junio 1932 en Durban, Afríca del sur… ¡escuchad!

24/04/2011

Tant de silences / Tantos silencios

C’est l’immense variété des silences qui m’a intéressée cette semaine (à commencer par celui de ma connexion Internet que voici arrangée.)

 

Silence rempli d’émotions venant du Venezuela avec A. E. Blanco (1896-1955).

Silence surprenant, amusant du Chilien Pablo Neruda (1904-1973)

 

Et finalement, ces sculptures du Mexicain Rivelino qui sont autant de cris pour la liberté d’expression, pour le droit à la parole. Faites pour de grands espaces à l’air libre, vous les avez peut-être vues dans votre pays car elles ont beaucoup voyagé : regardez ici.

 

nuestros silencios.jpg

 

Es la inmensa variedad de los silencios lo que me ha interesado esta semana (y para empezar el de mi conexión Internet ahora arreglada)

 

Silencio lleno de emoción del venezolano A.E. Blanco (1896-1955).

Silencio sorprendente, divertido del Chileno Pablo Neruda (1904-1973).

 

Y finalmente, estas esculturas del mexicano Rivelino que son gritos para la libertad de expresión, para el derecho a la palabra. Hechas para grandes espacios al aire libre, tal vez las habéis visto en vuestro país ya que viajaron mucho; mirad aquí.

 

nuestros silencios rivelino.jpg

 

 

Silencio Andrés Eloy Blanco

 

Cuando tú te quedes muda,    

cuando yo me quede ciego,

nos quedarán las manos.

 

Cuando tú te pongas vieja

cuando yo me ponga viejo,

nos quedarán los labios

y el silencio.

 

Cuando tú te quedes muerta,   

cuando yo me quede muerto,    

tendrán que enterrarnos juntos

y en silencio;                             

 

y cuando tú resucites,             

cuando yo viva de nuevo,        

nos volveremos a amar

en silencio;

 

y cuando todo se acabe

por siempre en el universo,       

será un silencio de amor

el silencio.                                  

Silence

Quand tu seras muette,

quand je serai aveugle,

il nous restera les mains.


Quand tu deviendras vieille,

et quand je deviendrai vieux,

il nous restera les lèvres

et le silence.


Quand toi tu seras morte,

et moi je serai mort,

ils devront nous enterrer ensemble

en silence;


et quand tu ressusciteras,

quand je revivrai,

nous nous aimerons à nouveau

en silence;


et quand tout finira

pour toujours dans l’univers,

ce sera un silence d’amour

le silence                                                                                                           


 

Silencio Pablo Neruda

 

 

Yo que crecí dentro de un árbol

tendría mucho que decir, oranges 1.jpg

pero aprendí tanto silencio

que tengo mucho que callar

 

y eso se conoce creciendo

sin otro goce que crecer,

sin más pasión que la substancia

sin más acción que la inocencia,

y por dentro el tiempo dorado

hasta que la altura lo llama

para convertirlo en naranja.

 

Silence P. Neruda

 

Moi qui ai grandi à l’intérieur d’un arbre

j’aurais beaucoup à dire,

mais j’ai appris tant de silence

que j’ai beaucoup à taire

 

et cela s’apprend en grandissant

sans autre plaisir que grandir,

sans plus de passion que la substance,

sans plus d’action que l’innocence,

et en dedans le temps doré

jusqu’à ce que la hauteur l’appelle

pour le transformer en orange.

 

Traductions: Colette

 

Foto 1: http://www.elmundo.es/elmundo/2009/11/22/cultura/1258912481.html

Foto 2. http://www.elmanana.com.mx/notas.asp?id=219895

 

 

 

02/04/2011

Le fil rouge / El hilo rojo

Si j’ai tant tardé à me lancer à vous parler de Marisa Herrón c’est que son parcours est si riche en variété de styles et de matériaux que la tâche me paraissait hasardeuse.

Si he tardado tanto tiempo en decidirme a hablaros de Marisa Herrón es porque su recorrido es tan rico en estilos y materiales que la tarea me parecía aventurada.

Marisa herron Silencios.jpg
Silencios

 

Un coup de fil à Valencia :

-         Marisa, je ne trouve pas grand-chose à ton sujet sur Internet, beaucoup d’expos collectives mais rien d’intéressant.

-          Ah, mais c’est que j’ai commencé il y a longtemps, avant le temps du tout sur le Net, si tu veux je t’envoie des coupures de journaux.

-         Merci ! Je peux copier et reproduire certaines de tes œuvres sur mon blog ?

-         Sers-toi.

 

Una llamada a Valencia:

-         Marisa, no encuentro gran cosa sobre ti en Internet, muchas exposiciones colectivas y poco más.

-         Claro, es que yo empecé hace mucho tiempo, antes de la era del todo en la Red. Si quieres te mando recortes de periódicos.

-         ¡Gracias!. ¿Puedo copiar y reproducir alguna de tus obras en mi blog?

-         Elige.

 

 

J’ai également reçu l’aide précieuse d’une amie artiste blogueuse qui m’a permis de mieux percevoir l’unité de l’œuvre à travers le temps et les médiums. Grand merci à toi.

 También he tenido la preciosa ayuda de una amiga artista bloguera que me ha hecho ver la unidad de la obra a través del tiempo y de los medios empleados. A ti, gracias.

Sur son beau site vous verrez des céramiques-sculptures  parfois ornées de très fines toiles métalliques, des peintures sur lesquelles on trouve du textile, du carton, un intéressant et permanent mélange de matériaux.

En su bello website podréis ver  cerámicas-esculturas adornadas, a veces con telas metálicas muy finas, pinturas en las que aparecen textiles, cartón, una interesante y permanente mezcla de materiales.

Marisa herron Pausas.jpg
Pausas

 

« Il existe une confusion entre ce qui est céramique et ce qui est sculpture. Pour moi la céramique est le matériel que j’emploie pour m’exprimer, comme peuvent l’être le papier ou le fer, et non pas une œuvre finie » dit-elle.

 « Existe confusión entre lo que es cerámica y lo que es escultura. Para mí la cerámica es el material que utilizo para expresarme, como puede ser el papel o el hierro, no una obra acabada” dice ella.

 

Dans la première série, des sculptures en grès, des objets du quotidien, « souvenirs d’enfance » dit Marisa et puis Silences et Pauses, ces beaux moments de distanciation que je retrouve aussi dans nombre de ses peintures et surtout dans la deuxième série « Du blanc au noir ».  « Sobres à l’extrême, ces céramiques nous approchent à des sensations ou passages oniriques, si inquiétants parfois, mais le plus souvent lyriques » (Las Provincias, 24-12-2000)

Marisa herron Sombras.jpg
Sombras (ombres)

En la primera serie, esculturas en gres, objetos cotidianos, « recuerdos de la infancia » dice Marisa y después Silencios y Pausas, bellos momentos de alejamiento que yo vuelvo a encontrar en buen numero de sus pinturas y sobre todo en la segunda serie « Del blanco al negro ». « Sobrias en extremo, su cerámica nos aproxima a sensaciones o pasajes de un mundo onírico tan inquietante en ocasiones, como lírico en otras – la mayoría-.”(Las Provincias, 24-12-2000)

 

Marisa herron Paisajes.jpg

 Ce tableau appartient à la série « Mediterraneo ». Des lopins de terre, travail de l’homme, et cette ligne rouge, très récurrente dans sa peinture ;  même quand les couleurs sont pâles, délicates, ce fil rouge, comme une ligne de vie ou « la vie qui ne tient qu’à un fil » m’écrit mon amie. Le temps qui passe…

Este cuadro pertenece a la serie « Mediterráneo ». Parcelas de tierra, trabajo del hombre, y esa línea roja recurrente en su pintura; incluso cuando los colores son pálidos, delicados, ese hilo rojo, como una línea de vida o como « la vida que pende de un hilo » me escribe mi amiga. El tiempo que pasa...

 

Paisaje 1 

 

Les deux dernières séries, acrylique et textile, sont intimistes ; intérieur et extérieur, des paysages comme des cartes ou des images satellite, et l’intérieur des maisons dirait-on, aux taches de couleur et aux tissus collés. Toiles sur la toile qui donnent à la relative austérité des tableaux une touche de chaleur.

 Las dos últimas series « Acrílicos y materia textil » son intimistas; interior y exterior, paisajes como mapas o imágenes satélite y el interior de casas, diríamos, con manchas de color y tejidos pegados. Telas sobre tela que dan, a la relativa austeridad de los cuadros, un toque de calor.

Marisa herron SEcuencias E.jpg
Secuencias E

 

 

Os dejo mirar a gusto, seguir el hilo de l’artiste, de la vida... ¡Feliz semana!

Je vous laisse regarder à l’aise, suivre le fil de l’artiste, de la vie…Bonne semaine !

 

 

 

12/03/2011

Expo "Heroínas" à Madrid

 

héroïne Gaston Lachaise.jpg

L’exposition « Heroínas » qui a lieu en ce moment et jusqu’au 5 juin au musée Thyssen-Bornemizsa de Madrid tient son nom de la sculpture colossale « L’Héroïne » de Gaston Lachaise (1932) et présente 120 œuvres venant du monde entier.

 

Comme je ne l’ai pas (encore) vue mais que j’aimerais que soyez tentés d’y aller, ce sont le commissaire de l’exposition et une journaliste qui vont vous la présenter.

 

Homenaje a Santa teresa Marina Abramovic.jpgLa exposición « Heroínas » que tiene lugar en este momento y hasta el 5 de junio en el museo Thyssen-Bornemizsa de Madrid saca su nombre de la colosal escultura “La Heroína” de Gaston Lachaise (1932) y presenta 120 obras procedentes del mundo entero.

Como no la he visto (todavía) pero que me gustaría que os apeteciera acudir, son el comisario de la exposición, Guillermo Solana y una periodista quienes os la van a presentar.

 

De cette sculpture emblématique, Luz Sánchez-Mellado écrit dans un article publié dans El País 27-02-2011 : « …elle impose distance et admiration, oui, mais surtout du respect. (…) Elle est nue, se seins, sa taille, ses hanches et ses cuisses imposent, mais ce n’est pas ce qui impressionne le plus. Ce qui paralyse est son regard. Un mélange d’élégance, d’arrogance et d’assurance qui hypnotise. Elle ne semble vouloir plaire à personne. Elle n’offre ni ne demande rien. Elle se suffit à elle-même. Les bronzes ne parlent pas, de plus elle a la bouche fermée, mais elle semble dire : Je suis ici, regardez-moi. Et elle est là, en effet, et on ne peut détourner son regard d’elle. »

 

De esta escultura emblemática escribe Luz Sánchez-Mellado en un artículo publicado en El País 27-02-2011: “…impone distancia y admiración, sí, pero sobre todo respeto. (…) Está desnuda, y sus pechos, su cintura, sus caderas y sus muslos apabullan lo suyo, pero no es eso lo que más impresiona. Lo que paraliza es su mirada. Una mezcla de arrogancia y seguridad en sí misma que hipnotiza. No parece querer agradar a nadie. No ofrece ni pide nada. Se basta y se sobra sola. Los bronces no hablan, y además, ella tiene la boca cerrada, pero parece estar diciendo: Aquí estoy yo, miradme. Y aquí está, en efecto, y no se puede dejar de mirarla.”El heroe II.jpg

 

 

 

« La représentation de la femme dans l’art occidental s’est principalement limitée à deux stéréotypes: mères et séductrices. La maternité et l’objet érotique. Des femmes presque toujours au service de l’homme, soumises, vaincues, complaisantes. Mais le sujet de notre exposition sont les femmes fortes : actives, indépendantes, provocantes, inspirées, créatrices, dominatrices, triomphantes ». Guillermo Solana.

 

 

 

 

 

 

Amazone blessée Franz von Stuck.JPG

« La representación  de la mujer en el arte occidental se ha limitado mayoritariamente a dos estereotipos: madres y seductoras: la maternidad y el objeto del deseo erótico. Mujeres casi siempre al servicio del hombre, sumisas, vencidas, complacientes. Pero el objeto de nuestra exposición son las figuras de mujeres fuertes: activas, independientes, desafiantes, inspiradas, creadoras, dominantes, triunfantes”. Guillermo Solana

 

 

 

« Voir cet éblouissant défilé d’amazones et magiciennes, d’athlètes et de ménades, de lectrices et travailleuses, de sorcières et de saintes, de bonnes et mauvaises filles donne envie de leur organiser une fête. Elles ont vécu ou furent créées à des siècles, même des millénaires, différents. Mais sûr qu’elles se seraient bien entendues (…) » (même article de El País)

« Viendo este deslumbrante desfile de amazonas y magas, atletas y ménades, lectoras y trabajadoras, brujas y santas, buenas chicas y chicas malas, dan ganas de montarles una fiesta. Vivieron o fueron creadas en siglos, incluso milenios, diferentes. Pero seguro que se hubieran caído bien. (…)” (mismo artículo de El País)

 

Intéressant me direz-vous peut-être, mais y a-t-il aussi, à côté des œuvres réalisées par leurs collègues masculins aussi célèbres que Rubens, Rembrandt, Goya, Delacroix, Hopper… des créations réalisées par des femmes ?Emil Nolde prêtresses 1912.jpg

Mais oui, mais oui ! Marina Abramovic, Sarah Jones, Mona Hatoum, Julia Fullerton-Battem, Pipilotti Rist, Frida Kahlo, Berthe Morisot, Nancy Spero... y sont présentes.

 

Interesante me diréis tal vez, pero ¿también hay, al lado de las obras realizadas por sus colegas masculinos tan celebres como Rubens, Rembrandt, Goya, Delacroix, Hopper… creaciones realizadas por mujeres?

¡Claro que sí! Marina Abramovic, Sarah Jones, Mona Hatoum, Julia Fullerton-Battem, Pipilotti Rist, Frida Kahlo, Berthe Morisot, Nancy Spero... están allí presentes.

 

Voici l’adresse officielle du musée.

 

Tous les détails pratique ici.

 

Et une vidéo de l’expo ici .

 

 Vous pouvez cliquer sur toutes les photos pour les agrandir….comme toujours !

Podéis hacer clic en todas las fotos para verlas más grandes…. ¡como siempre!

  

Photos:

1) Héroïne - Gaston Lachaise

2) Homenaje a Santa Teresa - Marina Abramovic

3) El heroe II- Marina Abramovic

4) Amazone blessée Franz von Stuck

5) Prêtresses Emil Nolde

6) Camila Sarah Jones

 

 

Camila (III) Sarah Jones.jpg

12/02/2011

L'oeil d'Osiris, Malte / El ojo de Osiris, Malta

                          Edward Caruana Dingli.jpg                        

Pourquoi Malte ? D’abord parce que, comme les Baléares, c’est un archipel qui tout au long de l’histoire a été convoité par tous, envahi, colonisé : il semble que les îles Baléares constituent un point stratégique de contrôle de l’entrée dans la Méditerranée depuis l’Atlantique ; l’archipel de Malte l’est tout autant vers le Moyen Orient.

Ensuite parce que, à part l’histoire des chevaliers de Malte, les séjours anglo- linguistiques qu’y font certains jeunes gens et son appartenance à L’union Européenne, j’ignorais tout le reste.

 

bateau-malte.jpg

Fortifications, bords de mer dangereux et pêche aventureuse (là-bas les bateaux ont l’œil d’Osiris peint sur la proue pour les protéger) sont le lot des deux archipels pendant des siècles. Les habitants vivent plus volontiers,  plus en sécurité, à l’intérieur des terres et la cuisine traditionnelle en est le témoin. Ici à Malte j’ai trouvé « une soupe de la veuve » faite de légumes et fromage de chèvre fondu et puis le plat le plus apprécié, le lapin. (Il y a bien sûr des poissons et une forte influence de la cuisine italienne, la Sicile est à deux pas.)

 

 

 

Edward-Caruana-Dingli-horse-cart.jpg¿Por qué Malta? Primero porque, al igual que las Baleares, es un archipiélago que a lo largo de su historia ha sido codiciado, invadido, colonizado: parece ser que las islas Baleares son un punto estratégico para el control de la entrada en el Mediterráneo desde el Atlántico; el archipiélago de Malta no lo es menos hacia el Oriente Medio.

Después porque, aparte de la historia de los caballeros de Malta, de las estancias anglo-lingüísticas que realizan algunos jóvenes allí y su pertenencia a la Unión Europea; lo demás, lo ignoraba.

Edward Caruana Dingli - Maltese Womens National Dress.jpgFortificaciones, costas peligrosas y pesca venturosa (allí los barcos tiene el ojo de Osiris pintado en la proa para protegerlos) son el destino de los dos archipiélagos durante siglos. Los habitantes eligen vivir en terrenos más resguardados, seguros, en el interior de las tierras y la cocina tradicional lo refleja: Aquí en Malta he encontrado una “sopa de la viuda” hecha con verduras y queso fresco de cabra fundido y el plato más apreciado que es el conejo. (Por supuesto hay pescado y una fuerte influencia de la cocina italiana, Sicilia está a dos pasos.)

 

Les illustrations sont du peintre maltais Edward Caruana Dingli

Las ilustraciones son del pintor maltés Edward Caruana Dingli.

 

Et pour terminer un poème triste et beau écrit en maltais par Oliver Friggieri et traduit en français par Martine Vanhove.

 

Y para terminar un poema triste y bonito  escrito en maltés por Oliver Friggieri , traducido al francés por Martine Vanhove y al español, por MA y yo.

 

   LE RITUEL DU CRÉPUSCULE

 

 

 Le désir pénètre chevauchant la vague,

chacun l'observe et le salue,

mon coeur sur la jetée attend

comme à l'appel du crépuscule :

l'espoir lui fait délier les filets et voir le contenu,

l'amour lui a appris à ne rien demander et il se tait,

l'angoisse lui a enseigné que la prise n'est pas pour lui.

 

El ritual del crepúsculo

 

El deseo penetra cabalgando la ola,

todos le observan y le saludan,

mi corazón en el malecón espera

como cuando suena el crepúsculo:

la esperanza le hace desatar las redes y ver el contenido,

el amor le ha enseñado a no pedir nada y se calla,

la angustia le ha enseñado que para él no es lo cogido.

(trad. MA y Colette)

 

 

 

05/02/2011

En longeant les côtes.../ Costeando...

 

Un peu de musique ? Voici la belle voix de l’algérienne Souad Massi

¿Un poco de música? Hé aquí la bonita voz de la argelina Souad Massi.

 

Embarquons à bord d’un ou plusieurs llaouds…combien sommes-nous ?- ces modestes bateaux de pêche traditionnels majorquins. Si l’archipel de Malte est notre prochaine escale, nous resterons en mer cette semaine. Le temps de regretter les rires des femmes algériennes, les amandiers en fleur et celui dont nous n’avons pas parlé : le désert.

Embarquemos a bordo de uno o más llaudes… ¿cuántos somos? - esos modestos tradicionales barcos de pesca mallorquines. Si el archipiélago de Malta es nuestra próxima escala, esta semana nos quedaremos en el mar. El tiempo de echar de menos las risas de las mujeres argelinas, los almendros en flor y él que no hemos mencionamos: el desierto.

Llaud mallorquin.jpg

 

CASIDA DEL SEDIENTO Miguel Hernández

 

Arena del desierto
soy: desierto de sed.
Oasis es tu boca
donde no he de beber.

Boca: oasis abierto
a todas las arenas del desierto.

Húmedo punto en medio
de un mundo abrasador,
el de tu cuerpo, el tuyo,
que nunca es de los dos.

Cuerpo: pozo cerrado
a quien la sed y el sol han calcinado.

 

Casida de l’assoiffé - Miguel Hernández (casida: composition poétique arabe ou persane)

 

Sable du désert

je suis : désert de soif.

Oasis est ta bouche

où je ne dois boire.

Bouche : oasis ouverte

à tous les sables du désert.

Point humide au milieu

d’un monde brûlant

celui de ton corps, le tien,

qui n’est jamais des deux.

Corps : puits fermé

que la soif et le soleil ont calciné. (Trad. Colette)

 

 

khobs tounes.jpg

Le temps aussi, en longeant les côtes, de croquer des khobz tounes, ces gâteaux algériens aux amandes parfumés au citron ou alors ces délicieux kaâk ambar tunisiens à l’amande et eau de rose.

 

kaâke warka.jpgEl tiempo también, costeando, de hincar el diente en unos khobz tounes, esos pastelitos de almendras argelinos perfumados al limón………..o esos deliciosos kaâk ambar tunecinos de almendras y agua de rosas.

 

 

 

 

Le temps enfin et bien sûr, de suivre attentivement les nouvelles venant des pays en ébullition démocratique.

Mais voilà que les îles ….à la semaine prochaine.

El tiempo por fin y por supuesto, de seguir atentamente las noticias procedentes de los países mediterráneos en ebullición democrática.

Pero allí están las islas…hasta la semana que viene.

 

29/01/2011

Jeux poétiques algériens /Juegos poéticos argelinos

PuigpunyentFeb2006023.jpg

 

Les amandiers fleurissent en ce moment en Méditerranée et chaque pays a ses recettes de gâteaux, d’huiles douces, de lait d’amande...Voilà, mon billet gourmandise-santé était presque terminé quand, en cherchant un poème sur les amandiers, des jeux poétiques algériens m’ont incitée à prolonger l’escale.

Los almendros florecen en este momento en el Mediterráneo y cada país tiene sus recetas de pasteles, aceites, leche de almendra….He aquí que mi post goloso estaba casi terminado cuando, al buscar un poema sobre los almendros, unos juegos poéticos argelinos me han incitado a prorrogar la escala.

 

 C’est donc un article daté du 31-08-2009 du journal Magharebia intitulé  Les algériennes préfèrent la poésie aux sitcoms dans les traditions du Ramadan qui m’a fait découvrir un rituel passionnante, un jeu poétique où les femmes tentent de prédire l’avenir :  la Bouqala (l’histoire de son origine ici)

Es un artículo que data del 31.08.2009 en el diario Magharebia titulado "Las argelinas prefieren la poesía a las comedias de situación en las tradiciones del Ramadán", que me hace descubrir un ritual apasionante, un juego poético donde las mujeres intentan predecir el futuro; los bouqala.

 Au cours du Ramadan -mais aussi durant l’année ai-je lu- des femmes de tous âges se réunissent chez l’une d’elles, de préférence sur les terrasses des maisons, pour faire la bouqala.

« Le jeu consiste à se réunir autour d’un bocal (d’où le nom Bouqala) rempli de l’eau de sept sources ou de sept robinets : toutes les femmes y mettent un bijou, bague, boucle d’oreille ou une broche. La plus âgée des femmes (…) récite une bouqala, des poèmes tirés de la tradition orale qui parlent d’amour, de chagrin, de mariage et de longs voyages.

A tour de rôle, les femmes pensent à une personne en particulier et lui dédient la bouqala. En fonction du poème, les femmes tentent d’expliquer ce que prévoit l’avenir : une rencontre, une séparation, un long voyage »

 

bouqat.jpg

 Durante el Ramadán – pero leí que también en el curso del año-, mujeres de todas las edades se reúnen en casa de una de ellas, preferentemente en las terrazas de las casas, para hacer la Bouqala.

“El juego consiste a reunirse alrededor de un bocal (de allí el nombre Bouqala) lleno de agua de siete fuentes o de siete grifos: todas las mujeres ponen dentro una joya, un anillo, un pendiente o un broche. La mujer de más edad (…) recita una bouqala, poemas sacados de la tradición oral y que hablan de amor, de penas, de matrimonios y de largos viajes.

 Por turnos las mujeres piensan en una persona en particular y le dedican la bouqala. En función del poema las mujeres intentan explicar lo que prevé le futuro: un encuentro, una separación, un largo viaje.”

 

Ce qui m’a séduite c’est que ce jeu apporte des moments de rire, poésie et rêve dans la vie des femmes. Plutôt que de regarder la télévision, elles maintiennent les traditions en s’amusant. L’une d’elle, El Hadja Fatma dit : « Même si on savait qu’elle n’avait aucun pouvoir de prédiction, on croyait aux messages que la bouqala délivrait (…) et lorsqu’elle nous parlait d’une rencontre avec un beau jeune homme, on voulait y croire »

Lo que me sedujo es que este juego aporta momentos de risa, de poesía y de sueños en la vida de las mujeres. En vez de mirar la televisión, mantienen las tradiciones divirtiéndose. Una de ellas, El Hadja Fatma dice:”Incluso sabiendo que no tenían ningún poder de predicción, creíamos en los mensajes que sugería (…) y cuando nos hablaba de un encuentro con un chico, joven y guapo, queríamos creerlo.”

 

Voici deux bouqala qui parlent d’amandes et la troisième du futur.

Aquí tienen dos bouqalas que hablan de almendras y la tercera del futuro.

 

                                                               L’amandier fleurit au printemps

La lune découvre sa lumière,

Les joues rougissent de pudeur

Devant l’amant qui se trahit.

El almendro florece en primavera

La luna descubre su luz,

Las mejillas se sonrojan de pudor

Delante del amante que se traiciona.

 

السفينة اللّي جات باش نكافيها
بللّوز والسكر نطعم غاشيها
وبالزبد والعطر نطلي صواريها
ونطلب ربي العزيز للحج يدّيها

Asfina li jaat bach nkafiha
Ballouz wa assokar nat3am ghachiha
Wa bel zebad wa la3tar nattli swariha
Wa natlab rabi la3ziz lel haj yadiha.

 

Le navire qui est arrivé, comment lui témoignerai-je ma gratitude?
D’amandes et de sucre je nourrirai ses gens.

De civette et d’essence parfumée j’oindrai ses mâts
Et je prierai Dieu Tout-puissant de le conduire au pèlerinage de la Mekke

La nave que ha llegado, ¿cómo probarle mi gratitud?

De almendras y de azúcar alimentaré su gente.

De almizcle y de esencias perfumadas untaré sus mástiles

Y rezaré al Dios Todo Potente de llevarle al peregrinaje de la Meca.


Voisine! Ma voisine, mon coeur est pour toi et mes yeux ne voient que toi,

que ferai-je si ton père me refuse?

¡Vecina! Mi vecina, mi corazón es para ti y mis ojos no ven más que tú,

¿Qué haré si tu padre me rechaza?

 

(Traductions: Colette)

15/01/2011

En Méditerranée / En el Mediterraneo

artwork_images_424832152_417149_lamine-sassi.jpgJe vous propose, et ce pendant quelques semaines, de m’accompagner dans un projet que je nourris depuis longtemps : faire un tour poétique de par les îles et pays bordant la Méditerranée.

Tant de paysages, lumières, cultures nous unissent… Je vais donc sortir pendant un temps du cadre hispanique qui était le mien et nous naviguerons hors de mon archipel des Baléares.

Os propongo, y eso durante unas semanas, acompañarme en un proyecto que tengo desde hace tiempo: dar una vuelta poética por las islas y países lindando el Mediterráneo.

Tantos paisajes, luces, culturas nos unen….Saldré pues durante un tiempo del cuadro

hispano que era el mío y  navegaremos fuera de mi archipiélago Balear.

Lamine Sassi 

 

Un fort sentiment de solidarité et d’encouragement m’a fait choisir la Tunisie comme point de départ.

Un fuerte sentimiento de solidaridad y de ánimo me ha hecho elegir Túnez como punto de partida.

 

 

Le vent sans abri   Tahar Bekri

Comme une rose sauvage
Brûlée par le soir
Perdant le sommeil
L'absence
Suspend les saisons à tes paupières
   artwork_images_425015464_412789_nja-mahdaoui.jpg                                                                     
La chevauchée du rêve rebelle
Quittant la frémissante rosée
Par les matins
Où s'évade la lumière
Lumière après lumière
S'effritent les années
Aux confins des injustes frontières
Lueurs impénitentes
Alliées aux réminiscences des aurores.

Cette porte depuis longtemps
Ouverte à la mer                                                                  
Pour accueillir le vent sans abri
Dans la course des heures
Dans la nuit inconsolable
Des vagues venaient
Reposer leur âme pourpre
Comme ton souvenir
Ou les feux de l'océan
L'écume laissée là
Sur le seuil
Fleur de sel
Dans les bras de l'éphémère. (Extrait)

(Illustration: Nja Mahdaoui)

EL VIENTO SIN REFUGIO Tahar Bekri

Como una rosa salvaje
Abrasada por el ocaso
Perdiendo el sueño
La
ausencia                                                                                                                      
Suspende las estaciones en tus párpadosNejib Belkhodja.jpg                                                                      
La cabalgada del sueño rebelde
Dejando atrás el trémulo rocío
En las mañanas
En las que escapa la luz
Luz tras luz
Se desmoronan los años
En los confines de las injustas fronteras
Destellos impenitentes
Aliados con las reminisciencias del alba

Desde hace tiempo esta puerta
Abierta al mar
Para acoger al viento sin refugio
En la carrera de las horas
En la noche incansable
Venían olas
A reposar su alma púrpura
Como tu recuerdo
O los fuegos del océano
La espuma allí dejada
En el umbral
Flor de sal
En los brazos del efímero (Extractos) Trad. Colette

(Ilustración: Nejib Belkhodja)

 

27/11/2010

Pur désir /Puro deseo

Le poème est l’amour réalisé du désir demeuré désir.  

                   René Char (Fureur et mystère)

El poema es el amor realizado del deseo permanecido deseo.

 

Qu’ajouter? Mon billet de cette semaine est le résultat de plusieurs jours d’immersion, délicieuse, dans la poésie de René Char et de Pablo Neruda. Et de traductions. Oh, même si j’y ai beaucoup travaillé, elles ne sont pas parfaites et j’accepte volontiers toute suggestion de votre part.

¿Qué podría añadir? Mi nota de esta semana es el resultado de varios días de deliciosa inmersión en la poesía de René Char y de Pablo Neruda. Y de traducciones. O, aunque trabajé mucho, no son perfectas y acepto con mucho gusto cualquier sugerencia.

 

 

Le noeud noir   René Char (Chant de la Balandrane 1977)

 

Je me redis, Beauté,

ce que je sais déjà,

Beauté mâchurée

d’excréments, de brisures.

Tu es mon amoureuse,le noeud noir Seurat.jpg

je suis ton désirant.

Le pain que nous cuisons

dans les nuits avenantes,

tel un vieux roi s’avance

en ouvrant ses deux bras.

 

Allons de toutes parts.

Le rire dans nos mains,

jamais isolément.

Corbeille aux coins tortus,

nous offrons tes ressources.

Nous avons du marteau

la langue aventureuse.

Nous sommes des croyants

pour chemins muletiers.

 

 

Moins la clarté se courbe

plus le roseau se troue

sous les doigts pressentis.

 

 

El nudo negro René Char (Chant de la Balandrane 1977)

 

Me repito, Belleza,

lo que ya sé,

Belleza tiznada

de excrementos, hecha trizas.

Eres mi enamorada,

soy tu suspirante.Dali-enigmedudesir.jpg

El pan que cocemos

en las noches acogedoras,

cual rey anciano se adelanta

los dos brazos abiertos.

 

Vámonos por todas partes,

con la risa en las manos,

nunca separados.

Cesta con picos tuertos,

ofrecemos tus recursos.

Tenemos del martillo

la lengua aventurera.

Somos creyentes

Para caminos muleros.

 

Cuanto menos se dobla la claridad,

más se ahueca la caña

bajo los dedos presentidos.

(Trad. Colette)

 

 

Déjame sueltas las manos  Pablo Neruda

 

Déjame sueltas las manos

y el corazón, déjame libre!

Deja que mis dedos corran

        por los caminos de tu cuerpo.

La pasión – sangre, fuego, besos -

me incendia a llamaradas trémulas.

Ay, tú no sabes lo que es esto!

 

Es la tempestad de mis sentidos

   doblegando la selva sensible de mis nervios.

Es la carne que grita con sus ardientes lenguas!

Es el incendio!

Y estás aquí, mujer, como un madero intacto

  ahora que vuela toda mi vida hecha cenizas

hacia tu cuerpo lleno, como la noche, de astros!

 

Déjame libre las manos

          y el  corazón, déjame libre!

      Yo sólo te deseo, yo sólo te deseo!

No es amor, es deseo que se agosta y se extingue,

es precipitación de furias,

          acercamiento de lo imposible,

pero estás tú,

                   estás para dármelo todo,

y a darme lo que tienes a la tierra viniste-

como yo para contenerte,

y desearte,

y recibirte!

 

Laisse mes mains dénouées  Pablo Neruda

 

Laisse mes mains dénouées

et le cœur, laisse-moi libre !

Laisse courir mes doigts

        sur les chemins de ton corps.

La passion – sang, feu, baisers –

m’incendie de flammes tremblantes.

Aïe, tu ignores ce que c’est !

 

C’est la tempête de mes sens

  gagnant la jungle sensible de mes nerfs.

C’est la chair qui crie de ses langues ardentes !

C’est l’incendie !

Et tu es ici, femme, comme une bûche intacte

  maintenant que toute ma vie faite cendres vole

vers ton corps plein d’astres, comme la nuit !

 

Laisse mes mains dénouées

        et le cœur , laisse-moi libre !

   Je ne fais que te désirer, je ne fais que te désirer !

Ce n’est pas de l’amour, c’est du désir qui se flétrit et s’éteint,

pagaille de furies,

      approche de l’impossible,

mais tu es là,

               là pour tout me donner

et pour tout me donner tu es venue sur terre –

comme moi pour te contenir,

et te désirer,

et te recevoir !

(Trad. Colette)

 

 Illustrations: Seurat, le noeud noir / Dali, l'énigme du désir

 

 

 

 

06/11/2010

Souvenirs /Recuerdos

                   otoño 003.jpg                   

Court le  billet de cette semaine car, et pour le première fois depuis les 35 ans que je vis en Espagne, mes deux sœurs sont venues me voir, ensemble et sans leur famille.

 Le soleil brille, la nature est superbe, les émotions fusent ; on se voit si peu.

 Nos souvenirs sont bien souvent contradictoires : «  mais non, ce n’était pas Tante Yoyo, c´était tante Minou ou tante Poucette qui était tombée dans une poubelle ! »… (Oui, nos tantes avaient des surnoms évocateurs…).

Nous tombons pourtant d’accord sur certains sujets comme les repas dominicaux de notre jeunesse : poulet rôti-frites-salades, gâteau, souvent un quatre-quart.

À l’époque, un passé pas si, si lointain quand même,  le poulet était un met de fête chez nous ; quant aux frites, ah ces frites belges, uniques, les meilleures ! (ici une recette possible pour les non belges avides de connaître leur secret ! )

 

Corta la nota de esta semana ya que por primera vez en los 35 años que llevo viviendo en Eotoño 001.jpgspaña, han venido a verme, juntas y sin su familia, mis dos hermanas.

 Brilla el sol, la naturaleza es magnífica, las emociones estallan; nos vemos tan poco.

Nuestros recuerdos son por supuesto contradictorios:” no, no era la tía Yoyo, era la tía Minou o la tía Poucette que se había caído en una basura”… (sí, nuestras tías tenían apodos evocadores…).

Nos ponemos de acuerdo sobre algunos temas como el de las comidas dominicales de nuestra juventud: pollo asado-patatas fritas-ensalada, pastel, a menudo bizcocho.

En aquellos tiempos (no tan, tan lejanos) el pollo era un plato de fiesta en casa, en cuanto a las patatas fritas, ¡ah, esas patatas fritas belgas, únicas, las mejores! (para los no-belgas ávidos de conocer nuestro secreto, se fríen dos veces)

 

La patate vient bien sûr d’Amérique du Sud et au Chili il en existe 200 variétés, ils les appellent papas ; leur préparation a inspiré Pablo Neruda, voici des « papas » poétiques.

 

Ode à la papa frite Pablo Neruda

 

Elle grésille

dans l’huile

bouillante

la joie

du monde :papasnativas.jpg

les papas

frites

entrent

dans la poêle

telles d’enneigées

plumes

de cygne

matinal

et en sortent

semi dorées par le crépitant

ambre des olives.

 

L’ail

leur ajoute

sa fragrance terrienne,

le poivre,

pollen qui traversa les récifs,

et

vêtues

à nouveau

d’un costume d’ivoire, elles emplissent l’assiette

de leur abondante répétition

et de leur savoureuse simplicité de terre. (Trad. Colo)

 

 

Oda a la papa frita Pablo Neruda

 

Chisporrea

en  el aceite

hirviendo

la alegría

del mundo:

las papaspapas-nativas.jpg

fritas

entran

en la sartén

como nevadas

plumas

de cisne

matutino

y salen

semidoradas por el crepitante

ámbar de las olivas.

 

El ajo

les añade

su terrenal fragancia,

la pimienta,

polen que atravesó los arrecifes,

y

vestidas

de nuevo

con traje de marfil, llenan el plato

con la repetición de su abundancia

y su sabrosa sencillez de tierra.

 

 (Photos prises sur ma terrasse et variétés de papas chiliennes- cliquer pour agrandir)