20/08/2010

Saveurs, parfums des heures /Sabores, perfumes de las horas

Rares sont les aubes qui m’échappent.

Une journée me semble perdue, ou dure à récupérer si, assise sur une marche en pierre sèche, un café à la main, je rate ce moment.

Tout aussi important est l’instant, car ça va très vite, où le soleil fatigué se glisse derrière la montagne.

Ce sont mes heures.

Heures. Chacun a les siennes.

 

Pocas son las albas que se me escapan.

Un día me parece perdido, o difícil de recuperar si, sentada en un peldaño de piedra, con un café en la mano, me pierdo este momento.

Igual de importante es el instante, porque va muy deprisa, en el que el sol cansado se desliza tras la montaña.

Son mis horas.

Horas. A cada cual las suyas.

 

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Heure

                   P.Reverdy

 

Un œil se ferme à l’horizon
                     L’autre se lève
Combien de temps faut-il pour parcourir la nuit
Le bruit et la lumière
Étoiles et grelots
            Quelqu’un sur la montagne a jeté son manteau
                     Et derrière
                                       L’eau
            Le soleil éteint qui tombe
Et le chant plus gai d’un oiseau
            Le tour du monde
                              Tout se dresse autour du rideau
                       Les voix qui montent vont plus haut
                       ou les marches plus basses
                              Celui qui redescend
                              Marche la tête basse
L’ombre s’allonge
                              Le ciel s’éclaire
On écoute les bruits tomber tout près du mur
                                     Contre la terre

 

Poème lu sur le site Terre de femmes, Angèle Paoli/Terres de femmes

 

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Foto: I.Pampín. 

Hora

                       Reverdy

Un ojo se cierra en el horizonte

             El otro se levanta

Cuánto tiempo hace falta para recorrer la noche

El ruido y la luz

Estrellas y cascabeles

               Alguien en la montaña ha tirado su abrigo

                   Y detrás

                                      El agua

              El sol apagado que cae

Y el canto más alegre de un pájaro

           La vuelta al mundo

                              Todo se eleva alrededor de la cortina

                     Las voces que suben van más alto

                     O los peldaños más bajos

                              El que vuelve a bajar

                               Anda cabizbajo

La sombra se alarga

                                El cielo se alumbra

Se escucha caer los ruidos muy cerca de una pared

                                                         Contra la tierra   (Trad. Colette)

 

14/08/2010

Frivolité de fin d'été /Frivolidad de fin de verano

Trois ans de suite, 2001, 2002, 2003, Elvira Lindo publia dans le journal El País une série de courts récits basés sur ses vacances estivales dans un village espagnol. Fiction et réalité se mélangent avec un humour décapant dans cette saga familiale où elle narre le quotidien (apparemment banal), ironise sur les vanités de notre société, l’observe en  s’amusant énormément.

Pour tous ceux qui ont le moral raplapla, voilà la traduction d’une partie de « Que c’est romantique  » publié en 2003 (Otro verano contigo, ed. Aguilar, Tinto de verano 3)

 

Para  los que tienen la moral por los suelos, he aquí unos pasajes de una de las crónicas humorísticas  escritas por Elvira Lindo y publicadas por el diario El País durante los veranos 2001, 2002 y 2003.

Esta está sacada de “Tinto de verano 3” “Otro verano contigo” y se llama "Qué romántico"

 

Notes : pour la compréhension de l’extrait : son mari est l’écrivain Antonio Muñoz Molina qu’elle appelle ici « mon saint ».

 

 Cliquer pour agrandir les photos

expo gioia 001.jpg « Grande nouvelle : nous avons eu une tomate.

       La figure de mon saint était un poème quand il est entré le légume miniature à la main. Trois jours durant il refusa de le mordre mais moi, voyant qu’il pourrissait, je l’ai coupé en deux (pour cela les femmes nous avons plus de sang froid) et nous l’avons mangé. Aïe, ce couple d’intellectuels partageant une tomate de leur propre récolte. Je trouve cela fort tendre.

         (…) quand mon saint s’assied sur le perron et contemple notre parcelle de cent mètres, comme Scarlett regardait Tara, je lui demande : « Chéri, sans vouloir t’offenser, crois-tu qu’arrivera le jour où tous les efforts que tu fais, et que je valorise, aboutiront à nous faire une petite salade ?,  car si nous allons de tomate en tomate tous les 15 jours, je trouve que c’est un peu coïtus interruptus ». « Qui sait » me répond-il, « peut-être que nous ne le verrons pas, mais nos petits-enfants mangeront des pommes de ce pommier et chaque bouchée contiendra toutes nos ardeurs ». Il m’en tomba une larme qu’il interpréta comme un signe de mon extrême sensibilité, bien que la vérité soit que moi, penser que je suis morte et que des descendants mangent ce qui est à moi, ça me fait chier. Pourquoi le nier.

     Mais ces discussions frugales ne peuvent dissimuler ce qui saute aux yeux : nous sommes amoureux. ( …). Que sonnent les violons ! Javier Sampedro dit, c’est à la fois illustratif et amusant, que nous tombons amoureux par l’odeur , parce que nous nous voyons comme de bons reproducteurs (nous, nous n’avons plus que des tomates), et à cause de notre doigt majeur. L’histoire du majeur est ce que je trouve le plus sensé. Surtout pour une femme ce doigt du milieu peut être définitif. Lázaro Carreter le disait déjà : " L’orgasme des hommes est analogique, celui des femmes, digital ."Ce doigt du milieu…je le trouve fondamental." (trad. Colette)

 

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“Grandes noticias: hemos tenido un tomate.

      La cara de mi santo era un poema cuando entró con la diminuta hortaliza en la mano. Estuvo tres días sin querer hincarle el diente pero yo, viendo que se nos pudría, lo partí por la mitad (la mujeres para eso tenemos más sangre fría) y nos lo comimos. Ay, esa pareja de intelectuales compartiendo un tomate de su propia cosecha. Lo encuentro entrañable.

    (…) cuando mi santo se sienta en el pollete, contemplando nuestra parcela de cien metros, como escarlata miraba Tara, yo le pregunto:”Cariño, no te molestes por la pregunta pero, ¿crees que llegará un día en que todo ese esfuerzo que estás haciendo, y que yo valoro, dé para que nos hagamos siquiera una ensalada?, porque si vamos de tomate en tomate cada 15 días, lo encuentro un poco coitus interruptus”. “Quién sabe”. Me contesta, “tal vez nosotros no lo veamos, pero nuestros nietos comerán manzanas de este manzano y en cada bocado estarán contenidos todos nuestros anhelos”. Se me cayó una lágrima, que él interpretó como signo de mi extremada sensibilidad, aunque la verdad es que a mí, pensar en estar yo muerta y unos descendientes comiéndose lo mío, me jode. A qué negarlo.

 

   Pero esas frugales discusiones no pueden disimular lo que a la vista está: estamos enamorados.(…) ¡Que suenen los violines! Dice Javier Sampedro, que ilustra a la par que entretiene, que nos enamoramos por el olor, porque nos vemos pinta de buenos reproductores (nosotros ya sólo tenemos tomates), y por nuestro dedo medio. Lo del dedo medio es lo que encuentro más sensato. Sobre todo para una mujer ese dedo medio puede ser definitivo. Ya lo decía Lázaro Carreter:”El orgasmo de los hombre es analógico, y el de las mujeres, digital”. Ese dedo medio…lo encuentro fundamental”.

 

04/08/2010

Fleurs de nuit /Flores de noche

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 Lundi, vingt deux heures trente, le téléphone sonne. « Colette, descends avec ton appareil, elles sont toutes ouvertes ». C’est la voix de María Teresa, et le ton ne me laisse aucun choix. J’obtempère donc, à tâtons, une nuit sans lune, ouvre la barrière, descends quelques marches, salue son chien qui me saute dessus et la voilà qui surgit de derrière l’énorme figuier qui masque l’entrée.« Je les ai surveillés toute la journée mais les fleurs viennent seulement de s’ouvrir, alors j’ai pensé à toi ». « Les » ce sont ses cactus géants appelés San Pedro (echinopsis pachanoi) qui, cette année, sont couverts de fleurs.

Lunes a las diez y media de la noche suena el teléfono. “Colette, baja con tu cámara, se han abierto”. Es la voz de María Teresa y su tono no me deja ninguna opción. Obtempero pues. Es una noche sin luna, a tientas abro la barrera, bajo algunos peldaños, saludo a su perro que me salta encima y, emergiendo de la enorme higuera que tapa la entrada, aparece ella.“Los he vigilado todo el día pero las flores no se han abierto hasta ahora, así que pensé en ti”.“Los” son sus gigantescos cactus llamados San Pedro (echinopsis pachanoi) que, este año, se han cubierto de flores.

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Maria Teresa a 82 ans, un corps douloureux et une allégresse d’esprit qui, me confie-t-elle, l’a fait monter à l’arrière de la moto de son petit-fils il y a peu pour faire une balade mais « ne le dis à personne, on me gronderait ». Promis.

Nous voilà devant ses San Pedro, on les devine car elle n’a rien allumé, ils doivent mesurer entre 3 et 4 mètres de haut, et je vise, un peu au hasard, les fleurs que je ne vois pas. Plus tard elle apporte une lampe de poche ;  fantastiques !

 

María Teresa tiene 82 años, un cuerpo doloroso y una alegría espiritual que le hizo subirse, hace poco, en la parte trasera de la moto de su nieto para dar una vuelta, “no se lo digas a nadie, me reñirían”. Prometido.

 Estamos delante de los San Pedro, más bien se les adivina ya que todo está a oscuras, deben medir entre 3 y 4 metros, y apunto mi cámara, un poco al azar, hacia flores que no veo. Más tarde trae una linterna: ¡fantástico!

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La journée, explique-t-elle, il y a tellement d’abeilles qu’on ne peut pas s’en approcher et je pense à cette phrase de Philippe Geluk « Le miel des cactus c’est délicieux, même que ce sont des abeilles-fakirs qui le récoltent ».

Rentrée chez moi je découvre que ces géants, originaires des Andes, sont aussi de puissants hallucinogènes (il y a même sur Youtube la manière de procéder).

On ne le dira pas à Maria Teresa… 

 

Durante el día, me explica, hay tantas abejas que uno no puede  acercarse y pienso en esa frase de Philippe Geluk:” La miel del cactus es deliciosa, son las abejas-fakir que la cosechan”

De vuelta a casa descubro que esos gigantes, originarios de los Andes, son también potentes alucinógenos (en Youtube se encuentra incluso la manera de proceder).

No se lo diremos a María Teresa…

 

 

19:47 Publié dans billet | Tags : cactus, san pedro, fleur, nuit, voisine | Lien permanent | Commentaires (6)

22/07/2010

Dur de naître / ¡Qué duro es nacer! 5 photos

Deux jours d’émerveillement, d’encouragements muets : « Vas-y, encore un effort mon petit ».

Nous étions une dizaine, entre 2 et 65 ans, des amis, des voisins, collés à la vitre de la couveuse, à contempler des heures durant les 17 naissances. Pour nous c’était la première fois que nous suivions tout le processus, depuis le premier coup de bec dans la coquille jusqu’à la sortie complète de l’œuf. Il y a en qui ont mis 3 heures à y arriver.

Travail exténuant.

Notre admiration n’avait rien du « oh, qu’il est mignon » ; elle était muette et tenait au dévoilement d’un mystère de la vie, à la ténacité et à la patience sans lesquels leur vie est impossible.

 

Dos días de asombro, de aliento mudo: « venga pequeño, todavía un esfuerzo”

Éramos una decena, entre 2 y 65 años, amigos y vecinos, los que asistíamos  pegados al cristal de la incubadora a los 17 nacimientos. Para nosotros era la primera vez que seguíamos todo el proceso, desde el primer picotazo en la cáscara hasta la salida total del huevo. Algunos han necesitado hasta tres horas para conseguirlo.

Trabajo agotador.

Nuestra admiración tenia poco de “qué bonito”; era muda y hablaba más bien de la revelación de un misterio de la vida, de la tenacidad y la paciencia sin los cuales su vida resulta imposible.

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20/07/2010

L'ennui /El aburrimiento

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 C’est après une conversation avec le responsable de la section légumes et fruits du supermarché que m’est apparue l’idée suivante : pourquoi l’ennui serait-il négatif ? Vivre intensément des moments pas folichons, banals, quotidiens – fastidieux selon les critères établis- n’est-ce pas vivre ?

 Cet homme entre deux âges me disait que les jours torrides et répétitifs à Majorque le déprimaient et qu’il trouvait un plaisir immense à trier, placer les légumes et fruits frais dans les rayons « même si cela semble ennuyeux » me dit-il.

 Fue al hablar con el encargado de la sección de frutas y verduras del supermercado cuando me apareció la idea siguiente: ¿por qué sería el aburrimiento algo negativo? Vivir intensamente aquellos momentos que no son excitantes, banales, cotidianos –      fastidiosos según el criterio establecido - ¿no es vivir?

 

Ese hombre de mediana edad me decía que los días calurosos y repetitivos de Mallorca le deprimían y que escoger y colocar las frutas y  verduras frescas en los lineales le procuraba un gran placer “a pesar de que eso pueda parecer aburrido”, añadió.

naturemorteaucitronetdeuxmandarines70.jpgL’ennui est l’apanage des jeunes entre 10 et 15 ans, et c’est  pour cette raison que les romantiques, qui voulaient vivre une éternelle adolescence, en ont fait leur symbole.

Et les adultes ?  Il y en a qui souffrent de cette insipidité vitale, ils s’ennuient et je me suis demandé de quel talent inné jouissent ceux qui savent apprécier le moment présent, arrivent à lui trouver un côté plaisant.

 

El aburrimiento es la especialidad de los jóvenes de entre 10 y 15 años y es por esta razón por que los románticos, que querían vivir una eterna adolescencia, lo convirtieron en su símbolo.

¿Y los adultos? Los hay que sufren de esta insipidez vital, se aburren y me he preguntado de qué talento innato gozan los que saben apreciar el momento presente, consiguen encontrar su lado placentero.

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J’avais noté ce passage du livre « 99 francs » de Frédéric Beigbeder. "Le vrai hédonisme, c’est l’ennui. Seul l’ennui permet de vivre le présent mais tout le monde vise le contraire : pour se désennuyer, les occidentaux fuient par l’intermédiaire de la télé, du cinéma, d’Internet, du téléphone, du jeu vidéo, ou d’un simple magazine. Ils ne sont jamais à ce qu’ils font, ils ne vivent plus que par procuration, comme s’il y avait un déshonneur à se contenter de respirer ici et maintenant. (…)
On est ailleurs qu’à l’endroit où l’on est. On n’est peut être pas mort, mais pas très vivant non plus. Il serait intéressant de mesurer combien d’heures par jour, nous passons ainsi ailleurs que dans l’instant. Ailleurs que là où nous sommes. (…) »

 

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Del libro “99 francos” de Frédéric Beigbeder había anotado el siguiente pasaje:“El verdadero hedonismo es el aburrimiento. Sólo el aburrimiento permite vivir el presente aún cuando todo el mundo intenta lo contrario: para “desaburrirse” los occidentales se escapan a través de la televisión, del cine, de Internet, del teléfono, del videojuego o de una simple revista. Nunca están a lo que están, tan sólo viven por procuración, como si fuera una deshonra el contentarse de respirar aquí y ahora. (…)No estamos donde estamos. No estamos muertos pero tampoco muy vivos. Sería interesante calcular cuántas horas al día pasamos fuera del instante. En otro sitio que aquel en que estamos (…).”


 Cette vision singulière de l’hédonisme me paraît intéressante. Elle rejoint en quelque sorte la pensée du grand poète espagnol, Miguel de Unamuno :« L'ennui fait le fond de la vie, c'est l'ennui qui a inventé les jeux, les distractions, les romans et l'amour. »

 Esta visión singular del hedonismo me parece interesante. De alguna manera se acerca al pensamiento de Miguel de Unamuno:“El aburrimiento constituye el fondo de la vida, es el aburrimiento el que ha inventado los juegos, las distracciones, las novelas y el amor.”  

 

 

 NB: Les quatre tableaux sont du peintre Xavier Valls /Los cuatro cuadros son del pintor Xavier Valls

13/07/2010

Bleu /Azul

En ce début de juillet me poursuit la couleur bleue. Normal penserez-vous en Méditerranée, le ciel, la mer. Mais non, le ciel est laiteux de chaleur et je vis à la campagne.

Bleu mauve d’un bracelet reçu, bleu étrange d’une salade dégustée, bleu clair du plumbago devant ma porte, bleu soutenu du volubilis qui couvre la clôture de ma voisine, bleu sombre d’une chemise légère offerte par ma fille, cascade de bleus de la clématite,…tout est bleu je vous dis, couleur du rêve, de la sagesse, de la sérénité.

Mais vous, rêvez-vous d’un espace, d’un instant bleu ?

En este principio de julio me persigue el color azul. Pensareis que es lo normal viviendo en el Mediterráneo, el cielo, el mar. Pues no; el cielo es lechoso, cocido de calor y yo vivo en el campo.

Azul morado de una pulsera recibida, azul raro de una ensalada degustada, azul claro del plumbago delante de mi casa, azul constante del volúbilis que cubre la valla de mi vecina, azul oscuro de una camisa ligera regalo de mi hija, cascada de azules de la clemátide,… todo es azul os digo, color del sueño, de la cordura, de la serenidad.

Pero vosotros, ¿soñáis de un espacio, de un instante azul?

 

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Bleu de toi de Eduardo Carranza

 

Penser à toi est bleu, comme musarder

dans un bois doré à midi :

naissent des jardins dans mon parler

et dans tes rêves je marche avec mes nuages.

 

Nous unit et nous sépare un air mou,

une distance de mélancolie ;

je lève les bras de ma poésie,

bleu de toi, blessé et haletant.

 

C’est comme un horizon de violons

ou une tiède souffrance de jasmins

penser à toi, de bleu tempérament.

 

Le monde devient cristallin,

et je te regarde, dans ma lampe de verre*,

bleu dimanche de ma pensée.

 

(Trad. Colo. « lámpara de trino » est peut-être une expression ou réalité colombienne, je n’ai pas réussi à le savoir. Une suggestion ?)

 

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Azul De Ti de Eduardo Carranza

 

Pensar en ti es azul, como ir vagando
por un bosque dorado al mediodía:
nacen jardines en el habla mía
y con mis nubes por tus sueños ando.

 

Nos une y nos separa un aire blando,
una distancia de melancolía;
yo alzo los brazos de mi poesía,
azul de ti, dolido y esperando.

 

 Es como un horizonte de violines
o un tibio sufrimiento de jazmines
pensar en ti, de azul temperamento.

 

El mundo se me vuelve cristalino,
y te miro, entre lámpara de trino,
azul domingo de mi pensamiento.

 

 

19/06/2010

Hommage à José Saramago/Homenaje a...

 

Il vivait à Lanzarote, îles Canaries. Bel hommage de Ramón dans le journal El País ce matin.

Ramón

Vivía en Lanzarote, Canarias. Bonito homenaje de Ramón en El País esta mañana.

15/05/2010

Trois jours, un millénaire / Tres días, un milenario

Sous le palmier que vous aviez vu couvert de neige, pousse un autre, plus petit ; les habitants disent qu’il a des mains. Ses palmes ressemblent plutôt à des éventails et il fleurit chaque printemps. Cette année j’ai suivi et photographié trois jours de suite l’éclosion florale, c’est magique :

Debajo de la palmera que habíais visto  cubierta de nieve crece otra, más pequeña; los habitantes dicen que tiene manos. Sus palmas parecen  abanicos y florece cada primavera. Este año seguí y fotografié tres días seguidos la apertura del sobre floral: es mágico.

                                                                      Day 1

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Day 2
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Voici laTilandsia. Il y a une quinzaine d’années une voisine m’a offert un bout de plante, sans racines. « Elle vit de l’air » m’a-t-elle dit. Je l’ai suspendue au tronc de la vigne vierge de la terrasse.  Peu à peu elle a grandi et chaque année elle fleurit, chose rare paraît-il, et il est vrai que dans les environs je n’en ai jamais vu d’autre en fleur.

Aquí tienen laTilandsia. Hace unos quince años una vecina me regaló un trozo de planta, sin raíces. “Vive del aire” me dijo. La colgué del tronco de la parra virgen de la terraza. Ha crecido poco a poco y cada año florece, cosa rara al parecer, y la verdad es que en los alrededores nunca vi otra en flor.

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Fotos Tilandsia: Israel Pampín, ¡Gracias!
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Sonreír con la alegre tristeza del olivo

Miguel Hernández

Sonreír con la alegre tristeza del olivo.
Esperar. No cansarse de esperar la alegría.
Sonriamos. Doremos la luz de cada día
en esta alegre y triste vanidad del ser vivo.

(…)

Sourire avec la tristesse joyeuse de l’olivier.

Attendre. Ne pas se fatiguer d’attendre la joie.

Sourions. Embellissons la lumière de chaque jour

dans cette gaie et triste vanité de l’être vivant.(Trad.CM)

(…)

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Finalement voici le roi du terrain qui entoure notre maison : cet olivier qu’on dit millénaire. De combien d’invasions, de combats, d’amours a-t-il été témoin ?

Il ne donne plus de fruits, mais son ombre est si douce et sa force si grande.

Finalmente aquí tienen el rey del terreno que rodea nuestra casa: es este olivo que dicen milenario. ¿Cuántas invasiones, cuántos combates, cuántos amores habrá visto?

Ya no da fruto, pero su sombra es tan dulce y su fuerza tan grande.

 

06/05/2010

larmes / lágrimas

 

 

Dans les medias une nouvelle chasse l’autre si rapidement que ce qui s’est passé il y a quatre mois n’existe plus. Alors j’ai ressorti et traduit ce billet du romancier et journaliste Manuel Vincent  publié dans le journal El País le 24 janvier 2010.

 

« Ma chambre à La Havane donnait sur un patio intérieur qui résonnait fort. La maîtresse de maison me prévint que vers minuit j’entendrais l’orgasme de la mulâtre du premier étage à gauche ; qu’après je serais éveillé à l’aube par le chant d’une douzaine de coqs que le voisin élevait sur sa terrasse et qu’ensuite, sur le terrain en bas, Camilito, le fils de la noire Teresa commencerait à pleurer. Chaque nuit tout se produisait comme attendu, bien que les pleurs de l’enfant semblaient interminables quand ils commençaient après le chant des coqs. ( …) Au milieu de ses colères, qui pouvaient durer une heure ou plus, on entendait la voix mélodieuse de la noire Teresa qui disait : « Camilito, mi amol, qué te paaasa »*. L’enfant arrivait enfin à ce qu’on s’occupe de lui et ses pleurs avaient eu un sens.

Timo Lehtonen.jpg Les pleurs des bébés sont comme des mécanismes de défense quand ils ont faim, soif, froid, chaleur ou un autre désagrément : Il suffit d’un problème minime, le biberon, la sucette, les langes, pour que le bébé attire l’attention sur lui. Mères amoureuses, nounous sollicitées, servantes affectueuses ou infirmières professionnelles accourent au berceau sitôt quelles entendent qu’un enfant gâté émet le premier cri. (…) 

Dans le campement de réfugiés rwandais en Tanzanie je me suis rendu compte que les enfants ne pleuraient pas. Ils se contentaient de regarder fixement leurs mères. Un médecin m’expliqua que là-bas les enfants ne pleuraient pas parce que leurs cerveaux avaient déjà codifié, à travers leur longue misère héritée, que les pleurs ne servaient à rien. La douleur était assimilée au silence.

Dans la tragédie de Haïti on a vu la fameuse photo du pompier Oscar Vega tenant dans les bras un enfant de deux ans sauvé des décombres. L’enfant a des larmes aux yeux, mais il ne pleure pas non plus. Sans doute a-t-il  appris la leçon bien avant de naître. Il sait qu’au bout des pleurs il n’y a rien ni personne. Il semble uniquement étonné d’être encore vivant. »

 

* L’auteur se réfère ici à la musicalité du parler cubain.

 

 

  

"Mi habitación en La Habana daba a un patio interior que tenía mucha resonancia. El ama de casa me advirtió que hacia la medianoche oiría el orgasmo de la mulata del primero derecha; luego, al amanecer, me despertaría el canto de una docena de gallos que los vecinos criaban en las terrazas y enseguida, abajo en el solar, comenzaría a llorar Camilito, el hijo de la negra Teresa. Todo se producía según lo esperado cada noche, aunque el llanto del niño parecía no tener fin cuando empezaba a llorar después de que cantaran los gallos.( …) En medio de su berrinche, que podía durar una hora o más, se oía la voz melodiosa de la negra Teresa, que decía: "Camilito, mi arteafricanomujer.jpgamol, qué te paaasa". Al final el niño conseguía ser atendido y su llanto había tenido un sentido. Los bebés lloran como un mecanismo de defensa cuando sienten hambre, sed, frío, calor u otra molestia. Basta un mínimo problema, el biberón, el chupete, los pañales, para que el bebé llame la atención. Madres amorosas, niñeras solícitas, criadas cariñosas o enfermeras profesionales acuden a la cuna tan pronto como oyen que un niño mimado emite el primer vagido. (…)

 En el campamento de refugiados ruandeses en Tanzania me di cuenta de que los niños no lloraban. Sólo miraban fijamente a sus madres. Un médico me explicó que allí los niños no lloraban porque su cerebro ya había codificado a través de su larga miseria heredada que el llanto no les servía de nada. El dolor estaba asimilado al silencio.

En la tragedia de Haití se ha visto en una foto famosa al bombero Óscar Vega con un niño de dos años en brazos, rescatado de los escombros. El niño tiene lágrimas en los ojos, pero tampoco llora. Sin duda ha aprendido bien la lección mucho antes de nacer. Sabe que al final del llanto no hay nada ni nadie. Sólo parece asombrado de seguir vivo."

Manuel Vicent, El País 24-01-2010

Fotos: 1) Timo Lehtonen 2) Arte Africano

 

 

 

10/04/2010

Jaune safran /Amarillo azafrán

Trop sèches, ou insipides,  ou pâteuses. Chiches en riz. Très onéreuses, voilà des défauts communs des paellas. Ah, ça, c’est tout un art et aucune ne se ressemble !

Demasiado secas, o insípidas, o pastosas. Escasas en arroz. Muy onerosas, ahí son los defectos comunes de las paellas. ¡Ha, es todo un arte y ninguna se parece!

 

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Un peu d’histoire...La paella, mot d’origine latine « patella » puis du vieux français « paele » désignait la poêle plate avec, non un manche mais deux anses que vous connaissez sans doute. De la poêle au plat, voilà la paella moderne (notez que les 2 LL se prononcent Y et non L, comme dans paya, d’accord ?)

Son origine se trouve à Valencia aux XVº et XVIª siècles dans les zones maraîchères et humides (Albufera) où l’on cultive riz et légumes. Un plat complet auquel on ajoutait des morceaux de lapin, canard, des oiseaux, des escargots, enfin ce qu’on avait sous la main en plus des légumes de saison. La paella aux crustacés, dont on ignore si elle est contemporaine de la première, est née…au bord de la Méditerranée, oui !

On cuisait lentement le tout sur un feu de branches d’oranger. Je pourrais vous raconter tant d’autres choses, mais il vous suffira de taper « histoire de la paella »…Mr Google vous dira tout.

Un poco de historia…La paella, palabra de origen latina “patela” luego del francés antiguo “paele” designaba la sartén plana sin mango pero con dos asas que sin duda conocen. De la sartén al plato…

Su origen se encuentra en Valencia en los siglos XV y XVI en las zonas hortenses y húmedas (Albufera) donde se cultiva arroz y verduras. Un plato completo al cual se añadía trozos de conejo, pato, pájaros, caracoles, en fin, lo que se tenía a mano junto con las verduras de temporada. Se ignora si la paella de mariscos data de la misma época pero nació…al borde del Mediterráneo. ¡Sí!

Se cocía lentamente el arroz en un fuego con leña de naranjos. Les podría contar tantas otras cosas sobre este plato, pero les bastará teclear “historia de la paella” y el señor Google les dirá todo.

 

 

 Peinture: Conrado Meseguer

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Traditionnellement ce sont les hommes qui la préparent, enfin qui la cuisent car les petites mains qui coupent tous les ingrédients à l’avance…c’est comme pour les barbecues, vous voyez ? Mais quand on est nombreux, les dimanches en famille, un repas avec des amis, c’est un repas complet et facile, qui plait à tous et qui s’adapte à la bourse de chacun : tout dépend des ingrédients qu’on y met.

Mon amie italienne m’a raconté qu’invitée à un dîner chez des voisins allemands, elle a eu du mal à avaler une paella avec du poulpe et des saucisses…à chacun se recette !

 

 

Son los hombres los que tradicionalmente la preparan, bueno que la cuecen ya que, al igual que con las barbacoas, son “las pequeñas manos” las que cortan antes todos los ingredientes… ¿ven lo que quiero decir? Pero cuando hay muchos comensales, los domingos en familia, una comida entre amigos, es un plato completo y fácil, que agrada a todos y se adapta al bolsillo de cada cual: todo depende de los ingredientes elegidos.

Mi amiga italiana me contó que, invitada a una cena en casa de unos vecinos alemanes, le costó tragar una paella con pulpo y salchichas… ¡a cada cual su receta!

 

Suite à cela, je me suis demandé si vous aussi vous aviez mangé des paellas spéciales, si on en trouvait surgelée ou fraîche en Norvège, au Canada, en Suisse ou ailleurs. Peut-être même en préparez-vous ? Racontez-moi, dites-nous tout !

Después de eso me pregunté si ustedes también habían comido paellas especiales, si encontraban ese plato congelado o fresco en Noruega, Canadá, Suiza u otras partes. ¿Tal vez lo preparan ustedes mismos? Cuéntenme, ¡dígannos todo!

 

11:42 Publié dans billet | Tags : paella, valencia, albufera | Lien permanent | Commentaires (7)

19/03/2010

Et s'il suffisait d'y croire.../ Y si bastase con creerselo...

- (Moi)  Non, je n’en connais pas les détails. Oui, j’ai vu les affiches en ville. 

- (D.) Moi je suis si ému d’apprendre que les gens s’unissent pour faire renaître  un peu d’espoir.

-(Yo) No, no conozco los detalles. Sí, he visto los carteles en la ciudad.

-(Él) A mi me emociona mucho saber que la gente se une para que renazca un poco de esperanza.

 

C’était il y a quinze jours, une conversation avec un jeune journaliste espagnol qui vit en Allemagne.

Il me parlait de «  Eso, lo arreglamos entre todos ». (Ça, on va l’arranger tous ensemble).

Era hace unos quince días, una conversación con un joven periodista que vive en Alemania.

 

Ce n’est un secret pour personne, l’Espagne est fort patraque ; des millions de personnes tirent le diable par la queue, accumulent dettes et frustrations, le moral est à zéro.

Et une idée a surgi : http://estosololoarreglamosentretodos.org/

No es un secreto para nadie, España está muy pachucha; millones de personas lo están pasando canutas, acumulan las deudas y las frustraciones, el ánimo está por los suelos. Y surgió una idea.

http://estosololoarreglamosentretodos.org/ Aquí tienen toda la información.

 

« Il y a quelques mois Jaime, un professionnel du marketing, a pensé qu’il fallait faire quelque chose pour déloger l’état de découragement que la crise a provoqué parmi nous (…) la première chose à faire était récupérer la confiance. (…) Il fit ce qu’il savait faire : il rédigea un plan de marketing qu’il perfectionna avec Susana, sa femme.

Une fois prêt, ils le présentèrent à la Chambre de Commerce qui pensait ce que nous pensons tous et qui s’enthousiasma, prit contact avec les entreprises les plus importantes du pays pour requérir leur aide. Celles-ci n’hésitèrent pas et apportèrent leur aide de manière anonyme et désintéressée. (…)

La dernière partie de l’histoire commence maintenant et tu en es le protagoniste, nous le sommes tous. (…) arrêter de penser que les autres vont solutionner nos problèmes.

On va commencer à arranger ça, et c’est nous qui allons le faire… »

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De très nombreuses personnalités de tous bords soutiennent cette initiative, les journaux également, et à ce jour 77.810 personnes se sont inscrites sur le site pour témoigner, encourager, raconter comment ils s’en sortent, ce qu’ils ont mis sur pied.

Numerosas personalidades de distintos mundos sostienen esa iniciativa, también los periódicos, y a día de hoy 77.810 personas se han apuntado en el sitio web para dar su testimonio, animar, contar cómo se las arreglan, lo que han emprendido.

 

Je ne sais si « ça » va s’arranger rapidement, mais envisager le futur ensemble avec le sourire, c’est important, non ?

No sé si « eso » se arreglará rápidamente, pero mirar juntos hacia el futuro con una sonrisa es importante, ¿no?

 

castells.jpgPour terminer je vous traduis ce petit texte que m’a envoyé ce jeune journaliste ému. (Merci D.)

“Tandis qu’elle descendait du mur, elle vit au loin, sur le sol du salon, un morceau de sucre à moitié cassé et elle courut vers lui. En s’approchant elle se rendit compte qu’il était bien plus grand qu’elle ne pensait et, craignant qu’on ne marche dessus ou qu’il soit balayé et jeté à la poubelle, elle décida d’agir. Elle appela ses sœurs soldates et ses cousines ouvrières, et toutes ensemble, de façon organisée, elles mirent rapidement le trésor à l’abri. »

 

Os dejo con este breve texto que me mandó ese joven periodista emocionado. (Gracias D.)

"Mientras bajaba por la pared, divisó a lo lejos un trozo de terrón de azúcar, medio destrozado en el suelo del salón y corrió a por él. Al acercarse se percató de que era mucho más grande de lo que creía y, ante el miedo de que fuera pisado, o barrido y tirado a la basura, decidió actuar. Llamó a sus hermanas soldado y a sus primas obreras y entre todas, de forma organizada, pusieron el tesoro a cubierto rápidamente."

16:54 Publié dans billet | Tags : ensemble, espoir, espagne | Lien permanent | Commentaires (2)