21/11/2010

La couleur grise /El color gris

Lilo 2.jpg Il n’est pas facile d’avouer son attirance pour le gris, il a mauvaise réputation : ennui, manque de caractère, mauvaise mine...Mais il me plaît depuis ma jeunesse ; je me souviens que toujours je voulais que les pulls que me tricotait ma mère soient de cette couleur.

No resulta fácil confesar su gusto por el gris, tiene mala fama: aburrimiento, falta de carácter, mala cara…Pero me agrada desde mi juventud; me acuerdo que siempre quería que los jerséis que mi madre tejía fueran de ese color.

 

 

Le gris, s’il n’est pas une couleur, est une « valeur d’intensité lumineuse dont la perception par l’oeil humain se situe entre le blanc et le noir » (Wikipedia) qui possède une variété infinie de nuances. Voilà bien tout son intérêt !

 

El gris, si bien no es un color, es un “valor de intensidad luminosa cuya percepción por el ojo humano se sitúa entre el blanco y el negro” (Wikipedia) que tiene una variedad infinita de facetas. ¡De ahí todo su interés!

 

« Quelle est la couleur de la France? Non pas la couleur politique - je la connais - mais sa vraie couleur? le gris… C’est beau le gris. Mais il existe une multitude de gris. Gris des toits de Paris, le gris historique de la guerre, le gris lavande de la Provence. Les gens qui n’aiment pas le gris sont des imbéciles…” F. Mitterrand (Le promeneur du Champ de Mars-film)ciel gris.jpg

 

“¿Cuál es el color de Francia? No hablo del color político – lo conozco – sino de su verdadero color. El gris… El gris es bonito. Pero existen multitudes de grises. Gris de los tejados de París, el gris histórico de las guerras, el gris lavanda de la Provenza. No son muy listos los que no aprecian el gris”. F. Mitterrand. (película- Le promeneur du Champ de Mars )

Picasso femme-fleur.jpg

Tristes, monotones, la femme-fleur de Picasso, ce ciel gris,?

 

Mirad la mujer-flor de Picasso, esta foto de un cielo gris. ¿Son acaso tristes? ¿Monótonos?

 

 

 

 

 

On remarque souvent en peinture que le gris sert de fond, il donne du relief aux autres couleurs.

La couleur que Cézanne choisit pour les murs de son atelier est un gris qu'il a conçu à base de noir, de blanc, d'ocres et de bleus. Il disait : « On n'est pas un peintre tant qu'on n'a pas fait un gris ». Et ce gris, il l'avait observé en plein air, lorsqu'il allait peindre ses paysages. Il avait constaté que pour qu'une séance de peinture soit bonne, il fallait que le ciel soit gris clair.atelier cézanne.jpg

 

Con frecuencia vemos en pintura que el gris sirve de trasfondo, pone de relieve los otros colores. El color que Cézanne escoge para las paredes de su taller es un gris elaborado a partir del negro, el blanco, ocre y azul. Cézanne decía:”No se es pintor mientras no se ha hecho un gris”. Y este gris, lo había observado al aire libre, pintando paisajes. Había constatado que hacía falta que el cielo sea gris claro para que una sesión de pintura fuera buena.

 

Enfin, en navigant entre le noir et le blanc, le gris permet à la pensée d’éviter le manichéisme et laisse place au doute, à la subtilité. Comme dit Michel Pastoureau dans « Le petit livre des couleurs » (un beau cadeau à faire), « Pour nous, il (le gris, sa couleur préférée) évoque la tristesse, la mélancolie, l'ennui, la vieillesse; mais, à une époque où la vieillesse n'était pas si dévalorisée, il renvoyait au contraire à la sagesse, à la plénitude, à la connaissance. Il en a gardé l'idée d'intelligence (la matière grise) ».

 

Para terminar, navegando entre el negro y el blanco, el gris permite al pensamiento evitar el maniqueísmo y deja espacio para la duda, la sutilidad. Como dice Michel Pastoureau en “El pequeño libro de los colores” (un bonito regalo para ofrecer), “Para nosotros, el gris (su color preferido) evoca la tristeza, la melancolía, el aburrimiento, la vejez; pero, en una época en que la vejez no estaba tan desvalorizada, significaba sabiduría, plenitud, conocimiento. Ese color ha guardado la idea de inteligencia (la materia gris)”

 

Oh, ce billet est un peu décousu… comme les nuages aux nuances gris-tourterelle et fumée qui se poursuivent derrière ma vitre.

Oh, esta nota es un poco descosida….como las nubes de matices gris-tórtola y humo que se persiguen tras mi cristal.

17:20 Publié dans billet | Tags : gris, ennui, nuances | Lien permanent | Commentaires (4)

06/11/2010

Souvenirs /Recuerdos

                   otoño 003.jpg                   

Court le  billet de cette semaine car, et pour le première fois depuis les 35 ans que je vis en Espagne, mes deux sœurs sont venues me voir, ensemble et sans leur famille.

 Le soleil brille, la nature est superbe, les émotions fusent ; on se voit si peu.

 Nos souvenirs sont bien souvent contradictoires : «  mais non, ce n’était pas Tante Yoyo, c´était tante Minou ou tante Poucette qui était tombée dans une poubelle ! »… (Oui, nos tantes avaient des surnoms évocateurs…).

Nous tombons pourtant d’accord sur certains sujets comme les repas dominicaux de notre jeunesse : poulet rôti-frites-salades, gâteau, souvent un quatre-quart.

À l’époque, un passé pas si, si lointain quand même,  le poulet était un met de fête chez nous ; quant aux frites, ah ces frites belges, uniques, les meilleures ! (ici une recette possible pour les non belges avides de connaître leur secret ! )

 

Corta la nota de esta semana ya que por primera vez en los 35 años que llevo viviendo en Eotoño 001.jpgspaña, han venido a verme, juntas y sin su familia, mis dos hermanas.

 Brilla el sol, la naturaleza es magnífica, las emociones estallan; nos vemos tan poco.

Nuestros recuerdos son por supuesto contradictorios:” no, no era la tía Yoyo, era la tía Minou o la tía Poucette que se había caído en una basura”… (sí, nuestras tías tenían apodos evocadores…).

Nos ponemos de acuerdo sobre algunos temas como el de las comidas dominicales de nuestra juventud: pollo asado-patatas fritas-ensalada, pastel, a menudo bizcocho.

En aquellos tiempos (no tan, tan lejanos) el pollo era un plato de fiesta en casa, en cuanto a las patatas fritas, ¡ah, esas patatas fritas belgas, únicas, las mejores! (para los no-belgas ávidos de conocer nuestro secreto, se fríen dos veces)

 

La patate vient bien sûr d’Amérique du Sud et au Chili il en existe 200 variétés, ils les appellent papas ; leur préparation a inspiré Pablo Neruda, voici des « papas » poétiques.

 

Ode à la papa frite Pablo Neruda

 

Elle grésille

dans l’huile

bouillante

la joie

du monde :papasnativas.jpg

les papas

frites

entrent

dans la poêle

telles d’enneigées

plumes

de cygne

matinal

et en sortent

semi dorées par le crépitant

ambre des olives.

 

L’ail

leur ajoute

sa fragrance terrienne,

le poivre,

pollen qui traversa les récifs,

et

vêtues

à nouveau

d’un costume d’ivoire, elles emplissent l’assiette

de leur abondante répétition

et de leur savoureuse simplicité de terre. (Trad. Colo)

 

 

Oda a la papa frita Pablo Neruda

 

Chisporrea

en  el aceite

hirviendo

la alegría

del mundo:

las papaspapas-nativas.jpg

fritas

entran

en la sartén

como nevadas

plumas

de cisne

matutino

y salen

semidoradas por el crepitante

ámbar de las olivas.

 

El ajo

les añade

su terrenal fragancia,

la pimienta,

polen que atravesó los arrecifes,

y

vestidas

de nuevo

con traje de marfil, llenan el plato

con la repetición de su abundancia

y su sabrosa sencillez de tierra.

 

 (Photos prises sur ma terrasse et variétés de papas chiliennes- cliquer pour agrandir)

23/10/2010

Les dieux de l'argent / Los dioses des dinero

Picasso06-postal-busto-de-un-hombre-escribiendo-de-picasso.jpg

 

 

Quittons aujourd’hui la poésie, l’humeur des nuages et allons faire un tour dans les hautes sphères économico-politiques.

 

Juan José Millás (Valencia, 1952), écrivain, publie tous les vendredis une colonne dans le journal El País ; une colonne subtile, originale, attendue par des tas de lecteurs, dont moi. Il y traite des thèmes d’actualité et celle de vendredi dernier est particulièrement réussie.

 En voici la traduction.

 

 

Dejemos hoy la poesía, el humor de las nubes y demos una vuelta por las altas esferas ecomomico-politicas.

 

Juan José Millás (Valencia, 1952), escritor, publica cada viernes una columna en el periódico El País: una columna sutil, original, que numerosos lectores, entre las cuales yo, espera. Trata de temas de actualidad y la del viernes pasado es particularmente brillante.

 

 

Nouvelle armée

 

« Cette photo où Zapatero expliquait humblement aux messieurs de Wall Street les mesures que nous avions prises pour calmer leur colère est terrible. Le bruit des sabres a été remplacé par celui d’un repaire de voleurs, mais les coups d’Etat sont toujours des coups d’Etat, qu’ils soient effectués par un général ou un financier.

L’institution militaire enfin soumise au pouvoir civil, les politiciens s’humilient maintenant face aux colonels de la Bourse. Si nous avions vu notre président dans une telle attitude face aux généraux du Haut Etat Major, nous nous serions pris la tête entre les mains. Cela veut dire que les pistolets ont été remplacés par des cravates en soie et les uniformes verts par des costumes Armani. Le résultat final est qu’à vous et à moi, on nous serre la vis (si nous avons la chance qu’il reste encore un espace pour nous la serrer). »

 

Il va sans dire que Zapatero pourrait être remplacé par…ou par…, choisissez !

 

« Pendant ce temps nous parlons de la globalisation comme d’un tropisme, comme si aucune décision politique n’était intervenue dans sa croissance. Nous acceptons comme inévitable l’existence des marchés globaux tout en affirmant leur « ingouvernabilité ».

En d’autres mots nous ne sommes pas responsables de son apparition et nous n’avons aucune marche de manœuvre pour corriger ses abus.

Voici le grand piège intellectuel du phénomène. Vu, donc, que ce dont nous souffrons est un phénomène naturel et non une attaque à main armée, les politiciens font une pèlerinage vers les nouvelles casernes  où ils sont reçus par les dieux de l’argent à qui ils promettent le sacrifice de X demoiselles et d’autant de jeunes pour apaiser leurs humeurs. Mais, plus nous leur offrons de sacrifices s, plus ils se fâchent. Nous n’avions pas fini de les sauver de leur banqueroute avec l’argent du contribuable, (le vôtre, le mien), qu’ils demandaient déjà plus de vierges, plus de jeunes, moins de déficit.

Comment soumet-on une armée de cette nature ? » (Juan José Millas, El País 15/10/2010) Trad, Colette.

 

 

Nuevo ejército

JUAN JOSÉ MILLÁS El País 15/10/2010

 

 

 

Esa fotografía en la que Zapatero explicaba humildemente a los señores de Wall Street las medidas que habíamos tomado para calmar su ira, es terrible. El ruido de sables ha sido sustituido por el de la ladronera, pero los golpes de Estado siguen siendo golpes de Estado, los dé un general o un financiero. Sometida al fin la institución castrense al poder civil, los políticos se humillan ahora ante los coroneles de la Bolsa. Si hubiéramos visto a nuestro presidente en semejante actitud frente a los generales del Alto Estado Mayor, nos habríamos echado las manos a la cabeza.

 

Quiere decirse que las pistolas han sido sustituidas por corbatas de seda y los uniformes verdes por trajes de Armani. El resultado final es que a usted y a mí nos aprietan las tuercas (si tenemos la fortuna de que todavía haya margen para apretárnoslas).

 

A todo esto, hablamos de la globalización como de un tropismo en cuyo crecimiento no hubieran intervenido decisiones políticas de ninguna clase. Aceptamos como inevitable la existencia de los mercados globales al tiempo de afirmar su ingobernabilidad. En otras palabras, ni somos responsables de su aparición ni tenemos margen de maniobra alguno para corregir sus atropellos. He aquí la gran trampa intelectual del fenómeno.

Dado, pues, que lo que sufrimos es un desastre natural y no un atraco pistola en mano, los políticos peregrinan hasta los nuevos cuarteles, donde son recibidos por los dioses del dinero, a quienes prometen el sacrificio de equis doncellas y de tantos jóvenes para apaciguar sus ánimos. Pero cuantos más sacrificios les ofrecemos, más se enfadan. No habíamos terminado de rescatarlos de su bancarrota con el dinero del contribuyente (el de usted y el mío) y ya estaban solicitando más vírgenes, más jóvenes, menos déficit.

¿Cómo se somete a un ejército de esta naturaleza?

 

 

 

16/10/2010

Peindre le couchant / Pintar el ocaso

puesta de sol 004.jpg

 

 

 

A force de scruter le ciel, de palper l’air humide, d’écouter le vent des îles, tout comme le paysan ou le marin, je savais samedi dernier que ce serait le dernier jour de chaleur. Courte excursion à la côte à l’heure du coucher du soleil avec mon appareil photo.

Il y régnait une étrange lumière mais ce n’est qu’en regardant les photos sur mon écran, tard le soir, que j’ai pensé : pourquoi ne suis-je pas peintre ?

Porca miseria ! Il faudra me contenter d’être devineresse du temps : depuis dimanche le ciel nous bombarde.

A fuerza de escrutar el cielo, de palpar el aire húmedo, de escuchar el viento de las islas, tal como el campesino o el marinero, sabía el sábado pasado que sería el último día de calor.

Corta excursión a la costa a la hora de la puesta del sol con mi cámara de fotos.

Reinaba una luz extraña pero sólo fue al mirar las fotos en mi ordenador, tarde por la noche, que pensé: ¿por qué no seré pintora?

Porca miseria! Tendré que conformarme con ser adivina del tiempo: desde el domingo el cielo nos bombardea.

 

J’ai découvert un sonnet du Mexicain Manuel José Othon (1858-1906). J’en aime le rythme, les couleurs

He descubierto un soneto del Mejicano Manuel José Othon (1858-1906). Me gustan los colores y el ritmo.

 

A un peintre

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Voici, peintre, ton splendide paysage :

un lac obscur, des rafales marines

trempées de teintes cramoisies

et, dans le bleu profond des nuages,

 

un tronc qui balance son feuillage

au souffle des vents vespéraux,

et tachés de vert les coteaux

et de jaune le fond du bocage ;

 

un rocher de lichens couvert ;

une langue de terre illuminée

par le dernier rayon du soleil mort ;

 

et dans la lueur de la soirée

une voile au loin, noyée

dans le calme délicieux du couchant. (Trad. Colette)

 

 

A un pintor

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He aquí, pintor, tu espléndido paisaje:

un lago oscuro, ráfagas marinas

empapadas en tintas cremesinas

y en el azul profundo del celaje,

 

un tronco que columpia su ramaje

al soplo de las auras vespertinas,

y manchadas de verde las colinas

y de amarillo el fondo del boscaje;

 

un peñasco de líquenes cubierto;

una faja de tierra iluminada

por el último rayo del sol muerto;

 

y de la tarde al resplandor escaso,

una vela a lo lejos, anegada

en la divina calma del ocaso.

 

09/10/2010

La voix des portraits / La voz de los retratos

Il y a plus de deux ans que j’ai lu sur un  article très original  écrit par Susana Fortes et intitulé « Les figures d’il y a 500 ans » (El País 25-05-2008). Depuis lors « j’écoute attentivement » les portraits.

 

    Il débute ainsi : « Beaux, étranges, puissants. Les artistes de la Renaissance réussirent à capter l’âme dans un visage. (…) Derrière chaque visage il y a un secret, une histoire que nous ignorons et que nous avons un besoin urgent de connaître, quand nous le contemplons, seuls, dans un tableau. Il n’est pas aisé d’expliquer cette pulsion qui bat dans certains portraits, mais il existe également dans la vie des figures qui ont sur nous un puissant ascendant. (…) Ceci n’a rien à voir avec la beauté, mais avec le mystère. Parfois ce qui attire notre attention dans un visage c’est un détail aussi insignifiant que le lobe d’une oreille, ou un point blanc, minuscule et brillant dans les pupille ». C’est ainsi, explique-t-elle, que la première fois qu’elle a vu La Joconde, elle n’a pensé ni à son sourire ni à son regard, mais au son de sa voix.

Elle s’est imaginée une voix grave, un peu rauque, semblable à celle de Jeanne Moreau.

 

   Peindre la voix. « Il suffit parfois d’un coup de pinceau estompé juste sur  le bord supérieur de la lèvre, comme un souffle, pour que le tableau parle. La vie n’est qu’un souffle d’air, mais à travers lui  émergent peu à peu le désir, la douleur, l’incertitude, le mépris, l’expérience…Tous les masques de l’âme ».

 

   Ici elle nous raconte l’histoire d’une autre femme, Ginevra de Benci, à travers le mystérieux portrait réalisé par Leonardo. « Il y a quelque chose dans son visage qui inquiète. Peut-être son intrépidité statique, la sévérité de son expression, l’air fantomatique. » Cette jeune fille, intelligente, cultivée et riche venait d’une excellente famille florentine qui fréquentait le palais des Médicis. Pourtant ce n’est pas avec un poète, mais avec un marchand de chiffons, que ses parents la marièrent peu avant ses seize ans.

On a cru très longtemps que c’était un portrait de mariage commandé par son mari.

Mais l’histoire est plus croustillante…mais banale aussi. Une vraie histoire d’amour et d’infidélité.

 Il y a peu on a découvert que ledit portrait avait été commandité par un diplomate vénitien de 40 ans qui, arrivé à Florence en 1475 avec femme et enfants, était tombé follement amoureux  de la jeune fille. Leur idylle passionnée durera cinq ans, moment où il fut envoyé ailleurs. Éplorée Ginevra se retira du monde et vécut à la campagne.

 

    Les seules choses qui sont restées d’elle sont le tableau de Leonardo et un unique vers, écrit de sa main : 

J’implore la clémence ; je suis un tigre sauvage.

 

«  Il faut contempler son portrait en tenant compte de ces mots, prononcés sans doute avec un timbre de voix plus sombre que mélancolique. La voix du tableau.»

 

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Hace más de dos años que leí un artículo muy original escrito por Susana Fortes y titulado « Las caras de hace 500 años » (El País 25-05-2008).

Desde entonces “escucho atentamente” los retratos.

 

Empieza así:” Bellos, extraños, poderosos. Los artistas del Renacimiento lograron captar el alma en un rostro (…). Detrás de cada cara hay un secreto, una historia que desconocemos y que necesitamos urgentemente conocer, cuando la contemplamos a solas en un cuadro. No es fácil explicar esa pulsión que late en algunos retratos, pero en la vida también hay rostros que ejercen sobre nosotros un poderoso influjo (…). No es algo que tenga que ver con la belleza, sino con el misterio. A veces lo que nos llama la atención de un rostro es un detalle tan insignificante como el lóbulo de una oreja, o un punto blanco diminuto y brillante en las pupilas”. Es así. Explica, que la primera vez que vio la Gioconda, no pensó ni en su sonrisa ni en su mirada, sino en el sonido de su voz. Se imaginó un tono grave, un poco ronco, parecido al de Jeanne Moreau.

 

Pintar la voz. “A veces basta una pincelada difuminada justo al borde superior del labio como un soplo para que el retrato hable. La vida no es más que un soplo de aire, pero a través de él empieza a asomarse el deseo, el dolor, la incertidumbre, el desprecio, la experiencia…Todas las máscaras del alma”.

 

Aquí nos cuenta la historia de otra mujer, Ginebra de Benci, a través del misterioso retrato realizado por Leonardo. “Hay algo en su rostro que inquieta. Tal vez su impavidez estática, la severidad de la expresión, el aire fantasmal”. Esa chica joven, bella, culta y rica pertenecía a una excelente familia florentina que frecuentaba el palacio de los Médicis. Sin embargo no fue con un poeta sino con un comerciante de paños que sus padres la casaron, poco antes de cumplir los 16 años.

Durante mucho tiempo se creyó que el retrato era un encargo de su marido.

Pero la historia es más  crujiente…banal también. Una verdadera historia de amor e infidelidad.

Se descubrió, hace poco, que dicho retrato había sido encargado por un diplomático veneciano de 40 años quien, llegado a Florencia en 1475 con mujer e hijos, se había enamorado locamente de la joven. Su idilio duró cinco años y terminó cuando le mandaron lejos de Florencia. Desconsolada, Ginebra se retiró del mundo y vivió en el campo.

 

Las únicas cosas que quedaron de ella fueron el cuadro de Leonardo y ese único verso, escrito de su mano:

Pido clemencia; soy un tigre salvaje.

 

“Hay que contemplar su retrato al amparo de estas palabras, pronunciadas tal vez con un timbre más oscuro que melancólico. La voz del retrato”.

 

04/09/2010

Troncs et mystères /Troncos y misterios

Dix-neuf artistes majorquins de naissance ou d’adoption ont été réunis pour une exposition dans le jardin et deux salles d’un restaurant, près de Santa Eugenia, en pleine campagne. (Vidéo de présentation ici). Le 13 août, soir de l’inauguration, il y avait trop de monde – déjà rien que leurs familles... m’a soufflé mon compagnon -, pour bien voir. Nous avons donc regardé, salué, parlé un moment avec l’un ou l’autre des exposants. Mais une seconde visite vendredi dernier a été des plus intéressantes.

Aujourd’hui je ne vous parlerai que de deux artistes réunis autour du thème de l’Arbre : Lluís López, et Sandra Lehnis.

Diez y nueve artistas mallorquines de nacimiento o de adopción han sido reunidos para una exposición en el jardín y dos salas de un restaurante, cerca de Santa Eugenia, en medio del campo. (Video de presentación aquí). El 13 de agosto, día de la inauguración, había demasiada gente – ya sólo con sus familias…me susurró mi compañero – para bien ver. Entonces miramos, saludamos, charlamos con el uno y el otro de los exponentes. Pero una segunda visita el viernes pasado fue de lo más interesante.

Hoy sólo os hablaré de dos artistas reunidos alrededor del tema del Árbol: Lluís López y Sandra Lehnis.

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(clic pour agrandir les photos)

Faites d’une seule pièce, les sculptures de bois d’olivier de L. López, on les emporterait en catimini si leur taille le permettait. L’artiste semble dénuder le tronc pour y trouver une forme, une âme, pour le rendre aérien par endroits, le faire danser à d’autres. Mes photos ne sont pas très bonnes, mais visitez son site ici.

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Hechas de una sola pieza, las esculturas de madera de olivo de L. López, uno se las llevaría a escondidas si su tamaño lo permitiera. El artista parece desnudar el tronco para encontrar allí una forma, un alma, para volverle aéreo en unas partes, hacerle bailar en otras. Mis fotos no son muy buenas, pero visitad su website aquí.

 

 

La démarche de Sandra Lehnis (website), Suissesse installée depuis quatre ans sur l’île et avec qui j’ai agréablement bavardé lors de cette deuxième visite, est vraiment originale. Ce qui l’intéresse c’est l’espace entre les arbres; quelque chose de mystérieux s’y passe me dit-elle.

 

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Animus Mundi est le titre d’un ensemble de peintures. « Le rythme des champs infinis d’amandiers et d’oliviers à Majorque compose Animus Mundi ».

Neu9_h9.jpg« L’espace entre le sol et la couronne des arbres a éveillé mon intérêt. C’est l’endroit où se passe l’invisible et mon objectif est de le rendre visible. Le rythme et l’emplacement de chaque arbre –représentés par des cercles et des troncs- sont la porte d’entrée de ce sujet. »

El planteamiento de Sandra Lehnis (website), Suiza instalada en la isla desde hace cuatro años y con quien charlé agradablemente en esta segunda visita, es realmente original. Lo que le interesa es el espacio entre los árboles; algo misterioso ocurre allí, me dijo.

Animus Mundi es el título de un conjunto de pinturas.”El ritmo infinito de los campos de almendros y olivos en Mallorca compone Animus Mundi”.

“El espacio entre el suelo y la copa de los árboles despertó mi interés. Es el lugar donde ocurre lo invisible y mi objetivo es volverle visible. El ritmo y el emplazamiento de cada árbol- representados por círculos y troncos- son la puerta de entrada de ese tema”.

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L’idée de mystères, d’ondes invisibles circulant entre les arbres est fort séduisante, isn’t it ?

La idea de misterios, de ondas invisibles circulando entre los árboles es muy seductora, ¿no?

 

PS: Gracias Sandra por toda la información y el permiso de reproducción.

20/08/2010

Saveurs, parfums des heures /Sabores, perfumes de las horas

Rares sont les aubes qui m’échappent.

Une journée me semble perdue, ou dure à récupérer si, assise sur une marche en pierre sèche, un café à la main, je rate ce moment.

Tout aussi important est l’instant, car ça va très vite, où le soleil fatigué se glisse derrière la montagne.

Ce sont mes heures.

Heures. Chacun a les siennes.

 

Pocas son las albas que se me escapan.

Un día me parece perdido, o difícil de recuperar si, sentada en un peldaño de piedra, con un café en la mano, me pierdo este momento.

Igual de importante es el instante, porque va muy deprisa, en el que el sol cansado se desliza tras la montaña.

Son mis horas.

Horas. A cada cual las suyas.

 

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Heure

                   P.Reverdy

 

Un œil se ferme à l’horizon
                     L’autre se lève
Combien de temps faut-il pour parcourir la nuit
Le bruit et la lumière
Étoiles et grelots
            Quelqu’un sur la montagne a jeté son manteau
                     Et derrière
                                       L’eau
            Le soleil éteint qui tombe
Et le chant plus gai d’un oiseau
            Le tour du monde
                              Tout se dresse autour du rideau
                       Les voix qui montent vont plus haut
                       ou les marches plus basses
                              Celui qui redescend
                              Marche la tête basse
L’ombre s’allonge
                              Le ciel s’éclaire
On écoute les bruits tomber tout près du mur
                                     Contre la terre

 

Poème lu sur le site Terre de femmes, Angèle Paoli/Terres de femmes

 

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Foto: I.Pampín. 

Hora

                       Reverdy

Un ojo se cierra en el horizonte

             El otro se levanta

Cuánto tiempo hace falta para recorrer la noche

El ruido y la luz

Estrellas y cascabeles

               Alguien en la montaña ha tirado su abrigo

                   Y detrás

                                      El agua

              El sol apagado que cae

Y el canto más alegre de un pájaro

           La vuelta al mundo

                              Todo se eleva alrededor de la cortina

                     Las voces que suben van más alto

                     O los peldaños más bajos

                              El que vuelve a bajar

                               Anda cabizbajo

La sombra se alarga

                                El cielo se alumbra

Se escucha caer los ruidos muy cerca de una pared

                                                         Contra la tierra   (Trad. Colette)

 

14/08/2010

Frivolité de fin d'été /Frivolidad de fin de verano

Trois ans de suite, 2001, 2002, 2003, Elvira Lindo publia dans le journal El País une série de courts récits basés sur ses vacances estivales dans un village espagnol. Fiction et réalité se mélangent avec un humour décapant dans cette saga familiale où elle narre le quotidien (apparemment banal), ironise sur les vanités de notre société, l’observe en  s’amusant énormément.

Pour tous ceux qui ont le moral raplapla, voilà la traduction d’une partie de « Que c’est romantique  » publié en 2003 (Otro verano contigo, ed. Aguilar, Tinto de verano 3)

 

Para  los que tienen la moral por los suelos, he aquí unos pasajes de una de las crónicas humorísticas  escritas por Elvira Lindo y publicadas por el diario El País durante los veranos 2001, 2002 y 2003.

Esta está sacada de “Tinto de verano 3” “Otro verano contigo” y se llama "Qué romántico"

 

Notes : pour la compréhension de l’extrait : son mari est l’écrivain Antonio Muñoz Molina qu’elle appelle ici « mon saint ».

 

 Cliquer pour agrandir les photos

expo gioia 001.jpg « Grande nouvelle : nous avons eu une tomate.

       La figure de mon saint était un poème quand il est entré le légume miniature à la main. Trois jours durant il refusa de le mordre mais moi, voyant qu’il pourrissait, je l’ai coupé en deux (pour cela les femmes nous avons plus de sang froid) et nous l’avons mangé. Aïe, ce couple d’intellectuels partageant une tomate de leur propre récolte. Je trouve cela fort tendre.

         (…) quand mon saint s’assied sur le perron et contemple notre parcelle de cent mètres, comme Scarlett regardait Tara, je lui demande : « Chéri, sans vouloir t’offenser, crois-tu qu’arrivera le jour où tous les efforts que tu fais, et que je valorise, aboutiront à nous faire une petite salade ?,  car si nous allons de tomate en tomate tous les 15 jours, je trouve que c’est un peu coïtus interruptus ». « Qui sait » me répond-il, « peut-être que nous ne le verrons pas, mais nos petits-enfants mangeront des pommes de ce pommier et chaque bouchée contiendra toutes nos ardeurs ». Il m’en tomba une larme qu’il interpréta comme un signe de mon extrême sensibilité, bien que la vérité soit que moi, penser que je suis morte et que des descendants mangent ce qui est à moi, ça me fait chier. Pourquoi le nier.

     Mais ces discussions frugales ne peuvent dissimuler ce qui saute aux yeux : nous sommes amoureux. ( …). Que sonnent les violons ! Javier Sampedro dit, c’est à la fois illustratif et amusant, que nous tombons amoureux par l’odeur , parce que nous nous voyons comme de bons reproducteurs (nous, nous n’avons plus que des tomates), et à cause de notre doigt majeur. L’histoire du majeur est ce que je trouve le plus sensé. Surtout pour une femme ce doigt du milieu peut être définitif. Lázaro Carreter le disait déjà : " L’orgasme des hommes est analogique, celui des femmes, digital ."Ce doigt du milieu…je le trouve fondamental." (trad. Colette)

 

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“Grandes noticias: hemos tenido un tomate.

      La cara de mi santo era un poema cuando entró con la diminuta hortaliza en la mano. Estuvo tres días sin querer hincarle el diente pero yo, viendo que se nos pudría, lo partí por la mitad (la mujeres para eso tenemos más sangre fría) y nos lo comimos. Ay, esa pareja de intelectuales compartiendo un tomate de su propia cosecha. Lo encuentro entrañable.

    (…) cuando mi santo se sienta en el pollete, contemplando nuestra parcela de cien metros, como escarlata miraba Tara, yo le pregunto:”Cariño, no te molestes por la pregunta pero, ¿crees que llegará un día en que todo ese esfuerzo que estás haciendo, y que yo valoro, dé para que nos hagamos siquiera una ensalada?, porque si vamos de tomate en tomate cada 15 días, lo encuentro un poco coitus interruptus”. “Quién sabe”. Me contesta, “tal vez nosotros no lo veamos, pero nuestros nietos comerán manzanas de este manzano y en cada bocado estarán contenidos todos nuestros anhelos”. Se me cayó una lágrima, que él interpretó como signo de mi extremada sensibilidad, aunque la verdad es que a mí, pensar en estar yo muerta y unos descendientes comiéndose lo mío, me jode. A qué negarlo.

 

   Pero esas frugales discusiones no pueden disimular lo que a la vista está: estamos enamorados.(…) ¡Que suenen los violines! Dice Javier Sampedro, que ilustra a la par que entretiene, que nos enamoramos por el olor, porque nos vemos pinta de buenos reproductores (nosotros ya sólo tenemos tomates), y por nuestro dedo medio. Lo del dedo medio es lo que encuentro más sensato. Sobre todo para una mujer ese dedo medio puede ser definitivo. Ya lo decía Lázaro Carreter:”El orgasmo de los hombre es analógico, y el de las mujeres, digital”. Ese dedo medio…lo encuentro fundamental”.

 

04/08/2010

Fleurs de nuit /Flores de noche

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 Lundi, vingt deux heures trente, le téléphone sonne. « Colette, descends avec ton appareil, elles sont toutes ouvertes ». C’est la voix de María Teresa, et le ton ne me laisse aucun choix. J’obtempère donc, à tâtons, une nuit sans lune, ouvre la barrière, descends quelques marches, salue son chien qui me saute dessus et la voilà qui surgit de derrière l’énorme figuier qui masque l’entrée.« Je les ai surveillés toute la journée mais les fleurs viennent seulement de s’ouvrir, alors j’ai pensé à toi ». « Les » ce sont ses cactus géants appelés San Pedro (echinopsis pachanoi) qui, cette année, sont couverts de fleurs.

Lunes a las diez y media de la noche suena el teléfono. “Colette, baja con tu cámara, se han abierto”. Es la voz de María Teresa y su tono no me deja ninguna opción. Obtempero pues. Es una noche sin luna, a tientas abro la barrera, bajo algunos peldaños, saludo a su perro que me salta encima y, emergiendo de la enorme higuera que tapa la entrada, aparece ella.“Los he vigilado todo el día pero las flores no se han abierto hasta ahora, así que pensé en ti”.“Los” son sus gigantescos cactus llamados San Pedro (echinopsis pachanoi) que, este año, se han cubierto de flores.

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Maria Teresa a 82 ans, un corps douloureux et une allégresse d’esprit qui, me confie-t-elle, l’a fait monter à l’arrière de la moto de son petit-fils il y a peu pour faire une balade mais « ne le dis à personne, on me gronderait ». Promis.

Nous voilà devant ses San Pedro, on les devine car elle n’a rien allumé, ils doivent mesurer entre 3 et 4 mètres de haut, et je vise, un peu au hasard, les fleurs que je ne vois pas. Plus tard elle apporte une lampe de poche ;  fantastiques !

 

María Teresa tiene 82 años, un cuerpo doloroso y una alegría espiritual que le hizo subirse, hace poco, en la parte trasera de la moto de su nieto para dar una vuelta, “no se lo digas a nadie, me reñirían”. Prometido.

 Estamos delante de los San Pedro, más bien se les adivina ya que todo está a oscuras, deben medir entre 3 y 4 metros, y apunto mi cámara, un poco al azar, hacia flores que no veo. Más tarde trae una linterna: ¡fantástico!

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La journée, explique-t-elle, il y a tellement d’abeilles qu’on ne peut pas s’en approcher et je pense à cette phrase de Philippe Geluk « Le miel des cactus c’est délicieux, même que ce sont des abeilles-fakirs qui le récoltent ».

Rentrée chez moi je découvre que ces géants, originaires des Andes, sont aussi de puissants hallucinogènes (il y a même sur Youtube la manière de procéder).

On ne le dira pas à Maria Teresa… 

 

Durante el día, me explica, hay tantas abejas que uno no puede  acercarse y pienso en esa frase de Philippe Geluk:” La miel del cactus es deliciosa, son las abejas-fakir que la cosechan”

De vuelta a casa descubro que esos gigantes, originarios de los Andes, son también potentes alucinógenos (en Youtube se encuentra incluso la manera de proceder).

No se lo diremos a María Teresa…

 

 

19:47 Publié dans billet | Tags : cactus, san pedro, fleur, nuit, voisine | Lien permanent | Commentaires (6)

22/07/2010

Dur de naître / ¡Qué duro es nacer! 5 photos

Deux jours d’émerveillement, d’encouragements muets : « Vas-y, encore un effort mon petit ».

Nous étions une dizaine, entre 2 et 65 ans, des amis, des voisins, collés à la vitre de la couveuse, à contempler des heures durant les 17 naissances. Pour nous c’était la première fois que nous suivions tout le processus, depuis le premier coup de bec dans la coquille jusqu’à la sortie complète de l’œuf. Il y a en qui ont mis 3 heures à y arriver.

Travail exténuant.

Notre admiration n’avait rien du « oh, qu’il est mignon » ; elle était muette et tenait au dévoilement d’un mystère de la vie, à la ténacité et à la patience sans lesquels leur vie est impossible.

 

Dos días de asombro, de aliento mudo: « venga pequeño, todavía un esfuerzo”

Éramos una decena, entre 2 y 65 años, amigos y vecinos, los que asistíamos  pegados al cristal de la incubadora a los 17 nacimientos. Para nosotros era la primera vez que seguíamos todo el proceso, desde el primer picotazo en la cáscara hasta la salida total del huevo. Algunos han necesitado hasta tres horas para conseguirlo.

Trabajo agotador.

Nuestra admiración tenia poco de “qué bonito”; era muda y hablaba más bien de la revelación de un misterio de la vida, de la tenacidad y la paciencia sin los cuales su vida resulta imposible.

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20/07/2010

L'ennui /El aburrimiento

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 C’est après une conversation avec le responsable de la section légumes et fruits du supermarché que m’est apparue l’idée suivante : pourquoi l’ennui serait-il négatif ? Vivre intensément des moments pas folichons, banals, quotidiens – fastidieux selon les critères établis- n’est-ce pas vivre ?

 Cet homme entre deux âges me disait que les jours torrides et répétitifs à Majorque le déprimaient et qu’il trouvait un plaisir immense à trier, placer les légumes et fruits frais dans les rayons « même si cela semble ennuyeux » me dit-il.

 Fue al hablar con el encargado de la sección de frutas y verduras del supermercado cuando me apareció la idea siguiente: ¿por qué sería el aburrimiento algo negativo? Vivir intensamente aquellos momentos que no son excitantes, banales, cotidianos –      fastidiosos según el criterio establecido - ¿no es vivir?

 

Ese hombre de mediana edad me decía que los días calurosos y repetitivos de Mallorca le deprimían y que escoger y colocar las frutas y  verduras frescas en los lineales le procuraba un gran placer “a pesar de que eso pueda parecer aburrido”, añadió.

naturemorteaucitronetdeuxmandarines70.jpgL’ennui est l’apanage des jeunes entre 10 et 15 ans, et c’est  pour cette raison que les romantiques, qui voulaient vivre une éternelle adolescence, en ont fait leur symbole.

Et les adultes ?  Il y en a qui souffrent de cette insipidité vitale, ils s’ennuient et je me suis demandé de quel talent inné jouissent ceux qui savent apprécier le moment présent, arrivent à lui trouver un côté plaisant.

 

El aburrimiento es la especialidad de los jóvenes de entre 10 y 15 años y es por esta razón por que los románticos, que querían vivir una eterna adolescencia, lo convirtieron en su símbolo.

¿Y los adultos? Los hay que sufren de esta insipidez vital, se aburren y me he preguntado de qué talento innato gozan los que saben apreciar el momento presente, consiguen encontrar su lado placentero.

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J’avais noté ce passage du livre « 99 francs » de Frédéric Beigbeder. "Le vrai hédonisme, c’est l’ennui. Seul l’ennui permet de vivre le présent mais tout le monde vise le contraire : pour se désennuyer, les occidentaux fuient par l’intermédiaire de la télé, du cinéma, d’Internet, du téléphone, du jeu vidéo, ou d’un simple magazine. Ils ne sont jamais à ce qu’ils font, ils ne vivent plus que par procuration, comme s’il y avait un déshonneur à se contenter de respirer ici et maintenant. (…)
On est ailleurs qu’à l’endroit où l’on est. On n’est peut être pas mort, mais pas très vivant non plus. Il serait intéressant de mesurer combien d’heures par jour, nous passons ainsi ailleurs que dans l’instant. Ailleurs que là où nous sommes. (…) »

 

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Del libro “99 francos” de Frédéric Beigbeder había anotado el siguiente pasaje:“El verdadero hedonismo es el aburrimiento. Sólo el aburrimiento permite vivir el presente aún cuando todo el mundo intenta lo contrario: para “desaburrirse” los occidentales se escapan a través de la televisión, del cine, de Internet, del teléfono, del videojuego o de una simple revista. Nunca están a lo que están, tan sólo viven por procuración, como si fuera una deshonra el contentarse de respirar aquí y ahora. (…)No estamos donde estamos. No estamos muertos pero tampoco muy vivos. Sería interesante calcular cuántas horas al día pasamos fuera del instante. En otro sitio que aquel en que estamos (…).”


 Cette vision singulière de l’hédonisme me paraît intéressante. Elle rejoint en quelque sorte la pensée du grand poète espagnol, Miguel de Unamuno :« L'ennui fait le fond de la vie, c'est l'ennui qui a inventé les jeux, les distractions, les romans et l'amour. »

 Esta visión singular del hedonismo me parece interesante. De alguna manera se acerca al pensamiento de Miguel de Unamuno:“El aburrimiento constituye el fondo de la vida, es el aburrimiento el que ha inventado los juegos, las distracciones, las novelas y el amor.”  

 

 

 NB: Les quatre tableaux sont du peintre Xavier Valls /Los cuatro cuadros son del pintor Xavier Valls

13/07/2010

Bleu /Azul

En ce début de juillet me poursuit la couleur bleue. Normal penserez-vous en Méditerranée, le ciel, la mer. Mais non, le ciel est laiteux de chaleur et je vis à la campagne.

Bleu mauve d’un bracelet reçu, bleu étrange d’une salade dégustée, bleu clair du plumbago devant ma porte, bleu soutenu du volubilis qui couvre la clôture de ma voisine, bleu sombre d’une chemise légère offerte par ma fille, cascade de bleus de la clématite,…tout est bleu je vous dis, couleur du rêve, de la sagesse, de la sérénité.

Mais vous, rêvez-vous d’un espace, d’un instant bleu ?

En este principio de julio me persigue el color azul. Pensareis que es lo normal viviendo en el Mediterráneo, el cielo, el mar. Pues no; el cielo es lechoso, cocido de calor y yo vivo en el campo.

Azul morado de una pulsera recibida, azul raro de una ensalada degustada, azul claro del plumbago delante de mi casa, azul constante del volúbilis que cubre la valla de mi vecina, azul oscuro de una camisa ligera regalo de mi hija, cascada de azules de la clemátide,… todo es azul os digo, color del sueño, de la cordura, de la serenidad.

Pero vosotros, ¿soñáis de un espacio, de un instante azul?

 

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Bleu de toi de Eduardo Carranza

 

Penser à toi est bleu, comme musarder

dans un bois doré à midi :

naissent des jardins dans mon parler

et dans tes rêves je marche avec mes nuages.

 

Nous unit et nous sépare un air mou,

une distance de mélancolie ;

je lève les bras de ma poésie,

bleu de toi, blessé et haletant.

 

C’est comme un horizon de violons

ou une tiède souffrance de jasmins

penser à toi, de bleu tempérament.

 

Le monde devient cristallin,

et je te regarde, dans ma lampe de verre*,

bleu dimanche de ma pensée.

 

(Trad. Colo. « lámpara de trino » est peut-être une expression ou réalité colombienne, je n’ai pas réussi à le savoir. Une suggestion ?)

 

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Azul De Ti de Eduardo Carranza

 

Pensar en ti es azul, como ir vagando
por un bosque dorado al mediodía:
nacen jardines en el habla mía
y con mis nubes por tus sueños ando.

 

Nos une y nos separa un aire blando,
una distancia de melancolía;
yo alzo los brazos de mi poesía,
azul de ti, dolido y esperando.

 

 Es como un horizonte de violines
o un tibio sufrimiento de jazmines
pensar en ti, de azul temperamento.

 

El mundo se me vuelve cristalino,
y te miro, entre lámpara de trino,
azul domingo de mi pensamiento.

 

 

19/06/2010

Hommage à José Saramago/Homenaje a...

 

Il vivait à Lanzarote, îles Canaries. Bel hommage de Ramón dans le journal El País ce matin.

Ramón

Vivía en Lanzarote, Canarias. Bonito homenaje de Ramón en El País esta mañana.

15/05/2010

Trois jours, un millénaire / Tres días, un milenario

Sous le palmier que vous aviez vu couvert de neige, pousse un autre, plus petit ; les habitants disent qu’il a des mains. Ses palmes ressemblent plutôt à des éventails et il fleurit chaque printemps. Cette année j’ai suivi et photographié trois jours de suite l’éclosion florale, c’est magique :

Debajo de la palmera que habíais visto  cubierta de nieve crece otra, más pequeña; los habitantes dicen que tiene manos. Sus palmas parecen  abanicos y florece cada primavera. Este año seguí y fotografié tres días seguidos la apertura del sobre floral: es mágico.

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Day 2
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Voici laTilandsia. Il y a une quinzaine d’années une voisine m’a offert un bout de plante, sans racines. « Elle vit de l’air » m’a-t-elle dit. Je l’ai suspendue au tronc de la vigne vierge de la terrasse.  Peu à peu elle a grandi et chaque année elle fleurit, chose rare paraît-il, et il est vrai que dans les environs je n’en ai jamais vu d’autre en fleur.

Aquí tienen laTilandsia. Hace unos quince años una vecina me regaló un trozo de planta, sin raíces. “Vive del aire” me dijo. La colgué del tronco de la parra virgen de la terraza. Ha crecido poco a poco y cada año florece, cosa rara al parecer, y la verdad es que en los alrededores nunca vi otra en flor.

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Fotos Tilandsia: Israel Pampín, ¡Gracias!
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Sonreír con la alegre tristeza del olivo

Miguel Hernández

Sonreír con la alegre tristeza del olivo.
Esperar. No cansarse de esperar la alegría.
Sonriamos. Doremos la luz de cada día
en esta alegre y triste vanidad del ser vivo.

(…)

Sourire avec la tristesse joyeuse de l’olivier.

Attendre. Ne pas se fatiguer d’attendre la joie.

Sourions. Embellissons la lumière de chaque jour

dans cette gaie et triste vanité de l’être vivant.(Trad.CM)

(…)

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Finalement voici le roi du terrain qui entoure notre maison : cet olivier qu’on dit millénaire. De combien d’invasions, de combats, d’amours a-t-il été témoin ?

Il ne donne plus de fruits, mais son ombre est si douce et sa force si grande.

Finalmente aquí tienen el rey del terreno que rodea nuestra casa: es este olivo que dicen milenario. ¿Cuántas invasiones, cuántos combates, cuántos amores habrá visto?

Ya no da fruto, pero su sombra es tan dulce y su fuerza tan grande.

 

06/05/2010

larmes / lágrimas

 

 

Dans les medias une nouvelle chasse l’autre si rapidement que ce qui s’est passé il y a quatre mois n’existe plus. Alors j’ai ressorti et traduit ce billet du romancier et journaliste Manuel Vincent  publié dans le journal El País le 24 janvier 2010.

 

« Ma chambre à La Havane donnait sur un patio intérieur qui résonnait fort. La maîtresse de maison me prévint que vers minuit j’entendrais l’orgasme de la mulâtre du premier étage à gauche ; qu’après je serais éveillé à l’aube par le chant d’une douzaine de coqs que le voisin élevait sur sa terrasse et qu’ensuite, sur le terrain en bas, Camilito, le fils de la noire Teresa commencerait à pleurer. Chaque nuit tout se produisait comme attendu, bien que les pleurs de l’enfant semblaient interminables quand ils commençaient après le chant des coqs. ( …) Au milieu de ses colères, qui pouvaient durer une heure ou plus, on entendait la voix mélodieuse de la noire Teresa qui disait : « Camilito, mi amol, qué te paaasa »*. L’enfant arrivait enfin à ce qu’on s’occupe de lui et ses pleurs avaient eu un sens.

Timo Lehtonen.jpg Les pleurs des bébés sont comme des mécanismes de défense quand ils ont faim, soif, froid, chaleur ou un autre désagrément : Il suffit d’un problème minime, le biberon, la sucette, les langes, pour que le bébé attire l’attention sur lui. Mères amoureuses, nounous sollicitées, servantes affectueuses ou infirmières professionnelles accourent au berceau sitôt quelles entendent qu’un enfant gâté émet le premier cri. (…) 

Dans le campement de réfugiés rwandais en Tanzanie je me suis rendu compte que les enfants ne pleuraient pas. Ils se contentaient de regarder fixement leurs mères. Un médecin m’expliqua que là-bas les enfants ne pleuraient pas parce que leurs cerveaux avaient déjà codifié, à travers leur longue misère héritée, que les pleurs ne servaient à rien. La douleur était assimilée au silence.

Dans la tragédie de Haïti on a vu la fameuse photo du pompier Oscar Vega tenant dans les bras un enfant de deux ans sauvé des décombres. L’enfant a des larmes aux yeux, mais il ne pleure pas non plus. Sans doute a-t-il  appris la leçon bien avant de naître. Il sait qu’au bout des pleurs il n’y a rien ni personne. Il semble uniquement étonné d’être encore vivant. »

 

* L’auteur se réfère ici à la musicalité du parler cubain.

 

 

  

"Mi habitación en La Habana daba a un patio interior que tenía mucha resonancia. El ama de casa me advirtió que hacia la medianoche oiría el orgasmo de la mulata del primero derecha; luego, al amanecer, me despertaría el canto de una docena de gallos que los vecinos criaban en las terrazas y enseguida, abajo en el solar, comenzaría a llorar Camilito, el hijo de la negra Teresa. Todo se producía según lo esperado cada noche, aunque el llanto del niño parecía no tener fin cuando empezaba a llorar después de que cantaran los gallos.( …) En medio de su berrinche, que podía durar una hora o más, se oía la voz melodiosa de la negra Teresa, que decía: "Camilito, mi arteafricanomujer.jpgamol, qué te paaasa". Al final el niño conseguía ser atendido y su llanto había tenido un sentido. Los bebés lloran como un mecanismo de defensa cuando sienten hambre, sed, frío, calor u otra molestia. Basta un mínimo problema, el biberón, el chupete, los pañales, para que el bebé llame la atención. Madres amorosas, niñeras solícitas, criadas cariñosas o enfermeras profesionales acuden a la cuna tan pronto como oyen que un niño mimado emite el primer vagido. (…)

 En el campamento de refugiados ruandeses en Tanzania me di cuenta de que los niños no lloraban. Sólo miraban fijamente a sus madres. Un médico me explicó que allí los niños no lloraban porque su cerebro ya había codificado a través de su larga miseria heredada que el llanto no les servía de nada. El dolor estaba asimilado al silencio.

En la tragedia de Haití se ha visto en una foto famosa al bombero Óscar Vega con un niño de dos años en brazos, rescatado de los escombros. El niño tiene lágrimas en los ojos, pero tampoco llora. Sin duda ha aprendido bien la lección mucho antes de nacer. Sabe que al final del llanto no hay nada ni nadie. Sólo parece asombrado de seguir vivo."

Manuel Vicent, El País 24-01-2010

Fotos: 1) Timo Lehtonen 2) Arte Africano