art sud américain - Page 2

  • Sans le savoir / Sin saberlo

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    Roberto Juarroz. 


     
    Argentina (1925-1995)

    "Una hoja en el árbol, justifica al árbol. Pero un árbol sin hojas lo justifica todo."
    "Une feuille dans l'arbre justifie l'arbre. Mais un arbre sans feuilles justifie tout"
     
    (les poèmes de Juarroz sont sans titre) (los poemas de Juarroz no tienen título)
     
     
     Le jour où sans le savoir
    Nous faisons une chose pour la dernière fois,
    regarder une étoile,
    passer une porte,
    aimer quelqu’un,
    écouter une voix,
    si quelque chose nous prévenait
    que jamais nous n’allions la refaire,
    la vie probablement s’arrêterait
    comme une poupée sans enfant ni ressort.

    Et pourtant, chaque jour
    nous faisons quelque chose pour la dernière fois,
    regarder un visage,
    nous appeler par notre nom,
    achever d’user une chaussure,
    éprouver un frisson
    comme si la première ou la millième fois
    pouvait nous préserver de la dernière.

    Il nous faudrait un tableau noir
    marquant toutes les entrées et les sorties,
    où serait clairement annoncé, jour après jour,
    avec des craies de couleur et des voyelles
    ce que chacun doit terminer
    jusqu’à quand on doit faire chaque chose,
    jusqu’à quand on vit
    jusqu’à quand on meurt.
     
     
    (Trad: Colette)
     

    Ce poème a été traduit par Jacques Ancet, bien avant moi; vous trouverez sa version ici: http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/juarroz/juarroz.html

    Tommy Ingberg http://www.ingberg.com/



    El día en que sin saberlo
    hacemos por última vez una cosa
    mirar una estrella,
    atravesar una puerta,
    amar a alguien,
    escuchar cierta voz
    si algo nos advirtiera
    que nunca volveremos a hacer eso,
    probablemente la vida se detendría
    como un muñeco sin niño ni resorte.
    .
    Sin embargo, cada día
    hacemos algo por última vez
    mirar un rostro,
    llamarse con su propio nombre,
    terminar de gastar un zapato,
    probar un temblor
    como si la primera vez o la milésima
    pudiera preservarnos de la última.
    .
    Nos haría falta un tablero
    con todas las entradas y salidas marcadas,
    donde se anuncie claramente, día por día,
    con tiza de colores y con vocales
    qué le toca terminar a cada uno,
    hasta cuándo se hace cada cosa,
    hasta cuándo se vive
    hasta cuándo se muere.

    Roberto Juarroz.
     
     
     
     
    Le prochain billet sera consacré à ce poète Argentin (1925-1995), auteur d'une “poésie verticale”; les pieds sur terre, la tête imprégnée de spiritualité, de philosophie. Une poésie sans artifices, à la recherche d'une “troisième dimension”, entre la vie et la mort, le bonheur et la disgrâce...loin du manichéisme d'une certaine poésie traditionnelle.


    La próxima entrada será dedicada a ese poeta Argentino (1925-1995), autor de una “Poesía Vertical”; los pies en la tierra, la cabeza impregnada de espiritualidad, de filosofía. Una poesía sin artefactos, que busca una “tercera dimensión” entre la vida y la muerte, la felicidad y la desgracia...lejos del maniqueísmo de cierta poesía tradicional.
  • Une tiède soirée / Una tibia tarde

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    Inattendu cet e-mail venu tout droit d'Équateur. Une poétesse me remerciait d'avoir traduit, il y a tout un temps, “Choses absurdes”. Elle avait aimé ma traduction. Un échange de courriers chaleureux et voilà que Rosa Amelia Alvarrado Roca vient de me faire parvenir un très beau cadeau: son dernier recueil, une anthologie personnelle de poèmes inédits. 

     

     

    Una tarde tibia poemas Rosa Amelia Alvarrado

     

     

    La présentation est très soignée, de fins dessins de Pilar Bustos séparent les différenets parties du livre. Bref, un présent dédicacé “Para Colette en reunión de la poesía y el habla castellana...” qui m'a fait grand plaisir
    Rosa Amelia a fait des études de philologie et lettres à Paris, elle comprend donc parfaitement le français et c'est donc avec grand soin que j'ai traduit ces poèmes, choisis surtout en fonction de ma capacité à les rendre en français de façon musicale.
     
    Inesperado el e-mail llegado directo desde Ecuador. Una poetisa me daba las gracias por haber traducido, hace tiempo, “Cosas absurdas”. Le había gustado mi traducción. Continuó con un intercambio de cálidos correos y he aquí que Rosa Amelia Alvarrado Roca me ha hecho llegar un precioso regalo: su último poemario, una antología personal de poemas inéditos.
     
    Una presentación muy cuidada, delicados dibujos de Pilar Bustos en la hojas que separan las diferentes partes del libro. En fin, un presente dedicado: “Para Colette en reunión de la poesía y el habla castellana...” que me ha complacido mucho.
    Rosa Amelia ha estudiado Filología y Letras en París. Como comprende perfectamente el francés, he traducido sus poemas con el mayor esmero y los he escogido sobre todo en función de mi capacidad para restituirlos en francés de manera musical

     

     
    Navegando

     

    Quiero trepar por las venas
    de tu navío
    navegar por tu sangre morena de sol
    quiero llegar al corazón de tu barca herida
    que vive en el silencio
    al borde del acantilado

     

    quiero ser el puerto
    donde anclar tus tormentas

     

     

    Navigant

     

     
    Je veux escalader les veines
    de ton vaisseau
    naviguer sur ton sang brun de soleil
    je veux arriver au cœur de ta barque blessée
    qui vit en silence
    au bord de la falaise
     
    je veux être le port
    où ancrer tes orages

     

     

     

    (clic pour agrandir)

     

     

     

    Canto insomne 

     

    Tengo un canto
    metido en la mitad de la garganta
    que no tiene notas
    ni tiene armonías
    es apenas una voz delgada como fino hilo de seda
    que se le escapó a la crisálida
    y quiere salir de cualquier manera
    porqué llegó el tiempo
    de ser mariposa

     

     

     

    Chant insomniaque

     

    J'ai un chant
    posé au milieu de la gorge
    qui n'a ni notes
    ni harmonies
    c'est à peine une mince voix comme un fin fil de soie
    qui aurait échappé à la chrysalide
    et veut sortir à tout prix
    car est arrivé le moment
    d'être papillon


    Trad: Colette

  • Dehors et dedans / Fuera y dentro

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    Toujours la canicule, alors voici un poème féministe et amusant d'une  

    contemporaine de Gioconda Belli, Ana María Rodas.
     

    Le poème en espagnol et sa belle traduction je les ai trouvés ici

     

     

     



                                   Miss Hulk

     

     

     

    Je suis une femme incroyable
     
                      quand je m’énerve
     
                      je grandis

                      je deviens vert

                             je déchire tout

    en dedans.
     
                               Bill Bixby
     
                               fait tout cela
    mais 
     
    lui
     
    c’est
     
    un homme
     
    il le fait
     
                     en dehors. 
     


                                 Ms. Hulk

     

    Soy una mujer increíble

                      cuando me enojo

                       crezco

                     me pongo verde

                     desgarro todo

    adentro.

                           Bill Bixby                  

                                  hace todo eso

    pero

     él

    es
     
    hombre
     
    lo hace

               a fuera.



    Nota: Bill Bixby, si vous l'ignoriez est l'acteur qui joue Hulk / el el actor 

    que representa a Hulk

  • Cimenter les rêves / Cimentar los sueños

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    Paresse et chaleur, ou / et vice versa...je n'ai pas écrit, comme annoncé, de détails sur la vie et la personnalité de Gioconda Belli. Mais je vous ai traduit ce court texte.

     

     

    Tendresse des peuples  Gioconda Belli

     

     Je te disais que la solidarité

     est la tendresse des peuples.

     Je te le disais après le triomphe,

     après avoir passé les temps durs des batailles
     
    et des pleurs;
     
    maintenant tandis que je repense aux choses qui se sont passées là-bas
     
    quand tout n'était que rêve et rêve, éveillés et endormis,
     
    sans jamais nous lasser de cimenter le rêve
     
    jusqu'à ce qu'il cesse d'en être un et que nous avons vu les
     
    drapeaux rougenoirs
     
    - en vrai - flottant sur les maisons, les cabanes, les chaumières,
     
    les arbres du chemin et nous avons pensé à tout ce que nous 

     avons dû vivre

     et c'était comme un grand casse-tête de rages et de feu

    et sang et espoirs...


    (Trad: Colette)

     

     

    Consuelo (détail) Antonio Soler

     

     

     

    Consuelo (réconfort) Antonio Soler (link)

     

     

     

     

     

    Ternura de los pueblos   Gioconda Belli

     

     Yo te decía que la solidaridad 

     es la ternura de los pueblos.

     Te lo decía después del triunfo,

     después de que pasamos los tiempos duros de batallas

     y llantos;

     ahora mientras recuerdo cosas que pasaron allá afuera,

     cuando todo era soñar y soñar, despiertos y dormidos, 

     sin cansarnos nunca de ponerle argamasa al sueño

     hasta que dejó de serlo, hasta que vimos las banderas rojinegras

       de verdad— ondeando sobre las casas, las casitas, las chozas,

     los árboles del camino y pensamos en todo lo que nos tocó vivir

     y era como un gran rompecabezas de rabias y fuego

     y sangre y esperanza.. .

     

  • Érotisme poétique / Erotismo poético

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    Le sexe et la Révolution, l'érotisme et la lutte, c'est ce que nous propose la poétesse
     
    Gioconda Belli née en 1948 au Nicaragua. Je vous parlerai d'elle la semaine prochaine, en
     
    attendant commençons l'été avec ces plaisirs charnels.
     
    El sexo y la Revolución, el erotismo y la lucha, es lo que nos propone la poetisa
     
    Gioconda Belli nacida en Nicaragua en 1948. Os hablaré de ella la próxima
     
    semana, mientras...
     
    Empecemos el verano con placeres carnales.

     

     

     

    Gioconda Belli

     

    Pequeñas Lecciones de Erotismo

    Petites leçons d'érotisme
     

    Rodin


    I


    Recorrer un cuerpo en su extensión de vela


    Es dar la vuelta al mundo


    Atravesar sin brújula la rosa de los vientos


    Islas golfos penínsulas diques de aguas embravecidas


    No es tarea fácil - si placentera -


    No creas hacerlo en un día o noche de sábanas explayadas


    Hay secretos en los poros para llenar muchas lunas 

     

    Parcourir un corps à la voile déployée

    C'est faire le tour du monde

     Traverser sans boussole la rose des vents

     Îles golfes péninsules digues d'eaux furieuses

     Ce n'est pas tâche aisée - si plaisante soit-elle -

     Ne crois pas pouvoir le faire en un jour ou une nuit de draps étalés 

     Il y a assez de secrets dans les pores pour emplir bien des lunes


    II, III

    IV

    Instálate en el humus sin miedo al desgaste sin prisa


    No quieras alcanzar la cima


    Retrasa la puerta del paraíso


    Acuna tu ángel caído revuélvele la espesa cabellera con la


    Espada de fuego usurpada


    Muerde la manzana

     

    Installe-toi dans l'humus sans crainte de l'usure, sans hâte

    N'essaye pas d'atteindre la cime

     Retarde la porte du paradis

     Berce ton ange déchu bouleverse l'épaisse chevelure avec

     L'épée de feu usurpée

     Mords la pomme

     

     

     

    Temple Konarka, Inde

     

     

     

    V, VI

    VII

    Traspasa la tierra del fuego la buena esperanza


    navega loco en la juntura de los océanos


    Cruza las algas ármate de corales ulula gime


    Emerge con la rama de olivo llora socavando ternuras ocultas


    Desnuda miradas de asombro


    Despeña el sextante desde lo alto de la pestaña


    Arquea las cejas abre ventanas de la nariz 



     
    Traverse la Terre de Feu le Cap de  Bonne Espérance

    navigue fou à la jonction des océans

    Croise le fer avec les algues arme-toi de coraux hulule gémis
     
    Émerge avec le rameau d'olivier pleure et sape les tendresses occultes
      
    Dénude les regards de surprise  
     
    Jette le sextant depuis le haut du cil
     
     Arque les sourcils ouvre les fenêtres du nez

     


    VIII

    Aspira suspira


    Muérete un poco


    Dulce lentamente muérete


    Agoniza contra la pupila extiende el goce


    Dobla el mástil hincha las velas


    Navega dobla hacia Venus


    estrella de la mañana


    - el mar como un vasto cristal azogado -


    duérmete náufrago. 

     

     

    Aspire soupire 
     
    Meurs un peu


    Doucement meurs

    Agonise contre la pupille étends la jouissance

    Double le mât gonfle les voiles

    Navigue et cingle devers Vénus

    étoile du matin

     -la mer comme un vaste cristal étamé-

     endors-toi naufragé. 

     
     


    Traduction Colette inspirée par celle de E. Dupas. Vous trouverez les autres strophes, qui me plaisaient moins ici:

    Encontraréis las otras estrofas que me gustaban un poco menos aquí.

  • D'amour et de pluie / De amor y lluvia

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    Pluie  Juan Gelman
     
    aujourd'hui il pleut beaucoup, beaucoup,
    on pourrait croire qu'on veut laver le monde.
    mon voisin d'à côté regarde la pluie
    et pense écrire une lettre d'amour/
    une lettre à la femme qui partage sa vie
    qui prépare ses repas lave son linge fait l'amour avec lui
    et ressemble à son ombre/
    mon voisin jamais ne dit de mots d'amour à sa femme/
    il entre à la maison par la fenêtre et non par la porte/
    par une porte on entre en beaucoup d'endroits/
    au travail, à la caserne, à la prison, en tous les bâtiments du monde/
    mais non au monde/
    ni dans une femme/ni dans l'âme/
    c'est-à-dire/en ce tiroir ou ce navire ou cette pluie que nous appelons ainsi/
    comme aujourd'hui/qu'il pleut beaucoup/
    et que cela pèse d'écrire le mot amour/
    parce que l'amour est une chose et le mot amour autre chose/
    et que seule l'âme sait où les deux se rencontrent/
    et quand/et comment/ mais que sait-on de l'âme/
    c'est pourquoi mon voisin ressent des perturbations dans sa bouche des mots qui font naufrage/
    des mots qui ne savent pas qu'il pourrait faire soleil
    parce qu'ils naissent et meurent la nuit même de l'amour/
    et qui laissent dans la pensée des lettres qui ne seront jamais écrites/
    comme le silence qu'il y a entre deux roses/
    ou comme moi/qui écris des mots
    dédiés à mon voisin qui regarde la pluie/
    à la pluie/
    à mon coeur exilé/ 

    Ce poème figure dans le livre "Isso" publié par l'Université de Brasilia en 2004
    http://jean.dif.free.fr/Textes/Nl20051.html



    Lluvia Juan Gelman
     
    hoy llueve mucho, mucho,
    y pareciera que están lavando el mundo
    mi vecino de al lado mira la lluvia
    y piensa escribir una carta de amor/
    una carta a la mujer que vive con él
    y le cocina y le lava la ropa y hace el amor con él
    y se parece a su sombra/
    mi vecino nunca le dice palabras de amor a la
    mujer/
    entra a la casa por la ventana y no por la puerta/
    por una puerta se entra a muchos sitios/
    al trabajo, al cuartel, a la cárcel,
    a todos los edificios del mundo/ pero no al mundo/
    ni a una mujer/ni al alma/
    es decir/a ese cajón o nave o lluvia que llamamos así/
    como hoy/que llueve mucho/
    y me cuesta escribir la palabra amor/
    porque el amor es una cosa y la palabra amor es otra cosa/
    y sólo el alma sabe dónde las dos se encuentran/
    y cuándo/y cómo/
    pero el alma qué puede explicar/
    por eso mi vecino tiene tormentas en la boca/
    palabras que naufragan/
    palabras que no saben que hay sol porque nacen y
    mueren la misma noche en que amó/
    y dejan cartas en el pensamiento que él nunca
    escribirá/
    como el silencio que hay entre dos rosas/
    o como yo/que escribo palabras para volver
    a mi vecino que mira la lluvia/
    a la lluvia/
    a mi corazón desterrado/

     

  • Juan Gelman, l'exil et le souvenir / Juan Gelman, el exilio y la memoria

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    Pour que ce grand poète qu'est Juan Gelman nous soit un peu mieux révélé dans toute sa nature : celle d'un homme qui, face aux atrocités et aux désespoirs de la vie a su résister non par la haine, la rancœur ou la soif de vengeance, mais par l'amour, la beauté, l'enfance. Et par la poésie qui les réunit tous. Une poésie qui, dans le bouleversement et l'intensité qui sont les siens, est un acte de vie interminablement jeté à la face de la mort”. Jacques Ancet, son traducteur.

    Para que ese gran poeta Juan Gelman nos sea mejor revelado en su naturaleza: la de un hombre que, frente a las atrocidades y a las desesperanzas de la vida consiguió resistir, no por el odio, el rencor o la sed de venganza, sino por el amor, la belleza, la infancia. Y por la poesía que todos los reúne. Una poesía que, en la conmoción y la intensidad que le son propios, es un acto de vida interminablemente arrojado frente a la muerte.” J. Ancet. (trad: Colette)

     

    Juan Gelman, Buenos Aires 1930 – Mexico 2014

     

     
    Juan Gelman y su caricatura

     

     
    Il se trouvait à Rome pour dénoncer les violations des droits de l'homme en Argentine sous Eva Perrón quand, le 24 mai 1976 il y eut un coup d'État qui imposa un “terrorisme d'État”, et on lui interdit de revenir dans son pays. Il passa sa vie dans diverses parties du monde. Exil.

     

    Se encontraba en Roma para denunciar las violaciones de los derechos del hombre en Argentina bajo Eva Perrón cuando, el 24 de mayo 1976 hubo un golpe de Estado que impuso un “terrorismo de Estado”, y se le prohibió volver a su país. Pasó su vida en varias partes del mundo. Exilio.
     

     

     des devoirs de l'exil :
    ne pas oublier l'exil /
    combattre la langue qui combat l'exil !
    pas oublier l'exil / autrement dit la terre /
    ou la patrie ou bon lait ou mouchoir
    où nous vibrions / nous vivions enfants /
    pas oublier les raisons de l'exil /
    dictature militaire / ou erreurs
    commises par nous pour toi / contre toi /
    terre dont nous sommes et qui nous étais
    là à nos pieds / comme une aube étendue /
    et toi / toi tout petit cœur qui regarde
    n'importe quel matin comme un oubli /
    non n'oublie pas d'oublier l'oubli

    Sous la pluie étrangère, Trad: J. Ancet

     

     
    de los deberes del exilio:
    no olvidar el exilio/
    combatir a la lengua que combate al exilio
    no olvidar el exilio/o sea la tierra/
    o sea la patria o lechita o pañuelo
    donde vibrábamos/donde niñábamos/
    no olvidar las razones del exilio/
    la dictadura militar/los errores
    que cometimos por vos/contra vos/
    tierra de la que somos y nos eras
    a nuestros pies/como alba tendida/
    y vos/corazoncito que mirás
    cualquier mañana como olvido/
    no te olvides de olvidar el olvido

     

     

    Son fils et sa belle-fille, enceinte, furent faits prisonniers. Lui fut tué et elle aussi après avoir accouché en prison de sa petite fille, Macarena, que J. Gelman retrouvera bien plus tard, en l'an 2000; ce fut une fête dans toute l'Argentine. Elle avait été donnée à un couple stérile...Juan Gelman n'avait jamais abandonné ses recherches.

    Su hijo y su nuera, embarazada, fueron apresados. A él le mataron y a ella también pero después de haber dado a luz de una niña, Macarena, que encontró finalmente en el año 2000. Fue una fiesta en toda la Argentina. Había sido dada a una pareja estéril...Gelman nunca había dejado de buscarla.

     

     

    Rincón de la memoria Margarita Garcés http://www.portaldearte.cl/agenda/pintura/2004/rincon_memoria.htm  

     

     

    Une femme et un homme emportés par la vie…
    Une femme et un homme emportés par la vie,
    une femme et un homme face à face
    habitent dans la nuit, débordés par leurs mains,
    ils s’entendent monter libres dans l’ombre,
    leurs têtes reposent sur une belle enfance
    qu’ils ont créée ensemble, pleine de soleil, de lumière,
    une femme et un homme attachés par leurs lèvres
    remplissent la nuit lente avec toute leur mémoire,
    une femme et un homme plus beaux en l’autre
    occupent leur place sur la terre.

    (Trad: J. Ancet)

    UNA MUJER Y UN HOMBRE

    Una mujer y un hombre llevados por la vida,
    una mujer y un hombre cara a cara
    habitan en la noche, desbordan por sus manos,
    se oyen subir libres en la sombra,
    sus cabezas descansan en una bella infancia
    que ellos crearon juntos, plena de sol, de luz,
    una mujer y un hombre atados por sus labios
    llenan la noche lenta con toda su memoria,
    una mujer y un hombre más bellos en el otro
    ocupan su lugar en la tierra.

     

    Ce dernier poème pour aujourd'hui s'adresse, j'imagine, à sa petite-fille.
    Este último poema para hoy se dirige, me imagino, a su nieta.

     

     

    J, Gelman y Macarena, su nieta

    J’écris dans l’oubli…
    J’écris dans l’oubli
    dans chaque feu de la nuit
    chaque visage de toi.
    Il y a une pierre alors
    je t’y couche en moi,
    personne ne la connaît,
    j’ai fondé des villages dans ta douceur,
    j’ai souffert de tout cela,
    tu es hors de moi

     étrangère tu m’appartiens.

    Escribo en el olvido...

     

    Escribo en el olvido
    en cada fuego de la noche
    cada rostro de ti.
    Hay una piedra entonces
    donde te acuesto mía,
    ninguno la conoce,
    he fundado pueblos en tu dulzura,
    he sufrido esas cosas,
    eres fuera de mí,
    me perteneces extranjera.

     

     

    Liens en français où vous trouverez des détails de sa vie, de sa poésie, d'excellents articles:
    http://www.oeuvresouvertes.net/spip.php?article2204
    http://pierresel.typepad.fr/la-pierre-et-le-sel/2014/01/juan-gelman-une-parole-pour-lindicible.html
    http://america-latina.blog.lemonde.fr/2014/01/20/largentin-juan-gelman-poete-des-disparus/
  • Un autre mai / Otro mayo

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    Un autre mai                        Juan Gelman

    quand tu passais par ma fenêtre
    mai
    ton automne sur le dos
    et que tu faisais signe avec la lumière
    des dernières feuilles
    que voulais-tu me dire, mai ?
    pourquoi étais-tu triste ou doux dans ta tristesse ?
    je ne l’ai jamais su mais toujours
    il y avait un homme seul au milieu de l’or de la rue


    mais j’étais cet enfant
    derrière la fenêtre
    quand tu passais, mai
    comme si tu me couvrais les yeux


    et l’homme ce serait moi
    maintenant que je me souviens


    (* voir note)


    Si vous ne connaissez pas Juan Gelman, pas grave, vous saurez tout sur lui, il en vaut vraiment la peine, dans les prochains billets

    Gloria Gattas Massuh (Argentina)


    Otro mayo                    Juan Gelman

    cuando pasabas con tu otoño a cuestas
    mayo por mi ventana
    y hacías señales con la luz
    de las hojas finales
    ¿qué me querías decir mayo?
    ¿porqué eras triste o dulce en tu tristeza?
    nunca lo supe pero siempre
    había un hombre solo entre los oros de la calle

    pero yo era ese niño
    detrás de la ventana
    cuando pasabas mayo
    como abrigándome los ojos

    y el hombre sería yo
    ahora que recuerdo


    * Trad. trouvée sur la toile sans nom du traducteur, mais presque tous les poèmes de J. Gelman ont été traduits par Jacques Ancet.

  • Loin de la peur / Lejos del miedo

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    Eduardo Galeano (Uruguay), décédé la semaine dernière, était non seulement un grand poète et narrateur, mais aussi un analyste, plutôt lucide, qui nous a expliqué dans “Les veines ouvertes de l'Amérique Latine” comment s'imbriquent le pouvoir et l'Histoire. Il y raconte le passé d'un continent, c'était en 1971, une époque où Cuba n'était pas encore suspecte, ou du moins on pouvait encore croire et penser que de l'île allait venir un monde meilleur. Pas mal d'artistes, dont le poète Benedetti, l’auteur-compositeur-interpète Viglietti et Galeano reprirent le message du Che et d'autres, mais en lui ajoutant une touche plus, - comment dire?, humaine, hédoniste, romantique. Ni uniformes ni louanges à l'Union Soviétique. On aimait le vin, l'amour et...le football.
    Galeano était un grand fan de foot, et quand on le lui reprochait, il répondait “Pour les intellectuels de gauche, le football empêche le peuple de penser. Pour ceux de droite, il prouve qu'il pense avec les pieds. C'est un business? Le sexe n'en est-il pas un? Et ceux qui savent m'ont dit que le sexe n'est pas mal”.
    Il transforma le foot en une affaire politique.
    Le général Videla le condamna à mort (il vécut en exil) et les “caudillos” de gauche se laissèrent aduler par lui. Toujours il offrit son renom pour appuyer toutes les causes justes, présentes et futures.
    Peut-être lit-on certains de ses écrits avec un brin de raillerie de nos jours, peut-être s'est il parfois trompé, mais qui pas?



    Eduardo Galeano, fallecido la semana pasada, era no solo un gran poeta y narrador, sino también un analista, mas bien lúcido, que nos explicó en “Las venas abiertas de América Latina” cómo se imbrican el poder y la Historia. Nos cuenta el pasado de un continente, era en 1971, una época en la que Cuba todavía no era sospechosa, o por lo menos se podía creer y pensar que de la isla iba a salir un mundo mejor. Muchos artistas, entre los cuales el poeta Benedetti, el autor y interprete Viglietti y Galeano recogieron el mensaje del Che y de otros, pero añadiéndole un toque, - ¿cómo decirlo?, más humano, hedonista, romántico. Ni uniformes ni alabanzas a la Unión Soviética. Gustaba el vino, l'amour, y...el fútbol.
    Galeano era un gran fan de fútbol, y cuando se le reprochaba, respondía: «Para los intelectuales de izquierdas, el fútbol impide que el pueblo piense. Para los de derechas, prueba que piensa con los pies. ¿Que es un negocio? ¿El sexo no lo es? Y los que saben me han dicho que el sexo no está mal».
    Trasformó el deporte en un asunto político.
    El General Videla le condenó a muerte (vivió en el exilio) y los caudillos de izquierda se dejaron adular por él. Siempre ofreció son renombre para apoyar todas las causas justas, presentes y futuras.
    Tal vez leamos algunos de sus escritos con algo de mofa hoy en día, tal vez se haya equivocado a veces, pero ¿quién no?

    Sources /Fuentes:
    El País :http://cultura.elpais.com/cultura/2015/04/13/actualidad/1428951264_473655.html
    La voz de Galicia : http://www.lavozdegalicia.es/noticia/opinion/2015/04/15/galeano-hombre-palabra/0003_201504G15P15994.htm
    El Mundo: http://www.elmundo.es/cultura/2015/04/13/552bbabbe2704e5f158b457a.html

    Signos y constelaciones enamorados / Miró /Signes et constellations amoureux.



    Voici trois courts textes extraits du “Livre des étreintes” (déjà publié ici l'histoire du petit garçon et de la montre)
    Aquí tres textos cortos extraídos de “El libro de los abrazos” (ya publiqué aquí la historia del niño y des reloj)

    El arte y el tiempo

     ¿Quiénes son mis contemporáneos? -se pregunta Juan Gelman.

    Juan dice que a veces se cruza con hombres que huelen a miedo, en Buenos Aires, París o donde sea, y siente que esos hombres no son sus contemporáneos.

    Pero hay un chino que hace miles de años escribió un poema, acerca de un pastor de cabras que está lejísimos de la mujer amada y sin embargo puede escuchar, en medio de la noche, en medio de la nieve, el rumor del peine en su pelo: y leyendo ese remoto poema, Juan comprueba que sí, que ellos sí, que ese poeta, ese pastor y esa mujer son sus contemporáneos.

     

    L'art et le temps
    Qui sont mes contemporains? -se demandait Juan Gelman.
    Juan dit que parfois il croise des hommes qui ont une odeur de peur, à Buenos Aires, à Paris ou n'importe où, et qu'il sent que ces hommes ne sont pas ses contemporains.
    Mais il y a un chinois qui, il y a des milliers d'années, écrivit un poème sur un berger de chèvres qui se trouve très loin de la femme aimée et qui pourtant peut entendre, au milieu de la nuit, au milieu de la neige, le bruit du peigne dans ses cheveux: et en lisant ce lointain poème, Juan constate que oui, que eux oui, que ce poète, ce berger et cette femme sont ses contemporains.

     

     

    La función del arte /1
     
    Diego no conocía la mar. El padre, Santiago Kovadloff, lo llevó a descubrirla.
    Viajaron al sur.
    Ella, la mar, estaba mas allá de los altos médanos, esperando.
    Cuando el niño y su padre alcanzaron por fin aquellas dunas de arena, después de mucho caminar, la mar estalló ante sus ojos. Y fue tanta la inmensidad de la mar, y tanto su fulgor que el niño quedó mudo de hermosura.
    Y cuando por fin consiguió hablar, temblando, tartamudeando, pidió a su padre;

    - ¡Ayúdame a mirar!

     
    La fonction de l'art / 1

    Diego ne connaissait pas la mer. Le père, Santiago Kovadloff l'emmena la découvrir.
    Ils voyagèrent cap vers le sud.
    Elle, la mer, se trouvait au-delà de hautes dunes; elle attendait.

     Quand enfin l'enfant et son père atteignirent ces dunes de sable, après une longue marche, la mer explosa devant leurs yeux. Et l'immensité de la mer fut telle, tel son éclat que l'enfant resta muet de beauté.

    Et quand, enfin, il réussit à parler, tremblant, bégayant, il demanda à son père:

    - Aide-moi à regarder!

    La desmemoria /2

    El miedo seca la boca, moja las manos y mutila. El miedo de saber nos condena a la ignorancia; el miedo de hacer, nos reduce a la impotencia. La dictadura militar, miedo de escuchar, miedo de decir, nos convirtió en sordomudos.
    Ahora la democracia, que tiene miedo de recordar, nos enferma de amnesia: pero no se necesita ser Sigmund Freud para saber que no hay alfombra que no pueda ocultar la basura de la memoria.

    Le manque de mémoire / 2

    La peur sèche la bouche, mouille les mains et mutile. La peur de savoir nous condamne à l'ignorance; la peur de faire nous réduit à l'impuissance. La dictature militaire, peur d'écouter, peur de dire, nous transforma en sourds-muets.
    Maintenant la démocratie, qui a peur de se souvenir, nous rend malades d'amnésie: mais il n'est pas besoin d'être Sigmund Freud pour savoir qu'il n'existe aucun tapis qui ne peut cacher la poubelle de la mémoire.




    Traductions: Colette

  • Brisé mais vivant / Destrozado pero vivo

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    Roberto Bolaño (1953-2003), grand poète, écrivain et conteur chilien, apprit à 38 ans qu'il avait une maladie du foie incurable. Ceci permet de mieux comprendre le poème suivant.


     

    Sale, mal vêtu

     

    Roberto Bolaño

     

    Sur le chemin des chiens mon âme rencontra
    mon cœur. Brisé, mais vivant,
    sale, mal vêtu et plein d'amour.
    Sur le chemin des chiens, là où personne ne veut aller.
    Un chemin que seuls parcourent les poètes
    quand il ne leur reste plus rien à faire.
    Mais moi j'avais encore tant à faire!
    Et pourtant j'étais là: à me faire tuer
    par les fourmis rouges et aussi
    par les fourmis noires, parcourant les hameaux
    vides: l'épouvante qui s'élevait
    à en toucher les étoiles.
    Un chilien élevé au Mexique peut tout supporter,
    pensais-je, mais ce n'était pas vrai.
    Les nuits mon cœur pleurait. Le fleuve de l'être, disaient
    des lèvres fiévreuses que je découvris ensuite être les miennes,
    le fleuve de l'être, le fleuve de l'être, l'extase
    qui se replie sur le rivage de ces villages abandonnés.
    Sumulistes”* et théologiens, devins
    et voleurs de grands chemins émergèrent
    comme des réalité aquatiques au milieu d'une réalité métallique.
    Seules la fièvre et la poésie provoquent des visions.
    Seuls l'amour et la mémoire.
    Ni ces chemins ni ces plaines.
    Ni ces labyrinthes.
    Jusqu'à ce qu'enfin mon âme rencontra mon cœur.
    J'étais malade, certes, mais j'étais vivant.

     


     

    * Celui qui étudie les éléments de la logique.
    (Trad: Colette)



    Sucio, mal vestido 
    Roberto Bolaño

    En el camino de los perros mi alma encontró
    a mi corazón. Destrozado, pero vivo,
    sucio, mal vestido y lleno de amor.
    En el camino de los perros, allí donde no quiere ir nadie.
    Un camino que sólo recorren los poetas
    cuando ya no les queda nada por hacer.
    ¡Pero yo tenía tantas cosas que hacer todavía!
    Y sin embargo allí estaba: haciéndome matar
    por las hormigas rojas y también
    por las hormigas negras, recorriendo las aldeas
    vacías: el espanto que se elevaba
    hasta tocar las estrellas.
    Un chileno educado en México lo puede soportar todo,
    pensaba, pero no era verdad.
    Por las noches mi corazón lloraba. El río del ser, decían
    unos labios afiebrados que luego descubrí eran los míos,
    el río del ser, el río del ser, el éxtasis
    que se pliega en la ribera de estas aldeas abandonadas.
    Sumulistas y teólogos, adivinadores
    y salteadores de caminos emergieron
    como realidades acuáticas en medio de una realidad metálica.
    Sólo la fiebre y la poesía provocan visiones.
    Sólo el amor y la memoria.
    No estos caminos ni estas llanuras.
    No estos laberintos.
    Hasta que por fin mi alma encontró a mi corazón.
    Estaba enfermo, es cierto, pero estaba vivo. 


    Article sur Roberto Bolaño: 
    http://www.magazine-litteraire.com/critique/fiction/2666-12-03-2008-34903
    Entrevista a Roberto Bolaño
    http://www.revistalecturas.cl/la-ultima-entrevista-a-roberto-bolano/
  • En fil de crépuscule / Con hebras de crepúsculo

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    Longues ou pas, lisses ou rayées, propres ou odorantes, souvent dépareillées, ce sont les chaussettes.
    À l'école, à quatre aiguilles, nous devions apprendre à en tricoter. Quel calvaire! Je me souviens que c'était bien souvent grand-mère, dite Bobonne, qui nous aidait à sauver les maudites mailles qui s'étaient échappées. Un mauvais souvenir ces chaussettes que personne ne portait jamais car elles "grattaient".

    Tricoteuse, Albert Anke

     

    Douces par contre, somptueuses, celles que reçut Pablo Neruda.
    Une ode fort amusante, voyez plutôt.

    Largos o no, lisos o a rayas, limpios u olorosos, a menudo desparejados, esos son los calcetines.
    En la escuela, con cuatro agujas, teníamos que aprender a tejerlos. ¡Un calvario! me acuerdo que era muchas veces la abuela, llamada Bobonne, la que nos ayudaba a rescatar los malditos puntos escapados.
    Un mal recuerdo esos calcetines que nadie llevaba nunca porque "picaban".
     
     
    Magritte, pieds            
     
    Suaves sin embargo, suntuosos los que recibió Pablo Neruda. Una oda muy divertida la que sigue.
     
     
    Oda a los calcetines
     
    Ode aux chaussettes 
     
    Pablo Neruda
     
    Me trajo Mara Mori
    un par de calcetines,
    que tejió con sus manos de pastora,
    dos calcetines suaves como liebres.
    En ellos metí los pies
    como en dos estuches
    tejidos con hebras del
    crepúsculo y pellejos de ovejas.
     
    Mara Mori m'a apporté
    une paire de chaussettes,
    tricotées de ses mains de bergère,
    deux chaussettes douces comme des lièvres.
    J'y ai glissé mes pieds
    comme dans deux étuis
    tricotés de fils du
    crépuscule et peau de mouton.


    Violentos calcetines,
    mis pies fueron dos pescados de lana,
    dos largos tiburones
    de azul ultramarino
    atravesados por una trenza de oro,
    dos gigantescos mirlos,
    dos cañones;
    mis pies fueron honrados de este modo
    por estos celestiales calcetines.
     
    Violentes chaussettes,
    mes pieds furent deux poissons de laine,
    deux longs requins
    bleu outremer
    traversés d'une tresse en or,
    deux gigantesques merles,
    deux canons;
    ainsi furent honorés mes pieds
    par ces chaussettes célestes.

    Eran tan hermosos que por primera vez
    mis pies me parecieron inaceptables,
    como dos decrépitos bomberos,
    bomberos indignos de aquel fuego bordado,
    de aquellos luminosos calcetines.
     
    Elles étaient si belles que pour la première fois
    mes pieds m'ont paru inacceptables,
    comme deux pompiers décrépis,
    pompiers indignes de ce feu brodé,
    de ces lumineuses chaussettes.

    Sin embargo, resistí la tentación
    aguda de guardarlos como los colegiales
    preservan las luciérnagas,
    como los eruditos coleccionan
    documentos sagrados,
    resistí el impulso furioso de ponerlos
    en una jaula de oro y darles cada
    día alpiste y pulpa de melón rosado.
     
    Je résistai pourtant à la tentation
    aigüe de les garder comme les écoliers
    conservent les vers luisants,
    comme les érudits collectionnent
    des documents sacrés,
    je résistai à l'élan furieux de les enfermer
    dans une cage dorée et de leur donner chaque
    jour du millet et de la pulpe de melon rose.


    Como descubridores que en la selva
    entregan el rarísimo venado verde
    al asador y se lo comen con remordimiento,
    estiré los pies y me enfundé
    los bellos calcetines, y luego los zapatos.
    Y es esta la moral de mi Oda:
    Dos veces es belleza la belleza,
    y lo que es bueno es doblemente bueno,
    cuando se trata de dos calcetines
    de lana en el invierno.
     
    Comme les explorateurs qui dans la jungle
    livrent le très rare gibier vert
    à la broche et le mangent avec remords,
    j'étirai les pieds et j'enfilai
    les belles chaussettes, puis les souliers.
    Voici la morale de mon Ode:
    Par deux fois la beauté est beauté,
    et ce qui est bon est doublement bon,
    quand il s'agit de deux chaussettes
    de laine en hiver.
     
    Trad: Colette
  • De pain, de feu et d'amour / De pan, fuego y amor

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    Para Jordi y Elvira
     
     
    Le poème qui suit est extrait du tout dernier recueil de poèmes (2015) de Pablo Neruda intitulé “ Tes pieds je touche dans l'ombre et autres poèmes inédits”.
    Inédits sont tous les poèmes de ce beau recueil, des brouillons du poète souvent écrits sur des bouts de papiers épars.
    Ce poème nº5 a été gribouillé sur le papier du menu, dans un avion, (vous pouvez le voir sur l'image), le 29 décembre 1952, à 11h du matin, volant à 3.500m d'altitude entre Recife et Río de Janeiro où il allait rejoindre sa troisième femme, Matilde Urrutia dont il était très amoureux.
     
     
    El poema que sigue proviene del último libro de poemas (enero 2015) de Pablo Neruda titulado “Tus pies toco en la sombra y otros poemas inéditos” (Ed Seix Barral, biblioteca breve)
    Inéditos son todos los poemas de este bonito libro, borradores del poeta a menudo escritos en trozos de papel dispersos.
    Este poema nº5 (p29) fue garabateado en el menú de un avión como lo podeís ver en la imagen, el 29 de diciembre 1952. Iba a reunirse con su tercera mujer Matilde Urrutia de la cual estaba muy enamorado.

     
    ilustracion escaneada del final del libro
     
     
    Par les airs je m'approche
    du rayon rouge de ta chevelure.
    De terre et de blé je suis fait et en m'approchant
    ton feu se prépare
    en moi et allume
    les pierres et la farine.
    C'est pour cela que mon cœur
    grandit, gonfle et devient
    pain pour que ta bouche le dévore,
    et mon sang est le vin qui t'attend.
    Nous sommes toi et moi la terre et ses fruits.
    Pain, feu, sang et vin
    c'est le terrestre amour qui nous embrase.
     
    Trad: Colette

  • Contre-jour de mon ombre / Contraluz de mi propia sombra.

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    Poema Cosas Absurdas / Poème Choses Absurdes

     

    de 

     

     Rosa Amelia Alvarado Roca (poetisa ecuatoriana 1944 -  )

     

     

     

    Seethrough, Ken Orton    

     

     

     

    Le soleil me connaît bien
    qui sort chaque matin
    mais se couche quand je veux,
    parfois il dort à midi,
    parfois il souffre d'insomnie,

     

    il entre par la fenêtre
    avec la familiarité du maître de maison,
    se mire longuement dans le miroir,
    me sourit,
    me fait un clin d’œil,
    pendant un moment
    il reste accroché à ma pupille,

     

    ensuite il s'en va en dansant,
    batifole avec une hâte joyeuse
    et se perd dans les fentes
    du contre-jour de mon ombre.

     

     

                                                 (Trad: Colette)

    Westlight Ken Orton

     

     

    El sol me conoce bien
    sale cada mañana,
    pero se acuesta cuando yo quiero,
    a veces duerme al mediodía,
    a veces padece de insomnio,


    entra por la ventana
    con la familiaridad del dueño de casa,
    se mira largamente en el espejo,
    me sonríe,
    me hace un guiño,
    por un momento
    se queda atrapado en mi pupila,


    luego se va danzando,
    jugueteando con alegre premura
    para perderse por las hendijas
    del contraluz de mi propia sombra.

  • Vivre entre deux.../ Vivir entre dos...

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    Ce billet est long, prenez votre temps...nous poursuivons avec Silvia Baron Supervielle

    Esta nota es larga, tomad vuestro tiempo...seguimos con Silvia Baron Supervielle

     

     

     

    sans aller vers la mer
    ni venir vers le fleuve
    ni traduire le murmure
    momentané de l'ombre
    sans reprendre l'aventure
    à la dérive et l'amour
    enfoui dans la tranchée
    ni retrouver la plaine
    suspendue aux étoiles
    ni parler du territoire
    de l'espace dépris
    de son pays

     

     

     

    Sin ir hacia el mar
    ni venir hacia el río
    ni traducir el murmullo
    momentáneo de la sombra
    sin retomar la aventura
    a la deriva y el amor
    sepultado en la trinchera
    ni encontrar la llanura
    suspendida en las estrellas
    ni hablar del territorio
    del espacio abandonado
    de su país.

     

    (trad: MAH-Colette)

     

    Silvia Baron Supervielle - Autour du vide

    (les poèmes sont probablement traduits par elle-même, je n'en ai pas la traduction en espagnol et l'ai réalisée avec MAH)

     

     
    Silvia Baron Supervielle vit à Paris depuis 1961 et commença à écrire en français quelques année plus tard. Je vous l'ai dit dans le billet précédent, avec le temps elle est devenue une traductrice hors pair.

     

    Née à Buenos Aires en 1934, dans le Río de la Plata, sa mère, qui mourut quand elle avait 2 ans, était Uruguayenne d'origine espagnole, et son père Argentin d'origine française. C'est donc sa grand-mère paternelle, cousine de Jules Supervielle qui l'éleva en français. Mais c'est en espagnol qu'elle vécut son enfance et sa jeunesse.

     

     

    “–Una argentina que vive en París, escribe en francés pero se siente del Río de La Plata. ¿Por qué?
    - Une Argentine qui vit à Paris, écrit en français mais se sent du Río de la Plata. Pourquoi?

    • Al escribir en francés no varían los recuerdos de la infancia y de la adolescencia, que son esenciales. Además me siento cerca de los escritores del Río de la Plata. Por eso los he traducido. No soy una escritora francesa. Escribo en francés pero pertenezco al Río de la Plata.
      - En écrivant en français, les souvenirs de l'enfance et de l'adolescence, qui sont essentiels, ne varient pas. De plus je me sens proche des écrivains du Río de la Plata. C'est pour cela que je les ai traduits. Je ne suis pas une écrivaine française. J'écris en français mais je suis du Río de la Plata.”




    Adulte elle voyage et décide de s'installer à Paris. Elle raconte:


    "–Yo escribía poemas y cuentos en español, pero no pensaba seriamente en escribir. Tardé bastante en cambiar de lenguaje. Por complacer amigos, que querían leer algo mío, traté de traducirme, pero eran poemas largos, a veces sonetos. Entonces me puse a escribir en francés. Me gustó mucho, veía las cosas de otra manera. Le temía a la nueva lengua y sospecho que por ello escribí poemas breves. Fue la revelación de un estilo y con él, de un universo. Esos poemas me devolvían mi imagen, la soledad en la que estaba. Me vino la idea que podía ser una escritora. No porque mis poemas estuvieran en francés sino porque estaban en otra lengua. Las palabras estaban lejos. La desorientación me convenía.


    - J'écrivais des poèmes et des contes en espagnol, mais je ne pensais pas sérieusement à écrire. J'ai pas mal tardé à changer de langue. Pour faire plaisir à mes amis, qui voulaient lire quelque chose de moi, j'ai essayé de me traduire, mais c'était de longs poèmes, parfois des sonnets. Alors je me suis mise à écrire en français. Ça m'a beaucoup plu, je voyais les choses d'une autre façon. J'avais peur de cette nouvelle langue et je soupçonne que c'est pour cela que j'ai écrit des poèmes courts. Ce fut la révélation d'un style et avec lui, d'un univers. Ces poèmes me rendaient mon image, la solitude dans laquelle je me trouvais. L'idée me vint que je pouvais être écrivaine. Pas parce que mes poèmes étaient en français mais parce qu'ils étaient dans une autre langue. Les mots étaient lointains. La désorientation me convenait."

     

     

    alrededor del vacío
    me desnudo
    para unirme
    al perfil
    en suspenso
    aéreo

     


     autour du vide
    je me dénude
    pour m’unir
    au profil
    en suspens
    aérien 

     

     
     
    On lui doit des traductions en français de Jorge Luís Borges, Alexandra Pizarnik, Silvina Ocampo, de Robeto Juarroz (tous originaires de Buenos Aires), puis la traduction en espagnol de Marguerite Yourcenar*

     

     

     

    –“Yo pertenezco a los ausentes”, usted ha dicho.
    -”J'appartiens aux absents” avez-vous dit.


    Tengo la casa llena de fotos de ausentes. Los que están lejos y los que se han ido mas lejos aún. Todos mis amigos están entre mis libros junto a escritores que admiro como Borges, Silvina Ocampo, Marguerite Yourcenar, etc. Sus rostros se acompañan. Estoy rodeada de ausentes maravillosos. No los cambiaría por muchos presentes.
    -J'ai la maison pleine de photos d'absents. Ceux qui sont loin et ceux qui sont partis plus loin encore. Tous mes amis sont entre mes livres à côté d'écrivains que j'admire comme Borges, Silvana Ocampo, Marguerite Yourcenar, etc. leurs visages m'accompagnent. Je suis entourée de merveilleux absents. Je ne les échangerais pas pour beaucoup`de présents.”

     

     

    Leon Spilliaert Marine avec sillon

     

     

     

    au cours de la traversée
    la mer articula une langue
    hors des registres du son 
    et ce fut voir le sillage
    se détacher de la cabine
    et les périodes de la houle
    ouvrir un étrange miroir
    sur la surface circonscrite
    ce fut commencer à suivre
    des inflexions étonnantes
    sur le hublot hermétique 
    et ni taire ni chanter
    mais fendre le rythme 
    naturel du courant

     


     

    (Extrait de Pages de voyage)

     


     

    durante la travesía
    el mar articuló un lenguaje
    fuera del registro del sonido
    y ver la estela
    separarse de la cabina
    y los periodos de oleaje
    abrir un extraño espejo
    sobre la superficie circunscrita
    fue comenzar el rastreo
    de inflexiones sorprendentes
    sobre la hermética ventanilla
    y ni cantar ni callarse
    sino atravesar el ritmo
    natural de la corriente

     

    (Trad. MAH; Colette)




    Pour terminer, et c'est la partie de son interview qui me touche le plus, elle explique comment elle se sent toujours “entre deux” et contente de l'être:



    "-¿Podría volver a Buenos Aires a vivir?
    -Pourriez-vous revenir à Buenos Aires?
    Siempre me he dejado llevar por lo que se imponía. No creo que pueda hacer una elección. Si llega el momento, en que el regreso se impone, volveré. Si no, me quedaré en París. Ser extranjero –y ahora lo soy en todas partes– es también una manera de ser libre. La no integración es una libertad. No estoy integrada en ningún lado. Y no busco estarlo. No sé formar parte de un grupo humano. Pertenezco sólo a los que quiero que estén allí o aquí. Y Al Margen es quizá mi patria.

    - Je me suis toujours laissé porter par ce qui s'imposait. Je ne pense pas pouvoir choisir. Si arrive le moment où le retour s'impose, je reviendrai. Sinon je resterai à Paris. Être étranger – et maintenant je le suis partout- est aussi une façon d'être libre. La non intégration est une liberté. Je ne suis intégrée nulle part. Et je ne cherche pas à l'être. Je ne sais pas faire partie d'un groupe humain. Je n'appartiens qu'à ceux que je veux qu'ils soient ici ou ailleurs. Et EN MARGE est peut-être ma patrie."

     

    Source de l'interview, (2-09-2013)

    Traduction Colette

     

     * Si l'amitié qui a surgi entre elle et Marguerite Yourcenar vous intéresse, lisez ceci:

     http://www.bm-lyon.fr/spip.php?page=video&id_video=459

  • L'accord disparu / El acorde desaparecido

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    Je me suis énamourée des poèmes de Silvia Baron Supervielle; je me suis attachée à cette dame tour à tour conteuse, poétesse, traductrice hors-pair dont je vous parlerai longuement dans le prochain billet.
    Aujourd'hui deux poèmes, très courts comme le sont beaucoup des siens. J'ai trouvé le premier en espagnol, l'autre en français. Je sais qu'elle s'auto-traduit mais je ne possède pas les traductions. C'est donc avec une grande humilité que je me suis permise de le faire moi-même.


    Me he enamorado de los poemas de Silvia Baron Supervielle, me he encariñado con esa dama a la vez cuentista, poetisa, traductora fuera de serie; os hablaré de ella de manera extensa la próxima vez.
    Hoy dos poemas, muy cortos como son muchos de los suyos. Encontré el primero en español, el otro en francés. Sé que se auto-traduce pero no poseo las traducciones. Es entonces con mucha humildad que lo hice yo misma.

     

     

    le flûtiste
    de l’espace
    se promène
    en scrutant
    l’accord
    disparu 

     

    (Dans “Sur le fleuve”) 

     

     
    el flautista

     del espacio

     se pasea

     oteando

     el acorde

     desvanecido 

     

      (trad: Colette)

     


     

    César Páez (Colombie) / Instantes urbanos    

     

     
    entre el intervalo
    del relámpago
    y la explosión 
    del trueno

    me identifica

    el instante

     

     
    (extrait de “Al margen”.)

     

     
    entre l'intervalle

     de l'éclair

     et l'explosion

     du tonnerre

     

     
    m'identifie

     l'instant

     (Trad: Colette)