Le tour du monde / La vuelta al mundo

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Aujourd’hui simplement un poème de Pierre Reverdy, un poète un peu oublié hélas.

 

HEURE


Un œil se ferme à l’horizon
                     L’autre se lève
Combien de temps faut-il pour parcourir la nuit
Le bruit et la lumière
Étoiles et grelots
            Quelqu’un sur la montagne a jeté son manteau
                     Et derrière
                                       L’eau
            Le soleil éteint qui tombe
Et le chant plus gai d’un oiseau
            Le tour du monde
                              Tout se dresse autour du rideau
                       Les voix qui montent vont plus haut
                       ou les marches plus basses
                              Celui qui redescend
                              Marche la tête basse
L’ombre s’allonge
                              Le ciel s’éclaire
On écoute les bruits tomber tout près du mur
                                     Contre la terre
 

 

 
 
Hora
 
Un ojo se cierra en el horizonte
              El otro se levanta
Cuánto tiempo hace falta para recorrer la noche
El ruido y la luz
Estrellas y cascabeles
         Alguien en la montaña ha tirado su abrigo
                     Y detrás
                            El agua
         El sol apagado que cae
Y el canto más alegre de un pájaro
          La vuelta al mundo
                         Todo se alza alrededor de la cortina
                 Las voces que suben van más alto
                 o los escalones más bajos
                       El que vuelve a bajar
                       Anda cabizbajo
Se alarga la sombra
                       Se ilumina el cielo
Se escuchan los ruidos caer muy cerca del muro
                        Contra la tierra
(Trad:Colo)

 

 

Commentaires

  • Hola Colette,

    A défaut du tour du monde, me suis limité à celui du rayon poésie bien fourni de la Fnac des Ternes à Paris, ouverte le dimanche soit dit en passant. Entre Queneau et Rilke, malheureusement, pas plus de Reverdy que de beurre en broche.

    L’œuvre pourtant ne souffre pas d’étisie, si l’on en croit Wiki, notre mère nourricière à tous,
    elle est même foisonnante. De la pléiade des poètes surréalistes et apparentés, épigones, suiveurs et précurseurs de la première moitié du siècle dernier, on cite habituellement (pour les Français, ne parlons que de ce que l’on connaît un peu) Apollinaire, Aragon, Eluard, Desnos, Prévert, voire Marie Noël... Reverdy lui reste un peu sur la touche, en retrait, allez savoir pourquoi. Vous avez écrit « un peu oublié hélas » ?

    Ses vers sont comme les pierres d’une maçonnerie – il revendiquait le côté brut de son artisanat, révélé par les peintres cubistes qu’il fréquentait et qui lui permirent pour reprendre ses termes de « débrouiller les fils de son écheveau intérieur »-, mais peut-être comme les pierres qui les structurent, ses poèmes manquent de chaleur, de lyrisme, de charme. Exemples ces quelques vers tirés du poème «  Le monde étranger », du recueil de jeunesse, « La Lucarne ovale », (1916) , retrouvés dans une anthologie entre Jouve et Cocteau :

    (...)
    Je me réveille au son lugubre et sourd
    D’une voix qui n’est pas humaine
    Il faut marcher et je te traîne
    Au son lugubre du tambour
    Tout le monde rit devant ma peine
    Il faut marcher encore un peu (…)

    Rien qui ne puisse pousser l’euphorie au pinacle, faut reconnaître.

    Un mystique qui quitte le microcosme parisien pour se réfugier à 37 ans, à proximité de l’abbaye de Solesmes, et qui y reste jusqu’à la fin de sa vie même quand il a perdu la foi. Exemplaire pendant la guerre (aucune publication), mais non politisé encarté comme la plupart des ses petits camarades, aucune chance pour lui de devenir tendance. Funeste et ultime avatar, caramba, il est cité davantage dans les peopleries des gazettes pour ses brèves amours avec Coco Chanel dans les année 20.

    Reverdy par contre reste une mine pour les amateurs d’aphorismes. Dans cette pléthore, l’un d’entre eux puissamment vintage m’a semblé particulièrement indiqué en ce temps de féminisme exacerbé, il va certainement plaire aux Walkyries misandres qui hennissent dans la blogosphère :

    « Pour les femmes, le meilleur argument qu’elles puissent invoquer en leur faveur, c’est qu’on ne peut pas se passer d’elles . »

    Un homme, qui plus est un poète, capable d’une telle sentencieuse vacherie ne peut que mériter notre estime.

    Bien le bonjour dans votre île.

  • @ Gislebert, merci pour toutes ces informations.
    Si certains poèmes manquent de chaleur, c'est vrai, ceci n'est pas général dans sa poésie. Voici un extrait du poème intitulé:
    Tendresse

    Mon cœur ne bat que par ses ailes
    Je ne suis pas plus loin que ma prison
    Ô mes amis perdus derrière l’horizon
    Ce n’est que votre vie cachée que j’écoute
    Il y a le temps roulé sous les plis de la voûte
    Et tous les souvenirs passés inaperçus
    Il n’y a qu’à saluer le vent qui part vers vous
    Qui caressera vos visages
    Fermer la porte aux murmures du soir
    Et dormir sous la nuit qui étouffe l’espace
    Sans penser à partir
    Ne jamais vous revoir
    Amis enfermés dans la glace
    Reflets de mon amour glissés entre les pas(...)

    Et j'ai trouvé une phrase de lui qui me plaît bien aussi:
    "Il faut prendre très tôt de bonnes habitudes, surtout celle de savoir changer souvent et facilement d'habitudes. "

    Je vous souhaite une bonne semaine, comme d'habitude:-)

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