Entraide / Ayuda mutua

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Aujourd’hui, c'est tout court, un haïku de Chiyo-Ni, une des premières femmes poète, XVIIIºs.
Hoy, muy corto, un haîku de Chiyo-Ni,  Una de las primeras mujeres poetas Siglo XVIII.
 
 
Hokusai 1828
 
 
 
Du vol des mille oiseaux
l'un perd des forces
et le vent le recueille.
 
(Trad:Colette)
 
 
De la bandada de los mil pájaros,
uno va perdiendo fuerzas
y el viento lo recoge.

Commentaires

  • Hola Colette,

    On l’a déjà évoqué sur un autre billet, le jeune Eluard dans les années 1920, en plein mouvement dada, s’est essayé aux haïkus (« Pour vivre ici onze haïkus… »). Dans l’absconsitude, si j’ose, difficile d’égaler, on ne fait pas injure à sa mémoire en écrivant qu’ils n’ajoutent rien à sa gloire littéraire...

    L’art de l’évanescence, de l’instant subtil, de l’éphémère contingence, le rapport mystique à la nature, bref tout le raffinement du monde japonais nous échappent un peu, même si nous y sommes sensibles, à moins d’y être versé, spécialiste garanti nippologue. Sans doute faut-il se laisser porter par le vent, comme le bel oiseau fourbu du poème. Vent complice, secourable ou vent faussement aimable qui profite de l’abattre dans sa migration, à la manière de ces plantes carnivores qui séduisent les insectes pour mieux se les tortorer sauce nectar… On peut se le demander, le haïku ne le précise pas vraiment, seul le titre l’indique. Parions donc sur l’alternative optimiste puisqu’il est question d'entraide…

    Sur l’illustration d’Hokusai, magnifique évidemment : me revient en mémoire l’expo au Gd Palais fin 2014, avec entre autres la fameuse « Grande vague », icône archiconnue et emblématique de son œuvre et les « Vues sur le Mont Fuji ». Influence d’Hokusai sur les impressionnistes, sur les musiciens (Debussy en avait accroché une reproduction près de son piano quand il composait «La Mer », Ch. Trenet j’ignore…), sur les dessinateurs BD aussi. J’ai retrouvé une vidéo de cette expo :

    https://www.youtube.com/watch?v=95uoR_NGO5A

    A noter celle qui se tient en ce moment au British Museum jusqu’en mai 2019 : « Hokusai. Beyond the Great Wave ». Brexit ou non, faut en profiter, l’occasion fait toujours le luron (ou la luronne en l’occurrence).

    A bientôt.

  • @ Gislbert, le titre c'est moi qui l'ai mis; j'ai vu dans ces quelques mots le vent comme une âme secourable, ou plutôt les courants d'air d'ailleurs qui portent les oiseaux, leur font faire de joyeux tours et chutes et remontées.

    Merci pour la vidéo, et, pourquoi pas, faire la luronne?

    Bonne semaine, amicalement.

  • C'est si court que tout ce qui n'est pas dit a une formidable présence.

    D'abord ces mille oiseaux. Qui sont-ils? Pourquoi ce vol? Cette première phrase porte en elle tant de mystères merveilleux que je m'y accroche toutes affaires cessantes.

    Ensuite cet oiseau qui perd ses forces. Il chute, il se sépare du vol. C'est brutal comme un avion, doux comme un duvet qui frissonne. Peut-être qu'un trait de lumière l'éclaire un instant, il devient visible dans sa chute, et je tombe avec lui.

    Enfin ce vent, d'où vient-il ce vent? L'oiseau tombe, posé sur le vent – non, le vent le recueille au sol. Est-il mort ou vivant? Je ne le vois plus.


    Bonsoir Colette, c'est la première fois que je lis un haïku en imaginant ce qu'il ne dit pas. Le fil des mots est si fin, et pourtant ils organisent autour d'eux un décor vivant.

    Passionnant, et la forme très courte du genre le permet bien.

    Par contre je me questionne sur le titre. Un haïku est-il réellement doté de ce type de signification morale? J'ai plutôt pris l'habitude de les lire comme un constat, dont la morale (ou l'une des morales) émergera quelque part lors d'une méditation. Mais cela reste ouvert, je n'ai pas de certitude.

    Bonne soirée Colette, merci pour ce trait de lumière.

  • @ Homme libre, bonjour!
    Ravie de lire vos mots, de voir que ce court poème vous ait inspiré! Merci.

    Pour le titre que je lui ai mis, il est très subjectif, c'est certain. Je ne suis pas du tout un fan des haïkus, j'aime qu'ils aient un fond de philosophie sans se limiter par exemple "au soir/canard/ciel sombre" (je caricature mais de trop nombreux haïkus sont purement descriptifs).

    Bonne semaine, lumineuse j'espère.

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