31/12/2018

Quelques mots pour vous / Unas palabras para ustedes

Je fais miens ces mots de Julos Beaucarne pour vous souhaiter une Bonne Année.

Hago mías la palabras de Julos Beaucarne* para desearos un Feliz Año.

 

Foto Toni Catany

 

 

Je rêve d'un concert que je donnerais où je pourrais me taire pendant deux heures
Et que personne ne s'ennuie
Je rêve de me taire et de passer mon temps à vous écouter vous raconter
Je rêve de n'avoir plus rien à dire
(...)
Je rêve de passer ma vie à aller rendre visite à tout un chacun chez lui, à l'écouter
Je rêve de m'asseoir dans les fauteuils de tout le monde

 

(texte complet en voix et musique, superbe, dans la vidéo plus bas)

 

Sueño con dar un concierto donde me pudiera callar durante dos horas

Y que nadie se aburriera

Sueño con callarme y pasar el tiempo escuchando vuestra historia

Sueño con no tener nada más que decir

(...)

Sueño con pasarme la vida visitando a cada uno en su casa, a escucharle

Sueño con sentarme en los sillones de cada uno.

(Trad: Colette)

 

* Julos Beaucarne es un poeta y cantante belga.

 

22/12/2018

Pieds nus / Descalzo

Ce poème m’a émue, m'a fait penser à ma très vieille amie, Margarita, qui est analphabète.
Este poema me conmovió, me hizo pensar en mi amiga, muy mayor, Margarita, que es analfabeta.

Antònia Vicens nació en Santanyí (Mallorca) en 1941. Es novelista y poeta.
Née à Santanyí (Mallorca) en 1941, elle est romancière et poète.
Sorolla, el viejo pescador

 
 
Il avait toujours mal aux pieds
 
Les pieds le faisaient toujours souffrir
mon père.
C’est en boitant qu’il parcourait tous les magasins de chaussure
à la recherche de souliers confortables qui l’aideraient
à supporter le poids de toutes les blessures
déchirements et coupures
que la mer lui avait faits.
Il n’en trouva jamais. Il a dû s’en aller
pieds nus avec sa montre et son couteau
à couper le pain, à couper les larmes, dans la poche de la veste et
la figure blanche comme l’écume des vagues
tant de fois surfées.
 
Toujours il me le disait:
Je n’ai pas eu d’enfance.
 
Il ne se l’ôtait pas de la tête:
J’ai appris à écrire mon nom à la guerre
 
Sifflaient les balles glissaient les étoiles
de sang quand j’ai appris à écrire mon nom.
Je ne voulais pas être un aide-maçon quelconque
 
Et ma mère disait :
C’est un bel homme. Dommage
qu’il ne sache pas écrire. Toi
tu dois aller à l’école Antonia.Tu
ne dois pas être une ignorante comme ton père, ma fille.
 
Et le bleu de ses yeux se répandait sur ses joues quand,
diluvienne,
elle pleurait son absence.
(Traduction Colette) 
 
Alexander Ignatius Roche, the old fisherman
 
LOS PIES SIEMPRE LE DOLÍAN

Los pies siempre le dolían
a mi padre.
Cojeando recorría todas las zapaterías
buscando unos zapatos bastante cómodos que lo ayudaran
a sobrellevar el peso de  todos los daños
los desgarros y los cortes
que el mar le había hecho.
Nunca los encontró. Tuvo que marcharse
descalzo con el reloj de pulsera y el cuchillo
de rebanar pan de rebanar lágrimas en el bolsillo de la chaqueta y
una cara blanca como la espuma de las olas
que tantas veces montó.
 
Me lo decía siempre:
No tuve infancia.
 
No se lo sacaba de la cabeza:
Aprendí a escribir mi nombre en el frente.
 
Chillaban balas se deslizaban estrellas
de sangre cuando yo aprendía a escribir mi nombre.
No quería ser un peón cualquiera.
 
Y decía mi madre:
Es un hombre apuesto. Lástima
que no sepa escribir. Tú
tienes que ir a la escuela Antònia. No
tienes que ser un ignorante como tu padre hija.
 
Y el azulete de los ojos se le esparcía por las mejillas cuando
diluviana
lloraba su ausencia.
 
*

Traducción de Carlos Vitale*

L'original en catalan:

ELS PEUS SEMPRE LI FEIEN MAL /// Els peus sempre li feien mal / al pare. / Ranquejant recorria totes les sabateries / cercant unes sabates prou còmodes que l’ajudessin / a dur el pes de tots els traus / els treps i els talls / que la mar li havia fet. / No les va trobar mai. Va haver d’anar-se’n / descalç amb el rellotge de polsera i el ganivet / de llescar pa de llescar llàgrimes dins la butxaca del gec i / una cara blanca com l’escuma de les ones / que tantes vegades va muntar. / M’ho deia sempre: / No vaig tenir infància. / No s’ho treia del cap: / Vaig aprendre a escriure el meu nom al front. / Giscaven bales lliscaven estrelles / de sang quan jo aprenia a escriure el meu nom. / No volia ser un peó qualsevol. / I deia la mare: / És un home plantós. Llàstima / que no sàpiga escriure. Tu / has d’anar a l’escola Antònia. No / has de ser una ignorant com ton pare filla. / I el blavet dels ulls se li escampava per les galtes quan / diluviana / plorava la seva absència.
 
 

 

 
 

15/12/2018

Dans les livres / En los libros

Un autre poème de Cristina Peri Rossi; dans son style concis qui permet de tout imaginer...Bon week-end.
 
Dédicace
 
La litrature nous a séparés:
tout ce que j’ai su de toi
je l’ai appris dans les livres
et à ce qui manquait,
j’ai mis des mots.
(Trad:Colette)

José María Casanova Martínez-Pardo, Mujer leyendo constitucion-2.jpg

 

 
 
Dedicatoria
La literatura nos separó:
todo lo que supe de ti
lo aprendí en los libros
y a lo que faltaba,
yo le puse palabras.
 
 
"Evohé" 1971
 

08/12/2018

Quatre boules de cuir

L’art et la boxe, l’amour et la boxe.
Sans doute parce que c’est un sport qui ne m’attire pas n’ai-je jamais trop réfléchi au lien entre ces termes. Pourtant des films, des chansons (Nougaro par exemple), des romans (Jack London dans “Cent dollars de plus” par exemple aussi), et des poèmes comme celui d’aujourd’hui existent!
 
L’amour et la boxe seraient-ils question de danses? De distances?
 
 
 
Cristina Peri Rossi Uruguay 1941
 
 
 
Juste distance
 
En amour, et dans la boxe
tout est question de distance.
Si tu t’approches trop je m’excite
m’effraie
m’obnubile        je dis des bêtises
me mets à trembler
mais si tu es loin
je souffre deviens triste
perds le sommeil
et j’écris des poèmes.
 
« Otra vez Eros 1994 »
(Trad. Colette)
Apollinaire Calligramme Terrible boxeur
 
Distancia justa

En el amor, y en el boxeo
todo es cuestión de distancia
Si te acercas demasiado me excito
me asusto
me obnubilo               digo tonterías
me echo a temblar
pero si estás lejos
sufro entristezco
me desvelo
y escribo poemas.


"Otra vez eros" 1994
 
 
 
Quelques références / Unas referencias
Apollinaire terrible boxeur image calligramme

01/12/2018

De solitude en noces / De soledad a bodas

Nous avons tous vu et regardé des gouttes d’eau couler le long d’une vitre. Souvent distraitement, un peu moroses peut-être.

Aujourd'hui il pleut ici; ces gouttes ont pris une autre vie après la lecture du poème. Quand on y met des mots, du rythme, du talent...

 
 
Ida Vitale
 
Gouttes
 
Se blessent et se fondent-elles?
Déjà elles ne sont plus la pluie.
Coquines à la récré,
petits chats d'un royaume transparent,
elles courent, libres, sur vitres et rampes,
seuils de leur limbe,
elles se suivent, se poursuivent,
peut-être vont-elles, de solitude en noces,
se fondre et s'aimer.
Imaginant une autre mort.
(Trad:Colette)
 
 

Gotas

 

¿Se hieren y se funden?
Acaban de dejar de ser la lluvia.
Traviesas en recreo,
gatitos de un reino transparente,
corren libres por vidrios y barandas,
umbrales de su limbo,
se siguen, se persiguen,
quizá van, de soledad a bodas,
a fundirse y amarse.
Trasueñan otra muerte.