08/12/2018

Quatre boules de cuir

L’art et la boxe, l’amour et la boxe.
Sans doute parce que c’est un sport qui ne m’attire pas n’ai-je jamais trop réfléchi au lien entre ces termes. Pourtant des films, des chansons (Nougaro par exemple), des romans (Jack London dans “Cent dollars de plus” par exemple aussi), et des poèmes comme celui d’aujourd’hui existent!
 
L’amour et la boxe seraient-ils question de danses? De distances?
 
 
 
Cristina Peri Rossi Uruguay 1941
 
 
 
Juste distance
 
En amour, et dans la boxe
tout est question de distance.
Si tu t’approches trop je m’excite
m’effraie
m’obnubile        je dis des bêtises
me mets à trembler
mais si tu es loin
je souffre deviens triste
perds le sommeil
et j’écris des poèmes.
 
« Otra vez Eros 1994 »
(Trad. Colette)
Apollinaire Calligramme Terrible boxeur
 
Distancia justa

En el amor, y en el boxeo
todo es cuestión de distancia
Si te acercas demasiado me excito
me asusto
me obnubilo               digo tonterías
me echo a temblar
pero si estás lejos
sufro entristezco
me desvelo
y escribo poemas.


"Otra vez eros" 1994
 
 
 
Quelques références / Unas referencias
Apollinaire terrible boxeur image calligramme

Commentaires

La juste distance, tout un programme!...
À réajuster à chaque combat, selon la longueur de bras du partenaire, son style de boxe, entre autres.
Joli texte qui résume si simplement les affres de l'aimant ou de l'aimante.

Sur la boxe (féminine), Eastwood a tourné un film fort, dramatique, "Million Dollars Baby".

Ici froid, gris et humide, en attente d'une nouvelle baisse.
Bon dimanche, Colette.

Écrit par : hommelibre | 08/12/2018

Hola Colette,

Boxe et amour, le rapprochement, incongru de prime abord, s’impose de facto. Jean Yanne, philosophe désenchanté à ses heures, avait tout compris qui affirmait : « L’amour, c’est un sport, surtout s’il y en a un des deux qui ne veut pas. »

Un sport de combat même, aurait-il pu ajouter pour paraphraser Bourdieu, si l’on considère la scène de la vie comme un vaste et drôle de ring. Drôle mais pas forcément comique… La danse de la séduction (le fameux jeu de jambes), la parade amoureuse et la comédie de la conquête, ensuite la vie en couple, avec ses aléas divers et parfois (a)variés, réservent, autant que d’étreintes et de câlins, leurs lots de directs, d’uppercuts et de crochets, virtuels ou réels hélas. Il faut savoir encaisser, garder la distance - de la tarte cela n’est point - et la meilleure esquive n’empêche pas de s’en prendre plein la terrine. Les gnons et beignes, l’existence, cette facétieuse, les tire de son sac à malices et les distribue en loucedé, assez inéquitablement faut en convenir. Faire face une fois acculé dans les cordes, se relever si l’on va au tapis, sachant que le 13e round est perdu d’avance de toute façon.

Mais foin de pensées moroses, il faut rire pendant qu’il est temps. Personne n’échappe aux rounds de l’universel pancrace, les plus brillants esprits de la plateforme eux-mêmes n’y couperont pas. Une citation d’Yves Escayrol pour s’en convaincre :

« Sur le ring, on reconnaît le boxeur intellectuel au fait que c’est celui qui porte des lunettes. »

Bon, digression quand tu nous tiens, on n’est plus vraiment ni dans le ton, ni l’esprit du poème d’une femme amoureuse en quête de repères et qui célèbre davantage Éros que Thanatos. Affaire de ressenti, affaire de circonstances, mea culpa.

Quelques vers sur le thème du jour pour finir, difficiles à dégotter. Ce n’est pas un scoop, mais faut bien admettre que Villon, Ronsard, Racine, Hugo et les autres ont assez peu écrit sur le sport et la boxe en particulier… Baudelaire en fait mention dans un poème en prose provocateur, pas tellement dans l’air du temps : « Assommons les pauvres ! », mais à son époque il s’agissait de les assommer en recourant à la savate, la boxe française. Trêve de plaisanterie politiquement incorrecte, vous avez heureusement illustré votre billet avec le chouette calligramme de l’Apollinaire.

Un poème bien tourné, cependant, tombé de la plume d’un amateur mettant en scène, pardon sur le ring, une cogneuse, une pratiquante du « noble art », une sœur de la battante de « Million Dollar Baby »… On espère que cela se terminera mieux pour elle :

http://www.lapassiondespoemes.com/?action=viewpost&ID=30498&cat=8

Hasta luego, Señora Colette.

Écrit par : Gislebert | 08/12/2018

@ Bonjour John, je pense aussi que cette distance, variable et nécessaire, est compliquée à trouver!
Après avoir publié le poème hier, j'ai découvert Arthur Cravan, un boxeur et poète Suisse tout à fait original, subversif, regardez https://fr.wikipedia.org/wiki/Arthur_Cravan

Pour le temps, après un mois et demi de pluies, nous avons du soleil en journée, il fait doux. Je vous envoie quelques rayons. Bon dimanche.

Écrit par : Colette | 09/12/2018

Gislebert@ Peut-être ne pas oublier qu'il advient un moment où on n'est plus vraiment obligé de monter sur le ring...

Écrit par : Géo | 09/12/2018

@ Hola Gislebert, merci de faire un grand tour du sujet. Quand j'ai choisi et traduit le poème, j'ai moins pensé aux gnons qu'à la distance entre les protagonistes. Mais ils font partie du "sport" bien sûr.

Les poèmes de Cristina Peri Rossi me plaisent par leur concision qui laisse toute la place à l'imagination, je poursuivrai avec elle la semaine prochaine!

Passez une bonne journée, pour vous aussi un envoi de soleil dominical.

Écrit par : Colette | 09/12/2018

Géo@

Je sais bien, Géo, aucune obligation en effet. Mais on peut encore avoir envie d’y remonter, sur le ring, histoire de réactiver la nostalgie, d’«encore une fois perdre le nord » (Brassens)… Vous connaissez l’étalon MMS? A 20 ans, c’est matin midi soir, dès la soixantaine cela devient mars mai septembre et bien après, le plus tard possible, mes meilleurs souvenirs. Ne jamais pas dételer, Géo.

Écrit par : Gislebert | 09/12/2018

"Ne jamais pas dételer, Géo."

Un pas de trop, un pas de clerc ? Cela m'apprendra à me relire pas trop vite...

Écrit par : Gislebert | 09/12/2018

"Ne jamais dételer" Exactement ce que m'a dit un mien cousin il n'y apas longtemps, nettement plus âgé que moi. Je ne lui ai pas dit que j'avais adopté la devise inverse. Une simple pesée des avantages versus inconvénients. Je ne suis pas assez cynique et j'ai compris que je n'arriverais jamais à me défaire facilement d'une emmerdeuse avec laquelle j'aurais eu la mauvaise idée de coucher. Sans compter ce léger détail : en serais-je même capable ? Je ne veux pas le savoir : je m'en fous et cela fait un bien immense !
L'autre jour, je croise un ancien voisin dans les forêts qui dominent mon bled. Il m'apprend qu'il est à la retraite et je lui pose la question bateau de comment il la passe ? Très à l'aise, il me dit qu'il est heureux de ne rien faire et de vivre seul, sans souci. Comme moi, en fait.
Dépêchez-vous de renoncer à votre devise, Gislebert. Vous verrez comme c'est bon d'avoir fait une croix sur cette addiction...

Écrit par : Géo | 09/12/2018

Géo@

Merci, Géo, de vous préoccuper des mes addictions, je n’en attendais pas moins de vous. Rassurez-vous, la seule addiction que je reconnaisse, que je revendique même, c’est celle aux bouquins, à la musique, à la culture de manière générale. Sais bien que ce n’est pas très tendance, mais c’est ainsi, suis un véritable obsédé textuel, ça oui, je l’avoue. Le radada et les galipettes y relatives prennent à mon âge (passé 70 balais) une importance très relative et épisodique.

Vous prônez une solitude choisie et vous vous y sentez bien, écrivez-vous. Question de tempérament et tant mieux pour vous... Si j’apprécie des moments de solitude, je ne conçois pas de les vivre à temps plein. Personnellement et je ne dois pas être le seul ici-bas, j’ai besoin d’une âme sœur, avec qui je puis échanger idées et calories, qui me comprenne et qui m’aime, tout simplement. La vie d’ermite, j’aurais peur pour l’avoir expérimentée un temps, qu’elle ne cristallise en mon cœur le pessimisme, l’intolérance, l’aigreur, l’amertume (liste non exhaustive) en un précipité gris-noirâtre peu plaisant.

Écrit par : Gislebert | 11/12/2018

"j’aurais peur pour l’avoir expérimentée un temps, qu’elle ne cristallise en mon cœur le pessimisme, l’intolérance, l’aigreur, l’amertume (liste non exhaustive) en un précipité gris-noirâtre peu plaisant."
Eh bien, tel est mon défi et ma raison de vivre : ne pas sombrer dans ce marasme et trouver en moi des raisons pour cela. Nous nous sommes donc parfaitement bien compris...
Ps. Je suis très content de l'existence des blogs pour avoir une (petite) existence extérieure, c'est certain...

Écrit par : Géo | 11/12/2018

Magnifiques ces poèmes.

Pour ma part, je n'ai jamais donné un coup de poing de ma vie, et je ne sais pas

si j'en serais capable.

Mon regard est le suivant : la boxe est souvent méprisée.

Mais quand une activité humaine suscite autant d'intérêt, de passions, comment

se draper dans une posture de supériorité aristocratique?

Qui ne voit pas que l'on trouve dans la boxe un magnifique résumé du destin de

l'être humain ?

Qui ne comprend pas que la boxe est une métaphore vivante de l'humanité ?

Écrit par : curieux | 13/12/2018

Écrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.