01/12/2018

De solitude en noces / De soledad a bodas

Nous avons tous vu et regardé des gouttes d’eau couler le long d’une vitre. Souvent distraitement, un peu moroses peut-être.

Aujourd'hui il pleut ici; ces gouttes ont pris une autre vie après la lecture du poème. Quand on y met des mots, du rythme, du talent...

 
 
Ida Vitale
 
Gouttes
 
Se blessent et se fondent-elles?
Déjà elles ne sont plus la pluie.
Coquines à la récré,
petits chats d'un royaume transparent,
elles courent, libres, sur vitres et rampes,
seuils de leur limbe,
elles se suivent, se poursuivent,
peut-être vont-elles, de solitude en noces,
se fondre et s'aimer.
Imaginant une autre mort.
(Trad:Colette)
 
 

Gotas

 

¿Se hieren y se funden?
Acaban de dejar de ser la lluvia.
Traviesas en recreo,
gatitos de un reino transparente,
corren libres por vidrios y barandas,
umbrales de su limbo,
se siguen, se persiguen,
quizá van, de soledad a bodas,
a fundirse y amarse.
Trasueñan otra muerte.

Commentaires

Quelle ambiance différente, en comparaison avec le poème de la semaine dernière ! On ne dirait pas que c'est la même personne qui écrit.

Ce poème pourrait être lu avec des enfants qui comprendraient très bien de quoi il s'agit.
Alors que "Dire sa chance" avait quelque chose de solennel, politique et très adulte.

Le poème du jour est un petit bijou de cristal. La pluie est très inspirante !
Le poème de Ida Vitale me fait penser à cette scène dans le film "Paterson " de Jim Jarmusch, dans laquelle une jeune fille présente son poème "Water falls" au héros de l'histoire. ( à la minute 2:00)

https://www.youtube.com/watch?v=o-VCplmhzlE

Écrit par : Calendula | 01/12/2018

Hola Colette,

Hermosas estas gotas de lluvia, elles ruissellent, confluent pour fusionner en flaques, dessinant des continents imaginaires, finissant par s’unir et connaître une « autre mort ». La petite mort, métaphore de l’orgasme, suggérée peut-être … Elle en dit tant, Ida Vitale, avec si peu de moyens, en une dizaine de vers concis, toujours lisibles… L’art et la manière au bout de la plume.

Contempler les gouttes d’eau cascadeuses qui dégoulinent comme des perles sur les carreaux des fenêtres n’entraîne pas forcément tout un chacun à la rêverie. Si l’on fait l’impasse sur les dyspeptiques, les atrabilaires, les scrogneugneux, les acariâtres et autres casse-burnes patentés (liste évidemment non exhaustive), on distinguera grosso modo :

- les réalistes terre-à-terre qui ne voient nulle poésie nulle part : « La poisse, moi qui venait de nettoyer les vitres ! » ou encore plus crûment: « Merde, ma voiture qui sort du lavage ! »

- les pragmatiques amoureux de leurs fleurs et cultures potagères : « Chouette, pas besoin d’arroser le jardin ! »

- les romantiques trahis abandonnés, à moins qu'ils ne soient déjà les cocus dévastés par leur infortune, qui réciteront en chœur avec tous les survivants nourris de la grande chanson française :

Moi je t'offrirai
Des perles de pluie
Venues de pays où il ne pleut pas
Je creuserai la terre jusqu'après ma mort
Pour couvrir ton corps d'or et de lumière
Je ferai un domaine
Où l'amour sera roi, où l'amour sera loi
Où tu seras reine
Ne me quitte pas (…)

¿ Bastante bonito no? Con la música podemos escoger esta versión :

https://www.youtube.com/watch?v=XvCAMRrUqgE

Buena semana.

Écrit par : Gislebert | 01/12/2018

@ Calendula, merci pour ce rappel de Water falls, simple et musical.

Les poèmes de Ida Vitale ont des tons très différents, une enviable variété. Souvent elle parle de l'exil, comme une solitude mais une chance aussi dans son cas. Elle a été si bien accueillie au Mexique!
Voici pour vous un poème intitulé Remerciements.

Je remercie ma patrie pour ses erreurs
celles déjà commises, celles qu’on voit venir,
aveugles, actives dans leur deuil blanc.
Je remercie la tornade contraire,
le demi-oubli, la frontière épineuse d’arguties,
la fourbe négation du geste occulte.
Oui, merci, merci beaucoup
de m’avoir incitée à marcher
afin que la ciguë soit efficace
et ne blesse plus lorsqu’elle mord
l’animal métaphysique de l’absence.

Bonne semaine à vous.

Écrit par : Colette | 03/12/2018

@ Gislebert, vous avez raison, ici les gouttes s'amusent, et cette mort finale est curieuse je trouve car l'eau se transforme...fin de la course joyeuse en tout cas.

Ici où à part cette année où il pleut et repleut, nous avons en horreur les pluies de sable venues du Sahara. Ces gouttes n'arrosent rien et salissent tout. Mais les autres, quel délice!

Merci beaucoup pour cette belle version par Nina Simone, assez inattendue pour moi plus habituée à l'accent un peu belge.

J'espère que la prochaine fois que des gouttes feront la course sur vos vitres, vous sourirez en pensant au poème.

Douce semaine à vous.

Écrit par : Colette | 03/12/2018

@ Colette,

Mes remerciements en retard pour le poème intitulé "Remerciements" !
Étrange point de vue sur l'exil, qui permet de se sentir forte et de vivre selon l'expression "un mal pour un bien".

Écrit par : Calendula | 11/12/2018

@ Calendula, elle a souvent dit et écrit que la séparation de ses amis et famille lui a causé énormément de peine mais que l'accueil des Mexicains a été si chaleureux et positif qu'elle s'est vite reconstruit une autre vie. De là ces remerciements.
Elle y a puisé une belle leçon de vie, d'accueil, de poésie.

Écrit par : Colette | 11/12/2018

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