10/11/2018

La manie de voyager / La manía de viajar

 

Dans son roman Brouillard, Miguel de Unamuno écrivait en 1913:
 
"La manie de voyager provient de la topophobie et non de la “philotopie”*; celui qui voyage beaucoup fuit chaque lieu qu'il laisse, et ne recherche pas chaque lieu où il arrive"(Trad, Colette)
 
Qu’en pensez-vous?
Moi je suis  du genre sédentaire, mais une courte excursion hors de mon île de temps en temps me plaît.
 
En su novela Niebla, Miguel de Unamuno escribía en 1914: 
 
La manía de viajar viene de topofobia y no de filotopía*; el que viaja mucho va huyendo de cada lugar que deja, y no buscando cada lugar a que llega”.
 
¿Qué pensáis de ello?

Van Gogh, Le laboureur dans un champ, 1889
 
 
NB:
 
*La topophobie, est une peur irrationnelle de certains lieux déterminés.
 
*Philotopie est un néologisme et l’opposé du précédent, donc amour pour les lieux.
 
 
*La topofobia es el sentimiento de un miedo o un temor irracional, enfermizo, persistente, injustificado y anormal a ciertas situaciones, eventos, lugares o sitios.
 
Filotopía es un neologismo, y el contrario del anterior,o sea amor por los lugares.
 

Commentaires

Hola Colette,

Entre nous, el Profesor Unamuno ne s’est-il pas brouté la barbe, qu’il portait blanche et vénérable, avec son néologisme ? N’eût-il pas mieux valu utiliser comme antonyme de topophobie (topofobia) le terme de topophilie (topofilia) ? Son philotopie (filotopia) fait plutôt référence au lieu de l’amour. Sans vouloir ergoter, avouez que cela évoque davantage l’ « Embarquement pour Cythère » ou les lupanars de grand-papa, à la Belle Epoque, que don Miguel, dans sa folle jeunesse, aurait été en âge de fréquenter…

¿ Si bien entendio el sujeto de hoy, más bien nómada o sedentario?

A en juger par la fréquentation des aéroports, les bouchons sur les routes et les bousculades dans les grandes gares lors des départs en vacances, il semble bien que nous soyons tous peu ou prou atteints du syndrome de la bougeotte, du moins pour ceux de nos sociétés nanties qui peuvent se le permettre… Vous vous situez dans la bonne moyenne, Colette : partir, se dépayser, connaître d’autres gens, d’autres cultures, d’autres paysages, quel bonheur…Et ensuite revenir, surtout revenir, retrouver ses lares, ses pénates, tout le pandémonium familial, arbre généalogique et racines comprises… Faut bien dire que pour les allers simples, sans vouloir forcer le trait dans l’humour noir, les postulants ne se bousculent pas aux portillons : ces trajets-là sont bien aléatoires, définitifs et remplis d’incertitudes…

Votre blog « Littérature, cuisine et cultures maraîchères » laissant large place à la poésie, en rapport avec votre thème, j’ai évidemment songé à Du Bellay et ses Regrets (ce pauvre Joachim servant à Rome de factotum à son cardinal de cousin et s’ennuyant à mourir) et à La Fontaine et ses deux pigeons.

Tout le monde connaît au moins le premier vers :

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme celui-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d’usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge ! (…)

Quatorze vers pour aboutir à la douceur angevine, un vrai bonheur.

Quant à La Fontaine, on l’imagine sur l’herbette, adossé à un arbre, composant sa fable. Un des pigeons est casanier, plutôt popote et coin du feu, l’autre s’emmerde à la maison, saisi du besoin de découvrir le monde. L’histoire habituelle… Ce pigeon, rimbaldien avant l’heure, est pourvu d’ « ailes de vent » pour paraphraser Verlaine et il va lui arriver bien des malheurs. La langue du XVIIe, encore un autre bonheur.

http://www.la-fontaine-ch-thierry.net/deuxpig.htm

Enfin, en rab, une version chantée, inspirée du poème de Du Bellay du moins pour le premier vers, adaptée dans l’esprit à la Provence et au cheval camarguais. On dirait du Brassens, il n’est ici qu’interprète. Pas mal non plus, n’est-il pas ?

https://www.youtube.com/watch?v=2LFpHTGkBQo

Le laboureur de Vincent : avec ces dominantes de bleu, il semble labourer la mer, ses sillons ont l’air de vagues. Décidément, rien que des « merveilles » ce soir…

Buena semana.

Écrit par : Gislebert | 10/11/2018

@Gislebert, enchantée de voir que le sujet vous a inspiré!
Brassens qui chante la liberté, nous voilà comblés, merci.
Quant aux pigeons, j'avoue que j'avais oublié cette fable, magnifique illustration des mots de ce cher Unamuno.

Pour ce qui est de la manie des voyages, j'aurais tant à dire. Depuis des couples amis qui à peine rentrés chez eux (où ils se sentent de passage, comme étrangers) organisent le prochain voyage; jusqu'à tous ceux qui, profitant de bas tarifs des avions, y sautent dès qu'il y a 3 jours de congé...pour se relaxer disent-il mais je constate que ces très courts séjours, avec en plus les fréquents retards, augmentent leur stress. (sans parler de l'impact sur l'environnement.)

Pour terminer cette réflexion lue sur un blog:http://entrecafejournal.blogspot.com/2018/11/eloge-de-la-perte.html
"En route, le mieux c'est de se perdre.
Lorsqu'on s'égare, les projets font place aux surprises et c'est alors, mais alors seulement que le voyage commence."
Nicolas Bouvier

Des merveilles comme vous dites. Bonne soirée y gracias.

Écrit par : Colette | 10/11/2018

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