• De saison / De temporada

    Imprimer

    De belles promenades cette semaine, la lumière est superbe, la température parfaite pour gambader. Dès dimanche, d'après les spécialistes météo, ce sera cheminée-bouquins. Et sûrement des poèmes, on ne peut rien vous cacher.

    https://verdakoko.com/alimentos-de-temporada-en-mallorca-en-otono/


    Après la récolte des coings, ces gros fruits râpeux, confection de pâte de ce fruit. Pas trop sucrée mais citronnée ici. Un long travail réalisé par señor Colo. Des douceurs à offrir.                                     

                                                                 
                                                            

     

                                                                  

     


    Au passage devant un centre de plante, tout me rappelle que la Toussaint est proche. C'est joli, le jeune sud-américain qui termine de ranger les pots me regarde photographier son œuvre: "estoy contento que le guste".
     Aucune tombe à garnir, mes parents et beaux-parents ont été incinérés et leurs cendres répandues sous de grands arbres. C'est bien ainsi.

     



    De retour chez moi, et parce qu'un superbe soleil brille, je "vois" tout à coup que la vigne vierge a pris, en peu de jours, des couleurs de saison, qu'un incessant va et vient d' oiseaux s'alimente des petits fruits noirs.
    C'est fou le nombre de choses qu'on voit sans les regarder.




    Passez une bonne semaine.

  • En blanc / En blanco

    Imprimer

    Que faire quand l’inspiration se fait rare? 
     
    Mario Benedetti (Uruguay) m’a fait rire, voyez plutôt.




    Page blanche   Mario Benedetti

     

     

    Je suis descendu au marché
     
    et j'ai rapporté
     
    tomates journaux averses
     
    endives et envies
     
    gambas croupes et amen
     
    farine monosyllabes jerez
     
    instantanés éternuements riz
     
    artichauts et cris
     
    rarissimes silences
     
     

    page blanche
     
    voilà, je te laisse tout
     
    fais-en ce que tu veux
     
    débrouille-toi
     
    ou du moins organise-toi
     
     

    moi je ferai une sieste
     
    pourvu que tu m’éveilles
     
    avec une chose originale
     
    et suggestive
     
    afin que je la signe

     
     (Trad: Colette)
    Sleeping on a bench, Merle Citron
     


    Página en blanco   Mario Benedetti
     
     
    Bajé al mercado
    y traje
    tomates diarios aguaceros
    endivias y envidias
    gambas grupas y amenes
    harina monosílabos jerez
    instantáneas estornudos arroz
    alcachofas y gritos
    rarísimos silencios
     
    página en blanco
    aquí te dejo todo
    haz lo que quieras
    espabílate
    o por lo menos organízate
     
     
    yo me echaré una siesta
    ojalá me despiertes
    con algo original
    y sugestivo
    para que yo lo firme
  • Une brise / Una brisa

    Imprimer

    Le ciel est redevenu bleu, la terre, les rues sèchent. Plus de mille volontaires nettoient la boue. Le village de Sant Llorenç retrouve peu à peu son visage.

    Mais les larmes...cruelle nature, parfois.

    Il fallait un poème lumineux pour terminer cette semaine si difficile sur l’île. Le bilan est de 12 morts et un enfant toujours introuvable.

    C’est Pedro Salinas, encore lui, qui m’a apporté un peu de légèreté.

     

     

     
    Variation IX
    Temps d’île
     
    Qui m’appelle de la voix
    d’un oiseau qui chante?
     
    Quel amour m’aime, quel amour
    m’invente des caresses,
     
    caché entre deux airs,
    simulant la brise?
     
    Le palmier, qui l’a mis
    - celui qui m’évente
     
    avec des souffles d’ombres et de soleil -
    là où je le voulais?
     
    Le sable, qui l’a lissé,
    si lisse, si lisse,
     
    pour qu’en traits légers, légers,
    ma main m’écrive,
     
    sur une amante invisible,
    sur une amante cachée,
     
    Parmi la pudeur de l’écume,
    message d’ondines?
     
    Pourquoi me donne-t-on tant de bleu,
    sans que je le demande,
     
    le ciel qui l’invente,
    la mer qui l’imite?
    (...)
    (Trad. Colette)

    -
    Variación IX
    Tiempo de isla
    Pedro Salinas
     
     
    ¿Quién me llama por la voz
    de un ave que pía?
     
    ¿Qué amor me quiere, qué amor
    me inventa caricias,
     
    escondido entre los aires,
    fingiéndose brisa?
     
    La palmera ¿quién la ha puesto
    - la que me abanica
     
    con soplos de sombra y sol -
    donde yo quería?
     
    La arena ¿quién la ha alisado,
    tan lisa, tan lisa,
     
    para que en rasgos levísimos
    la mano me escriba,
     
    de amante que nunca he visto,
    de amante escondida,
     
    entre pudores de espuma,
    mensajes de ondina?
     
    ¿Por qué me dan tanto azul,
    sin que lo pida,
     
    el cielo que se lo inventa,
    el mar, que lo imita?
     
    (…)
     
  • J.L. Borges y Mallorca

    Imprimer
    J.L. Borges avait 20 et 21 ans quand, avec sa famille, il passa plusieurs mois à Mallorca. Séjours où il participa à un cercle littéraire, fit de nombreuses rencontres, se promena près de Valldemossa, fréquenta des maisons closes, passa des heures à la plage, bref, vécut la vie d’un jeune homme, émerveillé, de l’époque.
    J.L Borges tenía 20 y 21 años cuando, con su familia, hizo dos estancias de varios meses en Mallorca. Estancias en las cuales formó parte de un circulo literario, se encontró con mucha gente, se paseó por Valldemossa, visitó casas de citas, paseó horas por la playa, en fin, vivió la vida de un muchacho, maravillado, de la época.
     
    JL Borges 21 años (foto Wiki)
     
    Je vous traduis la première phrase d’un poème en prose, écrit par lui, et qui s’intitule “Mallorca”
    Majorque est un endroit semblable au bonheur, apte pour y être heureux, apte au scénario du bonheur, et moi - comme tant d’insulaires et d’étrangers- je n’ai presque jamais possédé la veine du bonheur qu’il faut porter en soi pour se sentir un spectateur digne (et non honteux) de tant de clarté de beauté.(...)*
     
    Poema en prosa escrito por él:
    Mallorca es un lugar parecido a la felicidad, apto para en él ser
    dichoso, apto para escenario de dicha, y yo -como tantos isleños y forasteros- 
    no he poseído casi nunca el caudal de felicidad que uno
    debe llevar adentro para sentirse espectador digno (y no avergonzado)
    de tanta claridad de belleza.(...)*

    Le monument qui l’avait le plus impressionné, on le comprend , est la cathédrale de Palma à qui il a dédié de court poème de jeunesse.
    El monumento que mas le impresionó, es comprensible, es la catedral de Palma a la cual dedicó este corto poema de juventud.
     

     

     
    Les vagues à genoux
    Les muscles du vent
    Les tours verticales comme des monolithes
    La cathédrale suspendue d’une étoile
    La cathédrale qui est une immense meule
    Avec des épis de prières
    Loin
    Loin
    Les mâts esquissaient des horizons
    Et sur les plages innocentes
    Les vagues neuves chantent les matines
    La cathédrale est un avion de pierre
    Qui lutte pour rompre mille amarres
    Qui l’emprisonnent
    La cathédrale sonore comme un applaudissement
    Ou comme un baiser
     
    (Trad: Colette)

     


     

     

    Las olas de rodillas
    Los músculos del viento
    Las torres verticales como goitos
    La catedral colgada de un lucero
    La catedral que es una inmensa parva
    Con espigas de rezos
    Lejos
    Lejos
    Los mástiles hilvanaban horizontes
    Y en las playas ingenuas
    Las olas nuevas cantan los maitines
    La catedral es un avión de piedra
    Que puja por romper las mil amarras
    Que lo encarcelan
    La catedral sonora como un aplauso
    O como un beso
     
    *
    JORGE LUIS BORGES
    (El Dia, Palma de Mallorca, 21-XI-1926.)