28/07/2018

Léger frémissement de la peau / Tenue temblor de la piel

Goytisolo, vous connaissez peut-être ce nom. Mais ils étaient trois frères dans le monde des lettres. Le plus connu est l’écrivain Juan Goytisolo, puis celui qui nous occupe aujourd’hui, José Agustín le poète, et finalement Luís le romancier.
 
Tous trois ont connu, enfants, la guerre civile et l’horreur de voir leur mère tuée lors d’un bombardement de Barcelone par l’aviation franquiste en 1938.
José Agustín (1928-1999) était un homme d’une très grande sensibilité, vous le verrez dans le poème, assez dépressif aussi. Mais rien de triste dans ce poème que j’ai traduit du mieux que j’ai pu.
 
On entend les oiseaux
 
L’aube. On entend les oiseaux
comme perdus dans la brume;
le silence élève leurs chants
jusqu’à la pénombre de la pièce.
Il perçoit un très faible tremblement
qui fait frémir la peau qu’il aime,
douce dans son rêve. Très lentement
il la recouvre du drap
pour éviter qu’elle ne s’éveille.
Mais déjà des bras l'enveloppaient
et s’accrochaient à son corps:
éternité fut ici douceur
miel et jasmin. Bien plus tard
on entendait encore le chant des oiseaux.
 
(Trad:Colette)
 
Toulouse Lautrec Femme couchée au lit, lithographie        
 
 
 
Se oyen los pájaros J.A Goytisolo
 
El alba. Se oyen los pájaros
como perdidos en la niebla;
el silencio sube sus cantos
a la penumbra de la estancia.
El percibe un temblor muy tenue
que estremece la piel que ama
dulce en su ensueño. Muy despacio
la va cubriendo con la sábana
por evitar que se desvele.
Pero unos brazos le envolvían
y se ciñeron a su cuerpo:
eternidad fue aquí lisura
miel y jazmín. Mucho más tarde
aún se oía el cantar los pájaros. 
 
 
Un autre poème de lui, mis en musique/chanson par Paco Ibañez ici:
 

Commentaires

Hola Colette,

L’aube et les petits matins glorieux… …De fait, un pur phénomène physiologique, on l’enrobe d’un glaçage sentimental, un discours où il question d’éternité… Les deux bras qui se déplient et enlacent, la belle alchimie illusoire, laps de quelques minutes et bientôt le temps d’avaler la première arête. Le bonheur pour les caniches, aurait dit Céline. Plus exactement :« L’amour c’est l’infini mis à la portée des caniches. »

Mais foin de cynisme, il nous faut bien jouer le jeu, on peut tout aussi bien tromper la réalité avec la poésie, la musique surtout, un adagio mozartien, un quintette de Schubert, d’autres aussi, avant tout. Encore une minute Monsieur le bourreau…

Ce beau texte m’a rappelé un poème archiconnu d’Eluard, où l’aube se passe autour du cou et où la beauté de la terre et celle de la femme célébrée se confondent.

La terre est bleue comme une orange
Jamais une erreur les mots ne mentent pas
Ils ne vous donnent plus à chanter
Au tour des baisers de s'entendre
Les fous et les amours
Elle sa bouche d'alliance
Tous les secrets tous les sourires
Et quels vêtements d'indulgence
À la croire toute nue.
Les guêpes fleurissent vert
L'aube se passe autour du cou
Un collier de fenêtres
Des ailes couvrent les feuilles
Tu as toutes les joies solaires
Tout le soleil sur la terre
Sur les chemins de ta beauté.

L’essentiel, c’est d’y croire.

Buena semana.

Écrit par : Gislebert | 28/07/2018

Superbe évocation de ce corps à l’aube, Colette.

Merci.

Écrit par : Hélène Richard-Favre | 28/07/2018

@Gislebert, votre sarcasme initial m'étonne un peu. Qui ne vit, qui ne rêve de parenthèses au milieu de la réalité? Ces moments qui nous permettent d'affronter tout le reste.
L'art en général, la littérature,le cinéma,la musique,etc, ne sont-ils pas essentiellement des évasions?

Cette aube, cette pénombre de bonheur, courts instants évoqués ici avec tant de délicatesse, ah qui n'en voudrait?

Merci pour Eluard, bon week-end!

Écrit par : Colette | 28/07/2018

@ Hélène, merci à vous, bon week-end.

Écrit par : Colette | 28/07/2018

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