Si j'étais.../ Si fuera...

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Latitude

Juan Ramón Jiménez



Si j'étais comme un lieu de la mer ou du ciel;
le même et un autre toujours, avec les vagues,
le même et un autre toujours, avec les nuages;
ferme et errant,
hésitant et sûr de lui,
attendant et solitaire,
rencontré et inconnu,
aimé et oublié, et libre et prisonnier,
- un autre et le même toujours, avec mes nuages,
avec mes vagues -!

 

 
 
Sud de l'île de Mallorca

Latitud J.R. Jimenéz
 
¡Si fuera yo como un lugar del mar o el cielo;
el mismo y otro siempre son las olas,
el mismo y otro siempre con las nubes;
firme y errante,
dudoso y cierto,
aguardador y solitario,
encontrado y desconocido,
amado y olvidado, y libre y preso,
-otro y el mismo siempre, con mis nubes,
 
con mis olas-!
 
 

Commentaires

  • Tout est dit. What else?
    ... :-)

    Merci pour ce texte Colette, et tout bon dimanche.

  • Hola Colette,

    Es un placer volver a verle, Colette. ¿ Bonitas vacaciones ?

    Ce poème de Jimenez m’a immédiatement fait penser à Elévation de Baudelaire, analogie des nuages et des paysages changeants de la mer et de la montagne. Pas très original, j’en conviens, mais que voulez-vous, suis un vieux con indécrottablement amoureux des Fleurs du Mal…

    Bien sûr, le poème de Baudelaire va plus loin, c’est une profession de foi, l’ « anti-Albatros », le poète peut et aimerait atteindre les sommets, déserter la médiocrité des hommes. Le Web déborde de commentaires composés.

    Au-dessus des étangs, au-dessus des vallées,
    Des montagnes, des bois, des nuages, des mers,
    Par delà le soleil, par delà les éthers,
    Par delà les confins des sphères étoilées;

    Mon esprit, tu te meus avec agilité,
    Et, comme un bon nageur qui se pâme dans l'onde,
    Tu sillonnes gaiement l'immensité profonde
    Avec une indicible et mâle volupté.

    Envole-toi bien loin de ces miasmes morbides,
    Va te purifier dans l'air supérieur,
    Et bois, comme une pure et divine liqueur,
    Le feu clair qui remplit les espaces limpides.

    Derrière les ennuis et les vastes chagrins
    Qui chargent de leur poids l'existence brumeuse,
    Heureux celui qui peut d'une aile vigoureuse
    S'élancer vers les champs lumineux et sereins;

    Celui dont les pensées, comme des alouettes,
    Vers les cieux le matin prennent un libre essor,
    - Qui plane sur la vie, et comprend sans effort
    Le langage des fleurs et des choses muettes!

    Vous allez trouver ces alexandrins bien lyriques comparés à la poésie simple et touchante de Jimenez, mais bon, je venais de parcourir les commentaires de quelques blogs de la plateforme et j’avais grand besoin d’élévation…

    Hasta pronto, Señora

    Cuidese.

  • @ Hl, c'est bien ce que je me suis dit, rien à ajouter; à chacun ses vagues et ses nuages...
    Bonne fin de dimanche à vous, et merci d'être passé en ce jour de presqu'été.

  • @ Gislebert, merci pour le rappel de ce, c'est vrai lyrique, poème. C'est en effet un texte souvent donné pour analyse aux étudiants.
    Comprendre sans effort le langage des fleurs fait rêver...
    J'aime énormément la poésie concise de R.J Jimenéz. Vous aurez plus d'un poème de lui prochainement, je crois.
    Après cette pause, reprenons le rythme hebdomadaire.
    Cuídese mucho también.

  • Gislebert, d'une idée l'autre, vous m'avez fait me remémorer un autre texte de Baudelaire, que nous récitions alternativement avec un ami adolescent:

    "L'Étranger

    - Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis? ton père, ta mère, ta soeur ou ton frère?
    - Je n'ai ni père, ni mère, ni soeur, ni frère.
    - Tes amis?
    - Vous vous servez là d'une parole dont le sens m'est resté jusqu'à ce jour inconnu.
    - Ta patrie?
    - J'ignore sous quelle latitude elle est située.
    - La beauté?
    - Je l'aimerais volontiers, déesse et immortelle?
    - L'or?
    - Je le hais comme vous haïssez Dieu.
    - Eh! qu'aimes-tu donc, extraordinaire étranger?
    - J'aime les nuages... les nuages qui passent... là-bas... là-bas... les merveilleux nuages!"


    En fait, j'aime la dernière réplique. J'ai l'impression que c'est la seule partie du texte qui n'a pas vieilli, qui n'est pas connotée d'une époque.

  • Pour John, quelques vers de Paul Eluard, où il est aussi question de nuages et qu’il va sûrement apprécier, histoire de montrer qu’il n’y a pas que Baudelaire et sa poésie "datée" dans mon petit panthéon personnel…

    Elle se penche sur moi
    Le cœur ignorant
    Pour voir si je l’aime
    Elle a confiance elle oublie
    Sous les nuages de ses paupières
    Sa tête s’endort dans mes mains
    Où sommes-nous
    Ensemble inséparables
    Vivants vivants
    Vivant vivante
    Et ma tête roule en ses rêves.

    Magnifique trouvaille le dernier vers, "ma tête qui roule ses rêves", n'est-il pas ?

  • Merci pour ce texte que je ne connaissais pas, Gislebert.

    J'apprécie toujours Baudelaire, mais avec moins de fascination qu'en d'autres temps.

    "Datée": n'y voyez rien de personnel! :-D
    D'ailleurs L'étranger est encore dans mon propre petit panthéon.

  • @John et Gislebert, merci d'abord d'enrichir ce billet poétique.
    Tout comme Eluard dont la poésie est intemporelle, JR Jimenéz (1881-1958), ou Lorca sont parfaitement lisibles par les jeunes d'aujourd'hui. Rien de mystique, religieux ou lyrique dans leurs mots.
    Je me souviens bien de la tête de mes élèves quand un poème commençait par"Oh..." genre:
    "Oh ! de mon ardente fièvre
    Un baiser peut me guérir..." De V. Hugo.
    Il existe bien sûr la même chose dans la poésie espagnole où les connotations religieuses (plus que lyriques) sont extrêmement présentes.

    Bonne journée à vous, très chaude ici.

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